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le_masque_de_dimitrios_1Le masque de Dimitrios est un film américain sorti en 1944, il fait partie du genre dit du Film noir, prolifique à cette époque. Il a été réalisé par Jean Negulesco, connu entre autre pour ses film noirs comme celui dont il est question ici ainsi que Les Conspirateurs sorti la même année. On lui doit aussi un film Titanic sorti en 1953. On retrouve dans un casting prestigieux avec entre autre l’irremplaçable Peter Lorre (célèbre pour ses rôles dans les films noirs des années trente tel M le Maudit ou Le Faucon Maltais), Sydney Greenstreet, également présent dans Le Faucon Maltais, mais aussi Casablanca, Faye Emerson, et beaucoup d’autres figures incontournables de cette période. Le film est également une adaptation du roman éponyme d’Eric Ambler, publié en 1939.

Le film raconte l’histoire de Dimitrios Makropoulos, retrouvé mort au début du film sur une plage d’Istanbul en 1938. Ce personnage énigmatique, dont la mort réjouit au plus haut point la police turque, est un criminel recherché de longue date et ayant à son actif de très nombreux méfaits : meurtres, vols, recel etc. Il est également recherché dans de très nombreux pays. Attirés par cette histoire, l’écrivain américain Cornelius Leyden, va, suite à une entrevue avec le chef de la police stambouliote, décider d’enquêter sur cet homme. On sent très clairement l’inspiration d’Orson Wells, le célébrissime et acclamé Citizen Kane étant sorti seulement trois années auparavant.

Et les archives dans tout ça ??

A la dix-septième minute du film, ce cher Cornelius Leyden est à Athènes ou il se rend dans le « Bureau of Records » du commissariat local pour en apprendre plus sur le compte de Dimitrios Makropoulos. La scène se passe ainsi : un plan sur la porte du bureau, un deuxième plan où le personnage principal et l’archiviste discutent, puis à côté du bureau, deux murs d’armoires remplis de casiers, et en 20 secondes environ, l’archiviste retrouve l’emplacement où aurait du être le dossier, il n’y est pas, le protagoniste demande d’effectuer une recherche sur un nom d’emprunt utilisé par Dimitrios et l’archiviste retrouve tout de suite le fichier. Le documennt est un tout petit fichier avec l’état civil, la profession (pickpocket !) et d’autres renseignements. Suite à ça le héros s’en va.

masque_Dimitrios_archives

Le personnage de l’archiviste est grand, dégarni, porte des lunettes à double foyer. Il est maigre voire osseux, habillé d’un costume sombre et cintré, excessivement passionné par sa méthodologie de rangement, et ne cesse tout au long de la scène de clamer sa passion pour le rangement, l’ordre, la rigueur, la patience.  Il reproche à ses visiteurs de manquer de patience et de refuser de s’intéresser à sa méthodologie de classement visiblement très élaborée vu qu’il s’est contenté d’un rangement alphabétique, ayant remplacé les lettres par des nombres – ce qui, par ailleurs, semble assez improbable quand on voit le nombre de casiers sur les murs. La hauteur des casiers n’est d’ailleurs pas très réglementaire puisque l’archiviste doit monter sur une échelle assez haute pour consulter les archives.

masque_Dimitrios_archiviste

C’est une scène assez courte qui arrive peu de temps avant la fin de l’exposition, c’est une scène comique ayant pour but de détendre l’atmosphère avant de rentrer dans le vif du sujet, avant de plonger dans un pur film noir typique du cinéma de série-B des années 1940.

Ici, ni les archives, ni l’archiviste ne sont au cœur de l’histoire. Du coup il apparaît assez nettement que ce personnage un peu falot, rigide, et avec un plan de classement douteux, quelle que soit la fierté qu’il en retire, n’a pas droit à un développement convenable. Il correspond à un cliché, et n’a finalement pas vocation à être autre chose. En même temps, pour une scène d’à peine deux minutes, on ne lui en tiendra pas rigueur. Le décor de ces archives de la police grecque semble assez peu crédible, un entassement d’armoires métalliques sur une seul pièce longue et étroite, dans la même pièce qu’un bureau, ressemble à tout sauf à des archives, quand bien même l’inscription de la porte indique clairement un « bureau of records ». Cependant, on a déjà vu tellement d’endroits improbables où conserver des archives que tout est possible !

Benjamin Lerond