Archives de la catégorie ‘Non classé’

Pour fêter l’anniversaire de la naissance de ce blog, nous avons décidé de laisser nos colonnes à nos lectrices et lecteurs afin qu’ils nous donnent leur avis sur notre travail. Merci à celles qui ont répondu et n’hésitez pas à donner votre avis, nous compléterons l’article au fur et à mesure.

 

Céline Guyon, présidente de l’AAF

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je suis archiviste, présidente de l’Association des archivistes français pour un mandat de 3 ans. Mon goût pour la collecte des archives contemporaines m’a amené assez rapidement à m’intéresser à l’archivage électronique. Ma récente activité d’enseignant-chercheur associé à l’ENSSIB où je co-dirige le master Archives numériques, me permet de combiner une pratique de terrain avec une approche réflexive de mon métier et de la pratique archivistique française. Par mon engagement associatif au sein de l’AAF, je cherche à ouvrir des espaces de réflexion multi disciplinaires afin de collectivement penser la place des archives et le rôle des archivistes dans la société.

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Comment avez-vous connu Archives et culture pop’ ?

J’ai connu Archives et culture pop’ au travers de la revue Archivistes ! de l’AAF. L’autrice du blog, Sonia Dollinger y tient en effet une chronique.

Qu’est-ce qui vous intéresse sur le blog ?

Je trouve toujours intéressant pour un professionnel de s’intéresser aux représentations que la société a de son métier : il y a nécessairement des enseignements à en tirer !

Ce que j’apprécie justement dans le blog c’est que son autrice ne se contente pas de dresser la litanie de ce que nous considérons, nous archivistes, comme des clichés. Elle cherche au contraire à analyser, au travers de la représentation des archivistes et des archives dans les séries, BD…, ce que leurs auteurs nous disent de la fonction archives et plus globalement sur la manière dont notre rôle est perçu dans la société. A ce titre, le croisement des sources est vraiment intéressant. Selon les genres, la représentation de l’archiviste peut en effet être très différente. Plus foncièrement, derrière chaque billet du blog, se joue aussi la question de la reconnaissance et de la légitimation de notre fonction.

Au final, mis bout à bout, comme dans la rubrique Le dictionnaire des archivistes, les multiples visages de l’archiviste mettent en lumière l’écart qu’il existe entre la manière dont les archivistes sont représentés et la manière dont on aimerait être représenté… mais je ne pense pas que cela soit propre à notre profession.

En demi-teinte, le blog nous invite aussi à nous interroger sur ce qui fait notre identité professionnelle : on est tous entrés dans le métier avec notre propre représentation de l’archiviste, parfois loin du métier que nous exerçons au quotidien !

Avez-vous apprécié un billet en particulier, lequel et pourquoi ?

J’ai bien aimé le dernier billet sur Unabomber car il a fait écho à ma lecture récente du dernier livre de Philippe Artières Le dossier sauvage où il est aussi question d’archives et de fiction. P. Artières a cette description des archives : « on leur livre un culte bavard dont nous, historien.ne.s, sommes parmi les principaux disciples »

Manhunt

Avez-vous des attentes particulières pour le futur du blog ?

Pourquoi ne pas interroger directement les auteurs sur leurs motivations s’agissant de l’introduction du personnage de l’archiviste dans leur fiction !

 

Laure Ménétrier, directrice du musée du vin de Champagne et d’archéologie régionale à Epernay.

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Laure Ménétrier, directrice du musée du vin de Champagne et d’archéologie régionale à Epernay, musée qui ré-ouvrira dans quelques mois après une grande campagne de réhabilitation architecturale du Château Perrier, écrin de prestige qui abrite le musée sur l’avenue de Champagne.

Historienne de l’art, j’étais jusqu’à début 2020 responsable des musées de Beaune, en Bourgogne, ma région d’origine.

A titre personnel, le monde des arts, du patrimoine de la création, des lettres et du vin tient une grande place et guide depuis longtemps mes choix de voyages et de rencontres.

