Archives de la catégorie ‘BD, comics, manga’

Signé Caméléon est une des deux enquêtes présentes dans le premier tome des albums de la série Ric Hochet. La seconde enquête, intitulée Traquenard au Havre, donne son nom au volume. L’album sort en 1963 aux éditions le Lombard après que chacun des récits ait été publié dans le Journal de Tintin entre 1961 et 1962. Le scénario est signé André-Paul Dûchateau et le dessin Tibet.

Quelle est l’histoire ?

Le jeune reporter Rich Hochet dépose son ami le commissaire Bourdon non loin de chez lui. Alors que les deux hommes se quittent, le commissaire manque d’être renversé par un chauffard. Alors que Ric amène Bourdon à son domicile, ce dernier s’aperçoit qu’il a été cambriolé et qu’un dossier confidentiel lui a été dérobé. Il semble qu’un ennemi de l’ombre veuille faire du tort au commissaire et le pousser à la démission mais qui est ce mystérieux adversaire et dans quel but agit-il ?

Et les archives dans tout ça ??

Comme il se doit dans ce type de récit policier, l’enquête patauge et le temps presse. Aucun indice concluant ne se fait jour et le commissaire est au bord de la démission. Ric Hochet, féru d’enquêtes, mène ses propres investigations et tente de comprendre qui peut bien en vouloir à son ami à ce point là. La piste suivie mène Ric Hochet jusqu’à un certain Pierrot Volcan qui portait un tatouage en forme de caméléon, qui fut arrêté par le commissaire Bourdon. Toutefois, un problème de taille surgit : Pierrot Volcan est mort et ne peut donc avoir fomenté ce complot.

C’est alors que Ric Hochet se tourne vers le recours ultime : les archives. Le nom donné à la salle d’archives du journal est assez déplaisant puisqu’on l’affuble du nom de « Morgue ». En gros, consulter les archives sonne ici comme aller rendre visite à un cadavre. Ce même terme avait déjà été relevé par Emilie Rouilly dans son article sur Minuit 4 de Stephen King, il semble donc être usité pour désigner une salle d’archives, bien qu’heureusement peu courant.

Dernier recours, dernier lieu avant le silence de la mort ? Pourtant, on voit Ric ouvrir un registre relié contenant des exemplaires de journaux. Or, de ce registre semble s’échapper des informations essentielles à la résolution de l’énigme. Ainsi, dans le silence d’une salle d’archives, Pierrot Volcan revient à la vie à travers les articles de presse parcourus par Ric.

On note l’absence d’un archiviste, Ric est seul dans une pièce qui semble assez exiguë. La manipulation du registre n’est pas optimale et l’archiviste a une pensée pour la reliure qui souffre. La table de consultation est remplie de documents et nous avons une pensée émue pour celle ou celui qui devra ranger après le passage de Ric Hochet.

la joie du chercheur quand il fait une trouvaille !

L’apparition des archives est brève dans ce récit mais elle est significative d’une certaine vision des archives. Rappelons-nous que dans certaines entreprises, on appelle parfois les archives définitives des « archives mortes ». Pourtant, la résolution de l’énigme passe forcément par les archives dont la consultation a donc une incidence directe sur la vie des protagonistes. Les documents fourmillent de vie et de petites histoires qui ne demandent qu’à sortir de leur registre de papier. Au fond, quoi de plus vivant que les archives ?

Sonia Dollinger

Maus de Art Spiegelman est l’unique bande-dessinée a avoir remporté le prix Pulitzer (1992). Ce best-seller publié entre 1986 et 1991 et composé de deux tomes, a fait l’objet d’une exposition au musée d’art moderne de New York. Il est dédié à Richieu, le frère ainé de l’auteur, décédé au moment où les nazis liquident le ghetto de Zawiercie. Le titre Maus signifie souris en allemand. Un titre adéquat dans ce monde composé d’animaux anthropomorphiques où les Juifs sont représentés sous la forme de souris et les Allemands sous celle de chats. Avec des cases en noir et blanc, Art Spiegelman traite de la Shoah ainsi que de la relation tendue qu’il entretient avec son père, Vladek, survivant des camps. Ce dernier narre les persécutions nazies entre les années 1930 et 1945. A ce récit se superpose celui du fils à partir de 1978 sur la difficulté de transmettre de la mémoire.

