Archives de la catégorie ‘Littérature’

Nous voici arrivés à la lecture du troisième volume de la Passe-Miroir de Christelle Dabos. J’ai déjà eu l’occasion de vous dire tout le bien que je pensais de cette série de romans. La Mémoire de Babel, troisième opus de la série nous replonge avec bonheur dans les aventures d’Ophélie et Thorn.

La-memoire-de-BabelOphélie est de retour sur son arche natale, Anima, depuis plus de deux ans. Elle se morfond au milieu des siens. Elle est sans nouvelle de Thorn, son époux après les tragiques événements qui se sont déroulés sur le Pôle. Bien décidée à ne pas rester sans rien faire, Ophélie décide de se rendre sur l’arche de Babel, dépositaire des archives du monde. Pour parvenir à ses fins, Ophélie va devoir changer d’identité et faire preuve d’une volonté sans pareille. L’arche de Babel est, en effet, moins civilisée et moins paisible qu’il n’y parait…

Ce troisième opus continue sur la lancée des précédents, le rythme est toujours aussi intense, le suspense à son comble et les personnages principaux sont plus attachants que jamais. Christelle Dabos élargit son univers et l’on ne peut que s’en féliciter !

Et les archives dans tout ça ??

Vous l’aurez compris à la lecture du résumé ci-dessus, les archives sont au cœur des enjeux de ce volume puisque dès la quatrième de couverture, le lecteur est averti : l’enquête se passera sur Babel, dépositaire des « archives mémorielles du monde », on ne peut être plus clair !

Ophélie est sur Anima sans emploi. Sa mère se désespère et lui demande de se chercher une situation. Le grand-oncle propose alors de la prendre avec lui aux archives ce qui déplaît fortement : « le passé, toujours le passé ! » grommelle la mère d’Ophélie qui n’est pas sans rappeler les réactions d’individus que tout archiviste peut croiser : pourquoi vivre dans le passé ? On s’en fiche de ces vieux trucs etc. On l’a tous entendu ! Pourtant, l’archiviste est ici le symbole de la libre pensée qui s’oppose à la bien-pensance de sa famille, celui qui voit au delà des apparences.

Pourquoi Ophélie se rend-elle sur Babel ? parce que son grand-oncle archiviste lui procure des informations : des photographies anciennes tirées des archives qu’il a eu bien du mal à se procurer car, on le sait depuis le volume précédent, les archives sont verrouillées par les Doyennes qui sont bien conscientes du caractère sensible des documents.

Peu de temps après son arrivée sur Babel, Ophélie se rend au Mémorial qui est une sorte de Bibliothèque, mâtiné d’un service d’archives. On peut consulter les documents du Mémorial mais pas les emprunter et on proclame bien haut que tout est consultable. Toutefois, les archives ont dû subir une épuration car Ophélie note vite : « il n’y avait pas non plus d’archives militaires; à croire que même ici, où était censée reposer la mémoire de l’humanité, il ne subsistait rien des guerres d’autrefois. » Nous sommes ici au cœur d’une problématique que l’archiviste connaît bien : il sait bien que son fonds est loin d’être complet et que le tri a été fait avant le versement des dossiers aux archives ! Bien que source essentielle pour l’Histoire, les archives sont inévitablement incomplètes et elles sont aussi intéressantes pour ce qu’on y trouve… et ce qu’on n’y trouve pas.

L’auteur mentionne plus loin l’existence de maîtres censeurs chargés de faire disparaître les ouvrages et documents jugés compromettants, ce qui n’est pas sans rappeler 1984 de George Orwell. Certains censeurs trop dévoués sont même rappelés à l’ordre car ils sont trop zélés ! Faut-il y voir l’allégorie de l’archiviste qui détruit entre 70 et 80 % de ce qui lui est versé et des divergences entre les archivistes qui jettent allègrement et ceux qui ont davantage de scrupules, réfléchissant aux critères de tri avant de les appliquer sans vergogne ? Toutefois, il existe une trace de ce qui a été détruit « aux archives de la censure », ce qui pourrait s’apparenter à nos bordereaux d’élimination qui permettent de garder une trace des archives détruites et donc une forme de transparence.

