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Magie noire, vaudou, sorcellerie et cinéma, voici un cocktail qui devait forcément attirer mon attention. Je dois ce bon conseil de lecture à Arnaud Buissonin, libraire à Autun, qui m’a donc mis entre les mains Intérieur nuit de Marisha Pessl.

Née à Détroit en 1977, Marisha Pessl passe sa jeunesse en Caroline du Nord, étudie à l’Université de Columbia et devient consultante financière à la City de Londres. Marisha Pessl écrit depuis 2001 et a été couronnée par le New York Times pour son roman La physique des catastrophes. En 2013, Intérieur nuit sort aux Etats-Unis puis en 2015 en France chez Gallimard.

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Intérieur nuit a pour personnages principaux un journaliste d’investigation tombé en disgrâce, Scott McGrath, une jeune femme, Ashley Cordova qui se suicide dans des conditions étranges et son père, le sulfureux cinéaste Stanislas Cordova autour duquel planent des mystères indicibles.

Inspirée par les romans policiers d’Agatha Christie ou les thrillers psychologiques, Marisha Pessl livre également ici un vrai hommage au cinéma d’horreur ou d’angoisse. Stanislas Cordova, le réalisateur maudit ressemblant à la fois, de l’aveu de l’auteure, à Roman Polanski ou Stanley Kubrick tout en empruntant au suspense hitchcockien.

Scott McGrath, journaliste s’étant frotté à Cordova lors d’une précédente enquête, en est sorti discrédité et brisé sur le plan personnel. Alors qu’il tente de reconstruire sa vie, il croise une silhouette fantomatique lors de son jogging nocturne. Peu de temps après, il apprend qu’il s’agissait d’Ashley, la fille de Stanislas Cordova, et que cette dernière s’est suicidée. Intrigué par les circonstances du drame, McGrath décide de mener une investigation qui l’entraînera avec ses deux acolytes dans l’univers horrifique et tourmenté du réalisateur maudit. En sortiront-ils indemnes ?

Et les archives dans tout ça ??

Pour rendre encore plus crédible son récit et ses personnages, Marisha Pessl parsème son roman de reproductions de documents : pages web, articles de presse, photographies qui donnent de la crédibilité et de l’épaisseur à son enquête. Ces documents peuvent tous être considérés comme des archives et montrent, comme souvent dans les thrillers, l’importance de la documentation dans ce type de quête. Pessl inscrit les pages web comme document d’archives ce qui devient une constante dans les thrillers.

De nombreux articles de presse sont d’ailleurs extraits des « archives d’une bibliothèque » selon les mots de l’auteure et sont consultées sur microfilms. On reconnait là encore un classique des récits policiers où l’on voit souvent l’enquêteur le nez devant un lecteur de microfilms faisant défiler des années et des années de journaux.

Les archives sont toutefois mentionnées explicitement, notamment lorsqu’un article de presse cite les archives de l’école où fut élève le cinéaste Stanislas Cordova. Les archives indiquent que le réalisateur reçut des « notes médiocres à cause de son comportement asocial ». Une chance que les dossiers des élèves aient été conservés, ce qui est loin d’être toujours le cas.

Lorsque l’un des trois enquêteurs, Hopper, parvient à pénétrer chez Cordova, il se trouve dans une pièce remplie de meubles de classement qui contiennent des portraits d’acteurs, des « millions de photos et de CV avec des notes très bizarres au dos. »On sait au moins que Cordova est un cinéaste attentif à ses archives et qu’il ne les détruit ni ne les brade en vente publique.

Enfin, lorsque McGrath apprend qu’Ashley Cordova a séjourné dans un hôpital, son interlocutrice lui lâche : « Essayez de graisser la patte à un employé des archives et il vous dira ». Voilà qui en dit long sur l’intégrité prêtée à certains d’entre nous.

Si les archives ne sont bien sûr pas le sujet principal d’Intérieur nuit, elles parsèment le récit directement ou indirectement sous différentes formes : papier, photographies ou pages web. Sous quelque forme que ce soit, l’homme laisse des traces de son activité et donc…des archives !

