Articles Tagués ‘archiviste’

Pour fêter l’anniversaire de la naissance de ce blog, nous avons décidé de laisser nos colonnes à nos lectrices et lecteurs afin qu’ils nous donnent leur avis sur notre travail. Merci à celles qui ont répondu et n’hésitez pas à donner votre avis, nous compléterons l’article au fur et à mesure.

 

Céline Guyon, présidente de l’AAF

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je suis archiviste, présidente de l’Association des archivistes français pour un mandat de 3 ans. Mon goût pour la collecte des archives contemporaines m’a amené assez rapidement à m’intéresser à l’archivage électronique. Ma récente activité d’enseignant-chercheur associé à l’ENSSIB où je co-dirige le master Archives numériques, me permet de combiner une pratique de terrain avec une approche réflexive de mon métier et de la pratique archivistique française. Par mon engagement associatif au sein de l’AAF, je cherche à ouvrir des espaces de réflexion multi disciplinaires afin de collectivement penser la place des archives et le rôle des archivistes dans la société.

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Comment avez-vous connu Archives et culture pop’ ?

J’ai connu Archives et culture pop’ au travers de la revue Archivistes ! de l’AAF. L’autrice du blog, Sonia Dollinger y tient en effet une chronique.

Qu’est-ce qui vous intéresse sur le blog ?

Je trouve toujours intéressant pour un professionnel de s’intéresser aux représentations que la société a de son métier : il y a nécessairement des enseignements à en tirer !

Ce que j’apprécie justement dans le blog c’est que son autrice ne se contente pas de dresser la litanie de ce que nous considérons, nous archivistes, comme des clichés. Elle cherche au contraire à analyser, au travers de la représentation des archivistes et des archives dans les séries, BD…, ce que leurs auteurs nous disent de la fonction archives et plus globalement sur la manière dont notre rôle est perçu dans la société. A ce titre, le croisement des sources est vraiment intéressant. Selon les genres, la représentation de l’archiviste peut en effet être très différente. Plus foncièrement, derrière chaque billet du blog, se joue aussi la question de la reconnaissance et de la légitimation de notre fonction.

Au final, mis bout à bout, comme dans la rubrique Le dictionnaire des archivistes, les multiples visages de l’archiviste mettent en lumière l’écart qu’il existe entre la manière dont les archivistes sont représentés et la manière dont on aimerait être représenté… mais je ne pense pas que cela soit propre à notre profession.

En demi-teinte, le blog nous invite aussi à nous interroger sur ce qui fait notre identité professionnelle : on est tous entrés dans le métier avec notre propre représentation de l’archiviste, parfois loin du métier que nous exerçons au quotidien !

Avez-vous apprécié un billet en particulier, lequel et pourquoi ?

J’ai bien aimé le dernier billet sur Unabomber car il a fait écho à ma lecture récente du dernier livre de Philippe Artières Le dossier sauvage où il est aussi question d’archives et de fiction. P. Artières a cette description des archives : « on leur livre un culte bavard dont nous, historien.ne.s, sommes parmi les principaux disciples »

Manhunt

Avez-vous des attentes particulières pour le futur du blog ?

Pourquoi ne pas interroger directement les auteurs sur leurs motivations s’agissant de l’introduction du personnage de l’archiviste dans leur fiction !

 

Laure Ménétrier, directrice du musée du vin de Champagne et d’archéologie régionale à Epernay.

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Laure Ménétrier, directrice du musée du vin de Champagne et d’archéologie régionale à Epernay, musée qui ré-ouvrira dans quelques mois après une grande campagne de réhabilitation architecturale du Château Perrier, écrin de prestige qui abrite le musée sur l’avenue de Champagne.

Historienne de l’art, j’étais jusqu’à début 2020 responsable des musées de Beaune, en Bourgogne, ma région d’origine.

A titre personnel, le monde des arts, du patrimoine de la création, des lettres et du vin tient une grande place et guide depuis longtemps mes choix de voyages et de rencontres.

Comment avez-vous connu Archives et culture pop’ ?

J’ai découvert le blog grâce à Sonia Dollinger, Directrice du Patrimoine culturel et responsable des Archives municipales de Beaune, avec qui j’ai travaillé pendant de nombreuses années. Au-delà de nos relations purement professionnelles, nous avons souvent échangé sur nos centres d’intérêt, et notamment sur nos goûts en matière de cinéma et de musique ( de Claude Sautet à Patti Smith, de François Truffaut à Al Pacino !). C’est ainsi qu’elle m’ a parlé de ce blog.

