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Profilage est une série policière française créée par Fanny Robert et Sophie Lebardier. Huit saisons ont été diffusées depuis 2009 sur la chaîne TF1.  Une neuvième saison est actuellement en cours de réalisation.

Tout au long de la série, Chloé Saint-Laurent (puis Adèle Delettre), psychologue spécialisée en criminologie va aider les enquêteurs de la 3ème DPJ de Paris à résoudre les affaires les plus bouleversantes. Grâce à son expertise et sa sensibilité, elle arrive à se projeter dans l’esprit des assassins comme des victimes.

Et les archives dans tout ça ??

C’est dans les archives du commissariat de la 3ème DPJ de Paris que nous allons être plongés au cours du premier épisode de la saison 6.

A la fin de la saison 5, Chloé est atteinte d’une crise de schizophrénie et blesse son coéquipier. Après avoir été soignée et mise en arrêt de ses fonctions, elle peut enfin revenir travailler. Malheureusement pour elle, on la considère encore comme dangereuse et elle n’a plus le droit d’être en contact avec le public : plus de terrain, plus d’enquête !

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La tête de Chloé quand on lui annonce sa mutation aux Archives

Pour être conforme à cela, le commissaire trouve une solution : un poste aux archives ! C’est ainsi que la première image des archives apparaît aux téléspectateurs : les archives sont un lieu enfermé où on travaille seul dans son coin sans voir personne. Au contraire ! L’archiviste doit sans cesse communiquer, et surtout, être en lien avec le public.

Déçue, Chloé arrive tout de même à s’y faire.

En plus de cela, cette technique ne va pas fonctionner puisqu’il est impossible pour Chloé de ne pas rester dans le commissariat sans s’occuper d’une affaire et va finir par s’échapper !

La réplique de son collègue Hippolyte : « Aux archives ? C’est moche ! » enfonce le clou.

Alors que cette première annonce n’est pas flatteuse pour notre métier, la première image du local d’archives l’est beaucoup plus. On voit ici que la salle est bien rangée et que l’archiviste est bien équipée. Cette salle reflète bien la réalité du monde des archives.

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un lieu ordonné

En parlant de l’archiviste, Madame Mercadet, la voilà ! Elle apparaît sans qu’on s’y attende de derrière son étagère, telle une petite souris.

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Coucou, je suis un cliché sur pattes 🙂

Avec ces images, on retombe dans le stéréotype de l’archiviste qui est assez âgée, qui porte des lunettes, qui est cachée, mystérieuse, et très stricte ! On voit ici l’archiviste comme quelqu’un avec qui on n’a pas forcément envie de travailler.

Celle-ci présente les archives à Chloé et résume en lui disant que le monde des archives c’est : « Ranger, trier, étiqueter, obéir ! ». Il faut souligner tout de suite le fait qu’obéir n’est pas le plus important dans le métier. Les trois autres mots renforcent les idées reçues sur le métier d’archiviste. C’est ce qu’on entend souvent de la part de ceux qui ne connaissent pas bien ce métier.

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Auprès de ma blouse, qu’il fait bon, fait bon trier

L’archiviste met ensuite Chloé au travail. Celle-ci vient d’arriver, n’y connaît rien en archivistique et elle lui demande de traiter un fonds assez conséquent en seulement … une matinée ! On peut comprendre son désespoir… Le téléspectateur a donc ici une image du métier d’archiviste assez simple et qui ne demande pas de qualification spécifique pour être pratiqué.

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Tout ça ne reflète donc pas la réalité du monde des archives. Plus loin dans l’épisode, on fait ce qu’il ne faut surtout pas faire dans la vraie vie : boire et manger à côté des archives !

Malgré tout, à la fin de l’épisode, alors que le méchant a été arrêté et que tout rentre dans l’ordre, Chloé et l’archiviste (toujours sur la retenue) finissent par faire la paix. Chloé prononce une magnifique réplique : « Les archives sont notre mémoire à tous. Si on arrive arrêter des gens comme Jérôme Bernard (le coupable arrêté), c’est grâce au travail qui a été fait toutes ces années ici ».

