Archives de la catégorie ‘Littérature’

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert est le deuxième roman de l’écrivain suisse Joël Dicker. Paru en 2012 aux éditions de Fallois, cet ouvrage est remarqué partout dans le monde et reçoit de nombreux prix comme le Goncourt des Lycéens ou le grand prix du roman de l’Académie française. Fort de ce succès, le roman est adapté en série télévisée, réalisée par Jean-Jacques Annaud avec Patrick Dempsey dans le rôle d’Harry Quebert.

Marcus Goldman est un jeune écrivain dont le premier roman a fait de lui une célébrité. Il profite de sa nouvelle gloire en faisant la fête et en se pavanant au bras d’actrices célèbres. Mais, quand son éditeur lui rappelle que son contrat lui impose de sortir un nouveau livre au plus vite, Marcus Goldman panique. Son inspiration l’a totalement quitté, il souffre du syndrome de la page blanche. Une seule solution, retrouver celui qui lui a tout appris, son professeur, Harry Quebert. Mais, quand Marcus débarque à Aurora, paisible bourgade du New Hampshire, il ne sait pas qu’un drame vieux de plus de quarante ans va détruire la réputation d’Harry Quebert. Ce dernier se trouve, en effet, accusé du meurtre de Nola Kellergan, jeune fille de quinze ans disparue en 1975. Marcus Goldman, fidèle à son mentor et ami décide de mener sa propre enquête sur ce qu’il convient désormais d’appeler l’Affaire Harry Quebert !

Et les archives dans tout ça ??

Vérité_Harry_QuebertQui dit enquête dit forcément plongée dans les archives, c’est presque un topos de la littérature policière et, en cela, La Vérité sur Harry Quebert ne déroge pas à la règle. Dans ses premières recherches, Marcus Goldman est confronté à l’absence de conservation de certaines données depuis leur informatisation, notamment quand il se rend dans un motel pour avoir la trace d’une réservation datant de 1975 : « 1975 ? Vous êtes sérieux ? Depuis qu’on garde les registres sur informatique, on peut remonter à deux ans maximum. Je peux vous dire qui dormait là le 30 août 2006 si vous voulez. Enfin, techniquement parce que ce sont des informations que je n’ai pas le droit de vous révéler. » Notre écrivain enquêteur se heurte ici à deux problèmes : la conservation des données sur un temps long, problématique que connaissent bien les archivistes et les chercheurs puisqu’elle interroge sur la notion d’archives essentielles. Conserver ses registres de clients n’apparaît pas forcément utile. Un hôtelier n’a plus l’utilité de ces documents pour sa gestion courante et ne voit donc pas la nécessité de conserver ce type de données. Un historien objectera l’intérêt de ce type de source pour une étude d’histoire sociale, un généalogiste y trouvera éventuellement un intérêt. Bref, faut-il tout conserver sachant que de nombreux documents ont peu de chances d’être consultés un jour. Mais, a contrario, faut-il détruire une source potentielle sous le prétexte qu’elle n’attirera pas les hordes de chercheurs ? Deuxième question évoquée : la confidentialité des données : ici, l’hôtelier ne peut évidemment divulguer des informations qui touchent à la vie privée de ses clients, d’autant que Marcus Goldman n’agit pas dans le cadre d’une enquête de police officielle. Entre écrasement des données et protection de la vie privée, pas facile la vie d’enquêteur novice !

Pourtant, Marcus Goldman a accès au dossier de l’affaire de la disparition de Nola et peut lire les témoignages de 1975, voir des clichés de l’époque grâce à l’avocat de son ami Harry. Les archives des affaires criminelles, notamment des cold case sont évidemment primordiales lorsqu’une enquête se débloque et qu’une affaire est relancée. On peut donc aussi légitimement se poser la question de leur bonne conservation sur le long terme et sur les moyens que la société est prête à y mettre. Les archives policières permettent aussi d’attirer l’attention sur les comportements étranges d’individus qui ont eu maille à partir avec la justice et donc de recouper des pistes qui avaient échappé aux enquêteurs à une certaine époque. Réinterroger régulièrement ces sources avec un regard neuf peut avoir un réel intérêt, d’où l’utilité de les conserver.

