Copycat_1Copycat est un thriller américain réalisé par Jon Amiel. Le film sort en 1995 aux Etats-Unis et en 1996 en France.

Dans le rôle principal, on retrouve Sigourney Weaver, alias le docteur Helen Hudson, une psychologue experte des tueurs en série. Helen Hudson est terrée chez elle depuis qu’un de ses patients, Daryll Lee Cullum – Harry Connick jr – a tenté de la tuer presqu’un an auparavant. Agoraphobe et alcoolique, elle a cessé d’exercer. Cependant, un nouveau tueur fait son apparition et le docteur Hudson se trouve mêlée à l’enquête menée par l’inspectrice Monahan et son adjoint Ruben Goetz incarnés respectivement par Holly Hunter et Dermot Mulroney.

Il s’avère que le tueur est ce qu’on appelle un copycat, un copieur, qui reproduit les meurtres des tueurs en série les plus célèbres des Etats-Unis. Simple consultante, Helen Hudson se retrouve vite la proie du psychopathe.

Et les archives dans tout ça ??

L’enquête piétine après différents meurtres ayant eu lieu à San Francisco. La psychose s’installe car il semble qu’on ait affaire à un tueur en série. Les inspecteurs Monahan et Goetz sont amenés à rencontrer le docteur Hudson à son domicile. Ils trouvent une personnalité instable, fortement marquée par son agression. Afin de mieux comprendre Helen Hudson, Monahan se plonge dans les archives du procès du tueur Daryll Lee Cullum dans lequel le docteur Hudson a joué un rôle majeur. En effet, c’est grâce à l’expertise d’Helen Hudson que Cullum est envoyé dans le couloir de la mort.

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L’inspecteur Monohan trouve également les archives qui évoquent l’agression dont Helen Hudson fut victime lors d’une de ses conférences. La lecture de ces documents permet à l’inspecteur de mieux appréhender le traumatisme de la psychologue désormais terrée chez elle. Les archives sont donc des données essentielles pour mieux comprendre un contexte et une personnalité.

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Ce n’est pas tout : Helen Hudson, spécialiste du sujet, trouve vite un parallèle entre les meurtres perpétrés par le tueur et des meurtres plus anciens qui sont l’oeuvre de tueurs en série célèbres. Elle peut établir des similitudes grâce aux archives que lui communique l’inspecteur Monohan – alors qu’il est bien spécifié sur le dossier le caractère confidentiel des documents – et grâce à ses propres archives et sa base de données impressionnante dans laquelle Helen a rentré toutes les données concernant les tueurs de toutes époques.

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Tiens, des archives confidentielles, et si on les montrait au docteur Hudson ?

Et c’est là que se pose la question du caractère essentiel de la conservation des archives dans des affaires comme celle-ci. Les archives d’Helen permettent de montrer des concordances troublantes entre des affaires anciennes et l’enquête en cours. Sans archives, comment aurait-il été possible de le démontrer ? Les informations d’une affaire classée peuvent servir à nouveau dans une enquête plus récente et cela n’est pas uniquement valable dans la fiction.

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Confrontation entre un document d’archives et l’enquête en cours

Comment faire progresser une enquête si les archives ou les scellés sont détruits, d’autant qu’on ne sait encore quels seront les progrès scientifiques qui permettront éventuellement d’aborder les affaires grâce à de nouvelles techniques ? Détruire les archives des enquêtes criminelles pour faire un peu de place ou gagner un peu d’argent est-il réellement pertinent sans compter qu’elles peuvent avoir une importance dans l’étude de la psychologie criminelle.

Dans Copycat, les archives d’Helen sont un peu brutalisées puisque s’y déroule un combat entre la psychologue et le copycat. Symboliquement, le combat se déroule au milieu des dossiers d’archives qui ont permis de confondre l’individu.

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Pauvres archives brutalisées !

