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SS-GB est une uchronie publiée en 1978, oeuvre de Len Deighton, écrivain britannique, auteur de nombreux romans historiques et d’espionnage.

SS_GBL’action se situe en Angleterre en 1941 alors que l’Allemagne nazie a gagné la guerre. Churchill est mort et le roi George est enfermé à la Tour de Londres. Le pays est régi par les autorités allemandes qui s’opposent les unes aux autres alors que la Résistance s’organise.

Au centre de l’intrigue se trouve Douglas Archer, commissaire à Scotland Yard, un homme brillant et reconnu qui travaille sous les ordres du général SS Kellerman. Il est chargé d’enquêter sur le meurtre du docteur Spode, un physicien qui œuvrait pour les nazis. L’enquête est particulièrement complexe et entraîne le commissaire Archer sur de multiples pistes et notre homme se retrouve très vite au cœur des complots et des rivalités entre factions nazies rivales et entre résistants.

Même si vous n’êtes pas fan d’uchronie, cet ouvrage est un thriller haletant que vous ne pourrez plus lâcher après l’avoir commencé.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives représentées ici sont avant tout celles du pouvoir en place. Pourtant, la première apparition du mot archives est liée à une histoire de flirt entre le commissaire Archer et sa secrétaire qui lui cause quelque soucis. Son coéquipier, Harry lui fait quelques remontrances : « fais-ça avec la blonde, là-haut aux archives » sous-entendant que personne ne s’en apercevrait. L’archiviste n’a donc pas de prénom et est seulement mentionnée comme objet de désir, pas davantage, mais c’est assez rare pour être souligné. On sait juste que l’archiviste est également amie avec la secrétaire d’Archer mais rien de plus. Du côté des Allemands, on sait qu’il existait un « archiviste officiel de la 29e division d’infanterie »qui relatait les combats dans le journal de son unité. Il n’est nulle part mentionné qu’il existe des archivistes pour chaque unité mais il est intéressant de noter que ce personnage est là pour consigner les faits au jour le jour et donc écrire l’Histoire en train de se faire.

Par la suite, lorsqu’Archer trouve un cadavre sur lequel il basera son enquête ultérieure, le commissaire n’est pas ravi lorsque la carte d’identité du mort mentionne une adresse à Kingston. Impossible de vérifier : « le bureau des archives de Kingston avait été détruit lors des combats, c’était une des adresses préférées des faussaires, fabricants de papier d’identité. » Une fois leur disparition effective, on a beau se lamenter sur la perte des archives, celle-ci s’avère être très handicapante dans les enquêtes de police et la recherche d’identité. Doit-on conclure une fois de plus qu’il faut un drame pour démontrer l’utilité des archives ? – oui, ok, j’en vois déjà certains dire : « on s’en fiche, tout sera bientôt numérisé », comme si les archives numériques étaient indestructibles.

On vérifie toutefois si le nom de la victime apparaît mais « les archives criminelles n’ont rien sous ce nom.  » On ne peut pas gagner à tous les coups, mais, au moins, lorsque les archives existent, on peut recouper les informations. Lorsqu’il s’agit d’en savoir plus sur un des protagonistes de l’affaire, Harry, inspecteur et ami d’Archer va subtiliser une fiche aux archives et la trimbale dans sa poche pour la montrer au commissaire et peu importe ce qu’elle devient et comment elle est manipulée par la suite !

La possession des archives signifie également symboliquement la prise de pouvoir d’une nouvelle autorité : lors de son installation à Scotland Yard, le Standartenführer Huth fait transférer toutes les archives près de ses bureaux. Cependant, l’auteur précise que le ménage est fait avant ce transfert et que les dossiers sont remplis de « fiches d’archives vierges et des bordereaux sans importance. » Ce tri parfois violent effectué dans les archives est assez connu des archivistes qui la constatent avec impuissance lors d’une passation de pouvoir.

