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Actes-SudOù as-tu passé la nuit ? est un récit autobiographique de Danzy Senna, écrivaine américaine. Le titre est paru aux Etats-Unis en 2009 et en France chez Actes Sud en 2011. Dans cet ouvrage, Danzy Senna explore ses origines et nous offre ainsi une plongée dans l’histoire et la sociologie américaines. Ses parents se marient en 1968, sa mère est une jeune femme blanche issue d’une grande dynastie de Boston apparentée au président John Quincy Adams et dont le nom jalonne l’histoire des Etats-Unis. Le père de Danzy Senna est un jeune étudiant noir, sans le sou et à la généalogie compliquée.

Hélas, peu à peu, le couple vole en éclats et se déchire sous les yeux de leurs trois enfants. Devenue écrivaine, Danzy, l’aînée, cherche à comprendre cette histoire complexe, à recoller les morceaux du puzzle et à reconstituer les chapitres manquants de l’histoire de son père avec lequel elle entretient des relations difficiles. Ses recherches s’avèrent pénibles, les fausses pistes se multiplient mais c’est l’occasion pour Danzy de faire un voyage initiatique vers ses propres racines et de parcourir ainsi l’histoire tumultueuse d’une Amérique métissée qui l’emmène des confins du Mexique à la Nouvelle-Orléans en passant par Boston.

L’auteure se plonge ainsi avec lucidité dans sa généalogie aux multiples facettes et redécouvre ainsi ses parents autrement. Cet ouvrage est d’une grande sensibilité et montre combien la quête de ses origines peut s’avérer réparatrice et permet de comprendre non seulement sa propre histoire mais celle de son pays.

Et les archives dans tout ça ??

Danzy Senna évoque tout d’abord la famille de sa mère, les DeWolf dont le lignage remonte au Mayflower et leur « véritable obsession du pedigree », leur généalogie est ainsi facile à établir puisqu’on la retrouve publiée dans de nombreux ouvrages. L’auteur ajoute que dans cette famille, « on accumule un nombre incalculable d’archives de façon presque compulsive », elle fait alors le parallèle avec sa famille paternelle qui ne dispose d’aucun document voire d’aucun souvenir. Senna met le doigt sur une problématique bien connue des généalogistes et des chercheurs en général : l’inégalité archivistique, certains laissant si peu de traces qu’il est bien difficile de faire l’histoire de certaines familles et individus tandis que d’autres marquent les archives de leur empreinte à de multiples reprises. Danzy Senna est d’ailleurs consciente de l’originalité de la famille de sa mère :  » L’anomalie (…) est à chercher du côté de la famille de ma mère. La plupart des gens ne disposent pas d’archives publiques ou d’ouvrages présents en bibliothèques pour y puiser des informations sur leurs ancêtres. » En effet, même si secrètement certains généalogistes aimeraient se doter d’une ascendance prestigieuse, ce n’est pas toujours le cas et il faut souvent se contenter de recherches lentes et fastidieuses pour remonter son lignage.

Cette constatation ne décourage pourtant ni Danzy ni son père qui entreprennent malgré tout de retrouver les traces ténues du passé de ce dernier et de ses ascendants. Ils font donc appel aux archives disponibles comme celles de l’orphelinat catholique où fut placé le père de Danzy. Pour retrouver les traces de sa grand-mère, Danzy procède méthodiquement en compulsant les registres de recensement et d’état-civil, l’auteure se livre à une véritable leçon de recherche en généalogie. Elle apprend que sa grand-mère a étudié à Alabama State University, la première université destinée aux Noirs et, après avoir pris la précaution de contacter le département des archives pour savoir si elle pouvait consulter le dossier de sa mère, Danzy se rend sur place, toutes les démarches préalables ayant été effectuées.

