Archives de la catégorie ‘Séries’

Elementary est une série télévisée américaine de 154 épisodes étalés sur 7 saisons. Elle a été diffusée entre 2012 et 2019. Il s’agit d’une relecture libre et modernisée des aventures de Sherlock Holmes de Sir Arthur Conan Doyle. Jonny Lee Miller (Trainspotting) incarne Sherlock, et Lucy Liu incarne le Docteur Joan Watson.

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Quelle est l’histoire ?

Sherlock Holmes célèbre détective a quitté Londres pour s’installer à New York. Sorti de cure de désintoxication, il est contraint de cohabiter avec le Dr Watson, chirurgienne reconvertie en compagne de sobriété. Les deux colocataires vont bientôt travailler ensemble pour la police de New-York.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives sont omniprésentes, Holmes et Watson compulsant les dossiers pour chaque enquête.

Cependant un épisode est un peu plus évocateur que les autres. Il s’agit de l’épisode 6 de la saison 3 « Meurtres à la carte ». Dans cet épisode, une carte ancienne est dérobée dans la bibliothèque de la 39e rue.

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la carte dérobée

Lorsque la protégée de Sherlock, Kitty, arrive sur les lieux, le conservateur lui demande la plus grande discrétion car il ne souhaite pas que la brèche dans la sécurité effraie les donateurs. Quand on voit que les cartes sont conservées dans des meubles à plan classiques au cœur de la salle de lecture, on se dit que la sécurité est quand même légère… Sherlock découvre qu’une carte en particulier a été visée. Mais cette dernière a été numérisée et l’on connaît donc le contenu de la carte : celle du Comté du Roi Jacques en Virginie, d’une valeur estimée de 200 000 dollars. Il ne s’agit pas d’un don mais d’un dépôt à la cartothèque effectué en 1951.

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la carte numérisée

Holmes et Watson se rendent auprès de la famille du dépositaire. Il s’agit d’une famille riche habituée des œuvres caritatives sous maintes formes. Sherlock demande alors à cette personne d’enquêter dans ses réseaux auprès des services d’archives, car il est probable que ces entités n’aient pas déclaré de vol pour rester discret. Intuition qui s’avère fondée, trois vols ont eu lieu.

La carte est récupérée mais il s’avère que c’est une fausse. Il s’avère aussi que cette carte a été extraite d’un atlas. Et Sherlock de déclarer que « la restauration des atlas est un marché très lucratif ». Holmes et Watson se lancent donc sur la piste de l’atlas.

Sherlock finit par comprendre que ce n’est pas la carte en tant qu’objet de collection qui était recherchée ; ce sont les informations inscrites dessus. Il explique ainsi : « Qu’est ce qu’une carte en plus d’être une archive ? C’est un bout de parchemin rempli d’informations. » Cela peut étonner au premier abord au vu de notre conception des archives, car c’est une redondance, si ce n’est un pléonasme. Un document est une archive. Mais il faut voir cela sous l’optique anglo-saxonne : le terme « archive » correspond au document historique, et qui, outre une valeur pour l’histoire, a une valeur monétaire.

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Quand Watson s’interroge sur l’explication donnée par Sherlock

Cet épisode offre un point de vue intéressant. Il montre la valeur pécuniaire des archives, du marché lucratif autour de ces objets, que ce soit dans le domaine de la recherche, de la restauration ou de la vente. Les œuvres d’art, auxquels on peut rattacher les archives (carte, gravure, etc.), sont l’objet du troisième trafic le plus important au monde, après celui de la drogue et des armes. Ceci explique les précautions que l’on peut rencontrer dans les services d’archives.

En outre, l’épisode dévoile aussi la dynamique don/dépôt et service d’archives, en affichant le poids des donateurs pour certaines institutions. Il démontre aussi le caractère inhérent à ce genre de situation pour celui qui reçoit : une volonté de ne pas perdre sa source, en taisant les problèmes. Bien que ce ne soit pas spécifique aux archives, il faut quand même reconnaître que le monde des archivistes fait partie de cet univers où tout est feutré. Ce qui n’est pas sans m’énerver à quelques occasions !

