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ShirobakoShirobako est un animé japonais de 24 épisodes, produit par le studio PA Works et diffusé à partir d’octobre 2014 sur les chaînes japonaises, diffusé en France sur la chaîne J-ONE et sur la plateforme ADN. Il s’agit d’une œuvre originale réalisée par Tsutomu Mizushima (Girls and Panzer, Another, xxxHolic) et scénarisée par Michiko Yokote. Il s’agit d’une comédie/tranche de vie qui connaît une déclinaison en manga.

L’histoire suit le quotidien stressant et mouvementé d’Aoi Miyamori, jeune assistante de production, et de ses collègues au sein du studio d’animation Musashino Animation. Exodus, leur nouvelle série inédite doit redorer le blason de la société dont la réputation a été ternie des années auparavant. L’occasion pour le spectateur de découvrir les métiers de l’animation et ce monde difficile.

Et les archives dans tout ça ??

Dans l’épisode 19, Aoi se met à douter de ses motivations au vu de l’avancée difficile du nouvel animé du studio. Veut-elle vraiment travailler dans cette industrie ?

Le directeur du studio décide de la conduire dans les locaux de Musashino Video, une entreprise fermée depuis longtemps, mais dont est issue la majorité des anciens du studio. Le bâtiment, bien qu’ « en piteux état » selon le patron, sert d’entrepôt. A vrai dire, le lieu paraît plutôt à l’abandon. Les bureaux et le matériel n’ont pas bougé depuis des décennies, comme si les employés étaient partis la veille, les ravages du temps en plus.

Shirobako_1 Bonjour le stockage....

Bonjour le stockage…

Les dossiers d’animations sont toujours sur les étagères. Ils contiennent des celluloïds, des feuilles plastiques transparentes sur lesquels on dessinait. Ce support de travail est décrit comme complexe et contraignant (bonne tenue de la couleur mais pas du carbone, problème de rayure, etc.) et fut abandonné avec l’arrivée du numérique.

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Des bobines de films prenant la poussière dans la vieille salle de projection

Ces celluloïds permettent à Aoi de voir comment le studio travaillait des décennies plus tôt. Elle réalise que « ce n’était pas mieux avant ». Puis, elle visionne un épisode de Chucky des Andes, produit par ce studio, animé qu’elle adorait enfant. Elle est remobilisée. Et puis….c’est tout. On quitte les lieux et on retourne au travail.

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 Les anciens locaux de Musashino Video transformés en entrepôt

Le traitement des archives, et plus généralement de la mémoire de la société, est assez intéressante : dans un premier temps, il rappelle l’évolution du savoir-faire et du geste du métier, trace des avantages et des inconvénients d’un passé souvent idéalisé et nostalgique (avantages du numérique, agendas serrés, etc.). Mais surtout l’appel aux anciens travaux des membres du studio et à la mémoire des spectateurs est un discours souvent utilisé dans l’animé pour créer une cohésion d’équipe et remotiver les individus. Ce discours de fierté est un double discours puisque le matériel même qui en fait la base, les archives (dessins, bobines), est laissé à l’abandon dans un débarras.

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Un celluloïd laissé à l’abandon

Comme dans un certain nombre de sociétés à l’heure actuelle, les archives sont ici une non-question, un élément que l’on stocke, trop occupé que l’on est dans une course en avant de la production. Mais elles restent bien pratiques pour créer une identité, souder les équipes et remotiver par l’usage de la mémoire individuelle et collective. Une contradiction donc…

Il ne faut pas cependant généraliser. Ainsi dans l’épisode 6, certains employés visitent une exposition consacrée à Idepon, une série fictive. Au travers des objets et des archives, des collègues fâchés s’ouvrent et discutent de leur passion pour cette œuvre. Et les voilà remobilisés de nouveau !

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Les archives mises en valeur lors de l’expo Idepon

Du bienfait des archives sur la productivité ? On y croit !

Marc Scaglione

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