Toute l’intelligence du monde n’est rien sans les outils précieux et indispensables que sont les archives qui gardent mieux que quiconque en mémoire des données essentielles. A bon entendeur…

Sonia Dollinger

 

 

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Pére_BlaiseBLAISE (Père) : Si son rôle principal consiste à consigner les exploits des chevaliers de la Table ronde, le Père Blaise est également archiviste de Kaamelott. Toutefois, le classement ne semble pas faire partie de ses priorités et les archives de Kaamelott sont dans le plus grand des désordres puisqu’il se contente, selon ses détracteurs, de « déplacer des trucs. » Il ne semble pas faire d’inventaire ni se soucier de la bonne conservation ou de la datation des documents.

Source : Kaamelott, série d’Alexandre Astier, 2005-2009.

 

MogDOCTEUR MOG : Dr Mog appartient à la race des Moogle. Il est le responsable des archives, historien et tuteur des apprentis archivistes. Au début de la corruption des archives, il décide d’envoyer Tyro, son étudiant le plus prometteur enquêter et combattre la pourriture. De son côté, le Dr Mog initia ses propres recherches et découvrit la source des maux : des archives scellées dans des ruines corrompues. Il enverra des héros nettoyer la zone et ainsi restaurer le calme au sein du service des archives.

Source : Final Fantasy Record Keeper, jeu du studio DeNA, IOS et Android (2014)

 

Samina EbadjiEBADJI Samina : Spécialiste dans son domaine, elle participe dans les années 2040, en tant que chef archiviste, au projet Odyssey, vaisseau spatial de colonisation humaine. Elle développe le projet HOMER, une archive de la culture humaine, qui doit prendre place au sein de ce vaisseau. Elle est ensuite directrice de l’International Collective Memory Institute à New Teheran. Recrutée par Elisabeth Sobeck pour le projet Zero Dawn, elle est l’Alpha du projet Apollon. Il s’agit de l’archivage des connaissances humaines. Elle est responsable des recherches sur les supports, la collecte, la sélection et l’injection des données dans Apollon, ainsi que des mécanismes d’indexation et de transmission d’information. Elle meurt dans la base GAIA Prime le 2 février 2066.

Source : Horizon Zero Dawn, jeu du Studio Guerrilla, PS4 (2017)

EMPARAK : Partisan de l’Empereur, il est l’archiviste du Palais Impérial, dans lequel repose 250 000 ans d’histoire. Après la chute de l’Empire, il est conservé comme simple employé par les Rebelles en raison de son savoir. Refusant d’abord sa collaboration, il finira par apporter son aide à la nouvelle responsable Lamita, avec qui il a une relation.

Source : Des milliards de tapis de cheveux d’Andreas Eschbach, L’Atalante (1999)

Jocasta_NuJOCASTA NU  : archiviste en charge de la gestion des archives des Jedi. Elle répond avec distance aux questions d’Obi Wan lorsque ce dernier vient chercher des renseignements sur le système de Kamino. Dotée d’une excellente mémoire, elle fait toutefois trop confiance à l’exhaustivité de ses archives puisqu’elle décrète que ce qui ne s’y trouve pas n’existe pas. Cette archiviste revêche connaît un triste destin puisqu’elle meurt sous les coups de Dark Vador.

Source : Star Wars II, l’attaque des Clones, 2002

LAMITA : Jeune historienne, elle est nommée par le gouvernement rebelle responsable des archives impériales. A ce titre, elle est chargée de remettre de l’ordre et d’apporter des éléments explicatifs concernant les tapis de cheveux. D’abord rebutée par Emparak, ancien archiviste impérial, elle finit par entamer une relation amoureuse avec ce dernier, actuellement son subordonné. A partir de cet instant, ce dernier l’assistera dans sa tâche.

Source : Des milliards de tapis de cheveux d’Andreas Eschbach, L’Atalante (1999)

ArchivisteLOUIS Isidore : archiviste travaillant à l’Institut central des Archives, il appartient à la sous-section des mythes et légendes. Son bureau se trouve dans un grenier. Il se voit confier la rédaction d’un rapport sur les Cités obscures, ce qui scelle son destin.

