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Game of Thrones Le Trône de fer dans sa version française -, est avant tout une série de romans de type medieval-fantasy, écrits par Georges R.R. Martin depuis 1996. La saga est reconnue pour ses nombreuses références à des événements, lieux et personnages historiques réels ; elle témoigne également d’un certain réalisme, en particulier en ce qui concerne les pratiques guerrières, les intrigues politiques et le fonctionnement des institutions, alliées à une mythologie solide, une historiographie du monde élaborée, à de nombreuses créatures imaginaires et à des formes de magies diverses ; de fait, Game of Thrones est une œuvre fantastique très cohérente et complète. En ce qui concerne plus particulièrement la série télévisée adaptée de ces romans, créée par David Benioff et Daniel Brett Weiss, elle est diffusée pour la première fois en avril 2011 sur HBO (Home Box Office) et connait un très grand succès.

GOT_2L’histoire principale de la série Game of Thrones se déroule essentiellement sur le continent de Westeros, associé dans quelques intrigues à celui d’Essos plus à l’Est. Westeros correspond au Royaume des Sept Couronnes, soit sept royaumes indépendants gouvernés en théorie par un seul souverain, occupant le Trône de fer. La plupart des intrigues de la série sont liées à des guerres de pouvoir, à des stratégies et manipulations politiques et guerrières afin d’occuper le Trône de fer et de gouverner l’ensemble des royaumes du continent. Ces enjeux de pouvoir sont légitimés par les personnages comme une quête de puissance, une volonté d’union et de paix, ou une revendication légitime d’héritage. Les conflits entre royaumes et surtout entre les différentes maisons nobles constituent l’histoire de la série. On note également, au-delà de ces tensions politiques, un récit plus global et ancien, apparenté surtout aux régions du nord du continent, celui du combat des vivants contre l’armée des morts. Cet espace au Nord de Westeros, appelé le Mur, est une zone frontière entre le monde des hommes et celui de ceux appelés les Marcheurs Blancs, armée des morts qui vise à la destruction du monde connu et habité.

Et les archives dans tout ça ??

C’est principalement autour de cette problématique de guerre entre les morts et les vivants que s’illustre l’importance des archives dans l’univers de Game of Thrones. Tous les royaumes possèdent en effet leurs propres archives : dans les lieux et cités éminentes de chaque royaume se trouvent les archives concernant l’histoire de la famille régnante et les principaux événements liés à l’histoire du royaume, aux guerres et aux personnages remarquables. Néanmoins, il existe un lieu exclusivement consacré aux archives du monde, servant à la fois de bibliothèque et d’université : la Citadelle.

La Citadelle se trouve à Villevieille, une cité située au sud-ouest de Westeros, siège ancestral de la Maison Hightower, vassale de la Maison Tyrell, qui gouverne cette partie du royaume. La Citadelle est un lieu très ancien, il est fondé dans le but d’accumuler les connaissances scientifiques et de favoriser l’enseignement de divers disciplines à ceux qui peuvent y accéder. Elle est gérée et administrée par le Conclave, un conseil composé d’Archimestres, maîtres de la Citadelle ; elle est également le siège de l’Ordre des Mestres, des savants et érudits qui sont chargés de former les étudiants à la Citadelle, ou alors de conseiller les seigneurs des Sept Couronnes dans différents domaines (science, médecine, histoire et stratégies diplomatiques) en séjournant à leur cour.

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L’arrivée de Samwell à la Citadelle avec Vère et Petit Sam : la découverte d’un monument éclairant l’ensemble du monde