La première histoire que le lecteur découvre est celle de Vladek et de sa femme Anja, leur peur quand le drapeau orné d’une croix gammée est installé dans leur ville.

La déportation et la lutte quotidienne pour survivre dans les camps sont longuement détaillées. Dans l’après-guerre, Vladek et Anja s’adaptent difficilement à leur nouvelle vie aux Etats-Unis. Anja se suicide en 1968 ; quant à Vladek, la peur du manque et son caractère obsessionnel restent présents toute sa vie.

La seconde histoire est celle de l’auteur lui-même, qui révèle l’horreur des camps à un moment où peu de documentation était disponible. Il apprend à connaître Vladek, qui lui semblait jusque-là inaccessible, grâce aux interviews. Celui-ci répond parfois volontiers, parfois à contre-cœur, ne comprenant pas toujours l’intérêt de son fils pour son passé.

Les témoignages oraux et écrits de survivants, ainsi que des objets et des archives visuelles sont distillés tout au long du récit. L’archive, par sa présence ou son absence, est l’un des thèmes fondamentaux de l’œuvre comme le prouve les cases où l’auteur retrouve trois photographies de sa famille maternelle. Art Spiegelman a lu les déclarations des survivants, a recueilli des photographies. En 1978, il voyage en Pologne pour se rendre sur les lieux évoqués dans les témoignages afin de les retranscrire en images : les fours crématoires, la taille des camps, puis a obtenu des copies des plans et des schémas. Il fait cela pour « rester au service de la déposition de son père – tout en ne réduisant pas les images à de simples illustrations ». Cette démarche permet à l’auteur d’assurer une cohérence historique à son récit et de rester le plus fidèle possible aux descriptions des lieux. Vladek raconte à son fils ce qu’il a vu des chambres à gaz durant son internement à Auschwitz. Cela est mis en parallèle avec un plan du crématorium II qui renforce le témoignage oral : on y voit la chambre de déshabillage, la chambre d’exécution, la cheminée et les stocks de charbon.

L’archive permet de reconstituer le point de vue des individus, ce qui est capital lorsqu’on travaille sur la mémoire. A la fin de l’ouvrage, il évoque le souvenir d’une photographie de lui-même, en uniforme de prisonnier, et celle-ci se retrouve intégrée à la bande dessinée, bien qu’elle soit prise longtemps après la libération.

Le destin des carnets d’Anja, contenant ses souvenirs de Birkenau, restent une énigme jusqu’à ce que Vladek révèle les avoir brûlés. Cet acte lui vaut d’être accusé d’assassin par son fils. Cette réaction se justifie dans le contexte de la post mémoire, l’archive constituant, pour le survivant, le seul lien matériel avec la mémoire traumatique de ce passé. C’est précisément parce que ces documents contenaient trop de souvenirs que Vladek les a brûlés. Cet excès d’archives était douloureux pour lui.

Maus est donc une œuvre basée sur des archives écrites et orales qui sont transmises d’une génération à l’autre. Elle a ouvert la voie aux romans graphiques mémoriels où l’archive occupe une place de premier plan. Par son format, la bande-dessinée permet l’immersion et la compréhension des événements historiques par le public.

Anaïs Gulat

Les Naufragés de la Méduse est une bande dessinée qui a pour scénariste Jean-Christophe Deveney et Jean-Sébastien Bordas, ce dernier assurant également le dessin et la couleur. Le titre est sorti chez Casterman en 2020. Le récit reprend la genèse de l’œuvre éponyme de Théodore Géricault. Les auteurs, bien documentés, retracent à la fois l’histoire du naufrage et celle du peintre réalisant son tableau.

