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Maus de Art Spiegelman est l’unique bande-dessinée a avoir remporté le prix Pulitzer (1992). Ce best-seller publié entre 1986 et 1991 et composé de deux tomes, a fait l’objet d’une exposition au musée d’art moderne de New York. Il est dédié à Richieu, le frère ainé de l’auteur, décédé au moment où les nazis liquident le ghetto de Zawiercie. Le titre Maus signifie souris en allemand. Un titre adéquat dans ce monde composé d’animaux anthropomorphiques où les Juifs sont représentés sous la forme de souris et les Allemands sous celle de chats. Avec des cases en noir et blanc, Art Spiegelman traite de la Shoah ainsi que de la relation tendue qu’il entretient avec son père, Vladek, survivant des camps. Ce dernier narre les persécutions nazies entre les années 1930 et 1945. A ce récit se superpose celui du fils à partir de 1978 sur la difficulté de transmettre de la mémoire.

La première histoire que le lecteur découvre est celle de Vladek et de sa femme Anja, leur peur quand le drapeau orné d’une croix gammée est installé dans leur ville.

La déportation et la lutte quotidienne pour survivre dans les camps sont longuement détaillées. Dans l’après-guerre, Vladek et Anja s’adaptent difficilement à leur nouvelle vie aux Etats-Unis. Anja se suicide en 1968 ; quant à Vladek, la peur du manque et son caractère obsessionnel restent présents toute sa vie.

La seconde histoire est celle de l’auteur lui-même, qui révèle l’horreur des camps à un moment où peu de documentation était disponible. Il apprend à connaître Vladek, qui lui semblait jusque-là inaccessible, grâce aux interviews. Celui-ci répond parfois volontiers, parfois à contre-cœur, ne comprenant pas toujours l’intérêt de son fils pour son passé.

Les témoignages oraux et écrits de survivants, ainsi que des objets et des archives visuelles sont distillés tout au long du récit. L’archive, par sa présence ou son absence, est l’un des thèmes fondamentaux de l’œuvre comme le prouve les cases où l’auteur retrouve trois photographies de sa famille maternelle. Art Spiegelman a lu les déclarations des survivants, a recueilli des photographies. En 1978, il voyage en Pologne pour se rendre sur les lieux évoqués dans les témoignages afin de les retranscrire en images : les fours crématoires, la taille des camps, puis a obtenu des copies des plans et des schémas. Il fait cela pour « rester au service de la déposition de son père – tout en ne réduisant pas les images à de simples illustrations ». Cette démarche permet à l’auteur d’assurer une cohérence historique à son récit et de rester le plus fidèle possible aux descriptions des lieux. Vladek raconte à son fils ce qu’il a vu des chambres à gaz durant son internement à Auschwitz. Cela est mis en parallèle avec un plan du crématorium II qui renforce le témoignage oral : on y voit la chambre de déshabillage, la chambre d’exécution, la cheminée et les stocks de charbon.

L’archive permet de reconstituer le point de vue des individus, ce qui est capital lorsqu’on travaille sur la mémoire. A la fin de l’ouvrage, il évoque le souvenir d’une photographie de lui-même, en uniforme de prisonnier, et celle-ci se retrouve intégrée à la bande dessinée, bien qu’elle soit prise longtemps après la libération.

Le destin des carnets d’Anja, contenant ses souvenirs de Birkenau, restent une énigme jusqu’à ce que Vladek révèle les avoir brûlés. Cet acte lui vaut d’être accusé d’assassin par son fils. Cette réaction se justifie dans le contexte de la post mémoire, l’archive constituant, pour le survivant, le seul lien matériel avec la mémoire traumatique de ce passé. C’est précisément parce que ces documents contenaient trop de souvenirs que Vladek les a brûlés. Cet excès d’archives était douloureux pour lui.

Maus est donc une œuvre basée sur des archives écrites et orales qui sont transmises d’une génération à l’autre. Elle a ouvert la voie aux romans graphiques mémoriels où l’archive occupe une place de premier plan. Par son format, la bande-dessinée permet l’immersion et la compréhension des événements historiques par le public.

