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Si je vous dis « Arkadia », peut-être que cela mettra la puce à l’oreille à certaines personnes qui, comme moi, ont vécu l’époque formidable des dessins animés des années 1980. Allons donc ensemble nous replonger dans Les Mondes Engloutis, série animée de 52 épisodes créée par Nina Wolmark et illustrée par Patrick Claeys. Elle fut diffusée à partir du 24 octobre 1985 dans l’émission Récré A2 puis L’été en baskets sur Antenne 2, et sur TF1 dans le Club Dorothée dès le 6 janvier 1990.

La cité d’Arkadia et le Shagma

Arkadia est une cité du centre de la Terre où vivent en toute sérénité les Arkadiens, étranges humains sans pied, en compagnie de créatures anciennes dotées de la parole que sont Bic et Bac, deux pangolins (au nez en forme de frite) et Shag-Shag, gentil monstre mi-tortue, mi-vaisseau. Mais cette plénitude est bouleversée par une menace : le Shagma, grand soleil nourrissant la cité d’Arkadia, est malade et sa santé faiblit de jour en jour. Les Arkadiens redoutent son explosion prochaine, et la possible fin de leur civilisation. Leur espoir de survie repose alors sur Spartakus, homme grand et mystérieux vivant dans les souterrains, Bob et Rebecca, deux frère et sœur de la « civilisation du dessus » et Arkana, humanoïde bipède crée à l’image « des gens du dessus » par deux jeunes Arkadiens grâce aux archives de la cité, accompagnés de Bic, Bac et Shag-Shag. Ensemble, ils parcourent « les strates et les mondes engloutis […] jusqu’au creux de la Terre » pour sauver le grand Shagma d’une mort certaine.

Bic et Bac, à l’époque où les pangolins n’étaient pas mis en cause dans une pandémie

Et les archives dans tout ça ?

Elles apparaissent dès le tout premier épisode de la série intitulé « La Cité d’Arkadia ». Bob part faire de la spéléologie, suivi discrètement par sa petite sœur Rebecca. Finissant par se croiser, Bob intime à sa sœur de remonter à la surface. Cette dernière, croyant dur comme fer aux légendes et en particulier à l’existence d’une civilisation « du dessous » à l’inverse de son frère, insiste pour continuer son exploration. Fatigué, Bob la laisse partir, non sans la suivre de loin. C’est alors qu’après avoir été sauvée des eaux par Spartakus qui ne révèle pas encore son identité, elle se réveille en voyant Bic, Bac et Arkana, en partance pour la surface de la Terre. Bob apparait alors et interroge Arkana sur son identité et sa provenance. Celle-ci nous emmène alors à Arkadia, conte l’histoire de la cité et révèle ses origines : tous les ans, la cité organise une grande fête où chaque enfant Arkadien doit présenter un chef-d’œuvre aux Sages de la cité. Nous faisons alors la connaissance de Shangor et Shangora, deux frère et sœur, équivalent de Bob et Rebecca. Tous deux sont dotés d’une grande intelligence et sont très curieux des origines de leur cité. A ces questions concernant leur passé, aucun Arkadien ne sait y répondre. Alors qu’ils sont sur le point de créer une créature de la civilisation du dessus, la finalisation échoue, la lumière du Shagma étant beaucoup trop faible.

Shangora et Shangor cherchent comment guérir le Shagma

Shangora alerte alors ses camarades « Notre Shagma est vraiment très malade, il va finir par exploser. Que faut-il faire pour le réparer, le guérir ? Où trouver un plan, un logiciel, quelque chose ? » Bic et Bac proposent alors : « Flashbic ! le musée ! ». Mais Shangor n’est pas rassuré : « Entrer dans le musée ? Mais c’est impossible, il est tabou, interdit ! Les Diogènes le gardent jour et nuit, personne n’y entre jamais ! ». Bic et Bac rappellent alors que Shag-Shag, gardien de ce musée, peut entrer sans problème.

Une entrée de Musée peu accueillante

Cachés par Shag-Shag, Shangora, Shangor et les deux pangolins s’introduisent dans le musée. Alors que Shangor et Shangora s’adonnent à des réflexions peu sympathiques (« je ne comprends pas pourquoi on nous interdit d’entrer dans ce musée, il n’y a que des sha-shagris sans intérêt » « les Shagies ne rangent pas souvent ici »), Bic et Bac déclenchent accidentellement l’ouverture des dossiers d’archives cachés dans un ordinateur. Une voix se fait alors entendre : « ces archives ne devront jamais être révélées à nos descendants. Jamais ils ne devront savoir que leurs ancêtres ont un jour vécu à la surface de la Terre. Qu’ils oublient le grand cataclysme qui, pour des temps et des temps, leur a rendu toute vie impossible. Survivants de notre civilisation du dessus, qu’elle ne soit plus pour nos enfants qu’une légende. Seul l’oubli de notre passé leur donnera le bonheur. Désormais, nous ne devrons connaitre qu’un monde, celui de la nouvelle Arkadia autour du soleil que nous leur avons créé : le Shagma. Et maintenant, que les Tables de la nouvelle Arkadia les guident. ». L’interdiction formelle d’entrer au musée, la méconnaissance du passé et la mise sous clef des archives trouvent une explication : l’ignorance de tout ceci est alors considérée comme un signe de paix sociale et de sérénité générale.

