Archives de la catégorie ‘Jeux’

Ni No Kuni II : politique et réalité

Publié: 9 juillet 2019 dans Jeux

Ni No Kuni II : L’Avènement d’un nouveau royaume est un jeu vidéo de rôle développé et édité par Level 5, studio japonais derrière la série des jeux Professeur Layton. Il s’agit d’une suite de Ni No Kuni : La Vengeance de la Sorcière céleste, célèbre pour ses cinématiques animées par le studio Ghibli. L’intrigue se déroule une centaine d’année après le 1 et le jeu peut être fait sans connaître l’univers. A la musique, on retrouve Joe Hisaishi célèbre pour ses BO des films du studio Ghibli.

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L’histoire ?

Roland, président d’un état fictionnel de notre monde, se rend à un sommet international lorsqu’une bombe éclate. Il se réveille rajeuni dans le palais de Carabas, le jour de l’intronisation du nouveau roi, le très jeune prince Evan. Ce dernier est cependant victime d’un coup d’Etat. Evan et Roland réussissent à s’échapper. Evan décide alors de fonder un nouveau royaume, assisté par Roland.

Et les archives dans tout ça ??

Face au nouvel ennemi qui a émergé, Evan et Roland cherchent à faire des royaumes du monde des alliés. Ils contractent des alliances avec chacun d’entre eux. Les archives apparaissent dans le chapitre consacré à Mécarbor.

Il s’agit d’une entreprise de technologie avancée qui s’est érigée en royaume, avec à sa tête, le Superviseur Zip Vector. Cependant ce dernier est sous l’emprise d’un mal qui le rend tyrannique. Evan et Roland aident donc Suzie, assistante et amie de Vector dans sa quête pour le ramener à la raison.

Ils partent alors en quête de mémolithes, un appareil qui enregistre et stocke des vidéos. Les mémolithes en question ont été enregistrées à l’époque de la fondation de Mécarbor, dans le but de ne pas oublier les origines de l’entreprise. Donc des archives patrimoniales ! Hélas, elles ne sont pas vraiment bien conservées et sont dispersées. Dans cette quête, vous visitez plusieurs lieux dont la salle d’archives se trouvant dans l’usine, accessible uniquement aux employés de niveau V. Quand vous rentrez dans la salle, un de vos compagnons s’étonne du fait qu’elle est mal rangée (deux-trois registres traînent sur un bureau, on a connu pire), Suzie explique alors que c’est le résultat du transfert de tous les documents datant d’avant la construction de la méca-usine. Ils y découvrent une mémolithe et continuent leurs quêtes. Une fois tous les enregistrements retrouvés, ils réussissent à ramener Vector à la raison.

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enregistrement d’une mémolithe

C’est un exemple parfait de la dichotomie du langage politique concernant les archives : conscients d’être un fort enjeu patrimonial pour l’entreprise, les entrepreneurs oublient vite les archives pour les entasser dans un endroit sans traitement. La salle d’archives est équipée pour recevoir des lecteurs, mais n’est pas accessible aux gens car elle se trouve en plein milieu de l’usine.

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On a vu pire comme salle d’archives

Mécarbor n’a pas d’archiviste. Il n’y a donc personne pour s’en occuper et les archives sont éparpillées lorsqu’on en a besoin. Si le pouvoir évocateur et fédérateur des archives patrimoniales est au cœur de la mission, les personnages ne remettent jamais en question le traitement auxquelles les archives sont soumises. Bref, un phénomène assez réel que ce jeu retranscrit parfaitement !

Marc Scaglione

 

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My Time at Portia est un jeu indépendant édité par Pathea Games et développé par Team17 Digital et sorti le 15 janvier 2019.

Couverture

Trois cents ans durant, les hommes vécurent sans le soleil, conséquence d’une apocalypse. Grâce à Peach, un scientifique, le soleil revint et les hommes entrèrent dans une nouvelle ère. Un siècle plus tard, vous incarnez Marco nouvel arrivant dans la cité libre de Portia. Vous avez hérité de votre père disparu son atelier et vous devenez un des artisans de la cité. Pour construire les objets dont vous avez reçu la commande, il vous faudra récolter des ressources et vous rendre souvent dans les ruines des Temps Anciens.

Et les archives dans tout ça ??

