Stargate SG-1 est une série américano-canadienne créée par Brad Wright et Jonathan Glassner à partir du film Stargate, la porte des étoiles (1994) de Roland Emmerich. Elle a été diffusée entre 1997 et 2007 aux Etats-Unis, et entre 1998 et 2008 en France.

stargate_0Elle met en scène une branche secrète de l’Armée de l’Air américaine, le SGC, qui organise l’exploration d’autres planètes à travers la galaxie grâce à la Porte des Etoiles. Les différentes équipes rencontrent des centaines de peuples extraterrestres, et les aident tout en luttant contre les Goa’ulds, qui règnent sur la galaxie en se faisant passer pour des dieux. La principale équipe d’exploration, SG-1, est composée du colonel Jack O’Neill, du major Samantha Carter, du Dr. Daniel Jackson, archéologue, et de l’extraterrestre Teal’c.

La série s’inspire à la fois de nombreuses mythologies antiques et médiévales (mésopotamienne, égyptienne, viking, légende arthurienne, etc.) et d’événements historiques réels (l’Inquisition, les guerres de religion, la guerre froide, etc.)

Dans l’épisode 5 de la saison 7, le SGC envoie une sonde sur une planète inconnue ; celle-ci montre que l’atmosphère de la planète est toxique, mais indique aussi la présence d’un vaste dôme. La sonde traverse le dôme et montre un paysage normal avant d’arrêter d’émettre.

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le dôme

L’équipe d’exploration SG-1 se rend alors sur la planète, et découvre que le dôme est habitable et que des humains y vivent. Ils rencontrent alors les membres du Conseil du village, et découvrent que tous les habitants du dôme sont reliés en permanence à un ordinateur par une interface neurale. Ce Réseau contient toutes les connaissances passées et présentes des villageois, y compris celles datant d’avant la construction du dôme 400 ans auparavant, et contrôle le dôme de manière autonome.

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L’équipe passe la nuit au village, chez Pallan, qui travaille sur le système de gestion du dôme, et sa femme Evalla. Ils apprennent que le dôme a été créé pour protéger la population après que la pollution industrielle a contaminé la planète, et Daniel Jackson suggère d’étudier cela afin de comparer la situation à celle de la Terre. Pallan et Evalla lui proposent de se connecter directement au Réseau afin d’avoir toutes les informations dont il a besoin, mais il préfère leur demander d’avoir accès aux archives.

 

« Nous avons nous aussi nos problèmes de pollution, en étudiant votre histoire nous pourrions peut-être éviter que notre planète tourne aussi mal. »

(Daniel Jackson)

Le lendemain Pallan et le major Carter vont voir les systèmes de gestion et de surveillance du dôme, pendant qu’Evalla et Daniel Jackson se rendent dans la salle des archives du village.

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Tout à coup tous les habitants semblent se figer quelques minutes, et le major Carter remarque que des données concernant le dôme sont modifiées sur les moniteurs. Tout redevient normal, mais le major Carter se rend compte que les données affichées par l’ordinateur central concernant les niveaux d’énergie du dôme sont fausses. Pallan ne la croit pas et se réfère aux archives du Réseau pour lui assurer que la consommation d’énergie est stable depuis 400 ans. Elle craint néanmoins que le dôme ne soit bientôt plus alimenté et cède.

« J’ai accès à 400 ans d’archives de consommation énergétique du dôme grâce au Réseau […]. » (Pallan)

« Je vais vous montrer ce qui nous reste d’archives physiques. Ce sont les derniers témoins de l’ancien monde.» (Evalla)

L’équipe propose alors au Conseil du village de transporter la population sur une autre planète pour les mettre à l’abri, mais ils ne les croient pas et refusent de partir. Quand le colonel O’Neill s’étonne de ne pas voir le Conseil au complet, ceux-ci lui affirment qu’aucune femme n’a été élue et que le Conseil a toujours été composé de trois personnes, ce que confirme Pallan.

« Leurs archives nous aideront peut-être à comprendre cette histoire. » (Daniel Jackson)

Daniel Jackson décide alors de faire des recherches avec Evalla dans les archives du village pour comprendre ce qui se passe, mais il ne trouve rien : depuis la création du dôme aucun document écrit n’a été produit, et même avant cela le Réseau était déjà utilisé et la production d’archives « papier » était fortement limitée.