Anaïs Gulat

The Medium est un jeu vidéo, exclusivité Microsoft, sorti le 28 janvier 2021. Il s’agit d’un jeu d’horreur psychologique développé et édité par le studio polonais Bloober Team (Layers of Fear, Observer, Blair Witch). La direction artistique s’inspire du travail du peintre Zdzislaw Beksinski.

Quelle est l’histoire ?

Pologne, de nos jours. Marianne est une medium qui apaise les esprits. Après avoir enterré son beau-père, elle reçoit un appel mystérieux d’un certain Thomas. Celui-ci lui propose de lui expliquer l’origine de ses pouvoirs, mais à une condition : se rendre au centre de vacances à l’abandon à Niwa. Le voyage ne sera pas vain !

Et les archives dans tout ça ??

En avançant dans l’aventure, le joueur pourra incarner, outre Marianne, le fameux Thomas. Ce dernier s’avère être aussi un puissant medium. Mais ces pouvoirs divergent de celui de l’héroïne. Il peut en effet entrer dans l’esprit des gens. Dans le passé, à une date indéterminée, Thomas est capturé par un agent de la police secrète polonaise, Henry, qui cherche à s’accaparer son pouvoir. Thomas pénètre alors dans l’esprit de son geôlier.

La représentation de ce dernier est l’objet de ce présent billet. Elle baigne dans une ambiance sombre, éclairée par une lumière rouge, couleur évoquant toutes à la fois le sang, la violence et l’oppression, et symbolisant aussi la lumière des labos photos, montrant ainsi qu’Henry est un spécialiste de l’espionnage et de la traque. Son esprit est rempli de meubles à fiche et de dossiers épars, qui n’est pas sans rappeler le gentillet chaos des archives de Freaks Squeele.

Des informations partout

En avançant dans ce chaos bureaucratique, Thomas fait une double découverte en fouillant les dossiers à sa portée. Il apprend d’abord à connaître Henry, son passé et ses actions. Les archives sont la mémoire, et ici donc la mémoire d’un homme. Mais surtout il en apprend plus sur son propre parcours. Enfin sur les connaissances qu’Henry, en tant que policier, a de lui. Cette représentation de dossiers pléthoriques n’est que le reflet du statut d’Henry, celui d’un enquêteur de la police secrète d’un état dictatorial, état pour lequel la surveillance de masse. Il faut donc réunir, contrôler et étudier une masse d’informations. La représentation d’Henry, lui-même, celle d’un chien de l’Enfer, est l’écho à la fois de son rôle de bête dédiée à la traque, mais aussi celui d’un gardien sacré d’un monde fermé aux profanes.

Par ce passage court et rapide, tout en représentation, The Medium rappelle le rôle central des archives dans les gouvernements d’oppression.

Marc Scaglione

Le Docteur Pascal, publié en 1893, est le vingtième et dernier roman de la série des Rougon-Macquart. Emile Zola situe l’intrigue entre 1872 et 1874, après la chute de l’Empire. L’auteur a pensé ce titre comme une synthèse et une conclusion à son impressionnante saga. C’est dans cet ouvrage que Zola développe au grand jour sa théorie de l’hérédité.

Quelle est l’histoire ?

Le docteur Pascal est le fils de Pierre Rougon et de Félicité Puech. Il vit de ses rentes et de ses quelques consultations dans sa propriété de la Souleiade, sa maison de Plassans. Effrayé par le destin des membres de sa famille, le docteur Pascal décide de se lancer dans des travaux scientifiques sur l’hérédité et prendre pour objet d’études sa propre famille. Pascal accumule ainsi des notes, des dossiers, des archives sur chacun des membres de sa famille au grand dam de sa mère qui aimerait oublier toutes les turpitudes qui ont entaché la réputation des Rougon-Macquart. Entouré, voire surveillé par sa domestique Martine et sa nièce Clotilde qui veulent le convertir au catholicisme et aider la mère Rougon à faire main basse sur ses archives, Pascal se sent seul et cerné. Pourtant, Clotilde et lui vont vivre un amour passionné malgré la différence d’âge et leur proximité familiale. C’est le début d’un grand bonheur… et d’un grand malheur, même si Emile Zola apporte une conclusion optimiste à un récit oppressant.

Et les archives dans tout ça ??

