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La Note américaine est un ouvrage du journaliste américain David Grann paru aux Etats-Unis en 2017 sous le titre original Killers of the Flower Moon: The Osage Murders and the Birth of the FBI, aux éditions Doubleday. En France, le titre sort aux éditions du Globe puis en version Pocket.

Note_américaine

Quelle est l’histoire ?

L’ouvrage raconte le terrible destin des Indiens Osages qui, après avoir été dépossédés de leurs terres, ont été déplacés et parqués dans une réserve de l’Oklahoma sur des terres apparemment arides, que les Blancs ne convoitent pas. Pourtant, les Osages deviennent vite très riches car le sous-sol de leur réserve recèle un océan de pétrole. Les exploitants et les grandes firmes lorgnent évidemment sur cet or noir et les Osages se retrouvent vite au centre d’ennuis. En 1921, débute ce qu’on appellera ensuite le Règne de la Terreur, une vague d’empoisonnements, d’assassinats et d’incendies se déclenchent, décimant les Osages les plus fortunés les uns après les autres. Les enquêtes locales s’enlisent puisque les autorités sont corrompues et certains enquêteurs trouvent même la mort alors qu’ils s’approchaient de la résolution de l’affaire. Au vu de l’hécatombe dont les Osages sont victimes, l’Etat fédéral doit intervenir et sollicite alors le jeune Edgar Hoover qui dépêche une équipe de choc sur place.

Et les archives dans tout ça ??

David Grann mène, à la suite de l’équipe d’Hoover, son enquête bien longtemps après les faits afin de tenter de reconstituer une chronologie la plus exacte possible des faits et rendre justice aux Osages ainsi que la paix à leurs descendants. Pour ce faire, le journaliste et écrivain se rend sur place, en Oklahoma mais épluche également les archives du FBI en particulier. Sa lecture des archives est dépassionnée et cela lui permet de voir des détails qui avaient échappés aux familles ou aux enquêteurs qui étaient parfois trop dans le feu de l’action, débordés par les meurtres qui s’enchaînaient à grande vitesse. David Grann indique la typologie des archives qu’il consulte : rapports d’autopsie, témoignages, registres de succession, compte-rendus d’enquêtes.

David Grann fait un travail particulièrement minutieux et sérieux et donne une description des archives nationales pour le sud-ouest des Etats-Unis qui sont « conservées à Fort Worth au Texas, dans un dépôt équipé de variateurs d’humidité, probablement plus grand que n’importe quel hangar d’aéroport. On y a rangé des centaines de mètres cubes de dossiers ; sur des étagères de plus de quatre mètres de haut se trouvent aussi bien les retranscriptions d’audience de l’Oklahoma (1907-1969, les registres du passage mortel de l’ouragan Galveston en 1900, des éléments concernant l’assassinat de John F. Kennedy, des documents sur l’esclavage (…) Ces archives révèlent le besoin que nous avons d’enregistrer le moindre titre de propriété ou la plus petite prise de décision (…). » Il est peu fait mention du personnel, seul un archiviste faisant des allers-retours avec son chariot rempli de documents fait un discrète apparition.

Ainsi, l’auteur nous montre l’immensité d’un dépôt d’archives de grande envergure dont la description de gigantisme nous rappelle certaines images de films ou de séries – on voit ce type de dépôt aussi bien dans X-Files que dans Captain Marvel. David Grann insiste également sur la diversité de ce qu’on peut y trouver : diversité chronologique et thématique, née des nécessités juridiques et historiques de conserver des données pour des besoins réglementaires ou mémoriels.

