Arsène Lupin, le gentleman-cambrioleur, est un personnage créé en 1905 par Maurice Leblanc. Un héros de la Belle Époque, un bandit au grand cœur passé maître en l’art du déguisement. Élégant, courtois, rusé, amateur de sensations fortes et de prestige, il ne vole que si le butin est exceptionnel – telle une célèbre œuvre d’art – , ou le défi particulièrement corsé – telle une confrontation avec Herlock Sholmès, dont l’anagramme est pour le moins transparent.

arsenelupinLes aventures de ce personnage ont été adaptées au théâtre, au petit et grand écran, en B.-D. et en manga ; la maison de l’auteur, située à Etretat, est devenue un musée consacré à son héros.

De même, nombreuses sont les œuvres à rendre hommage à ce protagoniste ; ainsi, des romans ou des séries de japanimation font référence à Arsène Lupin, ou imaginent les aventures d’un de ses descendants.

C’est le cas de la série qui nous intéresse ici : Lupin III, car troisième du nom d’une dynastie de cambrioleurs, créé en 1967 par Monkey Punch.

img2-lupin-iii-cagliostro-fraC’est plus précisément le film Le Château de Cagliostro de Hayao Miyazaki, sorti en 1979 qui fit connaître la « bande à Lupin »  ; les séries télévisées, quant à elle, n’étaient connues que d’une poignée des férus du genre. En fait, Lupin III a d’abord été connu en France sous le nom d’ « Edgar de la Cambriole », tout comme le héros de la série City Hunter fut présenté sous celui de « Nicky Larson » au public occidental.

Lupin et ses trois comparses – l’épéiste Ishikawa Goemon XIII, le pistoléro Daisuke Jîgen et la femme fatale Fujiko Mine – ne vieillissent jamais, mais leur mode de vie est tout de même impacté par les évolutions technologiques. Ainsi, depuis la fin des années 1960 à celle des années 2010, les gadgets et obstacles de nos voleurs ont-ils considérablement changé. La saison 5 de la série, sortie cette année, en marque les 50 ans révolus, ainsi que la possibilité pour notre héros de fouler de nouveau les terres de son illustre ancêtre.

Et les archives, dans tout ça ??

[SPOILER ALERT !]

La donnée numérique est au cœur des intrigues de cette nouvelle saison. Le fait qu’elle se déroule en France, en cette année de déploiement du RGPD et de nouvelle ère pour la Cnil, n’est qu’une coïncidence, mais n’a pas manqué de m’enthousiasmer.

Dès le premier épisode, les héros infiltrent avec succès dans l’un des datacenters les mieux surveillés et plus performants au monde, « Underworld ». Un datacenter immergé, tout comme le « Natick », de Microsoft, situé au large des côtes écossaises et dont l’ouverture en juin dernier a fait grand bruit dans les médias spécialisés.

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Mais revenons à notre intrigue. Lupin fait la connaissance d’Ami, une jeune hackeuse de génie retenue contre son gré afin de surveiller les systèmes Underworld, qui s’appuient sur le deepweb et le cryptage avancé, et via lesquels sont réalisés des transactions illégales. Des milliards de bitcoins sont donc en jeu ! Lorsque tout le monde s’échappe avec le butin, c’est une chasse à l’homme appuyée par les caméras de smartphones ou même de drones qui est lancée, à laquelle participent les chasseurs de prime, mais aussi n’importe quel utilisateur, même sans prendre part aux affrontements qui s’ensuivent.

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Les premières questions morales se posent : peut-on se permettre de traquer un individu, fut-il le voleur le plus célèbre au monde ?  En plus de cela, un autre jeu malsain s’ajoute au premier : le pari sur la mort de Lupin (qui, quel jour, et comment).