Cette disparition d’archives est également constatée par l’inspecteur Dunn qui aide le commissaire dans son enquête. il lui dresse la liste de toutes les bibliothèques et archives où il s’est rendu, notamment les archives de Scotland Yoard, celles de la Gestapo ou les archives centrales SS mais raconte que « une personne ou des personnes se sont donné encore plus de mal pour faire disparaître de ces différents endroits toutes références au professeur et à son travail. » Ainsi, il se confirme que les archives du pouvoir sont celles qui sont parfois le moins à l’abri des destructions, d’autant qu’il est précisé ultérieurement que toute demande de consultation de ces documents est signalée au général de la SS. Quelques informations échappent fort heureusement à ces destructions, ce qui permet à Harry d’aller fouiller dans les archives de la Gestapo et trouver des informations fort instructives sur un officier allemand.

La connaissance des archives est enfin l’enjeu d’une véritable course à l’information, chaque protagonistes cherchant dans les « lointaines archives » de Berlin des révélations susceptibles de nuire à son rival. On donne parfois des documents partiels voire mensongers pour tromper l’ennemi et on a bien du mal à savoir qui manipule qui et quels documents disent la vérité.

Avec SS-GB, nous avons un bel exemple du jeu qu’exerce un pouvoir autoritaire à partir des archives : le fichage généralisé induit des stratégies de contournement : destructions, falsifications, les archives subissent tous les aléas possibles, on peut donc finalement se résoudre à dire qu’elle sont essentielles dans ce récit !

Sonia Dollinger

 

 

 

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Mass_Effect_Andromeda_1Dans Mass Effect Andromeda nous incarnons Ryder qui a décidé de quitter la terre (menacée par une espèce alien appelée « moissonneurs » – cf. Mass Effect 1,2 et 3) pour coloniser une nouvelle galaxie (Andromède). Après un voyage de 600 ans, une décryogénisation et une bonne gueule de bois, Ryder découvre que la terre promise ne ressemble pas aux Maldives : planètes inhabitables, présence d’aliens très agressifs (les kerts) et perte de contact avec les « arches » (autres vaisseaux ayant fait le voyage).

Bref ce n’est pas la joie… Ryder va finalement devenir, par la force des choses, un pionnier, soit rien de moins que la personne sur laquelle l’avenir de l’humanité va reposer. Il va devoir se constituer une équipe afin de rechercher une ou des planète(s) habitable(s) pour y installer les colons venus en nombre avec lui, découvrir pourquoi les kerts sont si méchants, étudier de nouvelles technologies, rendre service à droite à gauche…

Au cours de ses missions, le héros va justement découvrir une technologie inventée par les « reliquats » (peuple disparu mais aux connaissances avancées) qui permettait de modifier l’atmosphère des planètes pour les rendre habitables. Mais cette nouvelle technologie qui fonctionne en réseau est un poil « grippée » et Ryder va donc devoir trouver puis visiter le grand centre des opérations reliquates appelé « Méridiane ».

Et les archives dans tout ça ??

Lors de son exploration du site, Ryder et son équipe découvrent la salle des Archives. Leur première vision lorsque la porte s’ouvre, ce sont bien sûr, les champignons (qu’on ne retrouve pas ailleurs ou en très faible concentration) !

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Laissons tomber la conservation préventive !

Puis la petite équipe découvre qu’un type d’archives assez particulier est conservé dans ce service : des êtres vivants (mais plus très vivants), tous issus d’une espèce alien que Ryder vient de rencontrer : les angaras. Les reliquats auraient donc créé de toutes pièces cette nouvelle espèce tout en archivant les spécimens non aboutis. Et bien entendu, les angaras eux-mêmes ne sont pas au courant de leur « genèse » que nous venons de découvrir.

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Les 2 Be 3 d’une galaxie lointaine ?

Après cette révélation, même le Krogan qui nous accompagne (une espèce alien aux mœurs guerrières), commence à trouver le coin assez « glauque ». Et pour cause : nous sommes entourés de centaines de capsules d’angaras morts.

