Le sanctuaire des Titans est le premier volume d’une série intitulée le Musée de l’Etrange, oeuvre du scénariste et dessinateur Régric – Frédéric Legrain – qu’on connaît par ailleurs pour son travail sur Lefranc. Héritier d’Hergé et de la ligne claire, Régric démontre ici tout son amour pour ses maîtres qu’il s’agisse du père de Tintin auquel l’auteur rend de multiples hommages dans ce titre, d’Edgar P. Jacobs ou encore de Jacques Martin. Le titre est paru aux éditions du Long Bec en 2018.

Quelle est l’histoire ?

musée_étrange_1L’histoire se déroule à Paris durant le terrible hiver 1954. Le tout-Paris journalistique est invité à l’inauguration de l’étonnant Musée de l’Etrange crée par Henry Penaud, célèbre constructeur automobile – un subtil mélange entre Louis Renault et de l’industriel et collectionneur d’art François Pinault. Ce musée privé est destiné à regrouper les collections du grand explorateur Gaston Rocas qui, au cours de ses voyages, a rassemblé ce que les différentes civilisations ont pu laisser de plus étrange. Géré par M. Larcin, un directeur ex comptable pingre et peu cultivé, M. de Haute-Lutte, un conservateur de Musée complètement déconnecté, Elsa Blanquette et Victor Galopin, deux archivistes passionnés, le Musée va vite révéler des secrets surprenants comme le désopilant M. 220, un robot datant de la Première Guerre mondiale ou un tibia géant provenant d’une mystérieuse civilisation dont les derniers représentants semblent bien décidés à s’emparer.

Et les archives dans tout ça ??

Incroyable mais vrai, ce récit met en scène non pas un héros archiviste mais deux ! Elsa Blanquette et Victor Galopin sont archivistes du musée de l’Etrange et semblent être dans l’équipe, les deux seuls à travailler. Le directeur ne s’occupe que de coller aux basques de son PDG et de rogner sur les budgets, quant au conservateur du Musée, il est aux abonnés absents. Si Victor Galopin répond à certains clichés de l’archiviste – petites lunettes, look rétro – il donne cependant une image consciencieuse et dynamique. Un seul problème, il est allergique à la poussière ! Elsa Blanquette est, pour sa part, une archiviste enthousiaste et déjà très émancipée, qui ne rêve que d’aventures. Les deux archivistes flirtent gentiment tout au long du récit tout en partageant leurs découvertes.

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Les deux archivistes sont extrêmement consciencieux puisque, le soir même de l’inauguration, alors que tous les autres membres de l’équipe s’en vont, Victor et Elsa restent pour commencer l’inventaire des collections du Musée – dont le conservateur permanenté se moque complètement. Quant au directeur financier, il précise bien que les archivistes ne seront pas payés en heures supplémentaires pour ce travail nocturne… Ah, la passion du métier… combien d’entre nous connaissent cette situation : ne pas compter ses heures et se voir presque reprocher d’être rémunéré pour exercer un métier souvent vu comme un divertissement.

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Lors de leur rangement des réserves, les deux archivistes s’aperçoivent bien vite que les objets ne correspondent pas toujours aux étiquettes qui les accompagnent. Il faut donc réattribuer les bonnes analyses aux objets, un travail titanesque. C’est ainsi que les archivistes réveillent M.220, un automate parlant en forme d’obus et tombent sur un os de géant. Pour savoir de quoi il retourne, les deux comparses confrontent les objets avec les carnets du collectionneur qui a amassé les objets : un retour aux sources tout naturel pour ces deux archivistes. Cette découverte leur donne l’idée d’une prochaine thématique pour leur exposition et d’une expédition de recherche. Evidemment, le directeur financier oppose une fin de non recevoir douchant immédiatement leur enthousiasme. Là encore, combien d’entre nous se sont présentés, persuadés d’être suivis dans leurs projets et ont reçu une fin de non recevoir ? Pourtant, le PDG va finalement se laisser convaincre et financer une expédition qui ressemble à croisière jaune de Citroën.

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Même si la suite des aventures conduit nos archivistes à rencontrer des extra-terrestres au fin fond d’un pays d’Amérique du Sud imaginaire, ils restent au cœur du récit dont ils sont les héros. Personnages engagés, passionnés par leur métier, assoiffés d’aventures, ces deux archivistes sont des figures positives dont on attend donc la suite des aventures avec impatience !

Sonia D.

