Articles Tagués ‘Seconde Guerre mondiale’

Avec Ma mère, cette inconnue, paru en 2017, le journaliste Philippe Labro revient sur le passé tumultueux de sa mère originaire de Pologne. Devant cette femme mutique sur ses origines, l’écrivain va devoir faire ses propres recherches, établir ses hypothèses afin de connaître l’histoire complexe de sa famille maternelle. C’est aussi l’occasion d’explorer l’histoire d’une Europe marquée par les guerres et les révolutions à travers cette histoire familiale.

Cet ouvrage est donc l’histoire de Netka, Henriette Carisey, fille naturelle d’un aristocrate polonais et d’une institutrice française. La jeune femme n’est pas reconnue par son père, déjà marié par ailleurs, et est abandonnée par sa mère. Elle se construit donc une nouvelle vie avec son frère pour seul point d’ancrage. Ces traumatismes successifs poussent Netka à occulter ce passé et à se concentrer sur la famille qu’elle a créée avec Jean-François Labro. Toutefois, la quête de son fils va pousser Netka à parler de ses origines.

Cet ouvrage est à la fois très émouvant puisqu’il s’agit d’une très belle déclaration d’amour d’un fils à sa mère et passionnant grâce à l’enquête menée par l’auteur qui nous conduit dans la Pologne aristocratique du début du XXe siècle ou dans la France occupée des années 1940.

Et les archives dans tout ça ??

labroMa mère, cette inconnue est une véritable enquête qui conduit Philippe Labro à consulter des archives de toute nature dans une démarche généalogique. Il commence, comme tout un chacun, par questionner sa mère qui peine à lui donner le véritable nom de son père qu’elle semble avoir du mal à se rappeler. L’écrivain part sur une fausse piste puis, grâce à la consultation d’une « fiche étudiante », il découvre le vrai nom de son grand-père. Il fait ensuite des recherches sur google et s’adjoint les services d’une généalogiste professionnelle. Les archives mettent donc pour la première fois l’auteur sur une piste sérieuse.

C’est aussi grâce à ses recherches dans l’état-civil qu’il apprend ce qu’est devenue sa grand-mère maternelle avec laquelle sa mère a rompu. Les mentions marginales inscrites sur l’acte de naissance de sa grand-mère se sont donc avérées bien utiles.

Philippe Labro fouille aussi dans ses propres documents familiaux, apprenant ainsi que sa mère avait gagné des concours de poésie : « j’ai retrouvé le diplôme, dans les archives, une immense boîte en carton beige, dans laquelle j’ai amassé tout ce que je pouvais (…)« . Philippe Labro retrouvera également dans les archives maternelles les carnets dans lesquels Netka a écrit ses poèmes. On constate ainsi l’importance des archives privées et leur complémentarité avec les documents publics qui n’offrent qu’une vue partielle de la vie des individus. Philippe Labro évoque aussi la douloureuse épreuve qui consiste à vider l’appartement du parent défunt et la lourde responsabilité qui pèse sur chacun : que faire des photographies et des archives en général lors d’une succession ? Comment permettre à nos disparus de continuer à vivre à travers leurs documents ?

Ces archives publiques et familiales permettent à Philippe Labro de retrouver les pièces du puzzle familial et de satisfaire sa quête, malgré les silences de sa mère et la complexité de l’histoire familiale. Labro complète sa connaissance de l’histoire familiale avec la lecture de la correspondance de son père qui montre sa personnalité sous un jour nouveau. Ce sont aussi les archives qui éclaire l’auteur sur le rôle de ses parents dans le sauvetage des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ou sur le parcours militaire de son oncle Henri tué à la bataille de Monte Cassino.

La lecture de cet ouvrage montre bien toute la méthodologie qui s’attache à la recherche généalogique et combien la conservation et l’étude des archives familiales sont indispensables à la connaissance de l’histoire familiale. Philippe Labro démontre aussi l’importance des archives publiques – ici, en particulier l’état-civil – dans la quête des origines. L’étude des archives permet de préciser sa propre histoire, de détruire des fausses pistes et de préciser des parcours individuels parfois pourtant délicats à retracer.

Encore une démonstration du caractère essentiel des archives y compris pour appréhender sa propre identité.

