Archives de la catégorie ‘Films’

The Report est un film américain réalisé et écrit par Scott Z. Burns sorti en 2019 et produit par Amazon Studios. Il compte parmi les rôles principaux, Adam Driver qui joue Daniel J. Jones, Annette Bening, qui endosse le rôle de la sénatrice Dianne Feinstein ou John Ham dans celui du conseiller du président Obama. Annette Bening obtient un golden globe de la meilleure actrice dans un second rôle en 2020.

Quelle est l’histoire ?

Après les attentats du 11 septembre, les services américains et notamment la CIA sont sur la sellette car ils n’ont pas pu éviter que ce drame se produise sur le sol des Etats-Unis. Afin de pallier cette défaillance, l’agence se lance dans un partenariat avec des sous-traitants formés en psychologie. Ces derniers préconisent des techniques d’interrogatoire renforcées, c’est à dire des pratiques qui s’apparentent à de la torture. Afin de faire éclater la vérité au grand jour, la sénatrice Dianne Feinstein charge l’un de ses collaborateurs, Daniel J. Jones d’explorer les archives de la CIA et de rédiger un rapport montrant les dérives du système.

Et les archives dans tout ça ??

Daniel J. Jones et son équipe d’enquêteurs ont l’autorisation de compulser des documents émanant de la CIA. Pour ce faire, ils sont enfermés dans une pièce des sous-sols de l’agence et n’ont accès qu’aux archives qu’on veut bien leur mettre à disposition ou qu’ils arrivent malgré tout à consulter après une bataille acharnée. Il leur est interdit de faire sortir des documents ou des copies du bâtiment et, chaque soir, le vigile demande à Daniel s’il emporte avec lui des archives prohibées. La plupart du temps, il répond par la négative, sauf une fois qui manquera de lui être fatale.

Difficile de se retrouver dans les méandres des archives numériques de la CIA

La CIA brandit autant que faire se peut la notion de secret défense, fournit des informations partielles, efface ou manipule les archives. Elle accuse également Daniel J. Jones et son équipe de manquements aux accords passés entre le Sénat et la CIA sur la consultation et l’utilisation des archives. Les documents se contredisent parfois ou apprennent des vérités que l’agence aurait souhaité voir enterrées. Ainsi, Daniel tombe, par hasard, après des années de recherche, sur un document interne à la CIA, archive qui remet en cause l’utilisation des techniques d’interrogatoire renforcées dès la fin des années 1970 alors que ces dernières sont encore usitées après le 11 septembre. Ce passage montre que, malgré la censure, il arrive bien souvent qu’un document passe sous les radars et parvienne jusqu’à l’enquêteur ou au chercheur, révélant ainsi ce qui n’aurait pas dû être connu ou du moins pas si tôt.

La consultation des archives permet de comprendre les techniques de l’agence, ses errements face à un terrorisme grandissant auquel elle ne sait pas toujours faire face. Les archives mettent au jour le désarroi et la fureur américaine après cette attaque d’une ampleur inédite sur le sol national. Ce film montre le travail colossal de dépouillement des archives informatiques de la CIA sur le sujet de la torture perpétrée sur les prisonniers soupçonnés de connivence avec l’islamisme. Compulser toutes ces données a demandé plusieurs années de travail incessant et aboutit à la rédaction et la publication d’un rapport qui, à son tour, deviendra un document d’archives documentant cette période de l’histoire américaine.

Un rapport de 7000 pages qui deviendra lui-même un document d’archives

La plupart des sujets liés aux archives sensibles est évoquée dans The Report : la difficulté d’accès, y compris pour des enquêteurs dûment mandatés, aux archives des agences gouvernementales, la communication parcimonieuse et partielle des informations classées secret défense et la difficulté, une fois trouvées, d’utiliser les archives de manière complète et officielle. On retrouve aussi l’idée que les archives puissent avoir parfois été expurgées mais aussi celle que ces mêmes archives conservent en leur sein des données précieuses pour documenter les décisions prises au plus haut sommet de l’Etat et dont il convient de rendre compte aux citoyens.