Alors que le mot archives n’apparaît jamais dans le récit, elles sont toutefois l’un des personnages principaux du roman tout comme l’armoire dans laquelle les documents du docteur Pascal sont entreposés. L’armoire aux archives apparaît dès la première page du récit et, si le docteur y place ses documents, il ne semble pas très doué pour le classement. Zola décrit, en effet, « un amas extraordinaire de papiers, de dossiers, de manuscrits, s’entassant, débordant, pêle-mêle. Il y avait plus de trente ans que le docteur y jetait toutes les pages qu’il écrivait« . C’est à Clotilde, sa nièce et son assistante qu’incombe la tâche de mettre de l’ordre dans ce capharnaüm. L’homme crée, la femme range…bref.

Quelques temps plus tard, l’armoire aux archives est présentée comme un endroit au contraire très ordonné : « sur cette planche élevée, toute une série d’énormes dossiers s’alignaient en bon ordre, classés méthodiquement« . Les dossiers sont régulièrement alimentés avec les nouvelles parvenant des différents membres de la famille : articles de presse et autres. Elles sont classées alphabétiquement : chaque membre de la famille dispose d’une chemise dédiée. Mais, c’est la seule partie de l’armoire qui contient des archives classées. Les recherches de Pascal, elles, sont en désordre. Les archives classées sont le domaine réservé du docteur Pascal, il est le seul à avoir le droit de les compulser car elles contiennent des données personnelles voire intimes sur chaque membre de la grande famille Rougon-Macquart. Clotilde, d’abord obéissante, ne contrevient pas à l’ordre de Pascal et ne consulte pas ces archives.

Le fleuron des documents de Pascal est l’Arbre généalogique. Il est tellement important dans l’histoire qu’il est affublé d’une majuscule. Cet Arbre reste un exemple d’archives vivantes : Pascal Rougon le tient à jour en y inscrivant les derniers événements comme la mort du jeune Charles, se vidant de son sang devant la muette aïeule, la Tante Dide, véritable « personnage-monument’, « corps-archives » selon Jean-Louis Cabanès, chargé de l’édition de l’ouvrage. En effet, à côté des dossiers et de l’Arbre, les membres les plus vieux de la famille sont, eux aussi des archives, des témoins des temps révolus.

Les archives du docteur Pascal sont l’objet de conflits familiaux avec la mère du médecin qui refuse son histoire familiale au profit d’une légende dorée entièrement reconstruite. Le but de Félicité est de détruire les documents accumulés par son fils afin que les secrets familiaux meurent sous les flammes. Félicité se cherche des alliés, use de toutes les ruses pour parvenir à ses fins. Elle tente à plusieurs reprises de s’emparer des archives et on pourrait penser qu’il s’agit désormais du combat de sa vie. Emile Zola montre combien toute la mémoire familiale cristallise les tensions : archives, preuves, êtres humains, tout doit disparaître pour permettre à Félicité de présenter une histoire revue et corrigée au prisme de sa gloire.

Pourtant, pour Pascal, ces archives familiales ne sont pas là pour nuire mais pour établir la vérité et lui permettre une étude plus large afin d’étayer sa théorie de l’hérédité. Il s’agit donc pour lui de documents scientifiques dont il se distancie au moins consciemment pour n’en faire que des objets d’études et non des instruments de vengeance. Alors que Clotilde doute de lui et semble se ranger du côté de Félicité, Pascal se décide à partager ses archives avec elle : il lui permet de pénétrer dans l’intimité familiale. La jeune femme est sous le choc un moment, comme on peut l’être en présence de secrets de famille mais finit par comprendre l’importance de ces archives et la nécessité de s’en servir à des fins scientifiques et pour établir une vérité.

L’attachement de Pascal à ses archives dépasse le simple intérêt scientifique et bien des archivistes ou généalogistes ressentent parfois ce que décrit Emile Zola : « Les découvertes qu’il a faites, les manuscrits qu’il compte laisser, c’est son orgueil, ce sont des êtres, du sang à lui, des enfants, et en les détruisant, en les brûlant, on brûlerait de sa chair. » Comme de nombreux chercheurs ou amateurs, Pascal se soucie du devenir de ses archives. Tant que nous sommes là, elles sont à l’abri, protégées et choyées mais que se passe-t-il quand le dépositaire des archives meurt ? Elles risquent d’être détruites à jamais, ce qui est un soulagement pour les gens comme Félicité qui pensent que ses histoires de famille ne regardent personne ou un crève-cœur pour les amateurs d’Histoire qui voient la perte immense que cela provoquerait. C’est pourquoi Pascal tente d’organiser sa succession et pense avant tout à ses archives dont il est le fidèle gardien, à tel point que la peur de les perdre finit par le rendre malade.

