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L’Etrange Pouvoir de Norman (ou ParaNorman en VO) est un film d’animation en volume (i.e. en stop-motion) réalisé par Sam Fell (Souris City) et Chris Butler (co-scénariste de Kubo et l’armure magique). Le film, sorti en 2012, est produit par le studio Laïka spécialisé dans la stop-motion : on leur doit « Les Noces funèbres », « Coraline » et « Kubo ».

Paranorman couvertureQuelle est l’histoire ?

Norman Babcock a le pouvoir de voir les fantômes. Sa famille ne le croit pas et il passe pour un cinglé dans sa petite ville de la Nouvelle-Angleterre. Jusqu’au jour où son oncle inconnu au bataillon, un marginal avec un pouvoir similaire, décède. Il va devoir porter la nouvelle charge qui lui incombe : empêcher le réveil d’une sorcière exécutée il y a 300 ans.

Et les archives dans tout ça ??

Norman n’a pas pu empêcher la malédiction et les zombies commencent à revenir à la vie. Pour enrayer cette situation qui s’envenime, Norman cherche la tombe de la sorcière afin de lever la malédiction. Il appelle sa camarade de classe intello (on ne peut plus cliché : monosourcil, appareil dentaire, lunettes en cul de bouteille) qui ne trouvant rien sur Google, l’oriente vers les Archives municipales situées dans l’ancien hôtel-de-ville. Premier message : NON, on ne trouve pas tout sur Internet ! Il est encore nécessaire de se déplacer, de consulter et de creuser dans les fonds papier pour trouver bon nombre d’informations.

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Une fois arrivé sur place, on tombe dans un deuxième cliché récurrent : la montagne de papier en vrac et des rayonnages bourrés à craquer. Evidemment, cela sert le propos du scénario : créer une nouvelle embûche dans l’aventure de Norman et de ses acolytes. Mais c’est aussi révélateur d’un cliché tenace : pour le numérique, on peut trouver facilement par Google, pour le papier il faut un intermédiaire, en l’occurrence un archiviste pour pénétrer ce monde hermétique et trouver l’information recherchée.

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Des archives pléthoriques !

Mais ici pas d’archiviste et pas de réflexe de l’appeler ou de partir en quête d’inventaires. Les membres de l’équipe partent chacun de leur côté : la brute de la bande se plaint d’être dans une bibliothèque (…), le grand-frère sans cervelle fait de la musculation avec des volumes (eh oui merci de souligner enfin que la manutention d’archives est un boulot de force), le meilleur ami s’installe tranquille pour lire, Norman et sa sœur s’embrouillent. Assaillis par les zombies et par une foule en colère, ils sont finalement obligés de fuir les archives sans avoir trouvé ce qu’ils voulaient. Norman trouvera son information autrement.

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Confusion habituelle entre archives et bibliothèque…

Mais cela montre bien que conserver ne suffit pas : il faut aussi inventorier et communiquer. En l’occurrence, le problème ici est l’éducation à la recherche que Norman et ses acolytes n’ont pas. Les archives concernant l’affaire de la sorcière sont peut-être déjà traitées et rangées (on aurait un peu à redire à l’archiviste sur l’état de sa salle de travail quand même), mais comme ils ne savent pas comment chercher et ne se posent même pas la question, ils ne trouvent pas. La pédagogie est aussi une part importante (et primordiale j’ose le dire) de notre métier !

Un grand merci à Grégoire Champenois qui nous a signalé ce film !

Marc Scaglione

Zombie Nostalgie est le quatrième roman de l’écrivain et réalisateur norvégien Øystein Stene. Traduit en français par Terje Sinding, il est publié chez Actes Sud en 2015.

Quelle est l’histoire ?

Zombie_Nostalgie_1Il existe une île située entre le Groenland, l’Islande et les îles britanniques. Cette île ne se trouve pas sur les cartes. Elle a été effacée par les services de renseignements états-uniens, français et britanniques. Son nom est Labofnia.

Nous sommes en 1989. Le héros se réveille dans un local de stockage de fournitures. Il est nu, amnésique, son corps est froid et blême, il a du mal à se déplacer, il ne peut pas parler. Pris en charge par le service d’accueil de Labofnia, il découvre la vie locale et droit apprendre à vivre comme les autres habitants : bienvenue au pays des morts qui semblent vivants…

 

Et les archives dans tout ça ??

Les archives ont une place prépondérante dans ce roman. Le récit alterne les chapitres de deux histoires parallèles : d’abord, nous suivons l’histoire du personnage principal Johannes van der Linden, racontée à la première personne ; puis nous suivons l’histoire de Labofnia telle qu’elle est accessible grâce aux recherches dans les archives municipales. Toutes les informations ont pour sources les archives.

L’auteur semble avoir une bonne connaissance du domaine des archives, au vu de sa description de leur essence : « On peut y lire ce que la ville a été, ce qu’elle est, ce qu’elle aurait pu être, ses stades dépassés, son potentiel, ses défaites et ses victoires. L’histoire de la plupart des villes peut être reconstitué à partir de leurs archives ». Les archives ont aussi leurs propres histoires expliquant des classements parfois étonnants. Ainsi le plus ancien document d’archives est une reliure d’un psautier du Haut Moyen-Âge est archivé dans un dossier du Service du Plan et de l’Architecture, la raison étant qu’il a été probablement retrouvé sur un chantier.

Notre héros, après avoir passé des tests et subi un apprentissage accéléré, se voit affecter au service des Archives municipales de la Communauté autonome de Labofnia. Les raisons de cette affectation ? Il est considéré selon les tests comme « méticuleux, fiable, discret, [aimant]l’ordre et la précision » avec un certain goût « pour la logique et le classement ». Serait-ce là le profil idéal de l’archiviste ?

Mais il y a un bémol : il est affecté comme « documentaliste aux archives municipales ». Or tout professionnel de l’info/doc sait qu’il ne s’agit pas du même métier. Erreur de l’auteur ou de traduction ? Difficile de le dire, d’autant que plus tard et de manière ironique, Johannes va vraiment exercer une fonction de documentaliste. En effet, le gouvernement va décider de créer un fichier informatisé de recensement de la population labofnienne et Johannes sera chargé de sa création en intégrant les données des archives. A cette occasion, chaque citoyen reçoit en plus de son numéro d’identification, un ensemble de codes relatifs à leurs qualités. Ainsi Johannes se qualifie lui-même d’archiviste !!

Et le service des Archives municipales ? Composé de trois membres, il n’est que le reflet d’une organisation administrative pléthorique fonctionnant selon des règles complexes avec une équipe trop nombreuse pour le travail (en réalité c’est majoritairement le cas contraire). D’ailleurs le conservateur et l’autre membre de l’équipe jouent aux cartes toute la matinée. Témoignage de cette machine complexe, les règles de communication. Johannes dès son arrivée va interroger Helmer le conservateur sur la question. La réponse est simple : la transparence publique donne l’accès aux archives à tous les citoyens, à l’exception de ce qui concerne le privé ; la définition du domaine privé n’ayant pas encore été formulée, les archives sont donc confidentielles ! Ce qui n’empêchera pas Johannes de sortir des documents pour les consulter avec son ami afin d’étudier l’histoire de l’île.

Dans « Zombie Nostalgie », les archives sont primordiales et une référence sans cesse évoquée comme l’élément fondamental de toute connaissance historique.

Marc Scaglione