Qu’est-ce qui vous intéresse sur le blog ?

J’ai toujours été intéressée par les possibilités de confrontation, de dialogue et par les espaces de rencontre entre la culture dite noble et classique et la culture dite populaire. Le blog met très bien en avant comment la « culture de masse » et liée au développement d’une société de divertissement – celle de la BD, des séries, de la musique de variété … – a su s’approprier, souvent avec intelligence et sens de l’humour, certaines valeurs et certains sujets de la culture bourgeoise.

Avez-vous apprécié un billet en particulier, lequel et pourquoi ?

Oui j’ai beaucoup aimé le billet sur le roman Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain, un écrivain pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Les archives – issues tant du monde familial que de structures professionnelles- sont au cœur du dispositif narratif de cet ouvrage, qui révèle notamment à quel point la mémoire familiale – à travers des archives- est un des éléments constitutifs de la personnalité de chacun.

Kennedy

J’ai adoré également le billet sur le dernier album du groupe Indochine qui correspond à un travail d’introspection et d’exhumation d’archives passionnant.

Avez-vous des attentes particulières pour le futur du blog ?

Oui, parlez du cinéma français et européen et pas qu’américain !!! Je vous donnerai des idées si vous le souhaitez …

Paige, archiviste

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je suis archiviste depuis 2 ans, j’ai fait du public, du privé : un peu de tout. Actuellement, suite à la crise sanitaire, en recherche de poste mais c’est plus compliqué que d’habitude de retomber sur ses pattes. Mon plus gros projet, c’est que j’ai commencé à faire des démarches afin de réaliser une thèse sur les archives vidéoludiques en France. Donc je passe une grande partie de mes journées à chercher des financements. Sinon, ma vie s’organise autour d’un cocktail explosif entre ma passion pour les pandas roux, les voyages, la lecture et les jeux vidéo.

Comment avez-vous connu Archives et culture pop’ ?

J’ai connu Archives et culture pop’ à la faculté de Dijon via l’intermédiaire de Sonia Dollinger qui était intervenante dans ma formation de master 2 en Archivistique.

Qu’est-ce qui vous intéresse sur le blog ?

Sur le Blog j’aime particulièrement les articles de la partie littérature / Bande dessinée / Manga et jeu vidéo. Dans le premier cas pour trouver une idée de lecture, à rajouter à ma longue liste de lecture potentielle et dans le second cas pour découvrir des titres de jeu vidéo qui devraient m’intéresser. L’apparition de la partie  » Histoire et témoignages » et une bonne idée afin de découvrir des titres plus réalistes. Je regarde peu par contre la partie film / série ou dessin animé.

Avez-vous apprécié un billet en particulier, lequel et pourquoi ?

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Hum… J’aime particulièrement la littérature jeunesse et deux billets m’ont plus particulièrement. Le premier est « Laisse les gondoles à Venise et viens voir son Chat archiviste« , qui m’a fait acheter Le chat des Archives, complot à Venise Tome 1 ( Toujours pas lu, j’avoue honteusement ! Mais il est dans mes lectures prévues pour cet été). Le second billet qui m’a interpellé est « Des souris et des archives : le mystère des Nigmes » par Marc Scaglione. A la suite de cette belle découverte, le père Noël a emmené ce livre à ma nièce sous le sapin l’an passé : les illustrations extrêmement mignonnes ont été la source du craquage. Je pense que les illustrations du blog sont un réel plus à tous les articles.

Avez-vous des attentes particulières pour le futur du blog ?

Pas d’attente particulière, j’aime bien le parcourir à l’occasion. (J’avoue que les notif Twitter aide bien à savoir quand y a des nouvelles publications ! ).

Silent Hill est un film d’horreur franco-canadien sorti en 2006. Il est réalisé par Christophe Gans (Crying Freeman, Le Pacte des Loups, la Belle et la Bête). Il s’agit d’une adaptation de la célèbre franchise de jeux-vidéos survival horror éditée par Konami : Silent Hill, qui comprend huit jeux en 2020.

Quelle est l’histoire ?

