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République est un jeu vidéo en cinq épisodes développé par Camouflaj et édité par GungHo Online Entertainment. Sorti en 2013 sur les téléphones mobiles, le jeu a connu une version Remastered pour PC, Xbox et PS4 éditée en 2016. Il s’agit d’un jeu à la troisième personne d’infiltration-action.

Attention ce billet vous révèle les mystères du jeu ! [SPOIL]

Quelle est l’histoire ?

Vous incarnez 390-H, alias Hope, une jeune femme, une Precal. Vous vous trouvez dans un état totalitaire inconnu, dirigé par le Superviseur Treglazov dont le but est d’accomplir son projet intitulé « Metamorphosis ». Alors que vous avez été envoyée en prison pour avoir lu des ouvrages interdits, vous réussissez à sortir de votre cellule. Votre but est de quitter cet endroit, en évitant Prizraks (les gardes) et caméras, tout en en apprenant plus sur votre nature et celle de ce lieu.

Et les archives dans tout ça ??

Il faut un peu avancer dans l’histoire pour comprendre que les archives sont au cœur de République Remastered. Lors de votre périple, vous collecterez un certain nombre de documents et de données qui vous permettront de mieux comprendre votre situation. Ces documents et données seront aussi des monnaies d’échanges avec un certain courtier afin d’obtenir des améliorations.

Hope vous demandant de l'aide

Hope vous demandant de l’aide

Dans l’épisode 2, vous avez réussi à quitter le bâtiment et vous trouvez dans un jardin-cimetière. Des écrans de télévision diffusent des témoignages d’expert expliquant que l’utilisation de l’ADN comme support d’information sera une révolution. Certains évoquent même l’espoir de ne plus perdre de données et de pouvoir ainsi tout collecter. Un espoir fou mais nécessaire ? Cette idée de complétude n’est pas remise en question. A-t-on intérêt à tout garder ? Comment retrouver une bonne information dans un océan de données ? Rien n’est dit à ce sujet. Durant cet épisode, vous pourrez ainsi collecter des boîtes de Petri avec des cultures bactériennes. En les passant dans un décodeur, vous découvrirez des documents d’archives vous expliquant une partie du travail de Treglazov.

Echanges de données à venir

échange de données à venir

Finalement on finit par comprendre ce qu’il se passe. Cet état totalitaire est le délire de Treglazov, qui est en contrat avec les agences américaines de renseignements pour leur offrir un stockage stable et peu onéreux de toutes les données qu’elles récoltent sous le manteau. L’espionnage numérique n’est pas évanescent, il a besoin de stockage. L’île abrite ainsi une ferme de serveurs mais pas que. Hope et les autres Precals sont les résultats des recherches menées par Treglazov. Des stockages d’archives ambulants, copie ADN des serveurs. Et en créant une République totalitaire, avec une éducation propagandaire, Treglzov espère maintenir le contrôle sur ces copies et en faire des sujets d’une nouvelle humanité. Qui contrôle le savoir a le pouvoir, dit-on. Treglazov très conscient de cela ne se contentera pas de stocker, tel un tiers-archiveur de confiance, mais utilisera les informations pour manipuler personnes et institutions à son avantage.Il vous faudra donc déjouer son plan pour gagner votre liberté.

République, un jeu sans prétention technique, interroge sur la pérennité technique d’une surveillance globale et de son pendant la gestion de flux de données colossaux. Mais au-delà de cette question technique, qui suscite certains espoirs inconsidérés (Une complétude éternelle des informations) mais aussi des craintes (encoder des données dans des êtres humains avec ou sans leur accord), le jeu questionne surtout sur les dérives totalitaires des technologies. Les flux de données ont une importance encore trop souvent négligée et l’inconséquence de certains (ici les agences américaines ignorant les méthodes de Treglzov) peut avoir des conséquences funestes pour les individus (nombre de Precals sont morts) mais aussi pour les sociétés et donc l’espèce humaine. Un jeu d’anticipation dans un futur pas si lointain…

Marc Scaglione

Horizon Zero Dawn est un jeu développé par Guerilla Games (Killzone) et édité par Sony Interactive Entertainment. Il est sorti début 2017 sur la PS4. Le jeu est un action RPG à la troisième personne. Il a été bien accueilli par les critiques et a reçu le trophée du meilleur jeu original 2015 et 2016 du Game Critics Award. Il s’est écoulé à plus de 3 millions de copies.

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L’histoire ?

Plusieurs siècles après l’apocalypse, les humains cohabitent avec les machines. Aloy, née de la Toute Mère, est une paria de la tribu des Nora. Lors de la cérémonie d’intégration des jeunes, la tribu est attaquée. Aloy va alors partir en exploration afin de découvrir ses origines et de trouver le danger qui guette sa tribu.

Attention ce qui suit révèle les points importants du scénario et donc vous gâchera le final.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives sont présentes à au moins 3 niveaux.  

