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Captain Marvel est un film américain réalisé par Anna Boden et Ryan Fleck sorti en 2019. Ce film de super-héros s’inscrit dans l’univers cinématographique Marvel. Le rôle principal est confié à Brie Larson. On retrouve notamment à ses côtés Samuel L. Jackson, Jude Law ou Annette Benning. Le film est un véritable succès au box-office.

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Quelle est l’histoire ?

Vers est une jeune guerrière de la planète Hala, capitale du peuple guerrier des Kree. L’Intelligence Suprême est à la tête de cette civilisation Kree à la technologie d’avant-garde et aux intentions belliqueuses. Les Kree sont en guerre contre les Skrulls, des extraterrestres métamorphes. Lors d’une mission, Vers est capturée par les Skrulls qui fouillent dans sa mémoire et font remonter quelques souvenirs à la surface, notamment ses liens avec la planète Terre et en particulier avec le docteur Wendy Lawson et le projet Pegasus. Vers s’échappe et se retrouve sur Terre. Après une période de confrontation, elle s’allie à Nick Fury, agent du SHIELD pour retrouver des informations sur Wendy Lawson et le projet Pegasus. A l’occasion de ses recherches, Vers retrouvera son identité : elle s’appelle en réalité Carol Danvers, elle est originaire de la Terre et était pilote d’aviation. De nombreuses batailles s’en suivront et ses adversaires ne sont pas forcément ceux qu’on croit.

Et les archives dans tout ça ??

Lorsque ses souvenirs lui reviennent partiellement, Carol part en quête du projet Pegasus et du docteur Wendy Lawson. Aidée de Nick Fury, elle pénètre dans la base militaire qui abrite les secrets du projet Pegasus. Mais où trouver les dossiers de Wendy Lawson dans cette base immense ? Carol repère immédiatement le niveau des archives et y entraîne Fury.

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Stupéfaction : le niveau des Archives est immense, on y voit des rayonnages à perte de vue, magnifiquement ordonnés, les cotes bien indiquées sur chaque travée, un conditionnement parfait, les normes de conservation ont l’air fort bien respectées.

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Tout archiviste rêve d’un dépôt comme celui-ci. Mais, car il y a un mais : aucun archiviste ne semble travailler ici. Carol et Fury pénètrent sans aucun problème dans les Archives, en forçant la porte mais sans qu’aucune alarme ne se déclenche.

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On peut également s’étonner de la facilité avec laquelle Carol se précipite dans la bonne travée et trouve sans aucune difficulté le dossier de Wendy Lawson, sans avoir recours à aucun instrument de recherche ni aucune base de données. A-t-elle un super-pouvoir caché ? Celui de repérer les archives plus vite que son ombre ?

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Toujours est-il que Carol dégote ce dossier qui lui apprend énormément de choses sur la carrière de Lawson, elle trouve même dans le dossier les plans d’un moteur supraluminique, des documents en langue kree qui montrent que Wendy Lawson n’est sans doute pas celle qu’on croyait et des photographies où l’on retrouve Carol ou encore des rapports de mission.

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Quelques cours de paléographie seront sans doute nécessaires !

Ces dossiers sont capitaux pour la suite de l’histoire puisqu’ils permettent à Carol de comprendre ses liens avec le docteur Lawson, de retrouver sa véritable identité mais aussi sa meilleure amie Marie Rambeau.

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Toutefois, il reste quelques mystères puisque certains documents ont été caviardés pour cacher des informations… pas très malin si ce sont des originaux !

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Les Archives sont aussi le théâtre d’une bataille rangée entre les Skrulls, Nick Fury et Carol Danvers. On y trouve donc toutes sortes d’intervenants à l’exception d’un archiviste : aucun d’entre eux n’intervient alors que les dépôts sont ravagés par une baston générale. On y trouve même… un chat (ou un flerken)

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Ainsi, les archives permettent de recouvrer son identité et de comprendre les enjeux du projet Pegasus, de découvrir bien des secrets, bref, de se découvrir soi-même. Tout un programme !