Quelle est l’histoire ?

Paris, 1817, le jeune peintre Théodore Géricault est de retour en France après un long séjour en Italie. Il revient avec la ferme intention de réaliser une toile évoquant le naufrage du radeau de la Méduse en 1816. En effet, ayant mis la main sur le témoignage de deux survivants, l’artiste est frappé par le destin des malheureux rescapés et des nombreux passagers ayant péri sur cette embarcation de fortune. Pour Géricault, cette œuvre est également une critique de l’ordre monarchique dont les officiers ont montré leur arrogance et leur incapacité, provoquant ainsi cette catastrophe qui a tant marqué les esprits de l’époque, effrayés par la sauvagerie et le cannibalisme qui se sont faits jour à cette occasion.

Et les archives dans tout ça ??

Pour réaliser son tableau, Théodore Géricault se documente avec abondance. En premier lieu, il lit le récit de deux rescapés qui ont livré leur version des faits. Il s’agit de Jean-Baptiste Henry Savigny, chirurgien et d’Alexandre Corréard, ingénieur-géographe.

A partir de cette source imprimée, Géricault se fait une première idée mais, très vite, il ressent le besoin d’aller consulter les archives du procès. En effet, la cour martiale s’est réunie à Rochefort en 1817 et prononce la condamnation d’Hugues Duroy de Chaumareys à la perte de ses décorations et à trois ans de prison. Plus que le procès d’un homme, il s’agit d’une mise en cause de toute une partie de la marine archaïque et crispée sur ses certitudes prérévolutionnaires.

Le problème est évidemment que les archives ne sont pas communicables. La lutte de Théodore Géricault pour la compulsation des archives du procès de la Méduse n’est pas sans rappeler nos débats contemporains sur l’accès aux archives des guerres de décolonisation ou du Rwanda. Avec enthousiasme, Géricault déclare : « je vais aux archives consulter les minutes de son procès », ce à quoi son interlocuteur répond avec scepticisme : « tu crois vraiment qu’on va te laisser y accéder ? ». Excellente question mais depuis la loi du 7 Messidor An II, les archives sont ouvertes à tout citoyen en théorie mais on imagine bien que des archives aussi récentes et dont le caractère politique est flagrant sont difficilement consultables. Toutefois, Géricault sort l’arme ultime : une bourse remplie d’argent, indiquant que cela facilitera les choses. Aïe, cela veut-il dire que nos ancêtres archivistes seraient des êtres corrompus ? Pas forcément, puisque les documents étant encore récents, ils sont encore au Ministère et donc chez le producteur. L’honneur archivistique est sauf tout comme celui des fonctionnaires du ministère puisque Géricault revient sans avoir pu soudoyer l’employé et donc sans avoir pu étudier les archives du procès. Cela complique ses recherches et le frustre dans sa volonté de connaître les détails avant de peindre. La volonté de Géricault était pourtant louable puisqu’il s’agissait pour lui de confronter les récits des deux témoins avec les informations contenues dans les archives, pour avoir une vision la plus juste possible des événements.

Etant dans l’impossibilité d’accéder aux sources, Géricault décide de rencontrer lui-même les témoins encore vivants de ce naufrage traumatique. Il se confronte aux difficultés de recueillir la parole des protagonistes, certains étant très réticents à revivre cet épisode ou n’en voyant pas l’utilité. Ces échanges rappellent ceux de l’archiviste lorsque nous avons à réaliser une campagne d’archives orales qui se heurte parfois ) aux appréhensions de certains. Apprivoiser son interlocuteur, lui donner confiance sont deux qualités maîtresses dans ce cadre là. Une discussion avec Alexandrine, la femme de sa vie, fait prendre conscience à Géricault de la nécessité de prendre de la distance avec les récits des deux témoins que sont Savigny et Corréard, indiquant très justement qu’il s’agit de leur vision personnelle mais que personne n’aura jamais la version des nombreux disparus. Le questionnement sur la parole du témoin est très intelligemment amené.

