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Adapté des six romans policiers à succès du Danois Jussi Adler-Olsen, Les Enquêtes du Département V, comportent 3 opus au cinéma.

Misericorde_1Récompensé par des prix littéraires scandinaves, l’auteur connait un grand succès auprès du public. Le lecteur retrouve dans ces romans les ambiances noires et les intrigues qui font le succès des auteurs nordiques dans le genre thriller policier, tel que Stieg Larsson et son Millénium ou Camilla Lackberg et La sirène.

La mutation aux services ….. des archives

L’inspecteur Carl Morck travaille au service criminel de la police judiciaire danoise. A la suite d’une intervention avec son équipe, un de ses coéquipiers est tué et l’autre restera lourdement handicapé. Il fait une grave dépression, sa femme le quitte et il sombre dans l’alcool.

Lorsqu’il est jugé apte à reprendre du service, sa hiérarchie lui signifie sa mutation au Département V, service d’archivage des affaires classées. L’objectif est clair, reprendre toutes les enquêtes classées depuis les 20 dernières années, les trier et les clore ….

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L’assistant

Pour atteindre les objectifs fixés, on lui attribue un assistant, Hafez El Assad. C’est un jeune policier inexpérimenté dont personne ne veut dans les services…

Le bureau des affaires classées

Le service est situé dans les sous- sol des services de police. C’est un vaste vrac d’objets et de boites d’archives entassées. Heureusement que l’assistant est motivé ! Il met de l’ordre et propose une méthode de tri bien personnelle : afficher les affaires sur le mur pour choisir celles qui sont à traiter chaque semaine…

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L’affaire

L’inspecteur, refusant son rôle « d’archiviste judiciaire » va se pencher sur des affaires non résolues non pas pour les fermer, mais pour les rouvrir. L’assistant proteste « le chef nous a demandé de classer les affaires … ». Les deux enquêteurs s’intéressent à l’affaire d’une victime déclarée hâtivement décédée par suicide … mais aucun cadavre n’a été retrouvé.

L’énigme

Les deux compères vont analyser les documents de l’affaire et retracer dans le détail la vie de victime qu’il considère comme disparue et non suicidée. La victime, une jeune femme orpheline qui s’occupe de son frère handicapé, disparaît lors d’une traversée à bord d’un ferry avec ce dernier. Son frère ne peut pas s’exprimer à cause de son handicap et la victime n’est pas réapparue depuis 5 ans. Le film alterne des séquences du passé et du présent, tenant le spectateur en haleine grâce à une intrigue bien construite et une affaire originale.

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La résolution de l’affaire

Grâce aux archives bien sûr ! Une collection complète de photos va leur permettre de remonter la piste et de résoudre l’affaire en identifiant le kidnappeur et l’endroit où la victime est retenue contre son gré.

Et les archives dans tout ça ??

L’auteur introduit le premier opus de sa série policière en montrant une image ringarde des archives, à travers le choix des protagonistes – un policier dont la carrière est finie et un jeune débutant. Le policier mis au placard après une faute et une dépression est une figure classique de la littérature policière et son reclassement aux archives l’est tout autant.

L’image ringarde des archives peut se lire aussi dans la description des lieux : un débarras poussiéreux et jamais éclairé par une quelconque lumière naturelle. En Europe du Nord comme en France, travailler dans un service d’archives est perçu comme une punition … et les archives pâtissent d’une image vieillotte.

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un peu sombre…et encombré !

Au fur et à mesure du déroulé de l’intrigue, on note cependant l’importance croissante des archives dans l’enquête.

A l’origine constituées comme moyen de preuve, elles deviennent un atout pour comprendre la vie de la victime et identifier son ravisseur. Au final, le dénouement heureux de l’enquête aboutit grâce aux archives photographiques et à la compétence des deux agents. Ainsi, le premier opus se termine sur une image positive, à la fois pour les personnages, qui sont félicités et pour l’importance des documents d’archives quel que soit leur support.

Florence Masson

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La trilogie Millénium est l’œuvre de l’écrivain suédois Stieg Larsson, décédé d’une crise cardiaque en 2004 alors qu’il préparait un quatrième volume. Sa trilogie, publiée à titre posthume, le rendit donc célèbre après sa mort. En France, ce sont les éditions Actes Sud qui publient les ouvrages dans une collection créée pour l’occasion : Actes noirs. L’œuvre de Larsson est imprégnée par son combat contre le racisme et le fascisme, elle est aussi marquée par une volonté de dénonciation des puissances financières et de la violence sexuelle.

C’est du premier volume de la trilogie dont nous allons parler dans ce billet. Son titre, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, est assez explicite sur le contenu : meurtres et violences en tous genres peuplent ce roman policier haletant.

Pour tout dire, les cent premières pages sont un peu difficiles : Larsson pose lentement son intrigue et présente ses personnages et leurs caractéristiques. Je conseille donc de s’accrocher car une fois ces pages quelques peu ardues avalées, on prend un vrai plaisir à lire ce roman qu’on ne lâche plus ! Deux individus se détachent : le premier est Mikaël Blomkvist, cofondateur controversé du journal Millénium qui vient de perdre un procès en diffamation et doit à la fois s’acquitter d’une peine de prison et s’éloigner du journal pour ne pas lui nuire. La seconde est une punk gothique, génie en informatique, hackeuse hors pair, mais instable socialement : Lisbeth Salander.

