Archives de la catégorie ‘Séries’

Manhunt : Unabomber est une mini-série télévisée américaine de huit épisodes réalisée par Greg Yaitanes et diffusée en 2017 sur Discovery Channel.

Quelle est l’histoire ?

L’intrigue retrace la chasse à l’homme du terroriste Theodore Kaczynski, surnommé UNABOM (pour UNiversity and Airline BOMber). Il s’agit de la traque la plus coûteuse organisée par le FBI puisqu’elle a mobilisé les moyens de l’agence gouvernementale durant dix-huit années (de 1978 à 1996) au cours desquelles l’Unabomber a expédié 16 colis piégés faisant 3 morts et blessant 23 personnes. La série nous plonge dans l’intimité de la cellule chargée de la traque de l’UNABOM. Plus particulièrement, nous suivons l’enquête menée par un jeune profiler, James Fitzgerald, l’agent du FBI qui va permettre la localisation et l’arrestation de Theodore Kazcynski grâce à des méthodes d’investigations inédites dont il est le pionnier : les forensic linguistics, en français, linguistiques légales ou crimino-linguistiques.

Manhunt

Et les archives dans tout ça ??

Cette méthode novatrice consiste à identifier un criminel en se penchant de manière scientifique sur son style d’écriture, véritable vaisseau identitaire. James Fitzgerald a montré que le vocabulaire, la grammaire, la syntaxe ou encore les idiomes propres à un style d’écriture singularisent un individu. C’est cette méthode analytique, décriée par la hiérarchie de Fitzgerald, qui va permettre d’appréhender Theodore Kazcynski, alors célèbre pour son anonymat et sa capacité à ne laisser aucune trace de ses actions.

C’est pourtant grâce aux courriers qu’il envoie au FBI durant près de vingt ans que l’agence va commencer à remonter sa piste. Ces documents papier constituent sensiblement les seuls éléments pouvant être considérés comme preuves dans cette affaire – une bataille légale s’engage d’ailleurs au sein du FBI pour déterminer s’ils peuvent être acceptés comme telles par une cour de justice. Ces archives constituent ainsi la base de l’enquête menée par Fitzgerald et son équipe.

Il faut s’arrêter ici sur les motivations de Theodore Kazcynski. Il s’inscrit dans la mouvance néo-luddiste, c’est-à-dire qu’il se pose en porte-à-faux avec le progrès technique en manifestant une vive technophobie, d’ou d’une part, le choix de ses cibles, des personnes investies dans l’essor technologique, et d’autre part, son choix de style de vie. Les derniers moments de sa traque ont en effet révélés qu’il vivait dans les bois de Lincoln, au Montana, coupé d’une société qu’il ne fréquentait que pour satisfaire ses besoins essentiels mais aussi bien sûr pour expédier ses colis piégés et du courrier personnel. Il a notamment expédié son manifeste au FBI et à la presse, exigeant qu’il soit rendu public, sous peine de poursuivre ses envois mortels.

Et c’est peut-être ici sa seule erreur puisque se faisant, il permet que la singularité de son écriture et de son expression soit connue du grand public et plus précisément, de son frère David. Ce dernier, en découvrant le manifeste dans la presse semble reconnaître la « patte » de son frère, tout autant que ses idéaux néo-luddistes. Son sens moral le conduit à prévenir le FBI de ses suspicions et l’archive confirme ici son rôle clef dans l’affaire. En effet, David, tout comme sa mère, détiennent en leur possession de nombreux courriers personnels échangés avec Théodore, du temps ou ils communiquaient encore fréquemment. James Fitzgerald réalise l’importance de cet état de fait et joue de tous ses atouts pour convaincre David de lui céder ces archives personnelles, ce à quoi la famille finit par consentir. A partir de cette découverte, la comparaison des courriers de l’UNABOM et de ces nouveaux documents est positive, notamment au travers du recoupement d’un idiome employé de manière presque inédite par Ted Kazcynski : « You can’t eat your cake and have it too », l’équivalent de l’expression française : « le beurre et l’argent du beurre ». D’autre part, en étant directement remonté à une source familiale, la localisation de Theodore Kazcynski n’en est que facilitée, son frère révélant au FBI l’existence de la cabane qu’il a aidé à construire et son emplacement.