L’auteur compulse des dossiers et des rapports du FBI sans aucun souci puisque le Bureau avait déclassifié, selon la procédure en vigueur aux Etats-Unis, plusieurs dossiers sur l’enquête des meurtres des Osages « afin que cette affaire resurgisse dans la mémoire nationale. » Une des fonctions primordiales des archives apparaît ici : permettre la recherche et favoriser la transmission de la terrible mémoire d’événements comme ceux-ci. David Grann montre avec minutie les sources utilisées, le temps passé à éplucher et regrouper des dossiers apparemment sans lien, vérifier des pistes et  de se lancer comme il l’écrit lui-même : « à la poursuite de l’Histoire. » Il constitue d’ailleurs avec ses recherches son propre « fonds d’archives lugubres ». David Grann sait très bien nous faire saisir toute l’horreur qu’on peut ressentir parfois en compulsant des documents de périodes sombres dont la lecture porte parfois à l’écœurement mais dont la conservation et l’étude sont nécessaires pour se confronter à une Histoire moins lisse qu’on veut bien le croire parfois un peu facilement. Grann montre aussi combien les archives peuvent être « arides » : recensements, notes de frais, contrats d’exploitation et pourtant, de cette aridité rejaillit la vie des êtres qui ne sont plus et dont certains crient encore justice.

Son enquête lui permet aussi de compulser des archives privées encore entre les mains des descendants des victimes à qui ces affaires tiennent à cœur : « Il y avait dans ces classeurs des coupures de presse jaunies, le certificat de décès de Vaughan et la déclaration d’un indic (…) » : les familles confient à Grann ce qu’ils ont pu reconstituer, ce qui lui permet d’avancer dans ses recherches en confrontant ces données aux archives officielles. Il recueille également des témoignages des descendants des Osages, constituant ainsi des archives orales utiles à son enquête.

La Note américaine est également illustré par de nombreuses photographies des protagonistes du drame Osage montrant combien les archives iconographiques sont précieuses pour saisir toute la dramaturgie d’une époque et de cette tragédie.

Evidemment, l’auteur ne cache pas que, sans doute, de nombreux documents ont disparu fort à propos mais il montre aussi combien il est parfois difficile d’effectuer des recherches rigoureuses quand on ne dispose pas forcément des codes ou de la méthodologie adéquate, c’est pourquoi les recherches des descendants Osages avaient eu parfois du mal à aboutir tandis que David Grann, fort de son expérience journalistique a pu rassembler différentes pièces et les faire entrer en résonance pour leur donner un sens.

A la fin de l’ouvrage, David Grann remercie les archivistes qui l’ont aidé et donne toutes ses sources en indiquant de nouveau toute la typologie des documents consultés démontrant ainsi le sérieux de ses recherches. Ce type de récit montre la nécessité de se pencher sur des affaires parfois anciennes mais dont la mémoire reste vive afin, avec un regard neuf, de réinterroger les faits à la lumière des archives. On comprend mieux pourquoi leur conservation reste essentielle.

Sonia Dollinger

Ils vont tuer Robert Kennedy est un ouvrage de Marc Dugain sorti en 2017 chez Gallimard puis en poche chez Folio en 2019. Marc Dugain avait déjà abordé indirectement le sujet en 2005 dans un précédent ouvrage intitulé la Malédiction d’Edgar.

Quelle est l’histoire ?

Un professeur d’histoire contemporaine de l’Université de Vancouver est resté traumatisé par la mort brutale de ses parents. Ses recherches portent sur l’assassinat de Robert Kennedy mais le conduisent vers des zones d’ombre : et si la mort de ses parents avait un lien avec le meurtre du sénateur démocrate ? Quels étaient les liens entre le père de cet universitaire et les services secrets britanniques et quelles étaient les réelles motivations des assassins de Bob Kennedy ?

Et les archives dans tout ça ??

Le narrateur évoque le traumatisme inhérent à la perte de ses parents. Cette meurtrissure se manifeste dans la relation ambiguë qu’il entretient avec la maison familiale qu’il met en vente pour finalement renoncer et la considérer comme le réceptacle des souvenirs. Il y revient régulièrement malgré la douleur pour « y consulter les archives et papiers entreposés par mon père (…).  » Cette demeure lui rappelle la mort mais elle reste le lieu des souvenirs et de la conservation des archives familiales.

