Articles Tagués ‘Science-fiction’

Préférence Système est un roman graphique scénarisé et illustré par Ugo Bienvenu, sorti en 2019 chez Denoël. Il s’agit de la troisième œuvre graphique de cet auteur qui est également réalisateur de films d’animation et de courts-métrages. Préférence Système reçoit le grand prix de la critique décerné par l’ACBD (Association des Critiques et des Journalistes de Bande Dessinée) et est sélectionné à Angoulême dans la sélection officielle.

Quelle est l’histoire ?

Nous sommes en l’an 2055, les capacités de stockage de la mémoire numérique de l’humanité sont saturées. Pour pouvoir accueillir les nouvelles productions, aussi futiles soient-elles, il faut absolument faire de la place et éliminer des données. Yves Mathon, archiviste au bureau des Essentiels est chargé de présenter chaque jour des archives devant un tribunal qui juge de la pertinence de leur conservation ou de leur élimination. Toutefois, les critères d’élimination ne sont pas du goût d’Yves qui se lance alors dans un procédé interdit : sauvegarder clandestinement des archives condamnées.

Et les archives dans tout ça ??

A la lecture du résumé qui précède, il n’est pas difficile de comprendre que la question des archives est centrale dans ce récit. Il n’est évidemment plus question d’archives physiques, elles ont, semble-t-il, totalement disparu au profit des données numériques. Les archivistes gèrent donc des giga octets et se retrouvent face à des murs de serveurs qui montrent le gigantisme de tout ce qui est emmagasiné dans la mémoire collective.

Pourtant, leur problématique est exactement la même que la nôtre : la place manque et ce d’autant plus que la mémoire numérique mondiale est saturée par les contenus produits quotidiennement par les internautes. Pour conserver ces données récentes, malgré le peu d’intérêt qu’elles recèlent, il faut donc sacrifier des archives plus anciennes.

Le rôle d’Yves Mathon, archiviste, est donc de présenter des archives à une sorte de tribunal qui décide de leur conservation ou de leur élimination. Les critères retenus sont le nombre de consultations, peu importe l’intérêt de l’œuvre par ailleurs. C’est ainsi que le lecteur assiste, horrifié, à l’évaluation de 2001, l’Odyssée de l’Espace, qui est éliminé sans pitié ainsi que toutes les archives afférentes au film car ce dernier n’est pas visionné assez souvent. L’archiviste défend pourtant l’intérêt de la conservation des documents concernant le film de Kubrick, mettant en avant l’importance de l’œuvre dans l’histoire du cinéma mais rien n’y fait, les archives sont condamnées. Cet état de fait rappelle les débats contemporains sur la réévaluation des archives qui se sont faits jour ces dernières années : comment juger de la pertinence de la conservation ou non de données uniques dont on ne retrouve pas trace ailleurs. Pourquoi détruire ou ne pas collecter tel type d’archives, sont-elles vouées à la destruction uniquement parce qu’elles sont peu consultées ? Et si elles sont peu consultées, est-ce pour leur manque d’intérêt ou parce que leur existence est mal connue ? Le dilemme de l’archiviste est ici intense : s’il parvient de justesse à sauver l’œuvre de Victor Hugo, il ne peut qu’assister impuissant à la destruction de celle d’un poète dont la production est jugée trop mineure.

Adieu Stanley Kubrick !

Pourtant devant cette généralisation de la destruction d’archives essentielles à la compréhension des sociétés passées. L’une des phrases choc du titre fait réfléchir à la nécessité de la conservation des documents des mondes engloutis : « chaque homme dans sa vie assiste à la fin d’un monde » : celui de sa jeunesse et de ses espérances.

Or, grâce aux archives, ce monde perdu n’est jamais totalement annihilé. L’humain apparaît au moins deux fois dans un document d’archives : dans son acte de naissance et dans son acte de décès. Supprimer ces documents, c’est supprimer définitivement la trace d’une existence. La lutte clandestine des archivistes dans Préférence Système montre combien les archives restent un domaine sensible et délicat. L’un des collègues d’Yves Mathon tente de sauvegarder les archives politiques qui sont effacées sans aucun scrupule, Yves, lui est sensible à l’art sous toutes ses formes et il ne peut se résoudre à détruire irrémédiablement les œuvres sorties des mânes de l’esprit humain. On lui reproche alors d’agir en critique d’art plus qu’en archiviste, comme si notre métier se bornait à gérer de l’espace sans aucune réflexion sur le contenu des documents dont nous avons la garde.