 

Source : Peeters Benoît et Schuiten François, l’Archiviste,  Casterman, 1987

9782264054265

PUSKIS Arthur : archiviste travaillant au dépôt des archives criminelles de sa ville surnommé « les Catacombes ». Célibataire, asocial, entre-deux âges, Puskis est totalement dévoué à son travail et ne prend jamais de congés. C’est un homme intègre et un puits de science qui connaît par cœur les travées de son immense dépôt.

 

Source : Ball Toby, Les Catacombes, Univers Poche, 2013.

RikoRIKO : Riko est analyste d’archives. Elle finit par déserter son poste à l’instar de ses nombreux collègues. Au contraire de son ami Ura, elle ne voit plus d’utilité à la recherche d’un passé perdu.

Source : Pale Cocoon de Yasuhiro Yoshiura, Dybex (2008)

 

ROA léoROA Léo : Travaillant au service archives du journal, Léo Roa rêve d’un poste de reporter. Suite à une attaque du service archives durant lequel son collègue est tué. Léo, seul à posséder le code pour débloquer l’ordinateur des archives, est alors traqué par la police et les pirates de l’espace.

Source : Léo Roa de Juan Gimenez, 2 tomes, Dargaud (1987-1990)

Schwartz CraigSCHWARTZ Craig : Marionnettiste à New-York, Craig décide de trouver un boulot alimentaire. Il devient employé dans la compagnie de tiers-archivage LesterCorp à l’étage 7 ½. Il y découvrira une porte le conduisant à l’intérieur de John Malkovich. Il finit par en prendre le contrôle et devient un marionnettiste célèbre.

Source : Being John Malkovich de Spike Jonze (1999), personnage interprété par John Cusack.

SheskaSHESKA (orthographiée aussi Scieska ou Scheska) : Jeune femme vivant à Central City, capitale d’Amestris, elle bénéficie d’une mémoire photographique. Employée à la Bibliothèque Nationale (BN), elle fut renvoyée à cause de son problème de lecture compulsive de tous les ouvrages lui passant sous la main. Après l’incendie de la Première division de la BN où elle travaillait, elle est contactée par les frères Elric en quête d’un ouvrage disparu. Grâce à son don, elle réécrit intégralement ce dernier. Par la suite, elle intégre le Bureau d’Enquête de la Cour Martiale afin de retranscrire l’ensemble des rapports et archives disparues lors de la destruction de la Première division.

Source : Fullmetal Alchemist d’Hiromu Arakawa, 27 tomes, Kurokawa (2001-2010)

SOAMES AaronSOAMES Aaron : Employé aux archives durant 35 ans (file clerk en VO) de la Cordco, Aaron Soames se voit refuser sa retraite car son dossier de carrière a été détruit lors de l’informatisation du système d’archives. Devant le refus d’Edwin Cord, directeur de la Cordco de lui payer sa retraite, Aaron Soames vole un prototype d’armure de combat (MAULER) pour prendre sa revanche sur son ancien patron. Il est stoppé par Daredevil. Lors de sa deuxième tentative, il brûle symboliquement tous les papiers d’identité d’Edwin Cord en signe de protestation. Il est tué par les gardes de la Cordco.

Source : Daredevil #167 de Michelinie-Miller-Janson (1980)

TyroTYRO (DESHI au Japon) : Tyro est un apprenti archiviste sous la direction du Docteur Mog. Suite à la corruption des peintures décrivant l’histoire du monde dont il a la charge, il est envoyé afin d’enquêter et de restaurer les archives.

Source : Final Fantasy Record Keeper, jeu du studio DeNA, IOS et Android (2014)

 

UraURA : Ura est un chercheur et restaurateur d’archives. Il est l’un des derniers membres actifs du département 92. Il est ami avec Riko, une analyste des archives. Il se plaît à admirer les photos des paysages de la Terre avant qu’elle ne soit invivable. Curieux, il décide de ne plus se contenter de son travail de bureau et décide de remonter à la surface pour connaître la vérité.