Si les archives militaires semblent avoir disparu, ce n’est pas le cas des archives courantes qui sont en cours de classement et submergent les personnels chargés de les ordonner : on parle de « piles d’archives ministérielles » qui semblent assez importantes en volume.

Christelle Dabos évoque aussi brièvement les soucis que peut causer une mauvaise conservation des documents : un registre détérioré ne peut livrer toutes les informations nécessaires à la résolution d’une énigme par exemple.

Archives et bibliothèques sont omniprésents dans le récit et sont essentiels à la progression de l’histoire. L’auteur connaît les problématiques liées à l’archivistique et les insère intelligemment dans son histoire.

La mémoire de Babel passant par les archives, il est conseillé de ne pas passer à côté de cet excellent titre !

Sonia Dollinger

Publicités

Sans pitié ni remords est un roman policier de Nicolas Lebel, professeur d’Anglais et auteur de plusieurs titres de fiction mettant en scène l’inspecteur Mehrlicht. Dans cet ouvrage, Lebel évoque le monde de l’art et les trafics d’œuvres qui se trament en sous-main dans les réserves des grandes institutions.

Sans pitiéNous sommes en novembre 2014 et le capitaine Mehrlicht vient de perdre son meilleur ami, Jacques Morel, également policier. Sans héritier, Morel fait de Mehrlicht son légataire. Alors que le notaire lui tend une enveloppe contenant un diamant, le capitaine Kabongo de l’OCBC, la « police de l’Art » lui tombe dessus comme sur un suspect. Le diamant provient de l’œil d’une statue dérobée au Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie dix ans auparavant. Cette statue semble d’ailleurs attirer bien des ennuis à ceux qui l’approchent de trop près. Les morts parsèment l’enquête : les personnels de différents musées parisiens sont victimes de tueurs mystérieux. Kabongo est présenté comme un policier amoureux de son travail qui est de récupérer des œuvres volées, parfois depuis des siècles : « Elles nous sont transmises afin que nous en prenions soin et pour qu’à notre tour, nous puissions les confier aux générations suivantes » explique-t-il, décrivant ainsi un peu notre beau métier d’archiviste également.

Mais, ce billet ne devrait-il pas se trouver sur un site intitulé « Musée et culture pop' » me direz-vous ? Ce serait, en effet, totalement justifié au vu du sujet et des descriptions très précises des rivalités entre institutions et des pertes d’œuvres à l’occasion de leur transfert. Je vous invite d’ailleurs à lire ce polar pour cet aspect, certes parfois outrancier, mais intéressant.

Et les archives dans tout ça ??

La première mention des archives apparaît assez tôt dans l’ouvrage lorsque le capitaine Cuvier, prenant le relais de son collègue en vacances, arrive dans les bureaux et les observe. Chaque bureau reflète la personnalité de celui qui l’occupe, nous l’avons tous remarqué et l’auteur fait ici le même constat : « A gauche, le bureau de Dossantos (…) ; les dossiers y étaient en ordre. A droite, celui de Mehrlicht était un chaos où s’entremêlaient des feuilles diversement colorées, des chemises cartonnées que les archives devaient rechercher depuis plusieurs mois (…)« . Et là, je vous vois, chers collègues archivistes, lever les yeux au ciel et soupirer, vous rappelant les documents sortis pour consultation interne que vous réclamez depuis des mois à vos collègues qui les ont oubliés dans un tiroir – quand ils n’ont pas eu la bonne idée de les glisser subrepticement dans un nouveau versement…

