Articles Tagués ‘archiviste’

Ce RPG de catégorie Heroic Fantasy est sorti en novembre 2009, développé par BioWare et distribué par Electronic Arts (EA Games, pour les intimes).

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Un jeu culte, et qui le mérite bien. Son univers est extrêmement riche, aux nombreuses sources d’inspiration. Les possibilités d’exploration, de dialogues et de déroulement de l’aventure sont telles qu’il faudrait plus de 500 heures de jeu pour toutes les découvrir. Vos ennemis comme vos alliés sont très variés. Si vous prenez le temps de discuter avec eux, vous découvrirez des histoires, cultures, mentalités et comportements parfois subtilement nuancés, tout particulièrement les équipiers de votre héros/héroïne.

C’est un jeu de stratégie et d’action qui fonctionne au tour par tour, et non un beat them all. Vous aurez également l’occasion d’apprécier l’humour dont vous ou vos compagnons et ennemis feront usage : potache, salace, complice ou second degré (et rappelez-vous bien que « l’on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde »). A d’autres moments, de la poésie, des contes et légendes et des chansons viendront agrémenter le voyage, et même un peu de romance si vous le voulez bien. Et surtout, le grand message, celui de la tolérance et de l’entraide entre les peuples – et ce uniquement parce que chacun est en danger, et reprendra tranquillement ses conflits privés une fois sorti d’affaire.

Encore un bonus non négligeable : une grande qualité des textes écrits comme parlés. Aucune faute d’orthographe, un langage soutenu la plupart du temps et de très bons doublages. Côté défauts, je mentionnerais l’absence de contrôle manette, la longueur des temps de chargement interzones, et comptez un bug fonctionnel par tranche de 10-15 heures.

Et les archives, dans tout ça ??

J’y viens, j’y viens ! Vous trouverez partout sur votre route des bêtes sauvages, des brigands et autres malandrins, des monstres (« engeances » et « abominations »), mais aussi et surtout une pléthore de documents d’archives ou de références à ceux-ci. Le texte qui suit comprend de très nombreux spoils, aussi le lirez-vous au risque de gâcher le plaisir de la découverte qui fut le mien.

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vous êtes prévenus !

Tout d’abord, vous disposez d’un menu intitulé « Archives personnelles », qui est un registre des statistiques et records du personnage sélectionné et du groupe entier ; si l’on traduit cela, par réflexe, en termes de SAE, c’est en fait une sorte de journal d’événements et de suivi de stats abrégé.

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Votre journal comprend un Codex qui s’enrichit à mesure que vous prenez connaissance de votre environnement et de votre entourage : créatures, personnages, objets, culture & religion, sorts, notes en rapport avec une quête…

Une fois la partie d’introduction terminée, l’une des premières tâches que vous aurez à accomplir consiste à retrouver un coffre contenant d’anciens traités d’alliances, que vous devrez faire jouer afin de combattre la menace qui s’abat sur le monde. Point de diplomatique ici, hélas – et d’ailleurs, personne ne semble préoccupé à les déchiffrer ou à en vérifier l’authenticité ; tout au plus vous dira-t-on qu’ils n’ont plus cours. Toutefois, en prenant connaissance de la mission, votre héros ou héroïne pourra s’enquérir « de quels types de documents s’agit-il ? ». Choix que j’ai sélectionné avec autant d’empressement que de ravissement, en oubliant d’effectuer au passage une capture d’écran.

Une autre quête principale vous amène à rencontrer des elfes dalatiens (des bois). Race déchue et asservie, dont l’essence de vie éternelle a été corrompue par le contact prolongé des humains. Leur chef est l’un des derniers Immortels, et porte le titre d’Archiviste. D’un abord peu aimable, hautain, il est néanmoins entièrement dévoué aux siens. Il est à la fois « un guide et un passeur de mémoire », et a littéralement les pleins pouvoirs incontestés sur son service. Son clan, pardon.

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Lui parler de quoi ?
Je suis Garde des Ombres.
[Persuasion] Je ne parlerai qu’à l’Archiviste en personne.
Je n’ai pas de temps à perdre ! Menez-moi à l’Archiviste !
Cela ne vous regarde pas.