Comment avez-vous connu Archives et culture pop’ ?

J’ai découvert le blog grâce à Sonia Dollinger, Directrice du Patrimoine culturel et responsable des Archives municipales de Beaune, avec qui j’ai travaillé pendant de nombreuses années. Au-delà de nos relations purement professionnelles, nous avons souvent échangé sur nos centres d’intérêt, et notamment sur nos goûts en matière de cinéma et de musique ( de Claude Sautet à Patti Smith, de François Truffaut à Al Pacino !). C’est ainsi qu’elle m’ a parlé de ce blog.

Qu’est-ce qui vous intéresse sur le blog ?

J’ai toujours été intéressée par les possibilités de confrontation, de dialogue et par les espaces de rencontre entre la culture dite noble et classique et la culture dite populaire. Le blog met très bien en avant comment la « culture de masse » et liée au développement d’une société de divertissement – celle de la BD, des séries, de la musique de variété … – a su s’approprier, souvent avec intelligence et sens de l’humour, certaines valeurs et certains sujets de la culture bourgeoise.

Avez-vous apprécié un billet en particulier, lequel et pourquoi ?

Oui j’ai beaucoup aimé le billet sur le roman Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain, un écrivain pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Les archives – issues tant du monde familial que de structures professionnelles- sont au cœur du dispositif narratif de cet ouvrage, qui révèle notamment à quel point la mémoire familiale – à travers des archives- est un des éléments constitutifs de la personnalité de chacun.

Kennedy

J’ai adoré également le billet sur le dernier album du groupe Indochine qui correspond à un travail d’introspection et d’exhumation d’archives passionnant.

Avez-vous des attentes particulières pour le futur du blog ?

Oui, parlez du cinéma français et européen et pas qu’américain !!! Je vous donnerai des idées si vous le souhaitez …

Paige, archiviste

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je suis archiviste depuis 2 ans, j’ai fait du public, du privé : un peu de tout. Actuellement, suite à la crise sanitaire, en recherche de poste mais c’est plus compliqué que d’habitude de retomber sur ses pattes. Mon plus gros projet, c’est que j’ai commencé à faire des démarches afin de réaliser une thèse sur les archives vidéoludiques en France. Donc je passe une grande partie de mes journées à chercher des financements. Sinon, ma vie s’organise autour d’un cocktail explosif entre ma passion pour les pandas roux, les voyages, la lecture et les jeux vidéo.

Comment avez-vous connu Archives et culture pop’ ?

J’ai connu Archives et culture pop’ à la faculté de Dijon via l’intermédiaire de Sonia Dollinger qui était intervenante dans ma formation de master 2 en Archivistique.

Qu’est-ce qui vous intéresse sur le blog ?

Sur le Blog j’aime particulièrement les articles de la partie littérature / Bande dessinée / Manga et jeu vidéo. Dans le premier cas pour trouver une idée de lecture, à rajouter à ma longue liste de lecture potentielle et dans le second cas pour découvrir des titres de jeu vidéo qui devraient m’intéresser. L’apparition de la partie  » Histoire et témoignages » et une bonne idée afin de découvrir des titres plus réalistes. Je regarde peu par contre la partie film / série ou dessin animé.

Avez-vous apprécié un billet en particulier, lequel et pourquoi ?

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Hum… J’aime particulièrement la littérature jeunesse et deux billets m’ont plus particulièrement. Le premier est « Laisse les gondoles à Venise et viens voir son Chat archiviste« , qui m’a fait acheter Le chat des Archives, complot à Venise Tome 1 ( Toujours pas lu, j’avoue honteusement ! Mais il est dans mes lectures prévues pour cet été). Le second billet qui m’a interpellé est « Des souris et des archives : le mystère des Nigmes » par Marc Scaglione. A la suite de cette belle découverte, le père Noël a emmené ce livre à ma nièce sous le sapin l’an passé : les illustrations extrêmement mignonnes ont été la source du craquage. Je pense que les illustrations du blog sont un réel plus à tous les articles.

