Articles Tagués ‘archives’

Pour fêter l’anniversaire de la naissance de ce blog, nous avons décidé de laisser nos colonnes à nos lectrices et lecteurs afin qu’ils nous donnent leur avis sur notre travail. Merci à celles qui ont répondu et n’hésitez pas à donner votre avis, nous compléterons l’article au fur et à mesure.

 

Céline Guyon, présidente de l’AAF

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je suis archiviste, présidente de l’Association des archivistes français pour un mandat de 3 ans. Mon goût pour la collecte des archives contemporaines m’a amené assez rapidement à m’intéresser à l’archivage électronique. Ma récente activité d’enseignant-chercheur associé à l’ENSSIB où je co-dirige le master Archives numériques, me permet de combiner une pratique de terrain avec une approche réflexive de mon métier et de la pratique archivistique française. Par mon engagement associatif au sein de l’AAF, je cherche à ouvrir des espaces de réflexion multi disciplinaires afin de collectivement penser la place des archives et le rôle des archivistes dans la société.

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Comment avez-vous connu Archives et culture pop’ ?

J’ai connu Archives et culture pop’ au travers de la revue Archivistes ! de l’AAF. L’autrice du blog, Sonia Dollinger y tient en effet une chronique.

Qu’est-ce qui vous intéresse sur le blog ?

Je trouve toujours intéressant pour un professionnel de s’intéresser aux représentations que la société a de son métier : il y a nécessairement des enseignements à en tirer !

Ce que j’apprécie justement dans le blog c’est que son autrice ne se contente pas de dresser la litanie de ce que nous considérons, nous archivistes, comme des clichés. Elle cherche au contraire à analyser, au travers de la représentation des archivistes et des archives dans les séries, BD…, ce que leurs auteurs nous disent de la fonction archives et plus globalement sur la manière dont notre rôle est perçu dans la société. A ce titre, le croisement des sources est vraiment intéressant. Selon les genres, la représentation de l’archiviste peut en effet être très différente. Plus foncièrement, derrière chaque billet du blog, se joue aussi la question de la reconnaissance et de la légitimation de notre fonction.

Au final, mis bout à bout, comme dans la rubrique Le dictionnaire des archivistes, les multiples visages de l’archiviste mettent en lumière l’écart qu’il existe entre la manière dont les archivistes sont représentés et la manière dont on aimerait être représenté… mais je ne pense pas que cela soit propre à notre profession.

En demi-teinte, le blog nous invite aussi à nous interroger sur ce qui fait notre identité professionnelle : on est tous entrés dans le métier avec notre propre représentation de l’archiviste, parfois loin du métier que nous exerçons au quotidien !

Avez-vous apprécié un billet en particulier, lequel et pourquoi ?

J’ai bien aimé le dernier billet sur Unabomber car il a fait écho à ma lecture récente du dernier livre de Philippe Artières Le dossier sauvage où il est aussi question d’archives et de fiction. P. Artières a cette description des archives : « on leur livre un culte bavard dont nous, historien.ne.s, sommes parmi les principaux disciples »

Manhunt

Avez-vous des attentes particulières pour le futur du blog ?

Pourquoi ne pas interroger directement les auteurs sur leurs motivations s’agissant de l’introduction du personnage de l’archiviste dans leur fiction !

 

Laure Ménétrier, directrice du musée du vin de Champagne et d’archéologie régionale à Epernay.

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Laure Ménétrier, directrice du musée du vin de Champagne et d’archéologie régionale à Epernay, musée qui ré-ouvrira dans quelques mois après une grande campagne de réhabilitation architecturale du Château Perrier, écrin de prestige qui abrite le musée sur l’avenue de Champagne.

Historienne de l’art, j’étais jusqu’à début 2020 responsable des musées de Beaune, en Bourgogne, ma région d’origine.

A titre personnel, le monde des arts, du patrimoine de la création, des lettres et du vin tient une grande place et guide depuis longtemps mes choix de voyages et de rencontres.

Comment avez-vous connu Archives et culture pop’ ?

J’ai découvert le blog grâce à Sonia Dollinger, Directrice du Patrimoine culturel et responsable des Archives municipales de Beaune, avec qui j’ai travaillé pendant de nombreuses années. Au-delà de nos relations purement professionnelles, nous avons souvent échangé sur nos centres d’intérêt, et notamment sur nos goûts en matière de cinéma et de musique ( de Claude Sautet à Patti Smith, de François Truffaut à Al Pacino !). C’est ainsi qu’elle m’ a parlé de ce blog.

