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Diable_en_grisLe Diable en gris est un roman de Graham Masterton sorti en 2004 , auteur doté d’une grande renommée dans l’horreur, la terreur et le policier.

Ici, le personnage principal Decker Mc Kenna, lieutenant de police, à peine sorti du deuil de sa compagne, doit mener l’enquête sur de sombres affaires : une femme enceinte décapitée, un officier à la retraité éviscéré et un jeune cuisinier retrouvé ébouillanté dans sa baignoire, les yeux crevés. Seul problème, le meurtrier recherché est totalement invisible – par presque tous – et ne laisse aucune trace derrière lui. Alors que le premier meurtre amène le lieutenant de police à une conclusion plutôt simple, le second le plonge dans un flou total. Mais une jeune alliée pleine de surprises, sa femme qu’il ressent dans son appartement à multiples reprises, et une archiviste militaire, le conduisent dans un chemin où se mêlent Histoire, ésotérisme, croyances et légendes. Mc Kenna doit faire vite car le meurtrier agit sans pitié et se rapproche dangereusement de lui.

Enquête policière veut dire généralement passage aux archives. C’est le cas dans ce roman. Mais le lecteur y entre de façon moins conventionnelle que d’habitude.

Et les archives dans tout ça ??

C’est l’identité de la deuxième victime qui nous amène directement dans le monde des archives : George Drewry, ancien militaire, a terminé sa carrière avec le grade de major « aux services historiques de l’armée, lesquels conservaient les archives qui remontaient jusqu’aux milices de l’époque coloniale. » C’est donc un ancien militaire archiviste qui est éviscéré par le mystérieux meurtrier.

Plus tard, Decker Mc Kenna enquête sur cette seconde victime et se rend à l’ancien lieu de travail de M. Drewry pour y découvrir son passé et interroger ses collègues. Il prend rendez-vous avec un certain Toni Morello qui s’avère être une femme, capitaine et archiviste de son état. Alors qu’ils font connaissance, le lieutenant parait impressionné par « les rayonnages qui allaient du sol au plafond. Chaque rayonnage était rempli de centaines de dossiers au dos gris, et chaque dossier comportait une étiquette blanche à l’écriture soignée. » Voilà un classement digne de ce nom visiblement. L’auteur ajoute : « La bibliothèque faisait plus de quarante-cinq mètres de longueur et avait une verrière teintée de jaune pour filtrer la lumière du soleil ». Dommage, nous n’étions pas loin de la description parfaite : verrière teintée pour éviter la lumière naturelle directe, cependant, exit la salle ou la réserve d’archives, c’est une « bibliothèque ». L’auteur ne s’arrête pas là. En plus d’archives extrêmement bien rangée, nous faisons connaissance avec une archiviste visiblement intelligente, très au point avec ses documents et agréable à regarder si l’on en croit le lieutenant (assez porté sur les jolies femmes). Le capitaine Morello est d’une grande aide pour le lieutenant Mc Kenna, puisqu’elle effectue des recherches pour ce dernier. Lors d’un second rendez-vous, elle lui fait part d’un achat de documents par le major Drewry qu’il n’a pas eu l’occasion de lire « ni encore moins de les classer ». Le lecteur découvre alors que cette liasse « de vieux papiers décolorés, attachés ensemble par une ficelle grise » est un élément clef pour la poursuite de l’enquête, voire la découverte de l’assassin. Dans ce long passage où l’auteur nous fait découvrir des récits personnels de bataille, il n’hésite pas à glisser des éléments pour décrire l’intérêt primordial des archives, que ce soit pour une enquête de police, ou pour l’Histoire d’un pays, et la passion que peut ressentir un archiviste dans son métier. Ainsi, il fait dire au capitaine Morello « La plupart des gens pensent que le centre de documentation historique sert uniquement à conserver de vieilles archives sentant le moisi, mais le Pentagone consulte toujours nos dossiers chaque fois qu’ils projettent une action militaire offensive. Ils peuvent voir de quelle manière des problèmes tactiques ont été abordés dans le passé […] Une armée qui connait son histoire, lieutenant, c’est une armée qui connaît sa force. ».

Je ne peux vous en dire plus (surtout si vous êtes intéressé (e) par la lecture de ce roman) sur cette fameuse liasse de documents où l’on découvre une multitude de sources qui nous amène quasi à la résolution de l’enquête.

