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Le Hameau des Purs est un thriller de Sonja Delzongle dont nous vous avons déjà parlé à propos d’un autre de ses titres, Boréal. Une première édition est sortie en 2011 et le titre est réédité en 2019 chez Gallimard en version revue par l’auteure. Le Hameau des Purs évoque des thématiques liées aux secrets de famille et aux groupuscules vivant en vase clos.

Quelle est l’histoire ?

Un incendie criminel a ravagé un hameau dans lequel séjournait une communauté formée de gens ayant décidé de se tenir à l’écart du monde moderne et qui se sont baptisés du nom de « Purs ». Sept cadavres calcinés ont attiré l’attention de la police et de la journaliste Andrey Grimaud qui connaît bien les lieux. En effet, ses grands-parents faisaient partie des Purs et Audrey a passé ses vacances dans cet endroit étrange. La jeune femme, au fur et à mesure de son enquête, se remémore son enfance et les secrets qui l’ont émaillée. Plus son enquête progresse, plus les cadavres s’accumulent sur son chemin.

On ne peut que conseiller la lecture de cet excellent thriller pour la description très réussie de la communauté des Purs et pour les retournements de situation qui font perdre la tête au lecteur pour le conduire vers un dénouement inattendu.

Hameau_Purs

Et les archives dans tout ça ??

Qui dit secrets dit recherche dans les archives, c’est donc tout naturellement que, pour mieux connaître les ressorts qui animent la communauté, Audrey se rend aux Archives municipales : « aller jouer les sous-marins dans les archives municipales faisait partie du programme de la matinée. » L’auteure utilise une métaphore aquatique, comme s’il s’agissait d’explorer les bas-fonds du village, de plonger à la fois dans un passé plus ou moins enfoui et dans des histoires plus ou moins avouables. Evidemment, Audrey éternue car les archives sont poussiéreuses, un cliché tenace véhiculé au gré des pages tout comme la présence de « liasse de documents jaunis ». On sait aussi qu’il flotte dans la salle « une odeur de renfermé ».

Plus étonnant, il semble que la carte de presse d’Audrey ait agi comme « un vrai sésame », comme si l’archiviste ou le personnel présent, qui n’est jamais mentionné, pouvait être sensible au prestige du journaliste. Sonja Delzongle ayant exercé cette profession a-t-elle pu juger de cela lors d’un passage aux archives ? L’absence de description du personnel et d’interaction avec un quelconque être humain est étonnante mais pourrait bien trouver son explication dans le dénouement du récit.

La journaliste trouve surtout d’anciens articles de presse qui lui donne des informations sur les meurtres de l’Empailleur et ses victimes, mais rien sur ce qu’elle cherche : la communauté des Purs et son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale. Son passage aux archives se révèle pourtant crucial en mettant au jour des liens dont elle ne soupçonnait pas l’existence. La compréhension des réseaux locaux passe donc par la recherche en archives.

Lors de son deuxième passage aux Archives, Audrey ne rencontre, là encore, aucun archiviste alors qu’elle semble perdue dans ses recherches et ne trouve rien. Désemparée, « se croyant seule, elle manifesta bruyamment sa déception« . Typiquement ce qui ne devrait jamais arriver : un lecteur en plein désarroi à qui personne ne vient en aide. Ce type de description me rend toujours un peu triste sachant que le service aux usagers est la priorité d’un service public.

Bref, c’est à la présence d’un autre lecteur – un confrère d’une gazette locale – qu’Audrey doit son salut. Roger Berlini, journaliste local, a déjà effectué des recherches sur le hameau des Purs et en a visiblement fait don aux Archives puisque son dossier est consultable sur place. Pour comprendre les interactions entre les Purs, Berlini a, certes, retracé l’histoire du hameau mais a également réalisé des recherches généalogiques approfondies qui s’avèrent surprenantes et instructives. Là encore, les usagers se débrouillent seuls, se servent dans les rayonnages et rangent eux-mêmes les documents sans aucune intervention d’un archiviste.

