Archives de la catégorie ‘Jeux’

GreedFall est un jeu vidéo sorti en 2019 sur PC, Xbox One et PS4. De type Action RPG, il est développé par le studio français Spiders (Le Testament de Sherlock Holmes, of Orcs and Men, The Technomancer) et édité par Focus Home Interactive.

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Quelle est l’histoire ?

L’intrigue prend place dans un monde de fantasy semblable à l’Europe du XVIIe siècle. Les nations continentales ont découvert un nouveau monde : une île gigantesque et pleine de nouvelles promesses nommée Teer Fradee. Vous incarnez De Sardet, légat de la neutre Congrégation marchande (un équivalent de la Hanse), envoyé à la colonie de Nouvelle-Sérène pour assister votre cousin, Constantin d’Orsay, le nouveau gouverneur. Vous débarquez dans une situation tendue et vous devrez faire œuvre de diplomatie avec les natifs, qui ne voient pas les colons d’un bon œil, et les colonies de vos nations alliées mais néanmoins antagonistes entre elles : la théocratique Thélème et la scientifique Alliance du Pont. En plus de cela, vous partez en quête d’un remède à la malichor, une maladie qui fait des ravages sur tout le continent. Bienvenue sur Teer Fradee, légat !

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Bonjour, on est les gentils colons…

Et les archives dans tout ça ??

Les archives apparaissent aux détours de quelques missions du jeu.

Lors de vos différents échanges avec les Natifs, vous découvrez des ruines de ville, des ruines trop anciennes pour avoir été construites par une des nations alliées depuis la découverte de l’île quinze ans plus tôt. Les Natifs ont un système d’écriture réservé aux sages et non accessible aux étrangers. Vous ne pouvez que faire appel à la mémoire orale et aux fresques dessinées sur les ruines. Vous décidez néanmoins de fouiller plus avant les ruines, qui sont taboues pour les locaux. Vous trouvez finalement les restes abîmés d’un journal intime qui raconte la peur alors que la colonie est en train de tomber sous les assauts des Gardiens, des créatures protégeant l’île. Il reste un sceau visible et vous reconnaissez après étude, le sceau de la Congrégation marchande, sous sa forme vieille de deux siècles. Honteux d’avoir perdu, la Congrégation a gardé l’existence de l’île secrète des siècles durant. Ecrits du for privé et sigillographie sont donc primordiaux pour mieux comprendre l’histoire de ce monde.

Lors d’une mission annexe, un de vos compagnons, le capitaine Vasco vous demande de l’aide. Vasco est en effet membre de la corporation des Nautes. Cette corporation de marins détient le monopole quasi exclusif de la navigation grâce à des techniques avancées. Ses membres sont soit des engagés volontaires (ce qui reste rare), soit des enfants nés à bord des bateaux ou encore des enfants donnés pour résoudre des conflits : on dit alors qu’ils sont mer-donnés. Vasco est un de ceux-là et n’a jamais connu ses parents. Il souhaitait consulter son dossier personnel qui comporte le nom de ses parents biologiques mais il lui faut pour ça atteindre le grade d’amiral. Vu ses derniers échanges houleux avec sa hiérarchie, il doute de jamais atteindre ce grade et vous demande de l’aide pour voler son dossier. Archives et quête d’identité sont des concepts souvent liés et qui trouve ici une nouvelle illustration.

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Capitaine Vasco en quête de son dossier

Enfin, vous êtes appelé à résoudre un conflit entre un clan de natifs et la Congrégation marchande. L’enjeu est une concession de terrain faite pour une exploitation forestière qui s’est transformée en mine, ce qui va à l’encontre de la volonté des natifs. Vous exigez des explications du marchand concessionnaire qui vous envoie poliment voir ailleurs, vous disant que tout est en ordre. Vous allez donc fouiller dans les archives du Gouvernorat de Nouvelle-Sérène, puisque tous les actes de ce genre doivent être approuvés par le Gouverneur. Vous descendez dans le sous-sol du Palais et vous découvrez la salle des archives. Un bureau, des jolis rayonnages de bois, mais pas de personnel, et des archives jonchant le sol. On peut se dire que la colonie étant encore jeune et en développement, ils n’ont pas encore de personnel compétent. Ou que le studio n’a tout simplement pas voulu s’embêter à coder un archiviste. Qu’importe De Sardet trouve, grâce à la magie des jeux vidéos, le contrat mais étranger au charabia juridique, doit faire appel au précédent gouverneur, Mme de Morange pour comprendre l’acte.

