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RED (Retraités Extrêmement Dangereux) est un film d’action comique de Robert Schwentke (Divergente 2 et 3). Ce film raconte le quotidien d’une bande de retraités… de la CIA.

Red_1L’histoire débute avec Frank, qui vit une vie de retraité tout à fait banale.

Tout bascule le soir où celui-ci reçoit la visite d’une équipe d’intervention qui a pour mission de l’éliminer. Ainsi commence la traque aux retraités, qui vont, bien entendu, riposter. Pour ce faire, Frank se retrouve avec Sarah, standardiste de sa caisse de retraite avec qui il parle très souvent de lecture, et surtout toute une bande d’anciens agents, alliés comme ennemis (CIA, KGB, MI6), tous aussi retraités que lui, ou du moins qui devraient l’être. Cette joyeuse bande se retrouve donc filée par un jeune agent de la CIA, Cooper, qui se rend bien vite compte que Frank a des compétences plutôt musclées et offensives pour un ancien analyste, ce qui le décide à se poser quelques questions.

Et c’est exactement à ce moment que ce jeune agent découvre le service indispensable….. Les archives de la CIA.

Et les archives dans tout ça ??

Etant donné que ces archives sont censées être top secrètes, seules les personnes ayant l’habilitation peuvent connaitre ce service. Ce qui n’est pas le cas de notre ami, sûrement trop jeune aussi. C’est donc sa supérieure qui lui apprend l’existence du service, et lui donne le numéro de  dossier de Frank, qu’elle connaît bien entendu.

Rappelons tout de même qu’il s’agit ici d’une comédie. Malgré quelques exagérations, l’archiviste et les archives sont représentés de façon assez traditionnelle.

C’est un lieu qui n’est pas du tout ouvert à tout le monde. Seuls les plus gradés et les plus anciens savent que ce service existe. C’est à croire que seuls les retraités, comme Frank, et les archivistes eux-mêmes connaissent son existence.

Ensuite, l’archiviste est un gardien du savoir bien solitaire. Il se retrouve seul, au fond du couloir qui précède la salle des archives, et sûrement au sous-sol. Là encore, être archiviste a l’air d’être un métier bien monotone.

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le bureau d’Henry, l’archiviste…un peu sombre

Ce gardien du savoir sait d’ailleurs tout, et n’a absolument pas besoin d’un quelconque outil de recherche pour retrouver les dossiers demandés.

Par contre, le fait que nous soyons en présence des archives de la CIA, donc sensibles voire secrètes, peut donner une certaine légitimité à la sécurité déployée autour de celles-ci. Même si ces mesures me semblent totalement exagérées ici.

Les archives sont comme un trésor gardé précieusement. Pour y accéder, Il faut savoir que l’étage existe, étant donné qu’il n’y a aucune indication sur le panneau de l’ascenseur. Ensuite, il faut passer par une porte sécurisée avec un code changeant toutes les 6 heures. A partir d’ici, la présence de l’archiviste est nécessaire pour atteindre les archives, ce qui, en soi, n’a rien d’anormal. Celui-ci mène Cooper dans la chambre forte, fermée par une porte semblable à celle d’un coffre fort de banque, entourée de barreaux.

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Une entrée solennelle

Mais la sécurité n’a finalement pas l’air si importante que ça. Après tout, ce ne sont que les archives de la CIA ! Ainsi, la porte a beau être protégée par un système sophistiqué de code, le mur, quant à lui est complètement vide. Un bon coup de pied, et nous voila dans le service.

Cooper se retrouve donc dans la salle des archives, qui semble correspondre à l’idée que l’on se fait d’un service d’archives. Mais on déchante assez vite. A la CIA, seule une table est mise à disposition pour consulter les documents (pas vraiment la place pour une salle de lecture apparemment).

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Tu veux t’asseoir ? Tant pis pour toi !

Les dossiers sont conditionnés dans des étagères en métal, dans des pochettes recouvertes d’une ribambelle d’écriture, et donc pas forcément idéales pour la conservation. Et pas de cotation! L’archiviste doit vraiment connaître par cœur les dossiers.