Sonia Dollinger

Captain_America_5Captain America : Le soldat de l’Hiver est sorti en France le 26 mars 2014 et aux États-Unis le 4 avril 2014. Il a été réalisé par Anthony et Joe di Russo.

Il s’agit du second volet initié en 2011, par le premier film Captain America : First Avenger qui lui avait été réalisé par Joe Johnston.

Les acteurs principaux sont Chris Evans dans le rôle du Capitaine, Scarlett Johansson dans le rôle de Natasha Romanoff, Samuel Lee Jackson dans le rôle de Nick Fury, directeur du S.H.I.E.LD, et Robert Redford dans le rôle de l’adversaire principal du capitaine, Alexander Pierce.

À noter aussi l’apparition furtive, mais centrale nous le verrons du scientifique Arnim Zola, bras droit du cruel Crâne Rouge dans le film sorti en 2011 et qui est ici une sorte de … mentor pour les adversaires de Captain America. Il est joué par le britannique Toby Jones.

spoiler

Ce second volet de l’univers de Marvel est axé autour du réveil du Captain des années après la fin de la Seconde Guerre mondiale.  Le S.H.I.E.L.D existe toujours, et veille à la sécurité de la population mondiale.

Il s’avère vite que Captain n’est pas d’accord avec la philosophie et les méthodes du directeur de l’agence, et bientôt le doute survient aussi dans la tête de Nick Fury. Celui-ci s’empresse d’en parler au secrétaire du conseil de sécurité mondiale, Alexander Pierce. Ce dernier, loin de le rassurer va mettre le doute dans la tête du directeur.

Après une magistrale course poursuite Nick Fury se sauve in extremis des attaques de policiers visiblement retournés contre lui et d’un mystérieux soldat, dont on ne tarde pas à comprendre qu’il s’agit du fameux soldat de l’Hiver. Après en avoir parlé au Captain, Nick Fury est assassiné et meurt sur la table d’opération en chirurgie.

Dépité, le Capitaine doit s’enfuir après avoir été accusé du meurtre du directeur du S.H.I.E.L.D. Il n’est soutenu dans sa fuite que par Natasha Romanoff et un nouveau coéquipier, un ancien militaire ayant le surnom du Faucon.

Avant de mourir, Nick Fury donne une clef USB contenant des données confidentielles qui avaient été volées par Natasha dans une précédente mission, en ouverture du film ; sur un bateau lui-même volé par des terroristes.

Dans leur fuite, Captain America et Natasha Romanoff arrivent dans une ancienne base désaffectée de l’armée, le Camp Lehigh au New Jersey, inspiré du véritable et célèbre « Camp Kilmer » d’où les troupe US s’embarquaient pour combattre en Afrique du Nord et en Europe.

En pénétrant dans ce qui semble être un silo à munitions, ils tombent en fait au sein des premiers bureaux du S.H.I.E.L.D, et enfin dans une salle immense, pourvue de bandes magnétiques et de meubles à dossiers ainsi que d’une unité centrale pourvue de plusieurs écrans. Natasha pense qu’il s’agit de technologie ne pouvant être en état de fonctionner, car trop ancienne.

Elle a la surprise de voir devant elle une sorte d’adaptateurs pour plusieurs clefs USB. Elle enclenche alors la fameuse clef, ce qui provoque la mise en marche de tout l’ensemble de la salle.

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Nos deux héros face à la conscience archivée du savant Arnim Zola, dans une ancienne base de l’Armée Américaine. À la droite de Natascha Romanoff, le petit adaptateur pour clef USB.

Et les archives dans tout ça ??

C’est là une des scènes les plus intéressantes du film, et sûrement l’élément central qui permet de comprendre l’action des adversaires de nos héros.

La mise en marche des machines dans la salle nous fait découvrir avec stupéfaction qu’il ne s’agit rien de moins que le cerveau d’un des ennemis du Captain, le scientifique suisse Arnim Zola.

