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Tenjin_1Tenjin, le dieu du ciel est un manga scénarisé par Yoichi Komori et Muneaki Taoka dessiné par Tasuku Sugie. Le titre est publié chez Kana à partir de 2017. Ce récit conte les aventures du jeune Riku Sakagami qui rêve de devenir pilote de chasse, comme son père avant lui, afin de rencontrer Tenjin, le dieu du ciel.

Si Riku n’est pas très fort dans les matières théoriques, il se montre doué d’un instinct exceptionnel dès qu’il se trouve aux commandes d’un avion, au point de rivaliser avec le plus brillant élève de la promotion, Hayari. Malgré cette réussite, une ombre pèse sur le jeune Riku, son père ayant été déshonoré après une mission qui s’est mal passée. La vocation de pilote du jeune homme est-elle due au fait qu’il veuille venger l’honneur de son père ou à son rêve merveilleux de pouvoir enfin rencontrer Tenjin, le dieu du ciel ?

Et les archives dans tout ça ??

Riku Sakagami reste profondément marqué par ce qui est arrivé à son père treize ans auparavant. En effet, le pilote se serait enfui, mettant en péril des civils et des élèves. Riku, qui adulait son père, est anéanti mais souhaite malgré tout devenir pilote de chasse. Tout en intégrant l’école militaire, le jeune homme cherche à comprendre ce qui s’est réellement passé. Quoi de mieux pour tenter de retracer les événements que d’accéder aux archives de la base aérienne de Hyakuri pour y lire les transcriptions des communications de vol ? Riku adopte la démarche d’un enquêteur et d’un historien : pour comprendre, il tente d’interroger les témoins et de se référer aux sources écrites. Notons au passage qu’il ne semble pas y avoir de restrictions de communication et que n’importe quel élève a accès aux archives. Cela semble se confirmer un peu plus tard lorsqu’un autre étudiant, particulièrement brillant, évoque les liens de parenté de Riku et l’affaire ayant entaché son père, tout simplement parce qu’il est tombé dessus au détour des archives.

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recherche dans les archives militaires ©Kana

On voit d’ailleurs Riku consulter les documents dans la salle de consultation des archives dans le bureau de la défense, une salle de lecture particulièrement ordonnée, peuplée de rayonnages mais pas d’archiviste. Les élèves semblent pouvoir regarder les documents sans grande surveillance apparente. La salle de consultation permet aux étudiants de préparer leur mémoire de fin d’étude ce qui, dans le cas de Riku se justifie parfaitement puisqu’il a chois comme sujet : « retour sur 50 ans d’opérations des forces aériennes d’autodéfense », un sujet d’histoire militaire qui se prête parfaitement à la consultation d’archives… et à une enquête approfondie sur l’incident qui a déshonoré son père.

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Une salle de lecture très ordonnée ©Kana

L’accès assez large aux archives au sein même du laboratoire de défense semble assez problématique puisqu’il peut porter atteinte à la réputation d’un pilote ou rappeler une affaire douloureuse. Cependant, pour comprendre les erreurs des missions militaires passées et permettre aux élèves de les étudier pour les éviter, il semble nécessaire de pouvoir consulter les documents.

On touche là une problématique essentielle des archives que l’on retrouve dans toutes les disciplines : permettre la recherche et l’étude scientifique sans porter atteinte à la vie privée d’un individu. Un travail d’équilibriste que les archivistes connaissent bien !

Sonia Dollinger

 

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La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert est le deuxième roman de l’écrivain suisse Joël Dicker. Paru en 2012 aux éditions de Fallois, cet ouvrage est remarqué partout dans le monde et reçoit de nombreux prix comme le Goncourt des Lycéens ou le grand prix du roman de l’Académie française. Fort de ce succès, le roman est adapté en série télévisée, réalisée par Jean-Jacques Annaud avec Patrick Dempsey dans le rôle d’Harry Quebert.