La Citadelle est en elle-même le lieu de l’Archive, elle représente à la fois un centre d’archives très important, regroupant la quasi-totalité des ouvrages existants dans le monde de Game of Thrones. C’est également une université, un lieu de formation réservé aux étudiants souhaitant devenir mestre – les mestres s’apparentent ici à la fois des archivistes et à des figures scientifiques d’érudits selon la tradition cléricale et renaissante, ils connaissent les sciences de la médecine, l’histoire, la géographie et toutes autres sciences humaines ; certaines scènes de la série font également référence à l’univers des moines copistes de l’époque médiévale -. Ces savants forment un corps enseignant composé exclusivement d’hommes –souvent très âgés-, vivants à l’écart du monde selon un mode de vie particulier, en ermite, et sont entièrement consacrés à l’étude et à la préservation des fonds d’archives. Enfin, la Citadelle est présentée comme une sorte de Grande Bibliothèque, sous la forme d’un Grand Phare, rappelant immédiatement deux monuments très symboliques d’Alexandrie. Ce lieu de conservation de la mémoire écrite est donc un symbole de l’éclairage, de l’illumination du monde entier, rayonnant de connaissances et de savoirs. La Citadelle traite tout autant des archives historiques que des informations très contemporaines, elle est reliée au reste du monde et à l’ensemble des royaumes par une correspondance permanente établie par corbeaux-blancs – spécifiques de la Citadelle-, communiquant avec les mestres éparpillés dans les cours seigneuriales.

La figure du mestre est elle aussi très liée au stéréotype de l’archiviste ; à la fois ermite et érudit, le mestre a pour fonction première de conserver les connaissances du monde, de copier et préserver les documents produits par l’ensemble des Sept Royaumes et au-delà, dans d’autres régions plus éloignés. Ce n’est qu’en fonction secondaire qu’ils rejoignent les cours et capitales afin d’assister les seigneurs dans la bonne gestion de leur royaume et d’apporter les connaissances suffisantes en matière de sciences diverses. On remarque cependant que l’enseignement dispensé à la Citadelle est réservé à une petite minorité de privilégiés, d’abord des hommes – les femmes et les enfants en sont exclus – décidant de se consacrer entièrement à leur tâche d’archiviste ; et des lettrés, des hommes capables de manipuler des documents de tous types et d’en faire bon usage. Comme pour les lieux mentionnés, il est nécessaire de consulter la liste des mestres nommés par l’auteur et la série, ainsi que leurs histoires individuelles qui parfois servent l’intrigue principale.

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Le mestre : stéréotype de l’archiviste ?

On ne peut pas évoquer le lieu de la Citadelle et l’Ordre des Mestres sans parler de Samwell Tarly, l’un des personnages principaux de la saga, qui accompagne l’un des héros les plus suivis de l’histoire, Jon Snow. Samwell Tarly apparaît comme un personnage fondamental de l’histoire dès la première saison de la série, il est l’archétype de l’anti-héros, le Sam Gamgie de l’histoire en tant que meilleur ami du héros «sponsorisé » par le récit ; fils du seigneur de la Maison Tarly, vassale des Tyrell, il est déshérité par son père, étant victime d’embonpoint et incapable de se battre, il est chassé du domaine de son père et envoyé au Nord de Westeros, au Mur, afin de rejoindre l’Ordre de la Garde de Nuit, exil réservé aux criminels, orphelins, fils bâtards et reclus de la société. Le parcours de ce jeune homme est assez singulier, incapable de se battre comme ses compagnons, il assiste le mestre de Château- Noir, forteresse principale du Mur, Mestre Aemon. Il se lie d’une sincère amitié avec Jon Snow, et lorsque ce dernier devient Lord Commandant à la tête de la Garde de Nuit, il lui permet de quitter l’Ordre et de rejoindre la Citadelle. Samwell se bat de fait par d’autres moyens, avec d’autres armes inhabituelles pour un jeune homme dans un monde guerrier : les livres et la connaissance. Son rôle dans l’histoire, et principalement dans le conflit entre l’armée des morts et celle des vivants, s’avère essentiel et crucial. Samwell réalise son rêve d’enfant en rejoignant la Citadelle, où il doit accomplir sa mission en tant qu’ancien membre de la Garde de Nuit et comme être humain qui défend son monde : il est chargé de découvrir, en parcourant les archives de la Citadelle, par quel moyen les vivants peuvent combattre et vaincre les Marcheurs Blancs – entre autres, par l’exploitation du verre-dragon, soit une sorte d’obsidienne, dont il doit trouver les sources de minerai, rechercher les cartes et informations qui permettraient son utilisation en masse-. Samwell Tarly incarne l’archiviste en devenir, qui est confronté à la fois au lieu, aux acteurs de la conservation des documents, et aux événements qui lui sont contemporains, nécessitant un recours aux archives pour faire face aux difficultés et aux guerres du présent – ce qui en fait, à mon sens, l’un des personnages les plus courageux de la série.