Kennedy

Ces documents et la quête de sa propre identité vont pousser le narrateur à effectuer des recherches sur ses origines. Comme tout bon généalogiste, il démarre par la fouille des papiers de famille qui se trouvent dans une petite boîte où les photos sont serrées les unes contre les autres. Il poursuit ensuite très logiquement par l’état-civil de sa grand-mère qui lui permet, au passage, de vérifier quelques légendes familiales, démontrant ainsi la nécessité de revenir aux sources primaires que sont les archives. L’accès aux archives est parfois compliqué par la situation politique comme le montre le professeur qui a bien du mal à accéder aux documents qui l’intéressent dans les archives polonaises encore en plein déni par rapport à la Shoah. Marc Dugain décrit ainsi très bien le processus de recherche de sa propre histoire qui se heurte aux légendes et traumatismes familiaux mais aussi aux difficultés des pays ou des institutions à se confronter à leur histoire et donc à rendre leurs archives accessibles. Découvrant le rôle de son père dans la résistance française, le narrateur veut avoir des compléments d’information et s’adresse « à la police ou à la justice pour avoir copie des archives que cette affaire avait laissées« . La démarche semble malaisée puisqu’elle est qualifiée de fastidieuse, ce qui traduit parfaitement le découragement que la supposée complexité du monde archivistique peut avoir pour un chercheur néophyte. Il indique d’ailleurs préférer faire ses recherches sous couvert de son université plutôt qu’à titre particulier, mauvais souvenir des traitements différenciés que certains usagers ont pu parfois subir à une époque qu’on espère révolue. Tout au long de l’ouvrage, le narrateur évoque ses difficultés à se faire communiquer les documents sur son père, non pas au sein des archives qui sont peu mentionnées mais au cœur des administrations elles-mêmes.

Les archives familiales sont l’occasion d’une jolie description de l’émotion que provoquent les photographies. Si elles ont une vraie valeur sentimentale, les photos sont aussi des archives permettant de documenter une époque ou de compléter ses informations. La maison de famille semble être en fait un vaste dépôt d’archives puisqu’après les boîtes contenant les photos, le narrateur se plonge dans le contenu d’une armoire métallique qui renferme la correspondance de son père, ses agendas ou ses notes pour tenter de reconstituer son parcours. Mais il semblerait que dès qu’il tente d’en savoir plus en quittant la maison, le narrateur se heurte à une barrière : impossible par exemple d’accéder au rapport de police sur l’accident de son père. Toutes les archives publiques sont soit extrêmement difficiles d’accès, soit invisibles. Cette barrière oblige l’universitaire à fouiller davantage encore dans les archives de son père, il se qualifie désormais lui-même d' »archiviste scrupuleux », ce qui lui permet en épluchant les lettres conservées par son père de peu à peu tisser des liens avec Hoover et les assassinats des Kennedy. Contrairement aux instructions reçues, son père n’avait pas détruit ses archives et avait donc laissé des traces permettant de retracer un parcours plus surprenant que prévu. Il retrouve même des brouillons qui auraient dû disparaître mais qui ouvrent des clefs de compréhension. Pourtant, les archives familiales devenant une véritable obsession pour l’universitaire, il envisage de les détruire pour, finalement, se libérer de l’emprise que le passé a encore sur sa vie quotidienne.