Notre archiviste se met donc hors la loi en sauvegardant illégalement des archives dans le système de son robot domestique. Ces archivistes bravant l’interdit nous rappelle que nous ne sommes pas des simples exécutants, lecteurs insensibles de circulaires mais des êtres doués de réflexion et de sensibilité, ce qui joue inévitablement sur nos choix archivistiques.

Ironie du sort, l’ouvrage montre aussi la précarité des archives numériques et la solution finale revient à la transmission orale lorsque Mikki le robot apprend des textes par cœur à la jeune Isi qui devient, dès lors, un magasin d’archives vivant. La technologie cède devant l’humain qui reste le meilleur passeur d’archives qui soit, la robotique s’efface devant le sensible qui triomphe malgré tout et permet la continuité de la mémoire.

Pour compléter cet article, nous vous conseillons la lecture de l’interview d’Ugo Bienvenu dans Archimag.

Sonia Dollinger

Star Trek : Discovery est une série télévisée américaine de science-fiction. C’est la sixième série en prise de vue réelle de l’univers Star Trek. Elle se déroule une dizaine d’années avant la série de 1966. La série compte actuellement deux saisons diffusées sur CBS pour les Etats-Unis et Netflix pour le reste du monde, la troisième est prévue pour 2020.

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Quelle est l’histoire ?

Michael Burnham a été élevée selon la culture vulcaine par Sarek. Elle est la première humaine à avoir reçu l’enseignement du Centre de formation vulcain de l’Académie des sciences. Quelques années plus tard, en 2256, elle est devenue Premier Officier modèle sur le vaisseau de Starfleet, l’USS Shenzhou, sous les ordres du Capitaine Philippa Georgiou. Lorsque le vaisseau est confronté aux Klingons, elle désobéit aux ordres de sa supérieure. Cela provoque la destruction du vaisseau et la mort de nombreux officiers, dont le capitaine Georgiou. Michael est condamnée par la Cour martiale à la réclusion à perpétuité et exclue de Starfleet. Cependant, six mois plus tard, elle est transférée sur l’étrange vaisseau USS Discovery, tenu par le Capitaine Gabriel Lorca.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives apparaissent dans les saisons 1 et 2 et sont un enjeu à des degrés divers.

Dans la saison 1, l’USS Discovery se retrouve par accident dans un univers parallèle. Pour mieux comprendre cet univers et sa logique, l’équipage récupère le noyau de données d’un vaisseau en miettes. Grâce à ce dernier, ils apprennent qu’un autre vaisseau l’USS Defiant s’est retrouvé dans cet univers, mais les archives semblent classées à un haut niveau de confidentialité. Accéder au dossier du Defiant permettrait peut-être de trouver un moyen de rentrer dans le bon univers. Ne pouvant demander gentiment, l’équipage met un plan en place. Michael Burnham se fait passer pour son double de cet univers, passé pour mort. Grâce à ce subterfuge, elle obtient le dossier accessible aux officiers de son niveau. Mais le dossier disponible sur le réseau est caviardé. Il ne reste qu’une solution : trouver le dossier original aux archives qui se trouvent au Palais…

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Les archives de la découverte de l’USS Defiant

Dans la saison 2, l’USS Discovery est arraisonné par une Sphère étrange, un organisme vivant inconnu. L’équipage finit par comprendre que cette Sphère est mourante et souhaite offrir ses souvenirs, sa mémoire. En effet, il est estimé que la Sphère a au moins 100 000 ans, se déplaçant sa vie durant dans toute la galaxie. Elle a donc tant vu ! Le Discovery se fait dépositaire de cette mémoire et l’équipage s’ébahit devant tout ce savoir et ces connaissances ! Il est rare de voir dans une fiction un don d’archives, d’autant plus rare de voir l’enthousiasme que cela suscite.