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Pendant ce temps Evalla disparaît, et Pallan ne se souvient pas du tout d’elle. Le major Carter suppose que c’est le Réseau lui-même qui a effacé tous les souvenirs qu’il avait de sa femme, comme il a supprimé les informations à propos du quatrième membre du conseil. Elle décide de reprogrammer le Réseau pour modifier les informations qu’il transmet à la population, mais pour y arriver elle doit d’abord convaincre Pallan de l’aider.

Daniel Jackson continue ses recherches pour trouver d’anciens documents écrits contredisant les informations du Réseau, pour prouver aux habitants qu’ils sont manipulés par l’ordinateur.

– Je ne trouve toujours aucune référence historique à la période de construction du dôme.

– A l’époque mon peuple utilisait déjà beaucoup le Réseau… Il est possible qu’on n’ait pas conservé grand chose sur support physique. » (Daniel Jackson et Evalla)

– Il faudrait que je trouve d’anciens documents écrits qui contredisent les informations disponibles sur le Réseau […].

– Les archives du Conseil, ça serait parfait.

(Daniel Jackson et le major Carter)

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Pendant ce temps le major Carter tente de persuader Pallan que le Réseau modifie les archives et les souvenirs de tous les habitants et les manipule, mais il refuse de la croire. Daniel Jackson lui montre alors des actes notariés signés par tous les habitants qui occupaient le dôme à sa construction, qui ont été conservés et qu’il vient de trouver dans les archives (Figure 10) : il y avait environ 100 000 habitants à l’origine, alors qu’ils ne sont plus qu’environ 1300. Ils se rendent compte qu’en réalité le Réseau gère la baisse d’énergie en diminuant la superficie du dôme, et qu’il prend les mesures nécessaires pour assurer la survie du groupe en sacrifiant des individus et en effaçant toutes les données les concernant pour que les survivants ne se doutent de rien.

« J’ai trouvé […] des actes notariés. Heureusement que les juristes sont procéduriers. Tout le monde utilisait déjà le Réseau à l’époque, mais ils ont quand même rempli des documents en bonne et due forme » (Daniel Jackson)

1.    Opposition archives « papier » et archives dématérialisées

La salle où sont conservés les derniers documents « papier » correspond aux clichés habituels sur les archives : petite, sombre, poussiéreuse, encombrée et mal rangée. Il n’y a pas d’archiviste ni de système de classement, et encore moins de moyen de retrouver les documents que l’on recherche.

A l’inverse le Réseau est représenté uniquement par l’interface portée par tous les habitants : les archives et les connaissances sont toutes classées dans le système et ne prennent donc pas de place, et elles sont facilement accessibles par toute personne portant l’interface. La salle de surveillance du dôme, qui est le seul moyen d’avoir un accès direct au Réseau, est quant à elle une grande pièce bien éclairée, propre, ordonnée.

A priori, les archives numériques sont donc présentées comme étant plus pratiques, plus complètes et plus agréables et rapides à utiliser que les documents écrits. Elles symbolisent, avec l’interface et l’ordinateur, la technologie et donc le progrès qui améliorent l’existence des humains.

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Au contraire, on voit les archives physiques comme un énorme tas de papiers, qui prend de la place et est complètement en désordre, et dans lequel on n’a pas du tout envie de faire la moindre recherche. De plus elles sont inutiles puisque toutes les données sont déjà sensées être présentes sur le Réseau. Les archives « papier » représentent le passé et encombrent, au sens propre comme au figuré, le présent, et elles s’opposent aux archives numériques qui n’ont que des avantages.

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Cependant on peut remarquer que, alors qu’ils n’avaient plus du tout besoin de ces archives physiques puisqu’ils avaient tout ce dont ils avaient besoin sur le Réseau, les habitants ont les conservées, dans des conditions apparemment correctes puisqu’elles ont pour la plupart plus de 400 ans et sont encore en bon état. Ils n’ont pas détruit ces documents, inutiles pour eux, parce qu’ils représentent un lien matériel avec leurs ancêtres, ceux qui sont entrés dans le dôme et même ceux qui, avant cela, vivaient normalement à la surface de la planète. Ils ne les considèrent plus comme des sources d’information mais comme des souvenirs ; elles ont perdu le statut d’archives et sont devenues des objets historiques anciens.