Parallèlement à ces archives familiales, l’auteur évoque également la destruction méthodique des archives du programme MK-Ultra, projet secret de la CIA visant à développer des techniques de manipulation mentale. Le directeur du projet, Sidney Gottlieb aurait ordonné la destruction totale de ces archives, ce qui n’a pas empêché d’autres documents de resurgir et de prouver l’existence de ce programme. mais officiellement, « les archives auraient brûlé accidentellement », comme ce fut le cas pour d’autres affaires dans lesquelles d’opportuns incendies ont éradiqué des archives compromettantes. Pourtant, malgré une volonté d’occultation, on a bien souvent du mal à faire disparaître la totalité des archives qui concernent un sujet et c’est assez réconfortant. Les archives sont d’ailleurs des éléments clefs de la compréhension des décisions politiques quand elles parviennent jusqu’à nous comme l’indique l’auteur lorsqu’il évoque « des archives du FBI » essentielles pour mieux appréhender la haine que voue Johnson à Bob Kennedy. La conservation d’archives sensibles par différents adversaires est un moyen de s’assurer d’un silence réciproque ou de se donner une arme en cas d’attaque. Des vieux papiers poussiéreux, les archives ? Dans certains cas, il s’agit plutôt de véritables bombes à retardement ! Le narrateur enfonce le clou : « la dissimulation d’archives décisives ne permettront au plus qu’une approximation de cette vérité » et rappelle combien la France paie encore par exemple le fait d’avoir longtemps cherché à dissimuler certaines zones de son passé proche. La destruction d’archives est souvent plus néfaste que leur communication puisqu’elle permet le développement de théories complotistes parfois bien plus dangereuses que la vérité, fut-elle douloureuse.

Sonia Dollinger

 

 

 

Actes-SudOù as-tu passé la nuit ? est un récit autobiographique de Danzy Senna, écrivaine américaine. Le titre est paru aux Etats-Unis en 2009 et en France chez Actes Sud en 2011. Dans cet ouvrage, Danzy Senna explore ses origines et nous offre ainsi une plongée dans l’histoire et la sociologie américaines. Ses parents se marient en 1968, sa mère est une jeune femme blanche issue d’une grande dynastie de Boston apparentée au président John Quincy Adams et dont le nom jalonne l’histoire des Etats-Unis. Le père de Danzy Senna est un jeune étudiant noir, sans le sou et à la généalogie compliquée.

Hélas, peu à peu, le couple vole en éclats et se déchire sous les yeux de leurs trois enfants. Devenue écrivaine, Danzy, l’aînée, cherche à comprendre cette histoire complexe, à recoller les morceaux du puzzle et à reconstituer les chapitres manquants de l’histoire de son père avec lequel elle entretient des relations difficiles. Ses recherches s’avèrent pénibles, les fausses pistes se multiplient mais c’est l’occasion pour Danzy de faire un voyage initiatique vers ses propres racines et de parcourir ainsi l’histoire tumultueuse d’une Amérique métissée qui l’emmène des confins du Mexique à la Nouvelle-Orléans en passant par Boston.

L’auteure se plonge ainsi avec lucidité dans sa généalogie aux multiples facettes et redécouvre ainsi ses parents autrement. Cet ouvrage est d’une grande sensibilité et montre combien la quête de ses origines peut s’avérer réparatrice et permet de comprendre non seulement sa propre histoire mais celle de son pays.

Et les archives dans tout ça ??

Danzy Senna évoque tout d’abord la famille de sa mère, les DeWolf dont le lignage remonte au Mayflower et leur « véritable obsession du pedigree », leur généalogie est ainsi facile à établir puisqu’on la retrouve publiée dans de nombreux ouvrages. L’auteur ajoute que dans cette famille, « on accumule un nombre incalculable d’archives de façon presque compulsive », elle fait alors le parallèle avec sa famille paternelle qui ne dispose d’aucun document voire d’aucun souvenir. Senna met le doigt sur une problématique bien connue des généalogistes et des chercheurs en général : l’inégalité archivistique, certains laissant si peu de traces qu’il est bien difficile de faire l’histoire de certaines familles et individus tandis que d’autres marquent les archives de leur empreinte à de multiples reprises. Danzy Senna est d’ailleurs consciente de l’originalité de la famille de sa mère :  » L’anomalie (…) est à chercher du côté de la famille de ma mère. La plupart des gens ne disposent pas d’archives publiques ou d’ouvrages présents en bibliothèques pour y puiser des informations sur leurs ancêtres. » En effet, même si secrètement certains généalogistes aimeraient se doter d’une ascendance prestigieuse, ce n’est pas toujours le cas et il faut souvent se contenter de recherches lentes et fastidieuses pour remonter son lignage.