Silent_Hill_1Sharon, une petite fille adoptée de 10 ans, parle durant ses crises de somnambulisme d’un endroit nommé Silent Hill (qui se trouve en Virginie-Occidentale de même que l’orphelinat où Sharon fut adoptée). Après avoir découvert qu’il s’agit d’une ville fantôme, sa mère, Rose, décide contre l’avis de son mari Christopher, d’emmener sa fille à Silent Hill dans l’espoir de comprendre ce dont elle souffre et de la soigner. Rose, Sharon ainsi que Cybil Bennett, une motarde de la police qui les avait suivies par suspicion, se retrouvent toutes trois, après un accident de voiture causé par l’apparition sur la route d’une petite fille, dans la ville fantôme de Silent Hill.

 

 

Et les archives dans tout ça ??

Le film suit deux trames scénaristiques différentes : celle de Rose Da Silva en quête de sa fille dans Silent Hill et celle de Christopher en quête de sa femme et de sa fille disparues. Si l’on en croit l’excellente chronique de Karim Debbache sur ce film, dans le cadre de sa série Crossed qui parle des films adaptés ou parlant de jeux vidéo, les séquences avec Christopher Da Silva ont été rajoutées par la production, car ils trouvaient que le film manquait de « rôle masculin fort » ….

 

Les archives apparaissent dans la trame de Christopher Da Silva. Ce dernier recherche donc sa femme. Silent Hill est une ville fantôme depuis un incendie gigantesque qui a consumé la ville dans les années 1970. Après avoir fouillé les ruines toxiques de la ville avec un policier, sans succès hélas, il se trouve isolé et désemparé. Il se dit qu’en consultant ce qu’il reste des archives de police de la ville de Silent Hill, il trouvera peut-être des réponses sur l’origine de sa fille. Il appelle alors les archives du Comté de Toluca

Chistopher Da Silva (CDS) : « Vous avez les dossiers concernant Silent Hill ?

Archiviste (A) : Quels dossiers Monsieur ?

CDS : Enfin les rapports de police !

A : Désolé c’est confidentiel. »

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Pas bien le téléphone au volant Christopher

S’ensuit diverses suppliques pour obtenir le droit de consulter les archives qui essuieront toutes un refus. Christopher décide d’attendre que le dernier employé quitte les archives pour rentrer par effraction.

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Bonjour, c’est pour une consultation non autorisée

Après une fouille rapide, il tombe sur un local qui ressemble à une zone tampon où les archives sont entassées en attente de traitement. On aperçoit des archives datant de 2001 et de 2004, ce qui indique que ce sont des archives de Toluca non traitées. Les archives de Silent Hill sont, elles, facilement identifiables, ce sont celles avec des traces de roussi ! En fouillant les dossiers, il trouve une photo qui l’oriente dans ses recherches.

Alors nous sommes ici dans l’aspect classique de l’utilisation des archives dans une enquête. Mais nous pouvons pousser l’analyse un peu plus loin. Pour rappel, le film se déroule en 2005-2006. Silent Hill a été détruite en 1974. La récupération des archives est logique : il faut assurer la continuité des droits et des savoirs, pour les habitants survivants. Alors pourquoi trouve-t-on encore les archives en zone tampon ? N’auraient-elles pas dû être retraitées depuis les trente dernières années ?

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Les archives en zone tampon

Cela montre les affres de la gouvernance des archives, assujettie à deux règles nominales : la priorisation des traitements et la gestion des ressources. Ainsi il semble que les archives de Silent Hill pour le Comté de Toluca ne soient pas la priorité, et cela paraît logique. Les cartons sont plus ou moins identifiés, ils sont peu nombreux et concernent peu de personnes. Mais vu leur état, cela nécessiterait un reconditionnement important, si ce n’est dans certains cas de la restauration. Donc de l’argent, des humains et du temps ! Donc il faudra s’en occuper sine die.

Donc au-delà des règles de communication, des organisations tentaculaires qui compliquent l’accès aux archives, il faut aussi prendre en compte que le traitement des archives est aussi une question de choix, d’organisation, de budget, bref une question politique !

Marc Scaglione

Source : « Un crime très ordinaire » in Les Douze indices de Noël et autres récits de PD. James

Résumé de l’histoire

Attention, cet article contient des spoils.

