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Transmetropolitan_1Transmetropolitan est une série de comics écrite par Warren Ellis (Hellblazer, The Authority) et dessinée par Darick Robertson (The Boys). Cette série connaîtra 60 numéros publiés chez Vertigo, entre 1997 et 2002. La série sera éditée en français chez Panini Comics (2007-2010), puis rééditée par Urban Comics (2014-2015).

Quelle est l’histoire ?

Forcé par son éditeur à qui il doit contractuellement deux ouvrages, Spider Jerusalem descend de son refuge montagnard pour retourner à la Ville qu’il a quittée 5 ans plus tôt. Réembauché au Word, il parcourt les rues de la Ville, gonflé à bloc de substances multiples, assistante à ses côtés et agitateur d’intestins pour trouver la « Vérité »

Et les archives dans tout ça ?

Les archives sont abordées à au moins deux niveaux dans l’œuvre.

Dans un premier temps, nous allons nous pencher sur l’aspect historique, les archives étant la matériau de base de l’histoire. Ici nous sommes dans un futur indéterminé, Spider Jérusalem expliquant à plusieurs reprises que nous ne connaissons pas la date à laquelle nous sommes. Et de justifier les mauvaises expériences des voyageurs vers le futur par le fait que les archives sont mal tenues, les humains du futur auraient donc une version mauvaise car tronquée du passé. C’est intéressant car cela montre aussi que notre vision de l’histoire dépend de la matière que nous avons, des archives, dépendant directement de leur partialité et de leur aspect partiel.

Néanmoins, cela reste anecdotique dans le récit. Le problème de datation actuelle et future est surtout une manière pour l’auteur de donner une intemporalité à son œuvre : Transmetropolitan se passe dans un futur proche ou lointain ? 50 ou 500 ans ? Qu’importe puisque cela permet de brouiller les lignes temporelles et de parler de la société d’aujourd’hui.

Dans un second temps, il y a un lien évident entre archives et journalisme. Comme dans tous les domaines d’investigation, les archives sont primordiales. Mais ce n’est pas le cas ici. Spider Jerusalem est un adepte du journalisme gonzo, i. e. un journalisme qui privilégie l’immersion et l’objectivité. Pour plus de détails, on vous laisse faire vos recherches sur le sujet. Bref dans Transmetropolitan, on ne voit pas de travail d’enquête dans les archives. Même si la couverture du tome 3 publiée chez Urban Comics montre Spider et un meuble à tiroirs que reconnaîtront bibliothécaires et archivistes.

Spider va enquêter dans les rues et récolter les témoignages. Et c’est là que le concept s’inverse : dans Transmetropolitan, on parle d’archivage des preuves d’enquête des journalistes, d’archivage des sources.

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Pour en revenir à l’histoire du comics, Spider Jerusalem mène une enquête pour faire tomber le Président des États-Unis. Une tempête, d’une violence inédite depuis que le climat est contrôlé, détruit une partie de la ville, en l’occurrence le quartier de Print District. Il faut quelques jours aux journalistes pour comprendre que cette catastrophe était une manipulation du pouvoir afin d’avoir accès aux systèmes d’archivage, afin de détruire les preuves.

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Groupe de presse et système d’archivage

Cela met en exergue deux faits : les archives sont prises assez au sérieux pour être mises dans un système avec une sécurité importante ; les archives sont un enjeu de pouvoir, les posséder rend dangereux.

Ainsi les archives sont détruites, malgré un système de sécurité important. Spider Jérusalem croit repartir de zéro.

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Spider Jerusalem en plein désarroi

C’était sans compter sur Mitch Royce le rédacteur en chef de Spider qui a mis en place un système de copie des archives. Comme quoi, les copies sont la hantise des archivistes, encombrant magasin et serveurs, mais elles peuvent avoir du bon.

