Archives de la catégorie ‘Littérature’

Ça ! Deux lettres qui ont traumatisé des générations de lecteurs depuis la sortie de ce titre de Stephen King en 1986. Clown, araignées, momies, loup-garou, toutes les peurs profondes liées à l’enfance mais aussi au monde adulte sont convoquées dans ce titre horrifique dont la lecture ne laisse pas indifférent.

ça_1Dans ce titre, Stephen King raconte la lutte d’un groupe de sept enfants, regroupés dans le club des Ratés, avec une monstruosité pluriséculaire tapie dans les soubassements de la ville de Derry, située dans le Maine. Les enfants se débattent avec leurs handicaps, leurs peurs, leurs complexes et évoluent dans un monde hostile où ils doivent se confronter à d’autres jeunes bourreaux, à l’indifférence des adultes et à un monstre qu’ils sont seuls en mesure d’affronter.

Le monstre attire les enfants en prenant le plus souvent la forme d’un clown ou déchaîne la violence pour se repaître du sang des habitants de Derry sans que personne, à part ce petit groupe de sept, ne semble y prêter attention. Livre mettant en scène l’Horreur pure – rappelant en cela les écrits de Lovecraft – Ça est également un grand roman sur l’Enfance, la puissance des rêves, de l’imagination et la générosité des enfants et les rapports compliqués qu’ils entretiennent avec le monde des adultes qui peut parfois sembler proche de l’Enfer.

Et les archives dans tout ça ??

Le roman de Stephen King alterne les récits de plusieurs époques différentes. Les deux principales phases se déroulent en 1958 lors de l’enfance des membres du Club des Ratés et en 1985 lorsqu’ils reviennent à Derry étant adultes.

ça_2Toutefois, il arrive que Stephen King fasse appel à des périodes plus anciennes de l’histoire de la ville afin de démontrer que Ça sévit depuis longtemps déjà dans les sous-sols de la ville. Dès 1740, la disparition de 300 colons est consignée dans les chroniques de la ville…Mais est-il fait mention des archives dans ce récit ?

L’un des sept héros, Mike Hanlon est bibliothécaire – et non archiviste – et est présenté comme le gardien de la mémoire et le véritable historien de la cité. C’est le seul qui reste à Derry et c’est lui qui prévient les autres du retour de Ça en 1985. A plusieurs reprises, King insiste sur le fait que certaines anecdotes ne sont connues que de lui seul. Lorsque le groupe se retrouve ensemble, Mike prend des notes et consigne « les minutes » de leurs réunions. Il a donc à cœur de conserver une trace des événements auxquels ils sont confrontés. Ses réflexes sont donc bien ceux d’un archiviste scrupuleux qui est également un acteur des faits.

Derry ne semble pas disposer d’un centre d’archives historiques puisque les documents évoquant l’histoire de la ville sont conservés à la Bibliothèque où travaille Mike avec certains manuscrits ayant appartenu à des écrivains plus ou moins célèbres.

Pourtant, les archives sont évoquées à plusieurs reprises : leur absence peut parfois se révéler cruciale et avoir des conséquences désastreuses. C’est le cas lorsque le père de Bill lui raconte que « cinq kilos de plans se sont un jour évanouis dans la nature« …pas de chance, ce sont les plans des canalisation et des égouts de la ville. La disparition de ces documents met en danger l’ensemble de la population, à commencer par le personnel des eaux dont certains membres se sont perdus à jamais dans les sous-sols. On peut toutefois s’étonner que personne n’ait jamais eu l’idée de recommencer le travail en faisant le relevé du réseau. La perte d’archives handicape donc grandement la ville sans que celle-ci n’y fasse grand chose.

ça_3Les archives de la ville sont mentionnées rapidement lorsque l’auteur évoque le lynchage du bûcheron Claude Héroux en 1906 après que ce dernier ait commis un massacre dans un bar. « Ce fut, du moins d’après les archives de la ville, le seul lynchage qui eût jamais lieu dans cette partie du Maine. Et, est-il besoin de le préciser, il ne fut pas signalé dans les colonnes du Derry News« . King n’en dit pas plus, on ne sait donc où sont conservées ces archives, mais le paragraphe est intéressant et édifiant pour ceux qui auraient tendance à ne consulter que la presse pour leurs recherches. Ici, un événement marquant – le lynchage d’un homme – est occulté par le journal local alors qu’il apparaît bien dans les archives qui restent donc une source primordiale et indispensable si on veut s’immerger dans l’histoire d’une cité.