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Les archives du gouvernorat

Pas d’administration sans archives, pas de droit sans archives, mais des archives qui nécessitent toujours un petit décryptage !

GreedFall offre donc un panel intéressant mais discret du monde des archives et de leur intérêt.

Marc Scaglione

Final Fantasy VII est un jeu vidéo de la saga de fantasy Final Fantasy (FF) développé par Square. Sorti en 1997, cet opus est marquant à plus d’un titre : il est le premier FF à sortir sur la console Playstation et est le premier à utiliser des graphismes 3D rendus en temps réel. Enorme succès critique et commercial, le jeu s’est vendu à un peu moins de 10 millions d’exemplaires. Un remake est annoncé et doit sortir sous format épisodique à partir de 2020.

Quelle est l’histoire ?

Nous suivons les aventures de Cloud Strife, mercenaire, qui rejoint le groupe éco-terroriste « Avalanche » en lutte avec la Shinra, une puissante entreprise qui exploite l’énergie vitale de la planète.

L’histoire démarre à Midgar, vaste cité industrielle siège de la Shinra.

Et les archives dans tout ça ??

Après moult péripéties, Cloud, Tifa et Barrett infiltrent la tour Shinra, le siège social de la société à Midgar. Ils se fraient un chemin jusqu’au soixantième étage, mais font face à un système de sécurité plus complexe pour les étages supérieurs. Il faut un badge spécifique étage par étage. L’équipe part en quête de ces objets. Ils atteignent le soixante deuxième étage, les archives. Etrangement, c’est là que se trouve le bureau du maire de Midgar, Domino.

Deux magasins d'archives bien ordonnés

Deux magasins d’archives bien ordonnés

Cloud rencontre le maire qui reconnaît en eux les terroristes. Il n’appelle cependant pas la sécurité et leur promet de leur donner son badge d’accès aux étages supérieurs s’ils devinent le mot de passe de quatre lettres que Domino utilise. Pour cela, il faut visiter les magasins d’archives. Il y en a quatre, correspondant chacun à un Département de la Shinra : Développement Urbain, Maintien de la Paix, Développement de l’Armement et Développement spatial. Dans chaque salle, il est indiqué que les documents ne doivent pas sortir de la salle et être mélangés avec ceux des autres départements. Ce qui est une injonction somme toute logique. Mais qui participe à l’énigme : en effet, Domino a parsemé des documents étrangers aux autres départements dans les magasins. Ceux-ci portent un numéro. Une fois les documents étrangers identifiés, il faut utiliser le numéro pour compter le nombre de lettres dans le titre. Vous trouverez quatre documents, et donc quatre lettres.

B est la 15ème lettre

B est la quinzième lettre…

Cloud retourne donc voir Domingo pour obtenir le badge. Ce dernier le leur donne en justifiant son attitude. En effet, il est étrange que le Maire de Midgar s’associe aux terroristes. Domino déclare qu’il n’a de maire que le titre, que seule la Shinra gouverne, le cantonnant à garder les documents de la société, d’où sa présence à cette étage. Domino ne supporte plus les humiliations de la Shinra et souhaite se venger « d’être traité comme un modeste employé ». C’est la raison de son aide.

La Shinra est une entreprise méticuleuse : les archives sont bien classées et situées dans une zone très sécurisée. Néanmoins, elle a oublié un point primordial : l’aspect humain. Le placard des archives est hélas une réalité et est souvent subi comme une humiliation. Vu la sécurisation des documents, la Shinra a donc considéré que l’homme n’était pas dangereux… Grosse erreur…. De leur côté, les terroristes quittent l’étage sans en profiter pour nuire soit en copiant soit en détruisant les archives….

