Articles Tagués ‘archives’

Malkovich_1Dans la peau de John Malkovich est un film sorti en 1999. Il s’agit du premier film de Spike Jonze (Her, Max et les maximonstres) en tant que réalisateur. Il est scénarisé par Charlie Kaufman (Confessions d’un homme dangereux, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Anomalisa). Il a reçu de nombreux prix, dont le Grand Prix spécial du Festival du film américain de Deauville en 2000.

Quelle est l’histoire ?

Craig Schwartz est un marionnettiste sans le sou, ne réussissant pas à percer. Convaincu par sa femme, il prend un boulot alimentaire chez LesterCorp à l’étage 7 et ½, un étage à taille réduite. Un jour, par hasard, il découvre une petite porte qui l’amène dans l’esprit de John Malkovich.

Et les archives dans tout ça ?

Craig Schwartz repère un boulot dans les petites annonces et décroche un entretien chez LesterCorp. LesterCorp est un prestataire d’archivage : un tiers-archiveur comme on dit en France. Mais un drôle de prestataire : ici pas de rayonnage et d’entrepôt mais de minuscules bureaux encombrés et remplis de meubles à dossiers suspendus. Peut-être la société est-elle la prestataire des entreprises de l’immeuble..Mais l’intérêt n’est pas de rendre le lieu réaliste. C’est avant tout une métaphore.

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Une métaphore du monde de l’entreprise vu par le héros Craig Schwartz et fort probablement par les réalisateur et scénariste. L’entreprise est vue comme un monde écrasant et étriqué (avec les plafonds aussi bas), où tout le monde courbe l’échine (ici littéralement), un monde d’incompréhension et d’hypocrisie, incarné par la secrétaire et le responsable. C’est un environnement abêtissant, l’entretien d’embauche en est l’illustration parfaite lorsque le Dr Lester demande à Craig de classer des fiches et d’indiquer l’ordre entre deux lettres.

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Pour classer, il faut connaître l’alphabet !

Qu’est-ce qui incarne le mieux une emploi de bureau que la paperasse ?

Ici l’emploi de Chester est la quintessence d’un monde oppressant et ennuyeux, noyé sous le flot de la paperasse. L’archivage n’est qu’une métaphore, une métaphore qui ne donne pas la part belle au métier d’archiviste ou d’archiveur….on ne sait trop…

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Un accueil chaleureux

Le film est assez riche pour permettre d’autres interprétations. Alors à vous d’essayer.

Marc Scaglione

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Defenders_1Une fan de comics ne peut s’empêcher de suivre les films ou séries dérivés de ses univers préférés. C’est ainsi que j’ai visionné toutes les séries Netflix ayant pour thème les super-héros de chez Marvel. Certaines d’entre elles comme Daredevil ou Iron Fist font référence aux archives. The Defenders étant la dernière en date, je me suis évidemment jetée dessus.

Marvel’s The Defenders est une série produite par ABC Studio et Marvel, crée par Douglas Petrie et Marco Ramirez. Elle sort en France sur la plateforme Netflix le 18 août 2017, date à laquelle j’écris ces lignes. La série réunit les quatre héros ayant eu droit à une série solo auparavant : Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist. On retrouve au casting Sigourney Weaver qui endossera le rôle de la principale adversaire du groupe de héros.

Cette série verra donc la réunion de ces personnages emblématiques de l’univers Marvel qui feront cause commune pour défendre New-York.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives ne mettent pas longtemps avant d’apparaître dans la série. On les retrouve dès le deuxième épisode – intitulé Mean Right Hook.

Pour les besoins d’une de ses enquêtes, Jessica Jones a besoin de retracer les historiques de plusieurs sociétés. Pour ce faire, elle se rend dans ce qui ressemble à un service d’archives au nom indéterminé. Pour effectuer ses recherches, elle a recours à un fichier papier, l’informatisation n’a pas eu l’air de pénétrer dans ce service new-yorkais !

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sans lumière et sans fichier informatisé

Bref, elle trouve sans peine les cotes qui semblent l’intéresser et là, surprise. Vous pensez naïvement qu’elle va présenter sa demande à un président de salle ou un archiviste quelconque ? Que nenni ! Jessica Jones file direct dans les dépôts et farfouille dans les travées.

