Archives de la catégorie ‘Séries’

Loki est une mini-série en dix épisodes diffusée sur la plateforme Disney +. Elle est l’oeuvre de Michael Waldron, scénariste et producteur américain. La série est centrée sur le personnage de Loki, dieu de la Malice et demi-frère de Thor. Loki est interprété par l’acteur Tom Hiddleston qui joue également ce rôle dans les films Marvel.

Quelle est l’histoire ?

Loki, prisonnier des Avengers, s’échappe grâce au Tesseract et crée une réalité alternative. Son but est de changer les événements de l’Histoire grâce à son artefact. Toutefois, Loki est entravé dans ses velléités puisqu’il est arrêté par le TVA, le Tribunal des Variations Anachroniques. Cette dernière entité est chargée de protéger l’éternel flux temporel en traquant les individus susceptibles d’altérer le passé ou le futur. Loki, considéré comme un dangereux « variant » est alors jugé pour ses crimes. Alors qu’il est sur le point d’être réinitialisé, il est sauvé par l’agent Mobius qui l’embauche dans sa brigade temporelle pour traquer un autre « variant », une autre version de Loki qui décime les brigades. Mais peut-on vraiment faire confiance au dieu de la Malice ?

Et les archives dans tout ça ??

Les archives apparaissent dans le deuxième épisode qui a pour titre « le Variant ». L’épisode démarre en 1985, lorsque le variant inconnu décime une équipe du TVA. Pendant ce temps, le nouvel agent Loki tente d’apprendre les rudiments de son nouveau métier de traqueur de variant. Au cours de la mission de traque du variant, Loki tente de piéger Mobius. Ce dernier décide toutefois de donner à Loki une dernière chance et le met au travail.

Un ascenseur emmène Loki et Mobius dans les bas-fonds du TVA. Il ne s’agit pas, fort heureusement d’une cave humide, mais bien d’un endroit doté des plus modernes équipements technologiques.

voyage au centre des archives

Mobius emmène donc Loki aux archives et lui demande d’examiner toutes les occurrences faisant référence au « variant ». En effet, pour lutter contre l’ennemi, il convient de se documenter correctement et donc de compulser les archives.

Loki s’attelle à la tâche qu’on lui confie et compulse frénétiquement les dossiers. Alors qu’il parle tout seul à voix haute pour tromper son ennui, l’archiviste, vissée à son bureau, lui intime l’ordre de se taire.

chhhhhhhhhuuuuuuut !

Décidant de cesser ses activités et de fouiller dans d’autres types d’archives, Loki se dirige vers une autre archiviste à l’air aussi aimable que la première. Cette dernière ne répond même pas au bonjour de son lecteur, ça promet ! Pour qu’elle daigne regarder Loki, ce dernier doit actionner une petite sonnette qui semble avoir pour pouvoir de faire s’animer l’archiviste. Usant de son charme, Loki demande à l’archiviste: « toutes vos archives concernant la création du TVA s’il vous plaît ». La réponse est d’actualité : « elles sont classifiées ». Cette répartie n’est pas sans nous renvoyer aux débats français très actuels sur la classification inédite de documents d’archives en complète contradiction avec l’esprit de la loi du 7 messidor an II et de celle de 2008. Loki retente sa chance en demandant les archives concernant le commencement des temps, même réponse, idem pour les archives retraçant la fin des temps.

cliché sur pattes

En désespoir de cause, Loki demande à quelles archives il peut avoir droit. L’archiviste le conduit dans les travées et, pour une fois dans un film, le lecteur ne se sert pas seul, c’est elle qui extrait la boîte des rayonnages.

Avec un air narquois, elle lui met une liasse dans les mains avec ses simples mots : « amusez-vous bien ». Loki se retrouve à consulter… le dossier d’archives le concernant. Sa déception rappelle celle des chercheurs qui, remplis d’espoir, se voient déjà découvrir des informations inédites dans des archives très fournies et reviennent avec un maigre lot de consolation. Loki tombe alors sur le dossier évoquant la destruction d’Asgard et on voit toute l’émotion du personnage à la lecture des terribles archives qui montrent la disparition totale d’une civilisation. Ce court passage démontre combien la lecture de dossiers, aussi austères semblent-ils, ne laissent pas insensibles leur lecteur et l’on pense inévitablement aux écrits d’Arlette Farge sur le sujet.

In fine, c’est évidemment dans les archives que Loki trouve une piste. Il se précipite alors vers Mobius, une liasse dans une main, montrant ainsi que les archivistes psychorigides ne sont pas totalement au point dans la surveillance de leurs lecteurs indélicats.