Ce PNJ a son importance, et possède sa propre entrée dans le codex :

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Au sein de la cité naine, le « Façonneur des mémoires » conserve les archives (et même, selon ses propres dires, « les archives des archives »). Il est chargé d’enregistrer tout ce qui a trait aux membres de la communauté et à leurs biens, mais aussi de faire disparaître de l’histoire l’existence des parias, car la société est divisée en castes.

Une mission optionnelle a pour objet de retrouver des archives royales, qui permettront à une naine de prouver son noble lignage.

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Ils enregistrent les naissances et les affiliations de chaque nain né dans la cité, chaque transaction immobilière, chaque mort au combat, mariage, divorce.

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Au cas où vous en doutiez encore, vous aurez l’occasion à cet endroit d’accomplir une opération de récolte… de cochards, petits animaux d’élevage à mi-chemin entre le lapin et le marcassin. Et, bien sûr, vous les mettez en boîte avant de les fourrer de force dans votre inventaire…!

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Ce n’est pas possible autrement : il y avait au moins un(e) archiviste au storyboard, ou parmi le comité de recherches associé aux scénaristes.

Chez les humains, enfin, nous tenons quelque chose de plus classique : ce sont les mages et les religieux (adorateurs du Créateur) qui détiennent les archives les plus anciennes et précieuses. Une quête annexe vous mène à une sœur spécialisée en cryptologie.

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La valeur qu’accorde le jeu aux archives est confirmée – était-ce encore nécessaire ? –  par l’existence d’un certain équipement vous permettant de gagner davantage d’expérience en enrichissant votre Codex – action qui, de base, vous en rapportera plus qu’un combat de seconde zone. Connaissance et pouvoir sont liés, les livres et parchemins comptent autant que les arts martiaux et arcanes magiques.

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Quoi qu’il en soit, selon la formule consacrée, je loue et remercie les Créateurs pour leur œuvre splendide, et puissé-je répandre le culte de ce jeu aux quatre coins de la Toile des Archivistes. Car autant vous préparer à la grandiloquence et à l’exaltation de certains discours…!

Duna

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Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire (A Series of Unfortunate Events en version originale) est l’adaptation télévisuelle d’une série de livres jeunesse écrits par Lemony Snicket (pseudonyme de Daniel Handler, écrivain américain). L’univers avait déjà été adapté à l’écran en 2004, sous la forme d’un film qui n’avait pas vraiment convaincu les lecteurs, par manque de fidélité à l’esprit de l’œuvre originale… C’est tout le contraire avec la série diffusée actuellement sur Netflix, qui est en à sa deuxième saison (mise en ligne le 30 mars 2018) !

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Nous suivons ainsi les péripéties de trois jeunes frères et sœurs : Violet, Klaus et Sunny (Prunille, en français), qui vont, au tout début de la série, perdre leurs parents dans l’incendie de leur maison. Monsieur Poe, le banquier chargé de veiller à ce que l’immense fortune des Baudelaire reste sagement à la banque jusqu’à ce que l’aînée Violette ait atteint la majorité, les confie à divers tuteurs plus ou moins compétents. En effet, ils sont poursuivis par le maléfique comte Olaf, acteur raté mais qui réussit à embobiner son monde, qui souhaite mettre la main sur leur héritage via diverses machinations.

La série peut être considérée comme une excellente adaptation, car elle reprend les codes des livres qui ont fait leur succès : la narration pessimiste et tragi-comique via un narrateur qui s’insère activement dans l’histoire, les références à la littérature et les explications linguistiques interrompant le récit, l’univers fantasque, étrange et bizarre, peinture quasi parodique et désespérée d’un monde dans lequel les pauvres orphelins Baudelaire peinent à trouver du sens…

Et les archives dans tout ça ??

On parle plus précisément d’archives dans les épisodes 7 et 8 de la saison 2 Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire, épisodes intitulés « Panique à la clinique – Partie 1 » et « Panique à la clinique – Partie 2 ».