Enfin, Théodore Géricault pourra accéder aux archives du procès grâce à l’intermédiaire d’un partisan de la cause bonapartiste haut placé. Il communique au jeune artiste tous les documents qu’il souhaite, précisant qu’il peut les emporter car il s’agit de copies effectuées par ses soins comme cela se pratiquait assez couramment alors. Ainsi, Géricault peut étudier à loisir les pièces du procès ce qui lui permet de restituer avec le plus de justesse possible le moment qu’il veut laisser à la postérité. On pourra se questionner sur le recours à la copie, toujours susceptible d’être objet de falsification.

A travers cet ouvrage, le lecteur comprend l’importance de l’accès aux archives dites sensibles que ce soit dans un but politique – ici émettre une critique du système monarchique qui promouvait des officiers d’Ancien Régime hors d’âge – ou documentaire comme c’est le cas pour Géricault qui veut offrir une vision spectaculaire mais juste aux contemplateurs de son œuvre. La question de la parole du témoin et de sa mise à distance est aussi très intéressante pour le chercheur comme pour l’archiviste.

Sonia Dollinger

Doctor Who est une série télévisée britannique créée en 1963, puis après un arrêt en 1989, est relancée en 2005 dans la continuité de la première. C’est par cette seconde série, diffusée alors sur France 4 que les Français font la connaissance du héros, un extraterrestre de la race des Seigneurs du Temps, voyageant au bord de son vaisseau, le TARDIS, camouflé en cabine d’appel de la police, à travers l’espace et le temps dans l’univers. La caractéristique du Docteur étant qu’il peut à sa mort se régénérer en une nouvelle forme avec un nouveau caractère et de nouveaux goûts, sans pour autant perdre sa mémoire. Il existe de nombreux produits dérivés, notamment des comics. Ainsi l’éditeur français, French Eyes, a traduit et édité en français onze comics entre 2011 et 2014 avec pour héros le Docteur n°10 (David Tennant) et le Docteur n°11 (Matt Smith). Nous nous intéressons ici au tome 3, intitulé « A travers le temps et l’espace », qui est un recueil, incluant une histoire qui s’intitule « La guerre de sang-froid ».

Quelle est l’histoire ?

L’Empire de Draconia est en crise. Les maisons royales qui composent l’élite se déchirent à propos de l’intronisation du nouvel empereur, une femme, ce qui scandalise cette société patriarcale. La guerre civile est proche. Dans le même temps, le Docteur n°10 (David Tennant) propose à Donna, la compagne humaine qui partage ses tribulations, d’assister à un opéra sur Cononsis Minor, un endroit tellement sélectif qu’il faut des décennies voire des siècles pour avoir une place. Evidemment, ils vont atterrir en pleine capitale draconienne….

Et les archives dans tout ça ??

Pour éviter la guerre civile, les maisons royales font appel à la Fédération pour une conciliation. L’histoire débute dans le vaisseau qui transporte les Délégués de la Fédération. L’un d’eux sort son argument massue pour faire accepter la nouvelle impératrice et éviter la guerre civile : l’histoire draconienne ! Mais il est bon et facile d’invoquer l’histoire sans preuves, le Délégué a donc amené des archives appuyant son propos. Ainsi déclare-t-il :

« Ce genre de négociations n’est jamais facile à mener, surtout quand les conventions culturelles sont en jeu. Néanmoins, je pense que les documents des archives draconiennes, donnés par la Terre à la fin de la Première Grande Guerre spatiale, que j’ai en ma possession, pourront nous être utiles.

Voyez-vous les documents qui nous ont été confiés sont des enregistrements de Draconia qui datent de l’époque tribale d’il y a cinq cents ans. Ils montrent bien qu’historiquement, les femmes avaient autant de pouvoir que les hommes…Ce n’est que depuis le début de l’ère industrielle que les femmes ont été réduites au silence »

Hélas, la faction extrémiste draconienne détruit le vaisseau de la délégation, les archives disparaissant alors.