Marcus Goldman est un jeune écrivain dont le premier roman a fait de lui une célébrité. Il profite de sa nouvelle gloire en faisant la fête et en se pavanant au bras d’actrices célèbres. Mais, quand son éditeur lui rappelle que son contrat lui impose de sortir un nouveau livre au plus vite, Marcus Goldman panique. Son inspiration l’a totalement quitté, il souffre du syndrome de la page blanche. Une seule solution, retrouver celui qui lui a tout appris, son professeur, Harry Quebert. Mais, quand Marcus débarque à Aurora, paisible bourgade du New Hampshire, il ne sait pas qu’un drame vieux de plus de quarante ans va détruire la réputation d’Harry Quebert. Ce dernier se trouve, en effet, accusé du meurtre de Nola Kellergan, jeune fille de quinze ans disparue en 1975. Marcus Goldman, fidèle à son mentor et ami décide de mener sa propre enquête sur ce qu’il convient désormais d’appeler l’Affaire Harry Quebert !

Et les archives dans tout ça ??

Vérité_Harry_QuebertQui dit enquête dit forcément plongée dans les archives, c’est presque un topos de la littérature policière et, en cela, La Vérité sur Harry Quebert ne déroge pas à la règle. Dans ses premières recherches, Marcus Goldman est confronté à l’absence de conservation de certaines données depuis leur informatisation, notamment quand il se rend dans un motel pour avoir la trace d’une réservation datant de 1975 : « 1975 ? Vous êtes sérieux ? Depuis qu’on garde les registres sur informatique, on peut remonter à deux ans maximum. Je peux vous dire qui dormait là le 30 août 2006 si vous voulez. Enfin, techniquement parce que ce sont des informations que je n’ai pas le droit de vous révéler. » Notre écrivain enquêteur se heurte ici à deux problèmes : la conservation des données sur un temps long, problématique que connaissent bien les archivistes et les chercheurs puisqu’elle interroge sur la notion d’archives essentielles. Conserver ses registres de clients n’apparaît pas forcément utile. Un hôtelier n’a plus l’utilité de ces documents pour sa gestion courante et ne voit donc pas la nécessité de conserver ce type de données. Un historien objectera l’intérêt de ce type de source pour une étude d’histoire sociale, un généalogiste y trouvera éventuellement un intérêt. Bref, faut-il tout conserver sachant que de nombreux documents ont peu de chances d’être consultés un jour. Mais, a contrario, faut-il détruire une source potentielle sous le prétexte qu’elle n’attirera pas les hordes de chercheurs ? Deuxième question évoquée : la confidentialité des données : ici, l’hôtelier ne peut évidemment divulguer des informations qui touchent à la vie privée de ses clients, d’autant que Marcus Goldman n’agit pas dans le cadre d’une enquête de police officielle. Entre écrasement des données et protection de la vie privée, pas facile la vie d’enquêteur novice !

Pourtant, Marcus Goldman a accès au dossier de l’affaire de la disparition de Nola et peut lire les témoignages de 1975, voir des clichés de l’époque grâce à l’avocat de son ami Harry. Les archives des affaires criminelles, notamment des cold case sont évidemment primordiales lorsqu’une enquête se débloque et qu’une affaire est relancée. On peut donc aussi légitimement se poser la question de leur bonne conservation sur le long terme et sur les moyens que la société est prête à y mettre. Les archives policières permettent aussi d’attirer l’attention sur les comportements étranges d’individus qui ont eu maille à partir avec la justice et donc de recouper des pistes qui avaient échappé aux enquêteurs à une certaine époque. Réinterroger régulièrement ces sources avec un regard neuf peut avoir un réel intérêt, d’où l’utilité de les conserver.

Un autre grand classique des enquêtes est le recours au yearbook des lycées qui recensent les élèves d’une même classe. On les trouve dans « les archives de la bibliothèque » du lycée d’Aurora. Voilà une bonne manière de retrouver des témoins bien des années plus tard.

Joël Dicker évoque aussi l’utilisation des archives par les médias lorsque ces derniers veulent illustrer un reportage, des archives obtenues auprès des proches des personnes concernées ou des archives retrouvées dans différents reportages. On sait combien sont fréquentes les mentions d’archives dans les documentaires ou les sujets d’actualité qui ont besoin de se référer à des faits passés. Archiviste, un métier essentiel ? Au vu du nombre de fois où nous entendons le mot « archives » à la télévision ou à la radio, on ne devrait même pas en douter ! Pour donner de la crédibilité au livre de Marcus, son éditeur exige d’ailleurs des « photos d’archives ».