Si la description des lieux correspond à une série de clichés tenaces qui collent à la peau des archives comme la poussière à une liasse, il faut noter que le passage aux Archives, bien que laborieux, s’avère décisif. Pour comprendre les drames d’aujourd’hui, il faut parfois fouiller dans le passé tumultueux des familles et arracher des décennies de secrets et de non-dits.

Sonia Dollinger

Boréal est un ouvrage de Sonja Delzongle sorti en 2018 aux éditions Denoël et en 2019 chez Folio Policier. L’auteure est devenue avec Dust, paru en 2015, l’une des têtes d’affiche du thriller français. Dans cet opus, Sonja Delzongle évoque avec acuité les changements climatiques et leurs conséquences dramatiques sur la faune et la flore, tout en livrant un thriller au suspense haletant.

Quelle est l’histoire ?

Alors que les scientifiques de la base ARCTICA située au cœur du Groenland tentent une sortie, ils tombent sur un immense cimetière animal : des centaines de bœufs musqués gisent prisonniers du permafrost. Quel phénomène peut bien être responsable de cette hécatombe ? C’est pour le découvrir que le chef de la mission va faire appel à une scientifique reconnue dans le domaine des changements climatiques et du comportement animal, Luv Svendsen.

Boreal

Et les archives dans tout ça ??

La notion d’archives apparaît à deux reprises dans des circonstances différentes. La première fois, il s’agit d’archives du for privé puisque Luv accède aux fichiers informatiques de sa fille aînée. Les dossiers et fichiers sont particulièrement organisés : « tout est enregistré dans des dossiers distincts« , on est loin du vrac numérique puisqu’il est précisé plus loin que Luv a affaire à un « archivage méthodique d’où ressort une sorte d’obsession. »L’auteur emploie le terme de « patrimoine » pour évoquer ces fichiers, montrant bien l’importance égale des archives numériques qui renferment des données aussi précieuses que les documents conservés sur papier. Elles sont le reflet d’une vie et de ses choix, de ses blessures et de ses combats comme c’est le cas ici. Pourtant, quand Ava, la fille de Luv, a choisi de confesser quelque chose de très intime et de très grave, c’est sur papier qu’elle le couche et le dissimule sous son lit, on voit combien la relation avec le support reste importante. Si l’informatique permet d’accumuler l’information, le récit personnel passe encore par une forme physique, dont il semblerait qu’elle soit encore considérée comme plus sûre.

Ces archives personnelles particulièrement bien organisées contrastent avec celle du Sherif Sangilak, précieusement conservées dans une petite boîte en fer-blanc, où l’on ne trouve que quelques photos jaunies mais qui sont, pour cet homme les documents les plus précieux qui puissent être. Ces fragiles archives sont les seules traces restant des êtres disparus, c’est pourquoi on devrait toujours se pencher dessus avec le plus grand respect. Ils sont les témoins de vies modestes, le souvenir de celles et ceux qui aimèrent.

Plus classiquement, l’autre mention des archives apparaît lorsque l’auteure mentionne le poste de police de Qaanaaq, ville de Thulé au Groenland. On est loin de retrouver un ordonnancement aussi parfait que dans l’ordinateur d’Ava : les archives se résument à un pile de dossiers « écornés et jaunis » ou « se résumant à trois feuilles volantes de rapport ». On précise ensuite : « aucun des dossiers n’a été informatisé », comme si cela pouvait souligner le comble de l’obsolescence. Les archives de la police sont donc bien moins organisées que celles d’un particulier et leur état ne permet évidemment pas de pouvoir en tirer quelque information intéressante que ce soit. Le shérif est donc dans l’obligation d’opérer un travail d’archiviste en classant les dossiers par ordre chronologique pour tenter de trouver une cohérence d’ensemble mais ces archives ne sont finalement que « des aveux d’impuissance, des preuves jaunies et poussiéreuses » – on attendait la poussière, la voici ! Pour une fois, les archives ne sont pas un élément moteur de l’histoire, elles ne font que souligner l’inefficacité d’une police dépassée.