Sonia Dollinger

 

 

 

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SS-GB est une uchronie publiée en 1978, oeuvre de Len Deighton, écrivain britannique, auteur de nombreux romans historiques et d’espionnage.

SS_GBL’action se situe en Angleterre en 1941 alors que l’Allemagne nazie a gagné la guerre. Churchill est mort et le roi George est enfermé à la Tour de Londres. Le pays est régi par les autorités allemandes qui s’opposent les unes aux autres alors que la Résistance s’organise.

Au centre de l’intrigue se trouve Douglas Archer, commissaire à Scotland Yard, un homme brillant et reconnu qui travaille sous les ordres du général SS Kellerman. Il est chargé d’enquêter sur le meurtre du docteur Spode, un physicien qui œuvrait pour les nazis. L’enquête est particulièrement complexe et entraîne le commissaire Archer sur de multiples pistes et notre homme se retrouve très vite au cœur des complots et des rivalités entre factions nazies rivales et entre résistants.

Même si vous n’êtes pas fan d’uchronie, cet ouvrage est un thriller haletant que vous ne pourrez plus lâcher après l’avoir commencé.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives représentées ici sont avant tout celles du pouvoir en place. Pourtant, la première apparition du mot archives est liée à une histoire de flirt entre le commissaire Archer et sa secrétaire qui lui cause quelque soucis. Son coéquipier, Harry lui fait quelques remontrances : « fais-ça avec la blonde, là-haut aux archives » sous-entendant que personne ne s’en apercevrait. L’archiviste n’a donc pas de prénom et est seulement mentionnée comme objet de désir, pas davantage, mais c’est assez rare pour être souligné. On sait juste que l’archiviste est également amie avec la secrétaire d’Archer mais rien de plus. Du côté des Allemands, on sait qu’il existait un « archiviste officiel de la 29e division d’infanterie »qui relatait les combats dans le journal de son unité. Il n’est nulle part mentionné qu’il existe des archivistes pour chaque unité mais il est intéressant de noter que ce personnage est là pour consigner les faits au jour le jour et donc écrire l’Histoire en train de se faire.

Par la suite, lorsqu’Archer trouve un cadavre sur lequel il basera son enquête ultérieure, le commissaire n’est pas ravi lorsque la carte d’identité du mort mentionne une adresse à Kingston. Impossible de vérifier : « le bureau des archives de Kingston avait été détruit lors des combats, c’était une des adresses préférées des faussaires, fabricants de papier d’identité. » Une fois leur disparition effective, on a beau se lamenter sur la perte des archives, celle-ci s’avère être très handicapante dans les enquêtes de police et la recherche d’identité. Doit-on conclure une fois de plus qu’il faut un drame pour démontrer l’utilité des archives ? – oui, ok, j’en vois déjà certains dire : « on s’en fiche, tout sera bientôt numérisé », comme si les archives numériques étaient indestructibles.

On vérifie toutefois si le nom de la victime apparaît mais « les archives criminelles n’ont rien sous ce nom.  » On ne peut pas gagner à tous les coups, mais, au moins, lorsque les archives existent, on peut recouper les informations. Lorsqu’il s’agit d’en savoir plus sur un des protagonistes de l’affaire, Harry, inspecteur et ami d’Archer va subtiliser une fiche aux archives et la trimbale dans sa poche pour la montrer au commissaire et peu importe ce qu’elle devient et comment elle est manipulée par la suite !

La possession des archives signifie également symboliquement la prise de pouvoir d’une nouvelle autorité : lors de son installation à Scotland Yard, le Standartenführer Huth fait transférer toutes les archives près de ses bureaux. Cependant, l’auteur précise que le ménage est fait avant ce transfert et que les dossiers sont remplis de « fiches d’archives vierges et des bordereaux sans importance. » Ce tri parfois violent effectué dans les archives est assez connu des archivistes qui la constatent avec impuissance lors d’une passation de pouvoir.

Cette disparition d’archives est également constatée par l’inspecteur Dunn qui aide le commissaire dans son enquête. il lui dresse la liste de toutes les bibliothèques et archives où il s’est rendu, notamment les archives de Scotland Yoard, celles de la Gestapo ou les archives centrales SS mais raconte que « une personne ou des personnes se sont donné encore plus de mal pour faire disparaître de ces différents endroits toutes références au professeur et à son travail. » Ainsi, il se confirme que les archives du pouvoir sont celles qui sont parfois le moins à l’abri des destructions, d’autant qu’il est précisé ultérieurement que toute demande de consultation de ces documents est signalée au général de la SS. Quelques informations échappent fort heureusement à ces destructions, ce qui permet à Harry d’aller fouiller dans les archives de la Gestapo et trouver des informations fort instructives sur un officier allemand.