Source : Pale Cocoon de Yasuhiro Yoshiura, Dybex (2008)

Horizon Zero Dawn est un jeu développé par Guerilla Games (Killzone) et édité par Sony Interactive Entertainment. Il est sorti début 2017 sur la PS4. Le jeu est un action RPG à la troisième personne. Il a été bien accueilli par les critiques et a reçu le trophée du meilleur jeu original 2015 et 2016 du Game Critics Award. Il s’est écoulé à plus de 3 millions de copies.

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L’histoire ?

Plusieurs siècles après l’apocalypse, les humains cohabitent avec les machines. Aloy, née de la Toute Mère, est une paria de la tribu des Nora. Lors de la cérémonie d’intégration des jeunes, la tribu est attaquée. Aloy va alors partir en exploration afin de découvrir ses origines et de trouver le danger qui guette sa tribu.

Attention ce qui suit révèle les points importants du scénario et donc vous gâchera le final.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives sont présentes à au moins 3 niveaux.  

Les archives sont d’abord utilisées comme moyen de narration, dans le cadre de ce qui est appelé une narration suggérée, à l’instar de jeux comme Bioshock ou Soma. Aloy trouve dans des ruines, un focus, un appareil des anciens qui lui permet de se connecter à l’ancien réseau, lui donnant accès par conséquent à un certain nombre d’informations dont des enregistrements, d’archives corrompues permettant de découvrir le mode de vie d’avant l’Apocalypse ainsi que les événements qui ont conduit à cet Armageddon. Lors des visites des ruines, elle trouve aussi un certain nombre de notes sur des ordinateurs encore fonctionnels. Ces passages sont intéressants à plus d’un titre. Premièrement, ils montrent à quel point l’accès aux archives est dépendant de l’accès à l’outil (réseau ou ordinateur) et à quel point cela peut être fragile. Deuxièmement, il évoque aussi le problème de compréhension des archives trouvées par Aloy. Ainsi celle-ci, après avoir entendu un slogan publicitaire dans une ruine, s’interroge sur le sens et le concept du terme « entreprise ».  

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premier enregistrement trouvé par Aloy, joyeux anniversaire Isaac ! 

Par conséquent au-delà des questions d’accès, la question de la compréhension de l’information transmise à travers les siècles est ici montrée de manière subtile mais simple.  

Après recherche dans les ruines, Aloy découvre les événements qui ont conduit à l’Apocalypse : la construction de robots autonomes auto-réplicants tirant leur énergie de la biomasse. Devant l’impossibilité de combattre ces machines (leur conquête du globe prend 18 mois alors qu’il faudrait 50 ans pour briser leur code), le projet Zero Dawn est lancé. L’objectif est de créer des bunkers sécurisés abritant une intelligence artificielle supérieure, Gaïa, qui a un double objectif : cracker le code et détruire les machines, puis relancer la vie sur Terre en dépolluant et ressuscitant faune, flore et humanité. La place des archives ? Gaïa est appuyée par un ensemble de sous-modules ayant chacun une tâche spécifique. Ainsi apparaît Apollo.

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Présentation de Gaïa et ses sous-modules

Apollo est le module d’archives du savoir humain. Son nom est tiré du dieu grec des arts et de la raison (et par extension de la connaissance). Son objectif est de rassembler l’ensemble des connaissances humaines afin de les transmettre aux générations futures. La responsable du projet est Samina Ebadji, une archiviste (et ça c’est une bonne nouvelle). A travers quelques courriels subsistants, le joueur suit le travail et les questionnements nécessaires pour l’élaboration d’un tel projet.

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 Samina Ebadjie, archiviste

Premièrement la question de la conservation : quoi conserver et sur quel support ?