Avez-vous des attentes particulières pour le futur du blog ?

Pas d’attente particulière, j’aime bien le parcourir à l’occasion. (J’avoue que les notif Twitter aide bien à savoir quand y a des nouvelles publications ! ).

Le 26 mai 2020, Indochine organise une conférence de presse, en livestream depuis le Stade de France (rien que ça). Le groupe annonce de nombreuses nouveautés, dont la sortie de la chanson Nos Célébrations, ainsi qu’une tournée des stades en 2021 (et j’ai déjà hâte d’y être !)

La conférence de presse commence avec une rétrospective à la fois musicale et historique, d’une durée de près de 25 minutes. On y voit défiler des archives des journaux télévisés de 1981 avec l’élection de Mitterand à 2020 et la crise du Covid-19, et dans le même temps, le défilement des 52 singles du groupe, au fil des décennies, intégrés à ces différents événements.

Indochine

Une rétrospective passionnante, qui nous laisse entrevoir à quel point le monde a changé en quarante ans. Et comment Indochine a évolué, au milieu de tout ça, survivant finalement à tout, même au pire, avec la mort de Stéphane Sirkis en 1999, et une « traversée du désert » dans les années 1990.

LA CHANSON « NOS CÉLÉBRATIONS »

Ensuite, Sirkis et sa bande ont annoncé la sortie d’un unique single pour commencer les célébrations de ce quarantième anniversaire, et qui porte bien son nom « Nos Célébrations »

Voici les paroles de cette chanson, ainsi que le lien vers le teaser du clip, qu’Indochine dévoilera dans son intégralité plus tard :

Je suis comme une histoire et qui n’en finira pas

J’archive le paradis perdu, est-ce-que ça continuera ?

Et qui nous a fait croire que l’on y arriverai pas ?

Je donnerai pas cher de ma peau, je n’donnais pas cher de moi

Est-ce-que tu te souviendras ?

Est-ce-que tu voudras ?

Comme hier à te laisser faire sous la lune et les chevaux

Je serais ton chaos

Oh oh oh oh

À la vie, à y croire

À nos célébrations

Sauver sa peau, sauver son nom

À ne garder que le beau

Je suis la fille, je suis le garçon

C’est nos célébrations

J’étais parti avant, tout seul mais perdant

Le monde entier contre moi à ne rêver que de toi

Alors, j’ai décidé de ne voir que le bien

Il y aura certainement quelqu’un pour m’écouter quelque part

Mais ils n’y arriveront pas à nous dégrader

Moi je t’aimerai encore, encore et jusqu’à ma mort

Je serais ton chaos, oh oh oh oh

Oh oh oh oh, oh oh oh oh

À la vie, à y croire

À nos célébrations

Sauver sa peau, sauver son nom

À ne garder que le beau

Je suis la fille, je suis le garçon

C’est nos célébrations

À la vie, à y croire

À nos célébrations

Sauver sa peau, sauver ce monde

A ne garder que le beau

Je suis la fille, je suis le garçon

C’est nos célébrations

Oh oh oh, oh oh oh

https://youtu.be/D5u8uzOyWPY

Dans cette chanson, le chanteur et auteur du groupe Indochine, Nicola Sirkis, livre son histoire, et l’histoire de son groupe, qui s’apprête à fêter ses quarante ans. A soixante ans, Nicola Sirkis (qui ne semble jamais vieillir) offre à son public une nouvelle chanson optimiste, festive, dans la lignée de l’album 13.

Les archives comme on les connaît sont peu présentes dans cette chanson, mais il mentionne le fait d’archiver dès le début, par la phrase « j’archive le paradis perdu ». Comme à son habitude, Sirkis laisse planer le doute, et on ne sait ainsi pas réellement de quoi il parle quand il mentionne son paradis perdu. Mais il archive, et déroule l’histoire de son groupe, et son histoire à lui.