Malgré tout ce sont ces souvenirs inutiles qui vont leur sauver la vie, puisqu’ils contiennent les éléments qui permettront de comprendre la situation exacte du dôme.

2.    Utilisation et modification des archives dématérialisées

Le premier problème de la dématérialisation des archives est leur accès sur le temps long : pour l’instant elles sont accessibles par tous les habitants du dôme, mais elles seront perdues dès qu’il n’y aura plus d’énergie pour faire fonctionner le dôme.

Mais cette histoire soulève un autre problème de la dématérialisation : lorsque les archives sont conservées uniquement sur support numérique, il est assez facile de les supprimer, en partie ou entièrement. Il s’agit uniquement de la suppression ou de la modification de données ou de fichiers. Au contraire le même procédé avec des archives physiques est plus voyant, puisque des dossiers vont manquer et qu’il est beaucoup plus compliqué de modifier les dossiers autour pour cacher ce manque : s’il fallait supprimer toutes les données concernant Evalla depuis sa naissance, ou modifier toutes les données indiquant que le Conseil était composé de quatre membres depuis 400 ans, cela prendrait beaucoup plus de temps et serait beaucoup plus visible et plus compliqué avec des archives uniquement « papier ».

L’exemple d’un programme informatique qui modifierait de lui-même des archives instantanément est bien sûr excessif ; mais on ne peut pas s’empêcher de se poser la question de ce qui se passerait si c’était vraiment possible. De plus le Réseau supprimait des données uniquement dans le but de la survie du groupe, donc ses décisions étaient tout à fait objectives. On ne peut pas du tout savoir ce qui se passerait si ce genre de décision devait être prise par un humain, qui serait forcément beaucoup plus subjectif et dont les motivations pourraient être très diverses. Le progrès seul n’est pas forcément la meilleure des solutions.

L’exemple dans cette histoire est évidemment extrême, mais il permet de se poser la question : à quel point il est judicieux de se baser uniquement sur la dématérialisation pour conserver des archives, qui sont essentielles car elles permettront de prouver des droits et d’écrire notre histoire ? Dans le même temps la conservation uniquement sur support papier n’est pas une solution puisqu’elle présente elle aussi un certain nombre de défauts (place occupée, entretien et classement nécessaires et temps de recherche long). Il faut donc réfléchir pour trouver un juste milieu entre la dématérialisation et la conservation physique, pour tirer parti de leurs avantages respectifs tout en atténuant leurs inconvénients.

Aude Weber

 

Avec une série dont le nom évoque les voyages temporels, on pouvait s’attendre à voir ou entendre parler d’archives, et ça n’a pas loupé !

Travelers – les Voyageurs du Temps en français – est une série américano-canadienne créée par Brad Wright, sortie en 2016 et qui compte pour l’instant une saison, la seconde étant déjà annoncée. La série est diffusée sur Showcase et sur Netflix.

Travelers_1Des groupes de voyageurs sont envoyés depuis notre futur pour pouvoir modifier les événements et rendre l’avenir meilleur. On n’a guère de détails sur la vie de nos descendants mais ça n’a pas l’air bien brillant : les animaux ont l’air d’avoir totalement disparu et la nature semble réduite à sa plus simple expression selon les dires des voyageurs.

Pour effectuer leur voyage, les humains du futur utilisent la technique du transfert de conscience. Ils choisissent un « hôte » et transfère leur conscience juste avant la mort de ce dernier. Le voyageur ayant ainsi l’apparence d’un humain normal évolue au milieu de ces derniers et doit reprendre le cours de la vie de son hôte tout en menant à bien des missions permettant de rendre le futur meilleur.

Les voyageurs évoluent en groupe dans lequel chacun d’entre eux a une spécialité : certains sont médecins, ingénieurs, historiens et doivent combiner leurs efforts pour réussir leurs missions.

L’intérêt de la série réside notamment dans les difficultés rencontrées par les voyageurs pour s’adapter au XXIe siècle et à leurs hôtes qui ne sont pas toujours de première qualité !

Et les archives dans tout ça ??

Pour bien préparer un voyage dans le temps, rien de tel que de se plonger dans les archives. Même si on ne voit jamais le futur dans cette série, les voyageurs évoquent souvent les recherches qu’ils ont effectuées pour se documenter sur le XXIe siècle et sur les hôtes dont ils vont occuper les corps.