Qu’est-ce qui vous intéresse sur le blog ?

J’ai toujours été intéressée par les possibilités de confrontation, de dialogue et par les espaces de rencontre entre la culture dite noble et classique et la culture dite populaire. Le blog met très bien en avant comment la « culture de masse » et liée au développement d’une société de divertissement – celle de la BD, des séries, de la musique de variété … – a su s’approprier, souvent avec intelligence et sens de l’humour, certaines valeurs et certains sujets de la culture bourgeoise.

Avez-vous apprécié un billet en particulier, lequel et pourquoi ?

Oui j’ai beaucoup aimé le billet sur le roman Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain, un écrivain pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Les archives – issues tant du monde familial que de structures professionnelles- sont au cœur du dispositif narratif de cet ouvrage, qui révèle notamment à quel point la mémoire familiale – à travers des archives- est un des éléments constitutifs de la personnalité de chacun.

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J’ai adoré également le billet sur le dernier album du groupe Indochine qui correspond à un travail d’introspection et d’exhumation d’archives passionnant.

Avez-vous des attentes particulières pour le futur du blog ?

Oui, parlez du cinéma français et européen et pas qu’américain !!! Je vous donnerai des idées si vous le souhaitez …

Paige, archiviste

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je suis archiviste depuis 2 ans, j’ai fait du public, du privé : un peu de tout. Actuellement, suite à la crise sanitaire, en recherche de poste mais c’est plus compliqué que d’habitude de retomber sur ses pattes. Mon plus gros projet, c’est que j’ai commencé à faire des démarches afin de réaliser une thèse sur les archives vidéoludiques en France. Donc je passe une grande partie de mes journées à chercher des financements. Sinon, ma vie s’organise autour d’un cocktail explosif entre ma passion pour les pandas roux, les voyages, la lecture et les jeux vidéo.

Comment avez-vous connu Archives et culture pop’ ?

J’ai connu Archives et culture pop’ à la faculté de Dijon via l’intermédiaire de Sonia Dollinger qui était intervenante dans ma formation de master 2 en Archivistique.

Qu’est-ce qui vous intéresse sur le blog ?

Sur le Blog j’aime particulièrement les articles de la partie littérature / Bande dessinée / Manga et jeu vidéo. Dans le premier cas pour trouver une idée de lecture, à rajouter à ma longue liste de lecture potentielle et dans le second cas pour découvrir des titres de jeu vidéo qui devraient m’intéresser. L’apparition de la partie  » Histoire et témoignages » et une bonne idée afin de découvrir des titres plus réalistes. Je regarde peu par contre la partie film / série ou dessin animé.

Avez-vous apprécié un billet en particulier, lequel et pourquoi ?

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Hum… J’aime particulièrement la littérature jeunesse et deux billets m’ont plus particulièrement. Le premier est « Laisse les gondoles à Venise et viens voir son Chat archiviste« , qui m’a fait acheter Le chat des Archives, complot à Venise Tome 1 ( Toujours pas lu, j’avoue honteusement ! Mais il est dans mes lectures prévues pour cet été). Le second billet qui m’a interpellé est « Des souris et des archives : le mystère des Nigmes » par Marc Scaglione. A la suite de cette belle découverte, le père Noël a emmené ce livre à ma nièce sous le sapin l’an passé : les illustrations extrêmement mignonnes ont été la source du craquage. Je pense que les illustrations du blog sont un réel plus à tous les articles.

Avez-vous des attentes particulières pour le futur du blog ?

Pas d’attente particulière, j’aime bien le parcourir à l’occasion. (J’avoue que les notif Twitter aide bien à savoir quand y a des nouvelles publications ! ).

Si je reviens un jour… Les lettres retrouvées de Louise Pikovsky est une bande dessinée scénarisée par Stéphanie Trouillard et illustrée par Thibaut Lambert. Le récit est publié par l’éditeur Des ronds dans l’O en 2020 avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

Quelle est l’histoire ?