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Ces dernières sont visiblement bien ordonnées car la détective n’a aucun peine à mettre la main sur le dossier qui l’intéresse. Que ces données concernent une entreprise privée et que Jessica puisse avoir accès aux informations concernant les transferts d’actifs de la société sans égard pour un éventuel délai de communicabilité ne trouble personne, non plus que le fait qu’elle puisse prendre en photo ces documents sans que personne ne s’en émeuve.

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Jessica répète l’opération plusieurs fois de suite, virevoltant de rayonnages en rayonnages, jouant de l’échelle mobile pour grimper vers les dossiers les plus hauts sans être dérangée par aucun être humain. Elle remonte le temps, faisant une sorte de généalogie de l’entreprise sur laquelle elle cherchait des renseignements à l’origine. Au fur et à mesure des avancées de ses recherches, les documents conservés changent d’aspect et deviennent de plus en plus anciens. Au lieu des documents tapuscrits, Jessica consulte désormais des titres de propriétés calligraphiés à la main – sans grande précaution ni aucune surveillance d’ailleurs.

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un peu d’escalade pour maintenir la forme

A la recherche de réponses, elle retire un manuscrit de son dossier. On se dit : « ok, elle va l’embarquer, ni vu ni connu étant donné qu’il n’y a personne dans ce fichu dépôt ». Raté ! Jessica erre à la recherche de quelqu’un et elle trouve… ce qui ressemble à une archiviste… ou plutôt ce qui ressemble au cliché de l’archiviste. Elle aussi est en train de farfouiller dans un tiroir et là, je me pose une question bête : en plus de n’être plus toute jeune – vous n’auriez quand même pas cru qu’on aurait droit à une archiviste jeune et fraîche – elle a l’air d’être sourde comme un pot l’archiviste ! De vous à moi, vous êtes dans vos rayonnages, vous entendez quelqu’un tripoter vos documents, vous n’allez pas voir ? Vous n’êtes pas un peu intrigué qu’une inconnue se promène dans les allées, un document extirpé d’un dossier à la main ? Si ? Hé bien…pas elle !

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L’amabilité incarnée

Jessica semble la déranger quand elle la hèle « excusez-moi »…réponse : »ouaiiiis » d’un air las. Ok, on résume : elle est sourde, se moque comme d’une guigne qu’on embarque ses archives et elle est revêche. Bon, est-ce qu’au moins, elle a un semblant de conscience professionnelle ? Jessica lui expose son souci, réponse : « qu’est-ce que je peux y faire ? »…Heu, Lui demander comment elle est arrivée là ? L’aider dans sa recherche ? Quand Jessica lui dit que les « archives les plus anciennes remontent à 1820 » et qu’elle va devoir remonter plus loin que ça, l’archiviste lui répond « allez voir le département du Patrimoine, ils ont un dépôt au Nord de Manhattan, il faut prendre rendez-vous à l’avance »… et elle se barre ! Allô madame, il y a quelqu’un dans ton dépôt qui se promène avec un document de 1820… ah ben non, elle est partie.

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Bref, on apprend quand même que les archives sont nécessaires pour faire l’histoire d’une entreprise, que l’on semble faire la distinction entre les archives les plus anciennes conservées dans un département Patrimoine et des documents plus récents. Par contre, la notion de délai de communicabilité n’est pas prise en compte puisque Jessica peut consulter ses documents sans problème et les usagers semblent pouvoir se servir librement avec la bénédiction d’archivistes peu regardants. Un point positif : la cotation et le classement ont l’air performants puisque notre détective s’en sort très bien toute seule.

Conclusion, même un super-héros a besoin d’archives pour répondre à ses questions, mais hélas, pas forcément d’archiviste. A moins qu’un archiviste super-héros arrive un jour dans l’univers Marvel ?

Sonia Dollinger

 

Cet article fait référence au livre de JK Rowling, non à son adaptation cinématographique. Attention, certains détails de l’histoire y sont révélés.