Sonia Dollinger-Désert

Kung Fu Panda 3 est un film d’animation, sorti en 2016. Réalisé par Jennifer Yuh Nelson et Alessandro Carloni, ce film est le troisième opus des aventures du panda Po, le plus improbables des maîtres du kung-fu.

Quelle est l’histoire ?

D’abord il n’y a pas de mauvaise référence aux archives !

Dans cet opus on retrouve maître Oogway dans le monde des esprits qui se confronte à un ennemi qui refait surface pour s’emparer de son Chi. Sitôt fait cet ennemi peut regagner le monde des vivants et affronter le guerrier dragon, Po, qui tente de prendre la relève de maître Shifu dans l’enseignement du kung-fu à ses disciples.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives apparaissent dans le film après que cet ennemi de retour du monde des esprits, Kai, s’en soit pris à Po, maître Shifu et leurs acolytes. En effet leur agresseur se présente à eux, mais nul ne se souvient de lui, c’est d’ailleurs l’un des ressort comique du film. En bon méchant qui se respecte, Kai est mégalomaniaque et veut faire trembler le monde entier, être craint, et se présente à chaque fois à ses victimes persuadé que la simple évocation de son nom suffira à les terroriser. Seulement ça fait un moment que Kai était dans le monde des esprits, aussi plus personne ne se souvient de lui, maître Shifu a donc le réflexe d’aller chercher ce nom dans les archives du temple.

Et bon courage maître Shifu pour retrouver le nom de Kai au milieu de ces archives là ! Les rouleaux de parchemin ne sont pas sans rappeler le premier film Kung Fu Panda dans lequel Po obtient le secret du guerrier dragon sur un rouleau semblable. En tout cas, inutile de se demander si maître Shifu se préoccupe des archives du temple, on constate que c’est une pièce où le sol est jonché de rouleaux pêle-mêle, et aux étagères vertigineuses et encombrées. Inutile de se demander où est l’inventaire de recherche, s’il existe un thésaurus, ni si le récolement est à jour …

Maître Shifu est la caricature de l’usager qui n’a cure de ses archives, mais qui pourtant est le premier à se plaindre d’un tel désordre dans lequel on ne retrouve rien : « Avec toute cette sagesse entassée, on ne sait plus où donner de la tête » dit-il. Engagez un vacataire maître Shifu, mais devant l’ampleur de la tâche, ne négligez pas de lui enseigner comment garder son zen !

Léo Garnier

Les Faussaires de Manhattan – Can you ever forgive me en vo – est un film américain réalisé par Marielle Heller. Le film, sorti sur les écrans en 2018, est l’adaptation de l’ouvrage autobiographique de l’écrivaine Lee Israel (1939-2014). Le personnage principal est interprété par Melissa McCarthy, accompagnée par Richard E. Grant dans le rôle de Jack Hock.

Quelle est l’histoire ?

Lee Israel est une écrivaine qui a connu quelque succès grâce à ses biographies de femmes célèbres, mais, dans les années 1990, elle est désormais oubliée, snobée par son agent et repliée sur elle-même. Lee, alcoolique et acariâtre, vit dans le dénuement et a pour seul compagnon son chat, Jersey. Les factures s’accumulent, Lee ne paie plus son loyer et ne peut plus faire soigner son chat. Désespérée, elle se décide à vendre une lettre autographe que lui avait adressée Katharine Hepburn à une libraire. Lee Israel tire un bon prix de la vente de ce document. Peu à peu, elle se met à rédiger de faux documents et inonde le marché des livres anciens et des autographes de documents habilement falsifiés. Toutefois, un document, puis un autre alerte les experts et les ennuis commencent.

Et les archives dans tout ça ??

Lee Israel commence par se décider à vendre ses propres archives afin de subvenir à ses besoins. On voit combien cette séparation est un arrachement pour l’écrivaine mais nécessité fait loi. Ce film permet d’entrer dans le monde des marchands d’autographes et de montrer combien ce marché peut être lucratif et provoquer ainsi des comportements délictueux comme la vente de faux ou le vol de documents originaux dans les institutions. Lee Israel va mêler les deux crimes jusqu’à son arrestation.

