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Une Putain d’Histoire est un thriller de Bernard Minier, paru chez XO Editions en 2015 et qui reçut le prix du meilleur polar francophone du Festival de Cognac la même année. Le titre est ensuite paru chez Pocket. Il s’agit du quatrième ouvrage de l’auteur.

Quelle est l’histoire ?

Bernard Minier conte l’histoire terrible et glaçante d’Henry Dean Walker, un jeune homme de 17 ans, vivant sur Glass Island, une île située au nord de Seattle. Sa vie semble se dérouler sans accroc, Henry se partageant entre sa bande de potes et sa petite amie. Tout bascule le jour où cette dernière disparaît et est retrouvée sauvagement assassinée peu après. Toute l’île est sous le coup de l’émotion, l’angoisse et la paranoïa semblant gagner les habitants. Avec cet ouvrage, Bernard Minier offre un huis-clos particulièrement bien ficelé.

Putain_Histoire_Minier

Et les archives dans tout ça ??

Si vous lisez régulièrement ce blog, vous savez combien les archives sont des éléments récurrents et essentiels dans les enquêtes policières. Elles peuplent les thrillers et permettent de faire avancer le récit tout en donnant un peu de respiration à une action parfois très dense.

Dans Une Putain d’Histoire, Bernard Minier évoque avec précision la collecte et l’utilisation des données par les services secrets et le détournement qui peut en être fait pour des recherches à des fins personnelles : « Il mit en route PROTON, un programme de collecte de métadonnées (…) Pour des gens comme Jay, les métadonnées (…) c’était le pied. » Afin de retrouver quelqu’un, il suffit parfois d’explorer ces données – ici les données relatives aux appels téléphoniques stockées par la NSA. L’auteur donne le détail des données collectées stockées sur des bases de données différentes selon leur thématique : une des bases de données renferme le trafic internet et l’autre les enregistrements téléphoniques. Si ce stockage de données privées est avant tout destiné à la surveillance du territoire et à se prémunir contre les activités illicites, Bernard Minier montre ici que des intérêts privés peuvent parfois s’emparer du système à des fins plus personnelles. Simple fiction ? La surveillance du contenu des réseaux sociaux décrite dans l’ouvrage paraît pourtant bien réaliste. Le système de surveillance et de croisement des données est décrit par le menu et fait plutôt froid dans le dos. Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser en historien et se dire que ces milliers de données seraient une source passionnante pour les chercheurs en sciences humaines pour l’avenir. Les régimes exerçant une surveillance sur leurs citoyens sont, en effet, de gros producteurs d’archives. Evidemment, dans l’absolu, il existe des organismes de contrôle de l’utilisation des données mais comment garantir un accès totalement sécurisé à toutes et tous et une utilisation éthique de cette masse d’archives numériques que nous générons tous dans la plus grande naïveté.

Pourtant, sachant combien les citoyens sont pistés, certains groupes d’individus savent comment masquer leur présence sur internet ou comment falsifier des données pour tromper la surveillance : « sans données, le roi était nu… » Contre la toute-puissance de l’Etat, la résistance s’organise, même s’il est bien difficile d’échapper aux logiciels de reconnaissance faciale, aux croisements de bases de données multiples qui tendent à retracer les faits et gestes des individus les plus inoffensifs.

Enfin, Bernard Minier évoque les archives d’un centre de fertilité et l’accès confidentiel aux données concernant les donneurs. Le directeur du centre, facilement corruptible, laisse un des protagonistes accéder aux dossiers. C’est l’occasion pour l’auteur de décrire la manière dont ces documents sont conservés : dans un meuble « même pas verrouillé ! » dans un garage, autant dire le niveau minimum de conservation sans aucune garantie de contrôle de la consultation des archives rangées dans de simples dossiers suspendus. On apprend par la suite que le visiteur a embarqué la fiche du donneur qui l’intéressait : « extrait des archives de Jeremy Hollyfield », bref, rien ne va plus.