La connaissance des archives est enfin l’enjeu d’une véritable course à l’information, chaque protagonistes cherchant dans les « lointaines archives » de Berlin des révélations susceptibles de nuire à son rival. On donne parfois des documents partiels voire mensongers pour tromper l’ennemi et on a bien du mal à savoir qui manipule qui et quels documents disent la vérité.

Avec SS-GB, nous avons un bel exemple du jeu qu’exerce un pouvoir autoritaire à partir des archives : le fichage généralisé induit des stratégies de contournement : destructions, falsifications, les archives subissent tous les aléas possibles, on peut donc finalement se résoudre à dire qu’elle sont essentielles dans ce récit !

Sonia Dollinger

 

 

 

Si vous suivez régulièrement ce blog, vous aurez sans doute remarqué que l’une d’entre nous – moi en l’occurrence – est fan des ouvrages de Connie Willis. Nous avons déjà évoqué en effet, Black Out et All Clear, deux récits qui avaient pour cadre Londres pendant la Seconde Guerre mondiale.

sans parler du chienL’ouvrage de Connie Willis dont nous allons parler cette fois a pour titre Sans parler du chien. Le livre sort en 1998 en version originale et en 2003 en France. On retrouve avec bonheur dans ce titre les équipes d’historiens dirigées par le professeur Dunworthy qui voyagent à travers l’Histoire pour étudier les mœurs du passé. En parallèle, une équipe d’historiens est chargée d’enquêter sur la cathédrale de Coventry, détruite par un raid nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. En effet, lady Schrapnell, haute dignitaire, souhaite reconstruire le bâtiment à l’identique au XXIe siècle.

Cependant, un incident, en apparence mineur, va bouleverser les choses :  une jeune historienne provoque un paradoxe temporel en rapportant un chat venu du XIXe siècle dans le futur. Pour réparer cette erreur qui peut conduire à des modifications historiques majeures, Ned Henry, historien, est envoyé par ses supérieurs dans l’Angleterre victorienne pour remédier au souci. Ned se retrouve donc au XIXe siècle en compagnie d’aristocrates britanniques un peu coincés, amateurs de tables tournantes et d’un bouledogue anglais prénommé Cyril !

Cet ouvrage est un très bon récit de voyages temporels, à la fois drôle et tendre qui emprunte aux grands classiques de la littérature anglais avec un petit côté Agatha Christie qui n’est pas déplaisant. Décidément, Connie Willis sait captiver son lecteur et vous n’avez pas fini d’en entendre parler !

Et les archives dans tout ça ??

La tyrannique Lady Schrapnell cherche à reconstituer la cathédrale de Coventry à l’identique mais il lui manque une potiche qui a disparu en 1940. La quête de cette potiche tourne à l’obsession. Le problème est que le registre de la cathédrale a brûlé pendant la Seconde Guerre mondiale emportant avec lui les détails nécessaires à la localisation de cette fameuse potiche. On voit donc bien que sans archives, il est bien difficile de retracer le parcours d’un objet.

Il est également beaucoup question dans cet ouvrage de ce qu’on appelle les écrits du for privé, les récits personnels comme les journaux intimes qui permettent de mieux appréhender l’état d’esprit d’un individu. C’est ainsi que Ned et sa collègue cherchent à lire les journaux intimes de Tossie, l’ancêtre de Lady Schrapnell qui sont essentiels à la compréhension de certains événements. Il faut pour cela les lire en 1888 car hélas, au XXIe siècle, ils ne sont que partiellement lisibles car ils ont subi une inondation…d’où l’importance de conserver les archives dans un lieu sain.

Afin de mieux comprendre les événements et les choses qui les entourent, les historiens font d’incessants allers-retours dans les archives du XXIe siècle pour vérifier certaines de leurs hypothèses ou les conséquences de leurs actions.