On sent qu’il a fait défiler les archives de sa vie depuis quarante ans, qu’il les regarde avec une certaine sérénité, et qu’il ouvre la voie à une nouvelle décennie, et qu’il parle de lui tout jeune, qui n’y croyait pas, et qui ne se doutait sans doute pas que, quarante ans plus tard, il remplirait des stades entiers en quelques heures. Allusion flagrante au Sirkis de 1981 par cette phrase « Je donnerai pas cher de ma peau, je n’donnais pas cher de moi ».

Il parle aussi des journalistes, et autres détracteurs qui n’ont pas hésité à assassiner Indochine quand on les voyait moins, mais qu’ils faisaient des albums plus qualitatifs, moins commerciaux qu’à leurs débuts, notamment par cette phrase « Mais ils n’y arriveront pas à nous dégrader ».

LE CLIP DE LA CHANSON

Le clip se présente sous la forme d’une animation, on y voit Nicola Sirkis, aux traits jeunes. Il est dans un train, et commence un voyage à travers le temps, et les archives animées prennent vie sous ses yeux. On y voit les statuts des dirigeants et figures politiques qui ont marqué ces quarante dernières années, de Simone Veil à Nelson Mandela, et même Donald Trump.

Puis le mur de Berlin et le fameux « Baiser fraternel » entre les ex-leaders communistes est-allemands et soviétiques Erich Honecker et Leonid Brejnev, à East Side Gallery, une oeuvre de l’artiste russe Dmitry Vrubel.
Viennent ensuite les clins d’oeil à la communauté LGBTQIA+, si chère au chanteur. Puis ses idoles de jeunesse, Serge Gainsbourg et David Bowie, sous soleil d’un Nicola Sirkis spectateur de cette histoire.

Le teaser du clip se termine sur la fameuse croix noire, logo du groupe depuis les années 2000, construite en télévisions qui diffusent elles-même des archives.

Des archives omniprésentes donc, sous des formes différentes, tant dans la chanson que dans le clip ou encore la rétrospective (qui n’est pas encore en ligne, et que j’aurais aimé vous montrer !). On savait Nicola Sirkis passionné par l’Histoire, cela ne cesse de se confirmer. Et son Histoire à lui, à Indochine, il continue de l’écrire envers et contre tout, pour notre plus grand plaisir.

Justine Remandet

Le Cercle (The Ring) est un film d’horreur américain, remake de Ring, film japonais de 1997. Ce remake est donc sorti en 2002 et a été réalisé par Gore Verbinski (Pirates des Caraïbes 1, 2 et 3, Rango). Il a connu deux suites directes :  Le Cercle 2, réalisé par Hideo Nakata, réalisateur du film japonais originel, sorti en 2005 ; et Le Cercle : Rings, qui occulte les événements du Cercle 2, sorti en 2017. Ce billet se concentrera sur le diptyque Le Cercle 1 et 2.

Couverture

Ce billet contient des spoilers !

Quelle est l’histoire ?

Une légende urbaine raconte que si l’on visionne une certaine cassette VHS, on meurt sept jours plus tard. Après la mort de sa nièce, Rachel Keller, journaliste, décide d’enquêter sur l’origine de sa mort. Elle finit par découvrir la cassette. La légende urbaine n’est hélas pas une légende et le contre-la-montre commence.

Et les archives dans tout ça ??

Après avoir visionné la cassette, Rachel réalise vite qu’il ne s’agit pas d’une légende. Une seule solution : trouver l’origine de la cassette, comprendre la malédiction pour la conjurer. Grâce à son ex Noah Clay, spécialiste vidéo, elle étudie le film et découvre une image de phare. Elle finit par identifier le lieu de tournage grâce à Internet et creuse un peu. Mais les informations sont limitées, plus qu’une solution : fouiller dans les archives du journal pour lequel elle travaille, le Seattle Post.