L’accès aux archives qu’elles soient conservées sur support papier ou bien plus encore sous forme de métadonnées est bien l’arme du futur et leur contrôle est un élément de pouvoir et de savoir. Encore faut-il en persuader nos décideurs et mettre en place des instances de contrôle pour éviter des usages néfastes.

Sonia Dollinger

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Le triomphe des Ténèbres est le premier volume de la saga Soleil noir d’Eric Giacometti et Jacques Ravenne paru aux Editions Lattès en 2018 et sous format poche en 2019. Il s’agit de la première partie d’un thriller ésotérique dont les événements se déroulent avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour l’occasion, les auteurs abandonnent leur personnage fétiche d’Antoine Marcas pour une toute nouvelle série.

Quelle est l’histoire ?

Créée par Heinrich Himmler, l’Ahnenerbe est un institut de recherches destiné à prouver la supériorité de la race germanique grâce aux études historiques et aux recherches archéologiques. En 1938, une expédition est envoyée par les nazis au cœur de l’Himalaya pour récupérer une mystérieuse swastika qui pourrait bien faire triompher Hitler et le faire régner sur l’Europe entière. Pourtant, les SS ne sont pas les seuls à comprendre l’intérêt de ces artefacts magiques et la Résistance s’organise pour empêcher le monde de tomber sous la coupe du troisième Reich. 

Triomphe_Tenebres

Et les archives dans tout ça ??

Dès l’introduction, Giacometti et Ravenne expliquent comment l’idée de ce thriller leur est venue à Moscou : « Nous tournons un documentaire pour France 5 sur l’odyssée des archives maçonniques spoliées par les nazis et récupérées par les Russes. » Les auteurs décrivent d’ailleurs le bâtiment « austère » avec « des enfilades de salles de stockage mal éclairées, des dédales de rayonnage métalliques croulant sous des milliers de vieux cartons jaunis. » On note tout de suite l’envie de rendre labyrinthique ce qui ne l’est pas a priori : rien de mieux organisé qu’un dépôt d’archives dont les rayonnages se suivent de manière logique et cartésienne. De même, il est assez compliqué de trouver des rayonnages métalliques croulants, le principe étant justement d’utiliser le métal pour sa solidité. D’ailleurs, si l’on regarde les photographies publiées des archives maçonniques à Moscou, on constate la solidité de l’ensemble mais cette description permet de donner un petit côté dramatique à cette découverte, laissant penser que ces documents étaient en totale déshérence. Les documentaristes travaillent sous l’œil d’un « cerbère en blouse grise ». Inévitablement, il n’a pas l’air commode ! Giacometti et Ravenne décrivent avec exactitude les « cartons jaunis », pour certains encore sous scellés. Les deux auteurs connaissent donc les archives pour les avoir fréquentées de près.

Dans le cours du récit, les auteurs ne manquent pas de faire référence aux archives à plusieurs reprises. Leur première apparition est quelque peu inattendue car les archives sont utilisées comme un instrument… de drague. La jeune Lucia tombe amoureuse du conservateur d’un petit musée catalan. Comment aborder cet inconnu ? Rien de plus simple, Lucia fouille dans les archives familiales et trouve la preuve que son grand-père avait fait don de tableaux au Musée. Tristan, le conservateur, se montre fort intéressé par les archives en question et tout finit par une romance. Si vous ne savez pas comment aborder un inconnu, pensez aux archives ! Tristan et Lucia finissent par travailler ensemble et classer les collections du Musée mais parfois, entre deux documents, ils font plus ample connaissance au milieu des rayonnages.

Lorsque le conservateur est arrêté par les Allemands, une discussion permet d’évoquer les archives : « vous savez qu’on peut tout faire dire aux archives » dit le jeune Tristan à son interlocuteur. Il explique, en effet, avoir séduit les grandes familles de la ville en leur laissant penser que leurs membres avaient tous participé à la création du Musée. Intéressante réflexion que celle de ce conservateur, bien conscient de la puissance de celui qui détient des archives. Certes, les documents disent quelque chose mais on peut souvent en donner plusieurs interprétations, selon le contexte ou les tronquer, voire les falsifier avec plus ou moins de bonheur.