Quelle taille peut faire le savoir humain ? Une question qu’on se pose rarement. Le jeu y apporte une réponse : 40 zettaoctets (Zo). Pour information, un gigaoctet (Go) équivaut à 1 milliard d’octets ; un zettaoctet équivaut à mille milliards de milliards d’octets. Un sacré volume. Samina explique que l’ADN encapsulé est le choix le plus simple pour permettre une conservation dans le temps d’un tel volume (plus de 1000 ans à -18°C). Elle envoie aussi régulièrement des nouvelles concernant l’intégration des données dans Apollo, et c’est ainsi qu’on apprend la perte des langues de la Papouasie Nouvelle Guinée, qui n’ont pu être archivées.

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le choix de l’ADN encapsulé

Deuxièmement la question de la transmission ?

Apollo est mis à jour continuellement afin de pouvoir intégrer tout le savoir humain dans un temps réduit avant l’extinction. Mais il faut aussi définir les modalités d’accès et de transmission des archives de l’humanité. On sait qu’une indexation est mise en place. Mais plus encore pour permettre l’éducation des futurs enfants. Des intelligences artificielles (Aristote et Aspasie) avec pour objectif l’enseignement dans le cadre du « parcours heuristique » mis en place et testé pour être la méthode la plus efficace de transmission et d’apprentissage. On sait qu’il existe un protocole de sécurité avec plus de 3000 conditions à remplir pour accéder à certaines informations considérées comme dangereuses ou sensibles.

Horizon Zero Dawn nous offre donc un panel intéressant de questionnements autour de l’accessibilité, de la compréhension, de la conservation et de la transmission du savoir à travers les archives. Mais le jeu aborde aussi des questions éthico-philosophiques.

Après la découverte de l’existence d’Apollo, Aloy se demande pourquoi les humains ont un niveau technologique si bas, pourquoi ils ont perdu la mémoire des événements liés à l’Apocalypse. Apollo a été purgé, les archives effacées. Et ce par Ted Faro, le responsable de l’Apocalypse. Sa raison : le savoir n’est pas un don, mais une malédiction qui nous a conduits à notre destruction, les futures générations seront des esprits intacts qu’il faut préserver par l’ignorance.

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Faro annonçant la première purge d’Apollo

La purge d’Apollo est considérée par un autre membre de l’équipe comme un génocide. Et offre un débat intéressant, surtout lorsque l’on voit les tribus considérer des anciens artefacts comme des divinités…

Marc Scaglione

 

 

 

 

 

 

Suisei no Gargantia est une série d’animation originale japonaise produite par le studio IG (Guilty Crown, L’Attaque des Titans). Elle a été réalisée par Kazuya Murata (Eureka Seven, Code Geass) et écrite par Gen Uroboshi (Fate/Zero, Psycho-Pass). La série comporte 13 épisodes et 2 OAV et a été diffusée en 2013. Comme il est d’usage en termes de pratique commerciale au Japon, un manga et des lights novels adaptés de la série ont été publiés.

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Quelle est l’histoire ?

Le vaisseau Avalon est une colonie humaine à la recherche d’une planète viable. Mais ses habitants luttent contre un ennemi sans pitié : les Hideauzes (sortes de pieuvres géantes). Durant une retraite, le sous-lieutenant Ledo (Red) est accidentellement projeté hors du vaisseau lors du bond supraluminique. Il se réveille sur une planète inconnue, recouverte d’eau sur laquelle les humains vivent dans de grandes flottes de navires : la Terre, le berceau perdu de l’humanité.

Et les archives dans tout ça ?

Lors de son réveil, après son accident, Ledo demande à Chamber, l’IA d’assistance au pilotage de son mécha où ils se situent. Après une brève analyse, Chamber postule qu’ils sont sur Terre, le berceau de l’humanité. Chamber va avoir des déclarations contradictoires : d’abord il indique que « son existence n’a été jusque là que suggérée dans nos archives [de l’Alliance galactique ndlr] » puis d’indiquer plus tard que « l’apparence actuelle de la Terre ne correspond pas à nos archives » dans lesquelles la Terre est une boule de glace. On se contredit donc… à moins que la suggestion soit un peu plus étoffée qu’évoquée premièrement.

