Jungle Cruise est un film américain produit par Disney. Il s’agit d’une adaptation en film d’une attraction populaire présente dans plusieurs parcs. A la réalisation de cette comédie d’aventure, nous retrouvons Jaume Collet-Serra, connu pour La Maison de Cire en 2005, Esther ou encore Instinct de survie. Le film est sorti au cinéma et sur la plateforme Disney + fin juillet 2021.

Quelle est l’histoire ?

En 1916, le Docteur Lily Houghton et son frère MacGregor tentent de convaincre la communauté scientifique du bien-fondé de leur expédition. Leur but : trouver l’arbre aux larmes de lune, un seul pétale de cet arbre pouvant guérir malédiction et maladie. Rejetés, ils partent tout de même en expédition aidé par un capitaine local, escroc à la petite semaine. Mais ils ne sont pas les seuls et devront faire face aux Allemands qui cherchent ce pouvoir pour gagner la guerre.

présentation de la légende

Et les archives dans tout ça ??

Les archives sont évoquées au tout début du film. L’introduction présente l’arbre et sa légende, il s’agit d’une conférence de MacGregor Houghton devant une société scientifique anonyme, probablement le British Museum, dans le but de demander l’accès aux archives du musée. En effet, lors d’une expédition récente qui fut fatale à son meneur, un mystérieux pendentif en forme de pointe de flèche fut retrouvé en Amazonie. Ce talisman serait la clef pour localiser l’arbre sacré. Mais pour accéder à cette pointe, qui est dans les archives du musée, il faut convaincre le conseil scientifique. C’est ainsi que MacGregor demande l’autorisation d’y accéder. Le conservateur, au nom du conseil, refuse cet accès avec cette phrase :

« Sachez que nos archives sont une bénédiction pour les érudits légitimes, pas pour les amateurs éclairés ».

la pointe de flèche

Cette courte phrase est très riche et évoque plusieurs points. Les archivistes connaissent bien les demandes parfois plus que fantaisistes de certains lecteurs. Ainsi certains cherchent le trésor des Templiers, d’autres le Masque de Fer, etc… Mais si cela peut prêter à rire, il ne faut pas oublier que les archivistes sont avant tout là au service de la communication de leurs fonds. Il ne sert à rien de conserver, si cela n’est pas communiqué. Et donc le terme « érudit légitime » pose question. Qui peut juger de la légitimité d’une requête de recherche scientifique ? Cette condition de filtrage qui peut paraître nécessaire à la bonne conservation de documents fragiles, n’est que trop souvent une entrave pour la recherche et les chercheurs eux-mêmes, si ces derniers ne peuvent justifier d’un titre universitaire ou d’une recommandation. Ce problème n’est pas réservé au début du XXe siècle dans une Angleterre conservatrice mais on le croise bien souvent encore de nos jours dans des institutions même publiques.

Devant ce refus d’accès, Lily décide de voler la pointe de flèche. Nous assistons donc à un braquage des archives du musée. Lily s’infiltre dans une salle qui ressemble plus à une salle de tri d’objets qu’à une salle d’archives. Nous y observons plusieurs membres du personnel étiqueter et nettoyer différents objets sortant de caisses. A noter qu’ils ressemblent plus à des robots qu’autre chose, puisque la salle est silencieuse au point d’entendre une mouche voler. Silence qui va être mis à profit pour quelques gags. Elle finit par récupérer la pointe de flèche et a quitté le musée non sans quelques péripéties et rocamboles.

salle d’archives ou salle de tri ?

L’aventure dans les archives se termine là pour eux, et ils vont continuer en Amazonie, mais ce court passage est intéressant en révélant une certaine mentalité de la recherche qui est encore d’actualité.

Marc Scaglione

Préférence Système est un roman graphique scénarisé et illustré par Ugo Bienvenu, sorti en 2019 chez Denoël. Il s’agit de la troisième œuvre graphique de cet auteur qui est également réalisateur de films d’animation et de courts-métrages. Préférence Système reçoit le grand prix de la critique décerné par l’ACBD (Association des Critiques et des Journalistes de Bande Dessinée) et est sélectionné à Angoulême dans la sélection officielle.

Quelle est l’histoire ?

Nous sommes en l’an 2055, les capacités de stockage de la mémoire numérique de l’humanité sont saturées. Pour pouvoir accueillir les nouvelles productions, aussi futiles soient-elles, il faut absolument faire de la place et éliminer des données. Yves Mathon, archiviste au bureau des Essentiels est chargé de présenter chaque jour des archives devant un tribunal qui juge de la pertinence de leur conservation ou de leur élimination. Toutefois, les critères d’élimination ne sont pas du goût d’Yves qui se lance alors dans un procédé interdit : sauvegarder clandestinement des archives condamnées.