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Et c’est là que les ennuis commencent : quand les voyageurs arrivent, la situation est parfois légèrement différente de celle décrite dans les archives. L’hôte de Marcy, qui s’était basée sur le profil facebook de cette dernière pour en savoir plus, s’aperçoit très vite que l’hôte en question est bien différente de ce que son profil décrit. On rejoint d’ailleurs ici des préoccupations contemporaines : on sait bien que le profil facebook est une mise en scène de soi destinée aux autres. Certains historiens ou sociologues commencent à se servir des réseaux sociaux comme des archives du for privé permettant de comprendre les individus et la société où ils évoluent. C’est le cas d’Ivan Jablonka dans son terrible ouvrage Laetitia ou la fin des hommes, sorti en 2016 au Seuil où le profil de Laetitia est utilisé au même titre qu’un journal intime.

Dans Les Voyageurs du Temps, les archives sont surtout sources de déconvenues : l’hôte de Marcy est une jeune femme handicapée ce qui n’était pas précisé dans son profil facebook, seul document d’archives utilisé pour en savoir plus sur elle. Quant à Philippe, les archives indiquaient qu’il avait succombé à son premier shoot alors que l’hôte était un junkie patenté. En effet, les parents de l’hôte avaient minimisé l’addiction de leur fils, refusant de voir la réalité. Une nouvelle preuve que les archives ne disent pas toujours la vérité ou qu’elles sont parfois tronquées.

Si vous choisissez de filer dans le passé, choisissez bien votre hôte et surtout, croisez vos sources !

Sonia Dollinger

Nous allons parler jeu vidéo aujourd’hui ! Plus précisément d’un jeu dont le second opus contient des archives qui permettent de comprendre l’histoire de son prédécesseur ! Ce jeu, c’est Portal 2 !

Son grand frère, Portal, est un jeu vidéo de réflexion et d’action en vue à la première personne, développé par Valve Corporation et sorti en 2007. La suite, Portal 2, est sortie en 2011.

Pour bien comprendre Portal 2, commençons d’abord par découvrir rapidement Portal.

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Tu es prévenu, alors ne viens pas te plaindre après !

Dans ce jeu, le joueur contrôle un personnage nommé Chell qui doit traverser une série de salles en utilisant un générateur de portails. Ce générateur permet de créer deux portails reliés entre eux (l’un orange, l’autre bleu) sur une surface plane composée de roches lunaires.

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Chell est guidée par des instructions diffusées par haut-parleur. C’est GLaDOS qui lui parle, l’intelligence artificielle qui gère le centre. Les tests se révèlent de plus en plus durs et GLaDOS de plus en plus folle. Après avoir échappé à la mort dans l’incinérateur, Chell s’échappe et trouve la salle où se trouve GLaDOS. Après un combat, elle réussit à la détruire.

Tout au long du jeu, nous apprenons que nous sommes dans les locaux d’une entreprise appelée Aperture Science, que tout le personnel est mort, mais c’est tout. Nous ignorons tout de cette entreprise et son origine. Nous ne savons pas ce qui pouvait bien se passer dans ces lieux avant la disparition du personnel, et nous ignorons tout des origines de GLaDOS.

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Sans trop dévoiler l’intrigue de Portal 2, sachez que, bien des années plus tard, GLaDOS est réactivée par erreur. Elle reconstruit petit à petit les salles de test, forçant Chell à les parcourir encore et encore pour se venger. La seconde moitié du jeu nous fait basculer (littéralement) dans les tréfonds d’Aperture, à plusieurs kilomètres de profondeur, dans les toutes premières salles de test abandonnées depuis longtemps.

Et les archives dans tout ça ??

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des journaux permettent de comprendre le contexte

En parcourant ces salles de test en ruine, Chell découvre des papiers abandonnés. Des enregistrements audio de Cave Johnson (le créateur d’Aperture) diffusés automatiquement aux employés et aux sujets de test ponctuent son parcours et lui apportent eux aussi beaucoup d’informations. Les salles souterraines sont datées (l’année de construction est peinte sur le mur), ce qui permet également de savoir à quelle période de l’Histoire correspondent les informations que l’on y trouve.