Les archives ont également un aspect pratique : lorsque Pascal se retrouve sans le sou, Clotilde et Martine retrouvent des registres dans lesquels le médecin a inscrit d’anciennes dettes, ce qui permet aux deux femmes de tenter de se faire payer.

Mais c’est bien l’aspect du monument familial, de ces études sur l’hérédité, de cet Arbre objet de tous les soins que Zola met en avant dans son récit. Pascal se tourmente en se demandant s’il aurait « la force de s’en séparer » pour mettre ses archives à l’abri de sa mère, décrivant ainsi le tracas qui peut être celui que nombre d’entre nous connaît et la question que nous nous posons : que vont devenir ces archives après moi ?

La conclusion est d’ailleurs assez terrible : Pascal n’ayant pas pris ses précautions assez tôt, décède avant que ses archives ne soient mises à l’abri. Félicité s’empare des dossiers et les jette au feu avant que Clotile n’ait pu réagir. La jeune femme ne peut sauver que quelques bribes. Toute une vie de travaux et de documents s’envole sous nos yeux. Seul l’Arbre généalogique survit, caché de la folie destructrice d’une Félicité déchaînée. Tandis que Pascal meurt, Clotilde accouche d’un petit garçon qui, comme l’Arbre généalogique, permet de garder espoir.

Enjeu de tout l’ouvrage, l’armoire aux archives est un personnage à part entière. Zola démontre ici les enjeux mémoriels qui se jouent autour des archives : tout savoir du passé familial pour mieux s’en affranchir ou au contraire multiplier les secrets afin de présenter une histoire revisitée. Emile Zola montre également le souci de celui qui rassemble les documents, étudie et crée, le souci de la préservation et de la transmission des archives, toujours menacées de destruction. Savoir transmettre avant qu’il ne soit trop tard, c’est tout l’enjeu de l’ouvrage.

Sonia Dollinger

GreedFall est un jeu vidéo sorti en 2019 sur PC, Xbox One et PS4. De type Action RPG, il est développé par le studio français Spiders (Le Testament de Sherlock Holmes, of Orcs and Men, The Technomancer) et édité par Focus Home Interactive.

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Quelle est l’histoire ?

L’intrigue prend place dans un monde de fantasy semblable à l’Europe du XVIIe siècle. Les nations continentales ont découvert un nouveau monde : une île gigantesque et pleine de nouvelles promesses nommée Teer Fradee. Vous incarnez De Sardet, légat de la neutre Congrégation marchande (un équivalent de la Hanse), envoyé à la colonie de Nouvelle-Sérène pour assister votre cousin, Constantin d’Orsay, le nouveau gouverneur. Vous débarquez dans une situation tendue et vous devrez faire œuvre de diplomatie avec les natifs, qui ne voient pas les colons d’un bon œil, et les colonies de vos nations alliées mais néanmoins antagonistes entre elles : la théocratique Thélème et la scientifique Alliance du Pont. En plus de cela, vous partez en quête d’un remède à la malichor, une maladie qui fait des ravages sur tout le continent. Bienvenue sur Teer Fradee, légat !

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Bonjour, on est les gentils colons…

Et les archives dans tout ça ??

Les archives apparaissent aux détours de quelques missions du jeu.

Lors de vos différents échanges avec les Natifs, vous découvrez des ruines de ville, des ruines trop anciennes pour avoir été construites par une des nations alliées depuis la découverte de l’île quinze ans plus tôt. Les Natifs ont un système d’écriture réservé aux sages et non accessible aux étrangers. Vous ne pouvez que faire appel à la mémoire orale et aux fresques dessinées sur les ruines. Vous décidez néanmoins de fouiller plus avant les ruines, qui sont taboues pour les locaux. Vous trouvez finalement les restes abîmés d’un journal intime qui raconte la peur alors que la colonie est en train de tomber sous les assauts des Gardiens, des créatures protégeant l’île. Il reste un sceau visible et vous reconnaissez après étude, le sceau de la Congrégation marchande, sous sa forme vieille de deux siècles. Honteux d’avoir perdu, la Congrégation a gardé l’existence de l’île secrète des siècles durant. Ecrits du for privé et sigillographie sont donc primordiaux pour mieux comprendre l’histoire de ce monde.