Elle décide de se remettre à écrire et va en bibliothèque étudier la vie de l’actrice Fanny Brice dont elle veut retracer l’existence. Dans un des ouvrages qu’elle compulse, Lee trouve deux documents originaux dactylographiés mais signés de Fanny Brice. Dans cet endroit peu surveillé, elle parvient à s’emparer des deux lettres et sortir avec. Il faut dire que ces archives étaient glissées sans autre forme de protection ou de signalement au sein d’un ouvrage et leur disparition n’a sans doute jamais été remarquée puisqu’on doute que ces documents aient été un jour inventoriés.

Peu à peu, la fabrication de faux remplace ces documents et Lee israel va jusqu’à réaliser 400 archives fictives, correspondances imaginaires de personnalités. Lorsque les experts commencent à déceler les faux, Jack Hock, son complice, suggère à Lee de continuer à voler des originaux dans les centres d’archives et de bibliothèque et de les remplacer par des faux dans les dossiers. C’est ainsi qu’on retrouve notre écrivaine au sein des archives de l’Université de Yale. La sécurité y est assez drastique puisqu’un vigile est à l’entrée et fouille le sac des chercheurs lorsqu’ils repartent. L’archiviste – ou la bibliothécaire – est assise derrière une banque d’accueil et est plutôt avenante. La pauvre se fait d’ailleurs remballer assez sèchement par Lee Israel lorsqu’elle s’intéresse à ses recherches (les écrivains et l’alcoolisme, tout un programme !).

Lee est installée sur une table de consultation, avec une boite d’archives de conservation et des gants blancs mais peut conserver son sac à main. Elle profite d’un moment d’inattention de l’archiviste et du vigile pour subtiliser quelques feuillets de correspondance et les remplacer par des faux. Sachant que son sac sera fouillé, elle glisse les documents dans sa bottine et s’en va sans incident. Connaissant le goût des chasseurs d’autographe pour la cleptomanie, le centre d’archives aurait pu estampiller ses documents, ce qui n’est apparemment pas le cas et permet donc à Lee et Jack de proposer ces lettres à la vente.

Une fois Lee démasquée et sa peine purgée, tout n’est pas réglé. En effet, de faux documents se retrouvent toujours sur le marché sans qu’on puisse formellement savoir s’ils sont authentiques ou non à cause de la qualité du travail de la faussaire. Certaines archives fantaisistes ont même été citées dans certains travaux biographiques ou universitaires. Chaque époque a produit ses faux – on pense notamment à la célèbre pseudo donation de Constantin – incitant ainsi à la prudence quant à l’utilisation des sources. La thématique a d’ailleurs été traitée à plusieurs reprises.

Les faussaires de Manhattan mettent le doigt sur des questions qui préoccupent les archivistes : la sécurité des documents, leur authenticité et la marchandisation de l’écrit et des archives dont l’ampleur empêche parfois l’entrée de fonds dans les institutions publics et encouragent le démantèlement des fonds au profit d’une vente à la découpe.

Sonia Dollinger-Désert

La Trilogie de Karla est composée de trois romans de l’écrivain britannique John le Carré (1931-2020) : La Taupe (en anglais Tinker Tailor Soldier Spy) paru en 1974, Comme un collégien (1977) et Les Gens de Smiley (1979). John le Carré a brièvement travaillé pour les services de renseignement britanniques durant la Guerre froide, notamment en Allemagne. La trilogie fait partie des meilleurs romans d’espionnage consacrés à cette période. Les citations proviennent de la traduction de Jean Rosenthal au Seuil.

Quelle est l’histoire ?

1er épisode en 1973 : George Smiley a été mis à la retraite d’office du Cirque, les services secrets britanniques, à la suite d’une opération désastreuse en Tchécoslovaquie où l’agent britannique Jim Prideaux a été grièvement blessé. Le directeur Control, accusé de cet échec, est également écarté au profit de Percy Alleline. Avant de partir, il cherchait à débusquer une taupe soviétique infiltrée au cœur du Cirque et avait réussi à cibler 5 suspects : Percy Alleline, Bill Haydon, Toby Esterhase, Roy Bland et… George Smiley. La mort de Control et le départ de Smiley mettent un terme à l’enquête.