Et les archives dans tout ça ??

A la lecture du résumé qui précède, il n’est pas difficile de comprendre que la question des archives est centrale dans ce récit. Il n’est évidemment plus question d’archives physiques, elles ont, semble-t-il, totalement disparu au profit des données numériques. Les archivistes gèrent donc des giga octets et se retrouvent face à des murs de serveurs qui montrent le gigantisme de tout ce qui est emmagasiné dans la mémoire collective.

Pourtant, leur problématique est exactement la même que la nôtre : la place manque et ce d’autant plus que la mémoire numérique mondiale est saturée par les contenus produits quotidiennement par les internautes. Pour conserver ces données récentes, malgré le peu d’intérêt qu’elles recèlent, il faut donc sacrifier des archives plus anciennes.

Le rôle d’Yves Mathon, archiviste, est donc de présenter des archives à une sorte de tribunal qui décide de leur conservation ou de leur élimination. Les critères retenus sont le nombre de consultations, peu importe l’intérêt de l’œuvre par ailleurs. C’est ainsi que le lecteur assiste, horrifié, à l’évaluation de 2001, l’Odyssée de l’Espace, qui est éliminé sans pitié ainsi que toutes les archives afférentes au film car ce dernier n’est pas visionné assez souvent. L’archiviste défend pourtant l’intérêt de la conservation des documents concernant le film de Kubrick, mettant en avant l’importance de l’œuvre dans l’histoire du cinéma mais rien n’y fait, les archives sont condamnées. Cet état de fait rappelle les débats contemporains sur la réévaluation des archives qui se sont faits jour ces dernières années : comment juger de la pertinence de la conservation ou non de données uniques dont on ne retrouve pas trace ailleurs. Pourquoi détruire ou ne pas collecter tel type d’archives, sont-elles vouées à la destruction uniquement parce qu’elles sont peu consultées ? Et si elles sont peu consultées, est-ce pour leur manque d’intérêt ou parce que leur existence est mal connue ? Le dilemme de l’archiviste est ici intense : s’il parvient de justesse à sauver l’œuvre de Victor Hugo, il ne peut qu’assister impuissant à la destruction de celle d’un poète dont la production est jugée trop mineure.

Adieu Stanley Kubrick !

Pourtant devant cette généralisation de la destruction d’archives essentielles à la compréhension des sociétés passées. L’une des phrases choc du titre fait réfléchir à la nécessité de la conservation des documents des mondes engloutis : « chaque homme dans sa vie assiste à la fin d’un monde » : celui de sa jeunesse et de ses espérances.

Or, grâce aux archives, ce monde perdu n’est jamais totalement annihilé. L’humain apparaît au moins deux fois dans un document d’archives : dans son acte de naissance et dans son acte de décès. Supprimer ces documents, c’est supprimer définitivement la trace d’une existence. La lutte clandestine des archivistes dans Préférence Système montre combien les archives restent un domaine sensible et délicat. L’un des collègues d’Yves Mathon tente de sauvegarder les archives politiques qui sont effacées sans aucun scrupule, Yves, lui est sensible à l’art sous toutes ses formes et il ne peut se résoudre à détruire irrémédiablement les œuvres sorties des mânes de l’esprit humain. On lui reproche alors d’agir en critique d’art plus qu’en archiviste, comme si notre métier se bornait à gérer de l’espace sans aucune réflexion sur le contenu des documents dont nous avons la garde.

Notre archiviste se met donc hors la loi en sauvegardant illégalement des archives dans le système de son robot domestique. Ces archivistes bravant l’interdit nous rappelle que nous ne sommes pas des simples exécutants, lecteurs insensibles de circulaires mais des êtres doués de réflexion et de sensibilité, ce qui joue inévitablement sur nos choix archivistiques.

Ironie du sort, l’ouvrage montre aussi la précarité des archives numériques et la solution finale revient à la transmission orale lorsque Mikki le robot apprend des textes par cœur à la jeune Isi qui devient, dès lors, un magasin d’archives vivant. La technologie cède devant l’humain qui reste le meilleur passeur d’archives qui soit, la robotique s’efface devant le sensible qui triomphe malgré tout et permet la continuité de la mémoire.

Pour compléter cet article, nous vous conseillons la lecture de l’interview d’Ugo Bienvenu dans Archimag.

