Archives de la catégorie ‘Dessins animés’

Suisei no Gargantia est une série d’animation originale japonaise produite par le studio IG (Guilty Crown, L’Attaque des Titans). Elle a été réalisée par Kazuya Murata (Eureka Seven, Code Geass) et écrite par Gen Uroboshi (Fate/Zero, Psycho-Pass). La série comporte 13 épisodes et 2 OAV et a été diffusée en 2013. Comme il est d’usage en termes de pratique commerciale au Japon, un manga et des lights novels adaptés de la série ont été publiés.

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Quelle est l’histoire ?

Le vaisseau Avalon est une colonie humaine à la recherche d’une planète viable. Mais ses habitants luttent contre un ennemi sans pitié : les Hideauzes (sortes de pieuvres géantes). Durant une retraite, le sous-lieutenant Ledo (Red) est accidentellement projeté hors du vaisseau lors du bond supraluminique. Il se réveille sur une planète inconnue, recouverte d’eau sur laquelle les humains vivent dans de grandes flottes de navires : la Terre, le berceau perdu de l’humanité.

Et les archives dans tout ça ?

Lors de son réveil, après son accident, Ledo demande à Chamber, l’IA d’assistance au pilotage de son mécha où ils se situent. Après une brève analyse, Chamber postule qu’ils sont sur Terre, le berceau de l’humanité. Chamber va avoir des déclarations contradictoires : d’abord il indique que « son existence n’a été jusque là que suggérée dans nos archives [de l’Alliance galactique ndlr] » puis d’indiquer plus tard que « l’apparence actuelle de la Terre ne correspond pas à nos archives » dans lesquelles la Terre est une boule de glace. On se contredit donc… à moins que la suggestion soit un peu plus étoffée qu’évoquée premièrement.

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Dans tous les cas, Ledo décide qu’il faudra mener une enquête par la consultation « des documents historiques qu’on trouve ici« . Si cela démontre une certaine logique (celle du chercheur), cela montre aussi l’habitude qu’a Ledo d’accéder facilement à l’information via sa machine. Il en parle comme d’une évidence. Qui s’avérera trompeuse puisque sur la flotte du Gargantia, le passé se résume à une minuscule bibliothèque contenant parfois des savoirs incompréhensibles. Le reflet de la certitude de certains chercheurs qu’ils vont trouver des documents sur tous les sujets, là où il ne reste au mieux que rumeurs et légendes.

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recherche infructueuse

Plus tard dans la série, Ledo accède à une zone sous-marine jusqu’alors inaccessible aux humains, pleine de « trésors », nom donné par les Terriens aux reliques de l’ancien temps se trouvant au fond des océans. Ledo y découvre des archives dans des sortes de « puces ».

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La technologie de Chamber est tellement supérieure qu’il ne lui faut pas 20 secondes pour y accéder en nous décrivant toutes les étapes : récupération des archives à distance (suppression du problème de machines de lecture), recherche du standard des données puis émulation pour lecture (lisibilité des formats), restauration puis traduction (intelligibilité). On notera le travail de documentation sur la question de la pérennité des archives électroniques, même si nous n’avons pas encore trouvé de support capable de survivre à une ère glaciaire et à une immersion présumée pluriséculaire.

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Ces archives jouent un rôle primordial car elles impactent les personnages. D’ailleurs, il est intéressant d’étudier les réactions à chaud. D’un côté, Ledo considère vraies les révélations immédiatement. De l’autre, Chamber notant les contradictions avec l’histoire officielle, remet en cause la véracité des informations, peu crédibles et évoque une possibilité de désinformation et de complot. Les archives disent-elles vraies ? Comment le savoir ? Voilà des questions que tout journaliste, historien, archiviste, généalogiste, voire citoyen devrait se poser…

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Ces révélations sont d’une telle importance que cela impacte la société. Dès lors la superstition, les légendes et les rumeurs dont était fait le passé doivent être remplacées par la science, car le passé joue un rôle considérable pour l’avenir. La flotte du Gargantia ressuscite alors le métier d’archéologue afin, entre autres, de rassembler et étudier les archives trouvées lors des fouilles dans les ruines immergées.