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La Sphère agonisante cherchant à communiquer avec le Discovery

Ces archives feront le bonheur des scientifiques durant des siècles selon l’estimation de l’équipage. Coup de chance, les souvenirs de la Sphère ne sont pas mélangés et ne nécessitent pas d’être traités. Elles sont déjà classées. Un don d’archives c’est exceptionnel, mais d’archives déjà classées ça l’est encore plus. Le seul problème est la volumétrie monumentale de ces données, qui nécessite l’assistante d’un membre d’équipage avec implants cybernétiques pour retrouver les informations recherchées.

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analyse des archives de la Sphère

On voit d’ailleurs un petit glissement sémantique du moins en version française : alors qu’on parle au début « des données de la Sphère », l’ensemble se trouve vite dénommé « l’archive de la Sphère ».  Et cette archive de la Sphère, utilisée pour dénouer des situations, va bientôt devenir l’enjeu de toute la saison 2 : celui qui la détiendra, aura le sort de la galaxie entre ses mains !

Marc Scaglione

Le Temps fut est un roman de science-fiction de Ian Mc Donald, auteur britannique, publié au Royaume-Uni en 2018 et en France aux Editions le Belial en février 2020. Le titre a reçu le British Science Fiction Award en 2018.

Quelle est l’histoire ? 

Emmett Leigh est un bouquiniste indépendant qui récupère, achète et vend des ouvrages de toute nature. Fin connaisseur et bibliophile averti, aucun détail n’échappe à sa sagacité. Alors qu’il s’intéresse aux ouvrages issus de la liquidation du fond de la librairie d’un de ses confrères, Emmett tombe sur un recueil de poèmes intitulé Le Temps fut, sans grande qualité littéraire. Toutefois, alors qu’il inspecte l’intérieur du petit ouvrage, le bouquiniste est attiré par un manuscrit glissé entre les pages. Il s’agit d’une lettre d’amour écrite par un prénommé Tom à son amant, Ben au cours du second conflit mondial. Intrigué, Emmett Leigh décide de mener l’enquête sur ces deux individus et ce qu’il découvre est plutôt surprenant…

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Et les archives dans tout ça ??

C’est en découvrant une lettre d’amour liant deux individus pendant la Seconde Guerre mondiale qu’Emmett Leigh est intrigué. Il entame alors des recherches en ligne sur l’histoire des régiments et rentre en contact avec une jeune femme, Thorn, qui reconnaît les deux protagonistes reliés par cette fameuse lettre. Thorn a hérité d’un grenier rempli d’archives familiales qu’elle met à disposition d’Emmett. On voit donc combien ces réseaux sociaux, parfois décriés voire néfastes, peuvent aussi, bien utilisés, être sources d’entraide entre chercheurs et permettent de voir émerger des fonds d’archives encore inexploités, en l’occurrence, des « photographies, lettres, journaux intimes et carnets », ce qu’il est convenu d’appeler des écrits du for privé, qu’archivistes et historiens aiment tant dénicher. Le sort de ce type de documents tient parfois à peu de choses, la famille de Thorn a gardé les archives car « les jeter aurait été trop fatiguant » Bénie soit la paresse !

Miracle : la photo des deux épistoliers est retrouvée dans les archives de Thorn, reste alors à Emmett à la soumettre à la sagacité d’une de ses amies archiviste, Shahrzad Hejazi, qui travaille à l’Imperial War Museum, aux archives photographiques. Il salue très vite la compétence de l’archiviste à laquelle il voue une véritable admiration. Shahrzad est, en effet, une « super identificatrice » que les recherches un peu complexes divertissent. L’archiviste a un caractère bien trempée et force le respect. Elle profite d’ailleurs de la visite d’Emmett et Thorn pour questionner cette dernière sur le sort qu’elle réserve à ses documents : « Vous avez pensé à nous faire donation de tout ce matériel ? Ma chère, les greniers à la campagne, évitez. Les rats, les souris, la merde de pigeon. Le feu. Les inondations. Ma chère, dans dix ans, quand le changement climatique nous aura infligé ses épouvantables effets, la mer du Nord ira jusqu’à ce putain de Cambridge. Vos petites caisses en plastique flotteront dessus, très chère (…) La quantité de matériel d’une valeur inestimable abîmé par des amateurs pleins de bonnes intentions… avez-vous une idée des dégâts causés aux archives (…) par un phénomène aussi simple que les variations saisonnières de température ? (…) Les photos sont comme des enfants mon chou. On en prend soin, on les couve, on les aime, mais il arrive un moment où il faut les laisser partir.« 

Une belle leçon de conservation et un discours assez convaincant par cette archiviste passionnée ne peut que nous rappeler les échanges parfois fébriles que nous pouvons avoir avec de potentiels donateurs. Il n’est pas toujours facile de se séparer de ses documents de famille, même si on est persuadé que c’est la meilleure chose à faire et l’archiviste doit toujours, à mon sens, recevoir ces dons comme un cadeau. Beaucoup d’entre nous ont connu de vrais moments d’émotion lors d’un don d’archives, ce n’est jamais anodin.