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Notre hackeuse parvient néanmoins à rendre publiques un certain nombre d’informations, qui auraient dû être inviolables du fait des blockchains qui les protégeaient. Encore une question, cette fois d’ordre éthique et technique, qui s’ajoute. Quelle confiance accorder aux nouveaux processus ? Je pense notamment au gouvernement chinois, qui en mai dernier a interdit l’usage des cryptomonnaies et ICO (Initial Coin Offering) au profit de la blockchain ; il est effectivement préférable d’abandonner rapidement un système faillible dans un pays où n’importe quelle transaction d’argent (y compris l’aumône !) est dématérialisée. Seulement, des doutes sont levés par d’autres experts ou de potentiels utilisateurs. Après tout, depuis plus de trois mille ans, l’être humain a conçu des codes afin de préserver la confidentialité de ses informations. Aujourd’hui, des générateurs et solveurs sont capables de les décrypter instantanément. Ce qui semble impossible un jour … !

Par la suite, une intrigue politique nationale se noue autour du personnage d’Albert, qui est à la tête de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), qui cherche à récupérer une liste compromettante ; un carnet papier, en l’occurrence, aussi ne m’attarderai-je pas sur cette affaire-ci, quoique l’enjeu stratégique d’une donnée soit une nouvelle fois mis à l’honneur.

Ailleurs dans le monde, une poignée de politiques et de militaires d’un pays qui vient de perdre son roi tente un putsch en s’appuyant sur le contrôle de la population par la diffusion de fausses informations sur les médias et l’étroite surveillance des réseaux sociaux. Impossible cette fois encore, de ne pas faire le parallèle avec quelques cas très concrets (tel journaliste assassiné pour avoir exercé son métier, tel couple séquestré pour avoir dénoncé les manquements de leur gouvernement sur un compte de réseau social, et bien d’autres encore). Bien que le sujet soit tout aussi intéressant et actuel, je ne m’attarderai pas plus longuement dessus.

De nouveaux rebondissements ont lieu avec l’inauguration à l’échelle mondiale d’un réseau social, « PeopleLog » (ou « HitoLog ») qui est doublé d’une base de données intelligente. Celle-ci brasse des…Tera ? Péta ? Yotta ? octets de données, fabrique votre fiche de renseignements, compare, analyse et donne sa sentence sur le taux de probabilité ou de fiabilité du contenu posté par chaque utilisateur. Le tout en quelques secondes à peine ; MySQL, NoSQL, vous pouvez prendre votre retraite… !

Chose réaliste autant qu’étrange : une large majorité d’individus est enthousiasmée par ce nouvel outil, et en devient dépendante… pour mieux le décrier ensuite. Sauf que cela va bien plus loin que le cas Facebook.

Bien sûr, le challenge numéro un pour le patron de PeopleLog, c’est Lupin. S’il peut être capturé grâce à son application, cela en prouvera l’efficacité et occasionnera une publicité sans précédent (et à peu de frais).

Seulement, notre homme n’est pas une proie facile…

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Son profil est pourtant créé à partir des données récoltées (tout particulièrement lors des courses-poursuites avec la police locale ou Interpol, les publications dans les médias, les témoignages). Rapidement, la page est inondée de posts, qui pour la plupart sont avérés, quelques-uns diffamatoires, et presque tous haineux…

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Lupin et ses amis, harassés par leur fuite de tout contact humain, décident de prendre leur revanche. Ils se mettent à révéler le contenu des boîtes noires de nombreux pays sur le site, qui approuve ces informations (une hackeuse de génie, un ordi avec wi-fi, et c’est parti). D’énormes scandales d’ordre politique, moral ou sécuritaire explosent partout dans le monde. Les forces armées de plusieurs pays finissent par attaquer le siège et les centres du site.

Un monde sans respect ni protection des données est un monde chaotique ; nous le savions déjà, mais un rappel n’est jamais de trop. Alors, avec un petit souffle épique.