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Alors que nous apprend cette séquence à l’intérieur de la cité reliquate au sujet des archives et des archivistes ?

Tout d’abord on retrouve l’image négative habituelle des archives et de leurs lieux de stockage : les champignons géants, l’absence de lumière et une ambiance plutôt sordide.

Mais on y trouve aussi une signification plus profonde : grâce à cette découverte, Ryder va pouvoir révéler aux Angaras d’où ils viennent (même s’ils risquent d’être déçus). Les archives vont donc ici permettre de découvrir la généalogie d’un peuple ainsi qu’un morceau de son histoire, et cette utilité est très proche de celle de l’archive « papier » que nous connaissons aujourd’hui.

Ryder (et le joueur ?) est certainement entré dans cette salle en imaginant trouver des réponses à des questions fondamentales pour le récit (qui étaient les reliquats, pourquoi avoir créé cette technologie et comment ont-ils disparu) mais il ne repartira qu’avec des informations (capitales) au sujet de la naissance d’un peuple. C’est d’ailleurs peut-être cela que les développeurs ont voulu symboliser en faisant pousser un arbre gigantesque dans un coin de magasin ?

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Vivien

Ce RPG de catégorie Heroic Fantasy est sorti en novembre 2009, développé par BioWare et distribué par Electronic Arts (EA Games, pour les intimes).

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Un jeu culte, et qui le mérite bien. Son univers est extrêmement riche, aux nombreuses sources d’inspiration. Les possibilités d’exploration, de dialogues et de déroulement de l’aventure sont telles qu’il faudrait plus de 500 heures de jeu pour toutes les découvrir. Vos ennemis comme vos alliés sont très variés. Si vous prenez le temps de discuter avec eux, vous découvrirez des histoires, cultures, mentalités et comportements parfois subtilement nuancés, tout particulièrement les équipiers de votre héros/héroïne.

C’est un jeu de stratégie et d’action qui fonctionne au tour par tour, et non un beat them all. Vous aurez également l’occasion d’apprécier l’humour dont vous ou vos compagnons et ennemis feront usage : potache, salace, complice ou second degré (et rappelez-vous bien que « l’on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde »). A d’autres moments, de la poésie, des contes et légendes et des chansons viendront agrémenter le voyage, et même un peu de romance si vous le voulez bien. Et surtout, le grand message, celui de la tolérance et de l’entraide entre les peuples – et ce uniquement parce que chacun est en danger, et reprendra tranquillement ses conflits privés une fois sorti d’affaire.

Encore un bonus non négligeable : une grande qualité des textes écrits comme parlés. Aucune faute d’orthographe, un langage soutenu la plupart du temps et de très bons doublages. Côté défauts, je mentionnerais l’absence de contrôle manette, la longueur des temps de chargement interzones, et comptez un bug fonctionnel par tranche de 10-15 heures.

Et les archives, dans tout ça ??

J’y viens, j’y viens ! Vous trouverez partout sur votre route des bêtes sauvages, des brigands et autres malandrins, des monstres (« engeances » et « abominations »), mais aussi et surtout une pléthore de documents d’archives ou de références à ceux-ci. Le texte qui suit comprend de très nombreux spoils, aussi le lirez-vous au risque de gâcher le plaisir de la découverte qui fut le mien.

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vous êtes prévenus !

Tout d’abord, vous disposez d’un menu intitulé « Archives personnelles », qui est un registre des statistiques et records du personnage sélectionné et du groupe entier ; si l’on traduit cela, par réflexe, en termes de SAE, c’est en fait une sorte de journal d’événements et de suivi de stats abrégé.