Le nombre de mentions d’archives, glissées ça et là au détour des pages de la Vérité sur l’Affaire Harry Quebert a largement de quoi nous interroger sur le rôle des archives dans notre société, un rôle discret mais pourtant incontournable. C’est vrai dans ce type d’affaire, c’est vrai dans tout type d’affaire.

Sonia Dollinger

Arsène Lupin, le gentleman-cambrioleur, est un personnage créé en 1905 par Maurice Leblanc. Un héros de la Belle Époque, un bandit au grand cœur passé maître en l’art du déguisement. Élégant, courtois, rusé, amateur de sensations fortes et de prestige, il ne vole que si le butin est exceptionnel – telle une célèbre œuvre d’art – , ou le défi particulièrement corsé – telle une confrontation avec Herlock Sholmès, dont l’anagramme est pour le moins transparent.

arsenelupinLes aventures de ce personnage ont été adaptées au théâtre, au petit et grand écran, en B.-D. et en manga ; la maison de l’auteur, située à Etretat, est devenue un musée consacré à son héros.

De même, nombreuses sont les œuvres à rendre hommage à ce protagoniste ; ainsi, des romans ou des séries de japanimation font référence à Arsène Lupin, ou imaginent les aventures d’un de ses descendants.

C’est le cas de la série qui nous intéresse ici : Lupin III, car troisième du nom d’une dynastie de cambrioleurs, créé en 1967 par Monkey Punch.

img2-lupin-iii-cagliostro-fraC’est plus précisément le film Le Château de Cagliostro de Hayao Miyazaki, sorti en 1979 qui fit connaître la « bande à Lupin »  ; les séries télévisées, quant à elle, n’étaient connues que d’une poignée des férus du genre. En fait, Lupin III a d’abord été connu en France sous le nom d’ « Edgar de la Cambriole », tout comme le héros de la série City Hunter fut présenté sous celui de « Nicky Larson » au public occidental.

Lupin et ses trois comparses – l’épéiste Ishikawa Goemon XIII, le pistoléro Daisuke Jîgen et la femme fatale Fujiko Mine – ne vieillissent jamais, mais leur mode de vie est tout de même impacté par les évolutions technologiques. Ainsi, depuis la fin des années 1960 à celle des années 2010, les gadgets et obstacles de nos voleurs ont-ils considérablement changé. La saison 5 de la série, sortie cette année, en marque les 50 ans révolus, ainsi que la possibilité pour notre héros de fouler de nouveau les terres de son illustre ancêtre.

Et les archives, dans tout ça ??

[SPOILER ALERT !]

La donnée numérique est au cœur des intrigues de cette nouvelle saison. Le fait qu’elle se déroule en France, en cette année de déploiement du RGPD et de nouvelle ère pour la Cnil, n’est qu’une coïncidence, mais n’a pas manqué de m’enthousiasmer.

Dès le premier épisode, les héros infiltrent avec succès dans l’un des datacenters les mieux surveillés et plus performants au monde, « Underworld ». Un datacenter immergé, tout comme le « Natick », de Microsoft, situé au large des côtes écossaises et dont l’ouverture en juin dernier a fait grand bruit dans les médias spécialisés.

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Mais revenons à notre intrigue. Lupin fait la connaissance d’Ami, une jeune hackeuse de génie retenue contre son gré afin de surveiller les systèmes Underworld, qui s’appuient sur le deepweb et le cryptage avancé, et via lesquels sont réalisés des transactions illégales. Des milliards de bitcoins sont donc en jeu ! Lorsque tout le monde s’échappe avec le butin, c’est une chasse à l’homme appuyée par les caméras de smartphones ou même de drones qui est lancée, à laquelle participent les chasseurs de prime, mais aussi n’importe quel utilisateur, même sans prendre part aux affrontements qui s’ensuivent.

