Articles Tagués ‘thriller’

Adapté des six romans policiers à succès du Danois Jussi Adler-Olsen, Les Enquêtes du Département V, comportent 3 opus au cinéma.

Misericorde_1Récompensé par des prix littéraires scandinaves, l’auteur connait un grand succès auprès du public. Le lecteur retrouve dans ces romans les ambiances noires et les intrigues qui font le succès des auteurs nordiques dans le genre thriller policier, tel que Stieg Larsson et son Millénium ou Camilla Lackberg et La sirène.

La mutation aux services ….. des archives

L’inspecteur Carl Morck travaille au service criminel de la police judiciaire danoise. A la suite d’une intervention avec son équipe, un de ses coéquipiers est tué et l’autre restera lourdement handicapé. Il fait une grave dépression, sa femme le quitte et il sombre dans l’alcool.

Lorsqu’il est jugé apte à reprendre du service, sa hiérarchie lui signifie sa mutation au Département V, service d’archivage des affaires classées. L’objectif est clair, reprendre toutes les enquêtes classées depuis les 20 dernières années, les trier et les clore ….

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L’assistant

Pour atteindre les objectifs fixés, on lui attribue un assistant, Hafez El Assad. C’est un jeune policier inexpérimenté dont personne ne veut dans les services…

Le bureau des affaires classées

Le service est situé dans les sous- sol des services de police. C’est un vaste vrac d’objets et de boites d’archives entassées. Heureusement que l’assistant est motivé ! Il met de l’ordre et propose une méthode de tri bien personnelle : afficher les affaires sur le mur pour choisir celles qui sont à traiter chaque semaine…

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L’affaire

L’inspecteur, refusant son rôle « d’archiviste judiciaire » va se pencher sur des affaires non résolues non pas pour les fermer, mais pour les rouvrir. L’assistant proteste « le chef nous a demandé de classer les affaires … ». Les deux enquêteurs s’intéressent à l’affaire d’une victime déclarée hâtivement décédée par suicide … mais aucun cadavre n’a été retrouvé.

L’énigme

Les deux compères vont analyser les documents de l’affaire et retracer dans le détail la vie de victime qu’il considère comme disparue et non suicidée. La victime, une jeune femme orpheline qui s’occupe de son frère handicapé, disparaît lors d’une traversée à bord d’un ferry avec ce dernier. Son frère ne peut pas s’exprimer à cause de son handicap et la victime n’est pas réapparue depuis 5 ans. Le film alterne des séquences du passé et du présent, tenant le spectateur en haleine grâce à une intrigue bien construite et une affaire originale.

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La résolution de l’affaire

Grâce aux archives bien sûr ! Une collection complète de photos va leur permettre de remonter la piste et de résoudre l’affaire en identifiant le kidnappeur et l’endroit où la victime est retenue contre son gré.

Et les archives dans tout ça ??

L’auteur introduit le premier opus de sa série policière en montrant une image ringarde des archives, à travers le choix des protagonistes – un policier dont la carrière est finie et un jeune débutant. Le policier mis au placard après une faute et une dépression est une figure classique de la littérature policière et son reclassement aux archives l’est tout autant.

L’image ringarde des archives peut se lire aussi dans la description des lieux : un débarras poussiéreux et jamais éclairé par une quelconque lumière naturelle. En Europe du Nord comme en France, travailler dans un service d’archives est perçu comme une punition … et les archives pâtissent d’une image vieillotte.

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un peu sombre…et encombré !

Au fur et à mesure du déroulé de l’intrigue, on note cependant l’importance croissante des archives dans l’enquête.

A l’origine constituées comme moyen de preuve, elles deviennent un atout pour comprendre la vie de la victime et identifier son ravisseur. Au final, le dénouement heureux de l’enquête aboutit grâce aux archives photographiques et à la compétence des deux agents. Ainsi, le premier opus se termine sur une image positive, à la fois pour les personnages, qui sont félicités et pour l’importance des documents d’archives quel que soit leur support.