James

Ernest Gabriel, soixante-dix ans, est propulsé malgré lui dans son passé en parcourant un trajet en bus dans le but de visiter une vieille tante. Il revient dans un appartement sombre et se souvient de ce drame d’un soir du mois de mars, seize ans plus tôt.

Archiviste de métier, Ernest Gabriel est envoyé par son patron pour récupérer les archives de M. Bootman dans ce mystérieux appartement qui servait de bureau et de refuge. Attiré par des ouvrages à mille lieux d’être des archives, Ernest Gabriel se rend tous les vendredis soirs dans l’appartement afin de les parcourir plus en détail. Il assiste ces mêmes soirs, alors qu’il regarde par la fenêtre, aux rencontres adultérines d’Eileen Morrisey et Denis Speller. Mais le manège des amants prend une tournure tragique lorsqu’ Eileen est retrouvée morte dans la chambre du couple. Seul témoin des faits, Ernest Gabriel ne prendra jamais la parole, pas même pour innocenter Denis Speller (accusé à tort de crime passionnel et condamné à mort), de peur d’être vu comme un voyeur pervers, de peur de perdre son emploi, de peur d’être condamné pour ce crime qu’il a lui-même commis.

Et les archives dans tout ça ??

Dès le début de l’histoire, nous faisons la connaissance d’Ernest Gabriel, « vieil homme miteux aux airs de faux hobereau et à la voix dure » venu récupérer les clefs d’un appartement délabré dans lequel l’avait envoyé son entreprise. A peine entré, il se dirige à la fenêtre de la cuisine pour lever les yeux vers un grand bâtiment noir, juste en face, puis pose son regard sur une petite fenêtre, où, à travers elle, il a assisté à la tragique histoire des amants Eileen Morrisey et Denis Speller.

Le lecteur est alors envoyé seize ans plus tôt, dans la peau d’Ernest Gabriel, employé comme archiviste dans la société de M. Maurice Bootman. Ce dernier l’avait chargé d’aller jeter un œil sur les papiers restés dans ce même appartement, la « tanière » du défunt M. Bootman, supposé père de Maurice. Ernest Gabriel avait pour mission « de vérifier si certains documents n’auraient pas dû être classés dans les dossiers », documents qualifiés de « ramassis dépareillé, jauni, de notes périmées, de vieilles factures et de reçus caducs, auxquels s’ajoutaient des coupures de presse fanées », le tout « mis en liasses et fourré » dans le bureau de feu M. Bootman « grand collectionneur de papiers inutiles ». Alors qu’il fouille les meubles afin de récupérer et classer les archives éparpillées, Ernest tombe sur une clef ouvrant un placard. Bien vite, il délaisse  les archives administratives pour se plonger dans les ouvrages pornographiques précieusement conservés par M. Bootman. Afin que personne ne remarque son absence trop longue du bureau des archives de la société, Ernest trouve un stratagème pour s’infiltrer dans l’appartement tous les vendredis soirs et profiter des ouvrages en question. Puis, les rencontres hebdomadaires d’Eileen Morrisey et Denis Speller finissent de le détourner de tout papier ou ouvrages, jusqu’au meurtre d’Eileen.

Plus loin, alors qu’Ernest s’interroge sur son rôle de témoin, on apprend qu’il est vu par ses collègues comme « pédant », « prude », « trop solitaire », « trop impopulaire ». Son bureau est digne du cliché habituel « poussiéreux et mal éclairé, isolé par plusieurs plusieurs étages de classeurs », et « la salle des archives n’avait jamais été un centre de bavardages intimes entre collègues ».

L’archiviste de cette nouvelle a le profil alors du vieux garçon, sans amis, seul, introverti et pervers de surcroît, néanmoins travailleur et efficace car « ses classements étaient toujours à jour », mais totalement invisible et sans intérêt aux yeux des employés et du patron de la société. L’auteur ajoute même qu’il inspire « une vague aversion ou, au mieux, une tolérance apitoyée ».

Mis au ban de la société de par sa personnalité et son métier, Ernest Gabriel trouve un souffle d’énergie et d’excitation malsaine en s’immisçant dans les jeux intimes des amant Morrisey-Speller. Sans doute trop.

Emile Rouilly

Homeland est une série américaine qui comporte huit saisons. Diffusée depuis 2011 aux Etats-Unis et 2012 en France, c’est une série créée par Howard Gordon et Alex Gansa.

