Articles Tagués ‘Wonder Woman’

Un billet très court cette semaine mais nous ne pouvions laisser passer l’occasion de vous signaler deux petites mentions d’archives dans le film Batman versus Superman, l’aube de la Justice. Ceux qui seraient rebutés par les spoilers sont invités à ne pas lire ce qui suit.

bvsLe film, réalisé par Zack Snyder, est sorti en 2016 et fut l’occasion de passes d’armes entre fans déchaînés, certains détestant cette adaptation jusqu’à la haine, d’autres l’encensant sans mesure. Devant toute cette polémique, je n’étais pas motivée pour aller voir le film au cinéma, j’ai donc attendu la version dvd qui offrait une version plus longue, permettant selon les spécialistes, un bien meilleur rythme à cette oeuvre.

Ce film est une suite directe de Man of Steel, sorti en 2013, également réalisé par Zack Snyder. Batman versus Superman met en présence la Trinité de DC Comics en marquant l’affrontement de Batman et de Superman et en introduisant le personnage de Wonder Woman. Ce titre est aussi une introduction à un film mettant en scène les membres de la Justice League puisque d’autres héros DC sont évoqués comme Flash, Aquaman ou Cyborg.

L’affrontement des deux héros est provoqué par des manipulations diverses dans lesquelles Lex Luthor, ennemi personnel de Superman, joue un rôle important. Ce film est aussi l’occasion de poser la question du rôle des super-héros, de leur nécessité et de la manière dont ils doivent ou non rendre la justice sans rendre de compte à la société.

Et les archives dans tout ça ??

Batman vs Superman fait deux fois références aux archives.

La première mention d’archives vient lorsque Lex Luthor pénètre dans le vaisseau kryptonien grâce aux empreintes du défunt général Zod dont il s’est emparé. Le vaisseau donne alors à Luthor accès aux « archives » de Krypton. Cette scène rappelle les Superman – et notamment le deuxième volet – de Richard Lester et Richard Donner dans lesquels le rôle titre était dévolu à Christopher Reeves. Superman avait accès aux archives de Krypton dans sa forteresse de solitude.

L’accès aux archives kryptoniennes est crucial pour Luthor qui met au point grâce à ce savoir une arme de destruction massive qu’il lance contre Superman.

La seconde mention des archives intervient alors que Batman a piraté les ordinateurs de Lex Luthor. Les dossiers de ce dernier sont classés et on aperçoit un dossier « archive » juste en dessous d’un dossier intitulé « méta-humains ».

BVS-1

Même dans ce dernier dossier apparaissent des documents d’archives puisqu’on y trouve un document datant de la Première Guerre mondiale dans lequel une célèbre amazone pose au milieu des tranchées.

BVS_2

Deux petites mentions d’archives mais, malgré la rapidité avec laquelle les archives kryptoniennes sont évoquées, leur utilisation se révèle essentielle bien que néfaste. Le pouvoir des archives dépend de celui qui s’en sert.

Sonia Dollinger

Comme de nombreux gamins de ma génération, j’ai été marquée par la série télévisée Wonder Woman, magnifiquement campée par Lynda Carter. Oui, je l’avoue, j’ai tournicoté sur moi-même longuement sans autre résultat que celui d’avoir le tournis.

Wonder_4

ça marche pas, je vous jure ! ©comicbookbrain.com

Evidemment, quand Urban Comics sort une anthologie reprenant « les mille et un visage de la princesse Amazone », je ne peux que me jeter dessus afin de retrouver l’héroïne de mon enfance. Wonder Woman fait partie de ce que l’on appelle désormais la Trinité des héros DC Comics aux côtés de Superman et de Batman.

Wonder_3

Le personnage de Wonder Woman est créé par William Moulton Marston en 1941, elle devient peu à peu une icône féministe et permet à des milliers de petites filles de pouvoir s’identifier à une super-héroïne qui est l’égal de ses alter-ego masculins. Créée dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, Wonder Woman combat les Nazis. Ses adversaires changent avec les modes et le temps mais la figure de l’Amazone reste celle d’une femme à la fois forte et plein de compassion pour les humains.