Les archives sont dans un mauvais état, certains numéros sont reliés, les autres sont posés en pile ou conservés dans des cartons jonchant le sol. Rachel, qui est dépeinte comme sans tact au début du film, le montre aussi ici. Elle ne cherche pas une chaise, elle monte sur les cartons et les piles pour récupérer une archive en haut de rayonnage, faisant tout tomber.

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Rachel fouille délicatement dans les archives

Ensuite, elle s’installe sommairement dans la salle. Réalisant qu’elle trouve beaucoup d’informations, elle prend alors soin de se poser sur une table. Et là, le massacre continue. Rachel s’amuse à barbouiller les journaux avec son stylo, à entourer ce qui l’intéresse… bref dégradation sur dégradation…

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une installation précaire

Grâce aux archives, elle retrace le fil global de l’histoire qui touche une famille : les Morgan. Elle se rend, avec Noah, sur l’île où les Morgan ont vécu. Pendant que Rachel interroge le père Morgan, Noah se rend à l’hôpital psychiatrique où a séjourné Anna Morgan, la mère. Il demande à voir son dossier, arguant qu’elle est décédée depuis plus de 24 ans et que ça ne la gênerait pas. L’accès lui est refusé tout de même car il n’est pas un membre de la famille. Mais grâce à une ruse, il découvre la localisation des Archives et y entre par effraction. On découvre alors une salle réaliste d’archives incluant un débarras de vieilles machines inusitées. Il trouve le dossier, le parcourt et tombe sur la mention d’un projet vidéo mené au sein de l’hôpital.

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Morgan, Morgan, Morgan…

Noah ressort et va se présenter à un autre service de l’hôpital pour demander la vidéo en se faisant passer pour le père Morgan. L’employé lui dit qu’il le trouve bien jeune et l’avertit : il a pas intérêt à foutre le bordel dans son classement !! Ils réalisent cependant que la cassette est manquante, empruntée par le père Morgan…

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foutez-pas le bordel !

Donc d’un côté, on a un refus d’institution de communiquer un dossier médical, un refus légitime. Puis d’un autre côté, la même institution communique, sans jamais vérifier l’identité des consultants, des enregistrements vidéo des patients…

Six mois après les événements décrits dans le 1, Rachel et son fils Aidan ont déménagé. Mais hélas, la malédiction de Samara Morgan, la fille, les poursuit. Rachel est donc résolue à connaître les origines de Samara, afin de trouver la solution. Sachant qu’elle a été adoptée, Rachel tente d’accéder à son dossier d’adoption. Mais l’administration refuse de lui communiquer le dossier, malgré ses tentatives, la renvoyant aux parents. Rachel retourne donc dans la maison des Morgan et fouille dans leurs affaires et trouve des vêtements de bébé avec un nom d’institution. Rachel s’y rend et là miracle : sans explications, ni justifications, sans que l’on connaisse les arguments utilisés par Rachel, la directrice de l’institution lui montre le dossier d’adoption de Samara et lui raconte l’histoire de sa mère et de sa naissance.

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Même si c’est moins présent, le Cercle 2 utilise la même mécanique que dans le 1 : un refus légitime d’accès, suivi d’une autorisation de type deus ex-machina. Un accès aléatoire aux archives ? Ou surtout une manière de faciliter le déroulement du récit !

Marc Scaglione

Samantha Cross archiviste américaine tient un site homologue au nôtre. Elle analyse les archives et archivistes dans la pop-culture. Pour vous offrir davantage de regards différents, nous vous proposons un de ses billets traduits avec l’aimable autorisation de l’auteur. Qu’elle en soit ici remerciée.

Depuis que mon neveu est devenu une constante dans ma vie, je dois admettre qu’il y a un certain nombre de films qui tournent en boucle et Zootopie est l’un d’entre eux. Cela me donne l’opportunité rare d’observer et d’analyser le développement des personnages, les problèmes de scénario, et tous les menus détails qui font chanter mon cœur, mais qui pourraient être dévastateurs pour un enfant si je devais les exprimer à voix haute. Il faut dire qu’heureusement, mon site est limité à l’apparition des archives, archivistes et consorts, parce que j’ai beaucoup de questions et de remarques sur la franchise Cars qui pourraient très aisément devenir des théories du complot sur la fin des temps et l’avènement des véhicules conscients.