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La pochette est loin des normes de conservation

Ensuite, le seul point de sécurité qui aurait été nécessaire n’a pas été mis en place : aucun fichier traçant le dossier. Frank s’en va tout simplement avec le dossier qu’il est venu consulter.

On voit en parallèle des archives de la CIA les archives de Marvin, agent retraité paranoïaque qui conserve tout en format papier.

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Marvin a encore des progrès à faire en classement !

Ceci donne un bon exemple de ce à quoi les archivistes peuvent être confrontés lors de collecte. Ici, les archives sont sens dessus-dessous et sans organisation apparente. Nous  sommes face à un entassement de documents, dont seul le propriétaire connaît le sens et où il saurait retrouver ce qu’il cherche.

En dépit de toutes les exagérations du film, on peut voir que les archives revêtent une grande importance, notamment pour garder une trace de ce qui a été fait. Malgré cela, elles restent quand même dans l’esprit général quelque chose qui peut être secret et sont donc à cacher. De ce fait, et du fait qu’elles soient manipulables avant leur classement, des abus peuvent être commis. On peut voir dans le film que certaines archives ont été noircies de peur qu’elles ne révèlent trop d’informations sensibles.

La surprotection de ce type de document reste d’ailleurs une vraie problématique archivistique en France (comme les archives relevant du secret d’état par exemple). Cependant on voit bien que dans une démarche de recherche, les archives, quand on sait que l’on peut y accéder librement, sont souvent la clef de tout.

Léna Lachaux

Je vous ai parlé il y a très peu de temps du premier tome de la Passe-Miroir, les fiancés de l’hiver. Christelle Dabos a poursuivi l’aventure avec un deuxième tome sous-titré Les disparus du Clairdelune sur lequel je me suis précipitée. Le troisième tome sort très bientôt pour notre plus grand bonheur.

Nous continuons donc à suivre les tribulations d’Ophélie, jeune animiste promise au terrible et énigmatique intendant du Pôle, Thorn. Sur le Pôle, Ophélie a bien du mal à trouver sa place au milieu d’une cour déchirée entre différents clans qui cherchent tous à s’attirer les faveurs de Farouk, le dolent mais farouche esprit de Famille. Bien des personnes tentent d’empêcher le mariage de Thorn et Ophélie qui semble contrarier un paquet de monde mais l’heure approche et la famille de la jeune femme débarque sur le Pôle pour assister à la cérémonie. C’est ainsi qu’Ophélie retrouve son grand-oncle archiviste avec lequel elle entretient des liens très profonds.

Ce deuxième volume est tout aussi prenant que le premier et au delà  même de l’intérêt de l’auteure pour l’Histoire et les Archives, la lecture de cette saga vous fera passer un vrai bon moment donc n’hésitez pas plus longtemps avant de vous lancer dans l’aventure.

Et les archives dans tout ça ??

Attention, évidemment si vous n’avez pas lu le premier tome, vous subirez inévitablement quelques spoils si vous poursuivez votre lecture…bref, vous êtes prévenus !

Lorsque la famille d’Ophélie arrive sur le Pôle, la jeune femme est surtout ravie de revoir son grand-oncle archiviste et de « respirer l’odeur de papier ancien imprégné dans ce tricot d’archiviste. » Ah, l’odeur de vieux papiers attachée à l’image de l’archiviste !! Mais avouez, au fond, on l’aime cette odeur là et quand je passe tous les matins dans mes dépôts de fonds patrimoniaux, je ne peux pas m’empêcher de la sentir avec satisfaction, alors pourquoi pas Ophélie ? Ok, quand on reçoit des enfants et qu’ils trouvent que « ça pue », on est un peu vexés mais tant pis, on ne peut pas contenter tout le monde.