Sonia Dollinger

Les Archives de l’Okrane est une série de bande dessinée dont le premier volume, Andraelle, est paru le 11 septembre 2019 aux éditions Soleil. On retrouve Ulrig Gooderidge au scénario, Ceyles au dessin et Cyril Vincent à la couleur.

Quelle est l’histoire ?

Alors que la fête bat son plein chez le Princip de la baronnie de Klym, l’événement tourne soudainement au massacre lorsque les convives sont attaqués par un commando de la Ligue noire. La plupart des invités est décimée mais la jeune Svendaï, l’un des membres du groupe capture Andraelle, la fille du Princip, et s’enfuit avec elle. Alors que la mission était de tuer la famille du Princip, Svendaï décide de sauver la jeune fille. Les voilà traquées par différentes entités qui veulent toute la même chose : leur extermination.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives n’apparaissent jamais dans l’histoire principale mais elle forment l’introduction du récit. En effet, l’histoire s’ouvre sur la vue d’un bâtiment à l’allure gigantesque et monacale qui n’est autre que « la Grande Archiverie » de l’OKrane. La représentation donnée des Archives est ici assez majestueuse et, quand on pénètre à l’intérieur, on se retrouve dans un lieu peuplé de rayonnages qui évoque tout autant un dépôt ancien qu’une bibliothèque. Registres reliés et rouleaux de parchemins se côtoient sur des tablettes bien agencées.

Le personnage qui sert de narrateur indique : « je n’étais à l’époque qu’un commis à la Grande Archiverie ». Il semble donc exister plusieurs grades au sein du service mais les fonctions des autres individus aperçus dans les parages ne sont jamais précisées. On croise trois êtres masculins, le premier, assis à sa table semble soit écrire et donc générer lui-même des archives, soit recopier des documents à des fins de sauvegarde. Les deux autres passent devant son bureau les bras chargés d’archives.

Au delà de ses tâches purement archivistiques, le commis – dont on ne connaît pas l’identité – s’intéresse au contenu de certains dossiers. C’est pour nous l’occasion de le voir de plus près et de constater qu’il ne déroge pas au cliché de l’homme âgé, au front garni de rides et le nez décoré de lunettes nécessaires à sa vue basse. Son bureau est vaste et l’on constate que notre homme n’est pas forcément très soigneux puisqu’on retrouve des feuilles éparses et des rouleaux à terre. Le commis se sert des facilités offertes par son métier pour accéder aux archives secrètes d’une secte et des carnets d’un inquisiteur.

C’est en croisant ces deux sources qu’il peut reconstituer ce qui s’est réellement passé et nous restituer l’histoire d’Andraelle et de Svendaï. Ainsi, le commis archiviste fait également œuvre d’historien puisqu’il effectue une recherche et sait fort bien utiliser des sources variées pour tenter d’approcher le mieux possible une vérité passée.

Un vieil archiviste historien, nous voilà encore en présence d’un collègue qui fleure bon son XIXe siècle.

Sonia Dollinger

Loki est une mini-série en dix épisodes diffusée sur la plateforme Disney +. Elle est l’oeuvre de Michael Waldron, scénariste et producteur américain. La série est centrée sur le personnage de Loki, dieu de la Malice et demi-frère de Thor. Loki est interprété par l’acteur Tom Hiddleston qui joue également ce rôle dans les films Marvel.

Quelle est l’histoire ?

Loki, prisonnier des Avengers, s’échappe grâce au Tesseract et crée une réalité alternative. Son but est de changer les événements de l’Histoire grâce à son artefact. Toutefois, Loki est entravé dans ses velléités puisqu’il est arrêté par le TVA, le Tribunal des Variations Anachroniques. Cette dernière entité est chargée de protéger l’éternel flux temporel en traquant les individus susceptibles d’altérer le passé ou le futur. Loki, considéré comme un dangereux « variant » est alors jugé pour ses crimes. Alors qu’il est sur le point d’être réinitialisé, il est sauvé par l’agent Mobius qui l’embauche dans sa brigade temporelle pour traquer un autre « variant », une autre version de Loki qui décime les brigades. Mais peut-on vraiment faire confiance au dieu de la Malice ?

Et les archives dans tout ça ??

Les archives apparaissent dans le deuxième épisode qui a pour titre « le Variant ». L’épisode démarre en 1985, lorsque le variant inconnu décime une équipe du TVA. Pendant ce temps, le nouvel agent Loki tente d’apprendre les rudiments de son nouveau métier de traqueur de variant. Au cours de la mission de traque du variant, Loki tente de piéger Mobius. Ce dernier décide toutefois de donner à Loki une dernière chance et le met au travail.