Le coéquipier de Mc Kenna, Tim Hicks, effectue également des recherches sur la guerre de Sécession aux Archives de l’Hôtel de Ville de Richmond, et aux Archives de Charlottesville pour retrouver des éléments de généalogies des victimes.

Il n’était pas possible de ne pas réaliser un article sur ce roman, tant les archives y jouent un rôle intéressant, presque de témoin placé au premier rang prêt à tout révéler sur les causes de ces meurtres sordides. L’ouvrage est rythmé par des consultations et des passages réguliers aux Archives. On ressent également un grand intérêt de l’auteur pour les documents d’archives, la mémoire et l’Histoire conservées par les écrits et les recherches.

Emilie Rouilly

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Sans pitié ni remords est un roman policier de Nicolas Lebel, professeur d’Anglais et auteur de plusieurs titres de fiction mettant en scène l’inspecteur Mehrlicht. Dans cet ouvrage, Lebel évoque le monde de l’art et les trafics d’œuvres qui se trament en sous-main dans les réserves des grandes institutions.

Sans pitiéNous sommes en novembre 2014 et le capitaine Mehrlicht vient de perdre son meilleur ami, Jacques Morel, également policier. Sans héritier, Morel fait de Mehrlicht son légataire. Alors que le notaire lui tend une enveloppe contenant un diamant, le capitaine Kabongo de l’OCBC, la « police de l’Art » lui tombe dessus comme sur un suspect. Le diamant provient de l’œil d’une statue dérobée au Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie dix ans auparavant. Cette statue semble d’ailleurs attirer bien des ennuis à ceux qui l’approchent de trop près. Les morts parsèment l’enquête : les personnels de différents musées parisiens sont victimes de tueurs mystérieux. Kabongo est présenté comme un policier amoureux de son travail qui est de récupérer des œuvres volées, parfois depuis des siècles : « Elles nous sont transmises afin que nous en prenions soin et pour qu’à notre tour, nous puissions les confier aux générations suivantes » explique-t-il, décrivant ainsi un peu notre beau métier d’archiviste également.

Mais, ce billet ne devrait-il pas se trouver sur un site intitulé « Musée et culture pop' » me direz-vous ? Ce serait, en effet, totalement justifié au vu du sujet et des descriptions très précises des rivalités entre institutions et des pertes d’œuvres à l’occasion de leur transfert. Je vous invite d’ailleurs à lire ce polar pour cet aspect, certes parfois outrancier, mais intéressant.

Et les archives dans tout ça ??

La première mention des archives apparaît assez tôt dans l’ouvrage lorsque le capitaine Cuvier, prenant le relais de son collègue en vacances, arrive dans les bureaux et les observe. Chaque bureau reflète la personnalité de celui qui l’occupe, nous l’avons tous remarqué et l’auteur fait ici le même constat : « A gauche, le bureau de Dossantos (…) ; les dossiers y étaient en ordre. A droite, celui de Mehrlicht était un chaos où s’entremêlaient des feuilles diversement colorées, des chemises cartonnées que les archives devaient rechercher depuis plusieurs mois (…)« . Et là, je vous vois, chers collègues archivistes, lever les yeux au ciel et soupirer, vous rappelant les documents sortis pour consultation interne que vous réclamez depuis des mois à vos collègues qui les ont oubliés dans un tiroir – quand ils n’ont pas eu la bonne idée de les glisser subrepticement dans un nouveau versement…

L’importance de l’archivage dans le travail des policiers est relevée bien plus loin dans le récit lorsque les inspecteurs Latour et Dossantos sont confinés au bureau au lieu de suivre leur chef sur le terrain. « Latour et Dossantos étaient assis à leurs bureaux, devant leurs ordinateurs parce que les tâches de saisie, de compilation et d’archivage étaient au cœur de leur travail. » Nicolas Lebel explique, en effet, que le fait de consigner les détails d’une enquête permet ensuite des recoupements et ainsi aide à élucider des affaires, parfois longtemps après. Laisser trace, compiler un maximum d’informations est essentiel dans le cadre d’enquêtes complexes qui peuvent parfois prendre plusieurs années et s’enrichir de témoignages divers. Dans les grandes affaires, cela peut occasionner une masse d’information parfois difficilement exploitable par un être humain mais c’est aussi cette accumulation de détails qui peut parfois permettre de trouver une aiguille dans une meule de foin, d’où l’intérêt de délais de conservation assez longs pour ce type de dossiers, intérêt qui se heurte parfois à la dure réalité du manque d’espace de conservation.