Cependant, les archives servent aussi à traquer les Républicains espagnols dont les documents, confisqués par un commando allemand, ont permis l’identification d’un commando et son arrestation. Les archives sont souvent utilisés à des fins répressives, c’est pourquoi, elles sont parfois détruites à titre préventif pour éviter qu’elles ne dévoilent des secrets. Un échange entre un espion anglais et Churchill confirme cet aspect : « dans tous vos rapports, vous me consignerez un objectif bidon et réaliste. Je ne veux pas qu’à ma mort, on trouve dans mes archives, l’autorisation de recommencer la quête du roi Arthur en pleine guerre !  » Giacometti et Ravenne soulignent l’importance que revêt la postérité pour Churchill qui pense déjà aux archives qu’il laissera. Le premier ministre anglais ne veut laisser derrière lui qu’une impression de sérieux et de rigueur, quitte à oublier de mentionner quelques missions sortant de l’ordinaire pouvant paraître farfelues à la postérité. Utile rappel qui montre bien que les archives sont la partie émergée d’un iceberg qui a fondu ! Elles ne disent pas tout et ce qu’elles disent n’est pas toujours exact, mais c’est tout de même grâce aux archives que l’Histoire s’écrit.

La découverte de nouvelles archives est toujours possible et permet de faire progresser la connaissance historique comme le montre l’évocation de la recherche érudite du XIXe siècle qui, en fouillant les archives, a permis de ressusciter le souvenir lointain des Cathares qui s’était perdu. On connaît tous des fonds rarement consultés qui regorgent pourtant d’informations et de trésors enfouis, ils attendent avec patience le chercheur qui trouvera en leur sein des informations essentielles sur un sujet encore obscur. Les archives de l’époque cathare sert aussi aux Allemands de l’Ahnenerbe qui explorent les documents de l’Inquisition et opèrent des fouilles minutieuses pour tenter de découvrir les secrets de la forteresse de Montségur. On croirait presque voir apparaître Indiana Jones aux détours des pages de ce thriller. On croirait presque voir Indiana Jones apparaître aux détours des pages de ce thriller. 

Lorsque les auteurs évoquent le siège de l’Ahnenerbe, ils indiquent que « des archivistes classaient avec soin une bibliothèque privée qui venait juste d’arriver de Norvège » rappelant ainsi combien les archives furent un enjeu pendant le second conflit mondial : les archives maçonniques confisquées et emmenées en Allemagne puis à Moscou, comme tant d’autres, mais aussi d’autres archives privées ou publiques détournées par les nazis à des fins de coercition ou d’études. La confiscation d’archives n’est pas une nouveauté et on assiste au fil des siècles à des confiscations suivies ou non de restitutions plus ou moins rapides. 

Ce thriller de Giacometti et Ravenne montre bien des aspects inhérents aux archives : elles jouent leur rôle de documents historiques destinés à la recherche mais elles ont aussi une importance stratégique lorsqu’il s’agit de réprimer des opposants politiques. De manière étonnante, elles peuvent aussi être un instrument de drague. On vous conseille de tenter et de nous dire si cela fonctionne.

Sonia D.

 

 

 

 

 

Diable_en_grisLe Diable en gris est un roman de Graham Masterton sorti en 2004 , auteur doté d’une grande renommée dans l’horreur, la terreur et le policier.

Ici, le personnage principal Decker Mc Kenna, lieutenant de police, à peine sorti du deuil de sa compagne, doit mener l’enquête sur de sombres affaires : une femme enceinte décapitée, un officier à la retraité éviscéré et un jeune cuisinier retrouvé ébouillanté dans sa baignoire, les yeux crevés. Seul problème, le meurtrier recherché est totalement invisible – par presque tous – et ne laisse aucune trace derrière lui. Alors que le premier meurtre amène le lieutenant de police à une conclusion plutôt simple, le second le plonge dans un flou total. Mais une jeune alliée pleine de surprises, sa femme qu’il ressent dans son appartement à multiples reprises, et une archiviste militaire, le conduisent dans un chemin où se mêlent Histoire, ésotérisme, croyances et légendes. Mc Kenna doit faire vite car le meurtrier agit sans pitié et se rapproche dangereusement de lui.