Au cours de la traque de l’UNABOM, les archives ont joué un rôle essentiel, s’affichant dès les prémices de l’enquête au centre du dispositif d’investigation. Les courriers papiers envoyés au FBI se sont imposés comme la seule piste tangible. Les hauts gradés du FBI, trop rétrogrades dans leur approche ou clairement hostiles aux forensics linguistics prônées par James Fitzgerald ont du s’incliner devant l’efficience de ce procédé, reconnaissant par la même occasion, l’importance des archives en criminologie. Le dénouement de l’affaire, venu du frère de Theodore Kazcynski, met aussi en évidence l’importance des archives « cachées », qu’elles soient privées ou non, et tout l’intérêt que l’archiviste (ici James Fitzgerald) doit avoir pour elles, en dépit des embûches et des réticences exprimées par le détenteur ou une hiérarchie frileuse. Enfin, nous relèverons l’ironie flagrante qui a frappé l’UNABOM, technophobe convaincu, trahi par quelques mots couchés sur un papier primaire, naturel.

Adrien Manlay

Arabesque (Murder, She Wrote en VO) est une série policière américaine de plus de 260 épisodes diffusés entre 1984 et 1996, durant 12 saisons. La série est emblématique tant pour son actrice principale, Angela Lansbury, que pour son générique. Elle a connu un grand succès, autant aux Etats-Unis qu’à l’international, a été maintes fois récompensée. Diffusée sur La Cinq, puis sur TF1 et sur TMC, elle est en 2020 toujours diffusée en France sur TV Breizh.

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Quelle est l’histoire ?

La série suit les tribulations de Jessica Fletcher (née McGill, vous verrez c’est important), ancienne professeur d’anglais de Cabbot Cove, devenue écrivain à succès de romans policiers. Tant dans sa vie quotidienne, que ses voyages personnels ou professionnels, elle se trouve souvent confrontée à des meurtres, dont elle trouvera le coupable grâce à son don de l’observation et son intelligence.

Et les archives dans tout ça ??

On aperçoit à de nombreuses reprises les archives dans la série policière Arabesque, mais moins que dans les séries actuelles et pour une certaine raison : Jessica Fletcher utilise son observation et sa logique et ne mène pas un travail d’enquêteur classique.

Néanmoins, les archives apparaissent plus particulièrement dans l’épisode 20 de la saison 12 « Un héritage encombrant » (Southern Double Cross en Vo). Jessica atterrit dans une bourgade perdue d’Australie. Cette bourgade est déchirée par un conflit concernant les terres de McGill Valley (80 000 hectares soit 800 km², un territoire un peu plus grand que le Bahreïn). Ces dernières étaient la propriété d’Emon McGill, qui à la fin du XIXe siècle a légué ses terrains à sa sœur ou aux descendants de cette dernière. Les terres sont gérées par la commune dans l’attente qu’un héritier vienne les réclamer. Si ce n’est pas fait dans un délai de cent ans, les terres iront à la commune. Le délai arrive à échéance dans quelques jours. Le maire a prévu de déloger les bergers qui occupent ces verts pâturages et de céder les terrains à une compagnie américaine, qui compte ouvrir une mine de bauxite. Quel cadeau empoisonné !

Contactée par un avocat australien qui a fait des recherches successorales, Jessica est une des descendantes. Emon Mc Gill était le frère de sa grand-mère, Jessica affirme alors « il a quitté l’Irlande en 1889, suite à quoi la famille n’a plus entendu parler de lui. » Elle rencontre John Molen, qui semble officier comme archiviste local. Il s’agit d’un quinqua moustachu, qui ne dénote pas particulièrement avec les autres habitants, ayant « pour seule passion », « l’histoire de la commune ».

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découverte des archives sélectionnées

Ce dernier a rassemblé l’ensemble des documents de la commune parlant de son oncle, un « travail de titan », qui a dû lui « occasionner des nuits blanches » s’étonne Jessica. Elle apprend ainsi que son oncle était un bandit, arrêté et pendu pour braquage de banque et est devenu une légende comme un Robin des Bois local.

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Bonjour tonton McGill

En même temps, une effraction a eu lieu la veille dans les archives. Rien n’a bougé, hormis les archives budgétaires de la commune qui ont été « déclassées ». Il s’avère qu’elles ont été volées par le représentant de la compagnie minière américaine. Celui-ci y cherchait et y a trouvé un moyen de pression sur le maire !