Shahrzad permet très vite l’identification des deux soldats mais oriente également les deux chercheurs sur des pistes plus étranges, celle du « bataillon disparu » et leur confie des archives qui ne sont pas sensées exister – des archives classées secret défense ? Cette entorse à la déontologie met un peu mal à l’aise mais, en même temps, permet de faire progresser la vérité. Les archives de différentes époques sont d’ailleurs cruciales pour avancer dans l’enquête. Ainsi, les protagonistes épluchent les registres paroissiaux, des archives familiales d’habitants d’un village visité, de témoignages recueillis, tous ces documents qui permettent d’une certaine manière de « vivre l’Histoire ».

Vivre l’Histoire et être chacun d’entre nous un morceau d’histoire, c’est l’un des messages de cet ouvrage étonnant qui met en valeur une archiviste passionnée qui délivre un plaidoyer convaincant pour l’entrée des archives privées dans des institutions qui sauront en prendre soin.

Sonia Dollinger

 

 

Enslaved : Odyssey to the West est un jeu-vidéo d’action aventure sorti en 2010 sur PC, Playstation 3 et Xbox 360. Il est développé par le studio Ninja Theory (Heavenly Sword, DmC : Devil May Cry, HellBlade : Senua’s Sacrifice) et scénarisé par Alex Garland (scénariste de 28 jours plus tard et de Dredd version 2012). Le scénario est inspiré du roman chinois La Pérégrination vers l’Ouest, qui a aussi inspiré le manga Dragon Ball .

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Quelle est l’histoire ?

150 ans après une guerre apocalyptique, les rares humains tentent de survivre face aux machines tueuses et d’échapper aux esclavagistes. Nous suivons Monkey, qui s’échappant d’un vaisseau esclavagiste, rencontre Trip. Cette dernière prend le contrôle de la couronne d’esclave de Monkey et lui propose un marché : il l’aide à rentrer chez elle puis elle le libérera de cette couronne. Ainsi commence l’odyssée de Trip et Monkey.

Et les archives dans tout ça ??

Les explications qui suivent vont dévoiler toute l’intrigue et la fin du jeu. Partez si vous souhaitez le faire. [SPOIL]

Lors du voyage, Monkey est pris de maux de tête soudains. Il est assailli par des images qui lui sont inconnues, provenant de la couronne esclavagiste, des images d’un passé lointain. A leur arrivée chez Trip, cette dernière réalise que les habitants de son village ont été raflés par les esclavagistes de Pyramide. Monkey et Trip décident donc de partir afin de libérer les esclaves.

Après avoir traversé nombre de dangers, Trip et Monkey atteignent Pyramide. Ils y découvrent des esclaves en transe sous l’effet de leurs couronnes pilotées par une drôle d’entité. Cette dernière se fait appeler « Pyramide » (comme c’est original) et explique à Trip et Monkey sa véritable nature. Il affiche alors un grand écran son visage (incarné par Andy Serkis) et indique être le rassemblement des souvenirs d’un homme qui a vécu avant la Grande Guerre et l’Apocalypse. « Mais je ne suis pas que des souvenirs, je ne suis pas que des archives » leur explique-t-il.

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Il se conçoit comme la solution à la peine du monde, car les humains vivent cachés et dans la désolation. Grâce aux archives de Pyramide, les hommes peuvent vivre dans une simulation du passé, qui leur apporte joie, bonheur et sécurité. Monkey le vagabond se laisse séduire, mais Trip refusant un monde l’illusion, détruit la connexion entre l’entité et les machines de contrôle, réduisant la simulation de Pyramide à néant.