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Dans tous les cas, Ledo décide qu’il faudra mener une enquête par la consultation « des documents historiques qu’on trouve ici« . Si cela démontre une certaine logique (celle du chercheur), cela montre aussi l’habitude qu’a Ledo d’accéder facilement à l’information via sa machine. Il en parle comme d’une évidence. Qui s’avérera trompeuse puisque sur la flotte du Gargantia, le passé se résume à une minuscule bibliothèque contenant parfois des savoirs incompréhensibles. Le reflet de la certitude de certains chercheurs qu’ils vont trouver des documents sur tous les sujets, là où il ne reste au mieux que rumeurs et légendes.

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recherche infructueuse

Plus tard dans la série, Ledo accède à une zone sous-marine jusqu’alors inaccessible aux humains, pleine de « trésors », nom donné par les Terriens aux reliques de l’ancien temps se trouvant au fond des océans. Ledo y découvre des archives dans des sortes de « puces ».

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La technologie de Chamber est tellement supérieure qu’il ne lui faut pas 20 secondes pour y accéder en nous décrivant toutes les étapes : récupération des archives à distance (suppression du problème de machines de lecture), recherche du standard des données puis émulation pour lecture (lisibilité des formats), restauration puis traduction (intelligibilité). On notera le travail de documentation sur la question de la pérennité des archives électroniques, même si nous n’avons pas encore trouvé de support capable de survivre à une ère glaciaire et à une immersion présumée pluriséculaire.

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Ces archives jouent un rôle primordial car elles impactent les personnages. D’ailleurs, il est intéressant d’étudier les réactions à chaud. D’un côté, Ledo considère vraies les révélations immédiatement. De l’autre, Chamber notant les contradictions avec l’histoire officielle, remet en cause la véracité des informations, peu crédibles et évoque une possibilité de désinformation et de complot. Les archives disent-elles vraies ? Comment le savoir ? Voilà des questions que tout journaliste, historien, archiviste, généalogiste, voire citoyen devrait se poser…

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Ces révélations sont d’une telle importance que cela impacte la société. Dès lors la superstition, les légendes et les rumeurs dont était fait le passé doivent être remplacées par la science, car le passé joue un rôle considérable pour l’avenir. La flotte du Gargantia ressuscite alors le métier d’archéologue afin, entre autres, de rassembler et étudier les archives trouvées lors des fouilles dans les ruines immergées.

Ainsi au travers de différents éléments, la série montre les archives comme un élément fondamental, un élément naturel pour ceux qui y sont habitués, mais qui forment un vide lors de leurs absences, vide souvent rempli par les légendes. Et de démontrer à quel point, l’impact de ces archives peut modifier la société et son orientation.

Marc Scaglione

Nous voici arrivés à la lecture du troisième volume de la Passe-Miroir de Christelle Dabos. J’ai déjà eu l’occasion de vous dire tout le bien que je pensais de cette série de romans. La Mémoire de Babel, troisième opus de la série nous replonge avec bonheur dans les aventures d’Ophélie et Thorn.

La-memoire-de-BabelOphélie est de retour sur son arche natale, Anima, depuis plus de deux ans. Elle se morfond au milieu des siens. Elle est sans nouvelle de Thorn, son époux après les tragiques événements qui se sont déroulés sur le Pôle. Bien décidée à ne pas rester sans rien faire, Ophélie décide de se rendre sur l’arche de Babel, dépositaire des archives du monde. Pour parvenir à ses fins, Ophélie va devoir changer d’identité et faire preuve d’une volonté sans pareille. L’arche de Babel est, en effet, moins civilisée et moins paisible qu’il n’y parait…

Ce troisième opus continue sur la lancée des précédents, le rythme est toujours aussi intense, le suspense à son comble et les personnages principaux sont plus attachants que jamais. Christelle Dabos élargit son univers et l’on ne peut que s’en féliciter !