Les orphelins Baudelaire, poursuivis par le comte Olaf et sa bande, rejoignent un groupe de volontaires qui se rendent à l’hôpital Heimlich, situé au milieu de nulle part. Cet hôpital a la particularité de n’être qu’à moitié construit : mais même la moitié construite et fonctionnelle est dépeinte comme un labyrinthe miteux, une enfilade de chambres décrépies donnant la chair de poule…

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C’est sûr que l’ambiance ne donne pas vraiment envie de travailler dans cet hôpital…

Dès leur arrivée, les orphelins cherchent à se cacher, et sont recrutés pour travailler aux archives de l’hôpital. Cela leur convient parfaitement car les Baudelaire sont sur les traces d’une organisation secrète, appelée VDC (VFD en version originale), qui aurait un lien avec la mort de leur parents, le comte Olaf, et plus globalement tous les événements mystérieux qui ont mené à l’incendie de leur maison ; ils ont appris que les archives de l’hôpital pourrait contenir des informations sur cette organisation.

En effet, la première chose que l’on apprend sur les archives de l’hôpital est qu’elles ne sont pas « que » les archives de l’hôpital : c’est, dans ce coin désert et dépeuplé, le plus grand dépôt d’informations et de renseignements sur tous les sujets possibles et inimaginables. Le seul archiviste est Hal, un vieil homme dont la vue déclinante l’empêche de remplir sa mission à bien.

L’hôpital est ici montré comme une formidable machine administrative et paperassière, digne de la parodie de l’administration bureaucratique des Douze travaux d’Astérix.

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« – Pas le diagnostic ? – Ou la guérison ? – Les vaccins ? » répondent, médusés, les enfants Baudelaire.

Tous ces documents sont expédiés de manière plutôt amusante via des conduits qui débouchent directement dans la salle des archives. Hal précise aussi que d’autres gens, partout dans le monde, lui envoient des dossiers, car « c’est le lieu le plus sûr pour conserver des informations ». Ainsi, les archives de l’hôpital Heimlich sont-elles devenues une mine de renseignements.

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Ici, l’étiquette de l’armoire des dossiers en « P », contenant tous les sujets, des puddings aux pyramides !

C’est Hal qui est chargé de classer tous les documents. Son système de classement est pour le moins ubuesque : pour un dossier, qui, après un vague coup d’œil, concerne la météo de la semaine passée pour la ville de Damocles Dock sur les rivages d’un lointain lac, il annonce qu’il peut le ranger dans l’armoire des D, pour « Damocles », ou alors dans l’armoire des M, pour « météo », ou encore dans l’armoire des S, pour « semaine dernière». Mais du coup, demande Violette, comme vous vous le demandez sans doute aussi, n’est-ce pas très difficile aux lecteurs de retrouver l’information ? Hé bien, répond Hal, ils regarderont à toutes les lettres correspondantes ! De toute façon, les lecteurs sont rares, car les archives ont des règles strictes concernant la consultation des dossiers. Le conduit qui sert à expédier les dossiers sortants est rempli de toiles d’araignées…

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Et là, nous faisons tous la même tête que Klaus devant le système de classement…

Hal insiste beaucoup sur la loyauté et la confiance qu’il met dans les orphelins Baudelaire, puisque la conception des archives est ici une conception fermée : documents qui ne doivent pas être lus, informations à garder mais à ne pas diffuser ! Ce qui correspond bien à la fois avec l’insistance sur les secrets, les choses à transmettre et à cacher, et à la fois avec l’atmosphère surréaliste, légèrement parodique de certains aspects de la société contemporaine, qui planent tout au long de la série. Le comte Olaf, venu pour chercher les enfants Baudelaire, se heurte à l’intransigeance de Hal. Il faut, pour consulter un dossier, remplir une demande de consultation auprès de l’administration hospitalière, et attendre sept à dix jours ouvrables l’autorisation. Un détail qui n’arrange pas le comte Olaf, pressé de mettre la main sur la fortune Baudelaire.