HarryPotter_1Harry Potter est une série littéraire en sept volumes écrite par l’auteure britannique J.K Rowling, du genre low fantasy. Au cours de ces volumes, le lecteur suit les aventures du jeune Harry Potter, petit garçon orphelin qui découvre le jour de ses onze ans qu’il est un sorcier. L’histoire est centrée sur la vie d’Harry, accompagné de ses deux meilleurs amis Hermione Granger et Ron Weasley, et sur son destin qui est son combat contre le Seigneur des Ténèbres : Lord Voldemort. Chacun des volumes correspond à une année passée à Poudlard, une école pour jeunes sorciers, puis à la poursuite de Voldemort. Harry Potter transporte le lecteur dans le monde de la magie et du fantastique.

Une goutte de sang moldu, une goutte de sang pur, une mèche de cheveux bruns…

Celui que nous allons évoquer ici est le sixième volume intitulé Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé. Harry entre en sixième année à Poudlard. Cette fois-ci, il ne se rend pas sur la voie 9 ¾ à la gare de King’s Cross et ne prend pas le Poudlard Express pour s’y rendre avec ses amis. C’est Dumbledore en personne, le directeur de l’école, qui vient le chercher et le présente, au passage, à Horace Slughorn, professeur de potions. Au début de l’année, en cours de potions, Harry, qui est venu sans ses fournitures habituelles, se voit attribuer un exemplaire abîmé du Manuel avancé de préparation des potions de Libatius Borage.

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Au premier abord, un ouvrage semblable aux autres. En le feuilletant, Harry découvre de multiples annotations griffonnées en marge de chacune des pages. D’abord agacé, il finit par s’apercevoir que ce sont des corrections. Grâce à elles, il parvient à être premier en cours de potions, un exploit. En examinant de plus près l’ouvrage, il découvre cette mention « ce livre appartient au Prince de Sang-Mêlé ». Au cours de l’histoire, les liens se resserrent entre Harry et Dumbledore, ce dernier l’invitant à se rendre régulièrement dans son bureau afin de consulter des souvenirs, et l’entraînant dans la quête des horcruxes. Pendant ce temps, Lord Voldemort cherche à retrouver et à éliminer Potter afin d’asseoir enfin son pouvoir sur le Monde. Et à Poudlard, Drago Malfoy, pire ennemi d’Harry, semble bien absent et préoccupé par une mission qu’on lui a confiée. Les matches de Quidditch sont beaucoup moins présents, l’atmosphère générale est beaucoup plus sombre et plus lourde, de nombreux événements viennent bouleverser le quotidien de Poudlard, le face à face entre Lord Voldemort et Harry Potter est proche, l’avenir est incertain. Ce volume marque une certaine cassure de rythme et de chronologie auxquels le lecteur était habitué. Ici, le passé est au centre de l’histoire.

Et les archives dans tout ça ??

Un des fils rouge de cette sixième partie est la connaissance du passé de Lord Voldemort. Dans Harry Potter et la Chambre des secrets, le lecteur avait découvert que le véritable nom de Voldemort était Tom Elvis Jedusor, qu’il était un brillant élève de Poudlard et qu’il avait un goût prononcé pour tout ce qui touchait à la magie noire. Ici, le voile est levé sur la véritable histoire personnelle de Tom Jedusor.

Dumbledore estimant que c’est à Harry, ennemi de Voldemort depuis dix-sept ans, de découvrir ce passé, il invite alors le jeune homme de nombreuses soirées dans son bureau afin de consulter ses souvenirs dans la Pensine.

Harry Potter and the Half-Blood Prince

Bien plus pratique que la consultation d’archives moldues, la Pensine est un objet magique, une vasque en pierre remplie d’une substance à la fois liquide et vaporeuse dans laquelle sont révélés les souvenirs des sorciers.

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Lorsque l’on plonge la tête dedans, on est alors aspiré et directement projeté dans le souvenir en question. On assiste à toute la scène qui a été mémorisée. Une façon magique de consulter des archives personnelles. Essayez de poser votre tête dans un carnet ou un registre, je ne pense pas que l’effet soit le même.

La Pensine est évoquée pour la première fois par l’auteure dans Harry Potter et la Coupe de Feu, au chapitre 30 intitulé « La Pensine ». Mais elle apparait le plus souvent dans Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé. Au total, la Pensine est utilisée huit fois par Dumbledore et Harry dans ce volume. Chacun des souvenirs retransmis par celle-ci nous en fait savoir plus sur le passé de Voldemort.