Un autre grand classique des enquêtes est le recours au yearbook des lycées qui recensent les élèves d’une même classe. On les trouve dans « les archives de la bibliothèque » du lycée d’Aurora. Voilà une bonne manière de retrouver des témoins bien des années plus tard.

Joël Dicker évoque aussi l’utilisation des archives par les médias lorsque ces derniers veulent illustrer un reportage, des archives obtenues auprès des proches des personnes concernées ou des archives retrouvées dans différents reportages. On sait combien sont fréquentes les mentions d’archives dans les documentaires ou les sujets d’actualité qui ont besoin de se référer à des faits passés. Archiviste, un métier essentiel ? Au vu du nombre de fois où nous entendons le mot « archives » à la télévision ou à la radio, on ne devrait même pas en douter ! Pour donner de la crédibilité au livre de Marcus, son éditeur exige d’ailleurs des « photos d’archives ».

Le nombre de mentions d’archives, glissées ça et là au détour des pages de la Vérité sur l’Affaire Harry Quebert a largement de quoi nous interroger sur le rôle des archives dans notre société, un rôle discret mais pourtant incontournable. C’est vrai dans ce type d’affaire, c’est vrai dans tout type d’affaire.

Sonia Dollinger

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Avec Ma mère, cette inconnue, paru en 2017, le journaliste Philippe Labro revient sur le passé tumultueux de sa mère originaire de Pologne. Devant cette femme mutique sur ses origines, l’écrivain va devoir faire ses propres recherches, établir ses hypothèses afin de connaître l’histoire complexe de sa famille maternelle. C’est aussi l’occasion d’explorer l’histoire d’une Europe marquée par les guerres et les révolutions à travers cette histoire familiale.

Cet ouvrage est donc l’histoire de Netka, Henriette Carisey, fille naturelle d’un aristocrate polonais et d’une institutrice française. La jeune femme n’est pas reconnue par son père, déjà marié par ailleurs, et est abandonnée par sa mère. Elle se construit donc une nouvelle vie avec son frère pour seul point d’ancrage. Ces traumatismes successifs poussent Netka à occulter ce passé et à se concentrer sur la famille qu’elle a créée avec Jean-François Labro. Toutefois, la quête de son fils va pousser Netka à parler de ses origines.

Cet ouvrage est à la fois très émouvant puisqu’il s’agit d’une très belle déclaration d’amour d’un fils à sa mère et passionnant grâce à l’enquête menée par l’auteur qui nous conduit dans la Pologne aristocratique du début du XXe siècle ou dans la France occupée des années 1940.

Et les archives dans tout ça ??

labroMa mère, cette inconnue est une véritable enquête qui conduit Philippe Labro à consulter des archives de toute nature dans une démarche généalogique. Il commence, comme tout un chacun, par questionner sa mère qui peine à lui donner le véritable nom de son père qu’elle semble avoir du mal à se rappeler. L’écrivain part sur une fausse piste puis, grâce à la consultation d’une « fiche étudiante », il découvre le vrai nom de son grand-père. Il fait ensuite des recherches sur google et s’adjoint les services d’une généalogiste professionnelle. Les archives mettent donc pour la première fois l’auteur sur une piste sérieuse.

C’est aussi grâce à ses recherches dans l’état-civil qu’il apprend ce qu’est devenue sa grand-mère maternelle avec laquelle sa mère a rompu. Les mentions marginales inscrites sur l’acte de naissance de sa grand-mère se sont donc avérées bien utiles.

Philippe Labro fouille aussi dans ses propres documents familiaux, apprenant ainsi que sa mère avait gagné des concours de poésie : « j’ai retrouvé le diplôme, dans les archives, une immense boîte en carton beige, dans laquelle j’ai amassé tout ce que je pouvais (…)« . Philippe Labro retrouvera également dans les archives maternelles les carnets dans lesquels Netka a écrit ses poèmes. On constate ainsi l’importance des archives privées et leur complémentarité avec les documents publics qui n’offrent qu’une vue partielle de la vie des individus. Philippe Labro évoque aussi la douloureuse épreuve qui consiste à vider l’appartement du parent défunt et la lourde responsabilité qui pèse sur chacun : que faire des photographies et des archives en général lors d’une succession ? Comment permettre à nos disparus de continuer à vivre à travers leurs documents ?