Ainsi au travers de différents éléments, la série montre les archives comme un élément fondamental, un élément naturel pour ceux qui y sont habitués, mais qui forment un vide lors de leurs absences, vide souvent rempli par les légendes. Et de démontrer à quel point, l’impact de ces archives peut modifier la société et son orientation.

Marc Scaglione

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Si je vous dis « Batman, la série animée », j’imagine que beaucoup d’entre vous se remémoreront ce générique devenu incontournable qui a longtemps fait partie de nos moments préférés du petit écran durant notre enfance.

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La série américaine d’animation Batman : The animated series, est produite par Bruce Timm et Eric Radomski. Elle comporte quatre saisons, 85 épisodes de 22 minutes chacun et est diffusée du 5 septembre 1992 au 16 septembre 1995. Les thèmes musicaux, tout aussi mythiques et qui donnent un ton bien particulier au générique et à chaque épisode, sont composés par Danny Elfman (rien que ça) et Shirley Walker, entre autres. La série s’inspire des aventures du comic Batman produites par DC comics depuis 1939. Elle naît juste après les deux films de Tim Burton : Batman (1989) et Batman returns (1992). Elle s’inspire d’ailleurs très largement de l’univers sombre et déjanté des films de Burton, ce qui marque une assez grande différence avec la série télévisée Batman diffusée dans les années 1960.

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Le synopsis de chaque épisode est simple : Gotham city, ville sombre et poisseuse, est en proie à des vilains, voleurs, mafieux, psychopathes plus ou moins dangereux chaque jour que la Nature fait. Bruce Wayne, célèbre milliardaire et bel homme à la voix grave et envoûtante, endosse alors son costume de Batman pour enquêter puis affronter toutes ces menaces.

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Dans son entourage, il compte sur la présence d’Alfred et du Commissaire Gordon. Plus tard, il sera secondé par Robin (Dick Grayson), qu’il recueillera à la suite de la mort tragique de ses parents, puis par Batgirl.

Cette série donne la possibilité au téléspectateur de faire la connaissance, épisode après épisode, de chacun des vilains qui agresse le quotidien de Gotham city et de découvrir les origines de chacun des personnages, comme celles de Robin, Double-Face, Mr Freeze ou Gueule d’argile. Les créateurs de la série, notamment les scénaristes comme Paul Dini, ont même pris la liberté d’étoffer la panoplie de vilains en créant la fameuse Harley Quinn ou Baby Doll (je vous laisse découvrir le personnage par vous-même, ça vaut le coup).

La série a connu un immense succès auprès des novices mais aussi auprès des fans de Batman qui la considèrent comme la plus fidèlement adaptée du comic.

Certains épisodes ont été marquants pour tous les admirateurs de la série. Celui qui remporte tous les sondages est Amour on ice (Heart of ice pour le titre original) qui introduit le personnage de Mister Freeze dans la série et réinvente même ses origines vues ici plus tragiques. C’est justement de cet épisode dont je vais vous parler. (Attention, cet article contient des éléments qui dévoilent l’intrigue de l’histoire)

C’est grâce aux films de Tim Burton et à cette série que j’ai découvert l’univers de Batman. Ce point de vue sombre et plutôt réaliste de chacune des histoires m’a toujours paru fascinant. C’est cela qui fait que cette série n’est pas un dessin animé ordinaire ou un simple divertissement. Chaque épisode se termine avec un message profond. Elle n’est pas forcément adressée aux plus jeunes. Beaucoup d’épisodes mettent en scène la vengeance, le malheur, la peine et la folie des personnages. Je ne suis pas une grande amatrice des comics américains, mais je vous invite sincèrement, si vous en avez la possibilité, à voir ou à revoir cette série devenue mythique.

La vengeance est un plat qui se mange froid

Batman_4Dans cet épisode intitulé Amour on ice, écrit par Paul Dini et réalisé par Bruce Timm, nous faisons la connaissance de Mister Freeze, de son vrai nom Victor Fries, chercheur et expert en cryogénie. L’histoire débute avec l’attaque « enneigée » de l’immeuble de l’entreprise Gothcorp dirigée par Ferris Boyle. Devant les écrans situés dans sa batcave, Batman enquête sur ces délits et découvre que plusieurs engins ont été volés pour former une énorme arme à congélation.

