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Le mariage de la Dryade (The Dryad’s wedding en VO) est une nouvelle publiée en 2000 en version originale. Elle a connu deux éditions en français dont la dernière au sein du recueil YFL-500 en 2011 chez Gallimard. Elle a été écrite par l’écrivain de science-fiction Robert Charles Wilson, multirécompensé, auteur notamment des romans Darwinia, Les Chronolithes et la saga Spin.

Quelle est l’histoire ?

Planète Isis, Villehumaine, 2111. Chaia Martine a perdu la mémoire suite à une accident, obligeant son cerveau à être reconstruit. Elle est redevenue celle qu’elle était à 19 ans. Dans une semaine, elle va épouser Gray McInnes, à qui elle était déjà mariée dans une autre vie…

Et les archives dans tout ça ??

CouvertureSuite à l’accident qu’elle a subi, Chaia a perdu la mémoire. Malgré la rééducation, elle semble perdue et ce n’est pas son (re)mariage prochain qui arrange la chose. D’autant que Chaia est assaillie par des sensations étranges. En quête de réponse, elle va partir à la recherche de son identité qui passe aussi par l’histoire de cette colonie humaine sur une lointaine planète. Les archives interviennent à deux moments dans cette courte nouvelle d’une quarantaine de pages.

Chaia rencontre Werner Eastman, un ami. Ce dernier lui parle de l’histoire de la colonisation de la planète. Un site se trouvait non loin de la ville, il a été rasé des décennies plus tôt pour laisser place à des terres agricoles. Contre l’avis de certains. Werner explique alors  «  On a quand même sauvé ce qu’on a pu des anciens systèmes de stockage de données, tout ce qui n’avait pas été irrémédiablement corrompu par les intempéries et le passage du temps ». Ces archives lui permettent ainsi d’identifier des restes humains. Ces archives vont aussi parler à Chaia et lui permettre de comprendre en partie ce qui se passe en elle. En outre, ce qui est intéressant de noter, c’est qu’il se passe dans cette fiction l’inverse de notre époque actuelle. En effet pendant des années et encore aujourd’hui, il reste difficile de conserver, transmettre et valoriser des données archéologiques. Les sites et les objets étant plus montrables, visitables, exploitables, ils bénéficient d’une attention toute différente. Mais qu’est-ce qu’un objet sans données, contexte, documentation ?

Toujours en pleine quête d’identité, elle décide finalement d’accéder à son dossier personnel et médical, qu’elle avait délibérément refusé de consulter, avec l’appui de ses thérapeutes, pour éviter d’être hantée par le fantôme d’elle-même et de sa mémoire perdue. « Sa formation en archivistique lui permit de s’introduire sans difficulté dans ses dossiers personnel et médical (…). ». Ainsi il semble que les données soient sécurisées et donc non accessibles à tous, pour des raisons évidentes de protection de la vie privée. Mais cette protection ne semble guère solide. Une formation en archivistique dans le futur vous permet de retrouver des dossiers mais fait aussi de vous des pirates hors pair ! Chaia peut donc comparer les informations des archives à ses souvenirs et questionner la réalité. Devient-elle folle ou les archives sont-elles incomplètes ?

Dans cette nouvelle, Robert Charles Wilson fait des archives des supports pour questionner l’identité et les certitudes.

Marc Scaglione