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Night Stalker : Le Guetteur est une série télévisée diffusée en 2005 aux Etats-Unis. Cette série, diffusée en 2007 en France ne comporte qu’une saison de dix épisodes, avant d’être annulée par manque d’audience. Il s’agit d’un remake d’une ancienne série télévisée américaine, Kolchak : The Night Stalker (Dossiers brûlants en français), diffusée entre 1972 et 1975, incluant deux téléfilms, The Night Stalker et The Night Strangler. Cette série fut d’une grande influence dans la création d’une autre, X-Files.

Quelle est l’histoire ?

Nous suivons Carl Kolchak un journaliste qui traque les phénomènes paranormaux.

Et les archives dans tout ça ?

Dans l’épisode 9 de la série de 2005, intitulée Timeless en anglais et La Morsure du Temps en français, Kolchak enquête sur la mort de jeunes femmes dont les cadavres ont été retrouvés dans un parc le cerveau dévoré. L’enquête patine car Kolchak et son équipe hésitent entre l’attaque d’une bête ou d’un tueur déterminé. Jain McManus, le photographe, indique avoir trouvé une piste et les emmène dans les archives du journal pour lesquels il travaille, The Beacon.

Descente aux Archives du Beacon

Kolchak qui est là depuis plusieurs mois ne connaît pas l’endroit, sa collègue Perri Reed, qui travaille pour le journal depuis quatre ou cinq ans indique « qu’il y a ici toutes les éditions jusqu’en 1980 » et qu’elle « n’y est pas venue depuis des siècles ». Jain indique lui bien aimer descendre aux archives pour farfouiller et c’est grâce à cela ou plutôt à Titus qu’il a trouvé une info. « Qui est Titus ? » demande Kolchak. Titus Berry, l’archiviste du Beacon se présente. C’est un quadragénaire chauve aux petites lunettes avec chemise et pulls, bref une image d’Epinal. Ce dernier se lance alors dans une diatribe :

« La plupart de nos confères s’agitent vraiment en tout sens pour récolter de misérables ragots. La recherche est l’essence de notre travail, ce qui fait sa noblesse et sa beauté. (…) J’ai découvert quelque chose que vous n’auriez jamais pu trouver sur Internet, votre sacro-sainte Toile où les événements historiques n’ont aucune chance de figurer en bonne place si personne ne s’est soucié de les retranscrire à la manière ancienne, avec ses dix doigts. »

Puis Titus leur montre une édition de 1970, indiquant des crimes similaires dans le même lieu. Titus reconvoque les journalistes plus tard, pour leur montrer que des événements similaires se sont déroulés en 1935 et en 1900, ce qui intrigue d’autant les journalistes les lançant sur la piste d’un tueur paranormal, une tueuse en réalité dévorant le cerveau de trois jeunes femmes tous les 35 ans pour conserver sa jeunesse.

Découverte d’un acte similaire en 1970

Ici l’archiviste est un archétype classique de vieux garçon rigoriste qui apporte de nouveaux éléments pour l’enquête. Mais au-delà de la forme, ce passage est intéressant au niveau du fond. Premièrement, la méconnaissance du service archives et son absence de visibilité. Ainsi Kolchak présent depuis plusieurs mois ne connaît pas l’endroit et sa collègue n’est pas venue depuis longtemps. Il faut une démarche personnelle et volontaire pour lier archives et enquête. Il est à regretter aussi que l’archiviste ne fasse pas l’effort de se mettre en avant et de se faire connaître de ses collègues. Deuxièmement, il édicte en 2005, une règle toujours valable aujourd’hui. Un travail complet de recherche ne peut se faire uniquement sur Internet, puisque le réseau ne contient que ce qu’on a bien voulu y mettre. Un point parfois hélas oublié par certains.

Cet épisode est un hommage au téléfilm The Night Strangler, diffusé en 1973. Carl Kolchak est à Seattle, après avoir été viré du journal pour lequel il travaillait à Las Vegas. Il est engagé par son ancien responsable éditorial au Daily Chronicle. Il doit alors enquêter sur l’étranglement d’une femme, meurtre qui devient vite une série dans le quartier de Pioneer Square. Kolchak découvre un lien possible avec l’histoire du vieux Seattle.