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L’ouvrage raconte le terrible destin de Louise Pikovsky et de sa famille. Il ne s’agit pas, hélas, d’une oeuvre de fiction mais bien de l’histoire de cette jeune fille juive et de sa famille dont le destin sera balayé par la guerre. Les Pikovsky habitent à Paris pendant la Seconde Guerre mondiale et sont victimes des lois de Vichy qui obligent les Juifs à porter l’étoile jaune et leur interdit de très nombreuses professions. L’étau se resserre peu à peu sur les proches des Pikovsky, certains disparaissent sans laisser de nouvelles. Ne sachant que faire, les parents de Louise cherchent surtout à ne pas séparer leur famille et tenter de traverser l’épreuve ensemble.

Stéphanie Trouillard offre une nouvelle vie à Louise et à sa famille en rappelant leur tragique destin : arrêtés par la police française et déportés les Pikovsky sont les victimes innocentes d’une idéologie mortifère. Grâce à Stéphanie Trouillard et Thibaut Lambert, leur souvenir revit à travers le témoignage de Mademoiselle Malingrey, l’enseignante de laquelle Louise était proche.

Et les archives dans tout ça ??

Si le mot archives n’apparaît pas dans le récit, elles sont toutefois bien présentes sous deux formes différentes : le témoignage oral de Mademoiselle Malingrey qui, à travers ses souvenirs, fait revivre Louise et les siens. Le recueil de témoignages des personnes ayant vécu ces périodes dramatiques est un des moyens disponibles pour produire des archives et donc enrichir la connaissance des destins oubliés de cette période. Ce récit peut être confronté à la sécheresse des documents administratifs, comme les registres des camps et les listes de déportés qui ne livrent que de longues listes de noms de gens à qui on a volé leur avenir. Les archives orales, bien que biaisées par la personnalité du témoin et une reconstruction parfois involontaire des événements, ont toutefois une réelle importance en matière historique et mémorielle.

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Mais les archives apparaissent également à travers le contenu du cartable de Louise. Sentant son destin lui échapper, Louise confie son cartable à Mademoiselle Malingrey. Cette dernière le conservera précieusement pendant des décennies avant d’en révéler le contenu : une photographie et quelques lettres. C’est à l’occasion du cinquantenaire de l’école que l’institutrice décide de montrer ces documents et de parler ainsi de Louise qui fut élève dans ce lycée au pire des moments. Croyant bien faire, l’enseignante confie les lettres au lycée où on lui promet d’en prendre grand soin. Cependant, les lettres finissent dans une armoire, au milieu d’autres documents administratifs. Elles sont alors encore une fois oubliées avant d’être exhumées lors d’un rangement. Par chance, les lettres ne rejoignent pas la poubelle mais elles font l’objet de travaux pédagogiques, les élèves du lycée se réappropriant ainsi l’histoire de Louise afin de lui redonner un peu de vie.  En fin de livre, les originaux de ces documents sont reproduits, ce qui rend la lecture de ce livre encore plus émouvante.

Cet ouvrage montre combien les archives peuvent être précieuses, il suffit de quelques lettres et d’une photographie, d’un récit recueilli avant la disparition des derniers témoins pour que perdure le souvenir de cette jeune Louise, élève prometteuse et de sa famille. Mademoiselle Malingrey le dit fort bien : « ces lettres ainsi que cette bible sont tout ce qu’il reste d’elle ». Cette phrase rejoint mon combat quotidien qui est de démontrer que les archives sont la seule trace durable que nous laisserons, de quoi donner envie de se battre pour les conserver et les transmettre afin que toutes les petites Louise ne soient jamais oubliées.

Sonia Dollinger

Manhunt : Unabomber est une mini-série télévisée américaine de huit épisodes réalisée par Greg Yaitanes et diffusée en 2017 sur Discovery Channel.

Quelle est l’histoire ?

L’intrigue retrace la chasse à l’homme du terroriste Theodore Kaczynski, surnommé UNABOM (pour UNiversity and Airline BOMber). Il s’agit de la traque la plus coûteuse organisée par le FBI puisqu’elle a mobilisé les moyens de l’agence gouvernementale durant dix-huit années (de 1978 à 1996) au cours desquelles l’Unabomber a expédié 16 colis piégés faisant 3 morts et blessant 23 personnes. La série nous plonge dans l’intimité de la cellule chargée de la traque de l’UNABOM. Plus particulièrement, nous suivons l’enquête menée par un jeune profiler, James Fitzgerald, l’agent du FBI qui va permettre la localisation et l’arrestation de Theodore Kazcynski grâce à des méthodes d’investigations inédites dont il est le pionnier : les forensic linguistics, en français, linguistiques légales ou crimino-linguistiques.