Les souvenirs recueillis sont captés grâce à une baguette magique que l’on place sur sa tempe. Un mince filet sort alors de la tête, tenu par la baguette. Lorsque celui-ci est totalement sorti, il est soit placé directement dans la Pensine, soit dans un petit flacon pour le conserver. Ce sortilège permet en quelque sorte de faire de la place dans la mémoire du sorcier. Notons que ce souvenir peut être modifié par son auteur. Plus simple que d’écrire ses mémoires dans un cahier de moldu…

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Au chapitre 24 du même volume, intitulé « Sectumsempra », on fait une autre référence aux archives, néanmoins bien moins magique. Alors qu’Harry surveille les moindres faits et gestes de Drago Malfoy grâce à la carte du Maraudeur, il s’aperçoit que celui-ci a fait une halte aux toilettes et qu’il est visiblement en compagnie de Mimi Geignarde, le fantôme des toilettes des filles. Comme à chaque rencontre entre les deux garçons, un duel de magie est alors enclenché. Dans le tumulte, Malfoy est sérieusement touché. Le professeur Rogue, étant à proximité, vient en aide à Malfoy et, après un dialogue musclé avec Potter, impose plusieurs soirs de retenues à ce dernier.

Le premier soir, Harry se rend donc dans le bureau de Rogue qui l’invite à s’asseoir devant une table où « des boites couvertes de toiles d’araignées étaient empilées, menaçantes […] L’aura qui en émanait promettait un travail fastidieux, difficile, inutile.». Sourire malveillant et moqueur en coin, il expose alors la corvée qui attend Harry : « Mr Rusard cherchait quelqu’un pour classer ces anciens dossiers […] Ce sont les archives des méfaits commis par d’autres élèves de Poudlard avec les punitions correspondantes. Là où l’encre est délavée, ou lorsque les fiches ont été abîmées par les souris, vous voudrez bien recopier les infractions et les châtiments infligés pour chacune d’elles, puis les classer par ordre alphabétique et les remettre dans les boites. ». Harry, bien qu’envahit par l’ennui de cette tâche, y découvre des choses assez inattendues.

Une chose est claire : Poudlard a visiblement besoin d’un(e) archiviste qualifié(e) pour mettre de l’ordre dans tout cela. Je postule dès demain.

Archives magiques permettant d’en savoir plus sur le Seigneur des Ténèbres et de mener à bien la quête qui mènera le héros à une confrontation finale. Archives plus ordinaires, mais pour le moins originales, pour faire une histoire des mauvais élèves de Poudlard (peut-être le prochain manuel inscrit dans la liste imposée aux élèves, qui sait ?). On ne peut se passer, même chez les sorciers, de la mémoire et des vieux dossiers qui cachent parfois des secrets surprenants.

Je vous invite sincèrement à lire le livre même si vous avez déjà vu le film. On y découvre davantage de détails importants et les passages avec la Pensine, plus nombreux ici, sont véritablement passionnants.

Allez, Avada Kedavra !

Je plaisante 🙂

Emilie Rouilly

Rivières_Pourpres_1Les Rivières pourpres est le titre d’un roman écrit par Jean-Christophe Grangé et publié chez Albin Michel en 1998. Une adaptation ciné est projetée sur nos écrans deux ans plus tard avec dans les rôles-titres Jean Reno et Vincent Cassel. Le scénario est coécrit par le romancier et le réalisateur du film, Matthieu Kassovitz. Le roman connaîtra des rééditions et le film une suite, Les Rivières Pourpres 2 : les Anges de l’Apocalypse réalisée par Olivier Dahan et avec Benoît Magimel.

L’histoire suit deux enquêtes parallèles : celle de Pierre Niémans, envoyé de Paris, après une bavure, pour enquêter sur un meurtre à Guernon dans les Alpes et celle de Karim Abdouf (devenu Max Kerkerian dans le film), lieutenant à Sarzac, village paumé du Lot, enquêtant sur une profanation de sépulture et un vol d’archives à l’école primaire du village.

Et les archives dans tout ça ?

L’enquête du lieutenant Abdouf commence par un appel de la directrice de l’école primaire. Quelqu’un s’est introduit dans l’école de manière précautionneuse, mais à priori rien n’a été volé. Finalement on réalise que des archives ont été volées. Il est assez difficile de s’apercevoir de vols dans les archives….