Ainsi dans cet épisode, les archives sont un trésor. Trésor intime, qui permet à Jessica de renouer avec un bout de son passé familial, de s’en étonner et de s’en émouvoir. Trésor pécunier, puisqu’elles incarnent ici le mythe de l’Oncle d’Amérique, de ce fol héritage venu de nulle part, quête des généalogies successorales et parfois quête de certains chercheurs, ne nous mentons pas ! Mais aussi et enfin trésor de pouvoir, puisqu’on peut les utiliser pour en acquérir !

Marc Scaglione

Homeland est une série américaine qui comporte huit saisons. Diffusée depuis 2011 aux Etats-Unis et 2012 en France, c’est une série créée par Howard Gordon et Alex Gansa.

Quelle est l’histoire ?

Homeland retrace le parcours de Carrie Mathison (jouée par Claire Danes), agent appartenant à la CIA. Carrie est un excellent agent dont l’intuition est sans pareille. Ses troubles bipolaires la gênent toutefois dans sa carrière, tout comme l’incrédulité de ses supérieurs qui ont parfois bien du mal à suivre ses intuitions. Son but est de démanteler les filières terroristes qui pourraient nuire aux Etats-Unis, elle doit alors pister des potentielles menaces, recueillir des informations dans une véritable course contre la montre.

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Et les archives dans tout ça ??

Hormis quelques banales évocations de dossiers caviardés ou enlevés des dossiers car trop compromettants, il n’est pas question d’archives dans les trois premières saisons d’Homeland. C’est dans le deuxième épisode de la saison 4 qu’un archiviste surgit de manière plutôt inattendue.

Une opération menée entre Kaboul et Islamabad a très mal tourné puisqu’elle a abouti au bombardement d’une ferme où se déroulait une réception pour un mariage. Les renseignements ont été donné par un agent, Sandy, qui reste très secret quant à ses sources et qui meurt lynché par la foule à Islamabad. Impossible donc d’en savoir davantage. Devant ce fiasco total, Carrie Mathison et son coéquipier Peter Quinn sont rapatriés aux Etats-Unis et écartés du terrain.

Chacun des deux gère la question différemment et Carrie s’acharne à comprendre la vérité. Pour ce faire, elle demande à Peter Quinn ce qu’est devenu l’ancien agent de liaison de Sandy à Islamabad, Jordan Harris. La jeune femme pense qu’il a été viré. Peter Quinn s’exclame alors : « Jordan Harris ? Il n’a pas été viré, ils l’ont fait revenir pour le mettre aux archives« . Carrie fait la moue et rétorque : « c’est pratiquement la même chose« . On voit donc que la bonne vieille vision du poste d’archiviste comme punition ultime existe toujours. Dans la tête de ses collègues et dans celle de Jordan Harris, l’envoi aux archives est bel et bien une sanction. L’affaire est exposée crûment, pas besoin de fioritures !

Cette mésaventure nous permet malgré tout de se promener dans le dépôt d’archives, présenté comme étant très vaste, ce qui est souvent le cas dans les séries de science-fiction ou à caractère politique. L’immensité des dépôts, parfaitement ordonnés par ailleurs, contraste avec la solitude de Jordan Harris, malheureux archiviste malgré lui, penché au centre de l’image sur des dossiers qu’il semble récoler. Un humain qui paraît bien petit et fragile au milieu de tous ces dossiers et qui ne voit ces magnifiques alignées de rayonnages que comme un « putain de sous-sol ».

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Jordan Harris ou la joie de vivre

Sur le plan technique, les archives sont parfaitement tenues et forment une sorte de modèle de magasins, même si certains dossiers ne sont pas en boîtes et semblent rangés un peu en vrac. Ce sont ceux sur lesquels travaille Harris : est-ce parce qu’il ne prend pas son travail à cœur ou est-ce parce qu’il procède à une vérification avant conditionnement ? L’archiviste travaille avec un petit chariot qui lui permet de transporter les dossiers.

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Carrie tente de parler d’Islamabad et de Sandy à Jordan Harris. Ce dernier semble peu enclin à coopérer. Quand Carrie lui rappelle qu’il était officier traitant là-bas, Harris rétorque : « oui et maintenant je remplis des demandes d’accès aux informations sur des complots à la noix dans l’Ohio » ce qui nous permet d’apprendre qu’il existe une forme de demande de dérogation pour accéder à certaines archives et que les complotistes ont envie de venir fouiller dans les documents de la CIA. Puis, il met fin à la conversation et part, un dossier sous le bras. Mais Carrie, tenace, revient plus tard à la charge en émettant l’hypothèse qu’on a voulu le réduire au silence ‘en le mettant au placard » (sous-entendu : les archives sont un placard…). En échange de ses informations, Carrie promet à Harris de tout faire pour le réintégrer.