En rassemblant les informations contenues dans les enregistrements, ainsi que dans les documents que l’on peut apercevoir dans ces locaux en ruine, le joueur est désormais capable de reconstituer quasiment toute l’histoire d’Aperture Science, depuis la création de l’entreprise dans les années 1940 jusqu’à la raison de sa présence dans ces lieux (raison ignorée jusqu’alors).

Si vous êtes curieux, vous pouvez retrouver l’histoire d’Aperture Science sur la page wikipédia consacrée au sujet. Cette histoire ne peut être connue et illustrée que par les archives que Chell découvre dans le jeu et qui permettent de comprendre tout le cheminement de l’entreprise qu’on ne connaîtrait pas sans le recours aux archives de toutes sortes (diplômes d’honneur dissimulés ici ou là, portraits du fondateur de l’entreprise, enregistrements sonores, de journaux…)

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un trophée de vendeur de rideaux de douche 1943 !

Cave Johnson possède également des installations à Cleveland dans l’Ohio utilisée pour le navire Borealis. Le jeu montre les plans des installations qui sont autant d’archives précieuses pour la connaissance du contexte général.

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Le fondateur, Cave Johnson est omniprésent à travers ses portraits à différents stades de son existence. Les archives photo permettent de saisir la personnalité du chef d’entreprise qui n’a pas l’air très commode, il faut bien le reconnaître.

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Les portraits de Cave Johnson, quelques archives iconographiques

Imaginons une grande entreprise qui ferme du jour au lendemain, sans que personne ne récupère les documents importants. Les années vont passer et cette entreprise va tout doucement sombrer dans l’oubli, comme pour Aperture. Le parcours de Chell dans les salles de test abandonnées et la découverte des archives permettent de redécouvrir l’histoire de cet entreprise (virtuelle), qui fut en son temps une pionnière de la recherche scientifique.

Portal 2 montre l’importance pour les entreprises (réelles) de valoriser leur patrimoine en prenant soin de leurs archives !

Chrystelle Langlais

fullmetalalchemist_1Fullmetal Alchemist est un manga d’Hiromu Arakawa, prépublié au Japon entre 2001 et 2010. C’est une œuvre multiprimée et qui connaît un grand succès populaire dans le monde entier. Elle connaîtra deux adaptations en série animée. La première, Fullmetal Alchemist, est diffusée sur Canal + en 2005. Se basant sur le manga, elle diverge rapidement vers une autre fin. La tonalité de l’histoire y est beaucoup plus sombre. Cette série a amené beaucoup d’adolescents à s’intéresser au manga et à l’animation japonaise. C’est mon cas. La deuxième adaptation, dénommée Fullmetal Alchemist Brotherood, sortie en 2009 suit la trame du manga. A noter que les bandes-originales des deux adaptations sont sublimes !

Le manga, édité en France par Kurokawa, connaîtra d’autres adaptations (jeux vidéos, romans, etc.).

L’histoire ?

Dans un pays du nom d’Amestris, semblable à l’Europe centrale du début du XXe siècle, l’alchimie est la science prédominante. Edward et Alphonse Elric, alors âgés d‘une dizaine d’années, brisent un tabou en tentant de ressusciter leur mère. C’est un échec cuisant. Edward perd une jambe et sacrifie son bras pour attacher l’âme de son frère à une armure, son corps ayant disparu.

Nous suivons donc les héros dans leurs aventures dont le but est de retrouver leur corps d’origine.

Et les archives dans tout ça ??

fullmetalachemist_2Alors qu’Edward et Alphonse rentrent dans leur village, après avoir été blessés lors d’un affrontement, ils tombent par hasard sur le Docteur Marcoh, caché sous l’identité du Docteur Mawroh (pas très doué pour les faux noms le gars…). Celui-ci leur révèle qu’il a fui l’armée, car il n’assumait plus les recherches qu’il menait. En effet, il a réussi à créer la Pierre philosophale, artefact censé être capable de tous les miracles en abolissant les lois alchimiques. Afin que cela ne se reproduise plus, il a volé les dossiers de recherche et les a cachés. Les détruire aurait été plus simple….Après plusieurs refus, il finit par indiquer leur localisation.

Et ils sont planqués à la Bibliothèque nationale… On se dit quand même que de planquer un rapport au milieu de la bibliothèque, ça tient de la bêtise ou du génie. On hésite. Les rapports alchimiques sont cryptés, mais quand même…Détruire aurait été plus efficace.