Une partie des archives du Daily Chronicle

Lui-même avouant que la recherche n’est pas son fort, il décide de faire appel à Titus Berry « gardien des secrets de Seattle enterrés dans la mémoire morte du Daily Chronicle ». Titus a découvert que des meurtres similaires avaient lieu 21 ans plus tôt dans le même quartier, avec une description physique du suspect identique ! Kolchak l’ayant cité dans son article, Titus Berry pousse ses recherches en signe de gratitude et découvre que d’autres crimes ont eu lieu 21 ans avant. Plusieurs femmes sont assassinées tous les 21 ans. Mais le journal ayant été fondé en 1887, Kolchak décide d’aller à la bibliothèque de Seattle pour fouiller dans les journaux plus anciens de Seattle sans trouver de piste valable. Titus le recontacte car il a trouvé des infos. Les échanges entre Titus et Kolchak vont alors continuer jusqu’à la conclusion de l’enquête.

Meurtre d’une femme en 1952

La version de 2005 est clairement un hommage au film, avec la reprise de l’intrigue, du personnage de Titus Berry et le passage aux archives. La version de 2005 est un hommage qui se tient mais un peu creux en comparaison. Dans la version de 1973, Carl Kolchak met en valeur la recherche dans les archives comme une nécessité. Le personnage de Titus Berry est moins ronchon, même s’il valorise son travail, il reste un employé timide et efficace.

La comparaison des deux et de leurs visions de la recherche dans les archives d’un journal à trente ans d’écart est un bel exercice pour montrer la permanence et l’évolution d’un métier, bouleversé par l’informatique et les habitudes de recherches. Titus Berry, un archiviste qui peut en cacher un autre donc !

Marc Scaglione

Nous allons nous concentrer sur La Marque jaune, le plus grand succès des aventures de Blake et Mortimer mais également de leur auteur, Edgar P. Jacobs. Cette aventure fut publiée planche par planche dans le journal de Tintin entre 1953 et 1954 tandis que l’album date de 1956.
Vous aurez sans doute reconnu la couverture puisque celle-ci a dépassé le cercle de la bande dessinée. Elle a été de nombreuses fois copiée et parodiée et est une véritable icône de la bande dessinée belge et de la bande dessinée en général.


Le M que l’on voit sur le mur est la signature de la Marque jaune ; il est inspiré du signe que porte M le maudit, un personnage du réalisateur allemand Fritz Lang. Jacobs avoue avoir été influencé par ce dernier et on le verra une nouvelle fois dans la Marque jaune puisque l’un des personnages, le docteur Septimus, est inspiré du docteur Mabuse. Cet album trahit également la passion de Jacobs pour l’opéra, son premier amour, tant par le scénario que par les personnages.
L’aventure se déroule à Londres, à un moment où la ville est frappée par les actions de la Marque jaune. A son actif : raid contre la banque d’Angleterre, vol à la National Gallery et même le vol de la couronne royale à la tour de Londres au tout début de l’album.
Au fur et à mesure, elle va même jusqu’à prévenir Scotland Yard de ses futures actions, ridiculisant ainsi les services de police impuissants.
Les autorités réagissent en détachant le Capitaine Francis Blake du MI5 auprès de Scotland Yard. Comme à l’accoutumée, celui-ci met dans la boucle son meilleur ami, le professeur Philip Mortimer. Ce dernier étant scientifique, Blake pense qu’il peut l’aider compte tenu des pouvoirs surnaturels que semble posséder l’homme qui se cache derrière la Marque jaune.

Suite à l’arrivée de Blake aux commandes, la Marque jaune change brutalement ses habitudes puisque les enlèvements succèdent désormais aux vols. En effet, elle réussit à enlever tour à tour le docteur Vernay, le rédacteur en chef du Daily Mail Macomber, le juge Calvin et le docteur Septimus. Difficile d’expliquer leur enlèvement successif. Les seuls indices dont disposent Blake et Mortimer sont que ces quatre personnes étaient amies et qu’elles fréquentaient le Centaur Club où elles croisaient régulièrement Blake et Mortimer.

