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Les plus fidèles lecteurs se souviennent sans doute que le tout premier billet du blog était consacré à Daredevil. Marc a trouvé de nouvelles références à l’un des héros emblématiques de l’univers Marvel et vous propose un nouveau billet sur ce personnage.

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Daredevil (DD) est un super-héros créé par Stan Lee et Bill Everett en 1964. Outre la publication papier de sa propre série, le personnage a connu une adaptation en long-métrage avec Ben Affleck en 2003 et en série depuis 2015 sur la plateforme Netflix. Le sujet de ce billet concerne le numéro 167 de Daredevil,publié en novembre 1980 et paru en français dans le magazine Strange numéro 164 en août 1983. On y trouve David Michelinie au scénario –à noter qu’il travaillait sur Iron Man à ce moment là et qu’il s’agit de son seul scénario pour DD-, Franck Miller au dessin et Klaus Janson à l’encrage.

L’histoire ?

Matt Murdock est avocat le jour et justicier la nuit sous le nom de Daredevil. Suite à un accident durant son enfance, il est devenu aveugle mais ses autres sens ont été démultipliés.

Dans cet épisode, Matt Murdock est invité à une petite sauterie organisée par le patron de la Cordco, Edwin Cord. Ce dernier essaye de débaucher Matt pour le faire entrer dans la société quand l’entretien est interrompu par l’irruption du MAULER qui attaque le magnat avant que Daredevil ne s’interpose.

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Et les archives dans tout ça ??

Daredevil enquête sur l’identité et les motivations du MAULER. Edwin Cord explique qu’il s’agit d’un ancien employé, Aaron Soames, licencié pour faute grave dans la VF, pour raison administrative (« clerical reason », belle expression xylolalique) dans la VO, ayant volé un prototype d’armure (MAULER pour Mobile Armored Utility Emitter Revised) et cherchant à se venger.

daredevil_3Mais lors de l’attaque qui suit, Daredevil finit par découvrir la vérité de la bouche du Mauler. Aaron Soames, 63 ans, était un employé depuis 35 ans à la Cordco. Lorsqu’il demanda sa pension de retraite, on lui déclara que son dossier avait disparu. Et pas de dossier, pas de pension de retraite ! Il essaya la voie judiciaire mais il n’y aurait pas eu de procès avant un an. Il vola donc l’armure afin d’obtenir la force de se venger.

Et les archives donc ? L’ironie du sort voulait qu’Aaron avait été « file clerk » à la Cordco, poste que l’on pourrait traduire par archiviste/employé chargé du classement des documents. C’est l’ordinateur « plus rapide et moins cher » qui le remplace qui a effacé son dossier, suite à une erreur de l’informaticien-programmateur. La double peine….A noter que dans la version française, il n’est pas précisé l’emploi d’Aaron Soames, l’ironie de la situation est donc perdue.

David Michelinie, le scénariste, fait de ce personnage la victime moderne du machinisme, la mécanisation à tout crin, sous couvert d’économies et d’efficacité. Un discours bien connu dans de nombreuses professions, dont l’avatar dans notre domaine d’activité est le mythe de la digitalisation, du tout numérique et du zéro papier.

C’est un informaticien qui programme donc l’ordinateur à la tâche de gestion des documents. Seul. Et qui fait la boulette….Sans donner la possibilité de récupération ou même sans traces quelconques. Enfin c’est ce qu’on comprend, mais le patron est tellement machiavélique qu’il pourrait cacher toutes les traces liées à cette affaire. D’autant qu’ils ont fait vite, les bougres, pour tout numériser et détruire tous les dossiers papier….

Bref on a là un bel exemple du mythe de la numérisation en entreprise et de ce qu’il ne faut pas faire : laisser les informaticiens gérer seuls le projet, croire que la machine va remplacer l’employé, détruire sans réfléchir tous les dossiers papier….

daredevil167_3Mais au-delà de cet exemple, le Mauler montre bien que les archives sont la seule preuve permettant l’application des droits. Et sans preuves, peut-on dire qu’un fait a existé ? C’est cette sensation d’inexistence que le Mauler va finalement faire subir à Edwin Cord en détruisant tous ses documents d’identité, toutes ces cartes, bref tout le contenu de son portefeuille. Un acte symbolique, qui finira par lui coûter la vie, car il sera descendu par les gardes d’Edwin. Ce désir de prouver ses droits, incarnation de son existence sera son épitaphe, choisi par Matt Murdock.