Archives classifiées, archives sensibles, tout est dans Loki avec, hélas, des archivistes peu amènes qui ne donnent pas forcément envie de les rencontrer.

Sonia Dollinger

Night Stalker : Le Guetteur est une série télévisée diffusée en 2005 aux Etats-Unis. Cette série, diffusée en 2007 en France ne comporte qu’une saison de dix épisodes, avant d’être annulée par manque d’audience. Il s’agit d’un remake d’une ancienne série télévisée américaine, Kolchak : The Night Stalker (Dossiers brûlants en français), diffusée entre 1972 et 1975, incluant deux téléfilms, The Night Stalker et The Night Strangler. Cette série fut d’une grande influence dans la création d’une autre, X-Files.

Quelle est l’histoire ?

Nous suivons Carl Kolchak un journaliste qui traque les phénomènes paranormaux.

Et les archives dans tout ça ?

Dans l’épisode 9 de la série de 2005, intitulée Timeless en anglais et La Morsure du Temps en français, Kolchak enquête sur la mort de jeunes femmes dont les cadavres ont été retrouvés dans un parc le cerveau dévoré. L’enquête patine car Kolchak et son équipe hésitent entre l’attaque d’une bête ou d’un tueur déterminé. Jain McManus, le photographe, indique avoir trouvé une piste et les emmène dans les archives du journal pour lesquels il travaille, The Beacon.

Descente aux Archives du Beacon

Kolchak qui est là depuis plusieurs mois ne connaît pas l’endroit, sa collègue Perri Reed, qui travaille pour le journal depuis quatre ou cinq ans indique « qu’il y a ici toutes les éditions jusqu’en 1980 » et qu’elle « n’y est pas venue depuis des siècles ». Jain indique lui bien aimer descendre aux archives pour farfouiller et c’est grâce à cela ou plutôt à Titus qu’il a trouvé une info. « Qui est Titus ? » demande Kolchak. Titus Berry, l’archiviste du Beacon se présente. C’est un quadragénaire chauve aux petites lunettes avec chemise et pulls, bref une image d’Epinal. Ce dernier se lance alors dans une diatribe :

« La plupart de nos confères s’agitent vraiment en tout sens pour récolter de misérables ragots. La recherche est l’essence de notre travail, ce qui fait sa noblesse et sa beauté. (…) J’ai découvert quelque chose que vous n’auriez jamais pu trouver sur Internet, votre sacro-sainte Toile où les événements historiques n’ont aucune chance de figurer en bonne place si personne ne s’est soucié de les retranscrire à la manière ancienne, avec ses dix doigts. »

Puis Titus leur montre une édition de 1970, indiquant des crimes similaires dans le même lieu. Titus reconvoque les journalistes plus tard, pour leur montrer que des événements similaires se sont déroulés en 1935 et en 1900, ce qui intrigue d’autant les journalistes les lançant sur la piste d’un tueur paranormal, une tueuse en réalité dévorant le cerveau de trois jeunes femmes tous les 35 ans pour conserver sa jeunesse.

Découverte d’un acte similaire en 1970

Ici l’archiviste est un archétype classique de vieux garçon rigoriste qui apporte de nouveaux éléments pour l’enquête. Mais au-delà de la forme, ce passage est intéressant au niveau du fond. Premièrement, la méconnaissance du service archives et son absence de visibilité. Ainsi Kolchak présent depuis plusieurs mois ne connaît pas l’endroit et sa collègue n’est pas venue depuis longtemps. Il faut une démarche personnelle et volontaire pour lier archives et enquête. Il est à regretter aussi que l’archiviste ne fasse pas l’effort de se mettre en avant et de se faire connaître de ses collègues. Deuxièmement, il édicte en 2005, une règle toujours valable aujourd’hui. Un travail complet de recherche ne peut se faire uniquement sur Internet, puisque le réseau ne contient que ce qu’on a bien voulu y mettre. Un point parfois hélas oublié par certains.

Cet épisode est un hommage au téléfilm The Night Strangler, diffusé en 1973. Carl Kolchak est à Seattle, après avoir été viré du journal pour lequel il travaillait à Las Vegas. Il est engagé par son ancien responsable éditorial au Daily Chronicle. Il doit alors enquêter sur l’étranglement d’une femme, meurtre qui devient vite une série dans le quartier de Pioneer Square. Kolchak découvre un lien possible avec l’histoire du vieux Seattle.