Tout se gâte lorsqu’elle rencontre Ruby Wooding, l’archiviste dont l’auteure nous donne une description précise : « femme à la peau claire, coiffée d’un casque de cheveux défrisés, avec des lunettes et la bouche maquillée de rouge, Mme Wooding n’esquissa pas le moindre sourire (…) ». Danzy Senna ressent même de l’hostilité… encore une archiviste qui n’échappe pas aux clichés habituels. En outre, l’archiviste refuse de communiquer le dossier de sa grand-mère à Danzy malgré son accord préalable par écrit. En effet, l’archiviste est garant de la confidentialité des données et, au vu de la peau trop claire de Danzy, elle refuse de croire que cette dernière est la petite-fille d’une femme noire. Jugeant sur l’apparence et non sur les faits, l’archiviste refuse la communication du dossier : « on ne peut pas laisser n’importe qui consulter les dossiers. » Ce qui part d’une intention louable de protéger la vie privée de l’individu se transforme en cauchemar tissé de préjugés. Danzy cherche à savoir si quelqu’un d’autre peut l’aider, Ruby lui répond sèchement : « je suis la responsable des archives, vous êtes dans mon bureau. » Manque de discernement, manque d’humanité, tout y est dans ce portrait cruel, j’avoue m’être presque sentie coupable à la lecture de ce passage tant cette professionnelle est l’antithèse de ce que je crois être un archiviste. Après des milliers de kilomètres, Danzy Senna repart bredouille, terrible passage !

Fort heureusement, les archives des orphelinats et des hôpitaux sont moins hostiles et Danzy peut ainsi retrouver quelques bribes du passé de sa famille. La tante de Danzy, Carla, s’adjoint d’ailleurs les services d’une enquêtrice spécialisée dans les recherches liées aux enfants trouvés, s’aidant des rares archives dont les familles disposent. Il est également question de tests adn dans ce récit, ce qui nous permet de faire le tour complet des possibilités de recherches généalogiques.

Si cet ouvrage est à la fois beau et intéressant dans ce qu’il décrit de la quête des origines d’une femme américaine aux ascendances diverses, il n’en reste pas moins qu’on le referme avec un sentiment d’amertume envers cette archiviste qui tenait entre ses mains une clef essentielle et qui, par rigorisme ou préjugé, n’a pas voulu faire son métier : servir l’autre.

Sonia Dollinger

 

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Les Cités des Anciens est une oeuvre de Robin Hobb qui se situe dans un univers bien connu de ses lecteurs puisque plusieurs de ses récits s’y déroulent, notamment l’Assassin Royal ou encore Les Aventuriers de la mer.

Le récit commence avec l’éclosion des dragons avec l’aide des les Marchands des pluies en échange de la protection de Tintaglia qui pourrait bien être la dernière des grands Dragons des temps anciens. Cependant, au moment de leur éclosion, les dragons ont un gros souci : ils sont tous difformes, aucun ne peut voler, certains meurent et les autres ne parviennent pas à subvenir à leurs besoins sans la protection des humains. Excédés par ces dragons chétifs mais acariâtres, les Marchands décident de les éloigner et de payer des jeunes gardiens pour les escorter jusqu’à l’antique cité de Kelsingra. Les gardiens ont bien du mal à canaliser les dragons et sont escortés par une jeune femme mal mariée, Alise Kincarron Finbok. Cette dernière est passionnée par les dragons, elle décide donc d’utiliser la fortune de son irascible conjoint pour étudier ces créatures à travers les archives et en se rendant au milieu d’elles.

Et les archives dans tout ça ??

Cités_des_anciens_Robin_HobbPour étudier les dragons, Alise Kincarron cherche à glaner tous les documents possibles qui pourraient lui permettre d’en savoir davantage sur ces créatures dont on sait finalement peu de choses. En effet, « les manuscrits les plus anciens étaient des antiquités découvertes dans ces cités, rédigées dans un alphabet et une langue que nul ne lisait ni ne parlait ; nombre des parchemins les plus récents renfermaient des tentatives de traductions hasardeuses et les pires ne donnaient à lire que des spéculations échevelées. » Ces quelques lignes montrent bien que détenir un document n’est pas forcément avoir accès à son contenu. Une traduction erronée ou une transcription partielle peut conduire à de fausses pistes et emmener le chercheur sur des hypothèses totalement fausses. Les seules possibilités d’y remédier sont de revenir à la source originelle et de détenir les clefs qui permettent de déchiffrer des textes. Sans cela, tout n’est que spéculation comme l’écrit Robin Hobb. Alise, en bonne historienne, sait d’ailleurs utiliser la méthode comparative et progresser ainsi dans la connaissance de ces manuscrits abscons. Alise est une passionnée et son mari la séduit d’ailleurs en lui offrant des archives, une méthode peu banale !