Ce dernier, visible à travers une vieille image de synthèse, explique qu’après la guerre il a été invité par le S.H.I.E.L.D lors de l’opération Paperclip, qui consista à recruter plusieurs centaines de scientifiques allemands arrachés du nazisme à se mettre au service des États-Unis, au sein du S.H.I.E.L.D.

S’ensuit une longue série d’images et de courts extraits tirés de vraies images d’archives. Arnim Zola explique qu’en ayant été invité, il a remis en place un Hydra bien plus dangereux, car invisible et bien infiltré. Le S.H.I.E.L.D a ainsi été infecté tel un animal sauvage par un parasite qu’il peut diriger selon son bon vouloir. Il a mis en place une stratégie visant à s’emparer du S.H.I.E.L.D, puis des États-Unis et enfin du monde, grâce au chaos ambiant, et au programme Insight. Zola a visiblement préparé ce montage spécialement pour le Captain et est connecté au Web, car il a intégré l’acte de décès de Nick Fury.

Les images sont très rapides mais on peut apercevoir, à coté d’images faites pour le film, notamment lorsque elles montrent le Captain, des faits historiques marquant l’Histoire mondiale et les hommes qui ont vécu ces moments.

On peut voir en plus des scènes de guerres, de violences urbaines ou de crise économique des hommes ayant marqué l’Histoire à un moment précis.

Ainsi, si le spectateur est attentif, il pourra voir :

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Le maréchal Wilhem Keitel, principal représentant de la délégation Allemande pour la signature de l’armistice le 8 mai 1945. Il était le chef de « l’Oberkommando der Wehrmacht », l’organe de commandement suprême des forces Allemandes entre 1938 et 1945. Il sera condamné  pour crimes de guerre et crimes contre l’Humanité au procès de Nuremberg, et pendu en 1946.

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Le Colonel Kadhafi, probablement dans les années 2000. On aperçoit sur la droite la tête d’une des « Amazones » de Kadhafi, présentée à l’époque comme des gardes du corps d’élite de l’ex dirigeant libyen. Kadhafi a été renversé et tué de façon sommaire lors de la première guerre civile libyenne, en octobre 2011.

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Julian Assange, de nationalité australienne, informaticien de métier, est fondateur et rédacteur en chef de WikiLeaks, organisme qui a permis l’instauration des lanceurs d’alerte des opinions publiques depuis décembre 2006. Il est, sur l’image, réfugié au sein de l’ambassade d’Équateur à Londres depuis juin 2012.

De plus, on peut aussi apercevoir Khrouchtchev, et dans une image fixe les trois chefs d’État qui décidèrent du sort de l’Allemagne et de l’Europe avant la fin des combat à Yalta en Crimée en 1945 à savoir Churchill, Roosevelt, et Staline.

Après cette séquence assez sombre, un missile est tiré depuis une base du S.H.I.E.L.D, détruisant toute l’installation et le cerveau « archivé » d’Arnim Zola. Captain et Romanoff s’enfuient indemnes, protégés par le bouclier du Captain.

Intéressons-nous maintenant à la façon dont le cerveau du scientifique a été construit.

En regardant les images au ralenti, il semble que les machines utilisées sont des appareils de bandes magnétiques de la marque IBM, des modèles de type 729 et 7330 notamment. Ces appareils pouvaient mettre en marche des bandes magnétiques dont la longueur pouvait varier. En général, le modèle de bande magnétique, sous la forme de roues mesurant un demi pouce soit 12,7 millimètres de large, que l’on aperçoit, avait approximativement une bande dont la taille était de 2400 pieds au maximum- un pied est équivalent à 0,30 mètre-, c’est à dire un peu plus de 731 mètres de long au total pour une seule bande magnétique.

Arnim Zola déclare à nos héros que son cerveau est contenu dans 200 000 pieds de surface de mémoire.

Si on divise ce chiffre de surface de 200 000 pieds par 2400 pieds pour une seule bande magnétique -soit environ 7000 mètres carrés de surface pour 731,52 mètres de bande- nous obtenons 84 bandes magnétiques servant à la conservation du cerveau de Zola. Une seule de ces bandes magnétiques pouvait, à l’époque, conserver environ 140 MB (megabytes) d’informations.