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Si le thème des archives du monde d’avant est un motif récurrent dans ce type d’œuvre post-apo, on aborde ici un angle intéressant : les archives comme vecteur de nostalgie et de passéisme. Qui n’a pas connu un proche qui ne garde ni photos ni papier, indiquant ne pas vouloir « rester bloqué dans le passé » ou « ne pas être nostalgique », et ainsi détruire des choses considérées comme « inutiles » ? Le rapport aux archives nous renseigne sur le lien de chacun à la mémoire qu’elle soit individuelle et collective. Et comme tous rapports, il peut tomber dans une situation d’extrême, de nostalgie, de passéisme et de glorification avec le fameux adage populaire « C’était mieux avant ».

Marc Scaglione

Blade Runner 2049 est un film de science-fiction américano-canadien sorti en 2017. Réalisé par Denis Villeneuve, il est scénarisé par Ridley Scott et Hampton Fancher, scénaristes de Blade Runner, film culte de 1982, assisté de Michael Green (Logan, Alien Covenant). Le premier film était lui-même une adaptation libre du roman de Philippe K. Dick Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?.

Quelle est l’histoire ?

La société s’est effondrée après un blackout dans les années 2020. La Wallace Corporation a émergé des décombres et a acheté les restes de Tyrell Corp., fabricant des réplicants. Nous suivons K, réplicant Nexus-9, modèle obéissant, dont l’objectif est de traquer les Nexus-6 survivants pour les tuer.

Et les archives dans tout ça ??

Après avoir tué un Nexus 6, K. découvre un squelette. Il s’avère que c’est celui d’une réplicante qui a donné la vie, alors que c’était considéré comme impossible. On demande à K. de retrouver l’enfant et de l’éliminer car si la vérité était sue, cela provoquerait le chaos.

K. se rend donc aux archives de la société Wallace, qui conservent les archives de Tyrell Corp. L’archiviste, personnage pas assez important pour avoir un nom, guide K. dans le dédale des archives à la recherche du dossier de fabrication de la réplicante.

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Les vastes archives de la société Wallace

Il en profite pour expliquer qu’il reste peu d’archives de cette époque, car le black-out a supprimé toutes les données informatiques de la planète,

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Les archives disparues

il n’y a que le papier qui a survécu, ce qui étonne l’archiviste lui-même… Il indique aussi que tout était stocké sur CD à l’époque. C’est donc un discours un peu confus !

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Les supports sont fragiles

Finalement le dossier ne donne rien, l’assistante du président Wallace prend le relais et conduit K. dans une petite salle privée appartenant au président. Elle informe K. qu’il a de la chance car Wallace est « entasseur ». Il accède ainsi à une salle de conservation d’archives, il s’agit des repères-mémoires, les archives des interrogatoires par les blade runner sur les anciens modèles Nexus. K. découvre ainsi Deckard.

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Les repères-mémoires

A noter quand même que dans cette entreprise, la conservation des archives n’est pas toujours entre les mains de l’archiviste, le Président se permet de prélever certaines archives pour ses collections… Pas simple cette gestion.

K. consulte ensuite les archives ADN (au commissariat probablement), mais il ne retrouve rien en utilisant les mots-clefs car tout date d’avant le black-out. Il consulte manuellement les archives restantes sur microfilms jusqu’à trouver deux résultats d’enfants confiés à l’orphelinat. K. se rend donc à l’orphelinat, le directeur consulte les registres papiers qui sont entassés sans soin dans un bureau. Mais cela s’avère finalement être une impasse puisque les pages qui intéressent K. ont été arrachées du registre.

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Les archives entassées de l’orphelinat

Fil rouge, les archives sont essentielles à l’enquête et permettent au héros d’avancer. Même si sa mission initiale est de supprimer toute trace de l’enfant, on réalise vite qu’il n’y a plus de trace à supprimer. En effet, les archives sont fragiles et on en voit de multiples causes : le support numérique d’abord, hantise des archivistes à cause des risques de disparition ; la mauvaise gestion des archives, puisque le PDG extrait les archives qui lui plaisent pour ses collections ; une absence d’indexation, obligeant à faire des recherches fastidieuses, repoussant la majorité des chercheurs ; et enfin la destruction volontaire, car le support papier plus pérenne peut être déchiré et détruit.

Le film offre donc un beau portrait de la fragilité de la mémoire et des archives !

Marc Scaglione