Florence Masson

Un billet très spécial cette semaine avec une présentation du blog et de l’équipe qui le fait vivre depuis maintenant deux ans et cent numéros ! Nous n’aurions pas forcément parié sur le succès d’une telle initiative et nous remercions chacun de celles et ceux qui la soutiennent, soit en écrivant un billet, soit en indiquant des références, soit en lisant ou partageant les articles.

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C’est avant tout notre amour et notre passion pour le métier d’archiviste qui nous guident et ce petit blog n’a d’autre ambition que de vous les faire partager tout en montrant l’extraordinaire foisonnement de la présence des archives dans notre culture populaire et quotidienne. Au fur et à mesure de l’écriture de nos billets, nous avons découvert des références dans des fictions où l’on ne pensait pas vraiment trouver des archives. Parfois, certains d’entre nous ont noté des apparitions archivistiques dans leur série préférée, dans leur jeu favori ou dans leurs comics. Parfois, on se donne même des petits challenges du genre : « allez, repère des archives dans Une Nounou d’Enfer » – oui, ok, on a des passe-temps inquiétants !

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Ce qui était au départ un simple petit jeu est devenu une observation attentive. Le plus drôle est que, finalement, de plus en plus de monde s’est pris au jeu : archivistes ou non, vous êtes désormais nombreux à noter la moindre mention des archives lors de vos parties de jeu vidéo ou au cours de vos lectures. Rien ne fait d’ailleurs plus plaisir que vos envois d’images et de citations en tous genres. Cela nous prouve votre curiosité pour ce blog et pour son contenu et cet intérêt dépasse le petit milieu des archivistes ce qui est pour nous surprenant et motivant.

Ce blog ne vivra que parce que vous le soutiendrez d’une manière ou d’une autre alors il ne tient qu’à vous de poster un petit commentaire, partager nos articles et en parler autour de vous. Son existence est un hommage aux archives qui sont les témoins de notre vie quotidienne et de celles de nos ancêtres, ces archives qui sont bien loin d’être aussi poussiéreuses que les clichés tenaces le laissent à penser. Archives et culture pop’ est aussi un bon argument pour montrer l’aspect moderne et récurrent de l’utilisation des archives dans la fiction.

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N’oubliez pas que nous sommes également présents sur facebook et twitter (@ArchivesPop1) où vous pouvez retrouver les billets publiés mais aussi des brèves et interagir avec nous. Vous pouvez évidemment proposer vos contributions pour faire partie de l’équipe occasionnellement ou régulièrement. Certains proposent un seul article, d’autres davantage et vous n’avez pas forcément besoin d’être archiviste pour participer, Alors, on se lance ?

En attendant de vous lire, nous vous présentons l’ensemble des contributeurs d’Archives et culture pop’ :

Les membres d’Archives et Culture pop

L’équipe 


Sonia Dollinger
: créatrice du blog en juillet 2014. L’idée est née à la suite de ses cours de valorisation et action culturelle dans les archives dispensés depuis plus de dix ans auprès des étudiants de Licence APICA et de Master Pro Archives à l’Université de Bourgogne. Faisant travailler les étudiants sur l’image des archives et des archivistes dans la culture populaire et accumulant les références, il lui a paru intéressant d’en garder trace – en bonne archiviste – et de prolonger l’expérience par un blog. C’est ainsi qu’est né « Archives et culture pop‘ ». Les passions de la rédac’chef sont évidemment les archives, les comics et plus largement la culture geek. Elle tient aussi le blog Comics have the Power.

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Marc Scaglione : archiviste de métier, Marc est arrivé sur le blog en 2016. Il propose régulièrement des articles et apprécie en particulier la culture japonaise, les jeux vidéos, la science-fiction et la bande dessinée.

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Christelle Lachiche
: si elle n’est pas archiviste de métier, Christelle est notre fin limier qui repère le mot archives à chaque fois qu’elle visionne une émission ou une série. Rien
ne lui échappe et elle se lance même dans le montage vidéo pour notre plus grand plaisir ! Les vidéos sont, pour l’instant, visibles sur la page facebook en attendant un autre mode d’hébergement.