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Votre journal comprend un Codex qui s’enrichit à mesure que vous prenez connaissance de votre environnement et de votre entourage : créatures, personnages, objets, culture & religion, sorts, notes en rapport avec une quête…

Une fois la partie d’introduction terminée, l’une des premières tâches que vous aurez à accomplir consiste à retrouver un coffre contenant d’anciens traités d’alliances, que vous devrez faire jouer afin de combattre la menace qui s’abat sur le monde. Point de diplomatique ici, hélas – et d’ailleurs, personne ne semble préoccupé à les déchiffrer ou à en vérifier l’authenticité ; tout au plus vous dira-t-on qu’ils n’ont plus cours. Toutefois, en prenant connaissance de la mission, votre héros ou héroïne pourra s’enquérir « de quels types de documents s’agit-il ? ». Choix que j’ai sélectionné avec autant d’empressement que de ravissement, en oubliant d’effectuer au passage une capture d’écran.

Une autre quête principale vous amène à rencontrer des elfes dalatiens (des bois). Race déchue et asservie, dont l’essence de vie éternelle a été corrompue par le contact prolongé des humains. Leur chef est l’un des derniers Immortels, et porte le titre d’Archiviste. D’un abord peu aimable, hautain, il est néanmoins entièrement dévoué aux siens. Il est à la fois « un guide et un passeur de mémoire », et a littéralement les pleins pouvoirs incontestés sur son service. Son clan, pardon.

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Lui parler de quoi ?
Je suis Garde des Ombres.
[Persuasion] Je ne parlerai qu’à l’Archiviste en personne.
Je n’ai pas de temps à perdre ! Menez-moi à l’Archiviste !
Cela ne vous regarde pas.

Ce PNJ a son importance, et possède sa propre entrée dans le codex :

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Au sein de la cité naine, le « Façonneur des mémoires » conserve les archives (et même, selon ses propres dires, « les archives des archives »). Il est chargé d’enregistrer tout ce qui a trait aux membres de la communauté et à leurs biens, mais aussi de faire disparaître de l’histoire l’existence des parias, car la société est divisée en castes.

Une mission optionnelle a pour objet de retrouver des archives royales, qui permettront à une naine de prouver son noble lignage.

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Ils enregistrent les naissances et les affiliations de chaque nain né dans la cité, chaque transaction immobilière, chaque mort au combat, mariage, divorce.

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Au cas où vous en doutiez encore, vous aurez l’occasion à cet endroit d’accomplir une opération de récolte… de cochards, petits animaux d’élevage à mi-chemin entre le lapin et le marcassin. Et, bien sûr, vous les mettez en boîte avant de les fourrer de force dans votre inventaire…!

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Ce n’est pas possible autrement : il y avait au moins un(e) archiviste au storyboard, ou parmi le comité de recherches associé aux scénaristes.

Chez les humains, enfin, nous tenons quelque chose de plus classique : ce sont les mages et les religieux (adorateurs du Créateur) qui détiennent les archives les plus anciennes et précieuses. Une quête annexe vous mène à une sœur spécialisée en cryptologie.

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La valeur qu’accorde le jeu aux archives est confirmée – était-ce encore nécessaire ? –  par l’existence d’un certain équipement vous permettant de gagner davantage d’expérience en enrichissant votre Codex – action qui, de base, vous en rapportera plus qu’un combat de seconde zone. Connaissance et pouvoir sont liés, les livres et parchemins comptent autant que les arts martiaux et arcanes magiques.

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Quoi qu’il en soit, selon la formule consacrée, je loue et remercie les Créateurs pour leur œuvre splendide, et puissé-je répandre le culte de ce jeu aux quatre coins de la Toile des Archivistes. Car autant vous préparer à la grandiloquence et à l’exaltation de certains discours…!

Duna

Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire (A Series of Unfortunate Events en version originale) est l’adaptation télévisuelle d’une série de livres jeunesse écrits par Lemony Snicket (pseudonyme de Daniel Handler, écrivain américain). L’univers avait déjà été adapté à l’écran en 2004, sous la forme d’un film qui n’avait pas vraiment convaincu les lecteurs, par manque de fidélité à l’esprit de l’œuvre originale… C’est tout le contraire avec la série diffusée actuellement sur Netflix, qui est en à sa deuxième saison (mise en ligne le 30 mars 2018) !