Alors que Mister Freeze s’apprête une nouvelle fois à commettre des vols, Batman intervient mais ne parvient pas à le maîtriser. C’est à ce moment que l’on apprend le nom de ce nouveau vilain.

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Batman doit alors faire face à un nouveau malfaiteur qui cherche à se venger à tout prix d’un seul homme : Ferris Boyle. Le lendemain, Bruce Wayne décide d’en savoir plus et se rend au bureau de Ferris Boyle afin de l’interroger sur les origines de ces attaques répétées. Boyle avoue qu’un seul homme est capable de tels méfaits : un chercheur qui se servait à des fins personnelles du matériel de la Gothcorp, avec qui il y a eu confrontations et qui a disparu après une explosion.

Et les archives dans tout ça ??

De retour dans sa batcave, Batman s’interroge sur cette confrontation et consulte les microfiches des journaux de l’époque qui évoquent bien une explosion pendant l’altercation entre ce mystérieux chercheur et les agents de sécurité de l’entreprise.

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Malheureusement, aucun élément n’est donné sur les causes de cet accident. Batman annonce alors à Alfred que le seul moyen d’avancer dans cette enquête est d’aller consulter les archives de la Gothcorp.

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Une grande cérémonie est organisée à la Gothcorp afin d’attribuer le prix de « l’industriel bienfaiteur de l’humanité de l’année » à Ferris Boyle. Déguisé en agent de sécurité, Bruce Wayne s’introduit dans l’immeuble et parvient à prendre la relève d’un autre agent somnolant devant les écrans de surveillance de l’entreprise. Celui-ci hors de la salle, Bruce Wayne redevient Batman, et accède à la salle des archives, non sans avoir décrypté au préalable le code de la porte.

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Il ouvre un tiroir et en sort une chemise marquée « Top secret » contenant le dossier médical de Nora Fries.

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Mmmh…ces archives n’ont pas l’air communicables…allez, tant pis !

A l’intérieur, des photos, des documents sur le projet d’un procédé de cryogénisation et une VHS.

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Batman visionne la VHS. On y découvre Victor Fries, le fameux chercheur de la Gothcorp qui annonce son projet qu’il espère être le premier pas vers l’immortalité. Durant son intervention, on aperçoit une capsule de cryogénisation avec sa femme Nora à l’intérieur, atteinte d’une maladie grave et inopérable.

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Il est soudainement interrompu par des agents de sécurité accompagnés de Ferris Boyle qui lui ordonne de cesser cette expérience et de rendre tout le matériel qui lui appartient, tout en lui reprochant que cela lui coûte une fortune, et faisant fi de la présence de sa femme dans la capsule. Malgré les supplications de Fries, Boyle ne cède pas et finit par bousculer Fries dans des produits chimiques toxiques qui congèlent ce dernier.

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Au lieu d’intervenir, Boyle fuit avec ses compères. La vidéo s’arrête. Batman est sous le choc et comprend comment est né Mister Freeze et d’où vient son désir de vengeance.

Alors que Ferris Boyle est sur le point d’être récompensé, Mister Freeze immobilise l’immeuble de la Gothcorp avec son canon à congélation et entre dans la salle où se trouve Boyle. Après une ultime confrontation musclée, Batman arrive enfin à maîtriser Mister Freeze complètement désemparé de n’avoir pu se venger. Batman intervient en disant qu’il n’y aura pas vengeance mais justice : il avoue alors à la journaliste qui suit l’enquête des attaques de la Gothcorp et qui était invitée à la cérémonie, que l’année précédente, Ferris Boyle a interrompu une expérience importante et que cela a anéanti deux vies. Pour preuve, il donne la VHS qu’il a découverte aux archives de la Gothcorp à la journaliste. Notons au passage que Batman se fiche pas mal de désolidariser des dossiers classés top secret d’une entreprise…

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Un problème avec les archives subtilisées ?