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Emilie Rouilly : archiviste passionnée d’Histoire, fan de l’univers de Tim Burton, de musique – en particulier pop-rock anglo-saxonne, elle co-administre la page facebook, donne régulièrement des références et relit les articles avec acuité.

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Les contributeurs

Nicolas Caré : archiviste qui nous a présenté un « triste archiviste« .

Roselyne Chapeau : archiviste en Valdoisie, amatrice de thrillers nous a offert un billet sur Preston and Child.

Charlène Fanchon : archiviste qui a eu la lourde tâche de parler de 1984, l’ouvrage mythique de George Orwell

Géraldine Faupin : archiviste archéologue, elle a évoqué pour nous la mascotte des archivistes : Gaston Lagaffe.

Céline Fernandez : archiviste en Isère qui a écrit sur la série Versailles.

Flavie Gourdon : archiviste amatrice de séries en tous genres qui a présenté Chuck et le Caméléon.

Chrystelle Langlais : archiviste musicienne, fan d’héroïc fantasy, de jeux vidéos et de tout ce qui est geek de manière générale. Chrystelle a notamment écrit sur Kushiel.

Cécile Mercey : archiviste, elle nous a proposé un billet sur Cloud Atlas.

Déborah P. :archiviste blogueuse (archivisteenarchivie) à qui nous devons un billet sur Galaxy Quest.

Sim Theury : grand connaisseur de comics, il tient deux super blogs sur le sujet : Unspoiled Comics et Le cabinet de curiosités Marvel et nous a fait l’honneur d’un billet sur Crossed + 100 pour Halloween.

Carole Thuilière : archiviste fan de Magnum (l’homme à la moustache), de séries et de comics indépendants, elle est amoureuse de Saint-Nazaire et contribue au blog où elle nous a parlé notamment de Tony Chu, Hero Corp ou Penny Dreadful.

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Maintenant que vous connaissez mieux notre équipe et notre philosophie, venez rejoindre l’aventure !

Nous avons le plaisir d’accueillir une nouvelle contributrice, Rose Chapeau, qui rejoint l’équipe pour un beau billet évoquant des auteurs qui nous sont chers : Preston and Child. Bienvenue Rose et merci à toi !! Attention, cette chronique est susceptible de contenir des spoilers.

Il est grand et très élancé, impassible dans son éternel costume noir. Avec sa peau pâle, ses cheveux blonds presque blancs et son regard argenté, on le prend souvent pour un croque-mort. Il s’agit en fait de l’inspecteur du FBI Aloysius Pendergast, créé en 1995 par Douglas Preston et Lincoln Child.

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Douglas Preston

Preston a travaillé pendant plusieurs années au Muséum d’histoire naturelle de New York, notamment comme directeur de publication des catalogues d’exposition. Child a été éditeur, également à New York. Rien d’étonnant donc à ce que la première aventure de leur héros se déroule au Muséum, dans les couloirs duquel rôde une créature sanguinaire (Relic, paru initialement en France sous le titre Superstition). L’inspecteur Pendergast apparaît alors presque comme un personnage secondaire, dont on ne sait rien sinon qu’il fonctionne de façon atypique : il passe outre la hiérarchie, ne respecte aucune procédure et considère la flatterie et le chantage comme une fin justifiant les moyens.

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Lincoln Child

Depuis, ses  créateurs ont eu tout loisir de développer ce curieux enquêteur et son entourage, à travers quinze romans, dont le dernier en date, Mortel Sabbat, est paru en France en 2016. Malgré sa retenue affective, Aloysius Pendergast sait s’attirer l’amitié de nombreux personnages qui l’aident à résoudre les énigmes étranges auxquelles il est confronté. Conçu comme le digne héritier de Sherlock Holmes, il recherche toujours une explication rationnelle. Il emprunte également au détective britannique une intelligence et une culture hors du commun, ainsi qu’un certain talent pour le déguisement et une maîtrise de techniques de méditation ancestrales. Mais il sait aussi se battre et venir à bout physiquement des adversaires les plus retors. Le tour de force de Preston & Child consiste à distiller en parallèle, livre après livre, des informations personnelles sur leur mystérieux inspecteur : la tactique est payante et peut rapidement vous transformer en lecteur assidu, voire complètement accro !