Enfin, le mot archives apparaît de manière anecdotique en fin de roman lorsque King montre l’effondrement du bâtiment qui fait office de commissariat de police et de tribunal. Il indique la présence « d’un grenier où sont entassées toutes sortes d’archives et d’objets appartenant à la ville devenus inutiles. » L’histoire ne dit pas ce que sont devenus ces documents prétendus inutiles après l’effondrement de la structure…

Si les archives sont bien loin d’être au cœur du récit, leur absence – celles des plans – ou leur présence – celles de la ville qui racontent le lynchage – changent toutefois la donne de manière bien moins anecdotique qu’il n’y paraît.

Sonia Dollinger

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Cet article fait référence au livre de JK Rowling, non à son adaptation cinématographique. Attention, certains détails de l’histoire y sont révélés.

HarryPotter_1Harry Potter est une série littéraire en sept volumes écrite par l’auteure britannique J.K Rowling, du genre low fantasy. Au cours de ces volumes, le lecteur suit les aventures du jeune Harry Potter, petit garçon orphelin qui découvre le jour de ses onze ans qu’il est un sorcier. L’histoire est centrée sur la vie d’Harry, accompagné de ses deux meilleurs amis Hermione Granger et Ron Weasley, et sur son destin qui est son combat contre le Seigneur des Ténèbres : Lord Voldemort. Chacun des volumes correspond à une année passée à Poudlard, une école pour jeunes sorciers, puis à la poursuite de Voldemort. Harry Potter transporte le lecteur dans le monde de la magie et du fantastique.

Une goutte de sang moldu, une goutte de sang pur, une mèche de cheveux bruns…

Celui que nous allons évoquer ici est le sixième volume intitulé Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé. Harry entre en sixième année à Poudlard. Cette fois-ci, il ne se rend pas sur la voie 9 ¾ à la gare de King’s Cross et ne prend pas le Poudlard Express pour s’y rendre avec ses amis. C’est Dumbledore en personne, le directeur de l’école, qui vient le chercher et le présente, au passage, à Horace Slughorn, professeur de potions. Au début de l’année, en cours de potions, Harry, qui est venu sans ses fournitures habituelles, se voit attribuer un exemplaire abîmé du Manuel avancé de préparation des potions de Libatius Borage.

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Au premier abord, un ouvrage semblable aux autres. En le feuilletant, Harry découvre de multiples annotations griffonnées en marge de chacune des pages. D’abord agacé, il finit par s’apercevoir que ce sont des corrections. Grâce à elles, il parvient à être premier en cours de potions, un exploit. En examinant de plus près l’ouvrage, il découvre cette mention « ce livre appartient au Prince de Sang-Mêlé ». Au cours de l’histoire, les liens se resserrent entre Harry et Dumbledore, ce dernier l’invitant à se rendre régulièrement dans son bureau afin de consulter des souvenirs, et l’entraînant dans la quête des horcruxes. Pendant ce temps, Lord Voldemort cherche à retrouver et à éliminer Potter afin d’asseoir enfin son pouvoir sur le Monde. Et à Poudlard, Drago Malfoy, pire ennemi d’Harry, semble bien absent et préoccupé par une mission qu’on lui a confiée. Les matches de Quidditch sont beaucoup moins présents, l’atmosphère générale est beaucoup plus sombre et plus lourde, de nombreux événements viennent bouleverser le quotidien de Poudlard, le face à face entre Lord Voldemort et Harry Potter est proche, l’avenir est incertain. Ce volume marque une certaine cassure de rythme et de chronologie auxquels le lecteur était habitué. Ici, le passé est au centre de l’histoire.

Et les archives dans tout ça ??

Un des fils rouge de cette sixième partie est la connaissance du passé de Lord Voldemort. Dans Harry Potter et la Chambre des secrets, le lecteur avait découvert que le véritable nom de Voldemort était Tom Elvis Jedusor, qu’il était un brillant élève de Poudlard et qu’il avait un goût prononcé pour tout ce qui touchait à la magie noire. Ici, le voile est levé sur la véritable histoire personnelle de Tom Jedusor.