L’importance de l’archivage dans le travail des policiers est relevée bien plus loin dans le récit lorsque les inspecteurs Latour et Dossantos sont confinés au bureau au lieu de suivre leur chef sur le terrain. « Latour et Dossantos étaient assis à leurs bureaux, devant leurs ordinateurs parce que les tâches de saisie, de compilation et d’archivage étaient au cœur de leur travail. » Nicolas Lebel explique, en effet, que le fait de consigner les détails d’une enquête permet ensuite des recoupements et ainsi aide à élucider des affaires, parfois longtemps après. Laisser trace, compiler un maximum d’informations est essentiel dans le cadre d’enquêtes complexes qui peuvent parfois prendre plusieurs années et s’enrichir de témoignages divers. Dans les grandes affaires, cela peut occasionner une masse d’information parfois difficilement exploitable par un être humain mais c’est aussi cette accumulation de détails qui peut parfois permettre de trouver une aiguille dans une meule de foin, d’où l’intérêt de délais de conservation assez longs pour ce type de dossiers, intérêt qui se heurte parfois à la dure réalité du manque d’espace de conservation.

Archives égarées dans les bureaux, archives courantes en cours d’élaboration, les commissariats de police sont riches en documents en tous genres. Sans pitié ni remords démontre l’importance d’une bonne gestion de l’information dans le domaine du renseignement mais la démonstration est évidemment valable dans tous les domaines !

Sonia Dollinger

 

Ça ! Deux lettres qui ont traumatisé des générations de lecteurs depuis la sortie de ce titre de Stephen King en 1986. Clown, araignées, momies, loup-garou, toutes les peurs profondes liées à l’enfance mais aussi au monde adulte sont convoquées dans ce titre horrifique dont la lecture ne laisse pas indifférent.

ça_1Dans ce titre, Stephen King raconte la lutte d’un groupe de sept enfants, regroupés dans le club des Ratés, avec une monstruosité pluriséculaire tapie dans les soubassements de la ville de Derry, située dans le Maine. Les enfants se débattent avec leurs handicaps, leurs peurs, leurs complexes et évoluent dans un monde hostile où ils doivent se confronter à d’autres jeunes bourreaux, à l’indifférence des adultes et à un monstre qu’ils sont seuls en mesure d’affronter.

Le monstre attire les enfants en prenant le plus souvent la forme d’un clown ou déchaîne la violence pour se repaître du sang des habitants de Derry sans que personne, à part ce petit groupe de sept, ne semble y prêter attention. Livre mettant en scène l’Horreur pure – rappelant en cela les écrits de Lovecraft – Ça est également un grand roman sur l’Enfance, la puissance des rêves, de l’imagination et la générosité des enfants et les rapports compliqués qu’ils entretiennent avec le monde des adultes qui peut parfois sembler proche de l’Enfer.

Et les archives dans tout ça ??

Le roman de Stephen King alterne les récits de plusieurs époques différentes. Les deux principales phases se déroulent en 1958 lors de l’enfance des membres du Club des Ratés et en 1985 lorsqu’ils reviennent à Derry étant adultes.

ça_2Toutefois, il arrive que Stephen King fasse appel à des périodes plus anciennes de l’histoire de la ville afin de démontrer que Ça sévit depuis longtemps déjà dans les sous-sols de la ville. Dès 1740, la disparition de 300 colons est consignée dans les chroniques de la ville…Mais est-il fait mention des archives dans ce récit ?

L’un des sept héros, Mike Hanlon est bibliothécaire – et non archiviste – et est présenté comme le gardien de la mémoire et le véritable historien de la cité. C’est le seul qui reste à Derry et c’est lui qui prévient les autres du retour de Ça en 1985. A plusieurs reprises, King insiste sur le fait que certaines anecdotes ne sont connues que de lui seul. Lorsque le groupe se retrouve ensemble, Mike prend des notes et consigne « les minutes » de leurs réunions. Il a donc à cœur de conserver une trace des événements auxquels ils sont confrontés. Ses réflexes sont donc bien ceux d’un archiviste scrupuleux qui est également un acteur des faits.