Et les archives dans tout ça ??

Vous l’aurez compris à la lecture du résumé ci-dessus, les archives sont au cœur des enjeux de ce volume puisque dès la quatrième de couverture, le lecteur est averti : l’enquête se passera sur Babel, dépositaire des « archives mémorielles du monde », on ne peut être plus clair !

Ophélie est sur Anima sans emploi. Sa mère se désespère et lui demande de se chercher une situation. Le grand-oncle propose alors de la prendre avec lui aux archives ce qui déplaît fortement : « le passé, toujours le passé ! » grommelle la mère d’Ophélie qui n’est pas sans rappeler les réactions d’individus que tout archiviste peut croiser : pourquoi vivre dans le passé ? On s’en fiche de ces vieux trucs etc. On l’a tous entendu ! Pourtant, l’archiviste est ici le symbole de la libre pensée qui s’oppose à la bien-pensance de sa famille, celui qui voit au delà des apparences.

Pourquoi Ophélie se rend-elle sur Babel ? parce que son grand-oncle archiviste lui procure des informations : des photographies anciennes tirées des archives qu’il a eu bien du mal à se procurer car, on le sait depuis le volume précédent, les archives sont verrouillées par les Doyennes qui sont bien conscientes du caractère sensible des documents.

Peu de temps après son arrivée sur Babel, Ophélie se rend au Mémorial qui est une sorte de Bibliothèque, mâtiné d’un service d’archives. On peut consulter les documents du Mémorial mais pas les emprunter et on proclame bien haut que tout est consultable. Toutefois, les archives ont dû subir une épuration car Ophélie note vite : « il n’y avait pas non plus d’archives militaires; à croire que même ici, où était censée reposer la mémoire de l’humanité, il ne subsistait rien des guerres d’autrefois. » Nous sommes ici au cœur d’une problématique que l’archiviste connaît bien : il sait bien que son fonds est loin d’être complet et que le tri a été fait avant le versement des dossiers aux archives ! Bien que source essentielle pour l’Histoire, les archives sont inévitablement incomplètes et elles sont aussi intéressantes pour ce qu’on y trouve… et ce qu’on n’y trouve pas.

L’auteur mentionne plus loin l’existence de maîtres censeurs chargés de faire disparaître les ouvrages et documents jugés compromettants, ce qui n’est pas sans rappeler 1984 de George Orwell. Certains censeurs trop dévoués sont même rappelés à l’ordre car ils sont trop zélés ! Faut-il y voir l’allégorie de l’archiviste qui détruit entre 70 et 80 % de ce qui lui est versé et des divergences entre les archivistes qui jettent allègrement et ceux qui ont davantage de scrupules, réfléchissant aux critères de tri avant de les appliquer sans vergogne ? Toutefois, il existe une trace de ce qui a été détruit « aux archives de la censure », ce qui pourrait s’apparenter à nos bordereaux d’élimination qui permettent de garder une trace des archives détruites et donc une forme de transparence.

Si les archives militaires semblent avoir disparu, ce n’est pas le cas des archives courantes qui sont en cours de classement et submergent les personnels chargés de les ordonner : on parle de « piles d’archives ministérielles » qui semblent assez importantes en volume.

Christelle Dabos évoque aussi brièvement les soucis que peut causer une mauvaise conservation des documents : un registre détérioré ne peut livrer toutes les informations nécessaires à la résolution d’une énigme par exemple.

Archives et bibliothèques sont omniprésents dans le récit et sont essentiels à la progression de l’histoire. L’auteur connaît les problématiques liées à l’archivistique et les insère intelligemment dans son histoire.

La mémoire de Babel passant par les archives, il est conseillé de ne pas passer à côté de cet excellent titre !

Sonia Dollinger