Le grand-oncle est assez contrarié et il raconte vite ses déboires à sa nièce : le petit musée dont Ophélie s’occupait sur Anima avant son départ est fermé officiellement pour cause d’inventaire. C’est alors que le grand-oncle lui révèle que les archives ont, elles aussi, été bouleversées à une époque antérieure. L’agencement des archives et des magasins étaient différents : les « archives de l’ancien monde » étaient au deuxième sous-sol. Il s’agissait avant tout de fonds concernant l’administration de guerre qui n’étaient jamais consultés au grand dam de l’archiviste.

On voit ici la conscience professionnelle à l’oeuvre : quel intérêt de conserver des fonds entiers s’ils ne doivent jamais être consultés par personne ? Il faut dire que les archives étaient écrites dans une langue ancienne peu usitée. L’archiviste a donc entrepris de transcrire tous les documents pour pouvoir les livrer au grand public. Si l’exemple est poussé à l’extrême, le rôle de passeur de l’archiviste est ici bien mis en valeur puisqu’il est le lien indispensable entre le document et son lecteur qui permet la compréhension et donc l’étude.

Toutefois, la mise à disposition de ces archives n’est pas du goût des Doyennes qui dirigent Anima. Ces documents reflètent une période qu’elles souhaitent voir oubliée : celle de la guerre qui préluda à la disparition de l’ancien monde. Les archives sont alors déplacées « dans un service spécial prévu à cet effet« . Comble de l’horreur, alors que les documents font route sur un bateau affrété tout spécialement, l’embarcation coule…et les archives avec, comme par hasard. Cette anecdote n’est pas sans rappeler les évacuations catastrophiques des archives en période de guerre qui occasionnent des destructions involontaires mais plus encore les disparitions opportunes de fonds entiers qui peuvent parfois être de nature compromettante. Comment mieux étouffer la vérité qu’en faisant disparaître les archives susceptibles d’en receler une part ?

Cet ouvrage met donc en avant plusieurs problématiques bien connues de la profession : En premier lieu, Les disparus du Clairdelune souligne le rôle de l’archiviste qui est souvent celui d’un passeur entre le document et le chercheur en apportant donc une expertise et donc une véritable valeur ajoutée. L’ouvrage montre également l’enjeu que peuvent receler les informations contenues dans les archives en période de tensions ou lors de changement de régime ce qui peut parfois occasionner des destructions dont l’archiviste ne peut qu’être un spectateur atterré.

Un professionnel à la merci des aléas politiques, fiction ou réalité ?

Sonia Dollinger

Les habitués du blog ont déjà noté ma forte propension à regarder n’importe quel film d’horreur me passant sous le nez. Par une après-midi pluvieuse, pourquoi ne pas en tester un ? Allez, c’est parti pour Mama, un film hispano-canadien sorti en 2013 co-scénarisé par Neil Cross, Andrés et Barbara Muschietti. C’est également Andrés Muschietti qui assure la réalisation de ce long métrage. Le film a été primé au festival de Gérardmer.

Mama_1Le début du scénario n’est pas très clair : un homme tue sa femme et s’enfuit de la maison familiale avec ses deux filles Victoria, trois ans et Lili, un an. Le père de famille conduit trop vite et évidemment, il a un accident, erre dans la forêt, trouve une cabane déserte un peu étrange. Au moment où il décide de tuer ses filles – mais alors pourquoi ne pas le faire dans la maison au lieu de s’enfuir….mystère – une entité l’en empêche en le déchiquetant.

Les petites filles retournées à un état semi-sauvage sont retrouvées dans la cabane cinq ans plus tard et sont confiées à leur oncle Lucas et sa compagne Annabel sous l’égide d’un psychiatre, le docteur Dreyfuss. Des événements étranges se multiplient, les fillettes étant en fait accompagnées par l’entité qui les a sauvées et qu’elles appellent Mama. Autant vous dire que ce fantôme n’est pas hyper sympa…

Et les archives dans tout ça ??