Duna

 

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Couverture

République est un jeu vidéo en cinq épisodes développé par Camouflaj et édité par GungHo Online Entertainment. Sorti en 2013 sur les téléphones mobiles, le jeu a connu une version Remastered pour PC, Xbox et PS4 éditée en 2016. Il s’agit d’un jeu à la troisième personne d’infiltration-action.

Attention ce billet vous révèle les mystères du jeu ! [SPOIL]

Quelle est l’histoire ?

Vous incarnez 390-H, alias Hope, une jeune femme, une Precal. Vous vous trouvez dans un état totalitaire inconnu, dirigé par le Superviseur Treglazov dont le but est d’accomplir son projet intitulé « Metamorphosis ». Alors que vous avez été envoyée en prison pour avoir lu des ouvrages interdits, vous réussissez à sortir de votre cellule. Votre but est de quitter cet endroit, en évitant Prizraks (les gardes) et caméras, tout en en apprenant plus sur votre nature et celle de ce lieu.

Et les archives dans tout ça ??

Il faut un peu avancer dans l’histoire pour comprendre que les archives sont au cœur de République Remastered. Lors de votre périple, vous collecterez un certain nombre de documents et de données qui vous permettront de mieux comprendre votre situation. Ces documents et données seront aussi des monnaies d’échanges avec un certain courtier afin d’obtenir des améliorations.

Hope vous demandant de l'aide

Hope vous demandant de l’aide

Dans l’épisode 2, vous avez réussi à quitter le bâtiment et vous trouvez dans un jardin-cimetière. Des écrans de télévision diffusent des témoignages d’expert expliquant que l’utilisation de l’ADN comme support d’information sera une révolution. Certains évoquent même l’espoir de ne plus perdre de données et de pouvoir ainsi tout collecter. Un espoir fou mais nécessaire ? Cette idée de complétude n’est pas remise en question. A-t-on intérêt à tout garder ? Comment retrouver une bonne information dans un océan de données ? Rien n’est dit à ce sujet. Durant cet épisode, vous pourrez ainsi collecter des boîtes de Petri avec des cultures bactériennes. En les passant dans un décodeur, vous découvrirez des documents d’archives vous expliquant une partie du travail de Treglazov.

Echanges de données à venir

échange de données à venir

Finalement on finit par comprendre ce qu’il se passe. Cet état totalitaire est le délire de Treglazov, qui est en contrat avec les agences américaines de renseignements pour leur offrir un stockage stable et peu onéreux de toutes les données qu’elles récoltent sous le manteau. L’espionnage numérique n’est pas évanescent, il a besoin de stockage. L’île abrite ainsi une ferme de serveurs mais pas que. Hope et les autres Precals sont les résultats des recherches menées par Treglazov. Des stockages d’archives ambulants, copie ADN des serveurs. Et en créant une République totalitaire, avec une éducation propagandaire, Treglzov espère maintenir le contrôle sur ces copies et en faire des sujets d’une nouvelle humanité. Qui contrôle le savoir a le pouvoir, dit-on. Treglazov très conscient de cela ne se contentera pas de stocker, tel un tiers-archiveur de confiance, mais utilisera les informations pour manipuler personnes et institutions à son avantage.Il vous faudra donc déjouer son plan pour gagner votre liberté.

République, un jeu sans prétention technique, interroge sur la pérennité technique d’une surveillance globale et de son pendant la gestion de flux de données colossaux. Mais au-delà de cette question technique, qui suscite certains espoirs inconsidérés (Une complétude éternelle des informations) mais aussi des craintes (encoder des données dans des êtres humains avec ou sans leur accord), le jeu questionne surtout sur les dérives totalitaires des technologies. Les flux de données ont une importance encore trop souvent négligée et l’inconséquence de certains (ici les agences américaines ignorant les méthodes de Treglzov) peut avoir des conséquences funestes pour les individus (nombre de Precals sont morts) mais aussi pour les sociétés et donc l’espèce humaine. Un jeu d’anticipation dans un futur pas si lointain…

Marc Scaglione

Avec Ma mère, cette inconnue, paru en 2017, le journaliste Philippe Labro revient sur le passé tumultueux de sa mère originaire de Pologne. Devant cette femme mutique sur ses origines, l’écrivain va devoir faire ses propres recherches, établir ses hypothèses afin de connaître l’histoire complexe de sa famille maternelle. C’est aussi l’occasion d’explorer l’histoire d’une Europe marquée par les guerres et les révolutions à travers cette histoire familiale.