Lors d’une mission annexe, un de vos compagnons, le capitaine Vasco vous demande de l’aide. Vasco est en effet membre de la corporation des Nautes. Cette corporation de marins détient le monopole quasi exclusif de la navigation grâce à des techniques avancées. Ses membres sont soit des engagés volontaires (ce qui reste rare), soit des enfants nés à bord des bateaux ou encore des enfants donnés pour résoudre des conflits : on dit alors qu’ils sont mer-donnés. Vasco est un de ceux-là et n’a jamais connu ses parents. Il souhaitait consulter son dossier personnel qui comporte le nom de ses parents biologiques mais il lui faut pour ça atteindre le grade d’amiral. Vu ses derniers échanges houleux avec sa hiérarchie, il doute de jamais atteindre ce grade et vous demande de l’aide pour voler son dossier. Archives et quête d’identité sont des concepts souvent liés et qui trouve ici une nouvelle illustration.

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Capitaine Vasco en quête de son dossier

Enfin, vous êtes appelé à résoudre un conflit entre un clan de natifs et la Congrégation marchande. L’enjeu est une concession de terrain faite pour une exploitation forestière qui s’est transformée en mine, ce qui va à l’encontre de la volonté des natifs. Vous exigez des explications du marchand concessionnaire qui vous envoie poliment voir ailleurs, vous disant que tout est en ordre. Vous allez donc fouiller dans les archives du Gouvernorat de Nouvelle-Sérène, puisque tous les actes de ce genre doivent être approuvés par le Gouverneur. Vous descendez dans le sous-sol du Palais et vous découvrez la salle des archives. Un bureau, des jolis rayonnages de bois, mais pas de personnel, et des archives jonchant le sol. On peut se dire que la colonie étant encore jeune et en développement, ils n’ont pas encore de personnel compétent. Ou que le studio n’a tout simplement pas voulu s’embêter à coder un archiviste. Qu’importe De Sardet trouve, grâce à la magie des jeux vidéos, le contrat mais étranger au charabia juridique, doit faire appel au précédent gouverneur, Mme de Morange pour comprendre l’acte.

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Les archives du gouvernorat

Pas d’administration sans archives, pas de droit sans archives, mais des archives qui nécessitent toujours un petit décryptage !

GreedFall offre donc un panel intéressant mais discret du monde des archives et de leur intérêt.

Marc Scaglione

Créée par Justin Roiland et Dan Harmon, la série d’animation pour adultes américaine Rick et Morty est diffusée depuis le 2 décembre 2013 sur la chaîne Cartoon Network. C’est à un festival de court métrage cofondé par Dan Harmon, que ce dernier et Justin Roiland prennent la décision de développer la série. Alors que Justin Roiland présente au festival une parodie animée des films Retour vers le futur, intitulé The Real Animated-Adventures of Doc and Mharti, les deux décident de créer une série d’animation basé sur ce dernier, Rick et Morty.

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La série suit ainsi les aventures interdimensionnelles, ou plutôt les mésaventures, de Rick Sanchez, un scientifique extravagant, cynique, et quelque peu porté sur la bouteille. Accompagné par son petit-fils Morty, perturbé par ses relations familiales, les deux protagonistes nous transportent, à travers leurs aventures, dans différents univers peuplés de créatures toutes plus originales les unes que les autres.

Cette série d’animation, au-delà de son second degré, n’hésite pas à reprendre les codes cinématographiques et à faire référence aux grands classiques du cinéma (tels que Inception, Les Griffes de la Nuit, Iron Man, Footloose, American Nightmare, Les gardiens de la Galaxie, Saw, Mad Max, Total Recall, Titanic, Indiana Jones ou encore Aliens). C’est ainsi que Rick nous téléporte au sein d’Anatomy Park, un parc d’attraction crée par ce dernier dans l’organisme d’un sans abri, faisant bien évidemment référence à Jurassic Park.