On finit donc sur une belle note ! On voit ici les archives comme création de mémoire et comme moyen de rendre justice. Espérons que cette réplique ait fait ouvert les yeux aux téléspectateurs sur l’importance des archives et de la beauté de ce métier…

Marie-Anne Chamagne

 

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Diffusée en France depuis 2015, la série How to get away with murder nous plonge dans l’univers des grandes facultés de droit américaines. Elle suit l’avocate et professeure de droit Annalise Keating, qui jouit d’une grande renommée et possède son propre cabinet d’avocat à Philadelphie. Chaque année, Annalise choisit, parmi les élèves de première année, 5 étudiants qui travailleront pour son cabinet à côté des cours. Mais cette année, les 5 étudiants qu’elle a choisis se retrouvent impliqués dans une affaire de meurtre dont personne ne sortira indemne…

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La série a été créée par Peter Nowalk et elle est produite par Shonda Rhimes et ABC Studios. Elle en est à sa quatrième saison, qui est actuellement diffusée aux États-Unis. Un même principe régit chacune des saisons de la série : un événement clef se produit au milieu de la saison, et des bribes de cet événement sont disséminées dans les huit premiers épisodes. L’intrigue fait donc des bonds dans le temps constants, et on ne comprend le tout qu’à partir du milieu de chaque saison.

L’épisode dont il sera question ici remonte à la saison 2 : il s’agit de l’épisode 12, intitulé « It’s a Trap ». Il a été réalisé par Mike Listo et écrit par Joe Fazzio et Tanya Saracho.

Et les archives dans tout ça ??

L’épisode met en scène différents personnages, tous pris dans différentes intrigues. Une histoire principale traverse la saison, mais des intrigues secondaires se déploient dès le premier épisode.

Dans cet épisode, deux des étudiants d’Annalise Keating, Wes et Laurel, sont amenés à consulter des archives juridiques à Cleveland afin de retrouver des informations sur un procès qui s’est déroulé dix ans auparavant. Ils pensent y trouver des informations capitales pour leur enquête.

La scène dans le service d’archives commence par un plan sur la salle de lecture. On y voit plusieurs personnes en train de consulter des documents, des étagères contenant des livres, des ordinateurs. Jusque-là, rien de bien surprenant – une salle de lecture réelle pourrait très bien ressembler à celle que nous montre la série.

Mais c’est là qu’arrive l’archiviste. Et les clichés avec ! L’archiviste est une femme d’un certain âge, très désagréable, qui porte des vêtements que Cristina Cordula qualifierait de « mémérisants », et qui a l’air de n’avoir qu’une seule envie – retourner à ses vieux papiers, loin de la salle de lecture. La panoplie complète des idées reçues sur les archivistes. Les deux étudiants ne semblent pourtant pas déstabilisés. Comme si on était habitué à ce que les archivistes soient désagréables avec les lecteurs…

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un petit air pas très engageant !

Après avoir demandé aux étudiants ce qu’ils cherchent, l’archiviste leur explique comment utiliser la base de données des archives. La saison 2 de How to get away with murder date de 2016, il n’y a donc pas d’excuse pour le fait que l’ordinateur montré dans cette scène soit extrêmement vieillot. Là encore, on peut y voir une référence à la vision qu’a le grand public des archives : des ordinateurs obsolètes, lents, encombrants, équipés de systèmes d’exploitation désuets… Tout le contraire des outils utilisés au quotidien par la « jeune génération ». Les archives seraient-elles une institution archaïque inutile aux jeunes d’aujourd’hui ? Peut-être pas, puisque les deux étudiants se sont quand même déplacés jusqu’à Cleveland en avion pour consulter ces archives.