Une partie des archives du Daily Chronicle

Lui-même avouant que la recherche n’est pas son fort, il décide de faire appel à Titus Berry « gardien des secrets de Seattle enterrés dans la mémoire morte du Daily Chronicle ». Titus a découvert que des meurtres similaires avaient lieu 21 ans plus tôt dans le même quartier, avec une description physique du suspect identique ! Kolchak l’ayant cité dans son article, Titus Berry pousse ses recherches en signe de gratitude et découvre que d’autres crimes ont eu lieu 21 ans avant. Plusieurs femmes sont assassinées tous les 21 ans. Mais le journal ayant été fondé en 1887, Kolchak décide d’aller à la bibliothèque de Seattle pour fouiller dans les journaux plus anciens de Seattle sans trouver de piste valable. Titus le recontacte car il a trouvé des infos. Les échanges entre Titus et Kolchak vont alors continuer jusqu’à la conclusion de l’enquête.

Meurtre d’une femme en 1952

La version de 2005 est clairement un hommage au film, avec la reprise de l’intrigue, du personnage de Titus Berry et le passage aux archives. La version de 2005 est un hommage qui se tient mais un peu creux en comparaison. Dans la version de 1973, Carl Kolchak met en valeur la recherche dans les archives comme une nécessité. Le personnage de Titus Berry est moins ronchon, même s’il valorise son travail, il reste un employé timide et efficace.

La comparaison des deux et de leurs visions de la recherche dans les archives d’un journal à trente ans d’écart est un bel exercice pour montrer la permanence et l’évolution d’un métier, bouleversé par l’informatique et les habitudes de recherches. Titus Berry, un archiviste qui peut en cacher un autre donc !

Marc Scaglione

Shadow and Bone : La Saga Grisha est une série télévisée de fantasy américaine diffusée en 2021 sur la plateforme Netflix. Créée et produite par Eric Heisserer, connu pour les films Bird Box et Premier Contact, elle est une libre adaptation d’une série littéraire pour jeunes adulteq, publiée depuis 2013 et écrite par Leigh Bardugo.

Quelle est l’histoire ?

Le royaume de Ravka est divisé depuis plusieurs siècles par le Fold, une brume ténébreuse emplie de monstres, érigée par l’Héritier des Ténèbres. Nous suivons Alina Starkov, une orpheline métisse, cartographe dans l’armée, qui va se découvrir le pouvoir d’invocation de lumière, un pouvoir légendaire qui permettrait de faire disparaître le Fold, faisant d’elle une Grisha, une sorcière. Alina va se retrouver alors au milieu d’une guerre d’influence et de pouvoir, dont elle ne sortira pas indemne.

Et les archives dans tout ça ??

Alors qu’Alina se trouve au Little Palace, le palais annexe de la capitale du royaume, réservé aux Grishas (les sorciers), un dirigeant de casino, Kaz, grâce à l’aide de deux comparses projette de l’enlever dans le cadre d’un contrat. Leur première solution pour pénétrer dans le Little Palace n’étant plus viable, Kaz doit trouver un second plan. La situation se corse d’autant plus qu’une fête gigantesque « la Fête des neiges » doit s’y dérouler, sous haute surveillance. Kaz trouve néanmoins une alternative. Il suffit de voler les plans du palais, conservés aux archives de Kribirsk pour trouver un moyen d’entrer et de sortir. Ils décident donc de mener un casse aux archives royales.

Le bazar des Archives

Kaz se fait passer pour M. Ivanovski, un sculpteur mandaté pour des réalisations exposés lors de la Fête des Neiges. Il argue avoir besoin des tailles des portes du Little Palace, pour éviter que les statues ne passent pas l’encadrement. L’archiviste, un quadra peu enthousiaste aux petites lunettes et au costume élimé, se plaint de cette Fête qui lui vaut de sortir les plans chaque jour.

l’archiviste circonspect face à l’accoutrement de Kaz

Mais l’objectif n’est pas de récupérer le plan lors de sa communication. En insérant discrètement un dispositif de traçage au phosphore sur l’archiviste, Kaz souhaite localiser le lieu exact de conservation des plans. Le soir venu, Inej, l’acolyte de Kaz, doit se faufiler pour localiser et copier les plans. Pourquoi ne pas simplement les voler ? Les plans étant utilisés quotidiennement, leur disparition serait remarquée et lancerait une alerte de sécurité. Le casse, malgré une petite frayeur, se déroule bien, déjouant les dispositifs de sécurité mis en place.

Un peu plus tard dans la série, on découvre les quelques heures qui ont précédé la création du Fold. L’Héritier Noir est alors traqué, ainsi que tous les Grishas. Ce dernier, cherchant un moyen d’augmenter sa puissance pour défendre les Grishas, souhaite créer une armée magique grâce aux invocations du premier des Grishas. Sachant que les journaux de ce puissant sorcier sont aux archives, l’Héritier fouille les lieux afin de les trouver. Il est difficile d’appeler ça « archives », contrairement aux archives royales vues précédemment, il s’agit ici d’un lieu de stockage en vrac, où les caisses ouvertes occupent les tables. L’Héritier après une longue fouille finira cependant par trouver ce qu’il cherche au fond d’une caisse.