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Mike récupère les archives

Il est ainsi ironique de constater que Spider Jerusalem, cynique qui doute de tout et de tout le monde, a eu une confiance certaine dans le système d’archivage et sa sécurité. Est-ce de l’ignorance ? Mitch Royce journaliste, mais aussi administrateur, plus proche du système semble plus conscient des risques et des failles, d’où son système de sauvegarde. Deux positionnements, deux perceptions conscientes ou non du système.

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Preuves par la disquette !

 

Les archives sont ainsi traitées sous l’angle historique, mais surtout sous l’angle de la preuve nécessaire à toute investigation, avec toutes les problématiques de confiance et de sécurité qui en découlent.

Marc Scaglione

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Les élections américaines venant de livrer leurs résultats, nous avons choisi d’évoquer cette thématique à travers le prisme des comics qui, à plusieurs reprises, ont imaginé l’hypothèse d’un président américain super-vilain.

C’est le cas avec Président Luthor dont Urban comics a publié les récits en 2014 en France.

luthor_1Lex Luthor est un personnage crée en 1940 par Jerry Siegel et Joe Shuster. Adversaire éternellement malheureux de Superman, Luthor est, à ses débuts assez pathétique. On apprend peu à peu que Lex était ami avec le jeune Clark Kent lorsqu’ils étaient enfants et que les choses se sont gâtées ultérieurement faisant des anciens complices des adversaires irréconciliables. Superman entravant sans cesse les projets de Luthor, ce dernier conçoit pour l’homme d’acier une véritable haine qui devient le moteur de son existence. Luthor est un inventeur de génie qui met toute son énergie à nuire à Superman. Son ambition démesurée le conduit également à briguer carrément la présidence des États-Unis. C’est cette marche vers le pouvoir et la victoire finale du candidat Luthor que ce volume évoque.

Errant dans les rues, Lex Luthor est constamment environné de l’image de Superman, héros adulé de Métropolis. Exaspéré, il décide un beau matin de déposer sa candidature à la présidentielle. Luthor est riche, influent et met toute son énergie dans la bataille. Aquaman et les forces d’Atlantis s’en prennent aux plateformes pétrolières de Luthor accusé de polluer les océans….Que va faire Superman ? Peut-il laisser Luthor aux mains d’Atlantis? Malgré sa répugnance vis-à-vis de Lex, Superman défend le droit humain et Métropolis face aux ravages des forces sous-marines. Quel paradoxe que de voir l’Homme d’acier défendre son pire ennemi! Luthor fait son mea culpa et en profite pour montrer sa bonne volonté en dépolluant Atlantis et en montrant à quel point il est devenu meilleur…en apparence car tout cela est finalement bon pour sa campagne! Il échappe également à un attentat, ce qui le rend encore plus populaire

luthor_3-600x913Vous devinez la suite : Luthor devient président des Etats-Unis…que ressent Superman ? Comment va-t-il se comporter ? Comme d’habitude, comme le boy-scout qu’il est! Alors que Batman tente d’empêcher l’accession de Luthor au pouvoir, Superman estime qu’il convient de faire confiance au peuple américain et, lorsque Luthor est élu, il sert le couplet de la fidélité au système avec un “je crois au système américain”. Il sauve même Luthor lors de sa prestation de serment, bref, c’est la déprime totale. Morale de l’histoire : la démocratie est soluble dans le pouvoir économique et le mensonge qui permettent de prendre le pouvoir par la voie légale, rappelez-vous, d’autres l’ont fait en 1933…

Et les archives dans tout ça ??

Président Luthor peut et doit figurer dans Archives et culture pop’, tout d’abord, parce que les archives sont bien présentes dans ce tome.

Et pas n’importe quelles archives : celle de Lex Luthor en personne ! C’est lors d’un reportage de la journaliste Catherine Grant pour la chaîne WGBS qu’une biographie de Luthor est diffusée. Il est bien précisé que tous les extraits et les informations sont rares et issues des “archives Luthor”. Ces archives permettent de connaitre l’origine de la famille Luthor, venue fonder Métropolis avec d’autres familles de colons hollandais. Les archives familiales présentent également une figure féminine forte, Edna Luthor qui a lutté aux côtés du prolétariat. Les archives révèlent aussi les revers de fortune de la famille qui, comme beaucoup d’Américains, perd tout pendant le krach boursier de 1929. Une référence assumée à Citizen Kane se glisse dans le récit.