L’épisode se termine, comme très souvent dans la série, dans une cellule de l’Asile d’Arkham où sont emprisonnés tous les pires criminels de Gotham city. On y voit Victor Fries dont la cellule a été entièrement congelée et enneigée pour son confort. En pleurs, il exprime ses regrets et implore sa femme de lui pardonner.

Les archives privées de l’entreprise sont donc clairement au cœur de cet épisode. Elles permettent à Batman de mieux comprendre son adversaire et aux spectateurs que nous sommes d’avoir un peu de compassion pour ce vilain qui congèle tout. Les enregistrements d’expériences scientifiques peuvent être une mine d’informations, aussi bien pour comprendre comment elles ont pu aboutir ou échouer et éviter de reproduire des erreurs. Elles sont également ici une mine de renseignements pour la police et la justice même si ces archives ne sont pas obtenues de manière très légale.

Emilie Rouilly

 

ShirobakoShirobako est un animé japonais de 24 épisodes, produit par le studio PA Works et diffusé à partir d’octobre 2014 sur les chaînes japonaises, diffusé en France sur la chaîne J-ONE et sur la plateforme ADN. Il s’agit d’une œuvre originale réalisée par Tsutomu Mizushima (Girls and Panzer, Another, xxxHolic) et scénarisée par Michiko Yokote. Il s’agit d’une comédie/tranche de vie qui connaît une déclinaison en manga.

L’histoire suit le quotidien stressant et mouvementé d’Aoi Miyamori, jeune assistante de production, et de ses collègues au sein du studio d’animation Musashino Animation. Exodus, leur nouvelle série inédite doit redorer le blason de la société dont la réputation a été ternie des années auparavant. L’occasion pour le spectateur de découvrir les métiers de l’animation et ce monde difficile.

Et les archives dans tout ça ??

Dans l’épisode 19, Aoi se met à douter de ses motivations au vu de l’avancée difficile du nouvel animé du studio. Veut-elle vraiment travailler dans cette industrie ?

Le directeur du studio décide de la conduire dans les locaux de Musashino Video, une entreprise fermée depuis longtemps, mais dont est issue la majorité des anciens du studio. Le bâtiment, bien qu’ « en piteux état » selon le patron, sert d’entrepôt. A vrai dire, le lieu paraît plutôt à l’abandon. Les bureaux et le matériel n’ont pas bougé depuis des décennies, comme si les employés étaient partis la veille, les ravages du temps en plus.

Shirobako_1 Bonjour le stockage....

Bonjour le stockage…

Les dossiers d’animations sont toujours sur les étagères. Ils contiennent des celluloïds, des feuilles plastiques transparentes sur lesquels on dessinait. Ce support de travail est décrit comme complexe et contraignant (bonne tenue de la couleur mais pas du carbone, problème de rayure, etc.) et fut abandonné avec l’arrivée du numérique.

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Des bobines de films prenant la poussière dans la vieille salle de projection

Ces celluloïds permettent à Aoi de voir comment le studio travaillait des décennies plus tôt. Elle réalise que « ce n’était pas mieux avant ». Puis, elle visionne un épisode de Chucky des Andes, produit par ce studio, animé qu’elle adorait enfant. Elle est remobilisée. Et puis….c’est tout. On quitte les lieux et on retourne au travail.

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 Les anciens locaux de Musashino Video transformés en entrepôt

Le traitement des archives, et plus généralement de la mémoire de la société, est assez intéressante : dans un premier temps, il rappelle l’évolution du savoir-faire et du geste du métier, trace des avantages et des inconvénients d’un passé souvent idéalisé et nostalgique (avantages du numérique, agendas serrés, etc.). Mais surtout l’appel aux anciens travaux des membres du studio et à la mémoire des spectateurs est un discours souvent utilisé dans l’animé pour créer une cohésion d’équipe et remotiver les individus. Ce discours de fierté est un double discours puisque le matériel même qui en fait la base, les archives (dessins, bobines), est laissé à l’abandon dans un débarras.