En faisant un petit calcul rapide, on peut donc estimer à 11,7 GB le cerveau ou la conscience de Zola. Soit l’équivalent d’une fraction minuscule d’une petite clef USB contemporaine ! Cela nous démontre que nous avons, en l’espace de cinquante ans, considérablement réduit le volume pour stocker, emmagasiner, archiver nos données.

Mais en revanche, nous avons aussi accru de façon exponentielle nos demandes pour conserver dans le temps toutes sortes d’informations très diverses : photos, films, documents de travail nativement numériques, documents manuscrits scannés… Or tous ces documents requièrent énormément d’espace. Saurons-nous un jour nous y retrouver dans nos masses informatiques archivées sur des serveurs, des « Clouds », des ordinateurs vieux de dix ans ?

Finalement, cette séquence pleine d’images extraites d’archives nous démontre bien l’importance du poids de chaque image, de leur usage et de l’impact moral que celle-ci peut avoir.

Bien entendu, Zola utilise les images à mauvais escient, annonçant sa victoire déjà évidente, et provoque d’ailleurs le seul moment de franche colère du Captain dans le film, qui fracasse un des écrans de rage.

Au delà de l’aspect très «complotiste» de la scène, cher à une certaine frange de la culture américaine, on se rend malgré tout bien compte que l’être humain estompe très vite les événements passés, même récents à l’échelle du temps. Il est donc important de rappeler de façon régulière, que telle image, produite dans un contexte donné, a eu un sens, un début et une fin, avec des protagonistes – ici dans notre cas écrite par les vainqueurs – à qui on impose des choix. Il faut les expliquer. Ces images et notamment celle du maréchal Keitel ou de Kadhafi nous montre à tous que rien n’est figé ou prédéterminé dans l’histoire et la vie de chaque homme, et qu’il arrive que nous soyons jugés pour nos actes. Même de la plus cruelle des façons.

Andrea Innocenzi

Defenders_1Une fan de comics ne peut s’empêcher de suivre les films ou séries dérivés de ses univers préférés. C’est ainsi que j’ai visionné toutes les séries Netflix ayant pour thème les super-héros de chez Marvel. Certaines d’entre elles comme Daredevil ou Iron Fist font référence aux archives. The Defenders étant la dernière en date, je me suis évidemment jetée dessus.

Marvel’s The Defenders est une série produite par ABC Studio et Marvel, crée par Douglas Petrie et Marco Ramirez. Elle sort en France sur la plateforme Netflix le 18 août 2017, date à laquelle j’écris ces lignes. La série réunit les quatre héros ayant eu droit à une série solo auparavant : Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist. On retrouve au casting Sigourney Weaver qui endossera le rôle de la principale adversaire du groupe de héros.

Cette série verra donc la réunion de ces personnages emblématiques de l’univers Marvel qui feront cause commune pour défendre New-York.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives ne mettent pas longtemps avant d’apparaître dans la série. On les retrouve dès le deuxième épisode – intitulé Mean Right Hook.

Pour les besoins d’une de ses enquêtes, Jessica Jones a besoin de retracer les historiques de plusieurs sociétés. Pour ce faire, elle se rend dans ce qui ressemble à un service d’archives au nom indéterminé. Pour effectuer ses recherches, elle a recours à un fichier papier, l’informatisation n’a pas eu l’air de pénétrer dans ce service new-yorkais !

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sans lumière et sans fichier informatisé

Bref, elle trouve sans peine les cotes qui semblent l’intéresser et là, surprise. Vous pensez naïvement qu’elle va présenter sa demande à un président de salle ou un archiviste quelconque ? Que nenni ! Jessica Jones file direct dans les dépôts et farfouille dans les travées.