Toutefois, Alise est parfois victime de spéculateurs qui lui vendent des documents à prix d’or ou des manuscrits falsifiés qui sont bien moins anciens qu’il n’y paraît. Outre qu’on peut déplorer le morcellement des fonds concernant les dragons, cela nous permet de nous souvenir de l’utilité de la diplomatique et de la nécessité de questionner la forme et le fond d’un document pour tenter de savoir s’il est authentique ou si nous sommes au devant d’un faux, certains d’entre eux, comme tout archiviste le sait, ayant changé la face de l’histoire comme la pseudo-donation de Constantin.

L’auteur fait ensuite une description peu réjouissante de l’état des documents : « ceux qui contenaient des illustrations étaient souvent tachés ou déchirés, ou bien les insectes et les champignons avaient dévoré les encres et le vélin. » En une phrase, Robin Hobb décrit les fléaux dont sont victimes les archives, qu’ils soient nés de la négligence des humains ou de l’action animale. Laisser les documents se dégrader est nous condamner à en perdre le contenu et donc se priver d’une part de savoir. Hélas, souvent, le public en a conscience quand il est déjà bien tard. Plus loin dans le récit, Hobb insiste sur les précautions employées par Alise pour éviter de trop manipuler un manuscrit ancien et fragile qu’elle garde « dans un écrin en bois de rose, fermé par une plaque en verre et garni de soie dans lequel elle exposait le manuscrit, à l’abri de tout contact. Elle évitait de le manipuler autant que possible (…) quand elle devait le consulter, elle se référait à la copie scrupuleuse qu’elle avait faite du précieux document.« On voit combien Alise est sensible à la bonne conservation de ses archives.

Les connaissances d’Alise lui permettent d’ailleurs d’évoquer la cité des Anciens, celle de Kelsingra que les dragons cherchent à rejoindre. Dans cette cité, Alise mentionne une tour et un édifice de première importance : la citadelle des Archives qui « accueillait en ses murs des Anciens et des dragons ». C’est grâce à ses manuscrits qu’Alise peut déterminer à peu près l’emplacement de cette ancienne cité.

Les archives administratives sont également mentionnées dans ce récit, à l’occasion de la signature des contrats présidant au mariage d’Alise et Hest, destinés à être « roulés et remisés dans les archives de la Salle » – mais bon sang, par pitié, arrêtez de rouler vos parchemins ! Robin Hobb évoque ici l’utilité première des archives : elles servent de preuve en cas de litige entre les époux ou les familles. Tous les contrats sont précieusement conservés dans des archives, quelle que soit la cité où l’on se trouve, comme celui qui lie Alise aux Marchands, déposé aux Archives du conseil du désert des Pluies. L’aspect juridique des archives apparaît donc primordial dans l’oeuvre de Robin Hobb.

Ainsi, dans ce récit, les finalités des archives sont particulièrement bien définies par Robin Hobb : les archives sont conservées dans un but juridique dans les administrations des différents lieux évoquées mais elles sont aussi rassemblées et étudiées dans un but historique et utilitaire puisque leur étude doit mener les dragons à leur ancienne cité. Vous avez dit archives essentielles ?

Sonia Dollinger

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Game of Thrones Le Trône de fer dans sa version française -, est avant tout une série de romans de type medieval-fantasy, écrits par Georges R.R. Martin depuis 1996. La saga est reconnue pour ses nombreuses références à des événements, lieux et personnages historiques réels ; elle témoigne également d’un certain réalisme, en particulier en ce qui concerne les pratiques guerrières, les intrigues politiques et le fonctionnement des institutions, alliées à une mythologie solide, une historiographie du monde élaborée, à de nombreuses créatures imaginaires et à des formes de magies diverses ; de fait, Game of Thrones est une œuvre fantastique très cohérente et complète. En ce qui concerne plus particulièrement la série télévisée adaptée de ces romans, créée par David Benioff et Daniel Brett Weiss, elle est diffusée pour la première fois en avril 2011 sur HBO (Home Box Office) et connait un très grand succès.