On le voit, les archives sont importantes dans le récit. Connie Willis envoie ses personnages s’y référer pour vérifier des hypothèses, confronter leur expérience au récit qui en est fait. L’auteur montre aussi combien il est primordial de conserver des archives en bon état, de les préserver des inondations ou de les mettre à l’abri en tant de guerre car leur perte peut priver les chercheurs et au delà les citoyens d’informations cruciales sur les Hommes…sans parler du chien !

Sonia Dollinger

C’est sur les conseils de notre fin limier Christelle que j’ai ouvert le livre de Lydia Flem intitulé Comment j’ai vidé la maison de mes parents. J’avoue ma réticence à lire des ouvrages traitant du deuil mais il faut parfois affronter ses peurs et je me suis lancée.

Lydia Flem est une psychanalyste, photographe et écrivaine belge native de Bruxelles qui fut assistante de Ménie Grégoire sur RTL. Elle connait un grand succès avec La vie quotidienne de Freud et de ses patients, ouvrage pour lequel elle est invitée à Apostrophes par Bernard Pivot. Elle est connue pour ses romans et ses autofictions. La Reine Alice, paru au Seuil en 2011, connaît un très grand succès et est salué de manière unanime par les critiques littéraires.

lydiaflemComment j’ai vidé la maison de mes parents est un ouvrage sorti en 2004 aux Editions du Seuil. Le livre évoque la mort des parents de l’auteure et ses conséquences matérielles. Au delà du deuil, de la perte des parents qui fait de nous des orphelins, Lydia Flem raconte par le menu comment elle a du faire le tri dans les affaires de ses parents et aborde la difficulté à se séparer de ce qui témoigne de la vie des êtres qui nous ont donné le jour. Meubles, objets anecdotiques, vêtements, photographies ou documents, que faire de tout ce qui nous rappelle nos parents et la perte que nous venons d’éprouver ? L’auteur fait part, avec délicatesse et humour, de la relation complexe qui nous unit aux disparus mais également de la culpabilité qui peut nous envahir lorsqu’on est contraint de se séparer de ce qui leur appartenait.

Dans ce petit livre, Lydia Flem évoque aussi son histoire familiale, la déportation de sa famille, la disparition d’une partie de ses proches durant cette période qui marqua à jamais la jeunesse et la vie entière de ses parents mais aussi la sienne en tant qu’héritière de cette histoire particulière emplie de douleurs et de non-dits.

Et les archives dans tout ça ??

Alors qu’elle range la maison parentale, Lydia Flem se trouve confrontée à des classeurs remplis de documents à caractère généalogique rassemblés par sa mère férue de recherches. Cette histoire familiale semble peser sur l’auteure qui ne sait pas comment se comporter face à un tel héritage : « devais-je devenir l’archiviste de leurs vie ? faire de ma maison un musée de leur passé ? Un autel des ancêtres ? » Loin d’être envahie par un sentiment de curiosité positif, l’auteure ressent un sentiment d’étouffement, comme si le poids de ces archives était trop lourd pour elle. Ne pas avoir d’histoire familiale peut être infiniment douloureux mais dans le cas présent, c’est la surabondance d’archives qui semble peser sur Lydia Flem. Elle le dit plus loin lorsqu’elle écrit : « j’avais très peu d’être engloutie sous le flot des meubles, objets et archives (…)« .

Pourtant, ce premier sentiment d’invasion archivistique passé, l’auteure sent « un besoin vital de lire leurs archives« . Ainsi comble-t-elle le mutisme dans lequel ses parents se sont murés après l’expérience indicible de la vie concentrationnaire. Les archives parlent à leur place et transmettent la connaissance, la vie, les sentiments que les mots n’ont pas su dire. Lire les archives permet l’apaisement, la compréhension et parfois la guérison ainsi que l’appropriation d’une histoire familiale aussi douloureuse soit-elle. L’auteure regrette d’ailleurs l’absence d’archives familiales pour sa branche paternelle originaire de Russie et dont il ne reste aucune trace.

La liste que Lydia Flem dresse des archives trouvées chez ses parents est exhaustive et donne une idée assez précise de ce que peuvent receler les archives d’une famille : carnets de santé aux faire-part en passant par les plans de la maison ou la correspondance familiale, elle passe en revue les nombreux documents qui permettent de rentrer dans l’intimité d’une lignée montrant ainsi à son lecteur combien ces traces de vie sont précieuses pour reconstituer l’histoire familiale.