Les archives de l’hôpital ne sont pas que des dossiers papiers. Une bobine de film arrive spécialement pour Hal, qui précise aux Baudelaire que beaucoup de documents arrivent sous cette forme. Il y a même une petite salle adjacente pour visionner ces films ! (mais personne ne les voit jamais car personne n’y est autorisé). La bobine intéresse beaucoup les orphelins Baudelaire, car elle concerne un certain « Snicket »… membre de la société secrète VDC. Mais Hal, attaché au règlement, leur répond qu’ils doivent néanmoins remplir la demande réglementaire. Informés par la cheffe des ressources humaines que les archives fermement immédiatement (les horaires réduits sont dus à des coupes budgétaires), Hal leur précise qu’ils doivent attendre le lendemain matin.

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Hop, plus de lumière, vive les coupes budgétaires et les consultations éphémères.

La suite de l’épisode suit les orphelins Baudelaire en train de pénétrer illégalement et de nuit dans la salle des archives, pour tenter voir le fameux film. Les Baudelaire sont cependant assaillis de doute, et ne veulent ni décevoir Hal – la seule personne qui peut les protéger et les cacher du comte Olaf, et qui leur fait confiance – ni décevoir la mémoire de leur parents. Sans « spoilers » aucun, n’attendez pas, comme dirait le narrateur, une fin heureuse, ni pour les aventures des orphelins, ni pour Hal et ses précieuses archives…

Hal est ici montré comme un archiviste consciencieux (comprendre que s’il ne suit aucune règle archivistique propre à notre univers, il suit au moins les règles archivistiques propre à son univers), mais trop rigide, incapable de voir que suivre les règles à tout prix peut être à la fois bénéfique comme malencontreux. En cela, il est, comme dans la série entière des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, un archétype parfait des pathétiques adultes et tuteurs divers, voulant bien faire mais incapables de protéger les orphelins des machinations du comte Olaf, parce qu’ils sont trop habitués à se retrancher lâchement derrière des règles sociétales, ou leurs propres barrières morales. Mais les archives sont néanmoins le lieu du savoir, où, grâce à une bribe d’information, une page d’un carnet déchiré ou quelques secondes d’un film, les orphelins Baudelaire reprennent espoir ! Cette représentation en demi-teinte des archives s’insère également dans les représentations de la littérature, de la lecture, et des bibliothèques qui parsèment la série. De manière générale, l’éducation, la lecture et la recherche d’informations sont vu comme des choses positives, caractéristiques du « camp aidant » les orphelins Baudelaire, tandis que la bêtise, le mépris pour les livres et la connaissance, et la volonté de destruction caractérisent le camp du comte Olaf. Et c’est ainsi que je vous laisse sur cette jolie et cryptique citation :

« A library is like an island in the middle of a vast sea of ignorance, particularly if the library is very tall and the surrounding area has been flooded»

Adélaïde Choisnet

Guy Lefranc est un personnage de bande dessinée créé par Jacques Martin en 1952. Ce dernier ayant travaillé au Journal de Tintin, il y côtoie Hergé et Edgar P. Jacobs, il fait également partie de ce qu’on a appelé l’Ecole de Bruxelles. Parmi ses autres œuvres les plus célèbres figure la série Alix qui se déroule sous l’Antiquité.

Lefranc est un reporter qui sillonne le monde et résout des enquêtes souvent dangereuses. Jacques Martin en profite pour évoquer des thématiques qui lui sont chères comme la technologie muselée pour des raisons politico-financières, les complots en tous genres et les voitures pour lesquelles il se passionne. Après la mort de Jacques Martin en 2010, le personnage est repris par d’autres scénaristes et dessinateurs.

Lefranc_1Le Principe d’Heisenberg est le vingt-huitième tome des aventures de Lefranc. Il est scénarisé par François Corteggiani et illustré par Christophe Alvès. Le titre sort en 2017 chez Casterman. Les deux artistes prennent soin de respecter le goût de Jacques Martin pour la précision, notamment lorsque Lefranc prend la route et traverse la France, ce qui est décrit de manière assez précise. Le Principe d’Heisenberg est à la fois un très bon récit policier et un formidable voyage à travers les provinces françaises que je vous conseille vivement.