C’est le psychiatre des deux fillettes, le docteur Dreyfuss qui a recours aux archives à deux reprises. En effet, lors des séances d’hypnose avec Victoria, la plus grande des deux enfants, le docteur apprend l’existence de « Mama », une entité mystérieuse qui est en réalité le fantôme d’une femme qui s’est suicidée avec son bébé d’après les dires de Victoria.

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Voici donc notre brave médecin se rendant aux archives de Clifton Forge où il rencontre Louise, l’archiviste, une femme d’un âge mûr affublée d’un pull over…un peu passé de mode il faut bien le reconnaître. Pour autant, Louise échappe à la plupart des clichés : elle est accueillante avec son usager, se plie en quatre pour le renseigner et connaît plutôt bien ses fonds. Elle pousse même la conscience professionnelle en rappelant l’usager chez lui en soirée pour lui demander de repasser aux archives car elle a pu faire une trouvaille intéressante.

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La salle de lecture des archives est assez petite mais il y a peu de lumière naturelle et les tables sont équipées de petites lampes pour permettre aux lecteurs de compulser les documents sans s’arracher les yeux. La salle de lecture jouxte les magasins qu’on aperçoit en arrière-plan et il ne semble pas y avoir de porte séparant les deux ce qui montre une petite faille dans la sécurité puisque les lecteurs pourraient être tentés d’y faire un tour sans la présence de l’archiviste.

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Lors de son second passage aux archives, le docteur Dreyfuss pénètre dans ces fameux magasins et je dois dire que je tombe des nues : la ville où se trouvent les archives ne semblent pas très grande mais les dépôts sont immenses : on voit des archives s’étaler du sol au plafond, on se demande d’ailleurs au passage comment les archivistes font pour aller chercher les dossiers qui se trouvent tout au dessus, en tous les cas, ce serait sans moi, j’ai le vertige !

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Plus étrange, Louise, notre archiviste au pull décoré par une tête de loup, semble trouver cela normal en disant que toutes les archives ont des salles comme celles-ci « remplies d’objets oubliés », en l’occurrence de morceaux de corps humains qui ont été récupérés dans un ancien cimetière. Alors, rétablissons tout de suite les choses : non, toutes les archives ne sont pas dotées d’un immense magasin rempli d’ossements des cimetières disparus et même si dans une série Obj, il nous arrive de retrouver quelques reliques, nous n’abritons pas, à ma connaissance, tous les ossements des habitants de la ville.

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Enfin, dernière étrangeté, Louise embarque une petite boîte qui se trouve donc dans ce fameux dépôt et la donne au docteur Dreyfuss qui l’embarque chez lui. Ok Louise, ce sont des ossements dont tu es pressée de te débarrasser mais les archives publiques ne sont-elles pas inaliénables ?

Allez, on lui pardonne à notre archiviste : grâce à elle, tout se passe un peu moins mal que prévu dans ce film mais pour en juger, il vous faudra le visionner.

Sonia Dollinger

Les amis libraires sont des vigies précieuses qui savent vous guider dans la forêt éditoriale. On les aime pour leurs précieux conseils et leur enthousiasme. Les miens ont une qualité supplémentaire, ils savent me trouver des bons récits où la notion d’archives apparaît. C’est le cas de Claire, à qui je rends hommage ici pour toutes les qualités décrites ci-dessus et pour m’avoir mis entre les mains le livre I de La Passe-Miroir : les fiancés de l’hiver.

Passe-miroirCet ouvrage confirme encore s’il en était besoin la richesse de ce qu’on appelle la littérature jeunesse dans laquelle j’aime à puiser allègrement sans me soucier des barrières que pourrait inclure cette classification. La Passe-Miroir est un récit dû à la plume de Christelle Dabos. Née en 1980, la jeune femme se destinait à être bibliothécaire en Belgique lorsque la maladie survient et l’empêche de réaliser ses projets. Fort heureusement, Christelle trouve un moyen de s’évader : l’écriture. Soutenue par une communauté d’auteurs qu’il convient de promouvoir, Plume d’Argent, Christelle Dabos voit son ouvrage publié chez Gallimard jeunesse en 2013.