Un ascenseur emmène Loki et Mobius dans les bas-fonds du TVA. Il ne s’agit pas, fort heureusement d’une cave humide, mais bien d’un endroit doté des plus modernes équipements technologiques.

voyage au centre des archives

Mobius emmène donc Loki aux archives et lui demande d’examiner toutes les occurrences faisant référence au « variant ». En effet, pour lutter contre l’ennemi, il convient de se documenter correctement et donc de compulser les archives.

Loki s’attelle à la tâche qu’on lui confie et compulse frénétiquement les dossiers. Alors qu’il parle tout seul à voix haute pour tromper son ennui, l’archiviste, vissée à son bureau, lui intime l’ordre de se taire.

chhhhhhhhhuuuuuuut !

Décidant de cesser ses activités et de fouiller dans d’autres types d’archives, Loki se dirige vers une autre archiviste à l’air aussi aimable que la première. Cette dernière ne répond même pas au bonjour de son lecteur, ça promet ! Pour qu’elle daigne regarder Loki, ce dernier doit actionner une petite sonnette qui semble avoir pour pouvoir de faire s’animer l’archiviste. Usant de son charme, Loki demande à l’archiviste: « toutes vos archives concernant la création du TVA s’il vous plaît ». La réponse est d’actualité : « elles sont classifiées ». Cette répartie n’est pas sans nous renvoyer aux débats français très actuels sur la classification inédite de documents d’archives en complète contradiction avec l’esprit de la loi du 7 messidor an II et de celle de 2008. Loki retente sa chance en demandant les archives concernant le commencement des temps, même réponse, idem pour les archives retraçant la fin des temps.

cliché sur pattes

En désespoir de cause, Loki demande à quelles archives il peut avoir droit. L’archiviste le conduit dans les travées et, pour une fois dans un film, le lecteur ne se sert pas seul, c’est elle qui extrait la boîte des rayonnages.

Avec un air narquois, elle lui met une liasse dans les mains avec ses simples mots : « amusez-vous bien ». Loki se retrouve à consulter… le dossier d’archives le concernant. Sa déception rappelle celle des chercheurs qui, remplis d’espoir, se voient déjà découvrir des informations inédites dans des archives très fournies et reviennent avec un maigre lot de consolation. Loki tombe alors sur le dossier évoquant la destruction d’Asgard et on voit toute l’émotion du personnage à la lecture des terribles archives qui montrent la disparition totale d’une civilisation. Ce court passage démontre combien la lecture de dossiers, aussi austères semblent-ils, ne laissent pas insensibles leur lecteur et l’on pense inévitablement aux écrits d’Arlette Farge sur le sujet.

In fine, c’est évidemment dans les archives que Loki trouve une piste. Il se précipite alors vers Mobius, une liasse dans une main, montrant ainsi que les archivistes psychorigides ne sont pas totalement au point dans la surveillance de leurs lecteurs indélicats.

Archives classifiées, archives sensibles, tout est dans Loki avec, hélas, des archivistes peu amènes qui ne donnent pas forcément envie de les rencontrer.

Sonia Dollinger

Night Stalker : Le Guetteur est une série télévisée diffusée en 2005 aux Etats-Unis. Cette série, diffusée en 2007 en France ne comporte qu’une saison de dix épisodes, avant d’être annulée par manque d’audience. Il s’agit d’un remake d’une ancienne série télévisée américaine, Kolchak : The Night Stalker (Dossiers brûlants en français), diffusée entre 1972 et 1975, incluant deux téléfilms, The Night Stalker et The Night Strangler. Cette série fut d’une grande influence dans la création d’une autre, X-Files.

Quelle est l’histoire ?

Nous suivons Carl Kolchak un journaliste qui traque les phénomènes paranormaux.

Et les archives dans tout ça ?

Dans l’épisode 9 de la série de 2005, intitulée Timeless en anglais et La Morsure du Temps en français, Kolchak enquête sur la mort de jeunes femmes dont les cadavres ont été retrouvés dans un parc le cerveau dévoré. L’enquête patine car Kolchak et son équipe hésitent entre l’attaque d’une bête ou d’un tueur déterminé. Jain McManus, le photographe, indique avoir trouvé une piste et les emmène dans les archives du journal pour lesquels il travaille, The Beacon.