Archives de l’intime et archives administratives sont présentées avec le même soin, ordonnées comme celles d’Ava ou tombées en déshérence comme celles du shérif, elles sont, chacune à leur manière, les témoins de nos vies et de nos drames. On pourrait y ajouter les travaux des scientifiques qui étudient les carottes glaciaires qui sont les archives de la planète et que Sonja Delzongle mentionne en fin de volume. Si tout est archives, chacun d’entre nous est un document d’archives dont il est de notre devoir de conserver et transmettre la mémoire.

Sonia Dollinger

Une Putain d’Histoire est un thriller de Bernard Minier, paru chez XO Editions en 2015 et qui reçut le prix du meilleur polar francophone du Festival de Cognac la même année. Le titre est ensuite paru chez Pocket. Il s’agit du quatrième ouvrage de l’auteur.

Quelle est l’histoire ?

Bernard Minier conte l’histoire terrible et glaçante d’Henry Dean Walker, un jeune homme de 17 ans, vivant sur Glass Island, une île située au nord de Seattle. Sa vie semble se dérouler sans accroc, Henry se partageant entre sa bande de potes et sa petite amie. Tout bascule le jour où cette dernière disparaît et est retrouvée sauvagement assassinée peu après. Toute l’île est sous le coup de l’émotion, l’angoisse et la paranoïa semblant gagner les habitants. Avec cet ouvrage, Bernard Minier offre un huis-clos particulièrement bien ficelé.

Putain_Histoire_Minier

Et les archives dans tout ça ??

Si vous lisez régulièrement ce blog, vous savez combien les archives sont des éléments récurrents et essentiels dans les enquêtes policières. Elles peuplent les thrillers et permettent de faire avancer le récit tout en donnant un peu de respiration à une action parfois très dense.

Dans Une Putain d’Histoire, Bernard Minier évoque avec précision la collecte et l’utilisation des données par les services secrets et le détournement qui peut en être fait pour des recherches à des fins personnelles : « Il mit en route PROTON, un programme de collecte de métadonnées (…) Pour des gens comme Jay, les métadonnées (…) c’était le pied. » Afin de retrouver quelqu’un, il suffit parfois d’explorer ces données – ici les données relatives aux appels téléphoniques stockées par la NSA. L’auteur donne le détail des données collectées stockées sur des bases de données différentes selon leur thématique : une des bases de données renferme le trafic internet et l’autre les enregistrements téléphoniques. Si ce stockage de données privées est avant tout destiné à la surveillance du territoire et à se prémunir contre les activités illicites, Bernard Minier montre ici que des intérêts privés peuvent parfois s’emparer du système à des fins plus personnelles. Simple fiction ? La surveillance du contenu des réseaux sociaux décrite dans l’ouvrage paraît pourtant bien réaliste. Le système de surveillance et de croisement des données est décrit par le menu et fait plutôt froid dans le dos. Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser en historien et se dire que ces milliers de données seraient une source passionnante pour les chercheurs en sciences humaines pour l’avenir. Les régimes exerçant une surveillance sur leurs citoyens sont, en effet, de gros producteurs d’archives. Evidemment, dans l’absolu, il existe des organismes de contrôle de l’utilisation des données mais comment garantir un accès totalement sécurisé à toutes et tous et une utilisation éthique de cette masse d’archives numériques que nous générons tous dans la plus grande naïveté.

Pourtant, sachant combien les citoyens sont pistés, certains groupes d’individus savent comment masquer leur présence sur internet ou comment falsifier des données pour tromper la surveillance : « sans données, le roi était nu… » Contre la toute-puissance de l’Etat, la résistance s’organise, même s’il est bien difficile d’échapper aux logiciels de reconnaissance faciale, aux croisements de bases de données multiples qui tendent à retracer les faits et gestes des individus les plus inoffensifs.

Enfin, Bernard Minier évoque les archives d’un centre de fertilité et l’accès confidentiel aux données concernant les donneurs. Le directeur du centre, facilement corruptible, laisse un des protagonistes accéder aux dossiers. C’est l’occasion pour l’auteur de décrire la manière dont ces documents sont conservés : dans un meuble « même pas verrouillé ! » dans un garage, autant dire le niveau minimum de conservation sans aucune garantie de contrôle de la consultation des archives rangées dans de simples dossiers suspendus. On apprend par la suite que le visiteur a embarqué la fiche du donneur qui l’intéressait : « extrait des archives de Jeremy Hollyfield », bref, rien ne va plus.