Les pangolins ouvrent accidentellement les dossiers d’archives

Malgré tout, Shangor et Shangora ne veulent pas en rester là. Après avoir voler des plans et dessins dans les archives, ils finissent par créer leur chef-d’œuvre, une humanoïde à l’image des « gens du dessus » : Arkana. Elle déclare devant les Sages « Je suis différente de vous, mais pas de vos ancêtres […] Ne rejetez pas votre passé ». Une des Sages, furieuse, nie ces paroles en affirmant que les Arkadiens n’ont pas d’ancêtres et que la civilisation du dessus n’est qu’une légende. Shangor et Shangora interviennent en invitant les Sages à se rendre avec eux au musée afin de lire les Tables d’Arkadia. Après avoir les avoir consultées, les Sages chargent Arkana de mémoriser toutes les archives qui donnent des informations sur la civilisation du dessus et lui donnent pour mission de se rendre à la surface afin de chercher de l’aide qui permettra de sauver le Shagma.

Arkana, un être créé grâce aux archives

La nouvelle génération d’Arkadiens fait donc fi des discours et cherche à lever le voile sur le passé de leur cité. Arkana, tout droit sortie de gravures et plans archivés, est la solution à la survie du Shagma. En créant Arkana, les jeunes Arkadiens ont fait revivre les archives, les ancêtres, et le passé d’Arkadia pour assurer leur avenir.

A la suite de son récit, Arkana arrive à convaincre Bob et Rebecca de la suivre sur sa route. Après avoir échappé à une première tentative d’enlèvement de la part des Pirates, ennemis constants de la série, notre équipe composée d’Arkana, Spartakus, Bob, Rebecca, Bic, Bac et Shag-Shag volent vers la suite des aventures des Mondes Engloutis.

Les sages lisant les tables d’Arkadia, archives de la cité

L’épisode finit par ces mots « Enfants, vous qui vivez à la surface de la Terre, croyez aux légendes, descendez sous les strates cachées, découvrez des civilisations oubliées, des univers cosmiques, cherchez le chemin d’Arkadia », une belle invitation au voyage et à la recherche du passé.

Emilie Rouilly

Le triomphe des Ténèbres est le premier volume de la saga Soleil noir d’Eric Giacometti et Jacques Ravenne paru aux Editions Lattès en 2018 et sous format poche en 2019. Il s’agit de la première partie d’un thriller ésotérique dont les événements se déroulent avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour l’occasion, les auteurs abandonnent leur personnage fétiche d’Antoine Marcas pour une toute nouvelle série.

Quelle est l’histoire ?

Créée par Heinrich Himmler, l’Ahnenerbe est un institut de recherches destiné à prouver la supériorité de la race germanique grâce aux études historiques et aux recherches archéologiques. En 1938, une expédition est envoyée par les nazis au cœur de l’Himalaya pour récupérer une mystérieuse swastika qui pourrait bien faire triompher Hitler et le faire régner sur l’Europe entière. Pourtant, les SS ne sont pas les seuls à comprendre l’intérêt de ces artefacts magiques et la Résistance s’organise pour empêcher le monde de tomber sous la coupe du troisième Reich. 

Triomphe_Tenebres

Et les archives dans tout ça ??

Dès l’introduction, Giacometti et Ravenne expliquent comment l’idée de ce thriller leur est venue à Moscou : « Nous tournons un documentaire pour France 5 sur l’odyssée des archives maçonniques spoliées par les nazis et récupérées par les Russes. » Les auteurs décrivent d’ailleurs le bâtiment « austère » avec « des enfilades de salles de stockage mal éclairées, des dédales de rayonnage métalliques croulant sous des milliers de vieux cartons jaunis. » On note tout de suite l’envie de rendre labyrinthique ce qui ne l’est pas a priori : rien de mieux organisé qu’un dépôt d’archives dont les rayonnages se suivent de manière logique et cartésienne. De même, il est assez compliqué de trouver des rayonnages métalliques croulants, le principe étant justement d’utiliser le métal pour sa solidité. D’ailleurs, si l’on regarde les photographies publiées des archives maçonniques à Moscou, on constate la solidité de l’ensemble mais cette description permet de donner un petit côté dramatique à cette découverte, laissant penser que ces documents étaient en totale déshérence. Les documentaristes travaillent sous l’œil d’un « cerbère en blouse grise ». Inévitablement, il n’a pas l’air commode ! Giacometti et Ravenne décrivent avec exactitude les « cartons jaunis », pour certains encore sous scellés. Les deux auteurs connaissent donc les archives pour les avoir fréquentées de près.