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Ces dernières sont visiblement bien ordonnées car la détective n’a aucun peine à mettre la main sur le dossier qui l’intéresse. Que ces données concernent une entreprise privée et que Jessica puisse avoir accès aux informations concernant les transferts d’actifs de la société sans égard pour un éventuel délai de communicabilité ne trouble personne, non plus que le fait qu’elle puisse prendre en photo ces documents sans que personne ne s’en émeuve.

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Jessica répète l’opération plusieurs fois de suite, virevoltant de rayonnages en rayonnages, jouant de l’échelle mobile pour grimper vers les dossiers les plus hauts sans être dérangée par aucun être humain. Elle remonte le temps, faisant une sorte de généalogie de l’entreprise sur laquelle elle cherchait des renseignements à l’origine. Au fur et à mesure des avancées de ses recherches, les documents conservés changent d’aspect et deviennent de plus en plus anciens. Au lieu des documents tapuscrits, Jessica consulte désormais des titres de propriétés calligraphiés à la main – sans grande précaution ni aucune surveillance d’ailleurs.

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un peu d’escalade pour maintenir la forme

A la recherche de réponses, elle retire un manuscrit de son dossier. On se dit : « ok, elle va l’embarquer, ni vu ni connu étant donné qu’il n’y a personne dans ce fichu dépôt ». Raté ! Jessica erre à la recherche de quelqu’un et elle trouve… ce qui ressemble à une archiviste… ou plutôt ce qui ressemble au cliché de l’archiviste. Elle aussi est en train de farfouiller dans un tiroir et là, je me pose une question bête : en plus de n’être plus toute jeune – vous n’auriez quand même pas cru qu’on aurait droit à une archiviste jeune et fraîche – elle a l’air d’être sourde comme un pot l’archiviste ! De vous à moi, vous êtes dans vos rayonnages, vous entendez quelqu’un tripoter vos documents, vous n’allez pas voir ? Vous n’êtes pas un peu intrigué qu’une inconnue se promène dans les allées, un document extirpé d’un dossier à la main ? Si ? Hé bien…pas elle !

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L’amabilité incarnée

Jessica semble la déranger quand elle la hèle « excusez-moi »…réponse : »ouaiiiis » d’un air las. Ok, on résume : elle est sourde, se moque comme d’une guigne qu’on embarque ses archives et elle est revêche. Bon, est-ce qu’au moins, elle a un semblant de conscience professionnelle ? Jessica lui expose son souci, réponse : « qu’est-ce que je peux y faire ? »…Heu, Lui demander comment elle est arrivée là ? L’aider dans sa recherche ? Quand Jessica lui dit que les « archives les plus anciennes remontent à 1820 » et qu’elle va devoir remonter plus loin que ça, l’archiviste lui répond « allez voir le département du Patrimoine, ils ont un dépôt au Nord de Manhattan, il faut prendre rendez-vous à l’avance »… et elle se barre ! Allô madame, il y a quelqu’un dans ton dépôt qui se promène avec un document de 1820… ah ben non, elle est partie.

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Bref, on apprend quand même que les archives sont nécessaires pour faire l’histoire d’une entreprise, que l’on semble faire la distinction entre les archives les plus anciennes conservées dans un département Patrimoine et des documents plus récents. Par contre, la notion de délai de communicabilité n’est pas prise en compte puisque Jessica peut consulter ses documents sans problème et les usagers semblent pouvoir se servir librement avec la bénédiction d’archivistes peu regardants. Un point positif : la cotation et le classement ont l’air performants puisque notre détective s’en sort très bien toute seule.

Conclusion, même un super-héros a besoin d’archives pour répondre à ses questions, mais hélas, pas forcément d’archiviste. A moins qu’un archiviste super-héros arrive un jour dans l’univers Marvel ?

Sonia Dollinger

 

Les plus fidèles lecteurs se souviennent sans doute que le tout premier billet du blog était consacré à Daredevil. Marc a trouvé de nouvelles références à l’un des héros emblématiques de l’univers Marvel et vous propose un nouveau billet sur ce personnage.