Cet ouvrage est donc l’histoire de Netka, Henriette Carisey, fille naturelle d’un aristocrate polonais et d’une institutrice française. La jeune femme n’est pas reconnue par son père, déjà marié par ailleurs, et est abandonnée par sa mère. Elle se construit donc une nouvelle vie avec son frère pour seul point d’ancrage. Ces traumatismes successifs poussent Netka à occulter ce passé et à se concentrer sur la famille qu’elle a créée avec Jean-François Labro. Toutefois, la quête de son fils va pousser Netka à parler de ses origines.

Cet ouvrage est à la fois très émouvant puisqu’il s’agit d’une très belle déclaration d’amour d’un fils à sa mère et passionnant grâce à l’enquête menée par l’auteur qui nous conduit dans la Pologne aristocratique du début du XXe siècle ou dans la France occupée des années 1940.

Et les archives dans tout ça ??

labroMa mère, cette inconnue est une véritable enquête qui conduit Philippe Labro à consulter des archives de toute nature dans une démarche généalogique. Il commence, comme tout un chacun, par questionner sa mère qui peine à lui donner le véritable nom de son père qu’elle semble avoir du mal à se rappeler. L’écrivain part sur une fausse piste puis, grâce à la consultation d’une « fiche étudiante », il découvre le vrai nom de son grand-père. Il fait ensuite des recherches sur google et s’adjoint les services d’une généalogiste professionnelle. Les archives mettent donc pour la première fois l’auteur sur une piste sérieuse.

C’est aussi grâce à ses recherches dans l’état-civil qu’il apprend ce qu’est devenue sa grand-mère maternelle avec laquelle sa mère a rompu. Les mentions marginales inscrites sur l’acte de naissance de sa grand-mère se sont donc avérées bien utiles.

Philippe Labro fouille aussi dans ses propres documents familiaux, apprenant ainsi que sa mère avait gagné des concours de poésie : « j’ai retrouvé le diplôme, dans les archives, une immense boîte en carton beige, dans laquelle j’ai amassé tout ce que je pouvais (…)« . Philippe Labro retrouvera également dans les archives maternelles les carnets dans lesquels Netka a écrit ses poèmes. On constate ainsi l’importance des archives privées et leur complémentarité avec les documents publics qui n’offrent qu’une vue partielle de la vie des individus. Philippe Labro évoque aussi la douloureuse épreuve qui consiste à vider l’appartement du parent défunt et la lourde responsabilité qui pèse sur chacun : que faire des photographies et des archives en général lors d’une succession ? Comment permettre à nos disparus de continuer à vivre à travers leurs documents ?

Ces archives publiques et familiales permettent à Philippe Labro de retrouver les pièces du puzzle familial et de satisfaire sa quête, malgré les silences de sa mère et la complexité de l’histoire familiale. Labro complète sa connaissance de l’histoire familiale avec la lecture de la correspondance de son père qui montre sa personnalité sous un jour nouveau. Ce sont aussi les archives qui éclaire l’auteur sur le rôle de ses parents dans le sauvetage des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ou sur le parcours militaire de son oncle Henri tué à la bataille de Monte Cassino.

La lecture de cet ouvrage montre bien toute la méthodologie qui s’attache à la recherche généalogique et combien la conservation et l’étude des archives familiales sont indispensables à la connaissance de l’histoire familiale. Philippe Labro démontre aussi l’importance des archives publiques – ici, en particulier l’état-civil – dans la quête des origines. L’étude des archives permet de préciser sa propre histoire, de détruire des fausses pistes et de préciser des parcours individuels parfois pourtant délicats à retracer.