 Sonia Dollinger

N’ayant jamais vu le Chinatown de Roman Polanski, j’ai eu le plaisir de le découvrir il y a peu et d’y voir apparaître une mention des archives, voilà de quoi nourrir le présent billet avec une chronique de film qui vous reposera un peu des bandes dessinées et autres thrillers.

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Chinatown, réalisé par Polanski, sort en 1974 et devient vite une référence en matière de film noir. Il faut dire que les rôles principaux sont magistralement servis par Jack Nicholson et Faye Dunaway. Polanski joue lui-même un petit rôle où il entaille la narine de Nicholson. Comme toujours avec Polanski, l’intrigue n’est pas simple, alors, accrochez-vous…
Le film évoque un fait historique : la guerre de l’eau qui s’est déroulée à la fin des années 1920 et au début des années 1930 à Los Angeles et plus généralement en Californie sur fond de meurtres et de corruption.

Le film débute sur un constat : la sécheresse sévit à Los Angeles. Alors que des solutions semblent se dessiner, notamment la construction d’un barrage, un ingénieur du service des eaux, Hollis Mulwray s’oppose au projet. Cet ingénieur fait, par ailleurs, l’objet d’une enquête d’un détective privé, Jake Gitts – Jack Nicholson – pour adultère. Jake Gitts est embauché par la femme de l’ingénieur Mulwray pour le suivre et réunir des preuves de son infidélité.
Un premier problème surgit quand l’adultère de Mulwray est révélé dans la presse et qu’une femme vient mettre en cause le détective privé. Seul hic : Evelyn Mulwray – Faye Dunaway – n’est pas la même femme que celle qui l’a engagé ! Gitts, furieux, veut retrouver l’usurpatrice mais un drame survient : Hollis Mulwray est retrouvé noyé. On pense évidemment qu’il s’est suicidé pour éviter le déshonneur suite à la révélation de son adultère.
Tenace, le détective Jake Gitts soupçonne que l’ingénieur a plutôt été assassiné pour couvrir un large trafic de terrains. L’eau potable est détournée et rejetée à la mer, privant des terres d’irrigation, ce qui fait baisser le prix des terrains qui sont alors vendus pour une bouchée de pain à des prête-noms.
Gitts découvre aussi que l’associé de la victime n’est autre que son beau-père, le père d’Evelyn Mulwray et que cet homme est loin d’être un enfant de chœur.
En parallèle de toute cette histoire se noue une intrigue amoureuse entre le détective Jake Gitts et la belle et récente veuve Evelyn Mulwray. Comme c’est du Polanski, inutile d’attendre une happy end, la noirceur humaine l’emporte mais de quelle manière, à vous de le découvrir !

Et les Archives dans tout ça ??
Lorsque Jake Gitts soupçonne des spéculations sur les terrains, il se rend aux Archives municipales de Los Angeles pour vérifier son intuition. Jake est accueilli par un jeune homme à l’air rogue, dont on pense qu’il est un préposé à l’accueil ou un archiviste.

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Le détective demande à consulter les registres du cadastre et l’archiviste le renseigne à contrecœur de manière fort peu aimable et lui indique un rayonnage où il pourra trouver la section cadastrale qui l’intéresse.

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Jake passe un certain temps à compulser le document et s’aperçoit que sa théorie est juste : les terrains ont été achetés par des prête-noms ce qui cache une malversation d’envergure.

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Souhaitant étudier les documents en profondeur ou apporter la preuve de ses dires à la justice, Jake demande à emprunter le registre. Le détective s’attire un regard outré de l’archiviste et une réponse cinglante : « ce n’est pas une bibliothèque, vous êtes aux Archives municipales ici ! »
Une manière brutale mais claire de rappeler que les documents d’archives ne sont consultables que sur place et qu’on ne peut pas les emmener chez soi. A bon entendeur…

Sonia Dollinger