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Daredevil (DD) est un super-héros créé par Stan Lee et Bill Everett en 1964. Outre la publication papier de sa propre série, le personnage a connu une adaptation en long-métrage avec Ben Affleck en 2003 et en série depuis 2015 sur la plateforme Netflix. Le sujet de ce billet concerne le numéro 167 de Daredevil,publié en novembre 1980 et paru en français dans le magazine Strange numéro 164 en août 1983. On y trouve David Michelinie au scénario –à noter qu’il travaillait sur Iron Man à ce moment là et qu’il s’agit de son seul scénario pour DD-, Franck Miller au dessin et Klaus Janson à l’encrage.

L’histoire ?

Matt Murdock est avocat le jour et justicier la nuit sous le nom de Daredevil. Suite à un accident durant son enfance, il est devenu aveugle mais ses autres sens ont été démultipliés.

Dans cet épisode, Matt Murdock est invité à une petite sauterie organisée par le patron de la Cordco, Edwin Cord. Ce dernier essaye de débaucher Matt pour le faire entrer dans la société quand l’entretien est interrompu par l’irruption du MAULER qui attaque le magnat avant que Daredevil ne s’interpose.

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Et les archives dans tout ça ??

Daredevil enquête sur l’identité et les motivations du MAULER. Edwin Cord explique qu’il s’agit d’un ancien employé, Aaron Soames, licencié pour faute grave dans la VF, pour raison administrative (« clerical reason », belle expression xylolalique) dans la VO, ayant volé un prototype d’armure (MAULER pour Mobile Armored Utility Emitter Revised) et cherchant à se venger.

daredevil_3Mais lors de l’attaque qui suit, Daredevil finit par découvrir la vérité de la bouche du Mauler. Aaron Soames, 63 ans, était un employé depuis 35 ans à la Cordco. Lorsqu’il demanda sa pension de retraite, on lui déclara que son dossier avait disparu. Et pas de dossier, pas de pension de retraite ! Il essaya la voie judiciaire mais il n’y aurait pas eu de procès avant un an. Il vola donc l’armure afin d’obtenir la force de se venger.

Et les archives donc ? L’ironie du sort voulait qu’Aaron avait été « file clerk » à la Cordco, poste que l’on pourrait traduire par archiviste/employé chargé du classement des documents. C’est l’ordinateur « plus rapide et moins cher » qui le remplace qui a effacé son dossier, suite à une erreur de l’informaticien-programmateur. La double peine….A noter que dans la version française, il n’est pas précisé l’emploi d’Aaron Soames, l’ironie de la situation est donc perdue.

David Michelinie, le scénariste, fait de ce personnage la victime moderne du machinisme, la mécanisation à tout crin, sous couvert d’économies et d’efficacité. Un discours bien connu dans de nombreuses professions, dont l’avatar dans notre domaine d’activité est le mythe de la digitalisation, du tout numérique et du zéro papier.

C’est un informaticien qui programme donc l’ordinateur à la tâche de gestion des documents. Seul. Et qui fait la boulette….Sans donner la possibilité de récupération ou même sans traces quelconques. Enfin c’est ce qu’on comprend, mais le patron est tellement machiavélique qu’il pourrait cacher toutes les traces liées à cette affaire. D’autant qu’ils ont fait vite, les bougres, pour tout numériser et détruire tous les dossiers papier….

Bref on a là un bel exemple du mythe de la numérisation en entreprise et de ce qu’il ne faut pas faire : laisser les informaticiens gérer seuls le projet, croire que la machine va remplacer l’employé, détruire sans réfléchir tous les dossiers papier….

daredevil167_3Mais au-delà de cet exemple, le Mauler montre bien que les archives sont la seule preuve permettant l’application des droits. Et sans preuves, peut-on dire qu’un fait a existé ? C’est cette sensation d’inexistence que le Mauler va finalement faire subir à Edwin Cord en détruisant tous ses documents d’identité, toutes ces cartes, bref tout le contenu de son portefeuille. Un acte symbolique, qui finira par lui coûter la vie, car il sera descendu par les gardes d’Edwin. Ce désir de prouver ses droits, incarnation de son existence sera son épitaphe, choisi par Matt Murdock.