Dans le cours du récit, les auteurs ne manquent pas de faire référence aux archives à plusieurs reprises. Leur première apparition est quelque peu inattendue car les archives sont utilisées comme un instrument… de drague. La jeune Lucia tombe amoureuse du conservateur d’un petit musée catalan. Comment aborder cet inconnu ? Rien de plus simple, Lucia fouille dans les archives familiales et trouve la preuve que son grand-père avait fait don de tableaux au Musée. Tristan, le conservateur, se montre fort intéressé par les archives en question et tout finit par une romance. Si vous ne savez pas comment aborder un inconnu, pensez aux archives ! Tristan et Lucia finissent par travailler ensemble et classer les collections du Musée mais parfois, entre deux documents, ils font plus ample connaissance au milieu des rayonnages.

Lorsque le conservateur est arrêté par les Allemands, une discussion permet d’évoquer les archives : « vous savez qu’on peut tout faire dire aux archives » dit le jeune Tristan à son interlocuteur. Il explique, en effet, avoir séduit les grandes familles de la ville en leur laissant penser que leurs membres avaient tous participé à la création du Musée. Intéressante réflexion que celle de ce conservateur, bien conscient de la puissance de celui qui détient des archives. Certes, les documents disent quelque chose mais on peut souvent en donner plusieurs interprétations, selon le contexte ou les tronquer, voire les falsifier avec plus ou moins de bonheur.

Cependant, les archives servent aussi à traquer les Républicains espagnols dont les documents, confisqués par un commando allemand, ont permis l’identification d’un commando et son arrestation. Les archives sont souvent utilisés à des fins répressives, c’est pourquoi, elles sont parfois détruites à titre préventif pour éviter qu’elles ne dévoilent des secrets. Un échange entre un espion anglais et Churchill confirme cet aspect : « dans tous vos rapports, vous me consignerez un objectif bidon et réaliste. Je ne veux pas qu’à ma mort, on trouve dans mes archives, l’autorisation de recommencer la quête du roi Arthur en pleine guerre !  » Giacometti et Ravenne soulignent l’importance que revêt la postérité pour Churchill qui pense déjà aux archives qu’il laissera. Le premier ministre anglais ne veut laisser derrière lui qu’une impression de sérieux et de rigueur, quitte à oublier de mentionner quelques missions sortant de l’ordinaire pouvant paraître farfelues à la postérité. Utile rappel qui montre bien que les archives sont la partie émergée d’un iceberg qui a fondu ! Elles ne disent pas tout et ce qu’elles disent n’est pas toujours exact, mais c’est tout de même grâce aux archives que l’Histoire s’écrit.

La découverte de nouvelles archives est toujours possible et permet de faire progresser la connaissance historique comme le montre l’évocation de la recherche érudite du XIXe siècle qui, en fouillant les archives, a permis de ressusciter le souvenir lointain des Cathares qui s’était perdu. On connaît tous des fonds rarement consultés qui regorgent pourtant d’informations et de trésors enfouis, ils attendent avec patience le chercheur qui trouvera en leur sein des informations essentielles sur un sujet encore obscur. Les archives de l’époque cathare sert aussi aux Allemands de l’Ahnenerbe qui explorent les documents de l’Inquisition et opèrent des fouilles minutieuses pour tenter de découvrir les secrets de la forteresse de Montségur. On croirait presque voir apparaître Indiana Jones aux détours des pages de ce thriller. On croirait presque voir Indiana Jones apparaître aux détours des pages de ce thriller. 

Lorsque les auteurs évoquent le siège de l’Ahnenerbe, ils indiquent que « des archivistes classaient avec soin une bibliothèque privée qui venait juste d’arriver de Norvège » rappelant ainsi combien les archives furent un enjeu pendant le second conflit mondial : les archives maçonniques confisquées et emmenées en Allemagne puis à Moscou, comme tant d’autres, mais aussi d’autres archives privées ou publiques détournées par les nazis à des fins de coercition ou d’études. La confiscation d’archives n’est pas une nouveauté et on assiste au fil des siècles à des confiscations suivies ou non de restitutions plus ou moins rapides. 