Ces archives publiques et familiales permettent à Philippe Labro de retrouver les pièces du puzzle familial et de satisfaire sa quête, malgré les silences de sa mère et la complexité de l’histoire familiale. Labro complète sa connaissance de l’histoire familiale avec la lecture de la correspondance de son père qui montre sa personnalité sous un jour nouveau. Ce sont aussi les archives qui éclaire l’auteur sur le rôle de ses parents dans le sauvetage des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ou sur le parcours militaire de son oncle Henri tué à la bataille de Monte Cassino.

La lecture de cet ouvrage montre bien toute la méthodologie qui s’attache à la recherche généalogique et combien la conservation et l’étude des archives familiales sont indispensables à la connaissance de l’histoire familiale. Philippe Labro démontre aussi l’importance des archives publiques – ici, en particulier l’état-civil – dans la quête des origines. L’étude des archives permet de préciser sa propre histoire, de détruire des fausses pistes et de préciser des parcours individuels parfois pourtant délicats à retracer.

Encore une démonstration du caractère essentiel des archives y compris pour appréhender sa propre identité.

Sonia Dollinger

 

 

 

Les miroirs truqués est un roman de Françoise Dorin paru en 1982. Françoise Dorin, décédée en ce début d’année 2018, était entre autres parolière (le succès N’avoue jamais de Guy Mardel en 1965), comédienne, dramaturge, scénariste et romancière.

Quelle est l’histoire ?

Maître Adrien Theix est un avocat de renom du monde du spectacle. Un matin, il découvre avec horreur dans le journal un fait divers impliquant sa meilleure amie, Eva Devnarick alias Simone Trinquet de son vrai nom. Cette dernière est accusée du meurtre de son jeune amant, de trente ans son cadet. Maître Theix en informe sa filleule, Isabelle, aussi fille de Simone qu’elle ne connaît pas pour en avoir été séparée à l’âge de cinq ans. Il va donc lui raconter l’histoire de sa mère, des origines jusqu’au drame.

Et les archives dans tout ça ??

Miroirs_truquésAdrien Theix souhaite qu’Isabelle qui n’est que rancœur envers sa mère, qu’elle nomme avec dédain « Eva », fasse connaissance avec elle, avec son histoire. Il y a un problème : il faut démêler le vrai du faux. Isabelle se rappelle des histoires familiales racontées par ses grand-mères paternelle et maternelle. Légendes dont il faut se méfier. D’autant que Simone Trinquet de jeune fille menteuse est devenue une femme mythomane. Une quête de vérité que connaissent toutes les personnes aux histoires familiales compliquées mais aussi les généalogistes.

Adrien a assemblé au cours des années une documentation conséquente sur la vie de son amie Simone. Quand Isabelle lui demande pourquoi, il répond « D’abord parce que j’ai toujours été du genre qui ne jette rien. Ensuite parce que je pressentais plus ou moins confusément que ces archives pourraient m’être un jour utiles. » De vrais archives dignes d’un chercheur composées de sa correspondance, de photographies, d’articles de presse, de brochures. A l’aide de ces documents, il éclaire d’un jour nouveau la vie de Simone Trinquet, en démêlant la légende du réel : son père mort en déportation ? Un collabo notoire mort en Allemagne pendant sa tournée de danse. Elle-même grande actrice ? Concubine d’un réalisateur de renom qui la fait tourner dans un seul film, préférant la conserver dans son rôle de maîtresse. Et ainsi de suite. Isabelle est souvent incrédule, parfois même se révolte pensant que son parrain déforme la réalité à son profit. Il lui montre alors tel ou tel document pour alléguer ses propos.

Travail classique de croisement des sources, minimum syndical pour tout journaliste, historien et généalogiste qui se respecte. Il existe donc des archives fausses, contraires à la réalité. Adrien présente ainsi une lettre écrite par le troisième époux de Simone, Etienne Billoux. Soi-disant écrite car en réalité elle était de Simone. Mais sans la connaissance du contexte et de la personne, il est impossible de distinguer le vrai du faux.

Cela démontre que les archives partielles et partiales par nature sont toujours à prendre avec parcimonie et nécessite un vrai travail d’études tout à la fois historique et diplomatique. La connaissance du contexte, grâce aux témoignages et à la documentation est indispensable. Mais tout bonnement parfois impossible, ne permettant pas de démêler la légende de la réalité, le vrai du faux.