Enquête policière veut dire généralement passage aux archives. C’est le cas dans ce roman. Mais le lecteur y entre de façon moins conventionnelle que d’habitude.

Et les archives dans tout ça ??

C’est l’identité de la deuxième victime qui nous amène directement dans le monde des archives : George Drewry, ancien militaire, a terminé sa carrière avec le grade de major « aux services historiques de l’armée, lesquels conservaient les archives qui remontaient jusqu’aux milices de l’époque coloniale. » C’est donc un ancien militaire archiviste qui est éviscéré par le mystérieux meurtrier.

Plus tard, Decker Mc Kenna enquête sur cette seconde victime et se rend à l’ancien lieu de travail de M. Drewry pour y découvrir son passé et interroger ses collègues. Il prend rendez-vous avec un certain Toni Morello qui s’avère être une femme, capitaine et archiviste de son état. Alors qu’ils font connaissance, le lieutenant parait impressionné par « les rayonnages qui allaient du sol au plafond. Chaque rayonnage était rempli de centaines de dossiers au dos gris, et chaque dossier comportait une étiquette blanche à l’écriture soignée. » Voilà un classement digne de ce nom visiblement. L’auteur ajoute : « La bibliothèque faisait plus de quarante-cinq mètres de longueur et avait une verrière teintée de jaune pour filtrer la lumière du soleil ». Dommage, nous n’étions pas loin de la description parfaite : verrière teintée pour éviter la lumière naturelle directe, cependant, exit la salle ou la réserve d’archives, c’est une « bibliothèque ». L’auteur ne s’arrête pas là. En plus d’archives extrêmement bien rangée, nous faisons connaissance avec une archiviste visiblement intelligente, très au point avec ses documents et agréable à regarder si l’on en croit le lieutenant (assez porté sur les jolies femmes). Le capitaine Morello est d’une grande aide pour le lieutenant Mc Kenna, puisqu’elle effectue des recherches pour ce dernier. Lors d’un second rendez-vous, elle lui fait part d’un achat de documents par le major Drewry qu’il n’a pas eu l’occasion de lire « ni encore moins de les classer ». Le lecteur découvre alors que cette liasse « de vieux papiers décolorés, attachés ensemble par une ficelle grise » est un élément clef pour la poursuite de l’enquête, voire la découverte de l’assassin. Dans ce long passage où l’auteur nous fait découvrir des récits personnels de bataille, il n’hésite pas à glisser des éléments pour décrire l’intérêt primordial des archives, que ce soit pour une enquête de police, ou pour l’Histoire d’un pays, et la passion que peut ressentir un archiviste dans son métier. Ainsi, il fait dire au capitaine Morello « La plupart des gens pensent que le centre de documentation historique sert uniquement à conserver de vieilles archives sentant le moisi, mais le Pentagone consulte toujours nos dossiers chaque fois qu’ils projettent une action militaire offensive. Ils peuvent voir de quelle manière des problèmes tactiques ont été abordés dans le passé […] Une armée qui connait son histoire, lieutenant, c’est une armée qui connaît sa force. ».

Je ne peux vous en dire plus (surtout si vous êtes intéressé (e) par la lecture de ce roman) sur cette fameuse liasse de documents où l’on découvre une multitude de sources qui nous amène quasi à la résolution de l’enquête.

Le coéquipier de Mc Kenna, Tim Hicks, effectue également des recherches sur la guerre de Sécession aux Archives de l’Hôtel de Ville de Richmond, et aux Archives de Charlottesville pour retrouver des éléments de généalogies des victimes.

Il n’était pas possible de ne pas réaliser un article sur ce roman, tant les archives y jouent un rôle intéressant, presque de témoin placé au premier rang prêt à tout révéler sur les causes de ces meurtres sordides. L’ouvrage est rythmé par des consultations et des passages réguliers aux Archives. On ressent également un grand intérêt de l’auteur pour les documents d’archives, la mémoire et l’Histoire conservées par les écrits et les recherches.