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Un celluloïd laissé à l’abandon

Comme dans un certain nombre de sociétés à l’heure actuelle, les archives sont ici une non-question, un élément que l’on stocke, trop occupé que l’on est dans une course en avant de la production. Mais elles restent bien pratiques pour créer une identité, souder les équipes et remotiver par l’usage de la mémoire individuelle et collective. Une contradiction donc…

Il ne faut pas cependant généraliser. Ainsi dans l’épisode 6, certains employés visitent une exposition consacrée à Idepon, une série fictive. Au travers des objets et des archives, des collègues fâchés s’ouvrent et discutent de leur passion pour cette œuvre. Et les voilà remobilisés de nouveau !

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Les archives mises en valeur lors de l’expo Idepon

Du bienfait des archives sur la productivité ? On y croit !

Marc Scaglione

Vice-versa est un dessin-animé américain produit par les studios Disney et Pixar sous le titre original Inside Out. Réalisé par Pete Docter et Ronaldo Del Carmen il est sorti en France le 17 Juin 2015.

viceversa_1Riley, 11 ans, est une jeune fille vivant au Minnesota qui voit sa vie basculer le jour où ses parents décident de partir pour San Francisco. Durant tout le dessin-animé on suit la jeune fille dans son adaptation à sa nouvelle vie. Mais, les personnages principaux de l’histoire sont les cinq émotions présentes dans le « quartier cérébral » de Riley. Il y a Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégoût. Chacune de ces émotions va guider Riley, va diriger ses réactions et va l’aider à prendre ses décisions. Chaque décision prise par Riley, chaque moment de sa vie créent des souvenirs qui sont conservés dans sa mémoire à long terme.

viceversa_2Cependant, toutes les émotions n’ont pas le droit de s’exprimer. C’est Joie qui a le dernier mot et qui veut faire de Riley une fille joyeuse et positive. Mais lors du déménagement, Tristesse va chercher à s’exprimer ce qui va perturber l’organisation des émotions. Joie va alors chercher à éloigner Tristesse du poste de commande. Mais c’est lors du premier jour d’école de Riley que Tristesse va réussir à s’exprimer. Ceci va enchaîner plusieurs incidents dans le quartier cérébral. Joie et Tristesse finissent absorbées et sont emmenées dans la mémoire à long terme. Alors, toute la personnalité de Riley est en danger. Le temps est compté pour nos deux aventurières qui doivent rejoindre au plus vite le quartier cérébral.

S’en suit alors un grand périple dans l’univers cérébral de Riley. Elles vont passer par la production des rêves, le monde imaginaire ou encore la zone des pensées abstraites. Les trois autres émotions restées dans le quartier cérébral vont alors prendre le contrôle. Ceci va mener Riley à la fugue. Joie et Tristesse doivent se dépêcher de rejoindre le quartier cérébral avant que Riley ne ressente plus aucune émotion. Mais nos deux aventurières arrivent juste à temps pour que Riley ne fugue.

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Et les archives dans tout ça ??

Si Vice-versa est avant tout un film tourné vers la psychologie et la gestion des émotions, on peut y voir aussi un aperçu du monde archivistique. Les archives sont omniprésentes dans ce dessin-animé. En effet dans Vice-versa il est constamment question de souvenirs qui ne sont autre que des archives. Les archives réelles sont aussi des souvenirs. Elles sont la preuve d’un passé. Ces souvenirs n’ont pas une forme de document papier mais une forme de bulle dans laquelle le souvenir est enregistré et peut être revus plusieurs fois. Ce sont les archives de la mémoire de Riley.

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un souvenir de Riley

L’autre référence aux archives est présente dans le passage où Joie et Tristesse se retrouvent dans la « mémoire à long terme ». Ce lieu n’est autre qu’une immense salle d’archives où tous les souvenirs de Riley sont stockés. Le lieu est désigné comme étant « un labyrinthe sans fin de couloirs et d’étagères » ce qui fait vraiment penser à un centre d’archives. L’amalgame avec un centre d’archives se fait aussi dans sa fonction même : c’est le lieu où toute la mémoire de Riley est stockée. Un centre d’archives réel est aussi un lieu où est stockée la mémoire.