La Passe-Miroir raconte l’histoire d’Ophélie, une jeune femme qui vit paisiblement sur l’Arche d’Anima – le monde a éclaté et se divise désormais en arches plus ou moins éloignées les unes des autres. Sur Anima, les gens ont des talents qui ont trait au monde de l’écrit ou des objets. Ophélie est elle-même responsable d’un musée car elle sait « lire » le passé des objets avec ses mains mais elle a aussi un autre talent : celui de traverser les miroirs pour se rendre d’un endroit à l’autre. Insouciante, elle mène une vie tranquille jusqu’à ce qu’on décide de la marier à Thorn, représentant du clan des Dragons, qui vit sur une autre arche : le Pôle, un milieu plutôt hostile. Déracinée, Ophélie va devoir apprendre à vivre au milieu des mensonges et des trahisons d’une cour déliquescente sans bien comprendre pourquoi elle a été choisie pour cette union.

En dehors de toute référence aux archives, je vous invite à lire ce livre fort bien écrit, plein de rebondissements et de suspense qui met en scène un personnage principal attachant et un univers foisonnant riche en personnalités et en événements.

Et les archives dans tout ça ??

Les références aux archives sont très présentes puisque le premier chapitre est tout bonnement intitulé « l’archiviste ». Le premier endroit que le lecteur découvre, ce sont les Archives familiales. Sur Anima, les bâtiments et les objets ont une âme et ont donc des humeurs et des réactions assimilables à celles des humains. Étonnement, le bâtiment des archives est toujours de mauvaise humeur et n’aime pas les usagers qui ne respectent pas les heures d’ouverture. Bon en même temps, s’il y a des horaires, c’est pour qu’on les respecte non – comment ça je suis de mauvaise foi ?

Il semble que, comme son nom d’archives familiales l’indique, le bâtiment renferme avant tout des documents d’état-civil puisqu’on passe devant des rayons hébergeant des registres de naissance, décès et dispense de consanguinité. Les archives conservent aussi des récits d’explorations des autres arches et notamment du Pôle où les ancêtres d’Ophélie sont déjà passés et en donnent une description peu engageante et quelque peu énigmatique.

Les conditions de conservation ne sont toutefois pas idéales puisque l’auteure insiste à plusieurs reprises sur le froid qui règne dans le bâtiment et l’existence de chambres froides. Un peu plus loin, notre petit cœur d’archiviste frémit d’horreur en lisant que les archives ont été déposées « sous la voûte froide des caves »….et c’est le drame quand on réveille son conjoint qui dormait à côté en hurlant de désespoir : JAMAIS D’ARCHIVES DANS LES CAVES HUMIDES !!!!!!!!!!! Tout cela empire encore quand on lit qu’il ne règne pas plus de 10 degrés dans la pièce. Les pièces ont au moins l’air d’être ventilée par des courants d’air, on se console comme on peut.

Par contre, la nécessité de garder les archives à l’abri de la lumière semble respectée : on consulte les documents à la lumière de « veilleuses électriques ». La consultation se fait à l’aide de gants propres.

Il existe également des archives soumises à une communication restreinte puisqu’une des pièces est interdite au public et on apprend qu’il s’agit d’une collection privée dont la lecture est réservée aux archivistes. Malgré tout, Ophélie pénètre dans la pièce interdite où la devise des archivistes est gravée : « Artémis – l’esprit de famille des Animistes – nous sommes les gardiens respectueux de ta mémoire« . Ce lieu est décrit comme fascinant : c’est là que sont conservés les documents les plus importants de l’histoire de l’Arche. Notons encore une fois que la lecture de ces archives n’est pas ouverte à tous ce qui souligne leur caractère sensible. Ces documents sont conservés dans des reliquaires, sous des cloches dont on espère qu’elles laissent circuler un peu d’air là aussi, même si on s’inquiète un peu en lisant : « un registre y tombait en décomposition et son encre avait été pâlie par le temps », tu m’étonnes : des archives confinées dans une cave à 10 degrés, on ne fait pas de miracle ! Et c’est sans compter sur la poussière qui, bien évidemment, saupoudre le tout. Fort heureusement, on apprend avec soulagement que la tante d’Ophélie a le talent de de restaurer les documents et les livres et a sauvé « de la décomposition des archives d’une grande valeur historique ». On l’aura compris, elle ne manque visiblement pas de boulot vu les conditions dans lesquelles ces pauvres archives sont conservées.