Manhunt

Et les archives dans tout ça ??

Cette méthode novatrice consiste à identifier un criminel en se penchant de manière scientifique sur son style d’écriture, véritable vaisseau identitaire. James Fitzgerald a montré que le vocabulaire, la grammaire, la syntaxe ou encore les idiomes propres à un style d’écriture singularisent un individu. C’est cette méthode analytique, décriée par la hiérarchie de Fitzgerald, qui va permettre d’appréhender Theodore Kazcynski, alors célèbre pour son anonymat et sa capacité à ne laisser aucune trace de ses actions.

C’est pourtant grâce aux courriers qu’il envoie au FBI durant près de vingt ans que l’agence va commencer à remonter sa piste. Ces documents papier constituent sensiblement les seuls éléments pouvant être considérés comme preuves dans cette affaire – une bataille légale s’engage d’ailleurs au sein du FBI pour déterminer s’ils peuvent être acceptés comme telles par une cour de justice. Ces archives constituent ainsi la base de l’enquête menée par Fitzgerald et son équipe.

Il faut s’arrêter ici sur les motivations de Theodore Kazcynski. Il s’inscrit dans la mouvance néo-luddiste, c’est-à-dire qu’il se pose en porte-à-faux avec le progrès technique en manifestant une vive technophobie, d’ou d’une part, le choix de ses cibles, des personnes investies dans l’essor technologique, et d’autre part, son choix de style de vie. Les derniers moments de sa traque ont en effet révélés qu’il vivait dans les bois de Lincoln, au Montana, coupé d’une société qu’il ne fréquentait que pour satisfaire ses besoins essentiels mais aussi bien sûr pour expédier ses colis piégés et du courrier personnel. Il a notamment expédié son manifeste au FBI et à la presse, exigeant qu’il soit rendu public, sous peine de poursuivre ses envois mortels.

Et c’est peut-être ici sa seule erreur puisque se faisant, il permet que la singularité de son écriture et de son expression soit connue du grand public et plus précisément, de son frère David. Ce dernier, en découvrant le manifeste dans la presse semble reconnaître la « patte » de son frère, tout autant que ses idéaux néo-luddistes. Son sens moral le conduit à prévenir le FBI de ses suspicions et l’archive confirme ici son rôle clef dans l’affaire. En effet, David, tout comme sa mère, détiennent en leur possession de nombreux courriers personnels échangés avec Théodore, du temps ou ils communiquaient encore fréquemment. James Fitzgerald réalise l’importance de cet état de fait et joue de tous ses atouts pour convaincre David de lui céder ces archives personnelles, ce à quoi la famille finit par consentir. A partir de cette découverte, la comparaison des courriers de l’UNABOM et de ces nouveaux documents est positive, notamment au travers du recoupement d’un idiome employé de manière presque inédite par Ted Kazcynski : « You can’t eat your cake and have it too », l’équivalent de l’expression française : « le beurre et l’argent du beurre ». D’autre part, en étant directement remonté à une source familiale, la localisation de Theodore Kazcynski n’en est que facilitée, son frère révélant au FBI l’existence de la cabane qu’il a aidé à construire et son emplacement.

Au cours de la traque de l’UNABOM, les archives ont joué un rôle essentiel, s’affichant dès les prémices de l’enquête au centre du dispositif d’investigation. Les courriers papiers envoyés au FBI se sont imposés comme la seule piste tangible. Les hauts gradés du FBI, trop rétrogrades dans leur approche ou clairement hostiles aux forensics linguistics prônées par James Fitzgerald ont du s’incliner devant l’efficience de ce procédé, reconnaissant par la même occasion, l’importance des archives en criminologie. Le dénouement de l’affaire, venu du frère de Theodore Kazcynski, met aussi en évidence l’importance des archives « cachées », qu’elles soient privées ou non, et tout l’intérêt que l’archiviste (ici James Fitzgerald) doit avoir pour elles, en dépit des embûches et des réticences exprimées par le détenteur ou une hiérarchie frileuse. Enfin, nous relèverons l’ironie flagrante qui a frappé l’UNABOM, technophobe convaincu, trahi par quelques mots couchés sur un papier primaire, naturel.