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Les premières questions morales se posent : peut-on se permettre de traquer un individu, fut-il le voleur le plus célèbre au monde ?  En plus de cela, un autre jeu malsain s’ajoute au premier : le pari sur la mort de Lupin (qui, quel jour, et comment).

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Notre hackeuse parvient néanmoins à rendre publiques un certain nombre d’informations, qui auraient dû être inviolables du fait des blockchains qui les protégeaient. Encore une question, cette fois d’ordre éthique et technique, qui s’ajoute. Quelle confiance accorder aux nouveaux processus ? Je pense notamment au gouvernement chinois, qui en mai dernier a interdit l’usage des cryptomonnaies et ICO (Initial Coin Offering) au profit de la blockchain ; il est effectivement préférable d’abandonner rapidement un système faillible dans un pays où n’importe quelle transaction d’argent (y compris l’aumône !) est dématérialisée. Seulement, des doutes sont levés par d’autres experts ou de potentiels utilisateurs. Après tout, depuis plus de trois mille ans, l’être humain a conçu des codes afin de préserver la confidentialité de ses informations. Aujourd’hui, des générateurs et solveurs sont capables de les décrypter instantanément. Ce qui semble impossible un jour … !

Par la suite, une intrigue politique nationale se noue autour du personnage d’Albert, qui est à la tête de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), qui cherche à récupérer une liste compromettante ; un carnet papier, en l’occurrence, aussi ne m’attarderai-je pas sur cette affaire-ci, quoique l’enjeu stratégique d’une donnée soit une nouvelle fois mis à l’honneur.

Ailleurs dans le monde, une poignée de politiques et de militaires d’un pays qui vient de perdre son roi tente un putsch en s’appuyant sur le contrôle de la population par la diffusion de fausses informations sur les médias et l’étroite surveillance des réseaux sociaux. Impossible cette fois encore, de ne pas faire le parallèle avec quelques cas très concrets (tel journaliste assassiné pour avoir exercé son métier, tel couple séquestré pour avoir dénoncé les manquements de leur gouvernement sur un compte de réseau social, et bien d’autres encore). Bien que le sujet soit tout aussi intéressant et actuel, je ne m’attarderai pas plus longuement dessus.

De nouveaux rebondissements ont lieu avec l’inauguration à l’échelle mondiale d’un réseau social, « PeopleLog » (ou « HitoLog ») qui est doublé d’une base de données intelligente. Celle-ci brasse des…Tera ? Péta ? Yotta ? octets de données, fabrique votre fiche de renseignements, compare, analyse et donne sa sentence sur le taux de probabilité ou de fiabilité du contenu posté par chaque utilisateur. Le tout en quelques secondes à peine ; MySQL, NoSQL, vous pouvez prendre votre retraite… !

Chose réaliste autant qu’étrange : une large majorité d’individus est enthousiasmée par ce nouvel outil, et en devient dépendante… pour mieux le décrier ensuite. Sauf que cela va bien plus loin que le cas Facebook.

Bien sûr, le challenge numéro un pour le patron de PeopleLog, c’est Lupin. S’il peut être capturé grâce à son application, cela en prouvera l’efficacité et occasionnera une publicité sans précédent (et à peu de frais).

Seulement, notre homme n’est pas une proie facile…

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Son profil est pourtant créé à partir des données récoltées (tout particulièrement lors des courses-poursuites avec la police locale ou Interpol, les publications dans les médias, les témoignages). Rapidement, la page est inondée de posts, qui pour la plupart sont avérés, quelques-uns diffamatoires, et presque tous haineux…

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Lupin et ses amis, harassés par leur fuite de tout contact humain, décident de prendre leur revanche. Ils se mettent à révéler le contenu des boîtes noires de nombreux pays sur le site, qui approuve ces informations (une hackeuse de génie, un ordi avec wi-fi, et c’est parti). D’énormes scandales d’ordre politique, moral ou sécuritaire explosent partout dans le monde. Les forces armées de plusieurs pays finissent par attaquer le siège et les centres du site.

Un monde sans respect ni protection des données est un monde chaotique ; nous le savions déjà, mais un rappel n’est jamais de trop. Alors, avec un petit souffle épique.