Lors de votre première exploration des ruines, vous découvrez des « reliques », des morceaux d’objets (morceau de statue, moteur, ressort, circuits électroniques, etc.) et l’un de ces types d’objet attire particulièrement l’attention. Il s’agit de « disques de données ». Vous ramenez ce disque en ville et vous le montrez à deux personnes : le prêtre de l’Église de la Lumière et Petra, l’assistante de la directrice du Centre de Recherches.

Ces deux personnes vont tenir des discours diamétralement opposés et ainsi mettre à jour une des tensions principales dans le monde des Cités Libres. L’Eglise de la Lumière a pour objectif de permettre le maintien du monde et cherche à éviter que la course aux reliques et donc aux savoirs et technologies de l’Ancien Temps ne soit la cause d’une nouvelle apocalypse. Le prêtre demande donc au joueur de lui apporter les disques de données qu’il trouvera et de lui les donner. En échange de quoi, il obtiendra des ressources (graines de plantes rares). L’Eglise détruira les disques sans vérifier leur contenu.

Petra travaillant au Centre de Recherches a un discours totalement opposé. En tant que chercheuse, les données et donc les archives sont fondamentales. C’est d’ailleurs les archives qui lui ont fait quitter son foyer pour s’installer à Portia, qui doit abriter en ses ruines l’objet de ses recherches. Quand vous lui montrez le disque de données, elle s’énerve contre l’Eglise de la Lumière et vous indique les opportunités qu’offre le Centre de Recherche. Vous pouvez apporter ces disques pour lancer des recherches. Cela vous permet d’obtenir des schémas de construction de machine qui seront utiles à votre atelier. Mais vous pouvez aussi troquer contre des objets technologiques avancés, utiles pour vos besoins d’artisans. Les disques seront dans tous les cas étudiés et non détruits.

Des archives essentielles

L’importance du savoir est ainsi symbolisée dans ce jeu par la mécanique de troc aux conséquences opposées selon les choix du joueur. Des archives essentielles ou des archives dangereuses ? C’est à vous de voir.

Marc Scaglione

Victor Vran est un jeu vidéo d’action RPG de type hack’n’slash – le jeu le plus connu du genre est Diablo – développé par le studio indépendant bulgare Haemimont Games (Tropico, Surviving Mars), édité par EuroVideo Medien et sorti en 2015. Le jeu a un DLC dans lequel s’invite Lemmy Kilmister et qui s’intitule « Motörhead Trough the Ages ».

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Nous incarnons Victor Vran, un chasseur de monstres. Au lancement du jeu, Victor arrive aux portes de la cité de Zagoravie, détruite et envahie par des hordes de démons et de morts-vivants, à la recherche de son meilleur ami Adrian, chasseur de son état, porté disparu. Nous découvrons finalement qu’Adrian a été transformé en vampire. Après l’avoir tué, Victor décide de rester en Zagoravie pour enquêter sur l’origine de cette invasion.

Et les archives dans tout ça ??

Victor, parcourant les ruines, est hanté par un spectre : celui du tzar Borimir, fondateur de la cité de Zagoravie et de l’ordre des Chasseurs. Ses paroles cryptiques vous enjoignent de retrouver sa tombe. Victor se rend au Palais, siège de la résistance aux démons, et s’enquiert auprès de la reine Katarina du lieu d’inhumation du tsar.  Mais cette information semble être tombée dans l’oubli. La Reine Katarina lui conseille de visiter le manoir de la famille Volkov, gardienne des annales du royaume et disparue lors de l’invasion. Peut-être les archives sont-elles la solution ?

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Des archives encore nécessaires

 

Victor visite le manoir, empli de démons. Il finit par retrouver les archives : au grenier évidemment et pas dans un très bon état… mais elles sont gardées : les Volkov ne sont pas morts et veillent jalousement sur leurs trésors. Pire ce ne sont pas des humains, mais des vampires. Et quand on s’y arrête un instant, y a-t-il plus proche figure mythologique de l’archiviste que le vampire ?

Adepte des caves, de l’obscurité, pâle et au comportement étrange, le vampire est une créature ancienne qui connaît l’Histoire du monde pour l’avoir vécue. Sans l’avoir vécu lui-même, l’archiviste de par son métier connaît bien l’histoire du lieu où il exerce son office. Quant aux autres caractéristiques précitées, elles sont souvent associées au cliché de l’archiviste !