Derry ne semble pas disposer d’un centre d’archives historiques puisque les documents évoquant l’histoire de la ville sont conservés à la Bibliothèque où travaille Mike avec certains manuscrits ayant appartenu à des écrivains plus ou moins célèbres.

Pourtant, les archives sont évoquées à plusieurs reprises : leur absence peut parfois se révéler cruciale et avoir des conséquences désastreuses. C’est le cas lorsque le père de Bill lui raconte que « cinq kilos de plans se sont un jour évanouis dans la nature« …pas de chance, ce sont les plans des canalisation et des égouts de la ville. La disparition de ces documents met en danger l’ensemble de la population, à commencer par le personnel des eaux dont certains membres se sont perdus à jamais dans les sous-sols. On peut toutefois s’étonner que personne n’ait jamais eu l’idée de recommencer le travail en faisant le relevé du réseau. La perte d’archives handicape donc grandement la ville sans que celle-ci n’y fasse grand chose.

ça_3Les archives de la ville sont mentionnées rapidement lorsque l’auteur évoque le lynchage du bûcheron Claude Héroux en 1906 après que ce dernier ait commis un massacre dans un bar. « Ce fut, du moins d’après les archives de la ville, le seul lynchage qui eût jamais lieu dans cette partie du Maine. Et, est-il besoin de le préciser, il ne fut pas signalé dans les colonnes du Derry News« . King n’en dit pas plus, on ne sait donc où sont conservées ces archives, mais le paragraphe est intéressant et édifiant pour ceux qui auraient tendance à ne consulter que la presse pour leurs recherches. Ici, un événement marquant – le lynchage d’un homme – est occulté par le journal local alors qu’il apparaît bien dans les archives qui restent donc une source primordiale et indispensable si on veut s’immerger dans l’histoire d’une cité.

Enfin, le mot archives apparaît de manière anecdotique en fin de roman lorsque King montre l’effondrement du bâtiment qui fait office de commissariat de police et de tribunal. Il indique la présence « d’un grenier où sont entassées toutes sortes d’archives et d’objets appartenant à la ville devenus inutiles. » L’histoire ne dit pas ce que sont devenus ces documents prétendus inutiles après l’effondrement de la structure…

Si les archives sont bien loin d’être au cœur du récit, leur absence – celles des plans – ou leur présence – celles de la ville qui racontent le lynchage – changent toutefois la donne de manière bien moins anecdotique qu’il n’y paraît.

Sonia Dollinger

Cet article fait référence au livre de JK Rowling, non à son adaptation cinématographique. Attention, certains détails de l’histoire y sont révélés.

HarryPotter_1Harry Potter est une série littéraire en sept volumes écrite par l’auteure britannique J.K Rowling, du genre low fantasy. Au cours de ces volumes, le lecteur suit les aventures du jeune Harry Potter, petit garçon orphelin qui découvre le jour de ses onze ans qu’il est un sorcier. L’histoire est centrée sur la vie d’Harry, accompagné de ses deux meilleurs amis Hermione Granger et Ron Weasley, et sur son destin qui est son combat contre le Seigneur des Ténèbres : Lord Voldemort. Chacun des volumes correspond à une année passée à Poudlard, une école pour jeunes sorciers, puis à la poursuite de Voldemort. Harry Potter transporte le lecteur dans le monde de la magie et du fantastique.

Une goutte de sang moldu, une goutte de sang pur, une mèche de cheveux bruns…

Celui que nous allons évoquer ici est le sixième volume intitulé Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé. Harry entre en sixième année à Poudlard. Cette fois-ci, il ne se rend pas sur la voie 9 ¾ à la gare de King’s Cross et ne prend pas le Poudlard Express pour s’y rendre avec ses amis. C’est Dumbledore en personne, le directeur de l’école, qui vient le chercher et le présente, au passage, à Horace Slughorn, professeur de potions. Au début de l’année, en cours de potions, Harry, qui est venu sans ses fournitures habituelles, se voit attribuer un exemplaire abîmé du Manuel avancé de préparation des potions de Libatius Borage.