Marc Scaglione

 

OrigineOrigine est un ouvrage de Dan Brown qui met en scène le professeur Robert Langdon, célèbre professeur américain spécialiste en symbologie et iconographie religieuse. Comme souvent, Langdon se trouve au milieu d’une conspiration à laquelle il doit échapper pour faire triompher une vérité qui ne fait pas plaisir à tout le monde.

Ici, Langdon vient au musée Guggenheim de Bilbao pour assister en direct à une révélation qui va bouleverser la face du monde, selon Edmond Kirsch son ancien étudiant devenu un futurologue de génie. Kirsch est assassiné alors qu’il s’apprête à répondre aux deux questions que se pose l’Humanité : d’où venons-nous et où allons-nous ? Afin de pouvoir répandre le message de Kirsch, Langdon doit échapper à un certain nombre de poursuivants à l’aide de Winston, l’Intelligence Artificielle créée par Edmond Kirsch et de la future reine d’Espagne.

Origine est publié en France chez JC Lattès en 2017. Le roman est construit comme la plupart des titres de Dan Brown : meurtre / poursuite / révélation et tourne autour des problématiques religieuses comme c’est le cas depuis Da Vinci Code.

Et les archives dans tout ça ??

Le mot « archives » apparaît en page 278 du roman lorsque les chaînes d’info évoquent la biographie d’Edmond Kirsch après son assassinat. On retrouve donc là une utilisation commune des archives qui servent à illustrer presque quotidiennement des reportages, montrant discrètement mais régulièrement la nécessité de pouvoir s’y référer. Mais alors, les archives ne seraient pas que des vieux papiers poussiéreux ? Oh, oh, quelle révélation ! Allez, les archivistes, avouez que vous ressentez toujours une petite pointe de fierté quand vous voyez le bandeau « images d’archives » s’incruster sur votre écran, pas si inutiles que ça notre travail finalement 😉

N’oublions pas non qu’Edmond Kirsch est un futurologue, il prévoit donc les choses bien en amont. Dans le même paragraphe, on le voit, au cours d’une conférence, évoquer le fait qu’il pense fêter ses cent dix ans et prévoir à l’avance tous les coûts afférents à sa vie future, y compris « les frais d’archives. » Comme quoi, on peut être l’homme le plus en avance de son temps et comprendre sans difficulté que les archives sont une dépense incontournable pour la préservation de l’Histoire commune. Edmond Kirsch est le type le plus intelligent de son époque, il faut donc en déduire que la préservation des archives paraît évidente aux esprits supérieurs… tirez-en la conclusion que vous voulez.

Les archives numériques sont également régulièrement convoquées lorsque les informaticiens du Palais Royal de Madrid fouillent dans les portables des uns et des autres pour trouver des messages compromettants ou lorsqu’une Intelligence artificielle révèle à Langdon qu’il ne restera rien d’elle puisque tous ses fichiers seront effacés sans exception, détruisant ainsi de nombreuses données essentielles à la biographie et la compréhension de la personnalité d’Edmond Kirsch. Plus d’archives, plus d’histoire, quel que soit le support, la problématique de fond reste la même.

Sonia Dollinger

 

Minuit 4 est un recueil de nouvelles du maître de l’horreur Stephen King paru en 1992 chez Albin Michel dans sa version française. Il contient deux histoires : Le Policier des Bibliothèques et Le Molosse surgit du Soleil. Il fait suite au recueil intitulé Minuit 2.

C’est la première histoire Le Policier des Bibliothèques qui nous intéresse ici.

Une légende dit que si l’on ne rend pas ses livres à temps, le Policier des Bibliothèques se rendra chez vous et vous punira.

Sam Peebles, notre héros, a une sainte horreur des bibliothèques. Enfant, il s’y rendait régulièrement jusqu’à une date précise où depuis, il évite ces lieux le plus souvent possible. Curieusement, aucun souvenir ne surgit de sa mémoire hormis l’odeur et le goût des guimauves rouges.