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Un système d’exploitation quelque peu obsolète

Archives qui, comme le précise l’archiviste avant de se retirer dans ses magasins, ne sont disponibles qu’en version papier : les transcriptions de procès datant d’avant 2009 n’ont pas été numérisées. C’est là une problématique très réaliste pour un service d’archives fictionnel. Mais il est tout de même intéressant de noter que, comme par hasard, les documents demandés par les deux personnages n’ont pas été numérisés et représentent une montagne de boîtes d’archives posée sur un chariot que l’archiviste a visiblement beaucoup de mal à pousser jusqu’à leur table.

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Allez, au boulot !

La montagne de boîtes d’archives semble être un autre cliché très courant : on peut citer notamment la scène de La vie des autres (en allemand : Das Leben der Anderen), film allemand de 2006, dans laquelle le personnage principal, Georg Dreyman, consulte des archives le concernant ; on lui amène dans la salle de lecture, sur un chariot, une quantité énorme de dossiers et de boîtes. Ce procédé est toujours censé produire un certain effet de surprise chez le spectateur : il est souvent utilisé dans des situations où l’on ne s’attendrait pas à ce que des archives existent – et en fait, si. Et beaucoup.

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La vie des autres : une autre montagne d’archives

Finalement, l’image des archives et de l’archiviste qui est donnée dans cet épisode est plutôt classique. L’archiviste est vieux, malpoli et fuit le contact humain. Le service est en retard sur les nouvelles technologies. On pensait qu’il n’y avait pas d’archives, eh bien il y en a trop. Mais on n’a pas le choix, pour résoudre l’enquête, il faut les consulter. Et ça, c’est pareil dans la vraie vie !

Johann Terrier

La-servante-ecarlateLa servante écarlate – The handmaid’s tale – est une dystopie de Margaret Atwood paru en 1985 aux Canada et qui connut un succès qui ne s’est jamais démenti. Le roman est traduit en France en 1987. L’ouvrage a connu plusieurs éditions et est désormais disponible dans la collection Pavillon Poche chez Robert Laffont. Son retentissement est tel que le roman a fait l’objet d’une adaptation en série télé en 2017.

Le roman se déroule aux Etats-Unis dans un futur dystopique. La démocratie a disparu après un coup d’état, au profit d’une dictature religieuse, la République de Giléad qui fait la part belle à la maternité – la fécondité ayant chuté drastiquement. Les hommes dominent une société où la femme est entièrement au service du masculin et de la reproduction. La société est divisée en caste, les femmes étant soit des épouses, soit des servantes destinées à procréer, soit des Marthas – domestiques. Toute femme qui se rebellerait, n’aurait pas des idées conformes ou ne pourrait remplir un rôle « utile » est déportée dans les colonies ou éliminée, tout comme les hommes qui seraient leur complice ou qui n’appartiendraient pas à la religion officielle qui s’appuie sur une lecture rigoriste de la Bible et notamment de l’Ancien Testament.

Et les archives dans tout ça ??

Dans le cœur du récit, les archives apparaissent de manière fugace. Elles jouent parfois un rôle funeste puisque des recherches au sein des archives des hôpitaux ont permis de retrouver les médecins ayant pratiqué des avortements et de les exterminer. L’auteure précise toutefois que « la plupart des hôpitaux ont détruit leurs archives dès que ce qui allait arrivé s’est précisé. » Détruire les archives est, dans ce cas, une mesure de précaution pour éviter des représailles tant on sait bien que dans les périodes obscures, les archives peuvent servir à de mauvais escient.

Bien plus loin, la narratrice évoque ses rêves qui font appel à des souvenirs de la période ayant précédé la dictature : « juste le cerveau qui feuillette ses vieilles archives. » Ce passage montre bien que malgré les autodafés et les destructions, les souvenirs sont aussi nos archives personnelles, qu’il est bien difficile d’éradiquer.

Lorsque Defred – l’héroïne dont on ne connaîtra jamais le véritable nom – passe devant d’anciens bâtiments, elle se remémore la bibliothèque et « quelque part dans les caves, les archives. » Hélas, le cliché de la cave reste donc tenace !