Du point de vue gameplay, créer une énigme se basant sur la logique de classement des archives est une idée qui apparaît des plus sympathiques à tous les archivistes ! Mais ! La version française de FF7 est notoirement célèbre pour être douteuse, cette quête était hélas buguée. Les captures d’écran sont repris de versions corrigées par un patch de traduction amateur appelée « Néo-Midgar ». Ainsi dans la version anglaise, Domino indique être « a librarian ! », dans la première version française « un bibliothécaire !» et dans la traduction « amateur » « un archiviste ! » (cf image plus haut). Pourtant il ne peut y avoir d’équivoque car Domino indique bien garder « Shinra’s documents ».

Version anglaise

Version anglaise

1ere version française

Première version française

Le placard des archives

Le placard des archives

Si la nouvelle traduction française est la plus correcte, le terme anglais n’est pas le reflet d’une incompréhension de notre métier. Le jeu est japonais. Dans cette culture, la science archivistique est toute récente. Alors que la population japonaise est double de celle de la France, les formations sont seulement au nombre de quatre. Dans ce pays donc encore majoritairement, bibliothécaire et archiviste sont souvent assimilés. Si vous êtes lecteur de manga, cela ne vous choquera pas car vous aurez déjà croisé ces notions hybrides (Fullmetal Archivist, Mystic archives of Dantalian, etc.).

Dans Final Fantasy VII Remake, sorti le 10 avril 2020, nos héros recroisent Domino dans des circonstances identiques. Montant dans la tour Shinra pour secourir Aerith, Cloud, Barett et Tifa sont invités au soixante-deuxième étage au bureau du maire qui se trouve dans les archives. Première différence fondamentale avec la version originelle, l’énigme dans les archives disparaît. A la base, petit jeu du maire en rébellion, elle n’est plus nécessaire puisque, dans cette version, Domino est membre du même groupe terroriste que nos héros. Mais ses motivations restent identiques, il n’adhère pas au discours écologique, mais veut seulement se venger de la Shinra. Il se plaint auprès des héros. Et dans ce remake, les versions française et anglaises divergent.

La version anglaise indique bien que le soixante-deuxième étage est celui des « Corporate archives ». Domino se plaint de passer ses journées à classer de la paperasse, au point que ses « mains et doigts ont plus de coupures de papier que de peau » ! J’ai envie de dire que c’est le métier qui rentre !! Il indique juste être relégué au statut de « librarian ».

62ème en anglais

version anglaise : Corporate Archives

Eh oui, c'est le métier qui rentre

oui, c’est le métier qui rentre

La version française gomme toutes les allusions aux archives et les remplace parfois par le terme de bibliothèque. Seul le nom d’étage conserve la mention d’archives d’entreprise. Ainsi la complainte de Domino sur ses doigts se transforme en français en une tirade lyrique. Même les robots que l’on croise, simplement appelés « robot » en anglais, deviennent « robots-bibliothécaires ».

62ème en français

version française : les archives d’entreprise

tirade français

une sacrée tirade !

Peu de choses varient donc avec ce remake par rapport à la version d’origine.

Marc Scaglione

Control est un jeu sorti en août 2019. Il est publié par le studio Remedy, créateur de la trilogie Max Payne, Alan Wake et Quantum Break, et édité par 505 Games. Il s’agit d’un jeu d’aventure à la troisième personne. L’ambiance du jeu rappellera à certains le travail de Lynch sur Twin Peaks par exemple, tout en évoquant X-Files.

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Quelle est l’histoire ?

L’histoire se déroule à New York, au cœur d’un bâtiment appelé l’Ancienne Maison qui abrite une agence secrète chargée du paranormal — le Bureau Fédéral du Contrôle — qui est attaquée par le Hiss, une entité surnaturelle et hostile qui prend possession des employés. Le joueur incarne Jesse Faden, qui tente de reprendre le contrôle de la situation et retrouver son frère Dylan, enlevé par ladite agence il y a 17 ans dans la petite ville d’Ordinary. Alors qu’elle s’empare du revolver appartenant à l’ancien directeur, Jesse devient, bien malgré elle, directrice. Équipée de sa nouvelle arme, Jesse va devoir résoudre diverses situations dans l’Ancienne Maison tout en se débarrassant des ennemis possédés par le Hiss.

Et les archives dans tout ça ??