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Bref comme je disais, un site réservé aux archives.

Donc l’histoire de Zootopie suit Judy Hopps (Ginnifer Goodwin en VO, Marie-Eugénie Maréchal en VF), qui devient la première policière lapin dans la cité de Zootopie, où prédateurs et proies vivent tous en harmonie. Ces rêves sont rapidement douchés quand elle est rejetée par son Officier supérieur, le Chef Bogo (Idris Elba en VO, Pascal Elbé en VF) et est facilement bousculée par un renard rusé, Nick Wilde (Jason Batemand en VO, Alexis Victor en VF). Afin de prouver qu’elle est un « vrai flic », Judy se lance à la recherche d’une loutre disparue, l’amenant à découvrir une plus grande conspiration au cœur de Zootopie, touchant aux relations entre prédateurs et proies, impactant la relation Judy-Nick.

Zootopie est tel une fable d’Esope sur le racisme qui fonctionne assez bien sur les enfants. La biologie ne nous définit pas, mais si nous voulons un monde meilleur, nous devons comprendre et surpasser les stéréotypes et les biais. Assez curieusement, Zootopie se repose sur certains tropes narratifs que j’aurai aimé voir modifiés par les scénaristes. L’un d’entre eux concerne la manière dont sont vues les archives.

Il y a deux cas dans le film où les archives sont montrées ou mentionnées. Pour le premier cas, Judy et Nick visitent le bureau de l’assistante du maire Bellwether (Jenny Slate en Vo, Claire Keim en VF) pour accéder au système de surveillance de la circulation de la ville.  La caméra du réalisateur s’arrête sur la porte du bureau de l’assistante, avec une affichette scotchée sous une fenêtre opaque, assiégée par des boîtes tamponnées « Urgent ». A l’intérieur du bureau, il y a encore plus de boîtes, des armoires de classement ainsi que la chaudière du bâtiment. Eh oui, le lieu de stockage/conservation des archives du bureau du maire se trouve dans la chaufferie.

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Le bureau de Bellwether

Le second cas apparaît plus tard dans le film quand il est supposé que les prédateurs de Zootopie redeviennent sauvages car c’est profondément inscrit dans leur ADN. Clawhauser (Nate Torrance en VO, Fred Testot en VF), le guépard amateur de donuts et officier de police chargé de l’accueil du ZPD, est muté et envoyé aux Archives afin d’éviter le malaise aux proies qui entreraient dans le bâtiment malgré la bonne humeur naturelle de Clawhauser.  Assez curieusement, les Archives sont au sous-sol, à côté de la chaufferie.  (1h15)

Dans les deux cas, le stockage des archives est utilisé pour montrer comment chaque personnage est sans importance dans le récit. Bellwether est déprécié et constamment rabaissé par son patron, le maire Lionheart (JK Simmons en VO, Xavier Fagnon en VF), et donc bien sûr elle est enterrée avec boîtes et dossiers au dernier endroit où les gens voudraient se trouver. Et dans le cas de Clawhauser, alors qu’il reste toujours policier, il s’est retrouvé exilé aux Archives parce que c’est l’endroit le plus éloigné possible du centre principal du ZPD. Aucun des deux cas ne dépeint les archives sous un aspect positif en dépit du fait que le gouvernement et la police comptent sur ces archives.

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Clawhauser emballe ses affaires, direction les Archives !

Malheureusement, Zootopie donne dans le stéréotype pour les archives : elles sont décrites comme distantes, dans des zones d’isolement où les personnes ont le moins de chances d’être remarquées. Cela change-t-il le message global du film ? Non, mais cela aurait été sympa si le raccourci culturel de « lieu le moins important » ou « lieu de le plus éloigné de tout observation publique » n’était pas automatiquement associé aux archives.