Dumbledore estimant que c’est à Harry, ennemi de Voldemort depuis dix-sept ans, de découvrir ce passé, il invite alors le jeune homme de nombreuses soirées dans son bureau afin de consulter ses souvenirs dans la Pensine.

Harry Potter and the Half-Blood Prince

Bien plus pratique que la consultation d’archives moldues, la Pensine est un objet magique, une vasque en pierre remplie d’une substance à la fois liquide et vaporeuse dans laquelle sont révélés les souvenirs des sorciers.

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Lorsque l’on plonge la tête dedans, on est alors aspiré et directement projeté dans le souvenir en question. On assiste à toute la scène qui a été mémorisée. Une façon magique de consulter des archives personnelles. Essayez de poser votre tête dans un carnet ou un registre, je ne pense pas que l’effet soit le même.

La Pensine est évoquée pour la première fois par l’auteure dans Harry Potter et la Coupe de Feu, au chapitre 30 intitulé « La Pensine ». Mais elle apparait le plus souvent dans Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé. Au total, la Pensine est utilisée huit fois par Dumbledore et Harry dans ce volume. Chacun des souvenirs retransmis par celle-ci nous en fait savoir plus sur le passé de Voldemort.

Les souvenirs recueillis sont captés grâce à une baguette magique que l’on place sur sa tempe. Un mince filet sort alors de la tête, tenu par la baguette. Lorsque celui-ci est totalement sorti, il est soit placé directement dans la Pensine, soit dans un petit flacon pour le conserver. Ce sortilège permet en quelque sorte de faire de la place dans la mémoire du sorcier. Notons que ce souvenir peut être modifié par son auteur. Plus simple que d’écrire ses mémoires dans un cahier de moldu…

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Au chapitre 24 du même volume, intitulé « Sectumsempra », on fait une autre référence aux archives, néanmoins bien moins magique. Alors qu’Harry surveille les moindres faits et gestes de Drago Malfoy grâce à la carte du Maraudeur, il s’aperçoit que celui-ci a fait une halte aux toilettes et qu’il est visiblement en compagnie de Mimi Geignarde, le fantôme des toilettes des filles. Comme à chaque rencontre entre les deux garçons, un duel de magie est alors enclenché. Dans le tumulte, Malfoy est sérieusement touché. Le professeur Rogue, étant à proximité, vient en aide à Malfoy et, après un dialogue musclé avec Potter, impose plusieurs soirs de retenues à ce dernier.

Le premier soir, Harry se rend donc dans le bureau de Rogue qui l’invite à s’asseoir devant une table où « des boites couvertes de toiles d’araignées étaient empilées, menaçantes […] L’aura qui en émanait promettait un travail fastidieux, difficile, inutile.». Sourire malveillant et moqueur en coin, il expose alors la corvée qui attend Harry : « Mr Rusard cherchait quelqu’un pour classer ces anciens dossiers […] Ce sont les archives des méfaits commis par d’autres élèves de Poudlard avec les punitions correspondantes. Là où l’encre est délavée, ou lorsque les fiches ont été abîmées par les souris, vous voudrez bien recopier les infractions et les châtiments infligés pour chacune d’elles, puis les classer par ordre alphabétique et les remettre dans les boites. ». Harry, bien qu’envahit par l’ennui de cette tâche, y découvre des choses assez inattendues.

Une chose est claire : Poudlard a visiblement besoin d’un(e) archiviste qualifié(e) pour mettre de l’ordre dans tout cela. Je postule dès demain.

Archives magiques permettant d’en savoir plus sur le Seigneur des Ténèbres et de mener à bien la quête qui mènera le héros à une confrontation finale. Archives plus ordinaires, mais pour le moins originales, pour faire une histoire des mauvais élèves de Poudlard (peut-être le prochain manuel inscrit dans la liste imposée aux élèves, qui sait ?). On ne peut se passer, même chez les sorciers, de la mémoire et des vieux dossiers qui cachent parfois des secrets surprenants.

Je vous invite sincèrement à lire le livre même si vous avez déjà vu le film. On y découvre davantage de détails importants et les passages avec la Pensine, plus nombreux ici, sont véritablement passionnants.

Allez, Avada Kedavra !