L’accès aux archives qu’elles soient conservées sur support papier ou bien plus encore sous forme de métadonnées est bien l’arme du futur et leur contrôle est un élément de pouvoir et de savoir. Encore faut-il en persuader nos décideurs et mettre en place des instances de contrôle pour éviter des usages néfastes.

Sonia Dollinger

Le triomphe des Ténèbres est le premier volume de la saga Soleil noir d’Eric Giacometti et Jacques Ravenne paru aux Editions Lattès en 2018 et sous format poche en 2019. Il s’agit de la première partie d’un thriller ésotérique dont les événements se déroulent avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour l’occasion, les auteurs abandonnent leur personnage fétiche d’Antoine Marcas pour une toute nouvelle série.

Quelle est l’histoire ?

Créée par Heinrich Himmler, l’Ahnenerbe est un institut de recherches destiné à prouver la supériorité de la race germanique grâce aux études historiques et aux recherches archéologiques. En 1938, une expédition est envoyée par les nazis au cœur de l’Himalaya pour récupérer une mystérieuse swastika qui pourrait bien faire triompher Hitler et le faire régner sur l’Europe entière. Pourtant, les SS ne sont pas les seuls à comprendre l’intérêt de ces artefacts magiques et la Résistance s’organise pour empêcher le monde de tomber sous la coupe du troisième Reich. 

Triomphe_Tenebres

Et les archives dans tout ça ??

Dès l’introduction, Giacometti et Ravenne expliquent comment l’idée de ce thriller leur est venue à Moscou : « Nous tournons un documentaire pour France 5 sur l’odyssée des archives maçonniques spoliées par les nazis et récupérées par les Russes. » Les auteurs décrivent d’ailleurs le bâtiment « austère » avec « des enfilades de salles de stockage mal éclairées, des dédales de rayonnage métalliques croulant sous des milliers de vieux cartons jaunis. » On note tout de suite l’envie de rendre labyrinthique ce qui ne l’est pas a priori : rien de mieux organisé qu’un dépôt d’archives dont les rayonnages se suivent de manière logique et cartésienne. De même, il est assez compliqué de trouver des rayonnages métalliques croulants, le principe étant justement d’utiliser le métal pour sa solidité. D’ailleurs, si l’on regarde les photographies publiées des archives maçonniques à Moscou, on constate la solidité de l’ensemble mais cette description permet de donner un petit côté dramatique à cette découverte, laissant penser que ces documents étaient en totale déshérence. Les documentaristes travaillent sous l’œil d’un « cerbère en blouse grise ». Inévitablement, il n’a pas l’air commode ! Giacometti et Ravenne décrivent avec exactitude les « cartons jaunis », pour certains encore sous scellés. Les deux auteurs connaissent donc les archives pour les avoir fréquentées de près.

Dans le cours du récit, les auteurs ne manquent pas de faire référence aux archives à plusieurs reprises. Leur première apparition est quelque peu inattendue car les archives sont utilisées comme un instrument… de drague. La jeune Lucia tombe amoureuse du conservateur d’un petit musée catalan. Comment aborder cet inconnu ? Rien de plus simple, Lucia fouille dans les archives familiales et trouve la preuve que son grand-père avait fait don de tableaux au Musée. Tristan, le conservateur, se montre fort intéressé par les archives en question et tout finit par une romance. Si vous ne savez pas comment aborder un inconnu, pensez aux archives ! Tristan et Lucia finissent par travailler ensemble et classer les collections du Musée mais parfois, entre deux documents, ils font plus ample connaissance au milieu des rayonnages.

Lorsque le conservateur est arrêté par les Allemands, une discussion permet d’évoquer les archives : « vous savez qu’on peut tout faire dire aux archives » dit le jeune Tristan à son interlocuteur. Il explique, en effet, avoir séduit les grandes familles de la ville en leur laissant penser que leurs membres avaient tous participé à la création du Musée. Intéressante réflexion que celle de ce conservateur, bien conscient de la puissance de celui qui détient des archives. Certes, les documents disent quelque chose mais on peut souvent en donner plusieurs interprétations, selon le contexte ou les tronquer, voire les falsifier avec plus ou moins de bonheur.