Un triple meurtre est commis en plein cœur de l’Aubrac, s’agit-il de l’oeuvre d’un détraqué ? Pourquoi, dans ce cas tenter d’éliminer l’inspecteur Renard qui tenait un témoin ? Lefranc ne peut rester indifférent à une enquête pareille !

Et les archives dans tout ça ??

Guy Lefranc est un journaliste enquêteur, un fin limier qui combine les méthodes d’investigation du reporter et celles des policiers qu’il côtoie régulièrement. C’est pourquoi, il ne se contente pas des apparences. Ainsi, lorsque l’inspecteur Castenholz lui présente un morceau de caillou qui s’avère être de la monazite, une pierre contenant du thorium pouvant servir de combustible nucléaire, le reporter se dépêche d’aller effectuer des recherches complémentaires.

20180427_174232Où va-t-il ? Aux archives évidemment ! Il s’agit ici des archives du journal Le Midi-Libre. Lorsqu’il se présente à la secrétaire en demandant à consulter les archives, cette dernière lui répond qu’elles sont classées par thèmes et non par date. On peut s’en étonner, les journaux conservant souvent une collection classée chronologiquement, mais il est vrai que le classement thématique peut avoir du bon. Encore faut-il savoir quelles thématiques sont utilisées.

Lefranc rejoint donc un archiviste encravaté d’âge moyen, vêtu d’une blouse et plutôt compétent. En effet, Lefranc est bien embêté avec le classement thématique : comment chercher des articles en rapport avec cette fameuse monazite ? Après deux heures, il fait chou blanc. Faisant part de son désarroi à l’archiviste, ce dernier lui répond : « monazite !? Ça me dit quelque chose, vous auriez pu le dire plus tôt ». Il se tourne alors au rayon faits divers et non géologie où cherchait Lefranc et trouve immédiatement un article sur le sujet.

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Ce problème de classement thématique nous interpelle sur la pertinence des choix effectués : une thématique qui paraît logique à celui qui classe et qui indexe peut paraître insuffisante au chercheur qui vient dans un but précis qui n’est pas forcément celui qu’on avait en tête lors de l’élaboration du classement ou du thesaurus. Evidemment, depuis la recherche en plein-texte, la numérisation et l’océrisation, la recherche est grandement facilitée. Reste que le classement effectué n’est pas sans conséquence sur la manière dont un fonds peut être appréhendé.

Sonia Dollinger

Corto Maltese est une série de bande dessinée créée en 1967 par le scénariste et dessinateur italien Hugo Pratt. Elle met en avant le héros du même nom, un marin aventurier britannique en quête de trésors et de magots cachés tout autour du monde. L’histoire se situant dans la première partie du XXe siècle, les intrigues se retrouvent régulièrement associées aux enjeux géopolitiques de l’époque, tels que le conflit russo-japonais de 1904-1905 ou la Première Guerre mondiale dont il est souvent question.

Tango

Dans sa 27e aventure, Tango, Corto Maltese est à Buenos Aires en 1923, où il est à la recherche d’une ancienne amie, Louise Brookszowyc, afin de la sauver de l’emprise d’une organisation criminelle de proxénètes nommée la Warsavia. Apprenant rapidement qu’elle a été tuée, il va chercher à comprendre la raison de cet assassinat et à la venger. Il se retrouve alors mêlé à une intrigue plus vaste, impliquant policiers corrompus, anciens bandits du Far West américain et grands propriétaires terriens en Patagonie, faisant écho à une partie de sa jeunesse passée en Argentine …

Et les archives dans tout ça ??

La première apparition de l’archiviste de cette histoire a lieu dans un commissariat. Employé de la police, O’Maley renvoie dans un premier temps l’image d’un fonctionnaire tout ce qu’il y a de plus classique, tendant même à l’exemplarité. Il est en effet poli et courtois, dévoué et organisé en mettant à peine quelques minutes à répondre à la demande de consultation de son supérieur. Sa représentation est ici victime d’un premier cliché : il connaît évidemment par cœur le contenu des documents et est capable de confirmer la mention du nom de Corto Maltese dans le dossier.