Cette constatation ne décourage pourtant ni Danzy ni son père qui entreprennent malgré tout de retrouver les traces ténues du passé de ce dernier et de ses ascendants. Ils font donc appel aux archives disponibles comme celles de l’orphelinat catholique où fut placé le père de Danzy. Pour retrouver les traces de sa grand-mère, Danzy procède méthodiquement en compulsant les registres de recensement et d’état-civil, l’auteure se livre à une véritable leçon de recherche en généalogie. Elle apprend que sa grand-mère a étudié à Alabama State University, la première université destinée aux Noirs et, après avoir pris la précaution de contacter le département des archives pour savoir si elle pouvait consulter le dossier de sa mère, Danzy se rend sur place, toutes les démarches préalables ayant été effectuées.

Tout se gâte lorsqu’elle rencontre Ruby Wooding, l’archiviste dont l’auteure nous donne une description précise : « femme à la peau claire, coiffée d’un casque de cheveux défrisés, avec des lunettes et la bouche maquillée de rouge, Mme Wooding n’esquissa pas le moindre sourire (…) ». Danzy Senna ressent même de l’hostilité… encore une archiviste qui n’échappe pas aux clichés habituels. En outre, l’archiviste refuse de communiquer le dossier de sa grand-mère à Danzy malgré son accord préalable par écrit. En effet, l’archiviste est garant de la confidentialité des données et, au vu de la peau trop claire de Danzy, elle refuse de croire que cette dernière est la petite-fille d’une femme noire. Jugeant sur l’apparence et non sur les faits, l’archiviste refuse la communication du dossier : « on ne peut pas laisser n’importe qui consulter les dossiers. » Ce qui part d’une intention louable de protéger la vie privée de l’individu se transforme en cauchemar tissé de préjugés. Danzy cherche à savoir si quelqu’un d’autre peut l’aider, Ruby lui répond sèchement : « je suis la responsable des archives, vous êtes dans mon bureau. » Manque de discernement, manque d’humanité, tout y est dans ce portrait cruel, j’avoue m’être presque sentie coupable à la lecture de ce passage tant cette professionnelle est l’antithèse de ce que je crois être un archiviste. Après des milliers de kilomètres, Danzy Senna repart bredouille, terrible passage !

Fort heureusement, les archives des orphelinats et des hôpitaux sont moins hostiles et Danzy peut ainsi retrouver quelques bribes du passé de sa famille. La tante de Danzy, Carla, s’adjoint d’ailleurs les services d’une enquêtrice spécialisée dans les recherches liées aux enfants trouvés, s’aidant des rares archives dont les familles disposent. Il est également question de tests adn dans ce récit, ce qui nous permet de faire le tour complet des possibilités de recherches généalogiques.

Si cet ouvrage est à la fois beau et intéressant dans ce qu’il décrit de la quête des origines d’une femme américaine aux ascendances diverses, il n’en reste pas moins qu’on le referme avec un sentiment d’amertume envers cette archiviste qui tenait entre ses mains une clef essentielle et qui, par rigorisme ou préjugé, n’a pas voulu faire son métier : servir l’autre.

Sonia Dollinger

 

Fallout 3 est un jeu vidéo, de rôle et d’action pensé et développé par le studio de développement Bethesda Softworks. Bethesda est réputé dans le monde du jeu vidéo pour ses diverses séries incontournables comme The Elders scrolls avec les fameux Morrowind, Oblivion, et le dernier du nom Skyrim, plusieurs fois nommé comme meilleur jeu de l’année 2011, et ensuite la série Fallout connue pour son deuxième, troisième et quatrième volet.