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Des archives pas très bien installées

Après avoir vaincu les Volkov, vous pouvez consulter les archives. Vous y trouvez finalement l’information recherchée. Encore une fois les archives font avancer l’enquête ! L’élément le plus intéressant est aussi de voir la mainmise d’une famille sur les informations du royaume. Les archives ne sont pas détenues dans le Palais et pas gérées par la monarchie. Ce qui induit une perte de pouvoir de la reine, une fragilisation de l’institution monarchique et un pouvoir important entre les mains des Volkov.

Marc Scaglione

Couverture

République est un jeu vidéo en cinq épisodes développé par Camouflaj et édité par GungHo Online Entertainment. Sorti en 2013 sur les téléphones mobiles, le jeu a connu une version Remastered pour PC, Xbox et PS4 éditée en 2016. Il s’agit d’un jeu à la troisième personne d’infiltration-action.

Attention ce billet vous révèle les mystères du jeu ! [SPOIL]

Quelle est l’histoire ?

Vous incarnez 390-H, alias Hope, une jeune femme, une Precal. Vous vous trouvez dans un état totalitaire inconnu, dirigé par le Superviseur Treglazov dont le but est d’accomplir son projet intitulé « Metamorphosis ». Alors que vous avez été envoyée en prison pour avoir lu des ouvrages interdits, vous réussissez à sortir de votre cellule. Votre but est de quitter cet endroit, en évitant Prizraks (les gardes) et caméras, tout en en apprenant plus sur votre nature et celle de ce lieu.

Et les archives dans tout ça ??

Il faut un peu avancer dans l’histoire pour comprendre que les archives sont au cœur de République Remastered. Lors de votre périple, vous collecterez un certain nombre de documents et de données qui vous permettront de mieux comprendre votre situation. Ces documents et données seront aussi des monnaies d’échanges avec un certain courtier afin d’obtenir des améliorations.

Hope vous demandant de l'aide

Hope vous demandant de l’aide

Dans l’épisode 2, vous avez réussi à quitter le bâtiment et vous trouvez dans un jardin-cimetière. Des écrans de télévision diffusent des témoignages d’expert expliquant que l’utilisation de l’ADN comme support d’information sera une révolution. Certains évoquent même l’espoir de ne plus perdre de données et de pouvoir ainsi tout collecter. Un espoir fou mais nécessaire ? Cette idée de complétude n’est pas remise en question. A-t-on intérêt à tout garder ? Comment retrouver une bonne information dans un océan de données ? Rien n’est dit à ce sujet. Durant cet épisode, vous pourrez ainsi collecter des boîtes de Petri avec des cultures bactériennes. En les passant dans un décodeur, vous découvrirez des documents d’archives vous expliquant une partie du travail de Treglazov.

Echanges de données à venir

échange de données à venir

Finalement on finit par comprendre ce qu’il se passe. Cet état totalitaire est le délire de Treglazov, qui est en contrat avec les agences américaines de renseignements pour leur offrir un stockage stable et peu onéreux de toutes les données qu’elles récoltent sous le manteau. L’espionnage numérique n’est pas évanescent, il a besoin de stockage. L’île abrite ainsi une ferme de serveurs mais pas que. Hope et les autres Precals sont les résultats des recherches menées par Treglazov. Des stockages d’archives ambulants, copie ADN des serveurs. Et en créant une République totalitaire, avec une éducation propagandaire, Treglzov espère maintenir le contrôle sur ces copies et en faire des sujets d’une nouvelle humanité. Qui contrôle le savoir a le pouvoir, dit-on. Treglazov très conscient de cela ne se contentera pas de stocker, tel un tiers-archiveur de confiance, mais utilisera les informations pour manipuler personnes et institutions à son avantage.Il vous faudra donc déjouer son plan pour gagner votre liberté.

République, un jeu sans prétention technique, interroge sur la pérennité technique d’une surveillance globale et de son pendant la gestion de flux de données colossaux. Mais au-delà de cette question technique, qui suscite certains espoirs inconsidérés (Une complétude éternelle des informations) mais aussi des craintes (encoder des données dans des êtres humains avec ou sans leur accord), le jeu questionne surtout sur les dérives totalitaires des technologies. Les flux de données ont une importance encore trop souvent négligée et l’inconséquence de certains (ici les agences américaines ignorant les méthodes de Treglzov) peut avoir des conséquences funestes pour les individus (nombre de Precals sont morts) mais aussi pour les sociétés et donc l’espèce humaine. Un jeu d’anticipation dans un futur pas si lointain…

Marc Scaglione

We Happy Few est un jeu épisodique sorti le 10 août 2018, développé par le studio canadien Compulsion Game (Contrast) et édité par Gearbox. Il a été financé grâce à une campagne de financement participative lancée en 2015 sur la plateforme Kickstarter. Il s’agit d’un jeu de survie et d’aventure.