Je plaisante 🙂

Emilie Rouilly

Rivières_Pourpres_1Les Rivières pourpres est le titre d’un roman écrit par Jean-Christophe Grangé et publié chez Albin Michel en 1998. Une adaptation ciné est projetée sur nos écrans deux ans plus tard avec dans les rôles-titres Jean Reno et Vincent Cassel. Le scénario est coécrit par le romancier et le réalisateur du film, Matthieu Kassovitz. Le roman connaîtra des rééditions et le film une suite, Les Rivières Pourpres 2 : les Anges de l’Apocalypse réalisée par Olivier Dahan et avec Benoît Magimel.

L’histoire suit deux enquêtes parallèles : celle de Pierre Niémans, envoyé de Paris, après une bavure, pour enquêter sur un meurtre à Guernon dans les Alpes et celle de Karim Abdouf (devenu Max Kerkerian dans le film), lieutenant à Sarzac, village paumé du Lot, enquêtant sur une profanation de sépulture et un vol d’archives à l’école primaire du village.

Et les archives dans tout ça ?

L’enquête du lieutenant Abdouf commence par un appel de la directrice de l’école primaire. Quelqu’un s’est introduit dans l’école de manière précautionneuse, mais à priori rien n’a été volé. Finalement on réalise que des archives ont été volées. Il est assez difficile de s’apercevoir de vols dans les archives….

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« Tout est rangé sous les combles, suivez-moi. Personne n’y va jamais » déclare la directrice. Des archives stockées par obligation mais ne bénéficiant d’aucun signe d’intérêt. Karim Badouf est frappé par « l’odeur du papier sec et poussiéreux » . Une odeur que connaissent bien les archivistes qui doivent travailler sous les toits dans des pièces non ventilées !

A partir de là, Karim Abdouf va mener son enquête, recherchant tout document d’archives concernant l’enfant dont la tombe a été profanée. Les Rivières Pourpres étant un roman policier, le travail de l’enquêteur va consister à trouver des preuves, la plupart du temps des documents. Rien de neuf. La particularité ici est que le lieutenant Abdouf va passer la moitié du roman à courir derrière des archives prouvant l’existence de Jude Itéro, cet enfant enterré à Sarzac. Encore une fois, le lien entre identité et archives est ici d’une importance primordiale !

Mais le rapport aux archives est aussi fondamental dans le twist de la révélation finale !

Niémans apprend lors d’un interrogatoire que des fiches de naissance ont été retrouvées dans le casier du père d’une des victimes. Cela titille notre inspecteur. L’interlocuteur, un ophtalmologue du crû explique la situation.

L’hôpital universitaire avait lancé un projet d’informatisation des archives. Des experts ont été envoyés pour écumer les sous-sols regorgeant de « vieux dossiers poussiéreux » pour évaluer le travail de saisie. Durant les recherches, ils ont retrouvé des fiches de nourrissons, seules, hors de leurs dossiers, dans l’armoire d’un employé de la bibliothèque. Un fait décrit comme anodin, une possible erreur administrative, mais dont on a parlé dans les journaux régionaux (quand même). Le plus étonnant est que les dossiers des nourrissons concernés n’étaient pas lacunaires et comportaient bien cette fiche de naissance. Les doubles ont été rapatriés aux archives, ces dernières étant « maintenues » tant que le projet d’informatisation n’était pas achevée.

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Niémans décide d’aller les voir, il appelle l’archiviste pour avoir les renseignements (bien sûr en pleine nuit un archiviste sait parfaitement où se trouvent tous les dossiers dans un magasin….) et découvre le pot-aux-roses.

Ce twist est riche d’enseignements au-delà de l’histoire même du roman. Premièrement, on voit que la motivation première qui a amené à la découverte est un projet « d’informatisation » sans aucune précision sur sa nature, caractère vague que l’on retrouve chez de nombreuses personnes novices dans ce domaine, qui voient l’informatique comme une panacée. Ici clairement l’idée est de faire de la place, sûrement en vue de détruire les dossiers papiers. En outre la nature des soi-disant « experts » n’est pas précisée.

Ce que je trouve le plus drôle est la contradiction entre le fait que la découverte de ces documents est une broutille et le fait que les médias régionaux en parlent…d’autant que les archives trouvées ne sont pas « sexy » : il ne s’agit pas de documents historiques inédits, mais de documents administratifs. Si les médias étaient avertis dès la découverte d’archives dans des lieux insolites, on en parlerait presque tous les jours !!