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« Tout est rangé sous les combles, suivez-moi. Personne n’y va jamais » déclare la directrice. Des archives stockées par obligation mais ne bénéficiant d’aucun signe d’intérêt. Karim Badouf est frappé par « l’odeur du papier sec et poussiéreux » . Une odeur que connaissent bien les archivistes qui doivent travailler sous les toits dans des pièces non ventilées !

A partir de là, Karim Abdouf va mener son enquête, recherchant tout document d’archives concernant l’enfant dont la tombe a été profanée. Les Rivières Pourpres étant un roman policier, le travail de l’enquêteur va consister à trouver des preuves, la plupart du temps des documents. Rien de neuf. La particularité ici est que le lieutenant Abdouf va passer la moitié du roman à courir derrière des archives prouvant l’existence de Jude Itéro, cet enfant enterré à Sarzac. Encore une fois, le lien entre identité et archives est ici d’une importance primordiale !

Mais le rapport aux archives est aussi fondamental dans le twist de la révélation finale !

Niémans apprend lors d’un interrogatoire que des fiches de naissance ont été retrouvées dans le casier du père d’une des victimes. Cela titille notre inspecteur. L’interlocuteur, un ophtalmologue du crû explique la situation.

L’hôpital universitaire avait lancé un projet d’informatisation des archives. Des experts ont été envoyés pour écumer les sous-sols regorgeant de « vieux dossiers poussiéreux » pour évaluer le travail de saisie. Durant les recherches, ils ont retrouvé des fiches de nourrissons, seules, hors de leurs dossiers, dans l’armoire d’un employé de la bibliothèque. Un fait décrit comme anodin, une possible erreur administrative, mais dont on a parlé dans les journaux régionaux (quand même). Le plus étonnant est que les dossiers des nourrissons concernés n’étaient pas lacunaires et comportaient bien cette fiche de naissance. Les doubles ont été rapatriés aux archives, ces dernières étant « maintenues » tant que le projet d’informatisation n’était pas achevée.

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Niémans décide d’aller les voir, il appelle l’archiviste pour avoir les renseignements (bien sûr en pleine nuit un archiviste sait parfaitement où se trouvent tous les dossiers dans un magasin….) et découvre le pot-aux-roses.

Ce twist est riche d’enseignements au-delà de l’histoire même du roman. Premièrement, on voit que la motivation première qui a amené à la découverte est un projet « d’informatisation » sans aucune précision sur sa nature, caractère vague que l’on retrouve chez de nombreuses personnes novices dans ce domaine, qui voient l’informatique comme une panacée. Ici clairement l’idée est de faire de la place, sûrement en vue de détruire les dossiers papiers. En outre la nature des soi-disant « experts » n’est pas précisée.

Ce que je trouve le plus drôle est la contradiction entre le fait que la découverte de ces documents est une broutille et le fait que les médias régionaux en parlent…d’autant que les archives trouvées ne sont pas « sexy » : il ne s’agit pas de documents historiques inédits, mais de documents administratifs. Si les médias étaient avertis dès la découverte d’archives dans des lieux insolites, on en parlerait presque tous les jours !!

Rivières_Pourpres_2Enfin, ce cas évoque aussi la question de la véracité des archives : s’agit-il de doublons ou de faux ? L’enquête va le révéler, mais cela rappelle que les archives transmettent avant tout une information. Que l’on croit vraie. Mais qui ne l’est pas toujours. Les archives peuvent être fausses. Volontairement ou non. D’où le nécessaire croisement des sources dans le cadre de la recherche historique.

Ainsi Les Rivières pourpres évoquent bien des facettes et des clichés autour des archives : support de l’identité, base de recherche, conception économique, manque d’intérêt ou encore véracité des informations. Un livre à lire pour les amateurs de l’auteur et de son univers.

Marc Scaglione

Si je vous dis « Batman, la série animée », j’imagine que beaucoup d’entre vous se remémoreront ce générique devenu incontournable qui a longtemps fait partie de nos moments préférés du petit écran durant notre enfance.