Quelle est l’histoire ?

Homeland retrace le parcours de Carrie Mathison (jouée par Claire Danes), agent appartenant à la CIA. Carrie est un excellent agent dont l’intuition est sans pareille. Ses troubles bipolaires la gênent toutefois dans sa carrière, tout comme l’incrédulité de ses supérieurs qui ont parfois bien du mal à suivre ses intuitions. Son but est de démanteler les filières terroristes qui pourraient nuire aux Etats-Unis, elle doit alors pister des potentielles menaces, recueillir des informations dans une véritable course contre la montre.

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Et les archives dans tout ça ??

Hormis quelques banales évocations de dossiers caviardés ou enlevés des dossiers car trop compromettants, il n’est pas question d’archives dans les trois premières saisons d’Homeland. C’est dans le deuxième épisode de la saison 4 qu’un archiviste surgit de manière plutôt inattendue.

Une opération menée entre Kaboul et Islamabad a très mal tourné puisqu’elle a abouti au bombardement d’une ferme où se déroulait une réception pour un mariage. Les renseignements ont été donné par un agent, Sandy, qui reste très secret quant à ses sources et qui meurt lynché par la foule à Islamabad. Impossible donc d’en savoir davantage. Devant ce fiasco total, Carrie Mathison et son coéquipier Peter Quinn sont rapatriés aux Etats-Unis et écartés du terrain.

Chacun des deux gère la question différemment et Carrie s’acharne à comprendre la vérité. Pour ce faire, elle demande à Peter Quinn ce qu’est devenu l’ancien agent de liaison de Sandy à Islamabad, Jordan Harris. La jeune femme pense qu’il a été viré. Peter Quinn s’exclame alors : « Jordan Harris ? Il n’a pas été viré, ils l’ont fait revenir pour le mettre aux archives« . Carrie fait la moue et rétorque : « c’est pratiquement la même chose« . On voit donc que la bonne vieille vision du poste d’archiviste comme punition ultime existe toujours. Dans la tête de ses collègues et dans celle de Jordan Harris, l’envoi aux archives est bel et bien une sanction. L’affaire est exposée crûment, pas besoin de fioritures !

Cette mésaventure nous permet malgré tout de se promener dans le dépôt d’archives, présenté comme étant très vaste, ce qui est souvent le cas dans les séries de science-fiction ou à caractère politique. L’immensité des dépôts, parfaitement ordonnés par ailleurs, contraste avec la solitude de Jordan Harris, malheureux archiviste malgré lui, penché au centre de l’image sur des dossiers qu’il semble récoler. Un humain qui paraît bien petit et fragile au milieu de tous ces dossiers et qui ne voit ces magnifiques alignées de rayonnages que comme un « putain de sous-sol ».

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Jordan Harris ou la joie de vivre

Sur le plan technique, les archives sont parfaitement tenues et forment une sorte de modèle de magasins, même si certains dossiers ne sont pas en boîtes et semblent rangés un peu en vrac. Ce sont ceux sur lesquels travaille Harris : est-ce parce qu’il ne prend pas son travail à cœur ou est-ce parce qu’il procède à une vérification avant conditionnement ? L’archiviste travaille avec un petit chariot qui lui permet de transporter les dossiers.

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Carrie tente de parler d’Islamabad et de Sandy à Jordan Harris. Ce dernier semble peu enclin à coopérer. Quand Carrie lui rappelle qu’il était officier traitant là-bas, Harris rétorque : « oui et maintenant je remplis des demandes d’accès aux informations sur des complots à la noix dans l’Ohio » ce qui nous permet d’apprendre qu’il existe une forme de demande de dérogation pour accéder à certaines archives et que les complotistes ont envie de venir fouiller dans les documents de la CIA. Puis, il met fin à la conversation et part, un dossier sous le bras. Mais Carrie, tenace, revient plus tard à la charge en émettant l’hypothèse qu’on a voulu le réduire au silence ‘en le mettant au placard » (sous-entendu : les archives sont un placard…). En échange de ses informations, Carrie promet à Harris de tout faire pour le réintégrer.

Avec cet exemple, on est dans la vision la plus sombre des archives : un placard géant pour les agents ayant commis une faute. Si les lieux sont présentés comme propres et aux normes, le spectateur n’a pas le moindre doute sur le caractère punitif du boulot d’archiviste dans Homeland.