HarryPotter_2

Au premier abord, un ouvrage semblable aux autres. En le feuilletant, Harry découvre de multiples annotations griffonnées en marge de chacune des pages. D’abord agacé, il finit par s’apercevoir que ce sont des corrections. Grâce à elles, il parvient à être premier en cours de potions, un exploit. En examinant de plus près l’ouvrage, il découvre cette mention « ce livre appartient au Prince de Sang-Mêlé ». Au cours de l’histoire, les liens se resserrent entre Harry et Dumbledore, ce dernier l’invitant à se rendre régulièrement dans son bureau afin de consulter des souvenirs, et l’entraînant dans la quête des horcruxes. Pendant ce temps, Lord Voldemort cherche à retrouver et à éliminer Potter afin d’asseoir enfin son pouvoir sur le Monde. Et à Poudlard, Drago Malfoy, pire ennemi d’Harry, semble bien absent et préoccupé par une mission qu’on lui a confiée. Les matches de Quidditch sont beaucoup moins présents, l’atmosphère générale est beaucoup plus sombre et plus lourde, de nombreux événements viennent bouleverser le quotidien de Poudlard, le face à face entre Lord Voldemort et Harry Potter est proche, l’avenir est incertain. Ce volume marque une certaine cassure de rythme et de chronologie auxquels le lecteur était habitué. Ici, le passé est au centre de l’histoire.

Et les archives dans tout ça ??

Un des fils rouge de cette sixième partie est la connaissance du passé de Lord Voldemort. Dans Harry Potter et la Chambre des secrets, le lecteur avait découvert que le véritable nom de Voldemort était Tom Elvis Jedusor, qu’il était un brillant élève de Poudlard et qu’il avait un goût prononcé pour tout ce qui touchait à la magie noire. Ici, le voile est levé sur la véritable histoire personnelle de Tom Jedusor.

Dumbledore estimant que c’est à Harry, ennemi de Voldemort depuis dix-sept ans, de découvrir ce passé, il invite alors le jeune homme de nombreuses soirées dans son bureau afin de consulter ses souvenirs dans la Pensine.

Harry Potter and the Half-Blood Prince

Bien plus pratique que la consultation d’archives moldues, la Pensine est un objet magique, une vasque en pierre remplie d’une substance à la fois liquide et vaporeuse dans laquelle sont révélés les souvenirs des sorciers.

HarryPotter4

Lorsque l’on plonge la tête dedans, on est alors aspiré et directement projeté dans le souvenir en question. On assiste à toute la scène qui a été mémorisée. Une façon magique de consulter des archives personnelles. Essayez de poser votre tête dans un carnet ou un registre, je ne pense pas que l’effet soit le même.

La Pensine est évoquée pour la première fois par l’auteure dans Harry Potter et la Coupe de Feu, au chapitre 30 intitulé « La Pensine ». Mais elle apparait le plus souvent dans Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé. Au total, la Pensine est utilisée huit fois par Dumbledore et Harry dans ce volume. Chacun des souvenirs retransmis par celle-ci nous en fait savoir plus sur le passé de Voldemort.