 

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L’Etrange Pouvoir de Norman (ou ParaNorman en VO) est un film d’animation en volume (i.e. en stop-motion) réalisé par Sam Fell (Souris City) et Chris Butler (co-scénariste de Kubo et l’armure magique). Le film, sorti en 2012, est produit par le studio Laïka spécialisé dans la stop-motion : on leur doit « Les Noces funèbres », « Coraline » et « Kubo ».

Paranorman couvertureQuelle est l’histoire ?

Norman Babcock a le pouvoir de voir les fantômes. Sa famille ne le croit pas et il passe pour un cinglé dans sa petite ville de la Nouvelle-Angleterre. Jusqu’au jour où son oncle inconnu au bataillon, un marginal avec un pouvoir similaire, décède. Il va devoir porter la nouvelle charge qui lui incombe : empêcher le réveil d’une sorcière exécutée il y a 300 ans.

Et les archives dans tout ça ??

Norman n’a pas pu empêcher la malédiction et les zombies commencent à revenir à la vie. Pour enrayer cette situation qui s’envenime, Norman cherche la tombe de la sorcière afin de lever la malédiction. Il appelle sa camarade de classe intello (on ne peut plus cliché : monosourcil, appareil dentaire, lunettes en cul de bouteille) qui ne trouvant rien sur Google, l’oriente vers les Archives municipales situées dans l’ancien hôtel-de-ville. Premier message : NON, on ne trouve pas tout sur Internet ! Il est encore nécessaire de se déplacer, de consulter et de creuser dans les fonds papier pour trouver bon nombre d’informations.

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Une fois arrivé sur place, on tombe dans un deuxième cliché récurrent : la montagne de papier en vrac et des rayonnages bourrés à craquer. Evidemment, cela sert le propos du scénario : créer une nouvelle embûche dans l’aventure de Norman et de ses acolytes. Mais c’est aussi révélateur d’un cliché tenace : pour le numérique, on peut trouver facilement par Google, pour le papier il faut un intermédiaire, en l’occurrence un archiviste pour pénétrer ce monde hermétique et trouver l’information recherchée.

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Des archives pléthoriques !

Mais ici pas d’archiviste et pas de réflexe de l’appeler ou de partir en quête d’inventaires. Les membres de l’équipe partent chacun de leur côté : la brute de la bande se plaint d’être dans une bibliothèque (…), le grand-frère sans cervelle fait de la musculation avec des volumes (eh oui merci de souligner enfin que la manutention d’archives est un boulot de force), le meilleur ami s’installe tranquille pour lire, Norman et sa sœur s’embrouillent. Assaillis par les zombies et par une foule en colère, ils sont finalement obligés de fuir les archives sans avoir trouvé ce qu’ils voulaient. Norman trouvera son information autrement.

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Confusion habituelle entre archives et bibliothèque…

Mais cela montre bien que conserver ne suffit pas : il faut aussi inventorier et communiquer. En l’occurrence, le problème ici est l’éducation à la recherche que Norman et ses acolytes n’ont pas. Les archives concernant l’affaire de la sorcière sont peut-être déjà traitées et rangées (on aurait un peu à redire à l’archiviste sur l’état de sa salle de travail quand même), mais comme ils ne savent pas comment chercher et ne se posent même pas la question, ils ne trouvent pas. La pédagogie est aussi une part importante (et primordiale j’ose le dire) de notre métier !

Un grand merci à Grégoire Champenois qui nous a signalé ce film !

Marc Scaglione

Baby Boss est un film d’animation américain réalisé par Tom Mc Grath, connu pour être le réalisateur de la série de films Madagascar et de Megamind, produit par Dreamworks et sorti en 2017. Il s’agit d’une adaptation du livre pour enfant « The Boss Baby » de Marla Frazee. Le film étant un succès, une série d’animation voit le jour sur la plateforme Netflix en 2018.

Quelle est l’histoire ?

babyboss_1Tim Templeton est un jeune garçon de sept ans qui voit débarquer dans sa famille un petit frère un peu étrange. Mais ce dernier n’est autre qu’un espion envoyé par la Baby Corp pour soutirer des informations stratégiques aux parents Templeton. Tim va devoir gérer ce nouvel arrivant et l’accompagner dans sa lutte contre un complot qui bouleversera l’équilibre du monde.

 

Et les archives dans tout ça ??