Et les archives dans tout ça ??

Elles sont partout. Chaque aventure de l’inspecteur Pendergast y fait appel au moins une fois, pour apporter des éléments essentiels à l’avancée de son enquête.

chambre_1Parmi les quinze ouvrages actuels du cycle, le troisième, intitulé La chambre des curiosités, est un des plus riches en termes de références aux archives. Il faut dire que le sujet s’y prête : un charnier datant de la fin du XIXe siècle est découvert sur un chantier de construction de Manhattan. Les os présentent de curieuses entailles, les mêmes que l’on retrouve bientôt sur les corps mutilés qu’un tueur sème dans la ville. Pendergast est persuadé que pour arrêter le meurtrier d’aujourd’hui, il faut retrouver celui du passé.

Pour ce faire, la première étape passe par les archives du Muséum d’histoire naturelle. Les squelettes ont en effet été découverts sous ce qui était au XIXe siècle un Cabinet de curiosités, dont les collections et les documents y afférent sont conservés par l’institution.

Plusieurs scènes se déroulent donc dans ce service qui, il faut bien l’admettre, ne brille pas par sa modernité : « installé dans les sous-sols » et accessible par « un dédale d’ascenseurs de service, d’escaliers en colimaçon, de couloirs sinueux et de passage mal éclairés« , même le personnel du musée a du mal à s’y rendre. L’archiviste est bien évidemment un vieil homme, qui refuse de se servir d’un ordinateur et est considéré par la direction du musée comme  » un reliquat fossilisé d’une ère révolue, un anachronisme vivant dont on aurait dû se débarrasser depuis longtemps« .

Toutefois, le service des archives va permettre de retrouver un document essentiel à l’identification du tueur du XIXe siècle. Quant à  notre archiviste décati, il sera bien mal récompensé de son zèle, puisqu’il finira encorné sur un crâne de tricératops… Dangereux métier !

Par la suite, afin de trouver d’autres renseignements sur le tueur du passé, Pendergast préconise plusieurs pistes. D’une part, il envoie le journaliste Bill Smithback consulter la presse ancienne dans la salle des archives du NY Times, surnommée « La Morgue » (sic). On note au passage que Smithback préfère compulser les éditions papier, quitte à se perdre dans la lecture d’articles sans lien avec son sujet de recherche.

D’autre part, il confie à un inspecteur de police le soin de retrouver les archives d’une pharmacie qui existait à la fin du XIXe siècle et qui fournissait le tueur en produits chimiques. Malgré l’incendie qui a ravagé l’endroit en 1924, le policier met la main sur deux livres de comptes détaillés antérieurs, sauvés des flammes et conservés précieusement dans le coffre fort de l’officine.

Enfin, l’inspecteur du FBI s’attaque aux Archives municipales, afin de lister les demeures du Nord Ouest de Manhattan antérieures à 1900. A la Public Library de New York, il consulte la collection léguée par le responsable du cadastre de la ville à la fin du XIXe siècle: il y prend connaissance de copies d’actes de propriété, dont les originaux, conservés par l’Académie d’histoire de New York, ont disparu…

Malgré les efforts de l’inspecteur du FBI pour retrouver l’adresse du tueur du passé, c’est le journaliste Bill Smithback qui y parvient le premier. Il a en effet l’idée de s’introduire dans la salle du Muséum renfermant les archives du personnel, pourtant gardées par deux agents de sécurité. Le dossier recherché est – bien sûr- manquant, mais heureusement, il existe des copies carbone qui ont échappé à la vigilance du tueur !chambre_2