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Samwell Tarly : l’archiviste en devenir ou le héros de la sauvegarde du monde des vivants

Son rôle est en effet fondamental, et après avoir intégré l’Ordre des apprentis mestres, il espère pouvoir consulter librement les archives de la Citadelle. C’est aussi l’espérance du spectateur à la fin de la saison 6, qui voit enfin Samwell atteindre la Citadelle en compagnie de Vère, sa compagne et de son fils adoptif Petit Sam. Malheureusement, le premier épisode de la saison 7 montre les tâches ingrates réservées aux apprentis, à savoir s’occuper exclusivement des vieux mestres, présentant la Citadelle non plus comme un lieu rayonnant et plein de promesses, mais comme un hospice. C’est finalement au cours de l’épisode 5 de la saison 7 que Samwell, frustré de l’inaction des mestres et des multiples interdictions quant à la lecture de certaines archives, qu’il décide de quitter la Citadelle clandestinement et de retourner au Nord auprès de Jon Snow. Il part de nuit, emportant avec lui les précieuses archives interdites, qui contiennent des révélations fondamentales quant à la généalogie de certains personnages, qui, ainsi légitimés, peuvent influencer l’issue de la guerre des Sept Royaumes et aider ceux qui, au Mur, sont les premiers confrontés aux Marcheurs Blancs et à l’armée des morts. Il est également le jeune homme qui symbolise l’espoir, par sa désobéissance aux deux Ordres qu’il rejoint, sa décision de garder Vère et Petit Sam auprès de lui, comme une promesse d’avenir. Il est l’archiviste dans le présent et l’action, disant qu’il quitte la Citadelle pour pouvoir lui aussi agir et accomplir de grandes choses ; « je suis fatigué de lire les exploits d’hommes meilleurs que moi. », saison 7 épisode 5.

L’exemple de Samwell Tarly permet de montrer tous les aspects de ce type de lieu d’archives, évoquant à la fois l’attrait pour la Citadelle, monument unique au monde, très renommé et spectaculaire sur le principe et de l’extérieur ; tout en apportant un avis critique sur le fonctionnement interne de cette institution d’archives tournée et centrée sur elle-même, au sein de laquelle certains documents sensibles, pouvant orienter ou décider du sort de la guerre et des manœuvres politiques ne sont pas accessibles –certainement pas au public, ni aux souverains ou aux apprentis mestres- et gardés sous scellés, littéralement fermés par des chaînes dans une réserve. Les chaînes accompagnent également l’habit du mestre, symbole de sa dévotion au savoir et à la science pratiquée à la Citadelle –dont certains se font exclure- et  à leur goût du secret. Les mestres sont à l’écart, en retrait du monde et adoptent une position neutre face aux événements, ayant pourtant toutes les connaissances, savoirs et preuves à leur disposition, ils décident de garder le silence, selon une sorte de devoir de réserve vis-à-vis de leurs contemporains. Leurs conseils et les informations issues des archives sont réservés à une minorité, dans un entre soi qui refuse l’action. Samwell Tarly, qui décide de quitter les mestres, symbolise le jeune homme qui, lui, souhaite mettre à disposition les archives de la Citadelle, au service de l’action, de la sauvegarde du monde, de la vie et de l’humanité.

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« Il y a tant de livres à la Citadelle qu’aucun homme ne peut espérer tous les lire de son vivant. »

Jon Snow à Sam, après leur rencontre au sein de la Garde de Nuit, Mur au Nord de Westeros.

Mathilde Lorilliard

 

 

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Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire (A Series of Unfortunate Events en version originale) est l’adaptation télévisuelle d’une série de livres jeunesse écrits par Lemony Snicket (pseudonyme de Daniel Handler, écrivain américain). L’univers avait déjà été adapté à l’écran en 2004, sous la forme d’un film qui n’avait pas vraiment convaincu les lecteurs, par manque de fidélité à l’esprit de l’œuvre originale… C’est tout le contraire avec la série diffusée actuellement sur Netflix, qui est en à sa deuxième saison (mise en ligne le 30 mars 2018) !