Ainsi, pour terminer sur une note moins dramatique, mes chers confrères et consœurs, n’oubliez pas, lorsque qu’une personne se montre « pénible » de lui rappeler la chose suivante :

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Marc Scaglione

Voilà bien longtemps qu’on ne vous avait pas parlé de comics sur ce blog, réparons donc tout de suite cette lacune avec un petit bijou sorti chez Urban Comics : C.O.W.L

Ce comics est l’œuvre des scénaristes Kyle Higgins qui a déjà beaucoup travaillé pour Marvel et surtout DC (notamment sur Before Watchmen) et Alec Siegel. Aux dessins, on retrouve Rod Reis, habitué des super-héros DC et quelques planches du très talentueux Stéphane Perger. C.O.W.L est donc sorti en mars 2016 dans la collection Urban Indies chez Urban comics.

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C.O.W.L évoque la création du premier syndicat historique de super-héros par la Mairie de Chicago aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Le Chicago Organized Workers League trouve à sa tête Geoffrey Warner, Reginald Davis et Paul Braddock, respectivement connus sous les pseudonymes de Grey Raven, Blaze et Sparrow, leurs pseudonymes de super-héros.

Toutefois, les temps changent : en 1962, plus personne ne s’intéresse aux super-héros qui forment la Ligue et le maire de Chicago songe à la dissoudre après qu’elle se soit débarrassée des derniers super-vilains qui formaient le groupe des Six.

Comment les héros membres de la Ligue pourront-ils résister à cette disparition programmée ? Que faire de ces héros désormais sous-employés ? Jusqu’où les créateurs de la Ligue seront-il prêts à aller pour faire perdurer leur rêve ?

Cet ouvrage est accessible sans aucun problème à ceux qui n’auraient jamais lu de comics, il flotte dans ce récit un parfum de récit mafieux, une ambiance noire et poisseuse qui ravira également les amateurs de polars. L’aspect super-héroïque est très peu présent, surgissant juste aux moments adéquats.

Un titre qui parle de corruption, de sens moral, de sexisme, un récit où les pire ordures ne sont pas toujours là où on les attend, un titre superbement illustré, que du bonheur.

Et les archives dans tout ça ??

Alors qu’ils procèdent à l’arrestation de Skylancer, un super-vilain, John Pierce, membre de la C.OW.L, tombe sur un dossier classifié qui n’aurait jamais dû se trouver dans l’appartement du délinquant. Ce document semble assez compromettant pour la Ligue car ils ont permis à Skylancer de fabriquer des armes à partir des plans tirés des archives de la Ligue. Intrigué, John cherche à savoir pourquoi ces archives sont apparues dans les mains de leur ennemi.

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Un type qui s’intéresse au système d’archivage, oui, ça existe !

Pour en savoir plus, John se rend au service Recherches et pose des questions sur l’archivage des dossiers. Le directeur répond que la majorité des archives ont été externalisés pour des problèmes de place dans un entrepôt sécurisé.

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pas très fun le dépôt d’archives

A son arrivée aux Archives délocalisées, John trouve un entrepôt entièrement vide. Ont-elles vraiment disparu ?

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Un dépôt un peu trop bien rangé…

C.O.W.L illustre l’importance de la protection des données et des archives scientifiques et industrielles et montre les enjeux de leur utilisation. Les archives qui n’intéressent plus le département Recherches sont reléguées dans un entrepôt après leur durée d’utilisation courante (la DUA bien connue des archivistes). Pourtant, les archives sont aussi un enjeu politique et font objet de trafics ce que démontre leur étrange disparition et la réapparition de certains dossiers stratégiques dans des mains ennemies.

Une fois de plus, C.O.W.L démontre l’importance stratégique des archives et de leur contrôle malgré le peu d’intérêt apparent qu’elles semblent receler. Il faut toujours faire attention de ce qu’on peut trouver dans un dépôt d’archives !

Sonia Dollinger