Cependant, les archives servent aussi à traquer les Républicains espagnols dont les documents, confisqués par un commando allemand, ont permis l’identification d’un commando et son arrestation. Les archives sont souvent utilisés à des fins répressives, c’est pourquoi, elles sont parfois détruites à titre préventif pour éviter qu’elles ne dévoilent des secrets. Un échange entre un espion anglais et Churchill confirme cet aspect : « dans tous vos rapports, vous me consignerez un objectif bidon et réaliste. Je ne veux pas qu’à ma mort, on trouve dans mes archives, l’autorisation de recommencer la quête du roi Arthur en pleine guerre !  » Giacometti et Ravenne soulignent l’importance que revêt la postérité pour Churchill qui pense déjà aux archives qu’il laissera. Le premier ministre anglais ne veut laisser derrière lui qu’une impression de sérieux et de rigueur, quitte à oublier de mentionner quelques missions sortant de l’ordinaire pouvant paraître farfelues à la postérité. Utile rappel qui montre bien que les archives sont la partie émergée d’un iceberg qui a fondu ! Elles ne disent pas tout et ce qu’elles disent n’est pas toujours exact, mais c’est tout de même grâce aux archives que l’Histoire s’écrit.

La découverte de nouvelles archives est toujours possible et permet de faire progresser la connaissance historique comme le montre l’évocation de la recherche érudite du XIXe siècle qui, en fouillant les archives, a permis de ressusciter le souvenir lointain des Cathares qui s’était perdu. On connaît tous des fonds rarement consultés qui regorgent pourtant d’informations et de trésors enfouis, ils attendent avec patience le chercheur qui trouvera en leur sein des informations essentielles sur un sujet encore obscur. Les archives de l’époque cathare sert aussi aux Allemands de l’Ahnenerbe qui explorent les documents de l’Inquisition et opèrent des fouilles minutieuses pour tenter de découvrir les secrets de la forteresse de Montségur. On croirait presque voir apparaître Indiana Jones aux détours des pages de ce thriller. On croirait presque voir Indiana Jones apparaître aux détours des pages de ce thriller. 

Lorsque les auteurs évoquent le siège de l’Ahnenerbe, ils indiquent que « des archivistes classaient avec soin une bibliothèque privée qui venait juste d’arriver de Norvège » rappelant ainsi combien les archives furent un enjeu pendant le second conflit mondial : les archives maçonniques confisquées et emmenées en Allemagne puis à Moscou, comme tant d’autres, mais aussi d’autres archives privées ou publiques détournées par les nazis à des fins de coercition ou d’études. La confiscation d’archives n’est pas une nouveauté et on assiste au fil des siècles à des confiscations suivies ou non de restitutions plus ou moins rapides. 

Ce thriller de Giacometti et Ravenne montre bien des aspects inhérents aux archives : elles jouent leur rôle de documents historiques destinés à la recherche mais elles ont aussi une importance stratégique lorsqu’il s’agit de réprimer des opposants politiques. De manière étonnante, elles peuvent aussi être un instrument de drague. On vous conseille de tenter et de nous dire si cela fonctionne.

Sonia D.

 

 

 

 

 

Diable_en_grisLe Diable en gris est un roman de Graham Masterton sorti en 2004 , auteur doté d’une grande renommée dans l’horreur, la terreur et le policier.

Ici, le personnage principal Decker Mc Kenna, lieutenant de police, à peine sorti du deuil de sa compagne, doit mener l’enquête sur de sombres affaires : une femme enceinte décapitée, un officier à la retraité éviscéré et un jeune cuisinier retrouvé ébouillanté dans sa baignoire, les yeux crevés. Seul problème, le meurtrier recherché est totalement invisible – par presque tous – et ne laisse aucune trace derrière lui. Alors que le premier meurtre amène le lieutenant de police à une conclusion plutôt simple, le second le plonge dans un flou total. Mais une jeune alliée pleine de surprises, sa femme qu’il ressent dans son appartement à multiples reprises, et une archiviste militaire, le conduisent dans un chemin où se mêlent Histoire, ésotérisme, croyances et légendes. Mc Kenna doit faire vite car le meurtrier agit sans pitié et se rapproche dangereusement de lui.