Cependant, cette idée que l’on se fait de lui va rapidement être modifiée, tout d’abord lorsqu’il commence à s’intéresser à l’affaire pour laquelle le dossier lui a été demandé. La position classique de l’archiviste, intermédiaire entre les documents et les lecteurs, est ici remise en question.

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Peu à peu, apparaît sa volonté de profiter à titre personnel des informations contenues dans les archives dont il a la charge. Effectivement, celles-ci contiennent des révélations sur les agissements illicites de certains étrangers en Patagonie, actions auxquelles Corto Maltese aurait d’ailleurs participé. La révélation de ces affaires (acquisitions et exploitations illégales de terres, corruption de l’État, meurtres, …) pouvant créer un scandale au niveau international, O’Maley y voit l’opportunité de gagner en influence et ainsi de se rapprocher du pouvoir, son objectif affiché étant de s’affirmer comme une personne pesant sur les décisions politiques importantes du pays.

Pour arriver à ses fins, O’Maley n’hésite pas à utiliser la manipulation ou encore la force. À la recherche d’un allié puissant, il fait chanter son supérieur, inspecteur de la police centrale de Buenos Aires. Désireux d’obtenir des informations de la part de Corto Maltese, il n’hésite pas à le suivre et à s’engager dans une course poursuite en voiture dans les rues de la capitale argentine. Enfin, dans l’idée d’écarter les possibles opposants à son plan, il va jusqu’à se charger lui-même d’éliminer les agents corrompus liés à l’association de proxénètes de la Warsavia, qui pourraient le freiner dans ses actions.

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Apparaissant comme un homme d’action, cet archiviste se révèle au fil de l’histoire être un personnage ne recherchant que l’enrichissement et le pouvoir personnel, profitant de sa position au plus près des informations et de l’institution policière. N’hésitant pas à manipuler et trahir ses alliés, il va cependant se retrouver dépassé par les événements.

En conclusion du récit, O’Maley laisse ainsi une impression de naïveté. Après avoir cherché à faire chanter la police et à jouer avec l’organisation criminelle de la Warsavia, on le retrouve finalement affilié à l’un des grands propriétaires terriens en Patagonie, qui s’avère tirer les ficelles de toute cette histoire. Ce dernier, à la tête d’un puissant commerce et dirigeant un important réseau, se moque de O’Maley et lui reproche ses trop nombreuses manipulations, pour finir par le faire tuer : « Quand on se croit trop intelligent, on finit toujours par faire un faux-pas », lui assène le magnat. Ce dernier en profite même pour signaler à l’assistance qu’avec son pouvoir et ses relations, il lui est aisé de faire disparaître un document ou d’en modifier le contenu. L’intégrité, la sécurité et la fiabilité des archives sont une nouvelle fois ici mises à mal.

De manière globale, l’archiviste ne jouit pas d’une bonne image dans cette œuvre, successivement qualifié de « commis », de « petit […] bureaucrate » ou encore de « petit employé ». Il n’est pas considéré comme une fonction importante de son administration, et la personnalité et les activités de ce O’Maley ne vont certainement pas arranger les choses !

Quentin Audran

Ferragus, chef des Dévorants, est un roman d’Honoré de Balzac paru en 1833 pour la première fois sous forme de feuilleton et qui s’inscrit dans son grand oeuvre, la Comédie Humaine. On peut voir dans ce récit les prémices du roman policier ainsi qu’une peinture réaliste des mœurs parisiennes.

FerragusL’histoire : au cours de l’année 1819, un jeune officier de cavalerie, Auguste de Maulincour se languit d’amour pour Clémence Desmarets, épouse d’un riche agent de change. Alors qu’il suit cette dernière dans un quartier mal famé, il la soupçonne d’avoir une liaison avec un personnage mystérieux nommé Ferragus. Fou de jalousie, Maulincour persécute la malheureuse Clémence et révèle l’affaire à son mari. Jules Desmarets qui aime sincèrement sa femme est peu à peu envahi par le doute et veut savoir de quoi il retourne. La curiosité de son mari, le poids de son lourd secret et la honte qui en résulte finissent par avoir raison de la santé de Clémence qui meurt de désespoir. L’identité de Ferragus est enfin révélée à Jules Desmarets mais… trop tard !