Vous visitez les bureaux de l’Agence qui ont été attaqués de manière impromptue : vous découvrez donc un endroit laissé dans son jus quotidien (si on omet les attaques de monstres). Vous pouvez donc feuilleter les dossiers. Par ce biais, vous en apprenez plus sur l’histoire et l’organisation du Bureau. Un moyen classique d’étendre l’univers. collecter les archives vous permettra d’obtenir le trophée « Archiviste de bureau » et « Greffière », traduction française du succès anglais « Record Keeper »…

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menu des collectibles

L’immeuble qui abrite le Bureau, l’Ancienne Maison, supporte mal les technologies nouvelles. Ainsi les ordinateurs sont très anciens, la communication se fait via pneumatique. Les archives sont encore papier et tout le long de votre aventure, dans tous les départements vous croiserez des meubles à archives. L’endroit le plus développé que vous explorerez est appelé « Lettres mortes ». Il s’agit des archives du département de la Communication, qui effectue le recensement des courriers reçus par le bureau contenant les descriptions de faits étranges que ceux-ci soient réels ou de simples affabulations …

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les grandes armoires des lettres mortes

Vous découvrez finalement le service Archives. Ce dernier se trouve au deuxième étage du Panoptique, un espace de confinement. Les étages inférieurs et supérieurs sont réservés aux cellules pour les objets et les personnes dangereuses. La sécurité y est maximale. Outre les obstacles pour atteindre le Panoptique, il faudra passer deux portes blindées pour atteindre le service. La sécurité est un enjeu majeur du Bureau puisque vous croiserez nombre de copies censurées dans les bureaux.

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les Archives

En étudiant les installations, on réalise que l’endroit est assez réaliste. Il y a des bureaux insonorisés pour effectuer des transcriptions des enregistrements audio, des magasins de meubles à dossier, des magasins pour objets et bobines (on notera les numéros d’épis sur les murs directement, ce qui donne un certain style). Le magasin de bobines, comporte d’ailleurs un bureau équipé d’un projecteur pour analyser les bandes et les décrire avant archivage.

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bureau de retranscription

La sécurité des archives est importante et les données sont considérées comme de première importance. Ainsi lors d’un incident antérieur avec une poussette altérée, une partie des archives est détruite. Le Bureau lance une reconstitution de ces dernières, en réinterrogeant les témoins de phénomènes par exemple.

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des numéros d’épis sur les murs

Dans Control, nous ne croisons pas d’archiviste, et nous n’avons pas de missions d’importance dans les archives. Nous les découvrons lors de notre périple et elles nous permettent de mieux comprendre cet univers étrange. Control nous offre une visite guidée assez réaliste de la gestion des archives dans une agence gouvernementale, de leur sécurité à leur importance stratégique, en passant par des infrastructures de qualité.

Marc Scaglione

Enslaved : Odyssey to the West est un jeu-vidéo d’action aventure sorti en 2010 sur PC, Playstation 3 et Xbox 360. Il est développé par le studio Ninja Theory (Heavenly Sword, DmC : Devil May Cry, HellBlade : Senua’s Sacrifice) et scénarisé par Alex Garland (scénariste de 28 jours plus tard et de Dredd version 2012). Le scénario est inspiré du roman chinois La Pérégrination vers l’Ouest, qui a aussi inspiré le manga Dragon Ball .

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Quelle est l’histoire ?

150 ans après une guerre apocalyptique, les rares humains tentent de survivre face aux machines tueuses et d’échapper aux esclavagistes. Nous suivons Monkey, qui s’échappant d’un vaisseau esclavagiste, rencontre Trip. Cette dernière prend le contrôle de la couronne d’esclave de Monkey et lui propose un marché : il l’aide à rentrer chez elle puis elle le libérera de cette couronne. Ainsi commence l’odyssée de Trip et Monkey.

Et les archives dans tout ça ??

Les explications qui suivent vont dévoiler toute l’intrigue et la fin du jeu. Partez si vous souhaitez le faire. [SPOIL]

Lors du voyage, Monkey est pris de maux de tête soudains. Il est assailli par des images qui lui sont inconnues, provenant de la couronne esclavagiste, des images d’un passé lointain. A leur arrivée chez Trip, cette dernière réalise que les habitants de son village ont été raflés par les esclavagistes de Pyramide. Monkey et Trip décident donc de partir afin de libérer les esclaves.