Wonder Woman est la fille de la reine Hippolyte des Amazones, peuple de femmes né des mains d’Aphrodite qui les a façonnées à partir de la terre glaise. Lasse de devoir se plier à la barbarie des hommes, Hippolyte et ses sœurs ont fait appel à Aphrodite qui leur donne un havre de paix (l’île de Themyscira) et la ceinture qui leur permettra de résister aux assauts masculins. Hélas, Arès, dieu de la Guerre, pousse Hercule à dérober par la ruse la ceinture d’Hippolyte, ce qui entraine une période d’esclavage pour les Amazones. Hippolyte, désespérée, adresse une supplique à Aphrodite qui vient libérer son peuple.

La reine récupère sa ceinture et façonne une petite fille en terre glaise à qui Aphrodite donne la vie.  Hippolyte devient donc la mère de Diana. La jeune femme grandit au milieu des Amazones jusqu’à ce qu’un homme échoue sur l’île : Steve Trevor, aviateur américain blessé au cours d’un combat, bouleverse à jamais la vie de la jeune femme qui quitte son île et devient Wonder Woman.

Après de multiples aventures, Wonder Woman perd ses pouvoirs dans les années 1970 après avoir été forcée de choisir entre son île et sa volonté de rester en Amérique. Elle redevient alors une simple humaine, Diana Prince et ne dispose plus ni de ses pouvoirs, ni de son lasso de vérité, ni de son avion invisible. Elle trouve alors un mentor en la personne de Yi King, un asiatique maître des arts martiaux – thématique très en vogue dans les comics de cette époque – qui lui apprend l’art de combattre.

L’épisode qui nous intéresse aujourd’hui est paru initialement dans Wonder Woman n°204 de janvier-février 1973 aux Etats-Unis. On le retrouve dans l’anthologie qui vient de paraitre chez Urban Comics.

Diana et Yi King sont aux prises avec un sniper fou, échappé d’un asile et qui tue les passants au hasard. Hélas, Yi King est frappé alors qu’il déjeunait au restaurant avec Diana. Folle de douleur d’avoir perdu son père de substitution, Diana poursuit le tueur. Lors du combat, le meurtrier est tué et Diana tombe d’un toit. Echappant de justesse à la mort, elle se réveille amnésique.

Et les archives dans tout ça ??

Poussée par son instinct, la jeune femme amnésique vole un avion qui s’abime en mer non loin de Themiscyra. Les Amazones ramènent leur princesse auprès de la reine Hippolyte qui se rend vite compte que sa fille est amnésique.

Par chance, les Amazones, très avancées sur le plan technologique, disposent d’une banque mémorielle qui permettra à Wonder Woman de retrouver ses souvenirs. Toutefois, la reine Hippolyte ne souhaite pas que sa fille apprenne tous ses secrets. Elle demande donc que ne soient pas diffusées les archives « 3,4 et 5 » tronquant donc l’histoire à laquelle Diana va pouvoir accéder.

Woman_1

Trop liées à l’intimité de la reine ? Trop sensible pour l’histoire des Amazones ? Il existe donc sur Themiscyra des archives incommunicables qui rappellent celles que la loi du 15 juillet 2008 qui instaurait ce type de documents.

Wonder Woman, à son réveil, hérite donc d’une histoire amputée. Toutefois, comme elle en ignore l’existence, elle ne peut donc en revendiquer la communication. On ne sait donc si ces informations lui feront défaut ou ne sont pas essentielles pour sa reconstruction personnelle.

Pourtant, une rivale arrive sur Themiscyra et se revendique comme étant la véritable Wonder Woman, il s’agit de Nubia qui vient de l’île mouvante et semble avoir les mêmes capacités que Diana. Troublée, la reine Hippolyte se dépêche d’aller consulter l’archive mémorielle n° 3 qu’elle avait cachée à sa propre fille. Une information capitale semble y être conservée.

Wonder_2

Cette mention anecdotique dans un comics des années 1970 nous renvoie pourtant à des questionnements bien plus contemporains. Les archives sont-elles toutes communicables ? Conserver des archives incommunicables a-t-il une finalité ? Peut-on restituer à quelqu’un une histoire partielle et donc partiale ?

Voilà de quoi, à partir de quelques cases de comics quarantenaires, relancer un débat archivistique qui n’est pas près de s’éteindre.

Sonia Dollinger