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David Copperfield, ou L’histoire, les aventures et l’expérience personnelles de David Copperfield le jeune dans son titre complet, est le huitième roman de Charles Dickens, paru chez Bradbury & Evans en 1850. Ce qui est d’après certain le chef d’œuvre de l’auteur, reprend les thèmes qui lui sont chers dans l’Angleterre victorienne, notamment la condition des enfants et l’ascension sociale.

Quelle est l’histoire ?

Ce roman parfois qualifié d’autobiographique, retrace la vie de David Copperfield. En essayant de divulgacher le moins possible le roman, il commence par la naissance du petit David, orphelin de père, et qui grandit avec sa mère et leur domestique Peggotty dans un cocon de tendresse. Le tableau vole en éclats, il le faut bien sinon il n’y aurait pas d’histoire, lorsque Clara, la mère de David, se remarie avec un certain Mr Murdstone qui introduit dans leur foyer son abominable sœur, Mrs Murdstone. Bien que le petit David soit d’un naturel sociable et généreux, Mr et Mrs Murdstone entretiennent de très mauvais rapports avec lui et décident de s’en débarrasser en l’envoyant en pension. À force de mauvais traitements, Mr Murdstone et sa sœur, cette harpie, entraînent le décès de la fragile mère de David. Le pauvre David rassemble ses forces dans son dernier espoir et fugue jusqu’à Douvres, chez la tante de son père, une femme qu’il n’a rencontrée qu’une fois, le jour de sa naissance. Bien qu’excentrique, et logeant avec un homme sympathique mais plus excentrique encore, elle décide de prendre en main l’avenir de David, et de subvenir à ses besoins. C’est ainsi que David, qui est un bon élève, en vient à étudier le droit et à faire son entrée aux Doctor’s Commons.

Et les archives dans tout ça ??

Sans prétendre à un cours d’histoire du droit canon, il faut expliquer ce que sont les Doctor’s Commons. Pour faire simple, c’est une société qui aurait été fondée au XVIe siècle, regroupant des avocats chargés de régler les successions dans le droit civil. La particularité des successions étant, à l’époque, qu’elles sont réglées par la justice ecclésiastique, donc fondées sur le droit canon. Enfin ce qui reste à savoir, c’est que le XIXe siècle est le dernier de l’histoire des Doctor’s Common, une réforme va les supprimer et quand on lit le roman de Dickens, on n’est pas surpris.

Dickens dépeint cette cour comme une machine à gaz décadente, complexe et abstruse, tâchant de se persuader de son importance et de son prestige. Il ajoute que les principaux postes des Doctor’s Commons sont en réalité des sinécures, on comprend alors que le principal souci de la cour est de savoir comment taxer les successions, bref une administration quoi.

Et qui dit administration, dit archives ! Alors que le jeune David trace un portrait dithyrambique de cet organe administratif pourri, on sourit forcément en constatant que Charles Dickens est doté d’une sensibilité archivistique en nous décrivant les archives de la cour. « (…) il était peut-être un peu absurde que les archives de cette Cour qui contenaient tous les testaments originaux de tous les gens qui avaient disposé depuis trois siècles de quelque propriété sise dans l’immense district de Canterbury se trouvassent placées dans un bâtiment qui n’avait pas été construit dans ce but, qui avait été loué par les archivistes sous leur responsabilité privée, qui n’était pas sûr, qui n’était même pas à l’abri du feu et qui regorgeait tellement des documents importants qu’il contenait, qu’il n’était du bas en haut qu’une preuve des sordides spéculations des archivistes qui recevaient des sommes énormes pour l’enregistrement de tous ces testaments, et qui se bornaient à les fourrer où ils pouvaient, sans autre but que de s’en débarrasser au meilleur marché possible. J’ajoutai qu’il était peut-être un peu déraisonnable que les archivistes qui percevaient des profits montant par an à huit ou neuf livres sterling sans parler des revenus des suppléants et des greffiers, ne fussent pas obligés de dépenser une partie de cet argent pour se procurer un endroit un peu sûr où l’on pût déposer ces documents précieux que tout le monde, dans toutes les classes de la société, était obligé bon gré mal gré de leur confier.« 

Oui David ! En effet stocker n’est pas archiver, et engorger un bâtiment avec du papier alors qu’il n’est pas prévu pour, dans la Londres du XIXe siècle, n’est pas très sûr. S’il arrive à l’archiviste d’aujourd’hui de se plaindre, qu’il se rappelle les archives des Doctor’s Commons, où le bâtiment a été acquis par les archivistes sur leur propre salaire d’après Copperfield, et où les documents sont entassés plus qu’archivés, dans un bâtiment qui n’a pas été prévu à cet usage. On peut râler sur nos salaires, sur les malfaçons de nos bâtiments, sur l’état dans lequel certains notaires aujourd’hui peuvent conserver les testaments, quand on se regarde on s’inquiète, mais quand on se compare avec ce que décrit Charles Dickens, il me semble qu’on peut se rassurer.