Ces deux personnalités que rien ne rassemble a priori vont se trouver liées dans une enquête commune. Mikaël Blomkvist est contacté par Henrik Vanger, un riche industriel du pays qui cherche à résoudre un mystère vieux de quarante ans : la disparition de sa petite-nièce Harriet dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle a été assassinée mais dont le corps n’a jamais été retrouvé. Depuis cette période, Henrik Vanger reçoit chaque année des fleurs et soupçonne le meurtrier de vouloir le torturer.

Blomkvist, vite épaulé par l’étonnante Lisbeth Salander, plonge dans les méandres de l’histoire familiale des Vanger dont il rencontre les membres plus ou moins sympathiques et dont il explore la généalogie et le passé plutôt trouble pour certains. On croise des névrotiques et d’anciens nazis pour aboutir sur la piste d’un tueur psychopathe aux mœurs épouvantables.

Difficile d’en dire plus sans dévoiler l’intrigue, ce qui serait fort dommage. Ce premier volume pourrait presque se suffire et se lire indépendamment des deux autres mais les pistes ouvertes sont trop alléchantes pour ne pas avoir envie d’aller au-delà et de dévorer les deuxième et troisième volumes intitulés respectivement La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette et La Reine dans le Palais des courants d’air dans lesquels la personnalité de Lisbeth Salander se dévoile davantage, éclipsant quelque peu celle de Mikael Blomkvist.

Millénium dresse un effrayant portrait de la haute société suédoise et de ses penchants pervers et questionne sur le rôle du journaliste d’investigation dans un univers où la vérité est vite muselée par les puissances de l’argent.

Pour finir, il ne vous aura pas échappé que Millénium a fait l’objet d’adaptations cinématographiques avec une première adaptation suédoise où Noomi Rapace incarne Lisbeth de manière magistrale. Le premier volume a également été adapté par David Fincher en une version américaine où Daniel Craig endosse le rôle de Blomkvist. Je ne pourrai vous parler que de la version suédoise puisque je n’ai pas vu la seconde.

Et les archives dans tout ça ??

Le tome 1, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, évoque les archives explicitement à deux reprises et chaque séquence est décisive pour l’avancée du roman. Les archives apparaissent la première fois lorsque Mikael Blomkvist, intrigué par les photographies du jour de la disparition d’Harriet, décide de compléter la documentation de la famille Vanger par la consultation des archives iconographiques du journal local. Mikael demande en préambule quelle est l’organisation des archives mais la journaliste répond : « à vrai dire, il règne une assez grosse pagaille. Depuis que nous avons les ordinateurs et les photos numériques, nous archivons tout sur CD ». Elle explique ensuite que des stagiaires sont chargés de scanner les négatifs anciens « importants », mais sur quel critère ? Qu’est-ce qu’un document important…vaste question ! Les photographies anciennes sont donc rangées par dates dans de nombreux classeurs à négatifs ou au grenier, ce qui ne surprendra personne. Le journal ne disposant pas d’un archiviste attitré, on voit donc que les archives sont laissées à l’abandon et gérées un peu n’importe comment. Ceci étant, la description des archives photos et de leur gestion par un journal est assez proche de la réalité.

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Qu’importe, Blomkvist ne se décourage pas devant l’importance des recherches et après des heures à compulser les photos, il trouve enfin un indice qui le conduit vers d’autres pistes, c’est-à-dire vers l’identité de l’assassin présumé d’Harriet Vanger.

La seconde apparition des archives se produit lorsque Lisbeth décide de fouiller dans les archives du groupe Vanger. Elle retrace les voyages et les liens commerciaux des membres de la famille et perce l’énigme du tueur en série en retraçant son parcours, année après année grâce aux bulletins du personnel, aux factures du groupe Vanger et au remboursement de ses frais de déplacement. En effet, les déplacements d’un des Vanger correspond précisément aux endroits où des cadavres de jeunes femmes ont été retrouvés dans les années 1950-1960.

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Une fois l’identité du tueur confirmée, Lisbeth laisse les archives en désordre et file aider Mikael Blomkvist aux prises avec le meurtrier.

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Sans ces deux passages cruciaux aux archives du journal et à celles du groupe Vanger, pas de solution. Je ne compte pas non plus les innombrables incursions de Mikael dans les archives familiales des Vanger dont il dresse l’arbre généalogique avec minutie et dont il épluche les albums photos et le courrier.

La version cinématographique suédoise reprend les deux passages dans les archives avec exactitude, ce qui est une vraie bonne surprise.

Millénium est un véritable plaidoyer pour les archives, leur diversité et leur utilité. Merci à Stieg Larsson d’avoir su mettre en valeur leur importance avec autant d’acuité.

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Merci à Emilie ma relectrice et mon reporter photo

Sonia Dollinger