Adrien Manlay

Silent Hill est un film d’horreur franco-canadien sorti en 2006. Il est réalisé par Christophe Gans (Crying Freeman, Le Pacte des Loups, la Belle et la Bête). Il s’agit d’une adaptation de la célèbre franchise de jeux-vidéos survival horror éditée par Konami : Silent Hill, qui comprend huit jeux en 2020.

Quelle est l’histoire ?

Silent_Hill_1Sharon, une petite fille adoptée de 10 ans, parle durant ses crises de somnambulisme d’un endroit nommé Silent Hill (qui se trouve en Virginie-Occidentale de même que l’orphelinat où Sharon fut adoptée). Après avoir découvert qu’il s’agit d’une ville fantôme, sa mère, Rose, décide contre l’avis de son mari Christopher, d’emmener sa fille à Silent Hill dans l’espoir de comprendre ce dont elle souffre et de la soigner. Rose, Sharon ainsi que Cybil Bennett, une motarde de la police qui les avait suivies par suspicion, se retrouvent toutes trois, après un accident de voiture causé par l’apparition sur la route d’une petite fille, dans la ville fantôme de Silent Hill.

 

 

Et les archives dans tout ça ??

Le film suit deux trames scénaristiques différentes : celle de Rose Da Silva en quête de sa fille dans Silent Hill et celle de Christopher en quête de sa femme et de sa fille disparues. Si l’on en croit l’excellente chronique de Karim Debbache sur ce film, dans le cadre de sa série Crossed qui parle des films adaptés ou parlant de jeux vidéo, les séquences avec Christopher Da Silva ont été rajoutées par la production, car ils trouvaient que le film manquait de « rôle masculin fort » ….

 

Les archives apparaissent dans la trame de Christopher Da Silva. Ce dernier recherche donc sa femme. Silent Hill est une ville fantôme depuis un incendie gigantesque qui a consumé la ville dans les années 1970. Après avoir fouillé les ruines toxiques de la ville avec un policier, sans succès hélas, il se trouve isolé et désemparé. Il se dit qu’en consultant ce qu’il reste des archives de police de la ville de Silent Hill, il trouvera peut-être des réponses sur l’origine de sa fille. Il appelle alors les archives du Comté de Toluca

Chistopher Da Silva (CDS) : « Vous avez les dossiers concernant Silent Hill ?

Archiviste (A) : Quels dossiers Monsieur ?

CDS : Enfin les rapports de police !

A : Désolé c’est confidentiel. »

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Pas bien le téléphone au volant Christopher

S’ensuit diverses suppliques pour obtenir le droit de consulter les archives qui essuieront toutes un refus. Christopher décide d’attendre que le dernier employé quitte les archives pour rentrer par effraction.

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Bonjour, c’est pour une consultation non autorisée

Après une fouille rapide, il tombe sur un local qui ressemble à une zone tampon où les archives sont entassées en attente de traitement. On aperçoit des archives datant de 2001 et de 2004, ce qui indique que ce sont des archives de Toluca non traitées. Les archives de Silent Hill sont, elles, facilement identifiables, ce sont celles avec des traces de roussi ! En fouillant les dossiers, il trouve une photo qui l’oriente dans ses recherches.

Alors nous sommes ici dans l’aspect classique de l’utilisation des archives dans une enquête. Mais nous pouvons pousser l’analyse un peu plus loin. Pour rappel, le film se déroule en 2005-2006. Silent Hill a été détruite en 1974. La récupération des archives est logique : il faut assurer la continuité des droits et des savoirs, pour les habitants survivants. Alors pourquoi trouve-t-on encore les archives en zone tampon ? N’auraient-elles pas dû être retraitées depuis les trente dernières années ?

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Les archives en zone tampon

Cela montre les affres de la gouvernance des archives, assujettie à deux règles nominales : la priorisation des traitements et la gestion des ressources. Ainsi il semble que les archives de Silent Hill pour le Comté de Toluca ne soient pas la priorité, et cela paraît logique. Les cartons sont plus ou moins identifiés, ils sont peu nombreux et concernent peu de personnes. Mais vu leur état, cela nécessiterait un reconditionnement important, si ce n’est dans certains cas de la restauration. Donc de l’argent, des humains et du temps ! Donc il faudra s’en occuper sine die.

Donc au-delà des règles de communication, des organisations tentaculaires qui compliquent l’accès aux archives, il faut aussi prendre en compte que le traitement des archives est aussi une question de choix, d’organisation, de budget, bref une question politique !