Qu’est ce que cette Première division ? Un bâtiment jouxtant le corps principal de la Bibliothèque, où se trouvent les rapports de recherche. Ironie de la part du Docteur de vouloir cacher un rapport de recherche parmi tant d’autres…mais pas très sûr non plus, car il existe un risque non négligeable pour qu’un chercheur, un alchimiste d’État capable de le déchiffrer, tombe dessus… Bref on se dit une fois de plus que détruire ces rapports eut été plus simple !fullmetalalchemist_3

Quant au fait que les raports scientifiques, les archives de la recherche d’Amestris soient gérés à la manière d’une bibliothèque n’est pas forcément choquant. Au contraire, cela est même logique et correspond à une pratique réelle de nos centres de recherche actuels : permettre aux chercheurs d’accéder aux informations de la bibliothèque pour leurs travaux !

Mais cette Première Division conserve aussi d’autres documents : toutes les archives du Bureau d’Enquête de la Cour Martiale. Pourquoi là ? la Première Division se trouvait à côté du service. Rationalisation des espaces de stockage, tout à fait réaliste.

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Problème : la Première Division a brûlé et tous les documents avec…Pas de plan de prévention, donc tout est perdu. Sauf que (deus ex machina quand tu nous tiens) une ancienne employée pourrait sauver la situation. Il s’agit de Sheska, sauvée par les frères Elric car se trouvant sous un tas de livres écroulés chez elle. Mourir sous un éboulement de boîtes dans un magasin, c’est le risque du métier, mais chez soi quand même…

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une archiviste pas très nette

Sheska était une ancienne membre de la Bibliothèque, licenciée car elle passait son temps à lire les documents au lieu de les ranger. La Première Division semble avoir été gérée par les agents de la bibliothèque faisant office d’archivistes. Ils avaient donc accès aux dossiers confidentiels de la justice militaire, bonjour la sécurité de l’information ! D’autant que Sheska a une mémoire eidétique, capable de se rappeler de tout ce qu’elle a lu. Elle finit par retranscrire le rapport de Tim Marcoh et est embauchée par Hugues pour retranscrire les dossiers perdus.

Au-delà de la ficelle scénaristique, du personnage qui apporte une touche d’humour et de fraîcheur à un moment sombre, Sheska est décrite comme une bibliothécaire (et les archives comme des ouvrages) mais faisant néanmoins un travail de gestion des archives. Et on peut dire qu’elle est sacrément cinglée :

– elle vit dans une maison remplie de livres du sol au plafond

– elle passait son temps à lire des rapports criminels et des rapports de recherche codés qu’elle ne comprenait pas, juste parce qu’elle aimait lire…Aucun archiviste ne lit en détail tous les dossiers qu’il gère ou qu’il classe…

– elle dit chercher un travail, uniquement pour s’occuper de sa mère. Bon manger, boire, payer les livres et les impôts, c’est superflu !

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la mémoire eidétique, le rêve de tout archiviste

Bref, certains ont l’habitude de dire que travailler aux archives occasionne des troubles psychiques (si, si, y en a qui le disent), et il n’est pas rare de voir dans la fiction les archivistes comme des êtres farfelus…mais alors là c’est un cliché !

Au-delà de cela, les archives permettent encore une fois d’apporter des réponses importantes : la recette de fabrication de la Pierre philosophale pour les frères Elric et le but du complot qui gangrène le pays pour Maes Hugues.

Marc Scaglione

Archives et culture pop’ vous a déjà proposé quelques références incontournables de la bande dessinée franco-belge avec Gaston Lagaffe, Astérix ou encore Yoko Tsuno. Il était donc plus que logique que nous nous penchions sur Tintin. Encore fallait-il trouver un album où les archives étaient à l’honneur.