Les souvenirs recueillis sont captés grâce à une baguette magique que l’on place sur sa tempe. Un mince filet sort alors de la tête, tenu par la baguette. Lorsque celui-ci est totalement sorti, il est soit placé directement dans la Pensine, soit dans un petit flacon pour le conserver. Ce sortilège permet en quelque sorte de faire de la place dans la mémoire du sorcier. Notons que ce souvenir peut être modifié par son auteur. Plus simple que d’écrire ses mémoires dans un cahier de moldu…

photo 5

Au chapitre 24 du même volume, intitulé « Sectumsempra », on fait une autre référence aux archives, néanmoins bien moins magique. Alors qu’Harry surveille les moindres faits et gestes de Drago Malfoy grâce à la carte du Maraudeur, il s’aperçoit que celui-ci a fait une halte aux toilettes et qu’il est visiblement en compagnie de Mimi Geignarde, le fantôme des toilettes des filles. Comme à chaque rencontre entre les deux garçons, un duel de magie est alors enclenché. Dans le tumulte, Malfoy est sérieusement touché. Le professeur Rogue, étant à proximité, vient en aide à Malfoy et, après un dialogue musclé avec Potter, impose plusieurs soirs de retenues à ce dernier.

Le premier soir, Harry se rend donc dans le bureau de Rogue qui l’invite à s’asseoir devant une table où « des boites couvertes de toiles d’araignées étaient empilées, menaçantes […] L’aura qui en émanait promettait un travail fastidieux, difficile, inutile.». Sourire malveillant et moqueur en coin, il expose alors la corvée qui attend Harry : « Mr Rusard cherchait quelqu’un pour classer ces anciens dossiers […] Ce sont les archives des méfaits commis par d’autres élèves de Poudlard avec les punitions correspondantes. Là où l’encre est délavée, ou lorsque les fiches ont été abîmées par les souris, vous voudrez bien recopier les infractions et les châtiments infligés pour chacune d’elles, puis les classer par ordre alphabétique et les remettre dans les boites. ». Harry, bien qu’envahit par l’ennui de cette tâche, y découvre des choses assez inattendues.

Une chose est claire : Poudlard a visiblement besoin d’un(e) archiviste qualifié(e) pour mettre de l’ordre dans tout cela. Je postule dès demain.

Archives magiques permettant d’en savoir plus sur le Seigneur des Ténèbres et de mener à bien la quête qui mènera le héros à une confrontation finale. Archives plus ordinaires, mais pour le moins originales, pour faire une histoire des mauvais élèves de Poudlard (peut-être le prochain manuel inscrit dans la liste imposée aux élèves, qui sait ?). On ne peut se passer, même chez les sorciers, de la mémoire et des vieux dossiers qui cachent parfois des secrets surprenants.

Je vous invite sincèrement à lire le livre même si vous avez déjà vu le film. On y découvre davantage de détails importants et les passages avec la Pensine, plus nombreux ici, sont véritablement passionnants.

Allez, Avada Kedavra !

Je plaisante 🙂

Emilie Rouilly

Rivières_Pourpres_1Les Rivières pourpres est le titre d’un roman écrit par Jean-Christophe Grangé et publié chez Albin Michel en 1998. Une adaptation ciné est projetée sur nos écrans deux ans plus tard avec dans les rôles-titres Jean Reno et Vincent Cassel. Le scénario est coécrit par le romancier et le réalisateur du film, Matthieu Kassovitz. Le roman connaîtra des rééditions et le film une suite, Les Rivières Pourpres 2 : les Anges de l’Apocalypse réalisée par Olivier Dahan et avec Benoît Magimel.

L’histoire suit deux enquêtes parallèles : celle de Pierre Niémans, envoyé de Paris, après une bavure, pour enquêter sur un meurtre à Guernon dans les Alpes et celle de Karim Abdouf (devenu Max Kerkerian dans le film), lieutenant à Sarzac, village paumé du Lot, enquêtant sur une profanation de sépulture et un vol d’archives à l’école primaire du village.

Et les archives dans tout ça ?

L’enquête du lieutenant Abdouf commence par un appel de la directrice de l’école primaire. Quelqu’un s’est introduit dans l’école de manière précautionneuse, mais à priori rien n’a été volé. Finalement on réalise que des archives ont été volées. Il est assez difficile de s’apercevoir de vols dans les archives….