Encore une démonstration du caractère essentiel des archives y compris pour appréhender sa propre identité.

Sonia Dollinger

 

 

 

We Happy Few est un jeu épisodique sorti le 10 août 2018, développé par le studio canadien Compulsion Game (Contrast) et édité par Gearbox. Il a été financé grâce à une campagne de financement participative lancée en 2015 sur la plateforme Kickstarter. Il s’agit d’un jeu de survie et d’aventure.

We Happy Few

Quelle est l’histoire ?

L’Angleterre a été vaincue par l’Allemagne nazie. Les Allemands pour éviter toute rébellion après leur départ emmenèrent tous les enfants de moins de 13 ans comme otages. Plus d’une décennie plus tard, durant les années 1960, les Anglais vivent dans une société dystopique, dans laquelle chaque citoyen doit impérativement être heureux et joyeux et pour cela doit prendre une drogue nommée « Joy », sous peine d’être exilé ou abattu en tant que rabat-joie (downer en VO). Nous suivons successivement les aventures d’Arthur « Artie » Hastings, de Sally Boyle et d’Ollie Starkey dans leur tentative de survie et de fuite de la ville de Wellington Wells.

Et les archives dans tout ça ??

La Joy, outre le fait de rendre heureux, brouille la mémoire et fait oublier. Les protagonistes du jeu qui arrêtent d’en prendre ont alors des flash-back. L’épisode le plus traumatique pour tous est l’épisode du train. Il s’agit de ce moment où les Anglais ont amené leurs enfants à la gare pour qu’ils partent en Allemagne. Lors de ces flash-back, ils se rappellent des hommes et femmes pendus aux grilles de la ville. Leur crime ? Avoir voulu détruire les registres d’état-civil, que les Allemands utilisaient pour dresser les listes d’enfants à déporter. Ils ont échoué. Un bel exemple d’archives support d’identité, vitales dans nos sociétés, utilisées comme support d’oppression et de violence.

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Arthur travaillant sur les archives de la presse

Les autres récurrences des archives sont spécifiques à l’épisode 1, dont le protagoniste principal est Arthur Hastings. Ce dernier est un employé municipal de la ville de Wellington Wells. Un employé du « Département Archives, Publications et Recyclage » (Department Archive, Printing and Recycling  en VO). Son rôle est de censurer toutes les archives et notamment les articles de presse qui ne présentent pas un caractère joyeux. Cela ne vous rappelle rien ? Il s’agit clairement d’un hommage à Winston Smith, le protagoniste de 1984 de George Orwell. Un symbole devenu classique de la manipulation étatique et de l’aliénation de l’individu. Et c’est pourtant à travers ces archives qu’Arthur va tout remettre en question et sortir de son état de drogué à la Joy. En effet, il tombe sur un article le présentant lui et son frère Percy, frère qui a été emmené par les Allemands et qu’Arthur avait oublié..du moins jusque là !

Wellington Wells étant une ville dont les quartiers sont éparpillés sur des petites îles, Arthur doit passer les divers ponts pour quitter la ville. Ceux-ci étant surveillés et équipés de pylônes foudroyants, il cherche une autre issue. Il part en quête du docteur Faraday qui a construit les réseaux de la ville et qui doit posséder les plans de ces derniers. Problème ? Le docteur Faraday est assigné à résidence, et sa localisation est inconnue de tous sauf de la police. Il se rend donc au poste le plus proche et argue d’une enquête des Archives municipales nécessitant le contact avec le Dr Faraday. On le renvoie alors aux archives de la police. Artie y fait la rencontre de l’agent Cozans, qui explique être fier de son travail : il a classé les adresses de tout le monde par ordre alphabétique ! Puis de s’épancher sur le fait qu’il préférait son poste de patrouilleur et que c’était injuste qu’il ait été envoyé aux archives pour une erreur. « Il respirait encore quand je l’ai quitté » se justifie-t-il. Les archives : cette punition semble être une mesure mondialement partagée par les institutions policières !