Baby Boss n’a pas été envoyé dans la famille Templeton par hasard. Baby Boss est un employé de la Baby Corp., société qui fournit les bébés et les disperse à travers le monde pour rendre heureuses toutes les familles humaines. Mais l’amour mondial n’est pas illimité. C’est une ressource qui se partage. Et les bébés sont en passe de perdre le leadership, au profit des chiots. L’heure est grave.

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partage de l’amour mondial !

Baby Boss atterrit à dessein chez les Templeton, qui travaille pour Toutouco, une société qui fournit les animaleries en chien et en produits canins associés. Il est le chef d’une bande de bébés envoyés chez d’autres employés pour récolter des informations. Rien de plus, rien de moins que de l’espionnage industriel !

N’ayant rien trouvé dans les dossiers (papiers) ramenés à la maison par Papa et Maman, Baby Boss décide de pénétrer illégalement dans les bureaux de la compagnie concurrente. Avec son frère aîné Tim et après quelques aventures rocambolesques, ils réussissent. En errant dans les couloirs, ils tombent sur une porte intitulée sobrement « Interdit aux enfants ». Il s’avère que c’est la porte des archives. Bon déjà, on se dit que cette entreprise est très efficace, vu sa manière d’identifier les services sur les portes…

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la sympathique porte des Archives

Après ouverture, nous avons le droit aux colonnes gigantesques de meubles à classer les archives, empilés par dizaine avec cette phrase que toute archiviste connaît bien « ça en fait de la paperasse ». Un cliché récurrent, celui de la montagne de papier, mais qui a aussi l’avantage de montrer l’aspect gigantesque du travail de recherche qui les attend.

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Une aiguille dans une botte de foin

Travail qui s’avérera finalement assez aisé, puisque le dossier tant espéré se trouvera sur une boîte bien en lumière. Un piège évidemment. Mais aussi un hommage à la scène d’introduction avec l’idole d’or d’Indiana Jones – Les aventuriers de l’arche perdue, démontrant ainsi que l’archive est bien un trésor !

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Le Graal

Au-delà de l’aspect comique évident du film, Baby Boss nous montre que les informations et donc les archives sont primordiales dans la guerre économique, au travers de l’espionnage industriel. Evidemment on n’évite pas les clichés d’ailleurs, puisqu’une entreprise comme Toutouco n’a que des dossiers papiers et les parents ne travaillent pas sur des ordinateurs à la maison. Faudrait-il conseiller aux scénaristes de faire un petit stage dans nos services ?

Marc Scaglione

Mammuth_1Mammuth est un film sorti en 2010. Au scénario et à la réalisation, le duo créatif Gustave Kervern et Benoît Délépine connus pour leurs films (Saint-Amour, Le Grand Soir, Louise Michel) mais aussi leurs participations en tant qu’auteurs et acteurs de l’émission Groland. Le casting fait la part belle à leurs collaborateurs réguliers : Yolande Moreau, Gérard Depardieu, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde, etc.

Quelle est l’histoire ?

Serge Pilardosse, surnommé Mammuth à cause de sa carrure mais aussi de sa moto, part en retraite. Il s’avère qu’il lui manque des documents justificatifs pour obtenir la pension à taux plein. Il enfourche sa moto et part donc en quête de ses « papelards ».

Et les archives dans tout ça ??

La quête du personnage se présente initialement comme étant la quête des archives nécessaires à son taux plein. Il ne s’agit là que d’un prétexte au voyage intérieur et extérieur du personnage. Néanmoins, il nous offre un panorama rapide et survolé des situations d’archives des petites et moyennes entreprises françaises.

Ainsi Serge rencontre plusieurs cas : des ex-employeurs qui refusent de lui faire un justificatif, des sociétés qui ont disparu laissant des locaux vidés et abandonnés de tout (même d’archives), des entreprises disparues dont les locaux sont occupés par d’autres et enfin des archives conservées bon an mal an par leurs producteurs. Ce sont sur ces deux derniers cas intéressants que nous allons nous arrêter.

Serge Pilardosse retourne dans un bar-discothèque dans lequel il a été videur 30 ans plus tôt en 1978. Le patron est absent et il est jeté dehors sans ménagement par le vigile. Il s’introduit subrepticement dans les bureaux et fouille les placards en quête de ses papiers. Finalement, il découvre une alcôve remplie de grands cartons avec pour seules mentions des fourchettes de dates. Il fouille dans celui qui l’intéresse et ne découvre qu’un grand vrac. Il décide d’embarquer le carton pour le dépouiller méthodiquement plus tard.