GOT_2L’histoire principale de la série Game of Thrones se déroule essentiellement sur le continent de Westeros, associé dans quelques intrigues à celui d’Essos plus à l’Est. Westeros correspond au Royaume des Sept Couronnes, soit sept royaumes indépendants gouvernés en théorie par un seul souverain, occupant le Trône de fer. La plupart des intrigues de la série sont liées à des guerres de pouvoir, à des stratégies et manipulations politiques et guerrières afin d’occuper le Trône de fer et de gouverner l’ensemble des royaumes du continent. Ces enjeux de pouvoir sont légitimés par les personnages comme une quête de puissance, une volonté d’union et de paix, ou une revendication légitime d’héritage. Les conflits entre royaumes et surtout entre les différentes maisons nobles constituent l’histoire de la série. On note également, au-delà de ces tensions politiques, un récit plus global et ancien, apparenté surtout aux régions du nord du continent, celui du combat des vivants contre l’armée des morts. Cet espace au Nord de Westeros, appelé le Mur, est une zone frontière entre le monde des hommes et celui de ceux appelés les Marcheurs Blancs, armée des morts qui vise à la destruction du monde connu et habité.

Et les archives dans tout ça ??

C’est principalement autour de cette problématique de guerre entre les morts et les vivants que s’illustre l’importance des archives dans l’univers de Game of Thrones. Tous les royaumes possèdent en effet leurs propres archives : dans les lieux et cités éminentes de chaque royaume se trouvent les archives concernant l’histoire de la famille régnante et les principaux événements liés à l’histoire du royaume, aux guerres et aux personnages remarquables. Néanmoins, il existe un lieu exclusivement consacré aux archives du monde, servant à la fois de bibliothèque et d’université : la Citadelle.

La Citadelle se trouve à Villevieille, une cité située au sud-ouest de Westeros, siège ancestral de la Maison Hightower, vassale de la Maison Tyrell, qui gouverne cette partie du royaume. La Citadelle est un lieu très ancien, il est fondé dans le but d’accumuler les connaissances scientifiques et de favoriser l’enseignement de divers disciplines à ceux qui peuvent y accéder. Elle est gérée et administrée par le Conclave, un conseil composé d’Archimestres, maîtres de la Citadelle ; elle est également le siège de l’Ordre des Mestres, des savants et érudits qui sont chargés de former les étudiants à la Citadelle, ou alors de conseiller les seigneurs des Sept Couronnes dans différents domaines (science, médecine, histoire et stratégies diplomatiques) en séjournant à leur cour.

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L’arrivée de Samwell à la Citadelle avec Vère et Petit Sam : la découverte d’un monument éclairant l’ensemble du monde

La Citadelle est en elle-même le lieu de l’Archive, elle représente à la fois un centre d’archives très important, regroupant la quasi-totalité des ouvrages existants dans le monde de Game of Thrones. C’est également une université, un lieu de formation réservé aux étudiants souhaitant devenir mestre – les mestres s’apparentent ici à la fois des archivistes et à des figures scientifiques d’érudits selon la tradition cléricale et renaissante, ils connaissent les sciences de la médecine, l’histoire, la géographie et toutes autres sciences humaines ; certaines scènes de la série font également référence à l’univers des moines copistes de l’époque médiévale -. Ces savants forment un corps enseignant composé exclusivement d’hommes –souvent très âgés-, vivants à l’écart du monde selon un mode de vie particulier, en ermite, et sont entièrement consacrés à l’étude et à la préservation des fonds d’archives. Enfin, la Citadelle est présentée comme une sorte de Grande Bibliothèque, sous la forme d’un Grand Phare, rappelant immédiatement deux monuments très symboliques d’Alexandrie. Ce lieu de conservation de la mémoire écrite est donc un symbole de l’éclairage, de l’illumination du monde entier, rayonnant de connaissances et de savoirs. La Citadelle traite tout autant des archives historiques que des informations très contemporaines, elle est reliée au reste du monde et à l’ensemble des royaumes par une correspondance permanente établie par corbeaux-blancs – spécifiques de la Citadelle-, communiquant avec les mestres éparpillés dans les cours seigneuriales.