On tombe ensuite sur l’archiviste qui est, comme on pouvait s’y attendre un « vieil homme avec des cheveux blancs en bataille » muni de tous les accessoires d’un bon archiviste tel que l’imagerie populaire peut le représenter : loupe, gants blancs et chemise froissée, tout y est…sauf une blouse grise. Son état d’esprit est à l’avenant : « à force de manipuler des archives, le vieil homme vivait complètement dans le passé ». Son langage est désuet, il écoute de la musique sur un phonographe et lit des journaux vieux de cinquante ans. Toutefois, l’archiviste est un peu le sage de la famille et la personne à laquelle Ophélie, l’héroïne vient se confier : vieux mais débonnaire et compétent, ça nous change un peu des rabat-joie habituels, même s’il n’a pas l’air de prendre un grand soin de sa personne. Il appartient, comme Ophélie et sa tante à une famille que nous ne renierons pas : « généalogistes, restaurateurs, conservateurs » au service de la mémoire. Associer les différentes facettes de nos métiers complémentaires est plutôt sympa et de les voir marcher main dans la main devrait nous servir d’exemple.

La présentation des archives dans la Passe-Miroir n’échappe pas à quelques clichés : celui du vieil archiviste hors d’âge et celui qui laisse à penser que les archives doivent être conservées dans les lieux les pires pour elles : les caves froides et humides. Toutefois, les Animistes sont présentés comme des gardiens d’une mémoire commune, tâche à laquelle ils se consacrent avec ferveur et compétence.

Un peuple d’archivistes, de généalogistes et de restaurateurs ? On en rêverait presque si la température était plus douce.

Sonia Dollinger

fullmetalalchemist_1Fullmetal Alchemist est un manga d’Hiromu Arakawa, prépublié au Japon entre 2001 et 2010. C’est une œuvre multiprimée et qui connaît un grand succès populaire dans le monde entier. Elle connaîtra deux adaptations en série animée. La première, Fullmetal Alchemist, est diffusée sur Canal + en 2005. Se basant sur le manga, elle diverge rapidement vers une autre fin. La tonalité de l’histoire y est beaucoup plus sombre. Cette série a amené beaucoup d’adolescents à s’intéresser au manga et à l’animation japonaise. C’est mon cas. La deuxième adaptation, dénommée Fullmetal Alchemist Brotherood, sortie en 2009 suit la trame du manga. A noter que les bandes-originales des deux adaptations sont sublimes !

Le manga, édité en France par Kurokawa, connaîtra d’autres adaptations (jeux vidéos, romans, etc.).

L’histoire ?

Dans un pays du nom d’Amestris, semblable à l’Europe centrale du début du XXe siècle, l’alchimie est la science prédominante. Edward et Alphonse Elric, alors âgés d‘une dizaine d’années, brisent un tabou en tentant de ressusciter leur mère. C’est un échec cuisant. Edward perd une jambe et sacrifie son bras pour attacher l’âme de son frère à une armure, son corps ayant disparu.

Nous suivons donc les héros dans leurs aventures dont le but est de retrouver leur corps d’origine.

Et les archives dans tout ça ??

fullmetalachemist_2Alors qu’Edward et Alphonse rentrent dans leur village, après avoir été blessés lors d’un affrontement, ils tombent par hasard sur le Docteur Marcoh, caché sous l’identité du Docteur Mawroh (pas très doué pour les faux noms le gars…). Celui-ci leur révèle qu’il a fui l’armée, car il n’assumait plus les recherches qu’il menait. En effet, il a réussi à créer la Pierre philosophale, artefact censé être capable de tous les miracles en abolissant les lois alchimiques. Afin que cela ne se reproduise plus, il a volé les dossiers de recherche et les a cachés. Les détruire aurait été plus simple….Après plusieurs refus, il finit par indiquer leur localisation.