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Inutile de dire que, comme il s’agit d’archives familiales, composées et fournies par Lex Luthor lui-même, on y trouve surtout des documents exaltant la gloire familiale et ne mettant en avant que ce qui est utile à la promotion du candidat à la Présidence. Enraciner sa famille dans l’histoire américaine, lui faire subir les affres des crises économiques et les aléas politiques inscrit pleinement la famille Luthor dans le rêve américain. Graphiquement, la séquence “archives” se détache du récit puisqu’elle est traitée en couleurs sépia pour bien montrer qu’il s’agit d’une évocation du passé.

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La manipulation des esprits passe également par celle des archives qui sont, ici, un instrument de propagande fort utile à un candidat prêt à tous les accommodements. Moralité, attention aux archives, ce qui est écrit n’a pas toujours force de vérité !

Sonia Dollinger

Ayant eu l’occasion de chroniquer Batman le Culte sur Comics have the Power, j’ai pensé qu’un petit billet sur le sujet ne serait pas superflu sur Archives et Culture pop’ car, bien évidemment, il est question d’archives dans cette aventure du Chevalier noir.

Inutile de présenter Batman, héros créé par Bob Kane et Bill Finger, qui apparaît pour la première fois dans Detective Comics n°27 en 1939. Bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis cette période mais l’homme chauve-souris est toujours bien présent dans le monde des comics et ce personnage donne lieu à de multiples publications.

batmanculteIci, nous avons affaire à une aventure écrite par Jim Starlin et dessinée par Bernie Wrightson en 1988, récit qu’Urban Comics a décidé de republier en français en cette année 2016. Batman, le Culte est un titre qui peut se lire sans connaître forcément les aventures de Batman de manière approfondie.

Dans cette histoire, Batman est prisonnier du diacre Blackfire et de ses séides qui forment une sorte de secte. Le diacre joue sur la peur des habitants de Gotham City qui vivent dans un sentiment d’insécurité permanent et sur le désespoir des sans-abris dont il fait ses recrues. Blackfire promet une ville plus sûre et un avenir radieux à ceux qui suivront ses préceptes tandis que les médias lui offrent une publicité irraisonnée. Mais les intentions de ce diacre sont-elles si pures ? Que peut faire un Batman affaibli, drogué et séquestré pour tenter d’enrayer la marche de Blackfire vers le pouvoir ?

Ce récit interroge notre rapport à l’autorité, au recours à l’homme providentiel dans une société malade de la peur et emplie de désespoir. Elle met le doigt également sur les faiblesses du monde des médias qui font la course au reportage sensationnel plutôt que de tenter une analyse en profondeur, du monde politique corrompu et impuissant et des forces de l’ordre qui n’en sont que le bras armé.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives apparaissent en pleine crise. Gotham City est partagée en deux entre les partisans du diacre Joseph Blackfire et ses adversaires. Le « nouveau messie » monte en puissance et recrute de plus en plus d’adeptes.

Le commissaire Gordon, fidèle allié de Batman cherche à en savoir plus sur ce personnage assez trouble et demande à voir le dossier de Joseph Blackfire. On s’adresse donc aux archives où le dossier est classé. L’adjoint de Gordon prévient son patron : « les archives viennent d’appeler, c’est en chemin » ce à quoi un Gordon impatient répond : « pourquoi c’est si long ? » laissant entendre que l’affaire traîne et que ce n’est absolument pas normal. L’adjoint justifie alors le délai : « ils ont dit que ça remonte à loin » sans autre forme d’explication.