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Nous suivons ainsi les péripéties de trois jeunes frères et sœurs : Violet, Klaus et Sunny (Prunille, en français), qui vont, au tout début de la série, perdre leurs parents dans l’incendie de leur maison. Monsieur Poe, le banquier chargé de veiller à ce que l’immense fortune des Baudelaire reste sagement à la banque jusqu’à ce que l’aînée Violette ait atteint la majorité, les confie à divers tuteurs plus ou moins compétents. En effet, ils sont poursuivis par le maléfique comte Olaf, acteur raté mais qui réussit à embobiner son monde, qui souhaite mettre la main sur leur héritage via diverses machinations.

La série peut être considérée comme une excellente adaptation, car elle reprend les codes des livres qui ont fait leur succès : la narration pessimiste et tragi-comique via un narrateur qui s’insère activement dans l’histoire, les références à la littérature et les explications linguistiques interrompant le récit, l’univers fantasque, étrange et bizarre, peinture quasi parodique et désespérée d’un monde dans lequel les pauvres orphelins Baudelaire peinent à trouver du sens…

Et les archives dans tout ça ??

On parle plus précisément d’archives dans les épisodes 7 et 8 de la saison 2 Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire, épisodes intitulés « Panique à la clinique – Partie 1 » et « Panique à la clinique – Partie 2 ».

Les orphelins Baudelaire, poursuivis par le comte Olaf et sa bande, rejoignent un groupe de volontaires qui se rendent à l’hôpital Heimlich, situé au milieu de nulle part. Cet hôpital a la particularité de n’être qu’à moitié construit : mais même la moitié construite et fonctionnelle est dépeinte comme un labyrinthe miteux, une enfilade de chambres décrépies donnant la chair de poule…

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C’est sûr que l’ambiance ne donne pas vraiment envie de travailler dans cet hôpital…

Dès leur arrivée, les orphelins cherchent à se cacher, et sont recrutés pour travailler aux archives de l’hôpital. Cela leur convient parfaitement car les Baudelaire sont sur les traces d’une organisation secrète, appelée VDC (VFD en version originale), qui aurait un lien avec la mort de leur parents, le comte Olaf, et plus globalement tous les événements mystérieux qui ont mené à l’incendie de leur maison ; ils ont appris que les archives de l’hôpital pourrait contenir des informations sur cette organisation.

En effet, la première chose que l’on apprend sur les archives de l’hôpital est qu’elles ne sont pas « que » les archives de l’hôpital : c’est, dans ce coin désert et dépeuplé, le plus grand dépôt d’informations et de renseignements sur tous les sujets possibles et inimaginables. Le seul archiviste est Hal, un vieil homme dont la vue déclinante l’empêche de remplir sa mission à bien.

L’hôpital est ici montré comme une formidable machine administrative et paperassière, digne de la parodie de l’administration bureaucratique des Douze travaux d’Astérix.

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« – Pas le diagnostic ? – Ou la guérison ? – Les vaccins ? » répondent, médusés, les enfants Baudelaire.

Tous ces documents sont expédiés de manière plutôt amusante via des conduits qui débouchent directement dans la salle des archives. Hal précise aussi que d’autres gens, partout dans le monde, lui envoient des dossiers, car « c’est le lieu le plus sûr pour conserver des informations ». Ainsi, les archives de l’hôpital Heimlich sont-elles devenues une mine de renseignements.

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Ici, l’étiquette de l’armoire des dossiers en « P », contenant tous les sujets, des puddings aux pyramides !