Archives égarées dans les bureaux, archives courantes en cours d’élaboration, les commissariats de police sont riches en documents en tous genres. Sans pitié ni remords démontre l’importance d’une bonne gestion de l’information dans le domaine du renseignement mais la démonstration est évidemment valable dans tous les domaines !

Sonia Dollinger

 

Adapté des six romans policiers à succès du Danois Jussi Adler-Olsen, Les Enquêtes du Département V, comportent 3 opus au cinéma.

Misericorde_1Récompensé par des prix littéraires scandinaves, l’auteur connait un grand succès auprès du public. Le lecteur retrouve dans ces romans les ambiances noires et les intrigues qui font le succès des auteurs nordiques dans le genre thriller policier, tel que Stieg Larsson et son Millénium ou Camilla Lackberg et La sirène.

La mutation aux services ….. des archives

L’inspecteur Carl Morck travaille au service criminel de la police judiciaire danoise. A la suite d’une intervention avec son équipe, un de ses coéquipiers est tué et l’autre restera lourdement handicapé. Il fait une grave dépression, sa femme le quitte et il sombre dans l’alcool.

Lorsqu’il est jugé apte à reprendre du service, sa hiérarchie lui signifie sa mutation au Département V, service d’archivage des affaires classées. L’objectif est clair, reprendre toutes les enquêtes classées depuis les 20 dernières années, les trier et les clore ….

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L’assistant

Pour atteindre les objectifs fixés, on lui attribue un assistant, Hafez El Assad. C’est un jeune policier inexpérimenté dont personne ne veut dans les services…

Le bureau des affaires classées

Le service est situé dans les sous- sol des services de police. C’est un vaste vrac d’objets et de boites d’archives entassées. Heureusement que l’assistant est motivé ! Il met de l’ordre et propose une méthode de tri bien personnelle : afficher les affaires sur le mur pour choisir celles qui sont à traiter chaque semaine…

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L’affaire

L’inspecteur, refusant son rôle « d’archiviste judiciaire » va se pencher sur des affaires non résolues non pas pour les fermer, mais pour les rouvrir. L’assistant proteste « le chef nous a demandé de classer les affaires … ». Les deux enquêteurs s’intéressent à l’affaire d’une victime déclarée hâtivement décédée par suicide … mais aucun cadavre n’a été retrouvé.

L’énigme

Les deux compères vont analyser les documents de l’affaire et retracer dans le détail la vie de victime qu’il considère comme disparue et non suicidée. La victime, une jeune femme orpheline qui s’occupe de son frère handicapé, disparaît lors d’une traversée à bord d’un ferry avec ce dernier. Son frère ne peut pas s’exprimer à cause de son handicap et la victime n’est pas réapparue depuis 5 ans. Le film alterne des séquences du passé et du présent, tenant le spectateur en haleine grâce à une intrigue bien construite et une affaire originale.

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La résolution de l’affaire

Grâce aux archives bien sûr ! Une collection complète de photos va leur permettre de remonter la piste et de résoudre l’affaire en identifiant le kidnappeur et l’endroit où la victime est retenue contre son gré.

Et les archives dans tout ça ??

L’auteur introduit le premier opus de sa série policière en montrant une image ringarde des archives, à travers le choix des protagonistes – un policier dont la carrière est finie et un jeune débutant. Le policier mis au placard après une faute et une dépression est une figure classique de la littérature policière et son reclassement aux archives l’est tout autant.

L’image ringarde des archives peut se lire aussi dans la description des lieux : un débarras poussiéreux et jamais éclairé par une quelconque lumière naturelle. En Europe du Nord comme en France, travailler dans un service d’archives est perçu comme une punition … et les archives pâtissent d’une image vieillotte.

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un peu sombre…et encombré !

Au fur et à mesure du déroulé de l’intrigue, on note cependant l’importance croissante des archives dans l’enquête.