Rivières_Pourpres_3

« Tout est rangé sous les combles, suivez-moi. Personne n’y va jamais » déclare la directrice. Des archives stockées par obligation mais ne bénéficiant d’aucun signe d’intérêt. Karim Badouf est frappé par « l’odeur du papier sec et poussiéreux » . Une odeur que connaissent bien les archivistes qui doivent travailler sous les toits dans des pièces non ventilées !

A partir de là, Karim Abdouf va mener son enquête, recherchant tout document d’archives concernant l’enfant dont la tombe a été profanée. Les Rivières Pourpres étant un roman policier, le travail de l’enquêteur va consister à trouver des preuves, la plupart du temps des documents. Rien de neuf. La particularité ici est que le lieutenant Abdouf va passer la moitié du roman à courir derrière des archives prouvant l’existence de Jude Itéro, cet enfant enterré à Sarzac. Encore une fois, le lien entre identité et archives est ici d’une importance primordiale !

Mais le rapport aux archives est aussi fondamental dans le twist de la révélation finale !

Niémans apprend lors d’un interrogatoire que des fiches de naissance ont été retrouvées dans le casier du père d’une des victimes. Cela titille notre inspecteur. L’interlocuteur, un ophtalmologue du crû explique la situation.

L’hôpital universitaire avait lancé un projet d’informatisation des archives. Des experts ont été envoyés pour écumer les sous-sols regorgeant de « vieux dossiers poussiéreux » pour évaluer le travail de saisie. Durant les recherches, ils ont retrouvé des fiches de nourrissons, seules, hors de leurs dossiers, dans l’armoire d’un employé de la bibliothèque. Un fait décrit comme anodin, une possible erreur administrative, mais dont on a parlé dans les journaux régionaux (quand même). Le plus étonnant est que les dossiers des nourrissons concernés n’étaient pas lacunaires et comportaient bien cette fiche de naissance. Les doubles ont été rapatriés aux archives, ces dernières étant « maintenues » tant que le projet d’informatisation n’était pas achevée.

Rivières-Pourpres_4

Niémans décide d’aller les voir, il appelle l’archiviste pour avoir les renseignements (bien sûr en pleine nuit un archiviste sait parfaitement où se trouvent tous les dossiers dans un magasin….) et découvre le pot-aux-roses.

Ce twist est riche d’enseignements au-delà de l’histoire même du roman. Premièrement, on voit que la motivation première qui a amené à la découverte est un projet « d’informatisation » sans aucune précision sur sa nature, caractère vague que l’on retrouve chez de nombreuses personnes novices dans ce domaine, qui voient l’informatique comme une panacée. Ici clairement l’idée est de faire de la place, sûrement en vue de détruire les dossiers papiers. En outre la nature des soi-disant « experts » n’est pas précisée.

Ce que je trouve le plus drôle est la contradiction entre le fait que la découverte de ces documents est une broutille et le fait que les médias régionaux en parlent…d’autant que les archives trouvées ne sont pas « sexy » : il ne s’agit pas de documents historiques inédits, mais de documents administratifs. Si les médias étaient avertis dès la découverte d’archives dans des lieux insolites, on en parlerait presque tous les jours !!

Rivières_Pourpres_2Enfin, ce cas évoque aussi la question de la véracité des archives : s’agit-il de doublons ou de faux ? L’enquête va le révéler, mais cela rappelle que les archives transmettent avant tout une information. Que l’on croit vraie. Mais qui ne l’est pas toujours. Les archives peuvent être fausses. Volontairement ou non. D’où le nécessaire croisement des sources dans le cadre de la recherche historique.

Ainsi Les Rivières pourpres évoquent bien des facettes et des clichés autour des archives : support de l’identité, base de recherche, conception économique, manque d’intérêt ou encore véracité des informations. Un livre à lire pour les amateurs de l’auteur et de son univers.

Marc Scaglione