Pourtant le gouvernement, alerté par un autre agent disposant d’une source russe, rappelle Smiley et lui demande d’identifier la taupe en toute discrétion. Commence alors une enquête minutieuse, habile et risquée, menée de main de maître par George Smiley avec l’aide de Peter Guillam, un jeune agent qui l’admire, de Connie Sachs, « ex-reine de la Documentation du Cirque », et de l’inspecteur de police Mendel. En ligne de mire de l’enquête et de celles qui suivront, Smiley vise Karla, le nom de code du plus redoutable espion du Centre de Moscou, les services secrets russes. Les deux hommes se sont croisés dans les années 50 en Inde, où Smiley avait quasiment supplié Gertsmann, alias Karla, de passer à l’Ouest sans savoir à qui il avait affaire. Débusquer la taupe placée par Karla au cœur des services secrets britanniques, c’est pour Smiley jouer le match retour de cette première rencontre pathétique. Karla 1 – Smiley 0.

Ce 1er roman a été adapté en 1979-1980 par John Irvin dans une mini-série de 7 épisodes pour la BBC, avec Alec Guinness et Ian Richardson. En 2012, Tomas Alfredson le revisite dans un film avec Gary Oldman, Mark Strong, John Hurt et Colin Firth dans les rôles principaux.

Une fois la taupe débusquée avec perte et fracas, Smiley est renvoyé sans ménagement à sa retraite. Il en sort bien vite pour suivre la trace d’importants transferts d’argent envoyés par Karla à Hong-Kong à un certain Drake Ko, un homme d’affaires puissant d’origine chinoise. Au bout d’une enquête foisonnante, peuplée de personnages troubles et dangereux, Smiley prouve que les fonds étaient destinés à Nelson Ko, le frère de Drake, qui espionnait au cœur de l’administration chinoise pour le compte de Karla. Lors de son évasion de Chine organisée par Drake, Nelson Ko est livré aux services américains grâce à l’opération menée par Smiley. Karla 1 – Smiley 1.

Le dernier volet de la trilogie démarre sur deux événements qui touchent des opposants russes et baltes à l’empire soviétique, exilés à Paris et Londres : la proposition par un agent russe à Maria Ostrakova de faire venir sa fille de Russie et l’assassinat du général Vladimir, un Estonien qui avait tenté de joindre Smiley pour lui transmettre des informations stratégiques. L’enquête mène ce dernier dans l’intimité de Karla, jadis amoureux d’une femme qu’il a fait assassiner et dont il avait eu une fille, Tatiana. Il a ensuite utilisé les moyens mis à sa disposition pour envoyer sa fille, devenue schizophrène, dans un pensionnat privé près de Berne. Smiley retrouve la trace de la jeune fille et, de même que Karla lui avait brouillé la vue en suscitant une liaison entre la femme de Smiley et la taupe, Smiley utilise Tatiana pour menacer Karla de tout révéler et le forcer à passer à l’ouest. Karla 0 – Smiley 1.

Et les archives dans tout ça ??

Tout service secret qui se respecte a besoin d’archives riches et fiables. Le Cirque ne fait pas exception et Smiley en explore méthodiquement toutes les possibilités. Dans La Taupe, il a accès en secret à des documents pour lui permettre d’identifier l’agent de Karla : sur l’un d’entre eux, une étiquette qui conseillait bizarrement à quiconque trouverait ce document par accident de « retourner le dosser SANS L’AVOIR LU » à l’archiviste du bureau du cabinet ». Les enjeux de secret défense sont très présents dans toute la trilogie, ce qui se comprend dans le milieu de l’espionnage. On comprend moins que le secret défense soit invoqué en France pour restreindre l’accès à des dossiers classifiés des services de renseignement : pour les archives inaccessibles en 2021, la date de libre communicabilité est en effet reportée sans aucune limite de temps, ce que contestent les historiens et les archivistes. Quant à l’archiviste à qui le dossier doit être remis sans l’avoir lu, il est forcément tenu au secret professionnel comme l’est aujourd’hui l’ensemble de la profession : non pour cacher délibérément des informations, mais pour respecter la confidentialité de ce qui n’est pas encore communicable, ou qui relève de la protection des données personnelles.