C’est dans le dernier chapitre intitulé Notes historiques que l’importance des archives se révèle. Le récit semble clos et on se demande ce que sont ces notes. Il s’agit en réalité de la transcription du Douzième colloque d’études giléadiennes. La République de Giléad semble avoir disparu et fait désormais l’objet de recherches historiques, lesquelles se basent sur les archives disponibles.

Le conférencier principal est le professeur James Darcy Piexoto, directeur des Archives des Vingtième et Vingt et unième siècles, de l’Université de Cambridge. Il appartient à une association de Recherches Giléadiennes. Cet archiviste éminent est donc également un chercheur en Histoire qui s’intéresse à cette étrange République de Giléad notamment par le prisme des écrits du for privé que sont les journaux intimes. Il se livre au cours de ce colloque à l’analyse d’une source : le conte de la servante écarlate.

Il évoque les circonstances de la découverte de ces documents dans une cantine en métal. Le récit se trouve à l’origine sur « trente cassettes de bande magnétique ». Dans une volonté comparatiste, l’archiviste-chercheur évoque des récits similaires. Il évoque également les difficultés de lecture liées au support d’origine, précisant qu’il lui a fallu reconstruire une machine capable de lire les bandes avant de s’attacher à la transcription dont il décrit combien elle fut laborieuse. Il questionne également l’authenticité du récit et l’identité de la narratrice en émettant des hypothèses et en les confrontant aux archives de l’époque dont Piexoto précise qu’elles sont « fragmentaires car le régime giléadien avait l’habitude de vider ses ordinateurs et de détruire les épreuves après diverses purges. » Comme toujours, quelques archives parviennent à passer au travers les volontés destructrices de leurs créateurs pour parvenir aux chercheurs futurs. Certaines archives sont d’ailleurs extraites de Giléad et envoyées en Angleterre pour pouvoir témoigner de la dureté du régime.

Ce passage montre bien les différentes fonctions dévolues aux archives : elles permettent une gestion quotidienne de la surveillance, des purges; elles sont détruites à intervalles réguliers par un régime qui a conscience de leur pouvoir – celui de témoigner de pratiques violentes. Les archives parviennent malgré tout à traverser les époques, de manière certes parcellaires  et parfois difficilement déchiffrables mais elles permettent la recherche historique et la compréhension – ou du moins la connaissance – des pratiques de sociétés rigoristes. L’archiviste-chercheur est celui qui donne sens au récit en exhumant une source, en l’authentifiant, la comparant avec d’autres et en livrant ses conclusions.

Faut-il encore vous convaincre de l’importance d’un archiviste dans une société démocratique ?

Sonia Dollinger

le_masque_de_dimitrios_1Le masque de Dimitrios est un film américain sorti en 1944, il fait partie du genre dit du Film noir, prolifique à cette époque. Il a été réalisé par Jean Negulesco, connu entre autre pour ses film noirs comme celui dont il est question ici ainsi que Les Conspirateurs sorti la même année. On lui doit aussi un film Titanic sorti en 1953. On retrouve dans un casting prestigieux avec entre autre l’irremplaçable Peter Lorre (célèbre pour ses rôles dans les films noirs des années trente tel M le Maudit ou Le Faucon Maltais), Sydney Greenstreet, également présent dans Le Faucon Maltais, mais aussi Casablanca, Faye Emerson, et beaucoup d’autres figures incontournables de cette période. Le film est également une adaptation du roman éponyme d’Eric Ambler, publié en 1939.

Le film raconte l’histoire de Dimitrios Makropoulos, retrouvé mort au début du film sur une plage d’Istanbul en 1938. Ce personnage énigmatique, dont la mort réjouit au plus haut point la police turque, est un criminel recherché de longue date et ayant à son actif de très nombreux méfaits : meurtres, vols, recel etc. Il est également recherché dans de très nombreux pays. Attirés par cette histoire, l’écrivain américain Cornelius Leyden, va, suite à une entrevue avec le chef de la police stambouliote, décider d’enquêter sur cet homme. On sent très clairement l’inspiration d’Orson Wells, le célébrissime et acclamé Citizen Kane étant sorti seulement trois années auparavant.