Emilie Rouilly

Sans pitié ni remords est un roman policier de Nicolas Lebel, professeur d’Anglais et auteur de plusieurs titres de fiction mettant en scène l’inspecteur Mehrlicht. Dans cet ouvrage, Lebel évoque le monde de l’art et les trafics d’œuvres qui se trament en sous-main dans les réserves des grandes institutions.

Sans pitiéNous sommes en novembre 2014 et le capitaine Mehrlicht vient de perdre son meilleur ami, Jacques Morel, également policier. Sans héritier, Morel fait de Mehrlicht son légataire. Alors que le notaire lui tend une enveloppe contenant un diamant, le capitaine Kabongo de l’OCBC, la « police de l’Art » lui tombe dessus comme sur un suspect. Le diamant provient de l’œil d’une statue dérobée au Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie dix ans auparavant. Cette statue semble d’ailleurs attirer bien des ennuis à ceux qui l’approchent de trop près. Les morts parsèment l’enquête : les personnels de différents musées parisiens sont victimes de tueurs mystérieux. Kabongo est présenté comme un policier amoureux de son travail qui est de récupérer des œuvres volées, parfois depuis des siècles : « Elles nous sont transmises afin que nous en prenions soin et pour qu’à notre tour, nous puissions les confier aux générations suivantes » explique-t-il, décrivant ainsi un peu notre beau métier d’archiviste également.

Mais, ce billet ne devrait-il pas se trouver sur un site intitulé « Musée et culture pop' » me direz-vous ? Ce serait, en effet, totalement justifié au vu du sujet et des descriptions très précises des rivalités entre institutions et des pertes d’œuvres à l’occasion de leur transfert. Je vous invite d’ailleurs à lire ce polar pour cet aspect, certes parfois outrancier, mais intéressant.

Et les archives dans tout ça ??

La première mention des archives apparaît assez tôt dans l’ouvrage lorsque le capitaine Cuvier, prenant le relais de son collègue en vacances, arrive dans les bureaux et les observe. Chaque bureau reflète la personnalité de celui qui l’occupe, nous l’avons tous remarqué et l’auteur fait ici le même constat : « A gauche, le bureau de Dossantos (…) ; les dossiers y étaient en ordre. A droite, celui de Mehrlicht était un chaos où s’entremêlaient des feuilles diversement colorées, des chemises cartonnées que les archives devaient rechercher depuis plusieurs mois (…)« . Et là, je vous vois, chers collègues archivistes, lever les yeux au ciel et soupirer, vous rappelant les documents sortis pour consultation interne que vous réclamez depuis des mois à vos collègues qui les ont oubliés dans un tiroir – quand ils n’ont pas eu la bonne idée de les glisser subrepticement dans un nouveau versement…

L’importance de l’archivage dans le travail des policiers est relevée bien plus loin dans le récit lorsque les inspecteurs Latour et Dossantos sont confinés au bureau au lieu de suivre leur chef sur le terrain. « Latour et Dossantos étaient assis à leurs bureaux, devant leurs ordinateurs parce que les tâches de saisie, de compilation et d’archivage étaient au cœur de leur travail. » Nicolas Lebel explique, en effet, que le fait de consigner les détails d’une enquête permet ensuite des recoupements et ainsi aide à élucider des affaires, parfois longtemps après. Laisser trace, compiler un maximum d’informations est essentiel dans le cadre d’enquêtes complexes qui peuvent parfois prendre plusieurs années et s’enrichir de témoignages divers. Dans les grandes affaires, cela peut occasionner une masse d’information parfois difficilement exploitable par un être humain mais c’est aussi cette accumulation de détails qui peut parfois permettre de trouver une aiguille dans une meule de foin, d’où l’intérêt de délais de conservation assez longs pour ce type de dossiers, intérêt qui se heurte parfois à la dure réalité du manque d’espace de conservation.

Archives égarées dans les bureaux, archives courantes en cours d’élaboration, les commissariats de police sont riches en documents en tous genres. Sans pitié ni remords démontre l’importance d’une bonne gestion de l’information dans le domaine du renseignement mais la démonstration est évidemment valable dans tous les domaines !