L’étude attentive des dossiers, même parcellaires, fait comprendre à Smiley que l’opération Sorcier, qui concerne une taupe soviétique divulguant des informations au Cirque depuis des mois, est en fait une opération d’enfumage pour mieux dissimuler la taupe bien réelle infiltrée au Cirque. Pour en avoir le cœur net, Smiley demande à Guillam de se rendre aux archives : « les archives du Cirque (…) s’étendaient sur toute une garenne de pièces poussiéreuses et de demi-étages au fond de l’immeuble, plutôt comme une librairie de bouquins d’occasion qui prolifèrent dans le quartier que comme la mémoire organisée d’un vaste service ». La description correspond à un cliché tenace concernant les services d’archives : on mentirait en disant que tout est impeccable dans les locaux de conservation, mais comme on sait depuis longtemps que la poussière véhicule des micro-organismes qui peuvent s’attaquer aux documents, on filtre l’air entrant et on dépoussière quand c’est nécessaire.

« Il poussa les portes battantes de la salle de lecture. On aurait dit une petite salle de conférences improvisée : une douzaine de bureaux tous tournés dans la même direction, une partie un peu surélevée où se tenait l’archiviste ». La description correspond assez bien aux salles de lecture actuelles, avec une disposition permettant à l’archiviste de surveiller les lecteurs afin  d’éviter les vols et les dégradations de documents uniques. « L’archiviste s’appelait Sal, c’était une fille sportive et potelée, (…) qui était ceinture noire de judo. (…) Toujours debout devant le bureau de Sal, [Guillam] remplit les formulaires pour les deux rapports (…). Il la regarda les tamponner, arracher les doubles et les glisser par une fente de son bureau ». Ce dispositif de suivi des documents, aujourd’hui piloté par des logiciels d’archives, est essentiel pour assurer une bonne traçabilité des documents (un fantôme à la place du dossier dans son local de stockage) comme des lecteurs (un bulletin de communication signé lors de la prise en charge).

La suite est moins conforme aux attentes d’une bonne gestion des archives : les personnes qui consultent sont en effet libres de circuler dans les locaux pour retrouver leur dossier, l’archiviste exerçant un contrôle a posteriori. C’est ce qui permet à Guillam de dérober un dossier en allant téléphoner à l’extérieur de la salle de lecture ! Jusqu’à une période récente, il n’était pas rare que certains chercheurs soient autorisés à consulter les dossiers directement en magasins, sans surveillance : outre l’inégalité de traitement des publics, cela a pu générer des vols ciblés très regrettables. C’est une pratique aujourd’hui proscrite, avec des circuits bien distincts pour les publics et les documents, sauf exceptions très encadrées. Et en lieu et place de la ceinture noire de judo de Sal, les archivistes présents en salle de lecture sont assermentés afin de pouvoir, en cas de vol ou de dégradation, fermer la salle et dresser un procès-verbal en attendant la police. Malheureusement, il arrive aussi que des documents disparaissent en interne, soit pour se constituer une collection privée, soit pour les vendre : c’est encore plus impardonnable de la part d’un professionnel du patrimoine et pas toujours simple à prouver.

A  partir des documents conservés au Cirque et dans les ministères, mais aussi de ceux qui ont disparu dans les archives, Smiley doit recomposer les faits en creux et en relief pour brosser le tableau en entier. La taupe a en effet tenté d’effacer toutes les traces compromettantes en détruisant des dossiers : dans Comme un collégien, il faut à Smiley et son équipe la connaissance approfondie des rouages du service, en plus d’un dépouillement systématique des sources, pour parvenir à établir des preuves. « Ils se cloîtrèrent alors tous les quatre aux Archives – Connie, di Salis, Smiley et Guillam – et commencèrent leur long et prudent rallye-paper. (…) Un seul indice cette nuit-là désigna le coupable (…) : une liasse de certificats de destruction » signés du nom de code de la taupe. Quelle ironie : en respectant la procédure de destruction des dossiers, la taupe révèle l’importance de ce qu’elle a détruit ! Il n’est pas rare qu’une destruction volontaire d’archives puisse être prouvée par des traces indirectes : liste de dossiers, index, consultation antérieure, etc. Rappelons que l’élimination puis la destruction d’archives publiques sont très encadrées en France.