A l’origine constituées comme moyen de preuve, elles deviennent un atout pour comprendre la vie de la victime et identifier son ravisseur. Au final, le dénouement heureux de l’enquête aboutit grâce aux archives photographiques et à la compétence des deux agents. Ainsi, le premier opus se termine sur une image positive, à la fois pour les personnages, qui sont félicités et pour l’importance des documents d’archives quel que soit leur support.

Florence Masson

Un billet très spécial cette semaine avec une présentation du blog et de l’équipe qui le fait vivre depuis maintenant deux ans et cent numéros ! Nous n’aurions pas forcément parié sur le succès d’une telle initiative et nous remercions chacun de celles et ceux qui la soutiennent, soit en écrivant un billet, soit en indiquant des références, soit en lisant ou partageant les articles.

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C’est avant tout notre amour et notre passion pour le métier d’archiviste qui nous guident et ce petit blog n’a d’autre ambition que de vous les faire partager tout en montrant l’extraordinaire foisonnement de la présence des archives dans notre culture populaire et quotidienne. Au fur et à mesure de l’écriture de nos billets, nous avons découvert des références dans des fictions où l’on ne pensait pas vraiment trouver des archives. Parfois, certains d’entre nous ont noté des apparitions archivistiques dans leur série préférée, dans leur jeu favori ou dans leurs comics. Parfois, on se donne même des petits challenges du genre : « allez, repère des archives dans Une Nounou d’Enfer » – oui, ok, on a des passe-temps inquiétants !

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Ce qui était au départ un simple petit jeu est devenu une observation attentive. Le plus drôle est que, finalement, de plus en plus de monde s’est pris au jeu : archivistes ou non, vous êtes désormais nombreux à noter la moindre mention des archives lors de vos parties de jeu vidéo ou au cours de vos lectures. Rien ne fait d’ailleurs plus plaisir que vos envois d’images et de citations en tous genres. Cela nous prouve votre curiosité pour ce blog et pour son contenu et cet intérêt dépasse le petit milieu des archivistes ce qui est pour nous surprenant et motivant.

Ce blog ne vivra que parce que vous le soutiendrez d’une manière ou d’une autre alors il ne tient qu’à vous de poster un petit commentaire, partager nos articles et en parler autour de vous. Son existence est un hommage aux archives qui sont les témoins de notre vie quotidienne et de celles de nos ancêtres, ces archives qui sont bien loin d’être aussi poussiéreuses que les clichés tenaces le laissent à penser. Archives et culture pop’ est aussi un bon argument pour montrer l’aspect moderne et récurrent de l’utilisation des archives dans la fiction.

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N’oubliez pas que nous sommes également présents sur facebook et twitter (@ArchivesPop1) où vous pouvez retrouver les billets publiés mais aussi des brèves et interagir avec nous. Vous pouvez évidemment proposer vos contributions pour faire partie de l’équipe occasionnellement ou régulièrement. Certains proposent un seul article, d’autres davantage et vous n’avez pas forcément besoin d’être archiviste pour participer, Alors, on se lance ?

En attendant de vous lire, nous vous présentons l’ensemble des contributeurs d’Archives et culture pop’ :

Les membres d’Archives et Culture pop

L’équipe 


Sonia Dollinger
: créatrice du blog en juillet 2014. L’idée est née à la suite de ses cours de valorisation et action culturelle dans les archives dispensés depuis plus de dix ans auprès des étudiants de Licence APICA et de Master Pro Archives à l’Université de Bourgogne. Faisant travailler les étudiants sur l’image des archives et des archivistes dans la culture populaire et accumulant les références, il lui a paru intéressant d’en garder trace – en bonne archiviste – et de prolonger l’expérience par un blog. C’est ainsi qu’est né « Archives et culture pop‘ ». Les passions de la rédac’chef sont évidemment les archives, les comics et plus largement la culture geek. Elle tient aussi le blog Comics have the Power.

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Marc Scaglione : archiviste de métier, Marc est arrivé sur le blog en 2016. Il propose régulièrement des articles et apprécie en particulier la culture japonaise, les jeux vidéos, la science-fiction et la bande dessinée.