Marc Scaglione

Star Trek : The Cage est le premier épisode pilote de la série réalisé en 1965. Réalisé par Robert Butler et scénarisé par Gene Roddenbery, l’épisode jugé trop cérébral, il est refusé par la chaîne NBC. L’épisode fut longtemps considéré comme perdu et il est diffusé en France en 2016 seulement ! La distribution était fort différente de celle de la série qui verra finalement le jour. Le premier capitaine de L’Enterprise est le capitaine Christopher Pike joué par Jeffrey Hunter, son second est une femme jouée par Majel Barrett. On retrouve déjà Monsieur Spock, interprété par Léonard Nimoy, rescapé de ce pilote avorté et que l’on retrouvera donc dans la série qui verra finalement le jour.

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Quelle est l’histoire ?

L’Enterprise part en mission pour secourir des humains apparemment restés coincés sur la planète Talos IV. Le capitaine et certains membres de l’équipage se téléportent sur la planète mais Pike est capturé par les Talosiens. Ces humanoïdes au cerveau surdéveloppé se terrent dans le sous-sol de leur planète car ils ont été victimes d’un holocauste nucléaire. Les Talosiens cherchent à capturer des humains pour les faire se reproduire afin d’en faire leurs esclaves.

Et les archives dans tout ça ??

Le cerveau surdéveloppé des Talosiens leur permet de projeter des illusions mais également de manipuler les réseaux informatiques à distance et de pénétrer dans tout système électronique.

Ainsi, quand le capitaine Pike résiste à leur pouvoir, refuse de se plier à leurs injonctions, les Talosiens paralysent l’Enterprise, le vaisseau est alors à leur merci. Cependant, lorsqu’ils pénètrent dans les serveurs, les Talosiens parcourent les archives du vaisseau : enregistrements, microfilms, tout ce qui est disponible et visiblement pas assez sécurisé pour résister à une intrusion extérieure. Ils récupèrent ainsi toutes les informations stockées dans l’Enterprise, on voit défiler à toute allure des schémas, des images historiques, des archives botaniques, en gros, tout ce qui relève des connaissances de l’humanité. Pourquoi ces archives apparemment proches de l’exhaustivité encyclopédique sont-elles stockées dans le vaisseau ? Nul ne le sait, peut-être justement en cas de rencontre extra-terrestre ou pour sauver l’histoire de la Terre en cas de problème. On note donc que l’Enterprise voyage avec des archives stockées dans ses ordinateurs.

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Les Talosiens sont surpris car ils s’aperçoivent que la « méthode d’archivage est rudimentaire et demande beaucoup de temps. Pourtant, ils finissent par absorber les connaissances de l’humanité. Leur surprise est grande à l’étude de l’histoire humaine. Il finissent donc pas relâcher le capitaine Pike et ses lieutenants car l’espèce humaine est jugée trop violente et trop dangereuse au regard de l’étude de ses archives.

Ainsi, les archives de l’Enterprise sauvent les membres de l’équipage, leur étude par les Talosiens leur montrant la violence qui parcourt notre histoire. Moralité : il faut toujours prendre soin de ses archives : même si elles sont mal indexées, elles peuvent parfois vous sauver la vie !

Sonia Dollinger

Manhunt : Unabomber est une mini-série télévisée américaine de huit épisodes réalisée par Greg Yaitanes et diffusée en 2017 sur Discovery Channel.

Quelle est l’histoire ?

L’intrigue retrace la chasse à l’homme du terroriste Theodore Kaczynski, surnommé UNABOM (pour UNiversity and Airline BOMber). Il s’agit de la traque la plus coûteuse organisée par le FBI puisqu’elle a mobilisé les moyens de l’agence gouvernementale durant dix-huit années (de 1978 à 1996) au cours desquelles l’Unabomber a expédié 16 colis piégés faisant 3 morts et blessant 23 personnes. La série nous plonge dans l’intimité de la cellule chargée de la traque de l’UNABOM. Plus particulièrement, nous suivons l’enquête menée par un jeune profiler, James Fitzgerald, l’agent du FBI qui va permettre la localisation et l’arrestation de Theodore Kazcynski grâce à des méthodes d’investigations inédites dont il est le pionnier : les forensic linguistics, en français, linguistiques légales ou crimino-linguistiques.

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Et les archives dans tout ça ??