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Nous suivons ainsi les péripéties de trois jeunes frères et sœurs : Violet, Klaus et Sunny (Prunille, en français), qui vont, au tout début de la série, perdre leurs parents dans l’incendie de leur maison. Monsieur Poe, le banquier chargé de veiller à ce que l’immense fortune des Baudelaire reste sagement à la banque jusqu’à ce que l’aînée Violette ait atteint la majorité, les confie à divers tuteurs plus ou moins compétents. En effet, ils sont poursuivis par le maléfique comte Olaf, acteur raté mais qui réussit à embobiner son monde, qui souhaite mettre la main sur leur héritage via diverses machinations.

La série peut être considérée comme une excellente adaptation, car elle reprend les codes des livres qui ont fait leur succès : la narration pessimiste et tragi-comique via un narrateur qui s’insère activement dans l’histoire, les références à la littérature et les explications linguistiques interrompant le récit, l’univers fantasque, étrange et bizarre, peinture quasi parodique et désespérée d’un monde dans lequel les pauvres orphelins Baudelaire peinent à trouver du sens…

Et les archives dans tout ça ??

On parle plus précisément d’archives dans les épisodes 7 et 8 de la saison 2 Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire, épisodes intitulés « Panique à la clinique – Partie 1 » et « Panique à la clinique – Partie 2 ».

Les orphelins Baudelaire, poursuivis par le comte Olaf et sa bande, rejoignent un groupe de volontaires qui se rendent à l’hôpital Heimlich, situé au milieu de nulle part. Cet hôpital a la particularité de n’être qu’à moitié construit : mais même la moitié construite et fonctionnelle est dépeinte comme un labyrinthe miteux, une enfilade de chambres décrépies donnant la chair de poule…

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C’est sûr que l’ambiance ne donne pas vraiment envie de travailler dans cet hôpital…

Dès leur arrivée, les orphelins cherchent à se cacher, et sont recrutés pour travailler aux archives de l’hôpital. Cela leur convient parfaitement car les Baudelaire sont sur les traces d’une organisation secrète, appelée VDC (VFD en version originale), qui aurait un lien avec la mort de leur parents, le comte Olaf, et plus globalement tous les événements mystérieux qui ont mené à l’incendie de leur maison ; ils ont appris que les archives de l’hôpital pourrait contenir des informations sur cette organisation.

En effet, la première chose que l’on apprend sur les archives de l’hôpital est qu’elles ne sont pas « que » les archives de l’hôpital : c’est, dans ce coin désert et dépeuplé, le plus grand dépôt d’informations et de renseignements sur tous les sujets possibles et inimaginables. Le seul archiviste est Hal, un vieil homme dont la vue déclinante l’empêche de remplir sa mission à bien.

L’hôpital est ici montré comme une formidable machine administrative et paperassière, digne de la parodie de l’administration bureaucratique des Douze travaux d’Astérix.

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« – Pas le diagnostic ? – Ou la guérison ? – Les vaccins ? » répondent, médusés, les enfants Baudelaire.

Tous ces documents sont expédiés de manière plutôt amusante via des conduits qui débouchent directement dans la salle des archives. Hal précise aussi que d’autres gens, partout dans le monde, lui envoient des dossiers, car « c’est le lieu le plus sûr pour conserver des informations ». Ainsi, les archives de l’hôpital Heimlich sont-elles devenues une mine de renseignements.

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Ici, l’étiquette de l’armoire des dossiers en « P », contenant tous les sujets, des puddings aux pyramides !

C’est Hal qui est chargé de classer tous les documents. Son système de classement est pour le moins ubuesque : pour un dossier, qui, après un vague coup d’œil, concerne la météo de la semaine passée pour la ville de Damocles Dock sur les rivages d’un lointain lac, il annonce qu’il peut le ranger dans l’armoire des D, pour « Damocles », ou alors dans l’armoire des M, pour « météo », ou encore dans l’armoire des S, pour « semaine dernière». Mais du coup, demande Violette, comme vous vous le demandez sans doute aussi, n’est-ce pas très difficile aux lecteurs de retrouver l’information ? Hé bien, répond Hal, ils regarderont à toutes les lettres correspondantes ! De toute façon, les lecteurs sont rares, car les archives ont des règles strictes concernant la consultation des dossiers. Le conduit qui sert à expédier les dossiers sortants est rempli de toiles d’araignées…