Sonia Dollinger

Astrid et Raphaëlle est une série télévisée policière franco-belge, créée par Alex de Séguins et Laurent Burtin (La Stagiaire, La Source, Lebowitz contre Lebowitz), diffusée en mars – avril 2020 sur France 2.

Nous y suivons les aventures du capitaine Raphaëlle Coste, une policière impulsive, incarnée par Lola Dewaere ; et d’Astrid Nielsen, documentaliste à la Documentation criminelle et atteinte d’autisme, incarnée par Sara Mortensen. Cette dernière va devenir consultante en criminalistique et apporter ses facultés extraordinaires au service des enquêtes.

Couverture

Une illustration qui met en valeur les enquêtrices et les boîtes d’archives dont les cotes sont tout à fait réalistes

Et les archives dans tout ça ? ?

La première question est : Astrid Nielsen est-elle documentaliste ou archiviste ? Les deux termes sont confusément utilisés dans les fiches et descriptions de la série. Astrid Nielsen se définit elle-même comme « documentaliste au Service de la Documentation criminelle », service dont le lieu de tournage n’est autre que le bâtiment des Archives départementales du Val-de-Marne. Le Service Central de la Documentation Criminelle existe bel et bien : il gère les bases de données des infractions ou des personnes recherchées, mais aussi les dossiers criminels (archivage intermédiaire). Il s’agit d’un service mixte documentation/archivage donc.

Le capitaine Coste décode un message d'Astrid grâce à des boîtes mal rangées

Le capitaine Coste décode un message d’Astrid grâce à des boîtes d’archives

On voit cependant peu le travail d’Astrid. Elle évoque ses recherches dans la documentation criminelle, mais aussi son action de destruction de dossiers qui ont plus de cinquante ans. En effet, au bout de cinquante ans, les dossiers sont archivés, entendons par là qu’ils rentrent dans les archives historiques. N’y sont versés que les dossiers qui ont une pertinence historique, les autres allant « au pilon ». Quels sont les critères ?  Nous n’en savons rien, mais la question se pose. Ainsi dans l’épisode 5, Astrid indique avoir pilonné un dossier de disparition datant des années 1950 Il s’avère ensuite que la disparition de cette personne avait fait couler beaucoup d’encre dans la presse de l’époque. Un motif suffisant de conservation ? Apparemment non.

Dans le dernier épisode de la saison 1, on voit Astrid recevoir un dossier d’enquête, elle semble vérifier son contenu, elle le numérise puis classe le dossier physique dans les rayonnages.

Quant au personnage d’Astrid, certains pourraient s’offusquer  – à tort – que la profession soit associée à l’autisme. L’archiviste est souvent dépeint comme un personnage un peu à part, un peu vieux, un peu sévère, un peu hautain, un peu lunaire voire un peu fou. Bref, pas un boulot pour une personne « normale ». Pourquoi Astrid travaille-t-elle dans ce domaine ? Son père connaissait le responsable de l’époque et indique qu’elle est parfaite pour ce travail qui exige « silence et rigueur ».  Les archives ne sont pas un placard, mais un travail qui demande des qualités ! Valorisation donc.

Astrid à son bureau des archives

Astrid à son bureau des Archives

En outre, la série a pour objectif de montrer un autre visage de l’autisme, le contraire de la stigmatisation. Enfin il faut aussi analyser cette dernière sous l’angle du duo d’enquêteur. Il s’agit d’une figure célèbre, que certains diront éculée, d’un duo composé d’un policier de caractère et d’un consultant avec des capacités extraordinaires offrant un angle d’attaque inédit et donc utile pour l’enquête. Dans le cas d’Astrid, outre ses qualités professionnelles qui lui permettent de fournir des informations pertinentes très rapidement, elle a aussi une mémoire impressionnante : elle se rappelle de tout ce qu’elle a lu et peut le retranscrire. A ce titre, elle n’est pas sans rappeler le personnage de Sheska.

Ainsi, si la série décrit peu le quotidien réel de la vie d’un documentaliste/archiviste, elle n’en donne pas moins une image valorisante de la profession en mettant en avant les qualités nécessaires à son exercice mais aussi son utilité quotidienne. Comme le répète Astrid : « Il y a une trace, il y a toujours des traces », et c’est à nos professions de les exhumer !

Marc Scaglione