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La série américaine d’animation Batman : The animated series, est produite par Bruce Timm et Eric Radomski. Elle comporte quatre saisons, 85 épisodes de 22 minutes chacun et est diffusée du 5 septembre 1992 au 16 septembre 1995. Les thèmes musicaux, tout aussi mythiques et qui donnent un ton bien particulier au générique et à chaque épisode, sont composés par Danny Elfman (rien que ça) et Shirley Walker, entre autres. La série s’inspire des aventures du comic Batman produites par DC comics depuis 1939. Elle naît juste après les deux films de Tim Burton : Batman (1989) et Batman returns (1992). Elle s’inspire d’ailleurs très largement de l’univers sombre et déjanté des films de Burton, ce qui marque une assez grande différence avec la série télévisée Batman diffusée dans les années 1960.

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Le synopsis de chaque épisode est simple : Gotham city, ville sombre et poisseuse, est en proie à des vilains, voleurs, mafieux, psychopathes plus ou moins dangereux chaque jour que la Nature fait. Bruce Wayne, célèbre milliardaire et bel homme à la voix grave et envoûtante, endosse alors son costume de Batman pour enquêter puis affronter toutes ces menaces.

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Dans son entourage, il compte sur la présence d’Alfred et du Commissaire Gordon. Plus tard, il sera secondé par Robin (Dick Grayson), qu’il recueillera à la suite de la mort tragique de ses parents, puis par Batgirl.

Cette série donne la possibilité au téléspectateur de faire la connaissance, épisode après épisode, de chacun des vilains qui agresse le quotidien de Gotham city et de découvrir les origines de chacun des personnages, comme celles de Robin, Double-Face, Mr Freeze ou Gueule d’argile. Les créateurs de la série, notamment les scénaristes comme Paul Dini, ont même pris la liberté d’étoffer la panoplie de vilains en créant la fameuse Harley Quinn ou Baby Doll (je vous laisse découvrir le personnage par vous-même, ça vaut le coup).

La série a connu un immense succès auprès des novices mais aussi auprès des fans de Batman qui la considèrent comme la plus fidèlement adaptée du comic.

Certains épisodes ont été marquants pour tous les admirateurs de la série. Celui qui remporte tous les sondages est Amour on ice (Heart of ice pour le titre original) qui introduit le personnage de Mister Freeze dans la série et réinvente même ses origines vues ici plus tragiques. C’est justement de cet épisode dont je vais vous parler. (Attention, cet article contient des éléments qui dévoilent l’intrigue de l’histoire)

C’est grâce aux films de Tim Burton et à cette série que j’ai découvert l’univers de Batman. Ce point de vue sombre et plutôt réaliste de chacune des histoires m’a toujours paru fascinant. C’est cela qui fait que cette série n’est pas un dessin animé ordinaire ou un simple divertissement. Chaque épisode se termine avec un message profond. Elle n’est pas forcément adressée aux plus jeunes. Beaucoup d’épisodes mettent en scène la vengeance, le malheur, la peine et la folie des personnages. Je ne suis pas une grande amatrice des comics américains, mais je vous invite sincèrement, si vous en avez la possibilité, à voir ou à revoir cette série devenue mythique.

La vengeance est un plat qui se mange froid

Batman_4Dans cet épisode intitulé Amour on ice, écrit par Paul Dini et réalisé par Bruce Timm, nous faisons la connaissance de Mister Freeze, de son vrai nom Victor Fries, chercheur et expert en cryogénie. L’histoire débute avec l’attaque « enneigée » de l’immeuble de l’entreprise Gothcorp dirigée par Ferris Boyle. Devant les écrans situés dans sa batcave, Batman enquête sur ces délits et découvre que plusieurs engins ont été volés pour former une énorme arme à congélation.

Alors que Mister Freeze s’apprête une nouvelle fois à commettre des vols, Batman intervient mais ne parvient pas à le maîtriser. C’est à ce moment que l’on apprend le nom de ce nouveau vilain.

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Batman doit alors faire face à un nouveau malfaiteur qui cherche à se venger à tout prix d’un seul homme : Ferris Boyle. Le lendemain, Bruce Wayne décide d’en savoir plus et se rend au bureau de Ferris Boyle afin de l’interroger sur les origines de ces attaques répétées. Boyle avoue qu’un seul homme est capable de tels méfaits : un chercheur qui se servait à des fins personnelles du matériel de la Gothcorp, avec qui il y a eu confrontations et qui a disparu après une explosion.