Devant le traumatisme de la perte de ses parents, il est bien difficile de se résoudre à se séparer de ses archives. Certaines sont jugées trop intimes pour être livrées aux regards étrangers mais d’autres éclairent des tranches de vie et s’en séparer au profit d’un service d’archives qui en aurait la garde, c’est encore faire vivre ceux qui les ont constituées. C’est cette belle mission de gardien des mémoires individuelles et collectives qui donnent une responsabilité et un sens particulier à notre beau métier d’archiviste.

Sonia Dollinger

All Clear est la suite directe de Black-out, ouvrage de science-fiction de Connie Willis dont nous avons déjà parlé sur ce blog. A la fin de Black Out, nous avions laissé trois historiens du futur, Mérope, Polly et Michael coincés en plein Blitzkrieg pendant la Seconde Guerre mondiale, tentant à la fois de retrouver le chemin du futur et de survivre au milieu des rues de Londres détruites en plein bombardement.

allclearTout en cherchant un moyen de retourner au XXIe siècle, les trois personnages doivent faire très attention de ne pas trop interagir avec les Londoniens de 1940 pour ne pas modifier le futur par des actions inconsidérées. Pourtant, il faut bien vivre au quotidien et les personnages s’attachent aux gens qu’ils côtoient et rencontrent même des personnalités qui changeront l’histoire de la guerre.

Comme le volume précédent, All Clear est un titre très prenant dans lequel Connie Willis réalise une description assez réaliste du Londres du Blitz et offre un ouvrage bien fichu sur les voyages temporels. L’ouvrage est facilement trouvable en poche chez J’ai lu.

Et les archives dans tout ça ??

Pour pouvoir rentrer, les trois historiens recherchent leurs congénères qui auraient pu, eux aussi, voyager à la même époque qu’eux afin de pouvoir profiter de leur portail temporel, le leur ayant été visiblement endommagé. C’est ainsi que Mike tente de retrouver un historien travaillant dans un aérodrome. Le jeune homme se fait embaucher comme reporter et peut ainsi farfouiller « aux archives de l’Express pour regarder les vieux numéros à la recherche de noms d’aérodromes ».

De nombreux passages de l’ouvrage montrent les personnages effectuant des recherches dans les archives des journaux, sans doute moins inaccessibles que celles des services publics plutôt perturbés en temps de guerre.

Afin de se rassurer sur leur devenir et ceux des autres historiens, les trois amis explorent les archives en quête d’acte de décès qui pourraient les concerner eux ou leurs proches. Les archives sont, pour eux, la seule façon, de se confronter à la vérité.

All Clear montre également que les archives ne sont pas épargnées par les ravages de la guerre : « la bombe de précision qui avait vaporisé Saint-Paul avait aussi détruit les archives du Comité d’évacuation« . Les conflits sont dévastateurs pour les vies humaines mais aussi pour les informations historiques que les archives contiennent. Nous savons bien que l’histoire que nous écrivons est tributaire du matériau archivistique dont nous disposons et que les conflits provoquent des pertes archivistiques considérables. Ici, l’historien du XXIe siècle tentent de combler les lacunes par l’interview de témoins de l’époque concernée et donc par la constitution d’archives orales dont on sait combien elles peuvent être sujettes à caution.

Enfin, l’historien pose la question de la fiabilité des sources : « j’aurais du vérifier en croisant avec d’autres archives historiques » se demande l’un d’entre eux montrant la nécessité de toujours confronter plusieurs versions d’un même fait. Il énumère par la suite plusieurs dépôts dans lesquels il doit se rendre : « les archives du musée (…)celles du British Museum. Et les archives nationales. Et celles du Times, du Daily Herald, de l’Express. » Ce passage évoque différents types de sources, publiques et privées, qui peuvent se compléter avec bonheur.

Recherches historiques, croisement des sources, constitution d’archives orales, All Clear évoque de nombreuses préoccupations des chercheurs en Histoire. Il n’est toutefois nulle part question de ceux qui en sont les gardiens, aucun archiviste n’est mentionné dans ce livre. Mais l’essentiel n’est-il pas que les archives procurent une fois encore les réponses que cherchent nos héros ?

Sonia Dollinger