Cela signifie-t-il qu’il existe plusieurs dépôts ou magasins selon la date des documents ? Cela évoque-t-il les trois âges des archives ? Gordon pense sans doute que, comme Blackfire est en pleine activité, son dossier est assez récent et donc facile à trouver voire encore dans les archives courantes ou intermédiaires. Or, ce que dit son adjoint sous-entend que ce dossier est intégré aux archives définitives. Cet état de fait laisse le commissaire perplexe car selon lui : « le diacre m’a l’air d’avoir la quarantaine, pas plus (…), son fichier devrait être sur microfilm« .

Ici, c’est la question du support qui est abordée : le commissaire laisse ainsi entendre que les dossiers récents sont microfilmés alors que les plus anciens sont conservés en version papier. Le microfilmage évite ainsi de perdre du temps en recherches en déplaçant les dossiers et en consultant une version dématérialisée. Quelle n’est alors pas sa surprise lorsqu’un agent pousse un chariot rempli à ras-bords de dossiers en vrac.

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c’est quoi ce boxon ?

La question se pose alors soit de l’efficacité des archivistes soit du soin apporté aux dossiers lors du transport par les agents de police depuis les Archives. Sans blague : quel professionnel aurait accepté que ses dossiers soient balancés en vrac dans un chariot de cette manière ?

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des archives à la nicotine

Quelque part plus loin, le sort des archives sorties de leur réserve est toujours aussi peu enviable : Gordon fume à proximité des documents sans aucune précaution et le tableau apocalyptique de son bureau ferait frémir n’importe quel archiviste : les dossiers sont par terre dans un désordre indescriptible, je plains le collègue qui aurait à remettre de l’ordre dans tout ça, il y aurait de quoi aller décapiter Gordon à la hache ! Et en plus, comme il ne trouve pas cohérent ce qu’il voit, Gordon remet en doute le travail des archives : « ils ont dû se tromper et mélanger les fichiers« …heu vu l’état du chariot : oui, fatalement mais est-ce la faute des archivistes ou des bourrins qui ont chargé le chariot ?

culte_3L’étude des archives plonge Gordon dans la perplexité la plus totale, elles ne résolvent rien cette fois-ci, mais contribuent à l’épaississement du mystère. Elles prouvent seulement que Blackfire est présent dans des documents très anciens ce qui signifierait que son père avant lui avait commis un certain nombre de méfaits ou que Blackfire est doté de pouvoirs inimaginables.

Confier des archives à un service versant fait parfois un peu peur car on ne sait pas toujours dans quel état ce dernier va nous les rendre. La lecture de Batman, le Culte confortera les plus angoissés d’entre nous dans leurs craintes, j’en ai peur !

Sonia Dollinger

Comme de nombreux gamins de ma génération, j’ai été marquée par la série télévisée Wonder Woman, magnifiquement campée par Lynda Carter. Oui, je l’avoue, j’ai tournicoté sur moi-même longuement sans autre résultat que celui d’avoir le tournis.

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ça marche pas, je vous jure ! ©comicbookbrain.com

Evidemment, quand Urban Comics sort une anthologie reprenant « les mille et un visage de la princesse Amazone », je ne peux que me jeter dessus afin de retrouver l’héroïne de mon enfance. Wonder Woman fait partie de ce que l’on appelle désormais la Trinité des héros DC Comics aux côtés de Superman et de Batman.

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Le personnage de Wonder Woman est créé par William Moulton Marston en 1941, elle devient peu à peu une icône féministe et permet à des milliers de petites filles de pouvoir s’identifier à une super-héroïne qui est l’égal de ses alter-ego masculins. Créée dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, Wonder Woman combat les Nazis. Ses adversaires changent avec les modes et le temps mais la figure de l’Amazone reste celle d’une femme à la fois forte et plein de compassion pour les humains.