Avec cet exemple, on est dans la vision la plus sombre des archives : un placard géant pour les agents ayant commis une faute. Si les lieux sont présentés comme propres et aux normes, le spectateur n’a pas le moindre doute sur le caractère punitif du boulot d’archiviste dans Homeland.

Sonia Dollinger

Star Trek : Discovery est une série télévisée américaine de science-fiction. C’est la sixième série en prise de vue réelle de l’univers Star Trek. Elle se déroule une dizaine d’années avant la série de 1966. La série compte actuellement deux saisons diffusées sur CBS pour les Etats-Unis et Netflix pour le reste du monde, la troisième est prévue pour 2020.

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Quelle est l’histoire ?

Michael Burnham a été élevée selon la culture vulcaine par Sarek. Elle est la première humaine à avoir reçu l’enseignement du Centre de formation vulcain de l’Académie des sciences. Quelques années plus tard, en 2256, elle est devenue Premier Officier modèle sur le vaisseau de Starfleet, l’USS Shenzhou, sous les ordres du Capitaine Philippa Georgiou. Lorsque le vaisseau est confronté aux Klingons, elle désobéit aux ordres de sa supérieure. Cela provoque la destruction du vaisseau et la mort de nombreux officiers, dont le capitaine Georgiou. Michael est condamnée par la Cour martiale à la réclusion à perpétuité et exclue de Starfleet. Cependant, six mois plus tard, elle est transférée sur l’étrange vaisseau USS Discovery, tenu par le Capitaine Gabriel Lorca.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives apparaissent dans les saisons 1 et 2 et sont un enjeu à des degrés divers.

Dans la saison 1, l’USS Discovery se retrouve par accident dans un univers parallèle. Pour mieux comprendre cet univers et sa logique, l’équipage récupère le noyau de données d’un vaisseau en miettes. Grâce à ce dernier, ils apprennent qu’un autre vaisseau l’USS Defiant s’est retrouvé dans cet univers, mais les archives semblent classées à un haut niveau de confidentialité. Accéder au dossier du Defiant permettrait peut-être de trouver un moyen de rentrer dans le bon univers. Ne pouvant demander gentiment, l’équipage met un plan en place. Michael Burnham se fait passer pour son double de cet univers, passé pour mort. Grâce à ce subterfuge, elle obtient le dossier accessible aux officiers de son niveau. Mais le dossier disponible sur le réseau est caviardé. Il ne reste qu’une solution : trouver le dossier original aux archives qui se trouvent au Palais…

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Les archives de la découverte de l’USS Defiant

Dans la saison 2, l’USS Discovery est arraisonné par une Sphère étrange, un organisme vivant inconnu. L’équipage finit par comprendre que cette Sphère est mourante et souhaite offrir ses souvenirs, sa mémoire. En effet, il est estimé que la Sphère a au moins 100 000 ans, se déplaçant sa vie durant dans toute la galaxie. Elle a donc tant vu ! Le Discovery se fait dépositaire de cette mémoire et l’équipage s’ébahit devant tout ce savoir et ces connaissances ! Il est rare de voir dans une fiction un don d’archives, d’autant plus rare de voir l’enthousiasme que cela suscite.

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La Sphère agonisante cherchant à communiquer avec le Discovery

Ces archives feront le bonheur des scientifiques durant des siècles selon l’estimation de l’équipage. Coup de chance, les souvenirs de la Sphère ne sont pas mélangés et ne nécessitent pas d’être traités. Elles sont déjà classées. Un don d’archives c’est exceptionnel, mais d’archives déjà classées ça l’est encore plus. Le seul problème est la volumétrie monumentale de ces données, qui nécessite l’assistante d’un membre d’équipage avec implants cybernétiques pour retrouver les informations recherchées.

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analyse des archives de la Sphère

On voit d’ailleurs un petit glissement sémantique du moins en version française : alors qu’on parle au début « des données de la Sphère », l’ensemble se trouve vite dénommé « l’archive de la Sphère ».  Et cette archive de la Sphère, utilisée pour dénouer des situations, va bientôt devenir l’enjeu de toute la saison 2 : celui qui la détiendra, aura le sort de la galaxie entre ses mains !