Ainsi, pour terminer sur une note moins dramatique, mes chers confrères et consœurs, n’oubliez pas, lorsque qu’une personne se montre « pénible » de lui rappeler la chose suivante :

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Marc Scaglione

Voilà bien longtemps qu’on ne vous avait pas parlé de comics sur ce blog, réparons donc tout de suite cette lacune avec un petit bijou sorti chez Urban Comics : C.O.W.L

Ce comics est l’œuvre des scénaristes Kyle Higgins qui a déjà beaucoup travaillé pour Marvel et surtout DC (notamment sur Before Watchmen) et Alec Siegel. Aux dessins, on retrouve Rod Reis, habitué des super-héros DC et quelques planches du très talentueux Stéphane Perger. C.O.W.L est donc sorti en mars 2016 dans la collection Urban Indies chez Urban comics.

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C.O.W.L évoque la création du premier syndicat historique de super-héros par la Mairie de Chicago aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Le Chicago Organized Workers League trouve à sa tête Geoffrey Warner, Reginald Davis et Paul Braddock, respectivement connus sous les pseudonymes de Grey Raven, Blaze et Sparrow, leurs pseudonymes de super-héros.

Toutefois, les temps changent : en 1962, plus personne ne s’intéresse aux super-héros qui forment la Ligue et le maire de Chicago songe à la dissoudre après qu’elle se soit débarrassée des derniers super-vilains qui formaient le groupe des Six.

Comment les héros membres de la Ligue pourront-ils résister à cette disparition programmée ? Que faire de ces héros désormais sous-employés ? Jusqu’où les créateurs de la Ligue seront-il prêts à aller pour faire perdurer leur rêve ?

Cet ouvrage est accessible sans aucun problème à ceux qui n’auraient jamais lu de comics, il flotte dans ce récit un parfum de récit mafieux, une ambiance noire et poisseuse qui ravira également les amateurs de polars. L’aspect super-héroïque est très peu présent, surgissant juste aux moments adéquats.

Un titre qui parle de corruption, de sens moral, de sexisme, un récit où les pire ordures ne sont pas toujours là où on les attend, un titre superbement illustré, que du bonheur.

Et les archives dans tout ça ??

Alors qu’ils procèdent à l’arrestation de Skylancer, un super-vilain, John Pierce, membre de la C.OW.L, tombe sur un dossier classifié qui n’aurait jamais dû se trouver dans l’appartement du délinquant. Ce document semble assez compromettant pour la Ligue car ils ont permis à Skylancer de fabriquer des armes à partir des plans tirés des archives de la Ligue. Intrigué, John cherche à savoir pourquoi ces archives sont apparues dans les mains de leur ennemi.

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Un type qui s’intéresse au système d’archivage, oui, ça existe !

Pour en savoir plus, John se rend au service Recherches et pose des questions sur l’archivage des dossiers. Le directeur répond que la majorité des archives ont été externalisés pour des problèmes de place dans un entrepôt sécurisé.

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pas très fun le dépôt d’archives

A son arrivée aux Archives délocalisées, John trouve un entrepôt entièrement vide. Ont-elles vraiment disparu ?

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Un dépôt un peu trop bien rangé…

C.O.W.L illustre l’importance de la protection des données et des archives scientifiques et industrielles et montre les enjeux de leur utilisation. Les archives qui n’intéressent plus le département Recherches sont reléguées dans un entrepôt après leur durée d’utilisation courante (la DUA bien connue des archivistes). Pourtant, les archives sont aussi un enjeu politique et font objet de trafics ce que démontre leur étrange disparition et la réapparition de certains dossiers stratégiques dans des mains ennemies.

Une fois de plus, C.O.W.L démontre l’importance stratégique des archives et de leur contrôle malgré le peu d’intérêt apparent qu’elles semblent receler. Il faut toujours faire attention de ce qu’on peut trouver dans un dépôt d’archives !

Sonia Dollinger