C’est Hal qui est chargé de classer tous les documents. Son système de classement est pour le moins ubuesque : pour un dossier, qui, après un vague coup d’œil, concerne la météo de la semaine passée pour la ville de Damocles Dock sur les rivages d’un lointain lac, il annonce qu’il peut le ranger dans l’armoire des D, pour « Damocles », ou alors dans l’armoire des M, pour « météo », ou encore dans l’armoire des S, pour « semaine dernière». Mais du coup, demande Violette, comme vous vous le demandez sans doute aussi, n’est-ce pas très difficile aux lecteurs de retrouver l’information ? Hé bien, répond Hal, ils regarderont à toutes les lettres correspondantes ! De toute façon, les lecteurs sont rares, car les archives ont des règles strictes concernant la consultation des dossiers. Le conduit qui sert à expédier les dossiers sortants est rempli de toiles d’araignées…

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Et là, nous faisons tous la même tête que Klaus devant le système de classement…

Hal insiste beaucoup sur la loyauté et la confiance qu’il met dans les orphelins Baudelaire, puisque la conception des archives est ici une conception fermée : documents qui ne doivent pas être lus, informations à garder mais à ne pas diffuser ! Ce qui correspond bien à la fois avec l’insistance sur les secrets, les choses à transmettre et à cacher, et à la fois avec l’atmosphère surréaliste, légèrement parodique de certains aspects de la société contemporaine, qui planent tout au long de la série. Le comte Olaf, venu pour chercher les enfants Baudelaire, se heurte à l’intransigeance de Hal. Il faut, pour consulter un dossier, remplir une demande de consultation auprès de l’administration hospitalière, et attendre sept à dix jours ouvrables l’autorisation. Un détail qui n’arrange pas le comte Olaf, pressé de mettre la main sur la fortune Baudelaire.

Les archives de l’hôpital ne sont pas que des dossiers papiers. Une bobine de film arrive spécialement pour Hal, qui précise aux Baudelaire que beaucoup de documents arrivent sous cette forme. Il y a même une petite salle adjacente pour visionner ces films ! (mais personne ne les voit jamais car personne n’y est autorisé). La bobine intéresse beaucoup les orphelins Baudelaire, car elle concerne un certain « Snicket »… membre de la société secrète VDC. Mais Hal, attaché au règlement, leur répond qu’ils doivent néanmoins remplir la demande réglementaire. Informés par la cheffe des ressources humaines que les archives fermement immédiatement (les horaires réduits sont dus à des coupes budgétaires), Hal leur précise qu’ils doivent attendre le lendemain matin.

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Hop, plus de lumière, vive les coupes budgétaires et les consultations éphémères.

La suite de l’épisode suit les orphelins Baudelaire en train de pénétrer illégalement et de nuit dans la salle des archives, pour tenter voir le fameux film. Les Baudelaire sont cependant assaillis de doute, et ne veulent ni décevoir Hal – la seule personne qui peut les protéger et les cacher du comte Olaf, et qui leur fait confiance – ni décevoir la mémoire de leur parents. Sans « spoilers » aucun, n’attendez pas, comme dirait le narrateur, une fin heureuse, ni pour les aventures des orphelins, ni pour Hal et ses précieuses archives…

Hal est ici montré comme un archiviste consciencieux (comprendre que s’il ne suit aucune règle archivistique propre à notre univers, il suit au moins les règles archivistiques propre à son univers), mais trop rigide, incapable de voir que suivre les règles à tout prix peut être à la fois bénéfique comme malencontreux. En cela, il est, comme dans la série entière des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, un archétype parfait des pathétiques adultes et tuteurs divers, voulant bien faire mais incapables de protéger les orphelins des machinations du comte Olaf, parce qu’ils sont trop habitués à se retrancher lâchement derrière des règles sociétales, ou leurs propres barrières morales. Mais les archives sont néanmoins le lieu du savoir, où, grâce à une bribe d’information, une page d’un carnet déchiré ou quelques secondes d’un film, les orphelins Baudelaire reprennent espoir ! Cette représentation en demi-teinte des archives s’insère également dans les représentations de la littérature, de la lecture, et des bibliothèques qui parsèment la série. De manière générale, l’éducation, la lecture et la recherche d’informations sont vu comme des choses positives, caractéristiques du « camp aidant » les orphelins Baudelaire, tandis que la bêtise, le mépris pour les livres et la connaissance, et la volonté de destruction caractérisent le camp du comte Olaf. Et c’est ainsi que je vous laisse sur cette jolie et cryptique citation :