Sonia Dollinger

 

Adapté des six romans policiers à succès du Danois Jussi Adler-Olsen, Les Enquêtes du Département V, comportent 3 opus au cinéma.

Misericorde_1Récompensé par des prix littéraires scandinaves, l’auteur connait un grand succès auprès du public. Le lecteur retrouve dans ces romans les ambiances noires et les intrigues qui font le succès des auteurs nordiques dans le genre thriller policier, tel que Stieg Larsson et son Millénium ou Camilla Lackberg et La sirène.

La mutation aux services ….. des archives

L’inspecteur Carl Morck travaille au service criminel de la police judiciaire danoise. A la suite d’une intervention avec son équipe, un de ses coéquipiers est tué et l’autre restera lourdement handicapé. Il fait une grave dépression, sa femme le quitte et il sombre dans l’alcool.

Lorsqu’il est jugé apte à reprendre du service, sa hiérarchie lui signifie sa mutation au Département V, service d’archivage des affaires classées. L’objectif est clair, reprendre toutes les enquêtes classées depuis les 20 dernières années, les trier et les clore ….

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L’assistant

Pour atteindre les objectifs fixés, on lui attribue un assistant, Hafez El Assad. C’est un jeune policier inexpérimenté dont personne ne veut dans les services…

Le bureau des affaires classées

Le service est situé dans les sous- sol des services de police. C’est un vaste vrac d’objets et de boites d’archives entassées. Heureusement que l’assistant est motivé ! Il met de l’ordre et propose une méthode de tri bien personnelle : afficher les affaires sur le mur pour choisir celles qui sont à traiter chaque semaine…

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L’affaire

L’inspecteur, refusant son rôle « d’archiviste judiciaire » va se pencher sur des affaires non résolues non pas pour les fermer, mais pour les rouvrir. L’assistant proteste « le chef nous a demandé de classer les affaires … ». Les deux enquêteurs s’intéressent à l’affaire d’une victime déclarée hâtivement décédée par suicide … mais aucun cadavre n’a été retrouvé.

L’énigme

Les deux compères vont analyser les documents de l’affaire et retracer dans le détail la vie de victime qu’il considère comme disparue et non suicidée. La victime, une jeune femme orpheline qui s’occupe de son frère handicapé, disparaît lors d’une traversée à bord d’un ferry avec ce dernier. Son frère ne peut pas s’exprimer à cause de son handicap et la victime n’est pas réapparue depuis 5 ans. Le film alterne des séquences du passé et du présent, tenant le spectateur en haleine grâce à une intrigue bien construite et une affaire originale.

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La résolution de l’affaire

Grâce aux archives bien sûr ! Une collection complète de photos va leur permettre de remonter la piste et de résoudre l’affaire en identifiant le kidnappeur et l’endroit où la victime est retenue contre son gré.

Et les archives dans tout ça ??

L’auteur introduit le premier opus de sa série policière en montrant une image ringarde des archives, à travers le choix des protagonistes – un policier dont la carrière est finie et un jeune débutant. Le policier mis au placard après une faute et une dépression est une figure classique de la littérature policière et son reclassement aux archives l’est tout autant.

L’image ringarde des archives peut se lire aussi dans la description des lieux : un débarras poussiéreux et jamais éclairé par une quelconque lumière naturelle. En Europe du Nord comme en France, travailler dans un service d’archives est perçu comme une punition … et les archives pâtissent d’une image vieillotte.

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un peu sombre…et encombré !

Au fur et à mesure du déroulé de l’intrigue, on note cependant l’importance croissante des archives dans l’enquête.

A l’origine constituées comme moyen de preuve, elles deviennent un atout pour comprendre la vie de la victime et identifier son ravisseur. Au final, le dénouement heureux de l’enquête aboutit grâce aux archives photographiques et à la compétence des deux agents. Ainsi, le premier opus se termine sur une image positive, à la fois pour les personnages, qui sont félicités et pour l’importance des documents d’archives quel que soit leur support.

Florence Masson