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mémoire centrale

Mais dans la mémoire de Riley il y a un autre lieu où sont gardés les souvenirs : « la mémoire centrale ». Tout les souvenirs importants pour Riley et qui lui donnent sa personnalité sont stockés dans cette « mémoire centrale ». Cette dernière peut s’apparenter aux trésors des archives, ces lieux un peu cachés des services d’archives où l’on retrouve tout les documents importants du service. Un peu à la manière de Riley, ce sont ces documents qui donnent une spécificité au service d’archives. Ils participent aussi aux fondements de notre Etat en conservant tous les documents marquant dans sa création.

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La mémoire à long terme

La « mémoire à long terme » est une salle d’archives qui possède ses propres archivistes. Ces derniers sont ici appelés des « hommes de mémoire ». Ils sont chargés de réaliser toutes les actions archivistiques dans la mémoire de Riley. Ils réalisent ainsi les quatre C très connus du monde archivistique : Collecter, Classer, Conserver et Communiquer.

Tous les jours ils reçoivent les souvenirs crées dans la journée. Ceci peut s’apparenter au versement et donc à la collecte des archives. Ensuite, on imagine qu’ils rangent ces souvenirs puisqu’ils sont tous placés dans les étagères. De plus, la présence de chariots dans les couloirs nous fait supposer que les souvenirs sont rangés.

Les « hommes de mémoire » mènent aussi des actions plus techniques qui sont l’élimination. En effet, au moment où Joie et Tristesse aperçoivent les « hommes de Mémoire », ils sont entrain de réaliser une grande campagne d’élimination de souvenirs. La représentation de cette action est assez surprenante puisque c’est un aspect du métier qui est mal connu du grand public. Pour mener à bien cette élimination, les « hommes de mémoire » suppriment tous les souvenirs inutiles et sélectionnent, parmi certains souvenirs inutiles, ceux qui sont plus importants que d’autres.

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Les hommes de mémoire

On peut alors citer deux exemples. Le premier, quand Joie et Tristesse aperçoivent au loin les « hommes de mémoire ». Ces derniers sont entrain de supprimer des souvenirs inutiles, à savoir des numéros de téléphones. Ces derniers sont supprimés car « ça sert à rien, ils sont tous dans son portable. ». Le deuxième vient juste après lorsque les « hommes de mémoire » se retrouvent face aux souvenirs des présidents des Etats-Unis d’Amérique. Ils décident de garder uniquement « Washington, Lincoln et le dernier ». On voit donc qu’en plus de l’élimination, c’est aussi l’étape de sélection qui est montrée puisque les archivistes choisissent les souvenirs à garder parmi les plus inutiles. Comme pour nous, cette action est réalisée pour faire de la place dans la mémoire de Riley et dans les étagères pour accueillir de nouveaux souvenirs. Une fois supprimés, les souvenirs sont envoyés au « Vidage mémoire ». Cette élimination est irrémédiable : « on ne peut pas récupérer ce qui est passé aux oubliettes. ». Le « Vidage mémoire » est une sorte de décharge à souvenirs où sont effacés peu à peu tous les souvenirs qui y sont envoyés. Dans la réalité, on retrouve aussi l’effet irrémédiable de l’élimination. Une fois éliminées, les archives sont détruites soit par broyage, déchiquetage ou soit par incinération.

On retrouve aussi la présence de notre dernier C qui est la communication. Même les « hommes de mémoire » font de la communication en envoyant régulièrement des souvenirs au tronc cérébral qui les renvoie au quartier cérébral. Dans le dessin-animé il s’agit d’une pub de chewing-gum avec une musique qui reste dans la tête.