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Et là, nous faisons tous la même tête que Klaus devant le système de classement…

Hal insiste beaucoup sur la loyauté et la confiance qu’il met dans les orphelins Baudelaire, puisque la conception des archives est ici une conception fermée : documents qui ne doivent pas être lus, informations à garder mais à ne pas diffuser ! Ce qui correspond bien à la fois avec l’insistance sur les secrets, les choses à transmettre et à cacher, et à la fois avec l’atmosphère surréaliste, légèrement parodique de certains aspects de la société contemporaine, qui planent tout au long de la série. Le comte Olaf, venu pour chercher les enfants Baudelaire, se heurte à l’intransigeance de Hal. Il faut, pour consulter un dossier, remplir une demande de consultation auprès de l’administration hospitalière, et attendre sept à dix jours ouvrables l’autorisation. Un détail qui n’arrange pas le comte Olaf, pressé de mettre la main sur la fortune Baudelaire.

Les archives de l’hôpital ne sont pas que des dossiers papiers. Une bobine de film arrive spécialement pour Hal, qui précise aux Baudelaire que beaucoup de documents arrivent sous cette forme. Il y a même une petite salle adjacente pour visionner ces films ! (mais personne ne les voit jamais car personne n’y est autorisé). La bobine intéresse beaucoup les orphelins Baudelaire, car elle concerne un certain « Snicket »… membre de la société secrète VDC. Mais Hal, attaché au règlement, leur répond qu’ils doivent néanmoins remplir la demande réglementaire. Informés par la cheffe des ressources humaines que les archives fermement immédiatement (les horaires réduits sont dus à des coupes budgétaires), Hal leur précise qu’ils doivent attendre le lendemain matin.

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Hop, plus de lumière, vive les coupes budgétaires et les consultations éphémères.

La suite de l’épisode suit les orphelins Baudelaire en train de pénétrer illégalement et de nuit dans la salle des archives, pour tenter voir le fameux film. Les Baudelaire sont cependant assaillis de doute, et ne veulent ni décevoir Hal – la seule personne qui peut les protéger et les cacher du comte Olaf, et qui leur fait confiance – ni décevoir la mémoire de leur parents. Sans « spoilers » aucun, n’attendez pas, comme dirait le narrateur, une fin heureuse, ni pour les aventures des orphelins, ni pour Hal et ses précieuses archives…

Hal est ici montré comme un archiviste consciencieux (comprendre que s’il ne suit aucune règle archivistique propre à notre univers, il suit au moins les règles archivistiques propre à son univers), mais trop rigide, incapable de voir que suivre les règles à tout prix peut être à la fois bénéfique comme malencontreux. En cela, il est, comme dans la série entière des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, un archétype parfait des pathétiques adultes et tuteurs divers, voulant bien faire mais incapables de protéger les orphelins des machinations du comte Olaf, parce qu’ils sont trop habitués à se retrancher lâchement derrière des règles sociétales, ou leurs propres barrières morales. Mais les archives sont néanmoins le lieu du savoir, où, grâce à une bribe d’information, une page d’un carnet déchiré ou quelques secondes d’un film, les orphelins Baudelaire reprennent espoir ! Cette représentation en demi-teinte des archives s’insère également dans les représentations de la littérature, de la lecture, et des bibliothèques qui parsèment la série. De manière générale, l’éducation, la lecture et la recherche d’informations sont vu comme des choses positives, caractéristiques du « camp aidant » les orphelins Baudelaire, tandis que la bêtise, le mépris pour les livres et la connaissance, et la volonté de destruction caractérisent le camp du comte Olaf. Et c’est ainsi que je vous laisse sur cette jolie et cryptique citation :

« A library is like an island in the middle of a vast sea of ignorance, particularly if the library is very tall and the surrounding area has been flooded»

Adélaïde Choisnet

Profilage est une série policière française créée par Fanny Robert et Sophie Lebardier. Huit saisons ont été diffusées depuis 2009 sur la chaîne TF1.  Une neuvième saison est actuellement en cours de réalisation.