La figure du mestre est elle aussi très liée au stéréotype de l’archiviste ; à la fois ermite et érudit, le mestre a pour fonction première de conserver les connaissances du monde, de copier et préserver les documents produits par l’ensemble des Sept Royaumes et au-delà, dans d’autres régions plus éloignés. Ce n’est qu’en fonction secondaire qu’ils rejoignent les cours et capitales afin d’assister les seigneurs dans la bonne gestion de leur royaume et d’apporter les connaissances suffisantes en matière de sciences diverses. On remarque cependant que l’enseignement dispensé à la Citadelle est réservé à une petite minorité de privilégiés, d’abord des hommes – les femmes et les enfants en sont exclus – décidant de se consacrer entièrement à leur tâche d’archiviste ; et des lettrés, des hommes capables de manipuler des documents de tous types et d’en faire bon usage. Comme pour les lieux mentionnés, il est nécessaire de consulter la liste des mestres nommés par l’auteur et la série, ainsi que leurs histoires individuelles qui parfois servent l’intrigue principale.

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Le mestre : stéréotype de l’archiviste ?

On ne peut pas évoquer le lieu de la Citadelle et l’Ordre des Mestres sans parler de Samwell Tarly, l’un des personnages principaux de la saga, qui accompagne l’un des héros les plus suivis de l’histoire, Jon Snow. Samwell Tarly apparaît comme un personnage fondamental de l’histoire dès la première saison de la série, il est l’archétype de l’anti-héros, le Sam Gamgie de l’histoire en tant que meilleur ami du héros «sponsorisé » par le récit ; fils du seigneur de la Maison Tarly, vassale des Tyrell, il est déshérité par son père, étant victime d’embonpoint et incapable de se battre, il est chassé du domaine de son père et envoyé au Nord de Westeros, au Mur, afin de rejoindre l’Ordre de la Garde de Nuit, exil réservé aux criminels, orphelins, fils bâtards et reclus de la société. Le parcours de ce jeune homme est assez singulier, incapable de se battre comme ses compagnons, il assiste le mestre de Château- Noir, forteresse principale du Mur, Mestre Aemon. Il se lie d’une sincère amitié avec Jon Snow, et lorsque ce dernier devient Lord Commandant à la tête de la Garde de Nuit, il lui permet de quitter l’Ordre et de rejoindre la Citadelle. Samwell se bat de fait par d’autres moyens, avec d’autres armes inhabituelles pour un jeune homme dans un monde guerrier : les livres et la connaissance. Son rôle dans l’histoire, et principalement dans le conflit entre l’armée des morts et celle des vivants, s’avère essentiel et crucial. Samwell réalise son rêve d’enfant en rejoignant la Citadelle, où il doit accomplir sa mission en tant qu’ancien membre de la Garde de Nuit et comme être humain qui défend son monde : il est chargé de découvrir, en parcourant les archives de la Citadelle, par quel moyen les vivants peuvent combattre et vaincre les Marcheurs Blancs – entre autres, par l’exploitation du verre-dragon, soit une sorte d’obsidienne, dont il doit trouver les sources de minerai, rechercher les cartes et informations qui permettraient son utilisation en masse-. Samwell Tarly incarne l’archiviste en devenir, qui est confronté à la fois au lieu, aux acteurs de la conservation des documents, et aux événements qui lui sont contemporains, nécessitant un recours aux archives pour faire face aux difficultés et aux guerres du présent – ce qui en fait, à mon sens, l’un des personnages les plus courageux de la série.

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Samwell Tarly : l’archiviste en devenir ou le héros de la sauvegarde du monde des vivants