Marc Scaglione

Astrid et Raphaëlle est une série télévisée policière franco-belge, créée par Alex de Séguins et Laurent Burtin (La Stagiaire, La Source, Lebowitz contre Lebowitz), diffusée en mars – avril 2020 sur France 2.

Nous y suivons les aventures du capitaine Raphaëlle Coste, une policière impulsive, incarnée par Lola Dewaere ; et d’Astrid Nielsen, documentaliste à la Documentation criminelle et atteinte d’autisme, incarnée par Sara Mortensen. Cette dernière va devenir consultante en criminalistique et apporter ses facultés extraordinaires au service des enquêtes.

Couverture

Une illustration qui met en valeur les enquêtrices et les boîtes d’archives dont les cotes sont tout à fait réalistes

Et les archives dans tout ça ? ?

La première question est : Astrid Nielsen est-elle documentaliste ou archiviste ? Les deux termes sont confusément utilisés dans les fiches et descriptions de la série. Astrid Nielsen se définit elle-même comme « documentaliste au Service de la Documentation criminelle », service dont le lieu de tournage n’est autre que le bâtiment des Archives départementales du Val-de-Marne. Le Service Central de la Documentation Criminelle existe bel et bien : il gère les bases de données des infractions ou des personnes recherchées, mais aussi les dossiers criminels (archivage intermédiaire). Il s’agit d’un service mixte documentation/archivage donc.

Le capitaine Coste décode un message d'Astrid grâce à des boîtes mal rangées

Le capitaine Coste décode un message d’Astrid grâce à des boîtes d’archives

On voit cependant peu le travail d’Astrid. Elle évoque ses recherches dans la documentation criminelle, mais aussi son action de destruction de dossiers qui ont plus de cinquante ans. En effet, au bout de cinquante ans, les dossiers sont archivés, entendons par là qu’ils rentrent dans les archives historiques. N’y sont versés que les dossiers qui ont une pertinence historique, les autres allant « au pilon ». Quels sont les critères ?  Nous n’en savons rien, mais la question se pose. Ainsi dans l’épisode 5, Astrid indique avoir pilonné un dossier de disparition datant des années 1950 Il s’avère ensuite que la disparition de cette personne avait fait couler beaucoup d’encre dans la presse de l’époque. Un motif suffisant de conservation ? Apparemment non.

Dans le dernier épisode de la saison 1, on voit Astrid recevoir un dossier d’enquête, elle semble vérifier son contenu, elle le numérise puis classe le dossier physique dans les rayonnages.

Quant au personnage d’Astrid, certains pourraient s’offusquer  – à tort – que la profession soit associée à l’autisme. L’archiviste est souvent dépeint comme un personnage un peu à part, un peu vieux, un peu sévère, un peu hautain, un peu lunaire voire un peu fou. Bref, pas un boulot pour une personne « normale ». Pourquoi Astrid travaille-t-elle dans ce domaine ? Son père connaissait le responsable de l’époque et indique qu’elle est parfaite pour ce travail qui exige « silence et rigueur ».  Les archives ne sont pas un placard, mais un travail qui demande des qualités ! Valorisation donc.

Astrid à son bureau des archives

Astrid à son bureau des Archives

En outre, la série a pour objectif de montrer un autre visage de l’autisme, le contraire de la stigmatisation. Enfin il faut aussi analyser cette dernière sous l’angle du duo d’enquêteur. Il s’agit d’une figure célèbre, que certains diront éculée, d’un duo composé d’un policier de caractère et d’un consultant avec des capacités extraordinaires offrant un angle d’attaque inédit et donc utile pour l’enquête. Dans le cas d’Astrid, outre ses qualités professionnelles qui lui permettent de fournir des informations pertinentes très rapidement, elle a aussi une mémoire impressionnante : elle se rappelle de tout ce qu’elle a lu et peut le retranscrire. A ce titre, elle n’est pas sans rappeler le personnage de Sheska.

Ainsi, si la série décrit peu le quotidien réel de la vie d’un documentaliste/archiviste, elle n’en donne pas moins une image valorisante de la profession en mettant en avant les qualités nécessaires à son exercice mais aussi son utilité quotidienne. Comme le répète Astrid : « Il y a une trace, il y a toujours des traces », et c’est à nos professions de les exhumer !

Marc Scaglione