Rivières_Pourpres_2Enfin, ce cas évoque aussi la question de la véracité des archives : s’agit-il de doublons ou de faux ? L’enquête va le révéler, mais cela rappelle que les archives transmettent avant tout une information. Que l’on croit vraie. Mais qui ne l’est pas toujours. Les archives peuvent être fausses. Volontairement ou non. D’où le nécessaire croisement des sources dans le cadre de la recherche historique.

Ainsi Les Rivières pourpres évoquent bien des facettes et des clichés autour des archives : support de l’identité, base de recherche, conception économique, manque d’intérêt ou encore véracité des informations. Un livre à lire pour les amateurs de l’auteur et de son univers.

Marc Scaglione

Je vous ai parlé il y a très peu de temps du premier tome de la Passe-Miroir, les fiancés de l’hiver. Christelle Dabos a poursuivi l’aventure avec un deuxième tome sous-titré Les disparus du Clairdelune sur lequel je me suis précipitée. Le troisième tome sort très bientôt pour notre plus grand bonheur.

Passe-MiroirNous continuons donc à suivre les tribulations d’Ophélie, jeune animiste promise au terrible et énigmatique intendant du Pôle, Thorn. Sur le Pôle, Ophélie a bien du mal à trouver sa place au milieu d’une cour déchirée entre différents clans qui cherchent tous à s’attirer les faveurs de Farouk, le dolent mais farouche esprit de Famille. Bien des personnes tentent d’empêcher le mariage de Thorn et Ophélie qui semble contrarier un paquet de monde mais l’heure approche et la famille de la jeune femme débarque sur le Pôle pour assister à la cérémonie. C’est ainsi qu’Ophélie retrouve son grand-oncle archiviste avec lequel elle entretient des liens très profonds.

Ce deuxième volume est tout aussi prenant que le premier et au delà  même de l’intérêt de l’auteure pour l’Histoire et les Archives, la lecture de cette saga vous fera passer un vrai bon moment donc n’hésitez pas plus longtemps avant de vous lancer dans l’aventure.

Et les archives dans tout ça ??

Attention, évidemment si vous n’avez pas lu le premier tome, vous subirez inévitablement quelques spoils si vous poursuivez votre lecture…bref, vous êtes prévenus !

Lorsque la famille d’Ophélie arrive sur le Pôle, la jeune femme est surtout ravie de revoir son grand-oncle archiviste et de « respirer l’odeur de papier ancien imprégné dans ce tricot d’archiviste. » Ah, l’odeur de vieux papiers attachée à l’image de l’archiviste !! Mais avouez, au fond, on l’aime cette odeur là et quand je passe tous les matins dans mes dépôts de fonds patrimoniaux, je ne peux pas m’empêcher de la sentir avec satisfaction, alors pourquoi pas Ophélie ? Ok, quand on reçoit des enfants et qu’ils trouvent que « ça pue », on est un peu vexés mais tant pis, on ne peut pas contenter tout le monde.

Le grand-oncle est assez contrarié et il raconte vite ses déboires à sa nièce : le petit musée dont Ophélie s’occupait sur Anima avant son départ est fermé officiellement pour cause d’inventaire. C’est alors que le grand-oncle lui révèle que les archives ont, elles aussi, été bouleversées à une époque antérieure. L’agencement des archives et des magasins étaient différents : les « archives de l’ancien monde » étaient au deuxième sous-sol. Il s’agissait avant tout de fonds concernant l’administration de guerre qui n’étaient jamais consultés au grand dam de l’archiviste.

On voit ici la conscience professionnelle à l’oeuvre : quel intérêt de conserver des fonds entiers s’ils ne doivent jamais être consultés par personne ? Il faut dire que les archives étaient écrites dans une langue ancienne peu usitée. L’archiviste a donc entrepris de transcrire tous les documents pour pouvoir les livrer au grand public. Si l’exemple est poussé à l’extrême, le rôle de passeur de l’archiviste est ici bien mis en valeur puisqu’il est le lien indispensable entre le document et son lecteur qui permet la compréhension et donc l’étude.