Tout au long de la série, Chloé Saint-Laurent (puis Adèle Delettre), psychologue spécialisée en criminologie va aider les enquêteurs de la 3ème DPJ de Paris à résoudre les affaires les plus bouleversantes. Grâce à son expertise et sa sensibilité, elle arrive à se projeter dans l’esprit des assassins comme des victimes.

Et les archives dans tout ça ??

C’est dans les archives du commissariat de la 3ème DPJ de Paris que nous allons être plongés au cours du premier épisode de la saison 6.

A la fin de la saison 5, Chloé est atteinte d’une crise de schizophrénie et blesse son coéquipier. Après avoir été soignée et mise en arrêt de ses fonctions, elle peut enfin revenir travailler. Malheureusement pour elle, on la considère encore comme dangereuse et elle n’a plus le droit d’être en contact avec le public : plus de terrain, plus d’enquête !

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La tête de Chloé quand on lui annonce sa mutation aux Archives

Pour être conforme à cela, le commissaire trouve une solution : un poste aux archives ! C’est ainsi que la première image des archives apparaît aux téléspectateurs : les archives sont un lieu enfermé où on travaille seul dans son coin sans voir personne. Au contraire ! L’archiviste doit sans cesse communiquer, et surtout, être en lien avec le public.

Déçue, Chloé arrive tout de même à s’y faire.

En plus de cela, cette technique ne va pas fonctionner puisqu’il est impossible pour Chloé de ne pas rester dans le commissariat sans s’occuper d’une affaire et va finir par s’échapper !

La réplique de son collègue Hippolyte : « Aux archives ? C’est moche ! » enfonce le clou.

Alors que cette première annonce n’est pas flatteuse pour notre métier, la première image du local d’archives l’est beaucoup plus. On voit ici que la salle est bien rangée et que l’archiviste est bien équipée. Cette salle reflète bien la réalité du monde des archives.

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un lieu ordonné

En parlant de l’archiviste, Madame Mercadet, la voilà ! Elle apparaît sans qu’on s’y attende de derrière son étagère, telle une petite souris.

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Coucou, je suis un cliché sur pattes 🙂

Avec ces images, on retombe dans le stéréotype de l’archiviste qui est assez âgée, qui porte des lunettes, qui est cachée, mystérieuse, et très stricte ! On voit ici l’archiviste comme quelqu’un avec qui on n’a pas forcément envie de travailler.

Celle-ci présente les archives à Chloé et résume en lui disant que le monde des archives c’est : « Ranger, trier, étiqueter, obéir ! ». Il faut souligner tout de suite le fait qu’obéir n’est pas le plus important dans le métier. Les trois autres mots renforcent les idées reçues sur le métier d’archiviste. C’est ce qu’on entend souvent de la part de ceux qui ne connaissent pas bien ce métier.

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Auprès de ma blouse, qu’il fait bon, fait bon trier

L’archiviste met ensuite Chloé au travail. Celle-ci vient d’arriver, n’y connaît rien en archivistique et elle lui demande de traiter un fonds assez conséquent en seulement … une matinée ! On peut comprendre son désespoir… Le téléspectateur a donc ici une image du métier d’archiviste assez simple et qui ne demande pas de qualification spécifique pour être pratiqué.

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Tout ça ne reflète donc pas la réalité du monde des archives. Plus loin dans l’épisode, on fait ce qu’il ne faut surtout pas faire dans la vraie vie : boire et manger à côté des archives !

Malgré tout, à la fin de l’épisode, alors que le méchant a été arrêté et que tout rentre dans l’ordre, Chloé et l’archiviste (toujours sur la retenue) finissent par faire la paix. Chloé prononce une magnifique réplique : « Les archives sont notre mémoire à tous. Si on arrive arrêter des gens comme Jérôme Bernard (le coupable arrêté), c’est grâce au travail qui a été fait toutes ces années ici ».