L'alcôve aux archives

L’alcôve aux archives

Toujours dans sa quête, Serge retourne à la minoterie où il a travaillé trois ans au début des années 1970. S’engage alors un dialogue de sourds avec une hôtesse/secrétaire via l’interphone. Serge ne comprend pas que la minoterie n’est plus et qu’une autre société occupe les locaux. La secrétaire, clairement ignorante de l’histoire des lieux (en même temps qui connaît l’histoire d’un site industriel à part les historiens amateurs et l’archiviste du cru ?) ne comprend pas la démarche de Serge. Celui-ci finit par lui dire « il doit bien vous rester des papiers, allez voir au silo ou à la cave, c’est là où ils étaient à l’époque » et la secrétaire de répondre « nous n’avons pas de papier, tout est informatisé ». Clichés et méconnaissances sont les reflets d’une réalité que les archivistes connaissent bien.

Dialogue de sourds à la minoterie

Dialogue de sourds à la minoterie

Ainsi si les archives sont essentielles pour prouver ses droits et exister aux yeux de l’administration, le panorama qu’en fait Mammuth en montre toute la fragilité. Abandonnées, délaissées dans un coin, disparues, les archives ne sont que le reflet de leur producteur, des petites structures fragiles et fugaces.

Marc Scaglione

Le-Seigneur-Noir-des-SithS’il est bien une saga qui met en valeur les archives et les archivistes, c’est bien Star Wars. Que ce soit au cinéma avec l’Attaque des Clones ou Rogue One ou dans les adaptations en comics comme Clone Wars et Docteur Aphra, les archives font partie intégrante du récit. Mais, si on peut souvent voir les documents, on aperçoit plus rarement les archivistes comme Jocasta Nu présentée comme un personnage particulièrement revêche dans son apparition cinématographique.

Pourtant, c’est un tout autre visage que Jocasta Nu présente dans le titre que nous allons présenter ici. Dark Vador, le seigneur noir des Sith est un titre scénarisé par Charles Soule et illustré par Giuseppe Camuncoli. C’est le deuxième tome intitulé Les Ténèbres étouffent la lumière qui nous intéresse ici. Le titre est publié en 2018 chez Panini Comics.

L’histoire se déroule juste après les événements du film La revanche des Sith. Anakin Skywalker est devenu Dark Vador mais il n’a pas encore acquis sa légitimité auprès des soldats de l’Empire. Peu à peu, l’Empereur Palpatine lui confie des missions et l’encadrement des troupes ce qui ne se fait pas sans douleur. Dark Vador doit désormais encadrer les Inquisiteurs, d’anciens Jedi qui traquent désormais les Jedi survivants. Lorsque Vador découvre la liste des individus recherchés, un des noms placés en tête de liste l’intrigue : pourquoi la traque d’une archiviste semble-t-elle être si importante pour l’Empereur ?

Et les archives dans tout ça ??

Attention, cette partie risque de vous révéler quelques éléments clefs de l’histoire.

spoiler

Dans Les Ténèbres étouffent la lumière, les archives et l’archiviste sont vraiment au cœur du récit. La mission de Dark Vador est de trouver Jocasta Nu, l’ancienne directrice des Archives Jedi. Le seigneur noir des Sith ne semble pas comprendre pourquoi l’Empereur la place en tête de sa liste noire, elle qui n’est pas une guerrière de premier plan. Lorsqu’il questionne son supérieur, Palpatine répond à Vador qu’il traque Jocasta Nu « parce qu’elle sait tout » et qu’elle s’est emparée, au nom de l’Ordre Jedi des secrets du côté lumineux de la Force mais également des secrets appartenant aux Sith.

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On voit donc que l’archiviste est considérée comme une gardienne mais également comme quelqu’un qui détient le savoir, y compris un savoir que certains estiment ne pas devoir lui appartenir. Cela pose la question de la légitimité du lieu de dépôt des archives : l’Ordre Jedi a-t-il le droit de s’arroger la conservation d’archives qui ne concernent pas les Jedi mais les deux aspects de la Force : l’Ombre et la Lumière. Qui décide du lieu de conservation ? Qui décide de leur communication ? Ce comic-book pose donc des questions de fond, tout à fait prégnantes en cette période de revendications de bien culturels tous azimuts.