Et les archives dans tout ça ??

Plusieurs épisodes de Rick et Morty font référence aux archives de manière originale et humoristique.

À l’exception de l’ensemble des archives scientifiques que l’on retrouve accrochées aux murs du laboratoire de Rick, telles que ses archives de découvertes ou d’inventions scientifiques, c’est dans l’épisode 10 de la saison 1 qu’apparaît pour la première fois une toute autre forme d’archives. Dans cet épisode, on apprend qu’il existe différents Rick et Morty dans des univers parallèles. Alors que Rick est accusé de meurtres à l’encontre de plusieurs Rick, par le Conseil Interdimensionnel des Rick, ces derniers l’emmènent à la Citadelle, leur QG secret afin qu’il y soit jugé. Le Conseil montre alors à Rick ses archives photographiques des meurtres, sous formes d’hologrammes, et utilise comme preuve de sa culpabilité les données GPS (données géo-référencées et données personnelles) de son pistoportail qui lui sert à traverser les univers.

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Rick, afin de prouver son innocence, décide de rechercher le véritable Rick Killer. Après l’avoir retrouvé à l’aide de son intelligence et de la science, Rick et Morty se font enlever par ce dernier.

Le meurtrier va alors montrer à Rick, au milieu d’une séance de « torture », ses archives, qui sont constituées de fiches sur les Rick. Ces dernières se présentent alors sous forme de répertoire numérique, dans lequel au sein de chaque fiche sont archivés l’ensemble des souvenirs des Rick, sous forme de séquences vidéos.

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Le recours aux archives mémorielles est présent dans plusieurs épisodes de la série. En effet, l’épisode 8 de la saison 3, présente Morty perturbé et complètement troublé. En effet, ce dernier souhaite oublier ses souvenirs après l’une de ses mésaventures. Rick lui propose alors de le suivre dans l’un de ses laboratoires secrets, situé au sous sol du garage, et où sont stockées ses archives mémorielles.

La scène permet ainsi de voir la salle d’archives personnelles de Rick, qui apparaît de manière futuriste. Ses archives, quant à elles, se présentent sous forme de centaines de fioles contenant l’ensemble des souvenirs effacés de Morty qu’il nomme « les pétages de câbles de Morty ».

Surpris et curieux de cet endroit, Morty demande alors à son grand-père de visionner certains de ses souvenirs. On apprend ainsi le mode de classement des archives mémorielles de Rick. Chaque fiole porte un nom et l’ensemble de celles-ci sont classées en trois catégories. Les bleues pour les erreurs commises par Morty, les roses pour les erreurs commises par l’ensemble de la famille et enfin les rouges pour les erreurs commises par Rick lui-même. Pour Rick, l’ensemble des souvenirs contenus dans les fioles sont des anthologies. On peut ainsi voir une forme de campagne de numérisation mémorielle de la part de Rick, puisque, bien qu’il supprime la mémoire de Morty, il en conserve tout de même une copie. De plus, s’ajoute à cette dimension d’archives privées et secrètes, au mode de classement, l’existence d’une procédure d’urgence mise au point par Rick. Celle-ci vise à rendre la mémoire à Rick et Morty en cas de problème. Cette procédure est par ailleurs utilisée à la fin de l’épisode.

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Cependant, cette dimension d’archives mémorielle n’est pas nouvelle dans la série. En effet, elle était déjà présente dans l’épisode 1 de la saison 3 lorsque les souvenirs de Rick sont utilisés par ses ennemis afin d’y trouver le moyen de créer le pistoportail. L’ennemi de Rick fouille alors sa mémoire, comme s’il cherchait un indice dans de simples archives papiers ou numériques.

La saison 4 de Rick et Morty met elle aussi en évidence plusieurs types d’archives notamment dans l’épisode 1, dans lequel l’un des laboratoires secrets de Rick, comporte une machine contenant des données de sauvegarde de Rick, permettant ainsi son clonage.

Rick admet également posséder des archives orales puisqu’il enregistre chaque parole des personnes qu’il côtoie et peut les rediffuser si besoin.

Melissa Dehaye