Toutefois, la mise à disposition de ces archives n’est pas du goût des Doyennes qui dirigent Anima. Ces documents reflètent une période qu’elles souhaitent voir oubliée : celle de la guerre qui préluda à la disparition de l’ancien monde. Les archives sont alors déplacées « dans un service spécial prévu à cet effet« . Comble de l’horreur, alors que les documents font route sur un bateau affrété tout spécialement, l’embarcation coule…et les archives avec, comme par hasard. Cette anecdote n’est pas sans rappeler les évacuations catastrophiques des archives en période de guerre qui occasionnent des destructions involontaires mais plus encore les disparitions opportunes de fonds entiers qui peuvent parfois être de nature compromettante. Comment mieux étouffer la vérité qu’en faisant disparaître les archives susceptibles d’en receler une part ?

Cet ouvrage met donc en avant plusieurs problématiques bien connues de la profession : En premier lieu, Les disparus du Clairdelune souligne le rôle de l’archiviste qui est souvent celui d’un passeur entre le document et le chercheur en apportant donc une expertise et donc une véritable valeur ajoutée. L’ouvrage montre également l’enjeu que peuvent receler les informations contenues dans les archives en période de tensions ou lors de changement de régime ce qui peut parfois occasionner des destructions dont l’archiviste ne peut qu’être un spectateur atterré.

Un professionnel à la merci des aléas politiques, fiction ou réalité ?

Sonia Dollinger

Les amis libraires sont des vigies précieuses qui savent vous guider dans la forêt éditoriale. On les aime pour leurs précieux conseils et leur enthousiasme. Les miens ont une qualité supplémentaire, ils savent me trouver des bons récits où la notion d’archives apparaît. C’est le cas de Claire, à qui je rends hommage ici pour toutes les qualités décrites ci-dessus et pour m’avoir mis entre les mains le livre I de La Passe-Miroir : les fiancés de l’hiver.

Passe-miroirCet ouvrage confirme encore s’il en était besoin la richesse de ce qu’on appelle la littérature jeunesse dans laquelle j’aime à puiser allègrement sans me soucier des barrières que pourrait inclure cette classification. La Passe-Miroir est un récit dû à la plume de Christelle Dabos. Née en 1980, la jeune femme se destinait à être bibliothécaire en Belgique lorsque la maladie survient et l’empêche de réaliser ses projets. Fort heureusement, Christelle trouve un moyen de s’évader : l’écriture. Soutenue par une communauté d’auteurs qu’il convient de promouvoir, Plume d’Argent, Christelle Dabos voit son ouvrage publié chez Gallimard jeunesse en 2013.

La Passe-Miroir raconte l’histoire d’Ophélie, une jeune femme qui vit paisiblement sur l’Arche d’Anima – le monde a éclaté et se divise désormais en arches plus ou moins éloignées les unes des autres. Sur Anima, les gens ont des talents qui ont trait au monde de l’écrit ou des objets. Ophélie est elle-même responsable d’un musée car elle sait « lire » le passé des objets avec ses mains mais elle a aussi un autre talent : celui de traverser les miroirs pour se rendre d’un endroit à l’autre. Insouciante, elle mène une vie tranquille jusqu’à ce qu’on décide de la marier à Thorn, représentant du clan des Dragons, qui vit sur une autre arche : le Pôle, un milieu plutôt hostile. Déracinée, Ophélie va devoir apprendre à vivre au milieu des mensonges et des trahisons d’une cour déliquescente sans bien comprendre pourquoi elle a été choisie pour cette union.

En dehors de toute référence aux archives, je vous invite à lire ce livre fort bien écrit, plein de rebondissements et de suspense qui met en scène un personnage principal attachant et un univers foisonnant riche en personnalités et en événements.

Et les archives dans tout ça ??

Les références aux archives sont très présentes puisque le premier chapitre est tout bonnement intitulé « l’archiviste ». Le premier endroit que le lecteur découvre, ce sont les Archives familiales. Sur Anima, les bâtiments et les objets ont une âme et ont donc des humeurs et des réactions assimilables à celles des humains. Étonnement, le bâtiment des archives est toujours de mauvaise humeur et n’aime pas les usagers qui ne respectent pas les heures d’ouverture. Bon en même temps, s’il y a des horaires, c’est pour qu’on les respecte non – comment ça je suis de mauvaise foi ?