« A library is like an island in the middle of a vast sea of ignorance, particularly if the library is very tall and the surrounding area has been flooded»

Adélaïde Choisnet

Guy Lefranc est un personnage de bande dessinée créé par Jacques Martin en 1952. Ce dernier ayant travaillé au Journal de Tintin, il y côtoie Hergé et Edgar P. Jacobs, il fait également partie de ce qu’on a appelé l’Ecole de Bruxelles. Parmi ses autres œuvres les plus célèbres figure la série Alix qui se déroule sous l’Antiquité.

Lefranc est un reporter qui sillonne le monde et résout des enquêtes souvent dangereuses. Jacques Martin en profite pour évoquer des thématiques qui lui sont chères comme la technologie muselée pour des raisons politico-financières, les complots en tous genres et les voitures pour lesquelles il se passionne. Après la mort de Jacques Martin en 2010, le personnage est repris par d’autres scénaristes et dessinateurs.

Lefranc_1Le Principe d’Heisenberg est le vingt-huitième tome des aventures de Lefranc. Il est scénarisé par François Corteggiani et illustré par Christophe Alvès. Le titre sort en 2017 chez Casterman. Les deux artistes prennent soin de respecter le goût de Jacques Martin pour la précision, notamment lorsque Lefranc prend la route et traverse la France, ce qui est décrit de manière assez précise. Le Principe d’Heisenberg est à la fois un très bon récit policier et un formidable voyage à travers les provinces françaises que je vous conseille vivement.

Un triple meurtre est commis en plein cœur de l’Aubrac, s’agit-il de l’oeuvre d’un détraqué ? Pourquoi, dans ce cas tenter d’éliminer l’inspecteur Renard qui tenait un témoin ? Lefranc ne peut rester indifférent à une enquête pareille !

Et les archives dans tout ça ??

Guy Lefranc est un journaliste enquêteur, un fin limier qui combine les méthodes d’investigation du reporter et celles des policiers qu’il côtoie régulièrement. C’est pourquoi, il ne se contente pas des apparences. Ainsi, lorsque l’inspecteur Castenholz lui présente un morceau de caillou qui s’avère être de la monazite, une pierre contenant du thorium pouvant servir de combustible nucléaire, le reporter se dépêche d’aller effectuer des recherches complémentaires.

20180427_174232Où va-t-il ? Aux archives évidemment ! Il s’agit ici des archives du journal Le Midi-Libre. Lorsqu’il se présente à la secrétaire en demandant à consulter les archives, cette dernière lui répond qu’elles sont classées par thèmes et non par date. On peut s’en étonner, les journaux conservant souvent une collection classée chronologiquement, mais il est vrai que le classement thématique peut avoir du bon. Encore faut-il savoir quelles thématiques sont utilisées.

Lefranc rejoint donc un archiviste encravaté d’âge moyen, vêtu d’une blouse et plutôt compétent. En effet, Lefranc est bien embêté avec le classement thématique : comment chercher des articles en rapport avec cette fameuse monazite ? Après deux heures, il fait chou blanc. Faisant part de son désarroi à l’archiviste, ce dernier lui répond : « monazite !? Ça me dit quelque chose, vous auriez pu le dire plus tôt ». Il se tourne alors au rayon faits divers et non géologie où cherchait Lefranc et trouve immédiatement un article sur le sujet.

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Ce problème de classement thématique nous interpelle sur la pertinence des choix effectués : une thématique qui paraît logique à celui qui classe et qui indexe peut paraître insuffisante au chercheur qui vient dans un but précis qui n’est pas forcément celui qu’on avait en tête lors de l’élaboration du classement ou du thesaurus. Evidemment, depuis la recherche en plein-texte, la numérisation et l’océrisation, la recherche est grandement facilitée. Reste que le classement effectué n’est pas sans conséquence sur la manière dont un fonds peut être appréhendé.

Sonia Dollinger