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Christelle Lachiche
: si elle n’est pas archiviste de métier, Christelle est notre fin limier qui repère le mot archives à chaque fois qu’elle visionne une émission ou une série. Rien
ne lui échappe et elle se lance même dans le montage vidéo pour notre plus grand plaisir ! Les vidéos sont, pour l’instant, visibles sur la page facebook en attendant un autre mode d’hébergement.

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Emilie Rouilly : archiviste passionnée d’Histoire, fan de l’univers de Tim Burton, de musique – en particulier pop-rock anglo-saxonne, elle co-administre la page facebook, donne régulièrement des références et relit les articles avec acuité.

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Les contributeurs

Nicolas Caré : archiviste qui nous a présenté un « triste archiviste« .

Roselyne Chapeau : archiviste en Valdoisie, amatrice de thrillers nous a offert un billet sur Preston and Child.

Charlène Fanchon : archiviste qui a eu la lourde tâche de parler de 1984, l’ouvrage mythique de George Orwell

Géraldine Faupin : archiviste archéologue, elle a évoqué pour nous la mascotte des archivistes : Gaston Lagaffe.

Céline Fernandez : archiviste en Isère qui a écrit sur la série Versailles.

Flavie Gourdon : archiviste amatrice de séries en tous genres qui a présenté Chuck et le Caméléon.

Chrystelle Langlais : archiviste musicienne, fan d’héroïc fantasy, de jeux vidéos et de tout ce qui est geek de manière générale. Chrystelle a notamment écrit sur Kushiel.

Cécile Mercey : archiviste, elle nous a proposé un billet sur Cloud Atlas.

Déborah P. :archiviste blogueuse (archivisteenarchivie) à qui nous devons un billet sur Galaxy Quest.

Sim Theury : grand connaisseur de comics, il tient deux super blogs sur le sujet : Unspoiled Comics et Le cabinet de curiosités Marvel et nous a fait l’honneur d’un billet sur Crossed + 100 pour Halloween.

 

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Maintenant que vous connaissez mieux notre équipe et notre philosophie, venez rejoindre l’aventure !

Nous avons le plaisir d’accueillir une nouvelle contributrice, Rose Chapeau, qui rejoint l’équipe pour un beau billet évoquant des auteurs qui nous sont chers : Preston and Child. Bienvenue Rose et merci à toi !! Attention, cette chronique est susceptible de contenir des spoilers.

Il est grand et très élancé, impassible dans son éternel costume noir. Avec sa peau pâle, ses cheveux blonds presque blancs et son regard argenté, on le prend souvent pour un croque-mort. Il s’agit en fait de l’inspecteur du FBI Aloysius Pendergast, créé en 1995 par Douglas Preston et Lincoln Child.

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Douglas Preston

Preston a travaillé pendant plusieurs années au Muséum d’histoire naturelle de New York, notamment comme directeur de publication des catalogues d’exposition. Child a été éditeur, également à New York. Rien d’étonnant donc à ce que la première aventure de leur héros se déroule au Muséum, dans les couloirs duquel rôde une créature sanguinaire (Relic, paru initialement en France sous le titre Superstition). L’inspecteur Pendergast apparaît alors presque comme un personnage secondaire, dont on ne sait rien sinon qu’il fonctionne de façon atypique : il passe outre la hiérarchie, ne respecte aucune procédure et considère la flatterie et le chantage comme une fin justifiant les moyens.

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Lincoln Child

Depuis, ses  créateurs ont eu tout loisir de développer ce curieux enquêteur et son entourage, à travers quinze romans, dont le dernier en date, Mortel Sabbat, est paru en France en 2016. Malgré sa retenue affective, Aloysius Pendergast sait s’attirer l’amitié de nombreux personnages qui l’aident à résoudre les énigmes étranges auxquelles il est confronté. Conçu comme le digne héritier de Sherlock Holmes, il recherche toujours une explication rationnelle. Il emprunte également au détective britannique une intelligence et une culture hors du commun, ainsi qu’un certain talent pour le déguisement et une maîtrise de techniques de méditation ancestrales. Mais il sait aussi se battre et venir à bout physiquement des adversaires les plus retors. Le tour de force de Preston & Child consiste à distiller en parallèle, livre après livre, des informations personnelles sur leur mystérieux inspecteur : la tactique est payante et peut rapidement vous transformer en lecteur assidu, voire complètement accro !

Et les archives dans tout ça ??