Cet extrait court est cependant assez riche. D’abord, il nous rappelle que les biais d’interprétation sont importants dans le domaine de la science et on interprète trop souvent le monde d’autrefois comme un décalque du monde d’aujourd’hui. Ainsi on retravaille aujourd’hui sur la place de la femme dans les sociétés préhistoriques, interprétée systématiquement comme des sociétés patriarcales. Les archives peuvent véhiculer ces biais mais aussi démontrer le contraire. C’est le travail de tout historien d’analyser et de faire la part des choses.

Enfin, cet extrait montre bien le lien particulier entre guerre et archives. En effet, les archives draconiennes sont en possession de la Terre après une guerre. Les informations sont un nerf crucial de la guerre, s’agit-il ici donc d’un vol d’information ? Ou d’un pillage ? Des situations bien connues dans notre histoire, depuis deux siècles, comme le pillage des archives par Napoléon1 ou les fonds Moscou2. Les archives n’ont pourtant pas toujours cette « chance » et parfois elles ne survivent pas à la guerre…

1 Lire Les archives du monde, Quand Napoléon confisqua l’histoire de Maria Pia Donato, éditions PUF, 2020

2 Les fonds Moscou sont les surnoms donnés au fonds d’archives français, pillés par les Allemands, puis récupérés par les Soviétiques lors de la prise de Berlin et restitués à la France après la chute de l’URSS.

Marc Scaglione

Nous allons nous concentrer sur La Marque jaune, le plus grand succès des aventures de Blake et Mortimer mais également de leur auteur, Edgar P. Jacobs. Cette aventure fut publiée planche par planche dans le journal de Tintin entre 1953 et 1954 tandis que l’album date de 1956.
Vous aurez sans doute reconnu la couverture puisque celle-ci a dépassé le cercle de la bande dessinée. Elle a été de nombreuses fois copiée et parodiée et est une véritable icône de la bande dessinée belge et de la bande dessinée en général.


Le M que l’on voit sur le mur est la signature de la Marque jaune ; il est inspiré du signe que porte M le maudit, un personnage du réalisateur allemand Fritz Lang. Jacobs avoue avoir été influencé par ce dernier et on le verra une nouvelle fois dans la Marque jaune puisque l’un des personnages, le docteur Septimus, est inspiré du docteur Mabuse. Cet album trahit également la passion de Jacobs pour l’opéra, son premier amour, tant par le scénario que par les personnages.
L’aventure se déroule à Londres, à un moment où la ville est frappée par les actions de la Marque jaune. A son actif : raid contre la banque d’Angleterre, vol à la National Gallery et même le vol de la couronne royale à la tour de Londres au tout début de l’album.
Au fur et à mesure, elle va même jusqu’à prévenir Scotland Yard de ses futures actions, ridiculisant ainsi les services de police impuissants.
Les autorités réagissent en détachant le Capitaine Francis Blake du MI5 auprès de Scotland Yard. Comme à l’accoutumée, celui-ci met dans la boucle son meilleur ami, le professeur Philip Mortimer. Ce dernier étant scientifique, Blake pense qu’il peut l’aider compte tenu des pouvoirs surnaturels que semble posséder l’homme qui se cache derrière la Marque jaune.

Suite à l’arrivée de Blake aux commandes, la Marque jaune change brutalement ses habitudes puisque les enlèvements succèdent désormais aux vols. En effet, elle réussit à enlever tour à tour le docteur Vernay, le rédacteur en chef du Daily Mail Macomber, le juge Calvin et le docteur Septimus. Difficile d’expliquer leur enlèvement successif. Les seuls indices dont disposent Blake et Mortimer sont que ces quatre personnes étaient amies et qu’elles fréquentaient le Centaur Club où elles croisaient régulièrement Blake et Mortimer.

