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Blade Runner 2049 est un film de science-fiction américano-canadien sorti en 2017. Réalisé par Denis Villeneuve, il est scénarisé par Ridley Scott et Hampton Fancher, scénaristes de Blade Runner, film culte de 1982, assisté de Michael Green (Logan, Alien Covenant). Le premier film était lui-même une adaptation libre du roman de Philippe K. Dick Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?.

Quelle est l’histoire ?

La société s’est effondrée après un blackout dans les années 2020. La Wallace Corporation a émergé des décombres et a acheté les restes de Tyrell Corp., fabricant des réplicants. Nous suivons K, réplicant Nexus-9, modèle obéissant, dont l’objectif est de traquer les Nexus-6 survivants pour les tuer.

Et les archives dans tout ça ??

Après avoir tué un Nexus 6, K. découvre un squelette. Il s’avère que c’est celui d’une réplicante qui a donné la vie, alors que c’était considéré comme impossible. On demande à K. de retrouver l’enfant et de l’éliminer car si la vérité était sue, cela provoquerait le chaos.

K. se rend donc aux archives de la société Wallace, qui conservent les archives de Tyrell Corp. L’archiviste, personnage pas assez important pour avoir un nom, guide K. dans le dédale des archives à la recherche du dossier de fabrication de la réplicante.

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Les vastes archives de la société Wallace

Il en profite pour expliquer qu’il reste peu d’archives de cette époque, car le black-out a supprimé toutes les données informatiques de la planète,

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Les archives disparues

il n’y a que le papier qui a survécu, ce qui étonne l’archiviste lui-même… Il indique aussi que tout était stocké sur CD à l’époque. C’est donc un discours un peu confus !

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Les supports sont fragiles

Finalement le dossier ne donne rien, l’assistante du président Wallace prend le relais et conduit K. dans une petite salle privée appartenant au président. Elle informe K. qu’il a de la chance car Wallace est « entasseur ». Il accède ainsi à une salle de conservation d’archives, il s’agit des repères-mémoires, les archives des interrogatoires par les blade runner sur les anciens modèles Nexus. K. découvre ainsi Deckard.

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Les repères-mémoires

A noter quand même que dans cette entreprise, la conservation des archives n’est pas toujours entre les mains de l’archiviste, le Président se permet de prélever certaines archives pour ses collections… Pas simple cette gestion.

K. consulte ensuite les archives ADN (au commissariat probablement), mais il ne retrouve rien en utilisant les mots-clefs car tout date d’avant le black-out. Il consulte manuellement les archives restantes sur microfilms jusqu’à trouver deux résultats d’enfants confiés à l’orphelinat. K. se rend donc à l’orphelinat, le directeur consulte les registres papiers qui sont entassés sans soin dans un bureau. Mais cela s’avère finalement être une impasse puisque les pages qui intéressent K. ont été arrachées du registre.

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Les archives entassées de l’orphelinat

Fil rouge, les archives sont essentielles à l’enquête et permettent au héros d’avancer. Même si sa mission initiale est de supprimer toute trace de l’enfant, on réalise vite qu’il n’y a plus de trace à supprimer. En effet, les archives sont fragiles et on en voit de multiples causes : le support numérique d’abord, hantise des archivistes à cause des risques de disparition ; la mauvaise gestion des archives, puisque le PDG extrait les archives qui lui plaisent pour ses collections ; une absence d’indexation, obligeant à faire des recherches fastidieuses, repoussant la majorité des chercheurs ; et enfin la destruction volontaire, car le support papier plus pérenne peut être déchiré et détruit.

Le film offre donc un beau portrait de la fragilité de la mémoire et des archives !

Marc Scaglione

200px-Roger_Zelazny_Phillip_K._Dick_Deus_IraeDeus Irae est un ouvrage écrit à quatre mains par deux poids lourds de la science-fiction américaine : Philip K. Dick (Le Maître du Haut-Château) et Roger Zelazny (Cycle des Princes de l’Ambre, Cycle de Francis Sandow), publié en 1976 aux États-Unis et en 1977 en France.

Carlton Lufteufel, responsable du programme américain des armes nucléaires, a provoqué un holocauste atomique qui a ravagé le monde. Une partie des survivants a alors créé une nouvelle Église : si le monde a été détruit, c’est que Dieu n’est pas amour, mais colère. Et Carlton en est son incarnation, initiateur du châtiment divin. Tibor MacMasters, peintre handicapé sans bras ni jambes, réputé pour son travail de grande qualité, est engagé par l’Eglise de la Colère pour retrouver et faire le portrait de Carlton Lufteufel. Le roman suit cette quête.

Et les archives dans tout ça ??

Le mot « archives » n’apparaît pas dans le roman tel quel. L’originalité de l’ouvrage est d’évoquer le rôle des archives et comment la perception de ce rôle peut influencer la politique, et par conséquent le destin du monde. Je m’explique.

En prévision de l’apocalypse, les États-Unis avaient mis en sécurité les savoirs jugés fondamentaux, « des micro-documents enfermés dans des capsules à l’épreuve du temps et enfouis à plusieurs kilomètres de profondeur». La théorie prédominante avant Carlton Lufteufel était la théorie du nombre : pour qu’une nation survive, il faut un certain nombre de survivants pour la faire fonctionner. Carlton Lufteufel en 1983, dans un discours intitulé « Contre-vérité arithmétique », dénonce cette théorie : l’identité d’une nation n’est pas liée à l’identité des individus mais aux savoirs et notamment aux savoir-faire de celle-ci. Il suffit de conserver ces savoirs de telle manière que les survivants puissent les utiliser, quel que soit leur nombre. Convaincu par cette théorie, Carlton déclenchera l’apocalypse. Mais l’avenir lui donnera tort, car les survivants ne récupéreront pas ces archives, trop occupés à « cultiver le sol pour y récolter de quoi les maintenir en vie ».

Bien que court, ce passage est intéressant. Il pose la question de la perception du rôle des archives : considéré comme le cœur de la nation, leur conservation et leur accessibilité est suffisant pour assurer le fonctionnement, la survie et la renaissance de la susdite nation. Les archives sont donc considérées comme essentielles. Mais la théorie de Carlton se mord la queue : en effet à quoi sert-il de conserver, s’il n’y a plus personne pour consulter ces documents ?

Marc Scaglione