Si La Chambre des curiosités est un cas d’école, l’importance des archives pour lire le passé et comprendre le présent est un thème sous-jacent dans tous les ouvrages du cycle. C’est assez inattendu dans l’univers du polar, surtout de façon récurrente. On peut aussi signaler la présence de nombreuses institutions patrimoniales américaines au gré des différents tomes. A vrai dire,  les livres de Preston & Child pourraient parfaitement faire l’objet d’une chronique pour un blog « Musées et culture pop' », ou encore « Bibliothèques et culture pop' ». A bon entendeur…[ndlr : nous accueillerons avec bienveillance les bibliothécaires et personnels des musées qui souhaiteraient s’y mettre en leur créant des sections adéquates]

Rose Chapeau

C’est sur les conseils avisés de deux archivistes, Jordi Navarro et Pierre Chamard, que j’ai fait l’acquisition de l’ouvrage d’Antoine Bello : Les Falsificateurs. Avec un titre pareil qui augure de nombreuses mentions d’archives, difficile de résister à la tentation.

Bien que né à Boston, Antoine Bello est un auteur français qui publie son premier ouvrage en 1996. Il s’agit d’un recueil de nouvelles intitulé Les Funambules. Les Falsificateurs, paru en 2007, est le premier volume d’une trilogie dont les deux tomes suivants s’intitulent Les Eclaireurs et Les Producteurs.falsificateurs

Les Falsificateurs évoquent le destin de Sliv Dartunghuver, un jeune islandais recruté par un cabinet d’études environnementales qui sert en réalité de façade à une organisation secrète, le CFR (Consortium de Falsification du Réel). Cette organisation disséminée à travers le monde écrit des scénarios susceptibles de bouleverser l’histoire du monde. Pour rendre ces scénarios crédibles, les agents du CFR doivent non seulement écrire des scénarios solides mais aussi falsifier les documents existants afin de rendre l’ensemble crédible. C’est le CFR qui a, par exemple, créé de toutes pièces l’histoire de Laïka, la chienne censée être allée dans l’espace. Afin de faire ses preuves, Sliv doit écrire son premier scénario. Il prend son travail à cœur mais son parcours au sein du CFR n’est pas de tout repos et, s’il se lie d’amitié avec certains collègues, il subit aussi les mesquineries de certains de ses supérieurs. Tout au long de l’ouvrage, le jeune islandais apprend que manipuler les événements et agir sur le cours de l’histoire n’est pas sans danger et pose des questions déontologiques fondamentales.

Les Falsificateurs est à la fois un très bon thriller, rythmé et prenant et un ouvrage qui donne matière à réflexion sur la manipulation de l’opinion ou la véracité des informations qui nous entourent. De quoi donner du grain à moudre aux complotistes de tout poil ! Ce titre est si prenant que j’ai immédiatement commandé la suite, Les Falsificateurs est si addictif qu’on ne peut le refermer avant d’avoir atteint la dernière page.

Et les archives dans tout ça ??

La problématique des archives est omniprésente dans cet ouvrage y compris dès les premières pages, lorsque Sliv visite les locaux de son nouvel employeur, l’agence Baldur, Furuset et Thorberg où on lui indique que le cinquième étage est réservé « à la documentation et aux archives« . Lorsque le jeune homme part en mission pour le Groenland, on lui ressort des archives « quelques dossiers portant sur des projets similaires » afin qu’ils puissent s’en inspirer. Jusque là, rien que de très normal, les archives servent de référence et apportent connaissance et expérience par leur consultation.

Lorsqu’il entre au CFR, Sliv apprend l’importance des archives dans le processus de falsification de la réalité. Il ne suffit pas, en effet, pour recréer un événement de toutes pièces de publier une étude et d’en faire écho dans les journaux, il faut aussi fabriquer des sources ou falsifier les sources existantes, ce qui demande évidemment un savoir-faire et un budget et un travail minutieux. C’est ce que Gunnar, le chef du bureau du CFR dans lequel officie Sliv explique au jeune agent : « les agents du CFR (…) échafaudent des scénarios parfaitement plausibles auxquels ils donnent ensuite corps en altérant des sources existantes, voire en en créant de nouvelles. » La méthodologie utilisée est très détaillée au cours des différentes missions où les falsificateurs vont jusqu’à implanter des tombes de personnages imaginaires dans des cimetières, remplacer des journaux dans les bibliothèques ou les archives par des éditions remodelées ou publier des ouvrages d’auteurs n’ayant jamais existé.