Le mystique journal du premier des Grishas

Malgré un personnage d’archiviste assez cliché, renvoyant l’mage d’un tâcheron blasé, les archives sont valorisées. Elles sont, comme souvent, le lieu de dénouement des situations, lieu de savoir et donc lieu de pouvoir, mais lieu mystique à l’accès difficile, bien gardé ou bordélique.

Marc Scaglione

Utopia Falls est une série canadienne diffusée sur la plateforme Hulu. Créée par R.T. Thorne et Joseph Mallozzi (Stargate SG-1), il s’agit d’une histoire dystopique mêlant science-fiction et hip-hop, à mi-chemin entre Divergente et Glee.

Quelle est l’histoire ?

Dans un futur lointain, après une guerre apocalyptique, une colonie de survivants est fondée : New Babyl, la dernière ville du monde, protégée par un bouclier. Plusieurs centaines d’années passent. Chaque année se déroule le concours de danse et de chant : l’Exemplaire. Chaque secteur de New Babyl envoie des candidats dans l’espoir de voir leur représentant devenir champion. Les jeunes candidats Aliyah 5, Bodhi 2 et Tempo 3 vont alors découvrir que le monde dans lequel ils vivent n’est pas ce qu’il paraît être.

Et les archives dans tout ça ??

Le soir de leur arrivée à l’Académie de l’Exemplaire, les candidats reçoivent une invitation mystérieuse à une fête en dehors de la ville, ce qui est interdit. Par hasard, ils tombent sur un bunker dissimulé par une illusion holographique. A l’intérieur, des objets « interdits » : vinyles, livres, chaise, documents, ainsi qu’un étrange cercle luminescent et une console. En approchant cette console, une IA s’active et se présente comme « L’Archive ». Pour l’anecdote, la voix de cette archive n’est autre que celle de Snoop Dogg…

La découverte de l’Archive

Aliyah 5 remarque que cela ressemble aux archives du Secteur Progrès, auquel elle appartient, « là où ils conservent tous les dossiers des recherches antérieures. » L’origine de l’Archive ? Pas une priorité pour ces jeunes, car la question n’est posée qu’après plusieurs épisodes pour se conclure sur une fin de non-recevoir de l’IA « Je ne sais pas », dit-elle en évoquant sa création.

Parmi tous les thèmes que l’Archive propose, Bodhi 2 et Aliyah 5 choisissent d’en découvrir plus sur la musique (on est dans une série musicale, rappelons-le), et découvrent le hip-hop. Cette musique tranche foncièrement avec la société dans laquelle ils vivent, cette dernière prônant l’unité, la communauté au profit de l’oubli de l’individu. Le hip-hop est venu comme un moyen non de briser cet idéal sociétal mais de l’enrichir par le partage des expériences individuelles, des parcours difficiles. Evidemment, le secret promis concernant l’existence de l’Archive ne tient pas longtemps, et tous les candidats de l’Exemplaire finissent par la visiter. Ils utilisent ce qu’ils y apprennent (danse, musique) lors de la compétition. Mais cela est perçu comme subversif par le pouvoir en place et va avoir des conséquences non négligeables…

Il est à noter que tous les candidats ne sont pas enthousiastes face à ce passé enfoui. Tempo et Apollo ne se limitent pas à la musique et découvrent les horreurs de la guerre et des violences qui l’accompagnent. Si Apollo passe outre, certain qu’il existe autre chose au-delà du bouclier, ce n’est pas le cas de Tempo. Il est la conscience traditionnelle des candidats. Ainsi il rappelle que le savoir des Anciens les a perdus, et que s’il est interdit, c’est pour éviter que cela se reproduise ; qu’il ne faut pas oublier le temps où les gens se battaient pour l’argent (une notion qui leur est étrangère néanmoins), la couleur, le groupe social, la religion, etc. S’affrontent alors deux discours traditionnels sur le danger du savoir : le savoir est pouvoir, mais aussi risques et destructions.