Marc Scaglione

Source : « Un crime très ordinaire » in Les Douze indices de Noël et autres récits de PD. James

Résumé de l’histoire

Attention, cet article contient des spoils.

James

Ernest Gabriel, soixante-dix ans, est propulsé malgré lui dans son passé en parcourant un trajet en bus dans le but de visiter une vieille tante. Il revient dans un appartement sombre et se souvient de ce drame d’un soir du mois de mars, seize ans plus tôt.

Archiviste de métier, Ernest Gabriel est envoyé par son patron pour récupérer les archives de M. Bootman dans ce mystérieux appartement qui servait de bureau et de refuge. Attiré par des ouvrages à mille lieux d’être des archives, Ernest Gabriel se rend tous les vendredis soirs dans l’appartement afin de les parcourir plus en détail. Il assiste ces mêmes soirs, alors qu’il regarde par la fenêtre, aux rencontres adultérines d’Eileen Morrisey et Denis Speller. Mais le manège des amants prend une tournure tragique lorsqu’ Eileen est retrouvée morte dans la chambre du couple. Seul témoin des faits, Ernest Gabriel ne prendra jamais la parole, pas même pour innocenter Denis Speller (accusé à tort de crime passionnel et condamné à mort), de peur d’être vu comme un voyeur pervers, de peur de perdre son emploi, de peur d’être condamné pour ce crime qu’il a lui-même commis.

Et les archives dans tout ça ??

Dès le début de l’histoire, nous faisons la connaissance d’Ernest Gabriel, « vieil homme miteux aux airs de faux hobereau et à la voix dure » venu récupérer les clefs d’un appartement délabré dans lequel l’avait envoyé son entreprise. A peine entré, il se dirige à la fenêtre de la cuisine pour lever les yeux vers un grand bâtiment noir, juste en face, puis pose son regard sur une petite fenêtre, où, à travers elle, il a assisté à la tragique histoire des amants Eileen Morrisey et Denis Speller.

Le lecteur est alors envoyé seize ans plus tôt, dans la peau d’Ernest Gabriel, employé comme archiviste dans la société de M. Maurice Bootman. Ce dernier l’avait chargé d’aller jeter un œil sur les papiers restés dans ce même appartement, la « tanière » du défunt M. Bootman, supposé père de Maurice. Ernest Gabriel avait pour mission « de vérifier si certains documents n’auraient pas dû être classés dans les dossiers », documents qualifiés de « ramassis dépareillé, jauni, de notes périmées, de vieilles factures et de reçus caducs, auxquels s’ajoutaient des coupures de presse fanées », le tout « mis en liasses et fourré » dans le bureau de feu M. Bootman « grand collectionneur de papiers inutiles ». Alors qu’il fouille les meubles afin de récupérer et classer les archives éparpillées, Ernest tombe sur une clef ouvrant un placard. Bien vite, il délaisse  les archives administratives pour se plonger dans les ouvrages pornographiques précieusement conservés par M. Bootman. Afin que personne ne remarque son absence trop longue du bureau des archives de la société, Ernest trouve un stratagème pour s’infiltrer dans l’appartement tous les vendredis soirs et profiter des ouvrages en question. Puis, les rencontres hebdomadaires d’Eileen Morrisey et Denis Speller finissent de le détourner de tout papier ou ouvrages, jusqu’au meurtre d’Eileen.

Plus loin, alors qu’Ernest s’interroge sur son rôle de témoin, on apprend qu’il est vu par ses collègues comme « pédant », « prude », « trop solitaire », « trop impopulaire ». Son bureau est digne du cliché habituel « poussiéreux et mal éclairé, isolé par plusieurs plusieurs étages de classeurs », et « la salle des archives n’avait jamais été un centre de bavardages intimes entre collègues ».

L’archiviste de cette nouvelle a le profil alors du vieux garçon, sans amis, seul, introverti et pervers de surcroît, néanmoins travailleur et efficace car « ses classements étaient toujours à jour », mais totalement invisible et sans intérêt aux yeux des employés et du patron de la société. L’auteur ajoute même qu’il inspire « une vague aversion ou, au mieux, une tolérance apitoyée ».

Mis au ban de la société de par sa personnalité et son métier, Ernest Gabriel trouve un souffle d’énergie et d’excitation malsaine en s’immisçant dans les jeux intimes des amant Morrisey-Speller. Sans doute trop.

Emile Rouilly