Il semble que, comme son nom d’archives familiales l’indique, le bâtiment renferme avant tout des documents d’état-civil puisqu’on passe devant des rayons hébergeant des registres de naissance, décès et dispense de consanguinité. Les archives conservent aussi des récits d’explorations des autres arches et notamment du Pôle où les ancêtres d’Ophélie sont déjà passés et en donnent une description peu engageante et quelque peu énigmatique.

Les conditions de conservation ne sont toutefois pas idéales puisque l’auteure insiste à plusieurs reprises sur le froid qui règne dans le bâtiment et l’existence de chambres froides. Un peu plus loin, notre petit cœur d’archiviste frémit d’horreur en lisant que les archives ont été déposées « sous la voûte froide des caves »….et c’est le drame quand on réveille son conjoint qui dormait à côté en hurlant de désespoir : JAMAIS D’ARCHIVES DANS LES CAVES HUMIDES !!!!!!!!!!! Tout cela empire encore quand on lit qu’il ne règne pas plus de 10 degrés dans la pièce. Les pièces ont au moins l’air d’être ventilée par des courants d’air, on se console comme on peut.

Par contre, la nécessité de garder les archives à l’abri de la lumière semble respectée : on consulte les documents à la lumière de « veilleuses électriques ». La consultation se fait à l’aide de gants propres.

Il existe également des archives soumises à une communication restreinte puisqu’une des pièces est interdite au public et on apprend qu’il s’agit d’une collection privée dont la lecture est réservée aux archivistes. Malgré tout, Ophélie pénètre dans la pièce interdite où la devise des archivistes est gravée : « Artémis – l’esprit de famille des Animistes – nous sommes les gardiens respectueux de ta mémoire« . Ce lieu est décrit comme fascinant : c’est là que sont conservés les documents les plus importants de l’histoire de l’Arche. Notons encore une fois que la lecture de ces archives n’est pas ouverte à tous ce qui souligne leur caractère sensible. Ces documents sont conservés dans des reliquaires, sous des cloches dont on espère qu’elles laissent circuler un peu d’air là aussi, même si on s’inquiète un peu en lisant : « un registre y tombait en décomposition et son encre avait été pâlie par le temps », tu m’étonnes : des archives confinées dans une cave à 10 degrés, on ne fait pas de miracle ! Et c’est sans compter sur la poussière qui, bien évidemment, saupoudre le tout. Fort heureusement, on apprend avec soulagement que la tante d’Ophélie a le talent de de restaurer les documents et les livres et a sauvé « de la décomposition des archives d’une grande valeur historique ». On l’aura compris, elle ne manque visiblement pas de boulot vu les conditions dans lesquelles ces pauvres archives sont conservées.

On tombe ensuite sur l’archiviste qui est, comme on pouvait s’y attendre un « vieil homme avec des cheveux blancs en bataille » muni de tous les accessoires d’un bon archiviste tel que l’imagerie populaire peut le représenter : loupe, gants blancs et chemise froissée, tout y est…sauf une blouse grise. Son état d’esprit est à l’avenant : « à force de manipuler des archives, le vieil homme vivait complètement dans le passé ». Son langage est désuet, il écoute de la musique sur un phonographe et lit des journaux vieux de cinquante ans. Toutefois, l’archiviste est un peu le sage de la famille et la personne à laquelle Ophélie, l’héroïne vient se confier : vieux mais débonnaire et compétent, ça nous change un peu des rabat-joie habituels, même s’il n’a pas l’air de prendre un grand soin de sa personne. Il appartient, comme Ophélie et sa tante à une famille que nous ne renierons pas : « généalogistes, restaurateurs, conservateurs » au service de la mémoire. Associer les différentes facettes de nos métiers complémentaires est plutôt sympa et de les voir marcher main dans la main devrait nous servir d’exemple.

La présentation des archives dans la Passe-Miroir n’échappe pas à quelques clichés : celui du vieil archiviste hors d’âge et celui qui laisse à penser que les archives doivent être conservées dans les lieux les pires pour elles : les caves froides et humides. Toutefois, les Animistes sont présentés comme des gardiens d’une mémoire commune, tâche à laquelle ils se consacrent avec ferveur et compétence.

Un peuple d’archivistes, de généalogistes et de restaurateurs ? On en rêverait presque si la température était plus douce.

Sonia Dollinger