Au-delà des archives, Smiley fait également beaucoup appel au témoignage des différents protagonistes, avec une attention portée au ton et aux termes employés, mais aussi à ce qui est dit et ce qui est tu. L’histoire orale se construit et se transmet elle aussi en creux et en relief. Il s’appuie enfin sur la mémoire sans faille d’anciens collègues, dont l’ex-documentaliste du Cirque Connie Sachs : dotée d’une cervelle arborescente, elle arpente avec fougue, espièglerie et mélancolie les généalogies des agents soviétiques, apportant à Smiley une aide décisive tout au long de la trilogie.

La trilogie de Karla offre un vrai plaisir de lecture et gagne à être relue à plusieurs reprises pour mieux en saisir le déroulé. Elle nourrit également une réflexion nécessaire sur les tensions entre histoire et mémoire, entre ce qui subsiste et ce qui disparaît.

Anne-Marie Delattre

Moonfall est un film de science-fiction sorti en 2022. Il est réalisé et co-écrit par Roland Emmerich (Independance Day, Stargate, Le Jour d’Après, 2012).

Quelle est l’histoire ?

Lors d’une mission de maintenance spatiale, un accident cause la mort d’un astronaute. L’un des deux survivants, Brian Harper, parle d’une attaque mais personne ne le croit. Dix ans plus tard, la Lune dévie de sa trajectoire. Sa destination ? La Terre. Devant la fin imminente de l’humanité, un astronaute paria, un complotiste et la directrice adjointe de la NASA vont s’allier pour tenter de sauver le monde.

Et les archives dans tout ça ??

Quand la NASA repère la déviation lunaire, elle envoie une équipe internationale sur place. C’est un désastre : les astronautes sont attaqués par une entité informe. Le Directeur de la NASA décide alors de démissionner, laissant à Jocinda Fowler, incarnée par Halle Berry, son adjointe la direction des affaires. Quand elle lui demande ce qu’il cache, le directeur la renvoie à Holdenfield en lui donnant l’habilitation totale, sans plus de détails.

Nous découvrons alors un vieillard nettoyant une arme à feu, dans le but plus que probable de se donner la mort avant la fin du monde. Nous découvrons alors qu’Holdenfield est le responsable des archives de la NASA. Il suit les mouvements de Jacinda Fowler à travers le réseau de caméra.

une première image « positive » d’Hodenfield…

Cette dernière, s’adressant à un clerc anonyme aux allures d’Igor, exige les dossiers STX-136A. Comment elle a obtenu cette cote précise ? Son ancien directeur lui a donné l’information ? C’est probable, mais cela est fait hors caméra et donc tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.

une cote précise !

Un carton lui est confié avec en vrac des dossiers papiers et des supports amovibles. Elle prend alors une clef USB puis décide de visionner les images du casque de son collègue Brian Harper, filmées dix ans auparavant durant l’incident. Elle découvre alors que ce dernier avait raison, et qu’ils avaient bien été attaqués.

Une clef usb sibylline

Holdenfield apparaît en lui disant qu’il s’agit de documents confidentiels, puis en lui déballant toute l’histoire. Il avoue avoir eu pour mission de dissimuler la découverte en 1969 que la Lune était un astre artificiel. Mais il lui révèle aussi l’existence d’un projet non abouti, arrêté pour cause budgétaire, qui aurait pu sauver le monde. Puis il se retire.

Encore une fois, les archives sont le moyen de trouver les informations qui permettent la résolution du problème. Mais les archives y sont dépeintes comme un endroit sombre, dissimulant des secrets, habités par des êtres vieux et faibles. Bref une facilité de scénario pour une scène qui ne suscitera pas les vocations.

Marc Scaglione