Descente aux Archives du Beacon

Kolchak qui est là depuis plusieurs mois ne connaît pas l’endroit, sa collègue Perri Reed, qui travaille pour le journal depuis quatre ou cinq ans indique « qu’il y a ici toutes les éditions jusqu’en 1980 » et qu’elle « n’y est pas venue depuis des siècles ». Jain indique lui bien aimer descendre aux archives pour farfouiller et c’est grâce à cela ou plutôt à Titus qu’il a trouvé une info. « Qui est Titus ? » demande Kolchak. Titus Berry, l’archiviste du Beacon se présente. C’est un quadragénaire chauve aux petites lunettes avec chemise et pulls, bref une image d’Epinal. Ce dernier se lance alors dans une diatribe :

« La plupart de nos confères s’agitent vraiment en tout sens pour récolter de misérables ragots. La recherche est l’essence de notre travail, ce qui fait sa noblesse et sa beauté. (…) J’ai découvert quelque chose que vous n’auriez jamais pu trouver sur Internet, votre sacro-sainte Toile où les événements historiques n’ont aucune chance de figurer en bonne place si personne ne s’est soucié de les retranscrire à la manière ancienne, avec ses dix doigts. »

Puis Titus leur montre une édition de 1970, indiquant des crimes similaires dans le même lieu. Titus reconvoque les journalistes plus tard, pour leur montrer que des événements similaires se sont déroulés en 1935 et en 1900, ce qui intrigue d’autant les journalistes les lançant sur la piste d’un tueur paranormal, une tueuse en réalité dévorant le cerveau de trois jeunes femmes tous les 35 ans pour conserver sa jeunesse.

Découverte d’un acte similaire en 1970

Ici l’archiviste est un archétype classique de vieux garçon rigoriste qui apporte de nouveaux éléments pour l’enquête. Mais au-delà de la forme, ce passage est intéressant au niveau du fond. Premièrement, la méconnaissance du service archives et son absence de visibilité. Ainsi Kolchak présent depuis plusieurs mois ne connaît pas l’endroit et sa collègue n’est pas venue depuis longtemps. Il faut une démarche personnelle et volontaire pour lier archives et enquête. Il est à regretter aussi que l’archiviste ne fasse pas l’effort de se mettre en avant et de se faire connaître de ses collègues. Deuxièmement, il édicte en 2005, une règle toujours valable aujourd’hui. Un travail complet de recherche ne peut se faire uniquement sur Internet, puisque le réseau ne contient que ce qu’on a bien voulu y mettre. Un point parfois hélas oublié par certains.

Cet épisode est un hommage au téléfilm The Night Strangler, diffusé en 1973. Carl Kolchak est à Seattle, après avoir été viré du journal pour lequel il travaillait à Las Vegas. Il est engagé par son ancien responsable éditorial au Daily Chronicle. Il doit alors enquêter sur l’étranglement d’une femme, meurtre qui devient vite une série dans le quartier de Pioneer Square. Kolchak découvre un lien possible avec l’histoire du vieux Seattle.

Une partie des archives du Daily Chronicle

Lui-même avouant que la recherche n’est pas son fort, il décide de faire appel à Titus Berry « gardien des secrets de Seattle enterrés dans la mémoire morte du Daily Chronicle ». Titus a découvert que des meurtres similaires avaient lieu 21 ans plus tôt dans le même quartier, avec une description physique du suspect identique ! Kolchak l’ayant cité dans son article, Titus Berry pousse ses recherches en signe de gratitude et découvre que d’autres crimes ont eu lieu 21 ans avant. Plusieurs femmes sont assassinées tous les 21 ans. Mais le journal ayant été fondé en 1887, Kolchak décide d’aller à la bibliothèque de Seattle pour fouiller dans les journaux plus anciens de Seattle sans trouver de piste valable. Titus le recontacte car il a trouvé des infos. Les échanges entre Titus et Kolchak vont alors continuer jusqu’à la conclusion de l’enquête.

Meurtre d’une femme en 1952

La version de 2005 est clairement un hommage au film, avec la reprise de l’intrigue, du personnage de Titus Berry et le passage aux archives. La version de 2005 est un hommage qui se tient mais un peu creux en comparaison. Dans la version de 1973, Carl Kolchak met en valeur la recherche dans les archives comme une nécessité. Le personnage de Titus Berry est moins ronchon, même s’il valorise son travail, il reste un employé timide et efficace.

La comparaison des deux et de leurs visions de la recherche dans les archives d’un journal à trente ans d’écart est un bel exercice pour montrer la permanence et l’évolution d’un métier, bouleversé par l’informatique et les habitudes de recherches. Titus Berry, un archiviste qui peut en cacher un autre donc !

Marc Scaglione