Ce thriller de Giacometti et Ravenne montre bien des aspects inhérents aux archives : elles jouent leur rôle de documents historiques destinés à la recherche mais elles ont aussi une importance stratégique lorsqu’il s’agit de réprimer des opposants politiques. De manière étonnante, elles peuvent aussi être un instrument de drague. On vous conseille de tenter et de nous dire si cela fonctionne.

Sonia D.

 

 

 

 

 

Le sanctuaire des Titans est le premier volume d’une série intitulée le Musée de l’Etrange, oeuvre du scénariste et dessinateur Régric – Frédéric Legrain – qu’on connaît par ailleurs pour son travail sur Lefranc. Héritier d’Hergé et de la ligne claire, Régric démontre ici tout son amour pour ses maîtres qu’il s’agisse du père de Tintin auquel l’auteur rend de multiples hommages dans ce titre, d’Edgar P. Jacobs ou encore de Jacques Martin. Le titre est paru aux éditions du Long Bec en 2018.

Quelle est l’histoire ?

musée_étrange_1L’histoire se déroule à Paris durant le terrible hiver 1954. Le tout-Paris journalistique est invité à l’inauguration de l’étonnant Musée de l’Etrange crée par Henry Penaud, célèbre constructeur automobile – un subtil mélange entre Louis Renault et de l’industriel et collectionneur d’art François Pinault. Ce musée privé est destiné à regrouper les collections du grand explorateur Gaston Rocas qui, au cours de ses voyages, a rassemblé ce que les différentes civilisations ont pu laisser de plus étrange. Géré par M. Larcin, un directeur ex comptable pingre et peu cultivé, M. de Haute-Lutte, un conservateur de Musée complètement déconnecté, Elsa Blanquette et Victor Galopin, deux archivistes passionnés, le Musée va vite révéler des secrets surprenants comme le désopilant M. 220, un robot datant de la Première Guerre mondiale ou un tibia géant provenant d’une mystérieuse civilisation dont les derniers représentants semblent bien décidés à s’emparer.

Et les archives dans tout ça ??

Incroyable mais vrai, ce récit met en scène non pas un héros archiviste mais deux ! Elsa Blanquette et Victor Galopin sont archivistes du musée de l’Etrange et semblent être dans l’équipe, les deux seuls à travailler. Le directeur ne s’occupe que de coller aux basques de son PDG et de rogner sur les budgets, quant au conservateur du Musée, il est aux abonnés absents. Si Victor Galopin répond à certains clichés de l’archiviste – petites lunettes, look rétro – il donne cependant une image consciencieuse et dynamique. Un seul problème, il est allergique à la poussière ! Elsa Blanquette est, pour sa part, une archiviste enthousiaste et déjà très émancipée, qui ne rêve que d’aventures. Les deux archivistes flirtent gentiment tout au long du récit tout en partageant leurs découvertes.

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Les deux archivistes sont extrêmement consciencieux puisque, le soir même de l’inauguration, alors que tous les autres membres de l’équipe s’en vont, Victor et Elsa restent pour commencer l’inventaire des collections du Musée – dont le conservateur permanenté se moque complètement. Quant au directeur financier, il précise bien que les archivistes ne seront pas payés en heures supplémentaires pour ce travail nocturne… Ah, la passion du métier… combien d’entre nous connaissent cette situation : ne pas compter ses heures et se voir presque reprocher d’être rémunéré pour exercer un métier souvent vu comme un divertissement.

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Lors de leur rangement des réserves, les deux archivistes s’aperçoivent bien vite que les objets ne correspondent pas toujours aux étiquettes qui les accompagnent. Il faut donc réattribuer les bonnes analyses aux objets, un travail titanesque. C’est ainsi que les archivistes réveillent M.220, un automate parlant en forme d’obus et tombent sur un os de géant. Pour savoir de quoi il retourne, les deux comparses confrontent les objets avec les carnets du collectionneur qui a amassé les objets : un retour aux sources tout naturel pour ces deux archivistes. Cette découverte leur donne l’idée d’une prochaine thématique pour leur exposition et d’une expédition de recherche. Evidemment, le directeur financier oppose une fin de non recevoir douchant immédiatement leur enthousiasme. Là encore, combien d’entre nous se sont présentés, persuadés d’être suivis dans leurs projets et ont reçu une fin de non recevoir ? Pourtant, le PDG va finalement se laisser convaincre et financer une expédition qui ressemble à croisière jaune de Citroën.

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Même si la suite des aventures conduit nos archivistes à rencontrer des extra-terrestres au fin fond d’un pays d’Amérique du Sud imaginaire, ils restent au cœur du récit dont ils sont les héros. Personnages engagés, passionnés par leur métier, assoiffés d’aventures, ces deux archivistes sont des figures positives dont on attend donc la suite des aventures avec impatience !

Sonia D.