Son rôle est en effet fondamental, et après avoir intégré l’Ordre des apprentis mestres, il espère pouvoir consulter librement les archives de la Citadelle. C’est aussi l’espérance du spectateur à la fin de la saison 6, qui voit enfin Samwell atteindre la Citadelle en compagnie de Vère, sa compagne et de son fils adoptif Petit Sam. Malheureusement, le premier épisode de la saison 7 montre les tâches ingrates réservées aux apprentis, à savoir s’occuper exclusivement des vieux mestres, présentant la Citadelle non plus comme un lieu rayonnant et plein de promesses, mais comme un hospice. C’est finalement au cours de l’épisode 5 de la saison 7 que Samwell, frustré de l’inaction des mestres et des multiples interdictions quant à la lecture de certaines archives, qu’il décide de quitter la Citadelle clandestinement et de retourner au Nord auprès de Jon Snow. Il part de nuit, emportant avec lui les précieuses archives interdites, qui contiennent des révélations fondamentales quant à la généalogie de certains personnages, qui, ainsi légitimés, peuvent influencer l’issue de la guerre des Sept Royaumes et aider ceux qui, au Mur, sont les premiers confrontés aux Marcheurs Blancs et à l’armée des morts. Il est également le jeune homme qui symbolise l’espoir, par sa désobéissance aux deux Ordres qu’il rejoint, sa décision de garder Vère et Petit Sam auprès de lui, comme une promesse d’avenir. Il est l’archiviste dans le présent et l’action, disant qu’il quitte la Citadelle pour pouvoir lui aussi agir et accomplir de grandes choses ; « je suis fatigué de lire les exploits d’hommes meilleurs que moi. », saison 7 épisode 5.

L’exemple de Samwell Tarly permet de montrer tous les aspects de ce type de lieu d’archives, évoquant à la fois l’attrait pour la Citadelle, monument unique au monde, très renommé et spectaculaire sur le principe et de l’extérieur ; tout en apportant un avis critique sur le fonctionnement interne de cette institution d’archives tournée et centrée sur elle-même, au sein de laquelle certains documents sensibles, pouvant orienter ou décider du sort de la guerre et des manœuvres politiques ne sont pas accessibles –certainement pas au public, ni aux souverains ou aux apprentis mestres- et gardés sous scellés, littéralement fermés par des chaînes dans une réserve. Les chaînes accompagnent également l’habit du mestre, symbole de sa dévotion au savoir et à la science pratiquée à la Citadelle –dont certains se font exclure- et  à leur goût du secret. Les mestres sont à l’écart, en retrait du monde et adoptent une position neutre face aux événements, ayant pourtant toutes les connaissances, savoirs et preuves à leur disposition, ils décident de garder le silence, selon une sorte de devoir de réserve vis-à-vis de leurs contemporains. Leurs conseils et les informations issues des archives sont réservés à une minorité, dans un entre soi qui refuse l’action. Samwell Tarly, qui décide de quitter les mestres, symbolise le jeune homme qui, lui, souhaite mettre à disposition les archives de la Citadelle, au service de l’action, de la sauvegarde du monde, de la vie et de l’humanité.

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« Il y a tant de livres à la Citadelle qu’aucun homme ne peut espérer tous les lire de son vivant. »

Jon Snow à Sam, après leur rencontre au sein de la Garde de Nuit, Mur au Nord de Westeros.

Mathilde Lorilliard

 

 

Fallout 3 est un jeu vidéo, de rôle et d’action pensé et développé par le studio de développement Bethesda Softworks. Bethesda est réputé dans le monde du jeu vidéo pour ses diverses séries incontournables comme The Elders scrolls avec les fameux Morrowind, Oblivion, et le dernier du nom Skyrim, plusieurs fois nommé comme meilleur jeu de l’année 2011, et ensuite la série Fallout connue pour son deuxième, troisième et quatrième volet.

Fallout

Fallout 3 se déroule dans notre monde, dans un futur imaginé et post apocalyptique suite à un holocauste nucléaire mondial dû à une invasion des États-Unis par le Chine.

Le personnage incarné est né dans un abri nucléaire, l’abri 101, où il a pu vivre loin des radiations. L’abri atomique a été construit par une entreprise privée de l’enseigne Vault-tech hébergeant une partie de la population. Cet abri a pour consigne de ne jamais s’ouvrir quoi qu’il arrive, ignorer le monde extérieur dévasté et tourner en cercle fermé. Mais un jour le père du héros quitte l’abri. Dès lors notre héros va rapidement suivre son père.

Le monde ravagé par la guerre est hostile et encore habité par des humains, des cannibales, des créatures ayant muté à cause des radiations.

Et les archives dans tout ça ??