Fallout

Fallout 3 se déroule dans notre monde, dans un futur imaginé et post apocalyptique suite à un holocauste nucléaire mondial dû à une invasion des États-Unis par le Chine.

Le personnage incarné est né dans un abri nucléaire, l’abri 101, où il a pu vivre loin des radiations. L’abri atomique a été construit par une entreprise privée de l’enseigne Vault-tech hébergeant une partie de la population. Cet abri a pour consigne de ne jamais s’ouvrir quoi qu’il arrive, ignorer le monde extérieur dévasté et tourner en cercle fermé. Mais un jour le père du héros quitte l’abri. Dès lors notre héros va rapidement suivre son père.

Le monde ravagé par la guerre est hostile et encore habité par des humains, des cannibales, des créatures ayant muté à cause des radiations.

Et les archives dans tout ça ??

Au fil de l’histoire, le chemin du héros va croiser plusieurs protagonistes désireux de retrouver et conserver le rare patrimoine ayant survécu à la désolation, mais aussi à l’étudier. Ce désir de connaître le passé et s’en servir au présent et dans le futur se retrouve plusieurs fois dans le jeu. Pour commencer, dès la sortie de l’abri la radio diffusée sur les terres désolées, est une radio d’état, sur laquelle le président intervient régulièrement en diffusant des messages de propagande. Entre chaque message, on retrouve des archives sonores composées des musiques de la guerre de sécession, qui paraissent patriotiques et purement intégrées à l’identité des États-Unis alors que la date de diffusion est 2199. On constate dans certaines annonces la faiblesse des recherches et de la connaissance du passé quand le président confond les joueurs de base-ball avec des conseillers et députés du gouvernement. « C’est alors que vous pourrez les voir ces conseillers munis de battes de frêne et de noyer pour vous offrir un spectacle…»

Ensuite l’histoire du jeu va nous conduire auprès d’un homme qui désire enrichir son musée public d’anciens documents ou objets. La tenue de cet homme est très cliché : il arbore la tenue typique du professeur d’histoire, avec son petit pull en laine, ses lunettes et son grand âge. Cette mission nous expédie dans plusieurs endroits de la ville comme auprès des Archives nationales qui sont représentées avec un souci du détail flagrant, comme l’est d’ailleurs toute la ville.

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Ce qui nous propulsera nécessairement dans les archives du mémorial de Lincoln. On y trouve plusieurs supports du document, de l’enregistrement de la voix de Lincoln en passant par des objets personnels comme son chapeau ou son fusil. Différents supports qui sont la preuve que pour les éditeurs du jeu le document d’archives ne prend pas nécessairement la forme de vieux parchemins.

De plus l’univers du jeu nous montre plusieurs techniques de conservation des archives. On retrouve des rayonnages certes dévastés par la catastrophe, mais encore présents.

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On peut constater sur l’image ci-dessus un rayonnage sur la gauche, en bois où quelques documents demeurent encore. Sur la droite on peut voir une machine nécessaire à la lecture des microfilms et même une machine à écrire (Les bombes nucléaires ayant dans cet univers frappé aux alentours des années 1960)

La constitution d’indépendance des États-Unis est également présente dans l’édifice et conservée dans un coffre fort situé dans un sous-terrain très profond, qui de fait la garde dans un état impeccable.

On retrouve au cours de la quête principale du jeu, les archives de l’entreprise Vault tech, des archives privées cette fois ci, et sur un support numérique. Ces archives nous aident à repérer tout les abris répartis dans la région, ainsi que le rôle caché des différents abris.

Mais plusieurs quêtes secondaires nous porterons à la découverte de nombreuses archives secrètes ou non, allant des archives de l’armée, ou bien des archives du fabricant légendaire de « nukacola ».

Voici donc un aperçu de la vision des archives au sein de cet univers vidéoludique.