We Happy Few

Quelle est l’histoire ?

L’Angleterre a été vaincue par l’Allemagne nazie. Les Allemands pour éviter toute rébellion après leur départ emmenèrent tous les enfants de moins de 13 ans comme otages. Plus d’une décennie plus tard, durant les années 1960, les Anglais vivent dans une société dystopique, dans laquelle chaque citoyen doit impérativement être heureux et joyeux et pour cela doit prendre une drogue nommée « Joy », sous peine d’être exilé ou abattu en tant que rabat-joie (downer en VO). Nous suivons successivement les aventures d’Arthur « Artie » Hastings, de Sally Boyle et d’Ollie Starkey dans leur tentative de survie et de fuite de la ville de Wellington Wells.

Et les archives dans tout ça ??

La Joy, outre le fait de rendre heureux, brouille la mémoire et fait oublier. Les protagonistes du jeu qui arrêtent d’en prendre ont alors des flash-back. L’épisode le plus traumatique pour tous est l’épisode du train. Il s’agit de ce moment où les Anglais ont amené leurs enfants à la gare pour qu’ils partent en Allemagne. Lors de ces flash-back, ils se rappellent des hommes et femmes pendus aux grilles de la ville. Leur crime ? Avoir voulu détruire les registres d’état-civil, que les Allemands utilisaient pour dresser les listes d’enfants à déporter. Ils ont échoué. Un bel exemple d’archives support d’identité, vitales dans nos sociétés, utilisées comme support d’oppression et de violence.

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Arthur travaillant sur les archives de la presse

Les autres récurrences des archives sont spécifiques à l’épisode 1, dont le protagoniste principal est Arthur Hastings. Ce dernier est un employé municipal de la ville de Wellington Wells. Un employé du « Département Archives, Publications et Recyclage » (Department Archive, Printing and Recycling  en VO). Son rôle est de censurer toutes les archives et notamment les articles de presse qui ne présentent pas un caractère joyeux. Cela ne vous rappelle rien ? Il s’agit clairement d’un hommage à Winston Smith, le protagoniste de 1984 de George Orwell. Un symbole devenu classique de la manipulation étatique et de l’aliénation de l’individu. Et c’est pourtant à travers ces archives qu’Arthur va tout remettre en question et sortir de son état de drogué à la Joy. En effet, il tombe sur un article le présentant lui et son frère Percy, frère qui a été emmené par les Allemands et qu’Arthur avait oublié..du moins jusque là !

Wellington Wells étant une ville dont les quartiers sont éparpillés sur des petites îles, Arthur doit passer les divers ponts pour quitter la ville. Ceux-ci étant surveillés et équipés de pylônes foudroyants, il cherche une autre issue. Il part en quête du docteur Faraday qui a construit les réseaux de la ville et qui doit posséder les plans de ces derniers. Problème ? Le docteur Faraday est assigné à résidence, et sa localisation est inconnue de tous sauf de la police. Il se rend donc au poste le plus proche et argue d’une enquête des Archives municipales nécessitant le contact avec le Dr Faraday. On le renvoie alors aux archives de la police. Artie y fait la rencontre de l’agent Cozans, qui explique être fier de son travail : il a classé les adresses de tout le monde par ordre alphabétique ! Puis de s’épancher sur le fait qu’il préférait son poste de patrouilleur et que c’était injuste qu’il ait été envoyé aux archives pour une erreur. « Il respirait encore quand je l’ai quitté » se justifie-t-il. Les archives : cette punition semble être une mesure mondialement partagée par les institutions policières !

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Un policier fier de son travail d’archiviste qu’il déteste !

We Happy Few nous offre une nouvelle déclinaison du rôle des archives dans la manipulation des masses et l’oppression, de la punition à la déportation, sans parler de la disparition pure et simple des individus rayés de la mémoire et donc de l’histoire.

Image de conclusion

Marc Scaglione