Cette méthode novatrice consiste à identifier un criminel en se penchant de manière scientifique sur son style d’écriture, véritable vaisseau identitaire. James Fitzgerald a montré que le vocabulaire, la grammaire, la syntaxe ou encore les idiomes propres à un style d’écriture singularisent un individu. C’est cette méthode analytique, décriée par la hiérarchie de Fitzgerald, qui va permettre d’appréhender Theodore Kazcynski, alors célèbre pour son anonymat et sa capacité à ne laisser aucune trace de ses actions.

C’est pourtant grâce aux courriers qu’il envoie au FBI durant près de vingt ans que l’agence va commencer à remonter sa piste. Ces documents papier constituent sensiblement les seuls éléments pouvant être considérés comme preuves dans cette affaire – une bataille légale s’engage d’ailleurs au sein du FBI pour déterminer s’ils peuvent être acceptés comme telles par une cour de justice. Ces archives constituent ainsi la base de l’enquête menée par Fitzgerald et son équipe.

Il faut s’arrêter ici sur les motivations de Theodore Kazcynski. Il s’inscrit dans la mouvance néo-luddiste, c’est-à-dire qu’il se pose en porte-à-faux avec le progrès technique en manifestant une vive technophobie, d’ou d’une part, le choix de ses cibles, des personnes investies dans l’essor technologique, et d’autre part, son choix de style de vie. Les derniers moments de sa traque ont en effet révélés qu’il vivait dans les bois de Lincoln, au Montana, coupé d’une société qu’il ne fréquentait que pour satisfaire ses besoins essentiels mais aussi bien sûr pour expédier ses colis piégés et du courrier personnel. Il a notamment expédié son manifeste au FBI et à la presse, exigeant qu’il soit rendu public, sous peine de poursuivre ses envois mortels.

Et c’est peut-être ici sa seule erreur puisque se faisant, il permet que la singularité de son écriture et de son expression soit connue du grand public et plus précisément, de son frère David. Ce dernier, en découvrant le manifeste dans la presse semble reconnaître la « patte » de son frère, tout autant que ses idéaux néo-luddistes. Son sens moral le conduit à prévenir le FBI de ses suspicions et l’archive confirme ici son rôle clef dans l’affaire. En effet, David, tout comme sa mère, détiennent en leur possession de nombreux courriers personnels échangés avec Théodore, du temps ou ils communiquaient encore fréquemment. James Fitzgerald réalise l’importance de cet état de fait et joue de tous ses atouts pour convaincre David de lui céder ces archives personnelles, ce à quoi la famille finit par consentir. A partir de cette découverte, la comparaison des courriers de l’UNABOM et de ces nouveaux documents est positive, notamment au travers du recoupement d’un idiome employé de manière presque inédite par Ted Kazcynski : « You can’t eat your cake and have it too », l’équivalent de l’expression française : « le beurre et l’argent du beurre ». D’autre part, en étant directement remonté à une source familiale, la localisation de Theodore Kazcynski n’en est que facilitée, son frère révélant au FBI l’existence de la cabane qu’il a aidé à construire et son emplacement.

Au cours de la traque de l’UNABOM, les archives ont joué un rôle essentiel, s’affichant dès les prémices de l’enquête au centre du dispositif d’investigation. Les courriers papiers envoyés au FBI se sont imposés comme la seule piste tangible. Les hauts gradés du FBI, trop rétrogrades dans leur approche ou clairement hostiles aux forensics linguistics prônées par James Fitzgerald ont du s’incliner devant l’efficience de ce procédé, reconnaissant par la même occasion, l’importance des archives en criminologie. Le dénouement de l’affaire, venu du frère de Theodore Kazcynski, met aussi en évidence l’importance des archives « cachées », qu’elles soient privées ou non, et tout l’intérêt que l’archiviste (ici James Fitzgerald) doit avoir pour elles, en dépit des embûches et des réticences exprimées par le détenteur ou une hiérarchie frileuse. Enfin, nous relèverons l’ironie flagrante qui a frappé l’UNABOM, technophobe convaincu, trahi par quelques mots couchés sur un papier primaire, naturel.