Après avoir traversé nombre de dangers, Trip et Monkey atteignent Pyramide. Ils y découvrent des esclaves en transe sous l’effet de leurs couronnes pilotées par une drôle d’entité. Cette dernière se fait appeler « Pyramide » (comme c’est original) et explique à Trip et Monkey sa véritable nature. Il affiche alors un grand écran son visage (incarné par Andy Serkis) et indique être le rassemblement des souvenirs d’un homme qui a vécu avant la Grande Guerre et l’Apocalypse. « Mais je ne suis pas que des souvenirs, je ne suis pas que des archives » leur explique-t-il.

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Il se conçoit comme la solution à la peine du monde, car les humains vivent cachés et dans la désolation. Grâce aux archives de Pyramide, les hommes peuvent vivre dans une simulation du passé, qui leur apporte joie, bonheur et sécurité. Monkey le vagabond se laisse séduire, mais Trip refusant un monde l’illusion, détruit la connexion entre l’entité et les machines de contrôle, réduisant la simulation de Pyramide à néant.

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Si le thème des archives du monde d’avant est un motif récurrent dans ce type d’œuvre post-apo, on aborde ici un angle intéressant : les archives comme vecteur de nostalgie et de passéisme. Qui n’a pas connu un proche qui ne garde ni photos ni papier, indiquant ne pas vouloir « rester bloqué dans le passé » ou « ne pas être nostalgique », et ainsi détruire des choses considérées comme « inutiles » ? Le rapport aux archives nous renseigne sur le lien de chacun à la mémoire qu’elle soit individuelle et collective. Et comme tous rapports, il peut tomber dans une situation d’extrême, de nostalgie, de passéisme et de glorification avec le fameux adage populaire « C’était mieux avant ».

Marc Scaglione

La série de jeux « Dark Souls » est née en 2011 des mains du studio FromSoftware et de son président, Hidetaka Miyazaki. Elle a connu un second opus en 2014 puis une troisième itération en 2016. Miyazaki, est lui-même à l’origine de l’histoire et celle-ci se distingue de beaucoup d’autres productions par sa dimension très cryptique, plongeant le joueur dans un univers gothique-médiéval sans aucune tendresse pour qui que ce soit, à l’image des univers de ceux qui l’ont inspiré : les écrits horrifiques d’H(oward) P(hillips) Lovecraft et le manga de Kentarõ Miura, Berserk. Autre particularité de l’œuvre de Miyazaki, le joueur se retrouvé livré à lui-même dans un univers dont il ne détient aucune clef et c’est à lui de reconstruire la trame scénaristique au fil de ses aventures et découvertes. Miyazaki accorde une grande place à la recherche de la connaissance et plus le joueur en apprendra sur le monde dans lequel il est plongé, plus il découvrira un monde torturé et malsain. La connaissance est dangereuse dans Dark Souls et la folie guette ceux qui s’instruisent.

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Quelle est l’histoire ?

Au commencement était l’Âge des Anciens où d’immortels dragons régnaient sur un monde terne et rocailleux. Vint alors l’avènement du Feu qui apporta avec lui des forces naturelles mais opposées telles que la Lumière et les Ténèbres. De celles-ci naquirent quatre Seigneurs, des divinités qui donnèrent consistance au monde mais se retrouvèrent vite opposées aux dragons. L’un d’entre eux, Seath l’Écorché, jalousant leur immortalité, choisit de trahir ses frères ce qui scella leur destin. Se mit alors en place l’Âge du Feu, celui des Seigneurs mais il ne dura pas et la Flamme s’éteignit, laissant place aux Ténèbres. Le joueur incarne une âme damnée revenant sans cesse d’entre les morts afin de raviver la Flamme du monde et chasser les Ténèbres.

Et les archives dans tout ça ??