Tandis que Blake dirige l’enquête policière, Mortimer se lance dans des recherches afin de trouver le lien entre ces quatre personnes qui pourrait l’aider à remonter jusqu’à la Marque jaune.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives interviennent à ce moment-là de l’histoire puisque le professeur Mortimer décide de se rendre aux archives du Daily Mail, le journal dirigé par Macomber. Ce journal existe réellement et est régulièrement lu par Blake et Mortimer.
Jacobs nous donne peu d’information sur le service d’archives du journal. Il semble que celui-ci accueille l’ensemble des parutions du Daily Mail mais on ne sait pas s’il possède d’autres fonds.

Comme on peut le voir sur cette case, les fonds contenant les collections du journal sont naturellement triés par années puisque l’archiviste tend à Mortimer des ouvrages cotés 22 correspondant à l’année 1922.
L’archiviste se nomme Mister Stone. On suppose qu’il dirige les archives du Daily Mail mais on ne sait pas s’il est seul à s’occuper des archives bien qu’on puisse également le supposer, Jacobs ne nous montrant pas d’autres archivistes. Il porte un cache-poussière bleu en guise de tenue de travail.

Lors de la venue de Mortimer, il lui montre des archives du journal qui lui permettent de faire le lien entre les quatre personnes enlevées. Trois d’entre elles ont contribué à la condamnation d’un certain John Wade à cause des hypothèses douteuses de son livre The mega wave. Seul le docteur Septimus, également enlevé, prit publiquement la défense de Wade. Suite à ce procès, le livre fut retiré des rayons et reste introuvable, comme l’indique l’archiviste à Mortimer.

Un peu plus tard dans l’aventure, alors que Mortimer n’était plus en lien avec Stone, ce dernier viendra sonner chez lui un soir afin de lui apporter le livre introuvable. Cela témoigne de sa conscience professionnelle qu’on peut qualifier d’extrême puisque celle-ci le pousse à se rendre au domicile de son usager pour que ses recherches entamées dans son service soient complètes.

Mister Stone apparaît donc deux fois de manière succincte dans l’histoire mais ses interventions sont décisives puisque c’est lui, en complément de ses archives, qui permet à Mortimer de faire le lien entre les quatre hommes. C’est également lui qui procure à Mortimer le livre du Dr Wade alors que celui-ci est introuvable, y compris à la bibliothèque du British Museum.

Ces renseignements s’avéreront décisifs puisque c’est en fait le docteur Septimus qui est à l’origine de la Marque jaune. La personne se cachant derrière la Marque jaune est Olrik, éternel ennemi de Blake et Mortimer, manipulé par Septimus. Ce dernier surnomme d’ailleurs Olrik « Guinea Pig » (cochon d’inde) lorsqu’il revêt les habits de la Marque jaune. Le fameux livre du Dr Wade fut en fait écrit par le docteur Septimus qui utilisa un pseudonyme. Dans ce livre, il expliqua les pouvoirs de the mega wave, l’onde méga, qu’il mit à profit afin de donner des pouvoirs surnaturels à la Marque jaune.

Cet album a donné lieu à une adaptation en dessin animé en 1997. Dans celle-ci, le service d’archives semble différent de celui de la bande dessinée de Jacobs. Il est beaucoup plus sombre et semble plus imposant.

Les réalisateurs de la version animée ont choisi de ne pas conserver le passage où l’archiviste apporte l’ouvrage au domicile de Philip Mortimer. Ainsi, celui-ci le trouvera par hasard dans la bibliothèque du professeur Septimus lorsqu’il alla l’interroger en compagnie de Francis Blake. On peut également relever une erreur dans ce dessin animé. En effet, dans la BD, Mortimer trouve l’article sur l’affaire Wade dans les registres de l’année 1922 alors que dans le dessin animé, cet article se trouve dans le registre de septembre 1953. En revanche, l’importance du passage de Mortimer aux archives est intacte puisque c’est toujours grâce à Stone qu’il fait le lien entre les quatre personnes enlevées, via l’article sur l’affaire Wade.

Maxime Barbaut