Duna

 

Couverture

République est un jeu vidéo en cinq épisodes développé par Camouflaj et édité par GungHo Online Entertainment. Sorti en 2013 sur les téléphones mobiles, le jeu a connu une version Remastered pour PC, Xbox et PS4 éditée en 2016. Il s’agit d’un jeu à la troisième personne d’infiltration-action.

Attention ce billet vous révèle les mystères du jeu ! [SPOIL]

Quelle est l’histoire ?

Vous incarnez 390-H, alias Hope, une jeune femme, une Precal. Vous vous trouvez dans un état totalitaire inconnu, dirigé par le Superviseur Treglazov dont le but est d’accomplir son projet intitulé « Metamorphosis ». Alors que vous avez été envoyée en prison pour avoir lu des ouvrages interdits, vous réussissez à sortir de votre cellule. Votre but est de quitter cet endroit, en évitant Prizraks (les gardes) et caméras, tout en en apprenant plus sur votre nature et celle de ce lieu.

Et les archives dans tout ça ??

Il faut un peu avancer dans l’histoire pour comprendre que les archives sont au cœur de République Remastered. Lors de votre périple, vous collecterez un certain nombre de documents et de données qui vous permettront de mieux comprendre votre situation. Ces documents et données seront aussi des monnaies d’échanges avec un certain courtier afin d’obtenir des améliorations.

Hope vous demandant de l'aide

Hope vous demandant de l’aide

Dans l’épisode 2, vous avez réussi à quitter le bâtiment et vous trouvez dans un jardin-cimetière. Des écrans de télévision diffusent des témoignages d’expert expliquant que l’utilisation de l’ADN comme support d’information sera une révolution. Certains évoquent même l’espoir de ne plus perdre de données et de pouvoir ainsi tout collecter. Un espoir fou mais nécessaire ? Cette idée de complétude n’est pas remise en question. A-t-on intérêt à tout garder ? Comment retrouver une bonne information dans un océan de données ? Rien n’est dit à ce sujet. Durant cet épisode, vous pourrez ainsi collecter des boîtes de Petri avec des cultures bactériennes. En les passant dans un décodeur, vous découvrirez des documents d’archives vous expliquant une partie du travail de Treglazov.

Echanges de données à venir

échange de données à venir

Finalement on finit par comprendre ce qu’il se passe. Cet état totalitaire est le délire de Treglazov, qui est en contrat avec les agences américaines de renseignements pour leur offrir un stockage stable et peu onéreux de toutes les données qu’elles récoltent sous le manteau. L’espionnage numérique n’est pas évanescent, il a besoin de stockage. L’île abrite ainsi une ferme de serveurs mais pas que. Hope et les autres Precals sont les résultats des recherches menées par Treglazov. Des stockages d’archives ambulants, copie ADN des serveurs. Et en créant une République totalitaire, avec une éducation propagandaire, Treglzov espère maintenir le contrôle sur ces copies et en faire des sujets d’une nouvelle humanité. Qui contrôle le savoir a le pouvoir, dit-on. Treglazov très conscient de cela ne se contentera pas de stocker, tel un tiers-archiveur de confiance, mais utilisera les informations pour manipuler personnes et institutions à son avantage.Il vous faudra donc déjouer son plan pour gagner votre liberté.

République, un jeu sans prétention technique, interroge sur la pérennité technique d’une surveillance globale et de son pendant la gestion de flux de données colossaux. Mais au-delà de cette question technique, qui suscite certains espoirs inconsidérés (Une complétude éternelle des informations) mais aussi des craintes (encoder des données dans des êtres humains avec ou sans leur accord), le jeu questionne surtout sur les dérives totalitaires des technologies. Les flux de données ont une importance encore trop souvent négligée et l’inconséquence de certains (ici les agences américaines ignorant les méthodes de Treglzov) peut avoir des conséquences funestes pour les individus (nombre de Precals sont morts) mais aussi pour les sociétés et donc l’espèce humaine. Un jeu d’anticipation dans un futur pas si lointain…

Marc Scaglione

Avec Ma mère, cette inconnue, paru en 2017, le journaliste Philippe Labro revient sur le passé tumultueux de sa mère originaire de Pologne. Devant cette femme mutique sur ses origines, l’écrivain va devoir faire ses propres recherches, établir ses hypothèses afin de connaître l’histoire complexe de sa famille maternelle. C’est aussi l’occasion d’explorer l’histoire d’une Europe marquée par les guerres et les révolutions à travers cette histoire familiale.