Adrien Manlay

Arabesque (Murder, She Wrote en VO) est une série policière américaine de plus de 260 épisodes diffusés entre 1984 et 1996, durant 12 saisons. La série est emblématique tant pour son actrice principale, Angela Lansbury, que pour son générique. Elle a connu un grand succès, autant aux Etats-Unis qu’à l’international, a été maintes fois récompensée. Diffusée sur La Cinq, puis sur TF1 et sur TMC, elle est en 2020 toujours diffusée en France sur TV Breizh.

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Quelle est l’histoire ?

La série suit les tribulations de Jessica Fletcher (née McGill, vous verrez c’est important), ancienne professeur d’anglais de Cabbot Cove, devenue écrivain à succès de romans policiers. Tant dans sa vie quotidienne, que ses voyages personnels ou professionnels, elle se trouve souvent confrontée à des meurtres, dont elle trouvera le coupable grâce à son don de l’observation et son intelligence.

Et les archives dans tout ça ??

On aperçoit à de nombreuses reprises les archives dans la série policière Arabesque, mais moins que dans les séries actuelles et pour une certaine raison : Jessica Fletcher utilise son observation et sa logique et ne mène pas un travail d’enquêteur classique.

Néanmoins, les archives apparaissent plus particulièrement dans l’épisode 20 de la saison 12 « Un héritage encombrant » (Southern Double Cross en Vo). Jessica atterrit dans une bourgade perdue d’Australie. Cette bourgade est déchirée par un conflit concernant les terres de McGill Valley (80 000 hectares soit 800 km², un territoire un peu plus grand que le Bahreïn). Ces dernières étaient la propriété d’Emon McGill, qui à la fin du XIXe siècle a légué ses terrains à sa sœur ou aux descendants de cette dernière. Les terres sont gérées par la commune dans l’attente qu’un héritier vienne les réclamer. Si ce n’est pas fait dans un délai de cent ans, les terres iront à la commune. Le délai arrive à échéance dans quelques jours. Le maire a prévu de déloger les bergers qui occupent ces verts pâturages et de céder les terrains à une compagnie américaine, qui compte ouvrir une mine de bauxite. Quel cadeau empoisonné !

Contactée par un avocat australien qui a fait des recherches successorales, Jessica est une des descendantes. Emon Mc Gill était le frère de sa grand-mère, Jessica affirme alors « il a quitté l’Irlande en 1889, suite à quoi la famille n’a plus entendu parler de lui. » Elle rencontre John Molen, qui semble officier comme archiviste local. Il s’agit d’un quinqua moustachu, qui ne dénote pas particulièrement avec les autres habitants, ayant « pour seule passion », « l’histoire de la commune ».

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découverte des archives sélectionnées

Ce dernier a rassemblé l’ensemble des documents de la commune parlant de son oncle, un « travail de titan », qui a dû lui « occasionner des nuits blanches » s’étonne Jessica. Elle apprend ainsi que son oncle était un bandit, arrêté et pendu pour braquage de banque et est devenu une légende comme un Robin des Bois local.

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Bonjour tonton McGill

En même temps, une effraction a eu lieu la veille dans les archives. Rien n’a bougé, hormis les archives budgétaires de la commune qui ont été « déclassées ». Il s’avère qu’elles ont été volées par le représentant de la compagnie minière américaine. Celui-ci y cherchait et y a trouvé un moyen de pression sur le maire !

Ainsi dans cet épisode, les archives sont un trésor. Trésor intime, qui permet à Jessica de renouer avec un bout de son passé familial, de s’en étonner et de s’en émouvoir. Trésor pécunier, puisqu’elles incarnent ici le mythe de l’Oncle d’Amérique, de ce fol héritage venu de nulle part, quête des généalogies successorales et parfois quête de certains chercheurs, ne nous mentons pas ! Mais aussi et enfin trésor de pouvoir, puisqu’on peut les utiliser pour en acquérir !

Marc Scaglione

Homeland est une série américaine qui comporte huit saisons. Diffusée depuis 2011 aux Etats-Unis et 2012 en France, c’est une série créée par Howard Gordon et Alex Gansa.

Quelle est l’histoire ?