Et ils sont planqués à la Bibliothèque nationale… On se dit quand même que de planquer un rapport au milieu de la bibliothèque, ça tient de la bêtise ou du génie. On hésite. Les rapports alchimiques sont cryptés, mais quand même…Détruire aurait été plus efficace.

Qu’est ce que cette Première division ? Un bâtiment jouxtant le corps principal de la Bibliothèque, où se trouvent les rapports de recherche. Ironie de la part du Docteur de vouloir cacher un rapport de recherche parmi tant d’autres…mais pas très sûr non plus, car il existe un risque non négligeable pour qu’un chercheur, un alchimiste d’État capable de le déchiffrer, tombe dessus… Bref on se dit une fois de plus que détruire ces rapports eut été plus simple !fullmetalalchemist_3

Quant au fait que les raports scientifiques, les archives de la recherche d’Amestris soient gérés à la manière d’une bibliothèque n’est pas forcément choquant. Au contraire, cela est même logique et correspond à une pratique réelle de nos centres de recherche actuels : permettre aux chercheurs d’accéder aux informations de la bibliothèque pour leurs travaux !

Mais cette Première Division conserve aussi d’autres documents : toutes les archives du Bureau d’Enquête de la Cour Martiale. Pourquoi là ? la Première Division se trouvait à côté du service. Rationalisation des espaces de stockage, tout à fait réaliste.

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Problème : la Première Division a brûlé et tous les documents avec…Pas de plan de prévention, donc tout est perdu. Sauf que (deus ex machina quand tu nous tiens) une ancienne employée pourrait sauver la situation. Il s’agit de Sheska, sauvée par les frères Elric car se trouvant sous un tas de livres écroulés chez elle. Mourir sous un éboulement de boîtes dans un magasin, c’est le risque du métier, mais chez soi quand même…

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une archiviste pas très nette

Sheska était une ancienne membre de la Bibliothèque, licenciée car elle passait son temps à lire les documents au lieu de les ranger. La Première Division semble avoir été gérée par les agents de la bibliothèque faisant office d’archivistes. Ils avaient donc accès aux dossiers confidentiels de la justice militaire, bonjour la sécurité de l’information ! D’autant que Sheska a une mémoire eidétique, capable de se rappeler de tout ce qu’elle a lu. Elle finit par retranscrire le rapport de Tim Marcoh et est embauchée par Hugues pour retranscrire les dossiers perdus.

Au-delà de la ficelle scénaristique, du personnage qui apporte une touche d’humour et de fraîcheur à un moment sombre, Sheska est décrite comme une bibliothécaire (et les archives comme des ouvrages) mais faisant néanmoins un travail de gestion des archives. Et on peut dire qu’elle est sacrément cinglée :

– elle vit dans une maison remplie de livres du sol au plafond

– elle passait son temps à lire des rapports criminels et des rapports de recherche codés qu’elle ne comprenait pas, juste parce qu’elle aimait lire…Aucun archiviste ne lit en détail tous les dossiers qu’il gère ou qu’il classe…

– elle dit chercher un travail, uniquement pour s’occuper de sa mère. Bon manger, boire, payer les livres et les impôts, c’est superflu !

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la mémoire eidétique, le rêve de tout archiviste

Bref, certains ont l’habitude de dire que travailler aux archives occasionne des troubles psychiques (si, si, y en a qui le disent), et il n’est pas rare de voir dans la fiction les archivistes comme des êtres farfelus…mais alors là c’est un cliché !

Au-delà de cela, les archives permettent encore une fois d’apporter des réponses importantes : la recette de fabrication de la Pierre philosophale pour les frères Elric et le but du complot qui gangrène le pays pour Maes Hugues.

Marc Scaglione