Le rôle de l’archiviste Jedi a, en apparence, pris fin avec la chute de l’Ordre, massacré par Vador et l’armée des Clones. Pourtant, Jocasta Nu, terrée dans un endroit secret, utilise sa mémoire pour reconstituer les archives désormais sous bonne garde de l’Empire. Aidée d’un assistant, elle grave des holocrons qui contiennent l’essentiel de son savoir, permettant ainsi à de futurs Jedi de pouvoir avoir accès aux archives malgré leur confiscation par le pouvoir en place. La connaissance est donc jugée essentielle, méritant qu’on se batte pour la transmettre, y compris à ceux à qui on en interdit l’accès pour des raisons politiques. L’archiviste joue ici le rôle de passeur, elle est seule à maîtriser le contenu des archives et seule à pouvoir les reconstituer. L’Empereur la traque également car elle dispose d’informations primordiales pour l’avenir, c’est pourquoi il veut absolument mettre la main sur l’archiviste.

seigneur_Sith_archives_1La relation entre le Grand Inquisiteur et Jocasta Nu est aussi très intéressante. L’Inquisiteur se souvient avec amertume de son expérience de consultation aux archives car Jocasta Nu l’a toujours méprisé. Il raconte avec colère qu' »elle ne m’a jamais donné accès total aux archives et lorsqu’elle me permettait de lire un fichier ou deux, elle ne cessait de me surveiller« . Un peu plus loin, l’Inquisiteur précise : « Jocasta Nu estimait que l’éducation devait être réservée aux élites ». Vieux débat qui agite la communauté archivistique depuis des décennies : les archives doivent-elles être accessibles au plus grand nombre ou si on doit privilégier les lecteurs les plus érudits ? Même si les tenants de la première option ont sans doute gagné le terrain, il n’en reste pas moins qu’on a tous entendu des récits d’archivistes revêches ou hautains qui ne donnaient pas envie de franchir la porte d’un service d’Archives. Si Jocasta Nu est une archiviste consciencieuse dans sa mission de conservation, il semble que ses méthodes de communication sont plus obscures et ont conduit le Grand Inquisiteur à devenir aigri et haineux envers les archivistes. Pourtant, plus loin, Jocasta Nu donne la raison de son refus d’accès à certaines archives : « si je t’en ai refusé l’accès, c’est que je ne t’estimais pas prêt ! » Cette réflexion montre ainsi que les archives peuvent être accessibles à tous à la condition d’avoir les clefs de compréhension pour manier les informations qu’elles recèlent. Le fil est mince entre l’accès illimité sans filtre à tous types d’archives et l’interdiction trop stricte… exercice délicat s’il en est qui rappelle des débats autour des archives de Paris qui ont resurgi à l’annonce de la mort de Brigitte seigneur_Sith_archives_4Lainé.

Lorsqu’il pénètre d’ailleurs dans les archives Jedi, l’Inquisiteur indique avoir « attendu ma vie entière pour ça », c’est dire si l’accès aux archives lui tenait à cœur ! Il s’installe lors comme un pacha, seul au milieu des archives qu’il balance les unes après les autres dans un geste rageur. C’est d’ailleurs la vision de l’Inquisiteur brutalisant ses documents qui fait sortir Jocasta Nu de ses gonds et la fait repérer par Vador. Elle sait fort bien pourquoi celui-ci veut mettre la main sur elle : « vous voulez connaître mes secrets et ceux des archives. Après tout, elles sont trop vastes pour s’y retrouver sans aide ». Il est en effet étonnant que l’Empire ait fait main basse sur les Archives sans avoir aucun personnel capable de se repérer dans les rayonnages… Dans un dernier geste de désespoir, Jocasta Nu détruit les archives afin d’éviter que l’Empire ne mette la main sur leur contenu. Là encore cela soulève un point délicat : que faut-il faire des archives lorsqu’on sait qu’elles peuvent tomber entre les mains d’oppresseurs impitoyables ?

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Une archiviste, des fois, c’est pas commode !

Ce récit, une véritable bataille au cœur des archives Jedi, permet de se questionner sur le rôle de l’archiviste, ses méthodes de conservation et de communication, son statut de passeur de mémoire. L’archiviste est celui qui donne accès aux archives. Le premier contact que le lecteur a avec les documents passe par sa médiation, il est donc primordial de ne pas le rebuter afin de ne générer de situations de frustration ou de rejet alors que les archives sont susceptibles d’intéresser chacun d’entre nous avec un accompagnement personnalisé.

L’archiviste Jedi ressemble à ses collègues humains, passionnée, exigeante et faillible. Que la Force soit avec nous !

Sonia Dollinger