Et les archives dans tout ça ??

De retour dans sa batcave, Batman s’interroge sur cette confrontation et consulte les microfiches des journaux de l’époque qui évoquent bien une explosion pendant l’altercation entre ce mystérieux chercheur et les agents de sécurité de l’entreprise.

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Malheureusement, aucun élément n’est donné sur les causes de cet accident. Batman annonce alors à Alfred que le seul moyen d’avancer dans cette enquête est d’aller consulter les archives de la Gothcorp.

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Une grande cérémonie est organisée à la Gothcorp afin d’attribuer le prix de « l’industriel bienfaiteur de l’humanité de l’année » à Ferris Boyle. Déguisé en agent de sécurité, Bruce Wayne s’introduit dans l’immeuble et parvient à prendre la relève d’un autre agent somnolant devant les écrans de surveillance de l’entreprise. Celui-ci hors de la salle, Bruce Wayne redevient Batman, et accède à la salle des archives, non sans avoir décrypté au préalable le code de la porte.

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Il ouvre un tiroir et en sort une chemise marquée « Top secret » contenant le dossier médical de Nora Fries.

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Mmmh…ces archives n’ont pas l’air communicables…allez, tant pis !

A l’intérieur, des photos, des documents sur le projet d’un procédé de cryogénisation et une VHS.

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Batman visionne la VHS. On y découvre Victor Fries, le fameux chercheur de la Gothcorp qui annonce son projet qu’il espère être le premier pas vers l’immortalité. Durant son intervention, on aperçoit une capsule de cryogénisation avec sa femme Nora à l’intérieur, atteinte d’une maladie grave et inopérable.

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Il est soudainement interrompu par des agents de sécurité accompagnés de Ferris Boyle qui lui ordonne de cesser cette expérience et de rendre tout le matériel qui lui appartient, tout en lui reprochant que cela lui coûte une fortune, et faisant fi de la présence de sa femme dans la capsule. Malgré les supplications de Fries, Boyle ne cède pas et finit par bousculer Fries dans des produits chimiques toxiques qui congèlent ce dernier.

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Au lieu d’intervenir, Boyle fuit avec ses compères. La vidéo s’arrête. Batman est sous le choc et comprend comment est né Mister Freeze et d’où vient son désir de vengeance.

Alors que Ferris Boyle est sur le point d’être récompensé, Mister Freeze immobilise l’immeuble de la Gothcorp avec son canon à congélation et entre dans la salle où se trouve Boyle. Après une ultime confrontation musclée, Batman arrive enfin à maîtriser Mister Freeze complètement désemparé de n’avoir pu se venger. Batman intervient en disant qu’il n’y aura pas vengeance mais justice : il avoue alors à la journaliste qui suit l’enquête des attaques de la Gothcorp et qui était invitée à la cérémonie, que l’année précédente, Ferris Boyle a interrompu une expérience importante et que cela a anéanti deux vies. Pour preuve, il donne la VHS qu’il a découverte aux archives de la Gothcorp à la journaliste. Notons au passage que Batman se fiche pas mal de désolidariser des dossiers classés top secret d’une entreprise…

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Un problème avec les archives subtilisées ?

L’épisode se termine, comme très souvent dans la série, dans une cellule de l’Asile d’Arkham où sont emprisonnés tous les pires criminels de Gotham city. On y voit Victor Fries dont la cellule a été entièrement congelée et enneigée pour son confort. En pleurs, il exprime ses regrets et implore sa femme de lui pardonner.

Les archives privées de l’entreprise sont donc clairement au cœur de cet épisode. Elles permettent à Batman de mieux comprendre son adversaire et aux spectateurs que nous sommes d’avoir un peu de compassion pour ce vilain qui congèle tout. Les enregistrements d’expériences scientifiques peuvent être une mine d’informations, aussi bien pour comprendre comment elles ont pu aboutir ou échouer et éviter de reproduire des erreurs. Elles sont également ici une mine de renseignements pour la police et la justice même si ces archives ne sont pas obtenues de manière très légale.

Emilie Rouilly