Enquête policière veut dire généralement passage aux archives. C’est le cas dans ce roman. Mais le lecteur y entre de façon moins conventionnelle que d’habitude.

Et les archives dans tout ça ??

C’est l’identité de la deuxième victime qui nous amène directement dans le monde des archives : George Drewry, ancien militaire, a terminé sa carrière avec le grade de major « aux services historiques de l’armée, lesquels conservaient les archives qui remontaient jusqu’aux milices de l’époque coloniale. » C’est donc un ancien militaire archiviste qui est éviscéré par le mystérieux meurtrier.

Plus tard, Decker Mc Kenna enquête sur cette seconde victime et se rend à l’ancien lieu de travail de M. Drewry pour y découvrir son passé et interroger ses collègues. Il prend rendez-vous avec un certain Toni Morello qui s’avère être une femme, capitaine et archiviste de son état. Alors qu’ils font connaissance, le lieutenant parait impressionné par « les rayonnages qui allaient du sol au plafond. Chaque rayonnage était rempli de centaines de dossiers au dos gris, et chaque dossier comportait une étiquette blanche à l’écriture soignée. » Voilà un classement digne de ce nom visiblement. L’auteur ajoute : « La bibliothèque faisait plus de quarante-cinq mètres de longueur et avait une verrière teintée de jaune pour filtrer la lumière du soleil ». Dommage, nous n’étions pas loin de la description parfaite : verrière teintée pour éviter la lumière naturelle directe, cependant, exit la salle ou la réserve d’archives, c’est une « bibliothèque ». L’auteur ne s’arrête pas là. En plus d’archives extrêmement bien rangée, nous faisons connaissance avec une archiviste visiblement intelligente, très au point avec ses documents et agréable à regarder si l’on en croit le lieutenant (assez porté sur les jolies femmes). Le capitaine Morello est d’une grande aide pour le lieutenant Mc Kenna, puisqu’elle effectue des recherches pour ce dernier. Lors d’un second rendez-vous, elle lui fait part d’un achat de documents par le major Drewry qu’il n’a pas eu l’occasion de lire « ni encore moins de les classer ». Le lecteur découvre alors que cette liasse « de vieux papiers décolorés, attachés ensemble par une ficelle grise » est un élément clef pour la poursuite de l’enquête, voire la découverte de l’assassin. Dans ce long passage où l’auteur nous fait découvrir des récits personnels de bataille, il n’hésite pas à glisser des éléments pour décrire l’intérêt primordial des archives, que ce soit pour une enquête de police, ou pour l’Histoire d’un pays, et la passion que peut ressentir un archiviste dans son métier. Ainsi, il fait dire au capitaine Morello « La plupart des gens pensent que le centre de documentation historique sert uniquement à conserver de vieilles archives sentant le moisi, mais le Pentagone consulte toujours nos dossiers chaque fois qu’ils projettent une action militaire offensive. Ils peuvent voir de quelle manière des problèmes tactiques ont été abordés dans le passé […] Une armée qui connait son histoire, lieutenant, c’est une armée qui connaît sa force. ».

Je ne peux vous en dire plus (surtout si vous êtes intéressé (e) par la lecture de ce roman) sur cette fameuse liasse de documents où l’on découvre une multitude de sources qui nous amène quasi à la résolution de l’enquête.

Le coéquipier de Mc Kenna, Tim Hicks, effectue également des recherches sur la guerre de Sécession aux Archives de l’Hôtel de Ville de Richmond, et aux Archives de Charlottesville pour retrouver des éléments de généalogies des victimes.

Il n’était pas possible de ne pas réaliser un article sur ce roman, tant les archives y jouent un rôle intéressant, presque de témoin placé au premier rang prêt à tout révéler sur les causes de ces meurtres sordides. L’ouvrage est rythmé par des consultations et des passages réguliers aux Archives. On ressent également un grand intérêt de l’auteur pour les documents d’archives, la mémoire et l’Histoire conservées par les écrits et les recherches.

Emilie Rouilly