Le parallèle avec les archives se fait donc à plusieurs niveaux. Tout d’abord par l’omniprésence d’archives que sont les souvenirs, par le lieu de « la mémoire à long terme », par la présence d’archivistes qui sont incarnés par les « hommes des mémoire » et par les actions que ces derniers réalisent. Ils illustrent bien les quatre C des archives. Ils collectent, on le voit par la réception d’un versement journalier. On suppose qu’ils classent puisque les souvenirs sont rangés dans les étagères. Ils conservent aussi et réalisent les actions qui en découlent comme l’élimination. Et ils communiquent leurs archives. Si on assimile le centre de la « mémoire à long terme » à un centre d’archives on peut voir que la notion d’archives et de mémoire doit être élargie.

En effet, dans la réalité, un centre d’archives n’est pas uniquement la mémoire d’une personne, c’est aussi la mémoire d’une famille, d’une entreprise, d’une administration ou d’un Etat. Ici, le centre d’archives est réduit à une seule personne. Mais nous aussi, nous sommes les gardiens d’une mémoire ou des mémoires.

Pauline Perus

interstella_1Interstella 5555 : The Story of the Secret Star System est un film franco-japonais sorti en 2003, dont le titre ne dit pas grand-chose à beaucoup de monde. Pourtant tout le monde connaît au moins les trois premières minutes de ce film, qui n’est autre que le clip  One more time  des Daft Punk. En effet, Interstella5555 est un film musical, sans dialogues, ayant pour seule ambiance sonore l’album  Discovery , sorti deux ans auparavant. Les Daft Punk se sont fait plaisir et ont réalisé un rêve de gosse avec ce long métrage d’animation japonais, en recrutant le légendaire Leiji Matsumoto (Yamato, Albator) en tant que responsable des effets visuels (et ça se voit…)

L’histoire ?

Un groupe de musique extraterrestre est enlevé lors d’un concert, par un manager terrien sans scrupules. Une fois ramenés sur notre planète, ils sont transformés en humains et manipulés comme des pantins pour devenir des stars planétaires, « The Crescendolls », et ce dans un sinistre but….

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Et les archives dans tout ça ?

Il y a des films que vous regardez jeune. Et puis le temps passe et déformation professionnelle oblige, il y a des éléments que vous voyez différemment. C’est exactement mon cas avec ce film.

Lors de leur transformation en être humains, les personnages voient leurs mémoires « terrianisés » et leurs souvenirs originaux sont stockés sur des disquettes, des « Memory Disk ». Libérés de l’emprise du comte de Darkwood, ils sont bien décidés à recouvrer leur identité et partent à la recherche de ces disquettes. Octave s’infiltre dans l’immeuble de la maison de disque qui les produit. Il rentre dans une petite pièce, qui sert à première vue de stockage d’archives.

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un local archives pas très adapté

Il s’empare de la boîte se trouvant dans son casier, jette la master de leur titre, c’est-à-dire la bande magnétique source originale servant de duplication pour fabriquer les CD, et trouve finalement les disquettes. Rien de dramatique, l’histoire suit son cours.

Mais un sourire ironique s’esquisse sur mon visage, alors que j’étais resté de marbre lors du premier visionnage : les quatre disquettes ne sont pas identifiées, on ne sait pas à qui elles appartiennent ! Octave pourrait se retrouver avec la mémoire de Stella, Baryl avec celle d’Arpegius… Elles sont cachées là sans plus de soucis. C’est d’ailleurs à se demander pourquoi on les conserve….

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On pourra me répondre que je fais un fromage de rien. Mais mes camarades archivistes qui comme moi, auront retrouvé lors de leurs collectes des boîtes et des classeurs entiers de disquettes, auront peut-être la même réaction. Des documents et des données sont des archives par définition quelque soit leur support. Mais leurs gravures sur disquette, CD et autres ne relèvent pas de l’archivage. Ils sont sauvegardés tout au plus. Archivage et sauvegarde : deux notions bien différentes qu’il est difficile à faire comprendre à nombre d’informaticiens d’ailleurs…

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bonne chance pour trouver les infos !

En résumé, on peut dire que dans ce film :

– les archives sont la mémoire des personnages, au sens propre comme figuré.

– que votre profession influence votre regard et vous fait percevoir les choses différemment, bien à votre insu. Réalité vs fiction.

– qu’il ne faut pas laisser moisir ses disquettes dans un placard !

Marc Scaglione