La découverte des horreurs de la guerre

L’Archive joue un rôle central dans le récit, enjeu de possession, de secret, mais aussi de partages. Il est à noter cependant que la cohérence n’échappe pas à la facilité scénaristique. Ainsi dans une société avec un alphabet différent du nôtre, on s’étonnera que des adolescents soient capables de lire et de comprendre une langue (en l’occurrence l’anglais) sans aucun souci. Facilité scénaristique, qui n’enlève rien à la portée symbolique des archives dans « Utopia Falls »

Lire une langue ancienne sans aucun problème

Marc Scaglione

Fargo est une série télévisée américaine en cours de diffusion. Initiée en 2014, elle compte actuellement 41 épisodes étalés sur 4 saisons. Si la série Fargo est inspirée du film éponyme, chaque saison propose une histoire différente.

Quelle est l’histoire ?

Le tueur à gage nommé Lorne Malvo a un passe-temps. Durant son temps libre, il tente de corrompre les gens qu’il croise. Il rencontre Lester Nygaard, petit employé humilié par son entourage et son épouse. Lorne tue l’homme qui harcèle Lester depuis des années et encourage ce dernier à être plus ferme. Nygaard tue alors sa femme, mais seule une shérif adjointe, Molly Solverson, croit en sa culpabilité.

Et les archives dans tout ça ??

Après sa rencontre avec Lester Nygaard à Bemidji au Minnesota, Lorne Malvo se rend à Fargo et massacre les membres d’un syndicat du crime. Un problème pour les agents du FBI Bill Budge et Webb Pepper qui surveillent l’endroit depuis six mois et ne réalisent pas qu’un carnage se déroule à quelques mètres ! Leur responsables les réassignent aux archives du FBI en punition de cette bourde. Budge et Pepper y végètent pendant une année jusqu’à ce qu’un nouveau témoignage sur le massacre de Fargo soit déposé aux archives.

Décrire les archives comme un lieu de punition est un lieu commun dans les séries TV. C’est d’ailleurs assez désobligeant pour les professionnels, mais compréhensible dans le contexte de l’histoire. Les héros sont généralement des hommes et femmes de terrain, d’action. Les confiner de manière permanente dans un lieu clos, c’est en quelque sorte les tuer. Lors de leur dernière scène dans les archives, Budge et Pepper sont étendus par terre juste avant que la preuve qui relance l’affaire ne leur parvienne.

L’agent Bill Budge adore les problèmes de logique. Après un an de travail dans les archives du FBI, il propose l’exercice logique suivant :

« La salle des archives. Une salle bourrée d’archives. Imagine qu’on retire un dossier du tas ? […] Ça reste quand même la salle des archives ? […] Non, je veux dire, et t’es bien d’accord, que la salle des archives, avec un dossier en moins, ça reste le lieu où on range les dossiers. Mais bon, admettons que tu retires un autre dossier, et puis encore un autre… S’il y a un dossier en moins aux archives, ça s’appelle encore les archives. Et si tu continues à en retirer, ben y’a un moment, tu vas te retrouver avec zéro dossier. Ou même un nombre négatif de dossier…« 

Son collègue Webb Pepper lui rétorque que « personne n’enlève de dossier. On en ramène toujours plus. »

Les archives deviennent un lieu purement théorique, un problème de mathématique où se croisent valeurs négatives et nombres infinis. Budge s’évade de ce lieu fermé en le rendant abstrait, tandis que la réponse du pragmatique Pepper en fait un lieu écrasant.

Lieu de monotonie, les archives finissent par donner la clef pour résoudre un meurtre de masse. L’originalité est que la réponse ne vient pas d’un document déjà présent dans les dossiers, mais d’un dépôt. Un agent se rend aux archives, et Budge lui demande s’il s’agit d’un document entrant ou sortant. L’agent vient consigner l’appel de Molly Solverson dans le dossier de l’affaire de Fargo. Budge et Pepper quittent alors les archives pour reprendre l’enquête. C’est ainsi le fait que les archives soient un lieu vivant qui permet de résoudre le crime.

Fargo est une série étrange. La seconde saison commence par l’apparition d’un OVNI. Dans la troisième, un mystérieux personnage semble être le Juif errant. Les histoires policières rencontrent un court instant le fantastique. Dans la première saison, la nature de Malvo reste ambigüe. Simple tueur ou véritable démon corrupteur ? Les thématiques religieuses parsèment la première saison. Le passage de Budge et Pepper aux archives m’a évoqué le purgatoire. Pour les catholiques, le purgatoire est un lieu de pénitence et de purification. Le péché que Budge et Pepper doivent expier ? La tuerie de Fargo, leur incompétence. Ils rachètent leur erreur en écoutant l’histoire de Molly Solverson, que l’un de leurs confrères a trop rapidement rejetée. Après le purgatoire, le Paradis : les deux agents sont assassinés par Malvo alors qu’ils gardaient le domicile de Lester Nygaard.

Jean-Baptiste Vu Van