Cet ouvrage est donc l’histoire de Netka, Henriette Carisey, fille naturelle d’un aristocrate polonais et d’une institutrice française. La jeune femme n’est pas reconnue par son père, déjà marié par ailleurs, et est abandonnée par sa mère. Elle se construit donc une nouvelle vie avec son frère pour seul point d’ancrage. Ces traumatismes successifs poussent Netka à occulter ce passé et à se concentrer sur la famille qu’elle a créée avec Jean-François Labro. Toutefois, la quête de son fils va pousser Netka à parler de ses origines.

Cet ouvrage est à la fois très émouvant puisqu’il s’agit d’une très belle déclaration d’amour d’un fils à sa mère et passionnant grâce à l’enquête menée par l’auteur qui nous conduit dans la Pologne aristocratique du début du XXe siècle ou dans la France occupée des années 1940.

Et les archives dans tout ça ??

labroMa mère, cette inconnue est une véritable enquête qui conduit Philippe Labro à consulter des archives de toute nature dans une démarche généalogique. Il commence, comme tout un chacun, par questionner sa mère qui peine à lui donner le véritable nom de son père qu’elle semble avoir du mal à se rappeler. L’écrivain part sur une fausse piste puis, grâce à la consultation d’une « fiche étudiante », il découvre le vrai nom de son grand-père. Il fait ensuite des recherches sur google et s’adjoint les services d’une généalogiste professionnelle. Les archives mettent donc pour la première fois l’auteur sur une piste sérieuse.

C’est aussi grâce à ses recherches dans l’état-civil qu’il apprend ce qu’est devenue sa grand-mère maternelle avec laquelle sa mère a rompu. Les mentions marginales inscrites sur l’acte de naissance de sa grand-mère se sont donc avérées bien utiles.

Philippe Labro fouille aussi dans ses propres documents familiaux, apprenant ainsi que sa mère avait gagné des concours de poésie : « j’ai retrouvé le diplôme, dans les archives, une immense boîte en carton beige, dans laquelle j’ai amassé tout ce que je pouvais (…)« . Philippe Labro retrouvera également dans les archives maternelles les carnets dans lesquels Netka a écrit ses poèmes. On constate ainsi l’importance des archives privées et leur complémentarité avec les documents publics qui n’offrent qu’une vue partielle de la vie des individus. Philippe Labro évoque aussi la douloureuse épreuve qui consiste à vider l’appartement du parent défunt et la lourde responsabilité qui pèse sur chacun : que faire des photographies et des archives en général lors d’une succession ? Comment permettre à nos disparus de continuer à vivre à travers leurs documents ?

Ces archives publiques et familiales permettent à Philippe Labro de retrouver les pièces du puzzle familial et de satisfaire sa quête, malgré les silences de sa mère et la complexité de l’histoire familiale. Labro complète sa connaissance de l’histoire familiale avec la lecture de la correspondance de son père qui montre sa personnalité sous un jour nouveau. Ce sont aussi les archives qui éclaire l’auteur sur le rôle de ses parents dans le sauvetage des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ou sur le parcours militaire de son oncle Henri tué à la bataille de Monte Cassino.

La lecture de cet ouvrage montre bien toute la méthodologie qui s’attache à la recherche généalogique et combien la conservation et l’étude des archives familiales sont indispensables à la connaissance de l’histoire familiale. Philippe Labro démontre aussi l’importance des archives publiques – ici, en particulier l’état-civil – dans la quête des origines. L’étude des archives permet de préciser sa propre histoire, de détruire des fausses pistes et de préciser des parcours individuels parfois pourtant délicats à retracer.

Encore une démonstration du caractère essentiel des archives y compris pour appréhender sa propre identité.

Sonia Dollinger