Homeland retrace le parcours de Carrie Mathison (jouée par Claire Danes), agent appartenant à la CIA. Carrie est un excellent agent dont l’intuition est sans pareille. Ses troubles bipolaires la gênent toutefois dans sa carrière, tout comme l’incrédulité de ses supérieurs qui ont parfois bien du mal à suivre ses intuitions. Son but est de démanteler les filières terroristes qui pourraient nuire aux Etats-Unis, elle doit alors pister des potentielles menaces, recueillir des informations dans une véritable course contre la montre.

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Et les archives dans tout ça ??

Hormis quelques banales évocations de dossiers caviardés ou enlevés des dossiers car trop compromettants, il n’est pas question d’archives dans les trois premières saisons d’Homeland. C’est dans le deuxième épisode de la saison 4 qu’un archiviste surgit de manière plutôt inattendue.

Une opération menée entre Kaboul et Islamabad a très mal tourné puisqu’elle a abouti au bombardement d’une ferme où se déroulait une réception pour un mariage. Les renseignements ont été donné par un agent, Sandy, qui reste très secret quant à ses sources et qui meurt lynché par la foule à Islamabad. Impossible donc d’en savoir davantage. Devant ce fiasco total, Carrie Mathison et son coéquipier Peter Quinn sont rapatriés aux Etats-Unis et écartés du terrain.

Chacun des deux gère la question différemment et Carrie s’acharne à comprendre la vérité. Pour ce faire, elle demande à Peter Quinn ce qu’est devenu l’ancien agent de liaison de Sandy à Islamabad, Jordan Harris. La jeune femme pense qu’il a été viré. Peter Quinn s’exclame alors : « Jordan Harris ? Il n’a pas été viré, ils l’ont fait revenir pour le mettre aux archives« . Carrie fait la moue et rétorque : « c’est pratiquement la même chose« . On voit donc que la bonne vieille vision du poste d’archiviste comme punition ultime existe toujours. Dans la tête de ses collègues et dans celle de Jordan Harris, l’envoi aux archives est bel et bien une sanction. L’affaire est exposée crûment, pas besoin de fioritures !

Cette mésaventure nous permet malgré tout de se promener dans le dépôt d’archives, présenté comme étant très vaste, ce qui est souvent le cas dans les séries de science-fiction ou à caractère politique. L’immensité des dépôts, parfaitement ordonnés par ailleurs, contraste avec la solitude de Jordan Harris, malheureux archiviste malgré lui, penché au centre de l’image sur des dossiers qu’il semble récoler. Un humain qui paraît bien petit et fragile au milieu de tous ces dossiers et qui ne voit ces magnifiques alignées de rayonnages que comme un « putain de sous-sol ».

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Jordan Harris ou la joie de vivre

Sur le plan technique, les archives sont parfaitement tenues et forment une sorte de modèle de magasins, même si certains dossiers ne sont pas en boîtes et semblent rangés un peu en vrac. Ce sont ceux sur lesquels travaille Harris : est-ce parce qu’il ne prend pas son travail à cœur ou est-ce parce qu’il procède à une vérification avant conditionnement ? L’archiviste travaille avec un petit chariot qui lui permet de transporter les dossiers.

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Carrie tente de parler d’Islamabad et de Sandy à Jordan Harris. Ce dernier semble peu enclin à coopérer. Quand Carrie lui rappelle qu’il était officier traitant là-bas, Harris rétorque : « oui et maintenant je remplis des demandes d’accès aux informations sur des complots à la noix dans l’Ohio » ce qui nous permet d’apprendre qu’il existe une forme de demande de dérogation pour accéder à certaines archives et que les complotistes ont envie de venir fouiller dans les documents de la CIA. Puis, il met fin à la conversation et part, un dossier sous le bras. Mais Carrie, tenace, revient plus tard à la charge en émettant l’hypothèse qu’on a voulu le réduire au silence ‘en le mettant au placard » (sous-entendu : les archives sont un placard…). En échange de ses informations, Carrie promet à Harris de tout faire pour le réintégrer.

Avec cet exemple, on est dans la vision la plus sombre des archives : un placard géant pour les agents ayant commis une faute. Si les lieux sont présentés comme propres et aux normes, le spectateur n’a pas le moindre doute sur le caractère punitif du boulot d’archiviste dans Homeland.

Sonia Dollinger