Et les archives dans tout ça ??

A la dix-septième minute du film, ce cher Cornelius Leyden est à Athènes ou il se rend dans le « Bureau of Records » du commissariat local pour en apprendre plus sur le compte de Dimitrios Makropoulos. La scène se passe ainsi : un plan sur la porte du bureau, un deuxième plan où le personnage principal et l’archiviste discutent, puis à côté du bureau, deux murs d’armoires remplis de casiers, et en 20 secondes environ, l’archiviste retrouve l’emplacement où aurait du être le dossier, il n’y est pas, le protagoniste demande d’effectuer une recherche sur un nom d’emprunt utilisé par Dimitrios et l’archiviste retrouve tout de suite le fichier. Le documennt est un tout petit fichier avec l’état civil, la profession (pickpocket !) et d’autres renseignements. Suite à ça le héros s’en va.

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Le personnage de l’archiviste est grand, dégarni, porte des lunettes à double foyer. Il est maigre voire osseux, habillé d’un costume sombre et cintré, excessivement passionné par sa méthodologie de rangement, et ne cesse tout au long de la scène de clamer sa passion pour le rangement, l’ordre, la rigueur, la patience.  Il reproche à ses visiteurs de manquer de patience et de refuser de s’intéresser à sa méthodologie de classement visiblement très élaborée vu qu’il s’est contenté d’un rangement alphabétique, ayant remplacé les lettres par des nombres – ce qui, par ailleurs, semble assez improbable quand on voit le nombre de casiers sur les murs. La hauteur des casiers n’est d’ailleurs pas très réglementaire puisque l’archiviste doit monter sur une échelle assez haute pour consulter les archives.

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C’est une scène assez courte qui arrive peu de temps avant la fin de l’exposition, c’est une scène comique ayant pour but de détendre l’atmosphère avant de rentrer dans le vif du sujet, avant de plonger dans un pur film noir typique du cinéma de série-B des années 1940.

Ici, ni les archives, ni l’archiviste ne sont au cœur de l’histoire. Du coup il apparaît assez nettement que ce personnage un peu falot, rigide, et avec un plan de classement douteux, quelle que soit la fierté qu’il en retire, n’a pas droit à un développement convenable. Il correspond à un cliché, et n’a finalement pas vocation à être autre chose. En même temps, pour une scène d’à peine deux minutes, on ne lui en tiendra pas rigueur. Le décor de ces archives de la police grecque semble assez peu crédible, un entassement d’armoires métalliques sur une seul pièce longue et étroite, dans la même pièce qu’un bureau, ressemble à tout sauf à des archives, quand bien même l’inscription de la porte indique clairement un « bureau of records ». Cependant, on a déjà vu tellement d’endroits improbables où conserver des archives que tout est possible !

Benjamin Lerond

Diable_en_grisLe Diable en gris est un roman de Graham Masterton sorti en 2004 , auteur doté d’une grande renommée dans l’horreur, la terreur et le policier.

Ici, le personnage principal Decker Mc Kenna, lieutenant de police, à peine sorti du deuil de sa compagne, doit mener l’enquête sur de sombres affaires : une femme enceinte décapitée, un officier à la retraité éviscéré et un jeune cuisinier retrouvé ébouillanté dans sa baignoire, les yeux crevés. Seul problème, le meurtrier recherché est totalement invisible – par presque tous – et ne laisse aucune trace derrière lui. Alors que le premier meurtre amène le lieutenant de police à une conclusion plutôt simple, le second le plonge dans un flou total. Mais une jeune alliée pleine de surprises, sa femme qu’il ressent dans son appartement à multiples reprises, et une archiviste militaire, le conduisent dans un chemin où se mêlent Histoire, ésotérisme, croyances et légendes. Mc Kenna doit faire vite car le meurtrier agit sans pitié et se rapproche dangereusement de lui.

