Les faussaires de Manhattan ou le lucratif commerce des archives

Publié: 22 novembre 2022 dans Films
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Les Faussaires de Manhattan – Can you ever forgive me en vo – est un film américain réalisé par Marielle Heller. Le film, sorti sur les écrans en 2018, est l’adaptation de l’ouvrage autobiographique de l’écrivaine Lee Israel (1939-2014). Le personnage principal est interprété par Melissa McCarthy, accompagnée par Richard E. Grant dans le rôle de Jack Hock.

Quelle est l’histoire ?

Lee Israel est une écrivaine qui a connu quelque succès grâce à ses biographies de femmes célèbres, mais, dans les années 1990, elle est désormais oubliée, snobée par son agent et repliée sur elle-même. Lee, alcoolique et acariâtre, vit dans le dénuement et a pour seul compagnon son chat, Jersey. Les factures s’accumulent, Lee ne paie plus son loyer et ne peut plus faire soigner son chat. Désespérée, elle se décide à vendre une lettre autographe que lui avait adressée Katharine Hepburn à une libraire. Lee Israel tire un bon prix de la vente de ce document. Peu à peu, elle se met à rédiger de faux documents et inonde le marché des livres anciens et des autographes de documents habilement falsifiés. Toutefois, un document, puis un autre alerte les experts et les ennuis commencent.

Et les archives dans tout ça ??

Lee Israel commence par se décider à vendre ses propres archives afin de subvenir à ses besoins. On voit combien cette séparation est un arrachement pour l’écrivaine mais nécessité fait loi. Ce film permet d’entrer dans le monde des marchands d’autographes et de montrer combien ce marché peut être lucratif et provoquer ainsi des comportements délictueux comme la vente de faux ou le vol de documents originaux dans les institutions. Lee Israel va mêler les deux crimes jusqu’à son arrestation.

Elle décide de se remettre à écrire et va en bibliothèque étudier la vie de l’actrice Fanny Brice dont elle veut retracer l’existence. Dans un des ouvrages qu’elle compulse, Lee trouve deux documents originaux dactylographiés mais signés de Fanny Brice. Dans cet endroit peu surveillé, elle parvient à s’emparer des deux lettres et sortir avec. Il faut dire que ces archives étaient glissées sans autre forme de protection ou de signalement au sein d’un ouvrage et leur disparition n’a sans doute jamais été remarquée puisqu’on doute que ces documents aient été un jour inventoriés.

Peu à peu, la fabrication de faux remplace ces documents et Lee israel va jusqu’à réaliser 400 archives fictives, correspondances imaginaires de personnalités. Lorsque les experts commencent à déceler les faux, Jack Hock, son complice, suggère à Lee de continuer à voler des originaux dans les centres d’archives et de bibliothèque et de les remplacer par des faux dans les dossiers. C’est ainsi qu’on retrouve notre écrivaine au sein des archives de l’Université de Yale. La sécurité y est assez drastique puisqu’un vigile est à l’entrée et fouille le sac des chercheurs lorsqu’ils repartent. L’archiviste – ou la bibliothécaire – est assise derrière une banque d’accueil et est plutôt avenante. La pauvre se fait d’ailleurs remballer assez sèchement par Lee Israel lorsqu’elle s’intéresse à ses recherches (les écrivains et l’alcoolisme, tout un programme !).

Lee est installée sur une table de consultation, avec une boite d’archives de conservation et des gants blancs mais peut conserver son sac à main. Elle profite d’un moment d’inattention de l’archiviste et du vigile pour subtiliser quelques feuillets de correspondance et les remplacer par des faux. Sachant que son sac sera fouillé, elle glisse les documents dans sa bottine et s’en va sans incident. Connaissant le goût des chasseurs d’autographe pour la cleptomanie, le centre d’archives aurait pu estampiller ses documents, ce qui n’est apparemment pas le cas et permet donc à Lee et Jack de proposer ces lettres à la vente.

Une fois Lee démasquée et sa peine purgée, tout n’est pas réglé. En effet, de faux documents se retrouvent toujours sur le marché sans qu’on puisse formellement savoir s’ils sont authentiques ou non à cause de la qualité du travail de la faussaire. Certaines archives fantaisistes ont même été citées dans certains travaux biographiques ou universitaires. Chaque époque a produit ses faux – on pense notamment à la célèbre pseudo donation de Constantin – incitant ainsi à la prudence quant à l’utilisation des sources. La thématique a d’ailleurs été traitée à plusieurs reprises.

Les faussaires de Manhattan mettent le doigt sur des questions qui préoccupent les archivistes : la sécurité des documents, leur authenticité et la marchandisation de l’écrit et des archives dont l’ampleur empêche parfois l’entrée de fonds dans les institutions publics et encouragent le démantèlement des fonds au profit d’une vente à la découpe.

Sonia Dollinger-Désert

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