Wonder Woman est la fille de la reine Hippolyte des Amazones, peuple de femmes né des mains d’Aphrodite qui les a façonnées à partir de la terre glaise. Lasse de devoir se plier à la barbarie des hommes, Hippolyte et ses sœurs ont fait appel à Aphrodite qui leur donne un havre de paix (l’île de Themyscira) et la ceinture qui leur permettra de résister aux assauts masculins. Hélas, Arès, dieu de la Guerre, pousse Hercule à dérober par la ruse la ceinture d’Hippolyte, ce qui entraine une période d’esclavage pour les Amazones. Hippolyte, désespérée, adresse une supplique à Aphrodite qui vient libérer son peuple.

La reine récupère sa ceinture et façonne une petite fille en terre glaise à qui Aphrodite donne la vie.  Hippolyte devient donc la mère de Diana. La jeune femme grandit au milieu des Amazones jusqu’à ce qu’un homme échoue sur l’île : Steve Trevor, aviateur américain blessé au cours d’un combat, bouleverse à jamais la vie de la jeune femme qui quitte son île et devient Wonder Woman.

Après de multiples aventures, Wonder Woman perd ses pouvoirs dans les années 1970 après avoir été forcée de choisir entre son île et sa volonté de rester en Amérique. Elle redevient alors une simple humaine, Diana Prince et ne dispose plus ni de ses pouvoirs, ni de son lasso de vérité, ni de son avion invisible. Elle trouve alors un mentor en la personne de Yi King, un asiatique maître des arts martiaux – thématique très en vogue dans les comics de cette époque – qui lui apprend l’art de combattre.

L’épisode qui nous intéresse aujourd’hui est paru initialement dans Wonder Woman n°204 de janvier-février 1973 aux Etats-Unis. On le retrouve dans l’anthologie qui vient de paraitre chez Urban Comics.

Diana et Yi King sont aux prises avec un sniper fou, échappé d’un asile et qui tue les passants au hasard. Hélas, Yi King est frappé alors qu’il déjeunait au restaurant avec Diana. Folle de douleur d’avoir perdu son père de substitution, Diana poursuit le tueur. Lors du combat, le meurtrier est tué et Diana tombe d’un toit. Echappant de justesse à la mort, elle se réveille amnésique.

Et les archives dans tout ça ??

Poussée par son instinct, la jeune femme amnésique vole un avion qui s’abime en mer non loin de Themiscyra. Les Amazones ramènent leur princesse auprès de la reine Hippolyte qui se rend vite compte que sa fille est amnésique.

Par chance, les Amazones, très avancées sur le plan technologique, disposent d’une banque mémorielle qui permettra à Wonder Woman de retrouver ses souvenirs. Toutefois, la reine Hippolyte ne souhaite pas que sa fille apprenne tous ses secrets. Elle demande donc que ne soient pas diffusées les archives « 3,4 et 5 » tronquant donc l’histoire à laquelle Diana va pouvoir accéder.

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Trop liées à l’intimité de la reine ? Trop sensible pour l’histoire des Amazones ? Il existe donc sur Themiscyra des archives incommunicables qui rappellent celles que la loi du 15 juillet 2008 qui instaurait ce type de documents.

Wonder Woman, à son réveil, hérite donc d’une histoire amputée. Toutefois, comme elle en ignore l’existence, elle ne peut donc en revendiquer la communication. On ne sait donc si ces informations lui feront défaut ou ne sont pas essentielles pour sa reconstruction personnelle.

Pourtant, une rivale arrive sur Themiscyra et se revendique comme étant la véritable Wonder Woman, il s’agit de Nubia qui vient de l’île mouvante et semble avoir les mêmes capacités que Diana. Troublée, la reine Hippolyte se dépêche d’aller consulter l’archive mémorielle n° 3 qu’elle avait cachée à sa propre fille. Une information capitale semble y être conservée.

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Cette mention anecdotique dans un comics des années 1970 nous renvoie pourtant à des questionnements bien plus contemporains. Les archives sont-elles toutes communicables ? Conserver des archives incommunicables a-t-il une finalité ? Peut-on restituer à quelqu’un une histoire partielle et donc partiale ?