En feuilletant avec distraction les albums présents à la Bibliothèque Gaspard Monge, je suis tombée sur le Sceptre d’Ottokar, je l’ouvre et là : paf ! Une belle mention d’archives dès la deuxième page, voilà de quoi faire un billet. C’est parti.

tintin_1Le Sceptre d’Ottokar paraît pour la première fois dans le petit vingtième en 1939 puis en couleurs en album en 1947. Le scénario est fortement marqué par les événements marquants de la première moitié du XXe siècle. La Syldavie, pays fictif qui est au centre du récit, est gouvernée par un souverain, Muskar III, qui fait l’objet de tentatives de déstabilisation anarchistes téléguidées par le pays voisin, la Bordurie. Si Hergé fait presque explicitement référence à l’Anschluss, on peut aussi voir ici des références aux conspirations serbes qui ont abouti à l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en 1914 et au déclenchement de la Première Guerre mondiale.

La Syldavie et la Bordurie sont clairement situées en Europe orientale, non loin de la Turquie et les uniformes de l’armée syldave s’inspirent de ceux des cosaques russes, même si on trouve quelques analogies avec l’esthétique britannique en particulier pour le château de Kropow et sa salle du Trésor qui évoquent clairement la Tour de Londres.

L’histoire en bref : Tintin traîne avec Milou dans un parc public – oui, Tintin est reporter, mais n’écrit pas beaucoup d’articles. Il trouve une serviette abandonnée sur un banc, trouve l’adresse du propriétaire et lui rapporte son bien. Le professeur Halambique, sigillographe de son état cherche un secrétaire pour l’accompagner en Syldavie où il veut effectuer des recherches, qu’à cela ne tienne, Tintin qui, visiblement n’a rien de mieux à faire, décide de venir avec lui. Ils se retrouvent au cœur d’une conspiration visant à destituer le roi de Syldavie et faire annexer le pays par la Bordurie voisine.

Tintin rencontre les Dupondt, la Castafiore et échappe à un nombre incalculable d’attentats tout comme son fidèle Milou qui joue un rôle clef dans cette aventure. Relire cette aventure en la remettant dans son contexte reste toujours intéressant, on notera au passage que Tintin ne prend pas la peine de connaître les motivations des conspirateurs, légaliste, il sauve le roi et permet à la Syldavie de rester indépendante.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives sont présentes du début à la fin de l’ouvrage. Tintin fait très vite la connaissance du professeur Nestor Halambique, membre de la Fédération internationale de Sigillographie, collectionneur de sceaux qu’il étudie avec passion. Les archivistes conservent hélas parfois la trace du passage de certains sigillographes peu scrupuleux de la fin du XIXe et du début du XXe siècle qui avaient la fâcheuse habitude de chouraver des sceaux en les détachant du parchemin auxquels ils appartenait. Cela semble d’ailleurs être le cas du professeur Halambique car, dans sa vitrine, des sceaux sont présentés sans parchemin, l’un d’entre eux étant encore attaché à un morceau de parchemin dont on dirait bien qu’il a été détaché. Mais, comme Tintin n’est pas archiviste, il s’en fiche carrément !

Nestor Halambique a pour but ultime la consultation des archives du royaume de Syldavie qui pourraient l’aider à documenter une pièce de sa collection : un sceau du roi Ottokar IV. Il embauche donc Tintin comme secrétaire. Ce dernier prépare son voyage en lisant un ouvrage sur l’histoire de la Syldavie, le royaume du pélican noir. C’est en lisant ces brochures que Tintin s’aperçoit de l’importance symbolique du sceptre, symbole du pouvoir royal sans lequel le souverain n’est plus rien.

Arrivé en Syldavie, le professeur Halambique se rend au château Kropow où se trouvent le trésor royal et les archives du royaume. On peut souligner que les archives sont bien gardées : le lecteur est enfermé à clef dans la salle de consultation, sous le regard de deux gardes. L’érudit demande des photographies de certains documents ce qui, a priori, est interdit mais le roi peut toutefois donner une autorisation spéciale. Dans ce cas, seul le photographe  officiel de la cour est habilité à photographier les archives. Les conditions de consultation sont drastiques mais assez réalistes.

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Hergé, Le Sceptre d’Ottokar, 1947, Casterman

L’accès aux archives s’avère primordial dans ce récit puisque c’est sous le prétexte de leur consultation que le faux professeur Halambique parvient à s’introduire au cœur du Trésor royal et à subtiliser avec ses complices, l’un des objets les plus précieux du royaume : le fameux sceptre ! N’en déduisons pas pour autant que les usagers sont des êtres machiavéliques, même si le professeur Halambique et son double ont de quoi alimenter la paranoïa des archivistes.

Sonia Dollinger