Lien vers l’article d’origine : https://www.pop-archives.com/post/archives-in-the-movies-zootopia

Samantha Cross

Il y a longtemps que je t’aime est une pièce de théâtre écrite par le dramaturge, scénariste et réalisateur français Jacques Deval (1890-1972). Elle est portée pour la première fois sur les planches en 1955. Mais la version dont nous allons parler est la deuxième création de cette œuvre, immortalisée par l’émission Au théâtre ce soir le 27 juillet 1974. Le metteur en scène est Raymond Gérome et nous retrouvons à la distribution Jackie Sardou, Hubert de Lapparent, Claude Jade et Jean Barney entre autres. L’enregistrement est visible sur le site de l’Ina.

Au théâtre ce soir

Quelle est l’histoire ?

A la Rochelle, dans un magasin d’antiquités tenu par les Gandoche. Une situation de quiproquo causée par une mise en gage amicale mais illégale d’un chronomètre va changer la vie d’un jeune marin Sixte Caulois, partant le lendemain pour les Antilles, et de la jeune Clarisse Naulier, quittant elle aussi la ville pour l’Afrique.

Et les archives dans tout ça ??

Découverte d'une lettre dans le coffreeLa pièce s’ouvre sur le couple d’antiquaires Gandoche discutant de la venue de l’archiviste du département, Monsieur Gouleste, incarné par Hubert de Lapparent. Madame Gandoche a déniché dans une ferme le coffre du Greffe du Tribunal révolutionnaire de la Rochelle. La ferme appartient aux Légnelot, descendants d’un accusateur public du Tribunal. Après avoir jeté un œil rapide, aux objets et aux lettres, l’archiviste annonce revenir le lendemain pour dresser un inventaire et faire la comparaison avec l’inventaire du greffe conservé aux Archives départementales. Le but est que le musée de la ville achète le coffre. Il souligne l’ironie de la situation puisque le coffre est revenu dans l’ancien greffe du Tribunal, aujourd’hui boutique des Gandoche.

Monsieur Gouleste est incarné par Hubert de Lapparent. Il est dépeint et joué comme un fonctionnaire soigné. C’est un «  savant » selon les mots de Mme Gandoche et il le prouve à maintes reprises en expliquant l’histoire du lieu ou encore des objets qu’ils découvrent. Il se plaît même à citer Corneille. Bref une représentation classique de l’archiviste érudit, sans la morgue habituellement véhiculée avec cette image.

Monsieur Gouleste examine le cachet du coffre

Monsieur Gouleste doit faire une estimation pour pouvoir débloquer un budget pour l’achat par la Ville de ce coffre. Mme Gandoche sous-entend que les documents et objets pourraient être vendus au premier venu sans offre rapide de cette dernière. Les archives publiques sont, au moins depuis la loi de 1979, imprescriptibles, ce qui signifie qu’elles ne peuvent être conservées par un tiers non autorisé. Ainsi il est normalement interdit pour un fonctionnaire  et ses descendants de conserver des dossiers de travail. Cette pratique est hélas courante de longue date et a toujours cours aujourd’hui, nombreux étant ceux qui considèrent à tort que leurs dossiers sont leurs propriétés. Dans des ministères aux traditions archivistiques établis comme la Défense et les Affaires étrangères, des pratiques ont été mis en place dès le XVIIIe siècle pour essayer d’enrayer ce problème, sans pour autant le résoudre. Bref, dans le contexte actuel, il n’y aurait pas de négociations. Après authentification, les documents auraient subi une demande de restitution.

Enfin, outre ces aspects techniques , les archives sont aussi ici porteuses d’histoire. Dans le cas de la pièce, une lettre retrouvée dans le coffre du greffe raconte celle d’un couple martyr de la Révolution faisant un écho tout étrange avec l’histoire des jeunes protagonistes. Passé et présent qui s’entremêlent , voilà une thématique forte des archives qui apporte une vraie beauté à notre métier.

Marc Scaglione