Voilà de quoi, à partir de quelques cases de comics quarantenaires, relancer un débat archivistique qui n’est pas près de s’éteindre.

Sonia Dollinger

Voilà bien longtemps qu’on ne vous avait pas parlé de comics sur ce blog, réparons donc tout de suite cette lacune avec un petit bijou sorti chez Urban Comics : C.O.W.L

Ce comics est l’œuvre des scénaristes Kyle Higgins qui a déjà beaucoup travaillé pour Marvel et surtout DC (notamment sur Before Watchmen) et Alec Siegel. Aux dessins, on retrouve Rod Reis, habitué des super-héros DC et quelques planches du très talentueux Stéphane Perger. C.O.W.L est donc sorti en mars 2016 dans la collection Urban Indies chez Urban comics.

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C.O.W.L évoque la création du premier syndicat historique de super-héros par la Mairie de Chicago aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Le Chicago Organized Workers League trouve à sa tête Geoffrey Warner, Reginald Davis et Paul Braddock, respectivement connus sous les pseudonymes de Grey Raven, Blaze et Sparrow, leurs pseudonymes de super-héros.

Toutefois, les temps changent : en 1962, plus personne ne s’intéresse aux super-héros qui forment la Ligue et le maire de Chicago songe à la dissoudre après qu’elle se soit débarrassée des derniers super-vilains qui formaient le groupe des Six.

Comment les héros membres de la Ligue pourront-ils résister à cette disparition programmée ? Que faire de ces héros désormais sous-employés ? Jusqu’où les créateurs de la Ligue seront-il prêts à aller pour faire perdurer leur rêve ?

Cet ouvrage est accessible sans aucun problème à ceux qui n’auraient jamais lu de comics, il flotte dans ce récit un parfum de récit mafieux, une ambiance noire et poisseuse qui ravira également les amateurs de polars. L’aspect super-héroïque est très peu présent, surgissant juste aux moments adéquats.

Un titre qui parle de corruption, de sens moral, de sexisme, un récit où les pire ordures ne sont pas toujours là où on les attend, un titre superbement illustré, que du bonheur.

Et les archives dans tout ça ??

Alors qu’ils procèdent à l’arrestation de Skylancer, un super-vilain, John Pierce, membre de la C.OW.L, tombe sur un dossier classifié qui n’aurait jamais dû se trouver dans l’appartement du délinquant. Ce document semble assez compromettant pour la Ligue car ils ont permis à Skylancer de fabriquer des armes à partir des plans tirés des archives de la Ligue. Intrigué, John cherche à savoir pourquoi ces archives sont apparues dans les mains de leur ennemi.

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Un type qui s’intéresse au système d’archivage, oui, ça existe !

Pour en savoir plus, John se rend au service Recherches et pose des questions sur l’archivage des dossiers. Le directeur répond que la majorité des archives ont été externalisés pour des problèmes de place dans un entrepôt sécurisé.

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pas très fun le dépôt d’archives

A son arrivée aux Archives délocalisées, John trouve un entrepôt entièrement vide. Ont-elles vraiment disparu ?

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Un dépôt un peu trop bien rangé…

C.O.W.L illustre l’importance de la protection des données et des archives scientifiques et industrielles et montre les enjeux de leur utilisation. Les archives qui n’intéressent plus le département Recherches sont reléguées dans un entrepôt après leur durée d’utilisation courante (la DUA bien connue des archivistes). Pourtant, les archives sont aussi un enjeu politique et font objet de trafics ce que démontre leur étrange disparition et la réapparition de certains dossiers stratégiques dans des mains ennemies.

Une fois de plus, C.O.W.L démontre l’importance stratégique des archives et de leur contrôle malgré le peu d’intérêt apparent qu’elles semblent receler. Il faut toujours faire attention de ce qu’on peut trouver dans un dépôt d’archives !

Sonia Dollinger