L’ouvrage est parsemé d’exemples : Sliv pense à falsifier les archives d’un tournage de film allemand mais il arrive parfois que certaines archives échappent à la vigilance des agents et qu’ils omettent de trafiquer une source. Ces couacs montrent bien l’étendue du domaine archivistique et la difficulté de faire recenser et donc de faire disparaître ou de modifier l’ensemble des sources concernant un sujet. Évidemment, certains documents ne peuvent être maquillés qu’à l’aide de complicités et l’on apprend que le CFR rémunère des milliers d’officiers d’état-civil chargés de modifier les registres.

Les archives électroniques recueillent les faveurs des agents du CFR  qui les trouvent bien plus simples à infiltrer – y compris les archives de la CIA,l’une des cibles du CFR – fabriquer ou falsifier que les archives papier. Ce questionnement rejoint celui de nombreux archivistes qui s’arrachent les cheveux rien qu’en pensant au casse-tête que sont les données numériques, leur conservation et leur fiabilité.

Mais le CFR a lui aussi son archiviste, basé au bureau de Grenoble. Nestor Bimard est un archiviste à l’ancienne qui se passionne pour les écrivains romantiques. L’accès aux archives du CFR est strictement réglementé et n’est pas permis aux jeunes agents nouvellement recrutés qui ne peuvent y pénétrer que munis d’une accréditation de leur supérieur. La sécurité des données de l’organisation secrète est donc bien prise en compte.

La description de l’archiviste n’échappe pas aux stéréotypes du genre : Nestor Bimard est petit et rondouillard, « aux sourcils exagérément broussailleux » et ressemble à un professeur de droit…bref, ce n’est pas un marrant ! Il est décrit comme un agent « qui a totalement perdu contact avec la réalité. » On comprend par la suite que l’archiviste est en préretraite et n’est pas un agent brillant, le CFR a hâte de s’en débarrasser mais ne peut qu’attendre la fin de sa carrière. En outre, loin d’encourager ses collègues, il est un frein à toute initiative : l’archiviste s’amuse même à démolir le projet de Sliv avec affabilité mais constance. Bref, on est loin d’un portrait flatteur et moderne, une fois encore, l’archiviste apparaît dépassé et vieillissant alors que son rôle aurait pu être de première importance.

A mon sens, l’un des morceaux d’anthologie concernant les archives est le passage qui évoque les archives de la Stasi dont le sort est bien connu des historiens de la période et des archivistes. Ces documents, passés hâtivement au broyeur sont minutieusement reconstitués par des équipes d’experts afin qu’ils puissent être de nouveau exploités par les historiens et les citoyens soucieux de connaître les activités de ce service. Il est plus que tentant pour les agents du CFR d’y glisser quelques informations falsifiées…et qui ira vérifier, au milieu de ces confettis, s’il s’agit d’un faux ?

Vous l’aurez donc compris, Les Falsificateurs est une vraie mine d’or en matière de références archivistiques. En plus d’être un bon thriller, ce titre rejoint nombre de préoccupations des historiens – fiabilité des sources, croisement des données pour obtenir une information vérifiée – et des archivistes – pérennité de l’information, inviolabilité des données…Seule l’image de l’archiviste reste hélas fidèle aux clichés accompagnant notre métier même si, bien que décourageant et peu moderne, l’archiviste reste détenteur du savoir.

Plongez sans retenue dans ce bouquin mais ne devenez pas parano pour autant, toutes les archives ne mentent pas forcément 😉

Sonia Dollinger

Magie noire, vaudou, sorcellerie et cinéma, voici un cocktail qui devait forcément attirer mon attention. Je dois ce bon conseil de lecture à Arnaud Buissonin, libraire à Autun, qui m’a donc mis entre les mains Intérieur nuit de Marisha Pessl.