Enquête policière veut dire généralement passage aux archives. C’est le cas dans ce roman. Mais le lecteur y entre de façon moins conventionnelle que d’habitude.

Et les archives dans tout ça ??

C’est l’identité de la deuxième victime qui nous amène directement dans le monde des archives : George Drewry, ancien militaire, a terminé sa carrière avec le grade de major « aux services historiques de l’armée, lesquels conservaient les archives qui remontaient jusqu’aux milices de l’époque coloniale. » C’est donc un ancien militaire archiviste qui est éviscéré par le mystérieux meurtrier.

Plus tard, Decker Mc Kenna enquête sur cette seconde victime et se rend à l’ancien lieu de travail de M. Drewry pour y découvrir son passé et interroger ses collègues. Il prend rendez-vous avec un certain Toni Morello qui s’avère être une femme, capitaine et archiviste de son état. Alors qu’ils font connaissance, le lieutenant parait impressionné par « les rayonnages qui allaient du sol au plafond. Chaque rayonnage était rempli de centaines de dossiers au dos gris, et chaque dossier comportait une étiquette blanche à l’écriture soignée. » Voilà un classement digne de ce nom visiblement. L’auteur ajoute : « La bibliothèque faisait plus de quarante-cinq mètres de longueur et avait une verrière teintée de jaune pour filtrer la lumière du soleil ». Dommage, nous n’étions pas loin de la description parfaite : verrière teintée pour éviter la lumière naturelle directe, cependant, exit la salle ou la réserve d’archives, c’est une « bibliothèque ». L’auteur ne s’arrête pas là. En plus d’archives extrêmement bien rangée, nous faisons connaissance avec une archiviste visiblement intelligente, très au point avec ses documents et agréable à regarder si l’on en croit le lieutenant (assez porté sur les jolies femmes). Le capitaine Morello est d’une grande aide pour le lieutenant Mc Kenna, puisqu’elle effectue des recherches pour ce dernier. Lors d’un second rendez-vous, elle lui fait part d’un achat de documents par le major Drewry qu’il n’a pas eu l’occasion de lire « ni encore moins de les classer ». Le lecteur découvre alors que cette liasse « de vieux papiers décolorés, attachés ensemble par une ficelle grise » est un élément clef pour la poursuite de l’enquête, voire la découverte de l’assassin. Dans ce long passage où l’auteur nous fait découvrir des récits personnels de bataille, il n’hésite pas à glisser des éléments pour décrire l’intérêt primordial des archives, que ce soit pour une enquête de police, ou pour l’Histoire d’un pays, et la passion que peut ressentir un archiviste dans son métier. Ainsi, il fait dire au capitaine Morello « La plupart des gens pensent que le centre de documentation historique sert uniquement à conserver de vieilles archives sentant le moisi, mais le Pentagone consulte toujours nos dossiers chaque fois qu’ils projettent une action militaire offensive. Ils peuvent voir de quelle manière des problèmes tactiques ont été abordés dans le passé […] Une armée qui connait son histoire, lieutenant, c’est une armée qui connaît sa force. ».

Je ne peux vous en dire plus (surtout si vous êtes intéressé (e) par la lecture de ce roman) sur cette fameuse liasse de documents où l’on découvre une multitude de sources qui nous amène quasi à la résolution de l’enquête.

Le coéquipier de Mc Kenna, Tim Hicks, effectue également des recherches sur la guerre de Sécession aux Archives de l’Hôtel de Ville de Richmond, et aux Archives de Charlottesville pour retrouver des éléments de généalogies des victimes.

Il n’était pas possible de ne pas réaliser un article sur ce roman, tant les archives y jouent un rôle intéressant, presque de témoin placé au premier rang prêt à tout révéler sur les causes de ces meurtres sordides. L’ouvrage est rythmé par des consultations et des passages réguliers aux Archives. On ressent également un grand intérêt de l’auteur pour les documents d’archives, la mémoire et l’Histoire conservées par les écrits et les recherches.

Emilie Rouilly