Elles sont partout. Chaque aventure de l’inspecteur Pendergast y fait appel au moins une fois, pour apporter des éléments essentiels à l’avancée de son enquête.

chambre_1Parmi les quinze ouvrages actuels du cycle, le troisième, intitulé La chambre des curiosités, est un des plus riches en termes de références aux archives. Il faut dire que le sujet s’y prête : un charnier datant de la fin du XIXe siècle est découvert sur un chantier de construction de Manhattan. Les os présentent de curieuses entailles, les mêmes que l’on retrouve bientôt sur les corps mutilés qu’un tueur sème dans la ville. Pendergast est persuadé que pour arrêter le meurtrier d’aujourd’hui, il faut retrouver celui du passé.

Pour ce faire, la première étape passe par les archives du Muséum d’histoire naturelle. Les squelettes ont en effet été découverts sous ce qui était au XIXe siècle un Cabinet de curiosités, dont les collections et les documents y afférent sont conservés par l’institution.

Plusieurs scènes se déroulent donc dans ce service qui, il faut bien l’admettre, ne brille pas par sa modernité : « installé dans les sous-sols » et accessible par « un dédale d’ascenseurs de service, d’escaliers en colimaçon, de couloirs sinueux et de passage mal éclairés« , même le personnel du musée a du mal à s’y rendre. L’archiviste est bien évidemment un vieil homme, qui refuse de se servir d’un ordinateur et est considéré par la direction du musée comme  » un reliquat fossilisé d’une ère révolue, un anachronisme vivant dont on aurait dû se débarrasser depuis longtemps« .

Toutefois, le service des archives va permettre de retrouver un document essentiel à l’identification du tueur du XIXe siècle. Quant à  notre archiviste décati, il sera bien mal récompensé de son zèle, puisqu’il finira encorné sur un crâne de tricératops… Dangereux métier !

Par la suite, afin de trouver d’autres renseignements sur le tueur du passé, Pendergast préconise plusieurs pistes. D’une part, il envoie le journaliste Bill Smithback consulter la presse ancienne dans la salle des archives du NY Times, surnommée « La Morgue » (sic). On note au passage que Smithback préfère compulser les éditions papier, quitte à se perdre dans la lecture d’articles sans lien avec son sujet de recherche.

D’autre part, il confie à un inspecteur de police le soin de retrouver les archives d’une pharmacie qui existait à la fin du XIXe siècle et qui fournissait le tueur en produits chimiques. Malgré l’incendie qui a ravagé l’endroit en 1924, le policier met la main sur deux livres de comptes détaillés antérieurs, sauvés des flammes et conservés précieusement dans le coffre fort de l’officine.

Enfin, l’inspecteur du FBI s’attaque aux Archives municipales, afin de lister les demeures du Nord Ouest de Manhattan antérieures à 1900. A la Public Library de New York, il consulte la collection léguée par le responsable du cadastre de la ville à la fin du XIXe siècle: il y prend connaissance de copies d’actes de propriété, dont les originaux, conservés par l’Académie d’histoire de New York, ont disparu…

Malgré les efforts de l’inspecteur du FBI pour retrouver l’adresse du tueur du passé, c’est le journaliste Bill Smithback qui y parvient le premier. Il a en effet l’idée de s’introduire dans la salle du Muséum renfermant les archives du personnel, pourtant gardées par deux agents de sécurité. Le dossier recherché est – bien sûr- manquant, mais heureusement, il existe des copies carbone qui ont échappé à la vigilance du tueur !chambre_2

Si La Chambre des curiosités est un cas d’école, l’importance des archives pour lire le passé et comprendre le présent est un thème sous-jacent dans tous les ouvrages du cycle. C’est assez inattendu dans l’univers du polar, surtout de façon récurrente. On peut aussi signaler la présence de nombreuses institutions patrimoniales américaines au gré des différents tomes. A vrai dire,  les livres de Preston & Child pourraient parfaitement faire l’objet d’une chronique pour un blog « Musées et culture pop' », ou encore « Bibliothèques et culture pop' ». A bon entendeur…[ndlr : nous accueillerons avec bienveillance les bibliothécaires et personnels des musées qui souhaiteraient s’y mettre en leur créant des sections adéquates]

Rose Chapeau