Au fil de l’histoire, le chemin du héros va croiser plusieurs protagonistes désireux de retrouver et conserver le rare patrimoine ayant survécu à la désolation, mais aussi à l’étudier. Ce désir de connaître le passé et s’en servir au présent et dans le futur se retrouve plusieurs fois dans le jeu. Pour commencer, dès la sortie de l’abri la radio diffusée sur les terres désolées, est une radio d’état, sur laquelle le président intervient régulièrement en diffusant des messages de propagande. Entre chaque message, on retrouve des archives sonores composées des musiques de la guerre de sécession, qui paraissent patriotiques et purement intégrées à l’identité des États-Unis alors que la date de diffusion est 2199. On constate dans certaines annonces la faiblesse des recherches et de la connaissance du passé quand le président confond les joueurs de base-ball avec des conseillers et députés du gouvernement. « C’est alors que vous pourrez les voir ces conseillers munis de battes de frêne et de noyer pour vous offrir un spectacle…»

Ensuite l’histoire du jeu va nous conduire auprès d’un homme qui désire enrichir son musée public d’anciens documents ou objets. La tenue de cet homme est très cliché : il arbore la tenue typique du professeur d’histoire, avec son petit pull en laine, ses lunettes et son grand âge. Cette mission nous expédie dans plusieurs endroits de la ville comme auprès des Archives nationales qui sont représentées avec un souci du détail flagrant, comme l’est d’ailleurs toute la ville.

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Ce qui nous propulsera nécessairement dans les archives du mémorial de Lincoln. On y trouve plusieurs supports du document, de l’enregistrement de la voix de Lincoln en passant par des objets personnels comme son chapeau ou son fusil. Différents supports qui sont la preuve que pour les éditeurs du jeu le document d’archives ne prend pas nécessairement la forme de vieux parchemins.

De plus l’univers du jeu nous montre plusieurs techniques de conservation des archives. On retrouve des rayonnages certes dévastés par la catastrophe, mais encore présents.

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On peut constater sur l’image ci-dessus un rayonnage sur la gauche, en bois où quelques documents demeurent encore. Sur la droite on peut voir une machine nécessaire à la lecture des microfilms et même une machine à écrire (Les bombes nucléaires ayant dans cet univers frappé aux alentours des années 1960)

La constitution d’indépendance des États-Unis est également présente dans l’édifice et conservée dans un coffre fort situé dans un sous-terrain très profond, qui de fait la garde dans un état impeccable.

On retrouve au cours de la quête principale du jeu, les archives de l’entreprise Vault tech, des archives privées cette fois ci, et sur un support numérique. Ces archives nous aident à repérer tout les abris répartis dans la région, ainsi que le rôle caché des différents abris.

Mais plusieurs quêtes secondaires nous porterons à la découverte de nombreuses archives secrètes ou non, allant des archives de l’armée, ou bien des archives du fabricant légendaire de « nukacola ».

Voici donc un aperçu de la vision des archives au sein de cet univers vidéoludique.

Nicolas Levannier

 

 

 

 

 

 

 

SS-GB est une uchronie publiée en 1978, oeuvre de Len Deighton, écrivain britannique, auteur de nombreux romans historiques et d’espionnage.

SS_GBL’action se situe en Angleterre en 1941 alors que l’Allemagne nazie a gagné la guerre. Churchill est mort et le roi George est enfermé à la Tour de Londres. Le pays est régi par les autorités allemandes qui s’opposent les unes aux autres alors que la Résistance s’organise.

Au centre de l’intrigue se trouve Douglas Archer, commissaire à Scotland Yard, un homme brillant et reconnu qui travaille sous les ordres du général SS Kellerman. Il est chargé d’enquêter sur le meurtre du docteur Spode, un physicien qui œuvrait pour les nazis. L’enquête est particulièrement complexe et entraîne le commissaire Archer sur de multiples pistes et notre homme se retrouve très vite au cœur des complots et des rivalités entre factions nazies rivales et entre résistants.