Minuit_4Hors, un jeudi après-midi, le téléphone professionnel de Sam sonne : Joe l’Epoustouflant, qui devait faire un numéro devant le Rotary club de Junction City, est indisponible. Il faut le remplacer. Sam est alors choisi pour faire une conférence sur l’importance des entreprises indépendantes dans le cadre des petites villes. Son premier texte n’étant pas fameux, une amie lui conseille de se rendre à la bibliothèque municipale afin d’y trouver des livres qui lui permettraient d’enrichir son discours. La boule au ventre, Sam s’y rend le lendemain et rencontre, dans cet endroit plus que sinistre, la terrifiante bibliothécaire Ardelia Lortz. Après lui avoir conseillé deux livres, elle lui rappelle fermement qu’ils doivent être rapportés la semaine suivante, sinon gare à la venue du Policier des Bibliothèques ! Bien entendu, Sam rend ses livres en retard. De retour à la bibliothèque municipale confus et muni d’un mot d’excuses, oh surprise, la bibliothèque a une allure bien plus éclairée et colorée que lors de son premier passage et Ardelia Lortz a disparu. Pire, les agents présents n’ont aucune connaissance de cette femme.

Et les archives dans tout ça ??

Persuadé d’avoir bien rencontré cette femme, intrigué par cette histoire de disparition et se demandant s’il n’a pas rêvé, une idée vient à l’esprit de Sam : se rendre au bureau du journal local et consulter les anciens numéros de la Gazette de Junction City. L’accueil du journal est tenu par « une petite femme replète d’une soixantaine d’années » portant le doux nom de Doreen McGill. Ayant fait sa demande, Doreen guide Sam passant « dans un escalier moquetté […] la volée des marches était étroite, l’ampoule faible ». Arrivés à l’entrée, Doreen annonce alors « Voici la morgue ». Dans un éclat de rire, elle ajoute : « Tout le monde l’appelle comme ça. C’est affreux n’est-ce pas ? Ça doit être une tradition idiote du journal, sans doute. Ne vous inquiétez pas monsieur Peebles, il n’y a aucun cadavre ici. Seulement des rouleaux et des rouleaux de microfilms. » Malgré tout, la pièce ne donne aucune envie d’y entrer : « Des tubes fluo, encastrés dans ce qui ressemblait à des bacs à glace géants mis à l’envers, éclairèrent une grande pièce basse de plafond et moquettée du même bleu foncé que l’escalier. Les murs disparaissaient derrière des rangées d’étagères chargées de petites boites, sauf celui de gauche, où s’alignaient quatre lecteurs de microfilms qui ressemblaient à des sèche-cheveux futuristes. Ils étaient d’un bleu identique à la pièce. »

Doreen tient bien son rôle en exigeant que le lecteur signe un cahier en indiquant la date et l’heure de son passage. Sam remarque alors que « le nom qui précédait le sien était celui d’un certain Arthur Meecham, lequel était passé le vingt-sept décembre 1989. Il y avait plus de trois mois. Il se trouvait dans une salle bien équipée mais qui, apparemment, ne servait guère. ».

Doreen est plutôt fière de cette salle : « Belle installation n’est-ce pas ? C’est grâce au gouvernement fédéral. Il aide au financement des morgues des journaux – ou des archives, si vous préférez le mot. Moi je le préfère, d’ailleurs. »

La suite nous indique que, malgré l’aspect peu engageant d’une pièce d’archives qui ferait fuir n’importe quel claustrophobe, les boites de microfilms sont classées avec une certaine rigueur : « Là, vous avez janvier, février et mars 1990. […] les microfilms sont disposés dans ce sens, chronologiquement. […] A votre droite, les plus modernes, à votre gauche, les plus anciens. ». Après cette présentation, notre chère Doreen prend congé. Sam finit donc par consulter les boites de microfilms une à une, ceci sans personne pour le surveiller.

On a beau être clairement dans une salle d’archives, Stephen King n’utilise pas ce terme pour parler de la pièce : « moquette bleue douillette ou non, il se trouvait dans une autre bibliothèque de Junction City. Une bibliothèque qu’on appelait la morgue. ».

Je vous laisse voir par vous-même ce que Sam finit par découvrir sur cette mystérieuse Ardelia Lortz et la suite de cette histoire qui est un bon Stephen King.

Emilie Rouilly