Les archives sont d’abord utilisées comme moyen de narration, dans le cadre de ce qui est appelé une narration suggérée, à l’instar de jeux comme Bioshock ou Soma. Aloy trouve dans des ruines, un focus, un appareil des anciens qui lui permet de se connecter à l’ancien réseau, lui donnant accès par conséquent à un certain nombre d’informations dont des enregistrements, d’archives corrompues permettant de découvrir le mode de vie d’avant l’Apocalypse ainsi que les événements qui ont conduit à cet Armageddon. Lors des visites des ruines, elle trouve aussi un certain nombre de notes sur des ordinateurs encore fonctionnels. Ces passages sont intéressants à plus d’un titre. Premièrement, ils montrent à quel point l’accès aux archives est dépendant de l’accès à l’outil (réseau ou ordinateur) et à quel point cela peut être fragile. Deuxièmement, il évoque aussi le problème de compréhension des archives trouvées par Aloy. Ainsi celle-ci, après avoir entendu un slogan publicitaire dans une ruine, s’interroge sur le sens et le concept du terme « entreprise ».  

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premier enregistrement trouvé par Aloy, joyeux anniversaire Isaac ! 

Par conséquent au-delà des questions d’accès, la question de la compréhension de l’information transmise à travers les siècles est ici montrée de manière subtile mais simple.  

Après recherche dans les ruines, Aloy découvre les événements qui ont conduit à l’Apocalypse : la construction de robots autonomes auto-réplicants tirant leur énergie de la biomasse. Devant l’impossibilité de combattre ces machines (leur conquête du globe prend 18 mois alors qu’il faudrait 50 ans pour briser leur code), le projet Zero Dawn est lancé. L’objectif est de créer des bunkers sécurisés abritant une intelligence artificielle supérieure, Gaïa, qui a un double objectif : cracker le code et détruire les machines, puis relancer la vie sur Terre en dépolluant et ressuscitant faune, flore et humanité. La place des archives ? Gaïa est appuyée par un ensemble de sous-modules ayant chacun une tâche spécifique. Ainsi apparaît Apollo.

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Présentation de Gaïa et ses sous-modules

Apollo est le module d’archives du savoir humain. Son nom est tiré du dieu grec des arts et de la raison (et par extension de la connaissance). Son objectif est de rassembler l’ensemble des connaissances humaines afin de les transmettre aux générations futures. La responsable du projet est Samina Ebadji, une archiviste (et ça c’est une bonne nouvelle). A travers quelques courriels subsistants, le joueur suit le travail et les questionnements nécessaires pour l’élaboration d’un tel projet.

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 Samina Ebadjie, archiviste

Premièrement la question de la conservation : quoi conserver et sur quel support ?

Quelle taille peut faire le savoir humain ? Une question qu’on se pose rarement. Le jeu y apporte une réponse : 40 zettaoctets (Zo). Pour information, un gigaoctet (Go) équivaut à 1 milliard d’octets ; un zettaoctet équivaut à mille milliards de milliards d’octets. Un sacré volume. Samina explique que l’ADN encapsulé est le choix le plus simple pour permettre une conservation dans le temps d’un tel volume (plus de 1000 ans à -18°C). Elle envoie aussi régulièrement des nouvelles concernant l’intégration des données dans Apollo, et c’est ainsi qu’on apprend la perte des langues de la Papouasie Nouvelle Guinée, qui n’ont pu être archivées.

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le choix de l’ADN encapsulé

Deuxièmement la question de la transmission ?

Apollo est mis à jour continuellement afin de pouvoir intégrer tout le savoir humain dans un temps réduit avant l’extinction. Mais il faut aussi définir les modalités d’accès et de transmission des archives de l’humanité. On sait qu’une indexation est mise en place. Mais plus encore pour permettre l’éducation des futurs enfants. Des intelligences artificielles (Aristote et Aspasie) avec pour objectif l’enseignement dans le cadre du « parcours heuristique » mis en place et testé pour être la méthode la plus efficace de transmission et d’apprentissage. On sait qu’il existe un protocole de sécurité avec plus de 3000 conditions à remplir pour accéder à certaines informations considérées comme dangereuses ou sensibles.

Horizon Zero Dawn nous offre donc un panel intéressant de questionnements autour de l’accessibilité, de la compréhension, de la conservation et de la transmission du savoir à travers les archives. Mais le jeu aborde aussi des questions éthico-philosophiques.

Après la découverte de l’existence d’Apollo, Aloy se demande pourquoi les humains ont un niveau technologique si bas, pourquoi ils ont perdu la mémoire des événements liés à l’Apocalypse. Apollo a été purgé, les archives effacées. Et ce par Ted Faro, le responsable de l’Apocalypse. Sa raison : le savoir n’est pas un don, mais une malédiction qui nous a conduits à notre destruction, les futures générations seront des esprits intacts qu’il faut préserver par l’ignorance.

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Faro annonçant la première purge d’Apollo

La purge d’Apollo est considérée par un autre membre de l’équipe comme un génocide. Et offre un débat intéressant, surtout lorsque l’on voit les tribus considérer des anciens artefacts comme des divinités…

Marc Scaglione