On finit donc sur une belle note ! On voit ici les archives comme création de mémoire et comme moyen de rendre justice. Espérons que cette réplique ait fait ouvert les yeux aux téléspectateurs sur l’importance des archives et de la beauté de ce métier…

Marie-Anne Chamagne

 

Diffusée en France depuis 2015, la série How to get away with murder nous plonge dans l’univers des grandes facultés de droit américaines. Elle suit l’avocate et professeure de droit Annalise Keating, qui jouit d’une grande renommée et possède son propre cabinet d’avocat à Philadelphie. Chaque année, Annalise choisit, parmi les élèves de première année, 5 étudiants qui travailleront pour son cabinet à côté des cours. Mais cette année, les 5 étudiants qu’elle a choisis se retrouvent impliqués dans une affaire de meurtre dont personne ne sortira indemne…

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La série a été créée par Peter Nowalk et elle est produite par Shonda Rhimes et ABC Studios. Elle en est à sa quatrième saison, qui est actuellement diffusée aux États-Unis. Un même principe régit chacune des saisons de la série : un événement clef se produit au milieu de la saison, et des bribes de cet événement sont disséminées dans les huit premiers épisodes. L’intrigue fait donc des bonds dans le temps constants, et on ne comprend le tout qu’à partir du milieu de chaque saison.

L’épisode dont il sera question ici remonte à la saison 2 : il s’agit de l’épisode 12, intitulé « It’s a Trap ». Il a été réalisé par Mike Listo et écrit par Joe Fazzio et Tanya Saracho.

Et les archives dans tout ça ??

L’épisode met en scène différents personnages, tous pris dans différentes intrigues. Une histoire principale traverse la saison, mais des intrigues secondaires se déploient dès le premier épisode.

Dans cet épisode, deux des étudiants d’Annalise Keating, Wes et Laurel, sont amenés à consulter des archives juridiques à Cleveland afin de retrouver des informations sur un procès qui s’est déroulé dix ans auparavant. Ils pensent y trouver des informations capitales pour leur enquête.

La scène dans le service d’archives commence par un plan sur la salle de lecture. On y voit plusieurs personnes en train de consulter des documents, des étagères contenant des livres, des ordinateurs. Jusque-là, rien de bien surprenant – une salle de lecture réelle pourrait très bien ressembler à celle que nous montre la série.

Mais c’est là qu’arrive l’archiviste. Et les clichés avec ! L’archiviste est une femme d’un certain âge, très désagréable, qui porte des vêtements que Cristina Cordula qualifierait de « mémérisants », et qui a l’air de n’avoir qu’une seule envie – retourner à ses vieux papiers, loin de la salle de lecture. La panoplie complète des idées reçues sur les archivistes. Les deux étudiants ne semblent pourtant pas déstabilisés. Comme si on était habitué à ce que les archivistes soient désagréables avec les lecteurs…

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un petit air pas très engageant !

Après avoir demandé aux étudiants ce qu’ils cherchent, l’archiviste leur explique comment utiliser la base de données des archives. La saison 2 de How to get away with murder date de 2016, il n’y a donc pas d’excuse pour le fait que l’ordinateur montré dans cette scène soit extrêmement vieillot. Là encore, on peut y voir une référence à la vision qu’a le grand public des archives : des ordinateurs obsolètes, lents, encombrants, équipés de systèmes d’exploitation désuets… Tout le contraire des outils utilisés au quotidien par la « jeune génération ». Les archives seraient-elles une institution archaïque inutile aux jeunes d’aujourd’hui ? Peut-être pas, puisque les deux étudiants se sont quand même déplacés jusqu’à Cleveland en avion pour consulter ces archives.

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Un système d’exploitation quelque peu obsolète

Archives qui, comme le précise l’archiviste avant de se retirer dans ses magasins, ne sont disponibles qu’en version papier : les transcriptions de procès datant d’avant 2009 n’ont pas été numérisées. C’est là une problématique très réaliste pour un service d’archives fictionnel. Mais il est tout de même intéressant de noter que, comme par hasard, les documents demandés par les deux personnages n’ont pas été numérisés et représentent une montagne de boîtes d’archives posée sur un chariot que l’archiviste a visiblement beaucoup de mal à pousser jusqu’à leur table.

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Allez, au boulot !

La montagne de boîtes d’archives semble être un autre cliché très courant : on peut citer notamment la scène de La vie des autres (en allemand : Das Leben der Anderen), film allemand de 2006, dans laquelle le personnage principal, Georg Dreyman, consulte des archives le concernant ; on lui amène dans la salle de lecture, sur un chariot, une quantité énorme de dossiers et de boîtes. Ce procédé est toujours censé produire un certain effet de surprise chez le spectateur : il est souvent utilisé dans des situations où l’on ne s’attendrait pas à ce que des archives existent – et en fait, si. Et beaucoup.