 

 

Et les archives dans tout ça ??

Alors que Jules Desmarets espionne sa femme, une lettre de Ferragus arrive dans leur demeure. Jules s’en empare, souhaitant la lire, manque de chance, la lettre est cryptée. C’est alors que l’agent de change va faire appel à son ami le plus fidèle, Claude-Joseph Jacquet, archiviste de profession. Ce passage donne l’occasion à Balzac de dresser un portrait ciselé dont il est spécialiste.

Après avoir loué sa probité et l’austérité de ses mœurs, l’auteur évoque sa profession : « Employé au ministère des Affaires étrangères, il avait en charge la partie la plus délicate des archives. Jacquet était dans le ministère une espèce de ver luisant qui jetait la lumière à ses heures sur les correspondances secrètes, en déchiffrant et classant les dépêches. » Balzac nous présente donc un monde sombre et austère dans lequel évolue un être humain qui apporte sa lumière et son intellect dans un monde feutré. L’archiviste classe, comme c’est le cas pour chacun d’entre nous, mais il a également ici une mission de déchiffrage, il participe donc activement aux affaires du ministère, apportant son expertise sur des documents dont il est l’un des rares à pouvoir en comprendre le sens. L’archiviste est donc présenté ici comme un médiateur entre le document et son lecteur puisque, sans son travail, les archives resteraient inutiles car indéchiffrables.

Jacquet occupe un bon poste mais ne navigue pas dans les hautes sphères : « il se trouvait aux Affaires étrangères tout ce qu’il y a de plus élevé dans les rangs subalternes et vivait obscurément, heureux d’une obscurité qui le mettait à l’abri des revers. » L’archiviste appartient ainsi clairement aux classes moyennes et les Archives ne sont évidemment pas le service le plus important du ministère. Pourtant, les compétences de l’hommes sont reconnues et il peut même se lier d’amitié avec des personnages aussi riches et puissants que Jules Desmarets.

Claude-Joseph Jacquet fait également état d’un des devoirs de l’archiviste en se qualifiant de « muet par état » et en insistant : « c’est ma partie, la discrétion. » Jacquet évoque là le devoir de réserve auquel tout archiviste est lié puisque c’est lui qui a, in fine, la connaissance des dossiers la plus étendue ou au moins la possibilité d’accéder aux informations de sa structure sans problème. Il est donc le garant d’une discrétion nécessaire à l’exercice de ce métier. Balzac oppose d’ailleurs la discrétion de Jacquet au caquetage d’un ministre qui se dépêche de raconter les déboires de Jules Desmarets, opposant ainsi la rigueur et la probité du fonctionnaire à la péroraison du politique mondain.

Enfin, l’archiviste fait montre de son grand professionnalisme car, à peine a-t-il posé les yeux, sur la lettre codée, qu’il en décode le chiffre sans même sourciller. Ainsi, son expertise est reconnue. Il va même reconstituer le cachet brisé de la missive pour éviter qu’on découvre qu’elle a été lue. Jacquet est l’homme qui sait dont l’homme qui a le pouvoir économique a besoin et sans lequel il n’aurait pu résoudre son énigme. Preuve, s’il en est, que l’argent ne remplace pas toujours le savoir.

Balzac semble avoir une bonne opinion de son personnage puisqu’il écrit même qu’il est digne d’avoir Plutarque pour biographe. Jacquet est, en effet, présenté comme un homme libre que les pesanteurs bureaucratiques désolent malgré son appartenance à l’administration.

Claude-Joseph Jacquet est un donc un archiviste présenté de manière positive, sans volonté de caricaturer son métier, une sorte de modèle pour les archivistes du temps présent. Le ver luisant n’est-il pas la seule source de lumière dans l’obscurité ?

Sonia Dollinger