Même si vous n’êtes pas fan d’uchronie, cet ouvrage est un thriller haletant que vous ne pourrez plus lâcher après l’avoir commencé.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives représentées ici sont avant tout celles du pouvoir en place. Pourtant, la première apparition du mot archives est liée à une histoire de flirt entre le commissaire Archer et sa secrétaire qui lui cause quelque soucis. Son coéquipier, Harry lui fait quelques remontrances : « fais-ça avec la blonde, là-haut aux archives » sous-entendant que personne ne s’en apercevrait. L’archiviste n’a donc pas de prénom et est seulement mentionnée comme objet de désir, pas davantage, mais c’est assez rare pour être souligné. On sait juste que l’archiviste est également amie avec la secrétaire d’Archer mais rien de plus. Du côté des Allemands, on sait qu’il existait un « archiviste officiel de la 29e division d’infanterie »qui relatait les combats dans le journal de son unité. Il n’est nulle part mentionné qu’il existe des archivistes pour chaque unité mais il est intéressant de noter que ce personnage est là pour consigner les faits au jour le jour et donc écrire l’Histoire en train de se faire.

Par la suite, lorsqu’Archer trouve un cadavre sur lequel il basera son enquête ultérieure, le commissaire n’est pas ravi lorsque la carte d’identité du mort mentionne une adresse à Kingston. Impossible de vérifier : « le bureau des archives de Kingston avait été détruit lors des combats, c’était une des adresses préférées des faussaires, fabricants de papier d’identité. » Une fois leur disparition effective, on a beau se lamenter sur la perte des archives, celle-ci s’avère être très handicapante dans les enquêtes de police et la recherche d’identité. Doit-on conclure une fois de plus qu’il faut un drame pour démontrer l’utilité des archives ? – oui, ok, j’en vois déjà certains dire : « on s’en fiche, tout sera bientôt numérisé », comme si les archives numériques étaient indestructibles.

On vérifie toutefois si le nom de la victime apparaît mais « les archives criminelles n’ont rien sous ce nom.  » On ne peut pas gagner à tous les coups, mais, au moins, lorsque les archives existent, on peut recouper les informations. Lorsqu’il s’agit d’en savoir plus sur un des protagonistes de l’affaire, Harry, inspecteur et ami d’Archer va subtiliser une fiche aux archives et la trimbale dans sa poche pour la montrer au commissaire et peu importe ce qu’elle devient et comment elle est manipulée par la suite !

La possession des archives signifie également symboliquement la prise de pouvoir d’une nouvelle autorité : lors de son installation à Scotland Yard, le Standartenführer Huth fait transférer toutes les archives près de ses bureaux. Cependant, l’auteur précise que le ménage est fait avant ce transfert et que les dossiers sont remplis de « fiches d’archives vierges et des bordereaux sans importance. » Ce tri parfois violent effectué dans les archives est assez connu des archivistes qui la constatent avec impuissance lors d’une passation de pouvoir.

Cette disparition d’archives est également constatée par l’inspecteur Dunn qui aide le commissaire dans son enquête. il lui dresse la liste de toutes les bibliothèques et archives où il s’est rendu, notamment les archives de Scotland Yoard, celles de la Gestapo ou les archives centrales SS mais raconte que « une personne ou des personnes se sont donné encore plus de mal pour faire disparaître de ces différents endroits toutes références au professeur et à son travail. » Ainsi, il se confirme que les archives du pouvoir sont celles qui sont parfois le moins à l’abri des destructions, d’autant qu’il est précisé ultérieurement que toute demande de consultation de ces documents est signalée au général de la SS. Quelques informations échappent fort heureusement à ces destructions, ce qui permet à Harry d’aller fouiller dans les archives de la Gestapo et trouver des informations fort instructives sur un officier allemand.

La connaissance des archives est enfin l’enjeu d’une véritable course à l’information, chaque protagonistes cherchant dans les « lointaines archives » de Berlin des révélations susceptibles de nuire à son rival. On donne parfois des documents partiels voire mensongers pour tromper l’ennemi et on a bien du mal à savoir qui manipule qui et quels documents disent la vérité.

Avec SS-GB, nous avons un bel exemple du jeu qu’exerce un pouvoir autoritaire à partir des archives : le fichage généralisé induit des stratégies de contournement : destructions, falsifications, les archives subissent tous les aléas possibles, on peut donc finalement se résoudre à dire qu’elle sont essentielles dans ce récit !

Sonia Dollinger