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Un policier fier de son travail d’archiviste qu’il déteste !

We Happy Few nous offre une nouvelle déclinaison du rôle des archives dans la manipulation des masses et l’oppression, de la punition à la déportation, sans parler de la disparition pure et simple des individus rayés de la mémoire et donc de l’histoire.

Image de conclusion

Marc Scaglione

Les miroirs truqués est un roman de Françoise Dorin paru en 1982. Françoise Dorin, décédée en ce début d’année 2018, était entre autres parolière (le succès N’avoue jamais de Guy Mardel en 1965), comédienne, dramaturge, scénariste et romancière.

Quelle est l’histoire ?

Maître Adrien Theix est un avocat de renom du monde du spectacle. Un matin, il découvre avec horreur dans le journal un fait divers impliquant sa meilleure amie, Eva Devnarick alias Simone Trinquet de son vrai nom. Cette dernière est accusée du meurtre de son jeune amant, de trente ans son cadet. Maître Theix en informe sa filleule, Isabelle, aussi fille de Simone qu’elle ne connaît pas pour en avoir été séparée à l’âge de cinq ans. Il va donc lui raconter l’histoire de sa mère, des origines jusqu’au drame.

Et les archives dans tout ça ??

Miroirs_truquésAdrien Theix souhaite qu’Isabelle qui n’est que rancœur envers sa mère, qu’elle nomme avec dédain « Eva », fasse connaissance avec elle, avec son histoire. Il y a un problème : il faut démêler le vrai du faux. Isabelle se rappelle des histoires familiales racontées par ses grand-mères paternelle et maternelle. Légendes dont il faut se méfier. D’autant que Simone Trinquet de jeune fille menteuse est devenue une femme mythomane. Une quête de vérité que connaissent toutes les personnes aux histoires familiales compliquées mais aussi les généalogistes.

Adrien a assemblé au cours des années une documentation conséquente sur la vie de son amie Simone. Quand Isabelle lui demande pourquoi, il répond « D’abord parce que j’ai toujours été du genre qui ne jette rien. Ensuite parce que je pressentais plus ou moins confusément que ces archives pourraient m’être un jour utiles. » De vrais archives dignes d’un chercheur composées de sa correspondance, de photographies, d’articles de presse, de brochures. A l’aide de ces documents, il éclaire d’un jour nouveau la vie de Simone Trinquet, en démêlant la légende du réel : son père mort en déportation ? Un collabo notoire mort en Allemagne pendant sa tournée de danse. Elle-même grande actrice ? Concubine d’un réalisateur de renom qui la fait tourner dans un seul film, préférant la conserver dans son rôle de maîtresse. Et ainsi de suite. Isabelle est souvent incrédule, parfois même se révolte pensant que son parrain déforme la réalité à son profit. Il lui montre alors tel ou tel document pour alléguer ses propos.

Travail classique de croisement des sources, minimum syndical pour tout journaliste, historien et généalogiste qui se respecte. Il existe donc des archives fausses, contraires à la réalité. Adrien présente ainsi une lettre écrite par le troisième époux de Simone, Etienne Billoux. Soi-disant écrite car en réalité elle était de Simone. Mais sans la connaissance du contexte et de la personne, il est impossible de distinguer le vrai du faux.

Cela démontre que les archives partielles et partiales par nature sont toujours à prendre avec parcimonie et nécessite un vrai travail d’études tout à la fois historique et diplomatique. La connaissance du contexte, grâce aux témoignages et à la documentation est indispensable. Mais tout bonnement parfois impossible, ne permettant pas de démêler la légende de la réalité, le vrai du faux.

Marc Scaglione