Tandis que Blake dirige l’enquête policière, Mortimer se lance dans des recherches afin de trouver le lien entre ces quatre personnes qui pourrait l’aider à remonter jusqu’à la Marque jaune.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives interviennent à ce moment-là de l’histoire puisque le professeur Mortimer décide de se rendre aux archives du Daily Mail, le journal dirigé par Macomber. Ce journal existe réellement et est régulièrement lu par Blake et Mortimer.
Jacobs nous donne peu d’information sur le service d’archives du journal. Il semble que celui-ci accueille l’ensemble des parutions du Daily Mail mais on ne sait pas s’il possède d’autres fonds.

Comme on peut le voir sur cette case, les fonds contenant les collections du journal sont naturellement triés par années puisque l’archiviste tend à Mortimer des ouvrages cotés 22 correspondant à l’année 1922.
L’archiviste se nomme Mister Stone. On suppose qu’il dirige les archives du Daily Mail mais on ne sait pas s’il est seul à s’occuper des archives bien qu’on puisse également le supposer, Jacobs ne nous montrant pas d’autres archivistes. Il porte un cache-poussière bleu en guise de tenue de travail.

Lors de la venue de Mortimer, il lui montre des archives du journal qui lui permettent de faire le lien entre les quatre personnes enlevées. Trois d’entre elles ont contribué à la condamnation d’un certain John Wade à cause des hypothèses douteuses de son livre The mega wave. Seul le docteur Septimus, également enlevé, prit publiquement la défense de Wade. Suite à ce procès, le livre fut retiré des rayons et reste introuvable, comme l’indique l’archiviste à Mortimer.

Un peu plus tard dans l’aventure, alors que Mortimer n’était plus en lien avec Stone, ce dernier viendra sonner chez lui un soir afin de lui apporter le livre introuvable. Cela témoigne de sa conscience professionnelle qu’on peut qualifier d’extrême puisque celle-ci le pousse à se rendre au domicile de son usager pour que ses recherches entamées dans son service soient complètes.

Mister Stone apparaît donc deux fois de manière succincte dans l’histoire mais ses interventions sont décisives puisque c’est lui, en complément de ses archives, qui permet à Mortimer de faire le lien entre les quatre hommes. C’est également lui qui procure à Mortimer le livre du Dr Wade alors que celui-ci est introuvable, y compris à la bibliothèque du British Museum.

Ces renseignements s’avéreront décisifs puisque c’est en fait le docteur Septimus qui est à l’origine de la Marque jaune. La personne se cachant derrière la Marque jaune est Olrik, éternel ennemi de Blake et Mortimer, manipulé par Septimus. Ce dernier surnomme d’ailleurs Olrik « Guinea Pig » (cochon d’inde) lorsqu’il revêt les habits de la Marque jaune. Le fameux livre du Dr Wade fut en fait écrit par le docteur Septimus qui utilisa un pseudonyme. Dans ce livre, il expliqua les pouvoirs de the mega wave, l’onde méga, qu’il mit à profit afin de donner des pouvoirs surnaturels à la Marque jaune.

Cet album a donné lieu à une adaptation en dessin animé en 1997. Dans celle-ci, le service d’archives semble différent de celui de la bande dessinée de Jacobs. Il est beaucoup plus sombre et semble plus imposant.

Les réalisateurs de la version animée ont choisi de ne pas conserver le passage où l’archiviste apporte l’ouvrage au domicile de Philip Mortimer. Ainsi, celui-ci le trouvera par hasard dans la bibliothèque du professeur Septimus lorsqu’il alla l’interroger en compagnie de Francis Blake. On peut également relever une erreur dans ce dessin animé. En effet, dans la BD, Mortimer trouve l’article sur l’affaire Wade dans les registres de l’année 1922 alors que dans le dessin animé, cet article se trouve dans le registre de septembre 1953. En revanche, l’importance du passage de Mortimer aux archives est intacte puisque c’est toujours grâce à Stone qu’il fait le lien entre les quatre personnes enlevées, via l’article sur l’affaire Wade.

Maxime Barbaut