Nicolas Levannier

 

 

 

 

 

 

 

Mille femmes blanchesMille femmes blanches, les carnets de May Dodd, est le premier roman de Jim Fergus. il sort aux Etats-Unis en 1998 et en France deux ans plus tard aux Editions du Cherche-Midi. Pour cet ouvrage, Jim Fergus obtient le prix du premier roman étranger en 2000. L’ouvrage a fait l’objet d’une suite sortie en 2016 sous le titre La Vengeance des Mères. Les deux livres sont disponibles en poche en édition Pocket. Mille femmes blanches connaît un succès retentissant en France où le titre se vend à plus de 400 000 exemplaires.

Mille femmes blanches se déroule aux Etats-Unis dans les années 1870 et  dénonce la politique du gouvernement américain et notamment du président Grant vis à vis des tribus indiennes. Jim Fergus met en scène Little Wolf, chef des Cheyennes du Nord, qui a réellement existé et qui est considéré comme un des plus grands chefs indiens de cette période. L’ouvrage met en scène le peuple cheyenne aux prises avec l’armée américaine pour la conservation de ses terres ancestrales.

La fiction est racontée à travers le journal et les lettres de May Dodd, une des femmes livrées aux Indiens par le gouvernement américain pour devenir leurs épouses et tenter d’acculturer les Cheyennes afin de les assimiler peu à peu à la culture blanche. Ce journal fictif est l’occasion pour l’auteur d’évoquer la ou les cultures indiennes, les tensions entre les tribus, la vie simple mais rude des Indiens nomades, leurs traditions et le traitement inhumain que leur ont réservé les nouveaux occupants de leurs territoires.

Et les archives dans tout ça ??

May Dodd est une jeune femme de la bourgeoisie de Chicago, enfermée dans un asile par sa famille parce qu’elle a décidé de mener une vie non conventionnelle avec un ouvrier. Pour échapper à son internement, May accepte de faire partie d’un convoi de femmes livrées aux Cheyennes. Elle devient l’épouse du chef Little Wolf et sa vie est transformée à jamais.

Le destin de May Dodd intrigue J. Will Dodd, l’un de ses descendants qui a entendu des légendes familiales se propager au sujet de son aïeule qu’on disait un peu dérangée. Chacun sait combien les secrets de famille peuvent être pesants s’ils ne sont pas résolus. J. Will Dodd, comme un bon généalogiste, part donc en quête du peu d’informations disponibles : « Je me mis alors à fouiller dans les archives familiales, sans trop de sérieux d’abord, mais peu à peu mû par un intérêt que certains pourraient qualifier d’obsessionnel. » Voilà notre personnage piqué par le virus de la recherche : il trouve une lettre de son ancêtre évoquant son départ pour les territoires indiens. La lettre n’avait pas été détruite malgré son caractère sulfureux pour la famille et avait été conservée dans un coffre-fort. De ce fragile document presque effacé, le descendant de May tire assez d’informations pour poursuivre sa quête.

Evidemment, J. Will Dodd se rend à l’asile où avait été enfermée May mais il ne s’y trouve plus aucun dossier concernant les patients des années 1870. Ces documents, sans doute jugés encombrants et non essentiels, ont été détruits, condamnant les descendants des internés à la spéculation et à l’ignorance.

Méthodiquement et muni de la lettre de May, J. Will Dodd effectue ses recherches qui le mènent à la réserve indienne de Tongue River où il déniche, dans les archives indiennes, les journaux écrits par May Dodd qui font l’objet de la publication. Ces archives sont considérées par les Cheyennes comme un trésor sacré. Ces carnets racontent la fourberie du gouvernement américain et sont un témoignage de la vie d’une tribu indienne confrontée aux mensonges, aux rudesses des climats, à la mort ou à la captivité.

Si Mille femmes blanches est bien une fiction, l’ouvrage montre combien un secret familial peut être lourd à porter, combien la moindre petite pièce d’archives peut permettre de reconstituer un destin individuel ou une histoire collective.

Alors, qui doit décider si un document d’archives est essentiel ou non et pour qui ?

Sonia Dollinger