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La vie des autres : une autre montagne d’archives

Finalement, l’image des archives et de l’archiviste qui est donnée dans cet épisode est plutôt classique. L’archiviste est vieux, malpoli et fuit le contact humain. Le service est en retard sur les nouvelles technologies. On pensait qu’il n’y avait pas d’archives, eh bien il y en a trop. Mais on n’a pas le choix, pour résoudre l’enquête, il faut les consulter. Et ça, c’est pareil dans la vraie vie !

Johann Terrier

Black Mirror est une anthologie télévisuelle britannique. Comportant trois saisons, chaque épisode est indépendant, traitant d’une histoire originale avec pour thème commun l’impact des nouvelles technologies sur la société et l’individu.

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L’épisode qui nous intéresse aujourd’hui est la premier épisode de la saison 2 intitulé Bientôt de retour (Be Right Back en VO). Il a été diffusé pour la première fois en février 2013 en Grande-Bretagne et en mai 2014 en France. Au scénario on retrouve le créateur de la série Charlie Brooker (aussi connu pour sa mini-série Dead Set). L’épisode met en scène l’actrice Hayley Atwell, connue pour son rôle de Peggy Carter dans Captain America, et Domhall Gleeson (Bill Weasley dans la saga Harry Potter, Général Hux dans la nouvelle trilogie Star Wars).

Quelle est l’histoire ?

Ash et Martha sont un jeune couple et viennent d’emménager dans la maison familiale d’Ash. Alors que celui-ci ramène la voiture de location, il meurt dans un accident. Dévastée, la jeune femme est inscrite à son insu à un programme psychologique d’accompagnement au deuil. Ce programme permet aux endeuillés de discuter avec leurs morts. Comment ? Une intelligence artificielle est construite à partir des traces numériques du mort. D’abord réticente, Martha finit par s’impliquer sans en réaliser vraiment les conséquences..

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un jeune couple amoureux

Et les archives dans tout ça ?

Les archives ne sont pas le cœur de l’épisode, le mot même n’y est même pas prononcé. Pourtant, le récit offre un point de vue intéressant sur la question de l’identité et sur son support : les archives.

La simulation d’Ash via l’IA est basée sur l’ensemble du matériel qu’il a déposé en ligne, photo, statuts, messages, mais aussi historiques de navigation. A travers les archives d’Internet, une personnalité est reconstruite. Lorsque Martha désire lui parler et non plus seulement lui écrire, elle ajoute à la simulation un certain nombre d’archives audiovisuelles (vidéos, enregistrement). Cela enrichit la personnalité. Puis finalement en manque d’interaction, elle commande un clone synthétique de son mari dans lequel l’IA est implanté. Elle finit par réaliser que le clone n’est pas son compagnon, mais une copie parcellaire, « des fragments ».

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Ajout d’archives

Si l’épisode évoque des thématiques lourdes comme le deuil, il parle aussi d’identité. Il démontre que les archives sont avant tout des témoignages circonstanciés : la photographie d’un instant T dans un cadre précis. Outre un caractère partiel, les archives ont aussi un caractère partial puisqu’il s’agit, dans le cas des réseaux sociaux, d’une mise en scène de l’individu.

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Une première discussion en ligne grâce aux archives

Ainsi, le spectateur est renvoyé, trop subtilement il est vrai, au fait que lorsqu’il consulte une trace (photographie, archive laissée sur un réseau social) il ne s’agit que d’une portion d’humain en représentation et non d’un être dans sa globalité et sa complexité. Les archives sont des fragments qu’il faut considérer comme tels.

Pour conclure en revenant au récit, on notera que Martha ne voulant plus voir l’aberration qu’est le clone de son défunt compagnon l’exile au grenier, faisant écho au début de l’épisode. Loin des yeux, loin du cœur, une maxime que nous connaissons tous, et plus particulièrement les archivistes, en tout cas en matière d’exil au grenier.

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Un clone, ça se cote en série obj ? En attendant d’avoir la réponse : stockage au grenier !

Marc Scaglione