Léo Garnier

Dans une librairie, je parcours toujours une tonne de bouquins et lis un bon nombre de quatrièmes de couverture. Bref, quand, dans un résumé je tombe sur la phrase suivante : « le vol d’archives précieuses dans différents lieux historiques est suivi par la profanation de la crypte royale du château de Windsor », je fonce !

Ce billet vous présentera donc le thriller de Steve Berry, Le Secret des rois, paru au Cherche-Midi en 2013 puis en collection Pocket en 2015.

secret

Né en 1955, Steve Berry est un auteur américain originaire de Géorgie. Avocat puis haut-magistrat, il se lance dans l’écriture et se spécialise dans le thriller pour lequel il est distingué à plusieurs reprises. Son héros principal est Cotton Malone qu’on retrouve dans une série qui regroupe jusqu’à présent dix romans dont la thématique est liée aux grandes énigmes de l’Histoire.

Si le Secret des rois évoque les Tudor, d’autres titres font références à Alexandre, Charlemagne, Napoléon ou encore les Templiers. Steve Berry s’attache à traquer les zones obscures de l’Histoire et évoque bien évidemment toute une série de complots ou de secrets indicibles.

Cotton Malone, ancien espion devenu libraire, séparé de sa femme a tout plaqué pour changer de vie. En transit à Londres avec son fils, il se retrouve embarqué dans une sombre histoire de profanation de tombeaux, de disparition d’archives et de traques menées par la CIA, le MI6 et une mystérieuse organisation secrète bien décidée à protéger le secret de la famille Tudor. Le récit est mené tambour battant, ça explose de partout et le lecteur n’a pas le temps de souffler, les codes du thriller sont respectés à la lettre, ce qui permet de passer un bon moment sans trop de prise de tête à la lecture.

Et les Archives dans tout ça ??

Les archives sont évoquées dès le début du roman, après le pillage de la crypte royale et du tombeau du roi Henry VIII. Kathleen Richard, agent turbulent de la Section contre le Crime Organisé, est convoquée par ses supérieures qui lui expliquent que les « archives de Hatfield House ont été pillées. Plusieurs volumes précieux ont disparu. Un mois plus tard, un incident similaire s’est produit aux Archives nationales à York. Les semaines suivantes, on a relevé toute une série de vols de documents historiques un peu partout dans le pays. Il y a un mois, un homme a été surpris en train de photographier des documents à la British Library, mais, il s’est enfui avant d’être arrêté. »

Le constat que l’on peut faire à la lecture du paragraphe, c’est que les monuments et les archives anglaises sont quand même présentées comme très faciles d’accès. En gros, tout le monde peut piquer n’importe quoi aux Archives nationales sans aucun souci. A contrario, il semble qu’un lecteur devienne suspect quand il prend une photo ! Si on devait arrêter tous les usagers qui photographient un document, on remplirait vite fait les prisons françaises !

Dans un autre passage, l’auteur évoque la question de l’accès aux archives ecclésiastiques. La cathédrale Saint-Paul semble regorger de documents et un des agents de la CIA a du exhiber une fausse carte de journaliste pour pouvoir voir les archives de l’église. Étonnante attitude là encore, j’aurais plutôt pensé qu’une carte de journaliste aurait engendré plutôt la méfiance de la part du prêtre en charge des archives mais il semble que ce soit une sorte de sésame pour Steve Berry.

A la suite de cela, Malone découvre un écrit évoquant Henry VIII et son secret et indique : « ce récit figure dans des archives fermées au public ». Son interlocutrice s’étonne à juste titre : « c’est une information qui date de cinq cents ans ». Ça fait un sacré délai de communicabilité quand même !! Les deux héros tombent sur un manuscrit crypté et inédit de l’époque élisabéthaine qui pourrait donc changer l’histoire de la Grande-Bretagne.

Un petit manuscrit, un grand trouble pour l’Humanité ? Les archives peuvent-elles changer le monde ? Vous le saurez peut-être en lisant ce thriller !

Sonia Dollinger