Dans le premier opus de la série nous étions amenés à rencontrer Seath l’Ecorché dans les « Archives du Duc ». Celles-ci se trouvaient dans la cité royale d’Anor Londo et conservaient le fruit de ses recherches et expériences sur l’immortalité. Petit à petit ce savoir lui fit perdre la raison et il les fit garder par des monstres afin d’être le seul à pouvoir accéder à ce savoir. Si le temps est une donnée difficilement quantifiable dans cet univers, il est certain que Dark Souls 3 se passe longtemps après car, lorsque le joueur est amené à aller à Anor Londo, il retrouve des vestiges de ce qu’il a pu rencontrer dans le premier volet. Tout l’intérêt ici réside dans le fait que le joueur passe une nouvelle fois par les archives mais celles-ci sont bien différentes. Elles portent désormais le nom de « Grandes Archives » et semblent avoir été construites sur celles de Seath. Dans ces archives il y a une véritable notion d’héritage et de transmission puisqu’une bonne partie des documents des Grandes Archives est constituée des travaux du dragon qui ont traversés les siècles car on apprend que, peu avant l’ère du troisième opus, ces mêmes archives ont servi au roi Oceiros à mener des expériences similaires à celles de Seath, sur sa propre descendance. Il est également dit de ces Grandes Archives qu’elles conservent la mémoire des souverains d’Anor Londo et qu’elles concentrent tout le savoir du monde.

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Bienvenue dans les Grandes Archives

En accord avec le postulat de Miyazaki selon lequel la connaissance est dangereuse dans cet univers, les archives attaquent le joueur qui s’en approcherait trop : des mains fantomatiques sortent des livres le maudissant petit à petit.

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Les risques du métier

Il faut noter deux choses sur la représentation des archives :

 – La première c’est que comme dans beaucoup d’œuvres de fiction, elles ressemblent à une bibliothèque. Ici elle est luxueuse et contient un nombre incalculable de livres placés sur des dizaines de rayonnages et empilés un peu partout sur le sol. Les livres constituent d’ailleurs le seul type d’archives que l’on peut trouver. On retrouve également dans le jeu la problématique de l’espace de stockage qui n’arrive plus à suivre la somme d’archives accumulées.

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Des archives et… du feu !

Deuxièmement ces archives sont situées au sommet du château, juste avant la salle du trône. Cela retranscrit la place que certains monarques ont pu accorder à la préservation du savoir collecté au fil des siècles, conscients de l’importance qu’il y a à ne pas laisser se perdre cela.

Quid de la représentation du producteur et de l’archiviste maintenant ?

Le producteur serait Seath, auteur des recherches qui constituent la totalité des archives du premier jeu et sans doute une très grosse majorité de celles du troisième. A l’époque où il était vivant et maître des Archives du Duc, on pouvait également l’associer à un archiviste puisqu’il était le seul à détenir leur connaissance et à les ordonner. Les monstres qui faisaient offices de gardes n’étaient là que pour défendre les archives de la convoitise que la connaissance pouvait susciter chez certaines personnes. Au-delà d’une question de game design de mettre des ennemis sur la route du joueur, on peut voir une certaine réalité dans ce besoin de protection car les services d’archives sont aujourd’hui obligés d’apposer des tampons sur les archives afin de lutter contre le vol et le recel.

Dans Dark Souls 3 il n’y a pas de figure gardienne telle que Seath. Les archives sont héritées de l’histoire et donc le producteur n’est plus vraiment une donnée très présente bien que le roi Oceiros puisse être considéré comme tel puisqu’il a poursuivi les recherches de Seath. Néanmoins, au moment de Dark Souls 3, tout ce que nous en trouvons est un être difforme, privé de la vue et de la raison. Le même raisonnement s’applique à l’archiviste puisque personne ne semble s’occuper des Grandes Archives à ce moment-là. Parmi les monstres des archives nous trouvons néanmoins des choses intéressantes : des érudits déambulant dans les rayons afin d’apprendre la sombre magie de Seath et s’attaquant au joueur. Difficile de voir en eux des producteurs ou des archivistes car ils ne font, à priori, que s’instruire. Ces savants se rapprochent peut-être plus de visiteurs ou de chercheurs assoiffés de connaissances ce qui, dans le monde tordu de Dark Souls, leur a fait perdre la raison.

Dans l’œuvre de Miyazaki les archives représentent donc un lieu de conservation de la mémoire où l’archive est non seulement importante mais est potentiellement la seule chose à survivre à l’effondrement d’un âge, ce qui semble être le cas entre Dark Souls 1 et 3. La conception de Miyazaki selon laquelle la connaissance fait sombrer dans la folie quiconque la côtoie trop semble abusive mais, qui sait ce qui attend les archivistes ?

Sébastien DEPESSEVILLE