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Bénie soit Sixtine est le premier roman de Maylis Adhémar, journaliste toulousaine. Le titre paraît chez Julliard en 2020 et s’inspire de la vie de l’auteure.

Quelle est l’histoire ?

Sixtine est une jeune femme dont la famille évolue dans les milieux catholiques traditionalistes. Lors d’un mariage, elle rencontre son futur époux, Pierre-Louis Sue de la Garde, un jeune aristocrate proche de la droite extrême dont la famille se targe de défendre les valeurs traditionnelles. Dès lors, la voie de Sixtine est toute tracée, elle sera femme au foyer, mère et épouse avant tout. Pour Sixtine, qui rêvait de cette vie, tout va s’avérer décevant, de la nuit de noces à la vie commune. Bientôt enceinte, elle s’interroge sur son existence lorsqu’un tragique événement vient bouleverser sa vie à jamais.

Et les archives dans tout ça ??

Bénie soit Sixtine se déroulant dans un milieu traditionnel, l’utilisation des archives l’est tout autant. La plus jeune belle-sœur de Sixtine, Elisabeth Sue de la Garde, est étudiante en droit et en histoire. On apprendra plus tard qu’elle effectue un stage aux Archives du diocèse de Lyon.

Elle s’intéresse également à la généalogie familiale. On sait combien les familles aristocratiques sont attachées à leur généalogie et, souvent, un des membres de la fratrie consacre une grande partie de ses loisirs à la quête des ancêtres. C’est pourquoi, « le service des archives départementales et celui des archives de l’évêché de Nantes la connaissent très bien. » La généalogie des Sue de la garde permet évidemment de remonter au Moyen Age et de se raccrocher à une ascendance royale. L’auteure décrit ici le public type des années 1970 / 80 des services d’archives : les généalogistes dont certains étaient avant tout en quête d’une ascendance prestigieuse un public qui est désormais plus souvent derrière son écran que dans les salles de lecture.

Mais désormais, il s’agit pour Elisabeth d’explorer la généalogie de sa nouvelle belle-sœur, Sixtine et de son enfant à venir : « ce sera pour vos enfants un arbre qui remonte le plus loin possible des deux côtés (…) et vous, vous avez peut-être déjà reconstitué votre histoire ? » Et c’est là que les choses se gâtent car les ancêtres de Sixtine restent assez obscurs : pas d’ascendant illustre, même si du côté paternel, le travail a été fait par « un cousin de notre famille » explique Sixtine. Qui n’a pas son cousin ou sa cousine généalogiste dont il faut parfois vérifier les recherches car elles ne sont pas toujours sérieuses. Elisabeth Sue de la Garde a, quant à elle, le grand mérite de faire ses recherches dans les services d’archives et donc au plus près des sources.

Du côté de la mère de Sixtine, les choses se corsent : la tradition orale veut que ses grands-parents soient des russes blancs fuyant les persécutions de Staline. Muriel, la mère de Sixtine est un catholique très rigoriste mais qui dit peu de choses sur ses parents dont elle prétend qu’ils sont morts dans un accident de la route. Aucun document familial ne donne de piste sur ces mystérieux aïeux. Elisabeth, intriguée, se penche alors de plus près sur l’ascendance de sa belle-sœur et est très fière de lui annoncer un ancêtre royaliste mort en luttant contre la République. Rien cependant du côté de Muriel, les archives restent muettes car Muriel ne donne pas beaucoup d’informations pour débuter les recherches. C’est là que le lecteur soupçonne une histoire moins lisse qu’il n’y paraît. On connaît tous des secrets de famille qui empoisonnent une existence ou révèlent un rejet de son milieu d’origine par une honte parfois mal placée ou pour se faire accepter d’autrui.

Elisabeth Sue de la Garde termine son travail de généalogiste en fouillant les archives diocésaines, notamment les actes de baptême que tout le monde semble pouvoir consulter sans aucune restriction, adieu vie privée. Elisabeth avoue également se servir d’internet pour ses recherches : « c’est désespérant comme Internet rend tout cela si facile ! » s’exclame-t-elle à la fois exaltée et déçue. C’est donc Elisabeth qui va dévoiler le passé de sa famille à Sixtine et lui révéler un pan de son histoire familiale qu’elle n’aurait jamais pu imaginer.

Après quelques péripéties, Sixtine mettra la main sur les lettres de sa grand-mère Erika, pieusement conservées. Ces archives familiales qui, par chance, n’ont pas été détruites vont permettre à Sixtine de mieux comprendre l’attitude de sa mère et de prendre une décision radicale.

Ainsi, d’une plongée classique dans les archives, d’une recherche généalogique qui paraissait sans surprise, on passe de surprise en surprise. Les informations exhumées des archives publiques et familiales auront une influence majeure sur l’existence de Sixtine. Oui, les archives peuvent parfois changer une vie.

Sonia Dollinger