Née à Détroit en 1977, Marisha Pessl passe sa jeunesse en Caroline du Nord, étudie à l’Université de Columbia et devient consultante financière à la City de Londres. Marisha Pessl écrit depuis 2001 et a été couronnée par le New York Times pour son roman La physique des catastrophes. En 2013, Intérieur nuit sort aux Etats-Unis puis en 2015 en France chez Gallimard.

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Intérieur nuit a pour personnages principaux un journaliste d’investigation tombé en disgrâce, Scott McGrath, une jeune femme, Ashley Cordova qui se suicide dans des conditions étranges et son père, le sulfureux cinéaste Stanislas Cordova autour duquel planent des mystères indicibles.

Inspirée par les romans policiers d’Agatha Christie ou les thrillers psychologiques, Marisha Pessl livre également ici un vrai hommage au cinéma d’horreur ou d’angoisse. Stanislas Cordova, le réalisateur maudit ressemblant à la fois, de l’aveu de l’auteure, à Roman Polanski ou Stanley Kubrick tout en empruntant au suspense hitchcockien.

Scott McGrath, journaliste s’étant frotté à Cordova lors d’une précédente enquête, en est sorti discrédité et brisé sur le plan personnel. Alors qu’il tente de reconstruire sa vie, il croise une silhouette fantomatique lors de son jogging nocturne. Peu de temps après, il apprend qu’il s’agissait d’Ashley, la fille de Stanislas Cordova, et que cette dernière s’est suicidée. Intrigué par les circonstances du drame, McGrath décide de mener une investigation qui l’entraînera avec ses deux acolytes dans l’univers horrifique et tourmenté du réalisateur maudit. En sortiront-ils indemnes ?

Et les archives dans tout ça ??

Pour rendre encore plus crédible son récit et ses personnages, Marisha Pessl parsème son roman de reproductions de documents : pages web, articles de presse, photographies qui donnent de la crédibilité et de l’épaisseur à son enquête. Ces documents peuvent tous être considérés comme des archives et montrent, comme souvent dans les thrillers, l’importance de la documentation dans ce type de quête. Pessl inscrit les pages web comme document d’archives ce qui devient une constante dans les thrillers.

De nombreux articles de presse sont d’ailleurs extraits des « archives d’une bibliothèque » selon les mots de l’auteure et sont consultées sur microfilms. On reconnait là encore un classique des récits policiers où l’on voit souvent l’enquêteur le nez devant un lecteur de microfilms faisant défiler des années et des années de journaux.

Les archives sont toutefois mentionnées explicitement, notamment lorsqu’un article de presse cite les archives de l’école où fut élève le cinéaste Stanislas Cordova. Les archives indiquent que le réalisateur reçut des « notes médiocres à cause de son comportement asocial ». Une chance que les dossiers des élèves aient été conservés, ce qui est loin d’être toujours le cas.

Lorsque l’un des trois enquêteurs, Hopper, parvient à pénétrer chez Cordova, il se trouve dans une pièce remplie de meubles de classement qui contiennent des portraits d’acteurs, des « millions de photos et de CV avec des notes très bizarres au dos. »On sait au moins que Cordova est un cinéaste attentif à ses archives et qu’il ne les détruit ni ne les brade en vente publique.

Enfin, lorsque McGrath apprend qu’Ashley Cordova a séjourné dans un hôpital, son interlocutrice lui lâche : « Essayez de graisser la patte à un employé des archives et il vous dira ». Voilà qui en dit long sur l’intégrité prêtée à certains d’entre nous.

Si les archives ne sont bien sûr pas le sujet principal d’Intérieur nuit, elles parsèment le récit directement ou indirectement sous différentes formes : papier, photographies ou pages web. Sous quelque forme que ce soit, l’homme laisse des traces de son activité et donc…des archives !

 Sonia Dollinger