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Captain_America_5Captain America : Le soldat de l’Hiver est sorti en France le 26 mars 2014 et aux États-Unis le 4 avril 2014. Il a été réalisé par Anthony et Joe di Russo.

Il s’agit du second volet initié en 2011, par le premier film Captain America : First Avenger qui lui avait été réalisé par Joe Johnston.

Les acteurs principaux sont Chris Evans dans le rôle du Capitaine, Scarlett Johansson dans le rôle de Natasha Romanoff, Samuel Lee Jackson dans le rôle de Nick Fury, directeur du S.H.I.E.LD, et Robert Redford dans le rôle de l’adversaire principal du capitaine, Alexander Pierce.

À noter aussi l’apparition furtive, mais centrale nous le verrons du scientifique Arnim Zola, bras droit du cruel Crâne Rouge dans le film sorti en 2011 et qui est ici une sorte de … mentor pour les adversaires de Captain America. Il est joué par le britannique Toby Jones.

spoiler

Ce second volet de l’univers de Marvel est axé autour du réveil du Captain des années après la fin de la Seconde Guerre mondiale.  Le S.H.I.E.L.D existe toujours, et veille à la sécurité de la population mondiale.

Il s’avère vite que Captain n’est pas d’accord avec la philosophie et les méthodes du directeur de l’agence, et bientôt le doute survient aussi dans la tête de Nick Fury. Celui-ci s’empresse d’en parler au secrétaire du conseil de sécurité mondiale, Alexander Pierce. Ce dernier, loin de le rassurer va mettre le doute dans la tête du directeur.

Après une magistrale course poursuite Nick Fury se sauve in extremis des attaques de policiers visiblement retournés contre lui et d’un mystérieux soldat, dont on ne tarde pas à comprendre qu’il s’agit du fameux soldat de l’Hiver. Après en avoir parlé au Captain, Nick Fury est assassiné et meurt sur la table d’opération en chirurgie.

Dépité, le Capitaine doit s’enfuir après avoir été accusé du meurtre du directeur du S.H.I.E.L.D. Il n’est soutenu dans sa fuite que par Natasha Romanoff et un nouveau coéquipier, un ancien militaire ayant le surnom du Faucon.

Avant de mourir, Nick Fury donne une clef USB contenant des données confidentielles qui avaient été volées par Natasha dans une précédente mission, en ouverture du film ; sur un bateau lui-même volé par des terroristes.

Dans leur fuite, Captain America et Natasha Romanoff arrivent dans une ancienne base désaffectée de l’armée, le Camp Lehigh au New Jersey, inspiré du véritable et célèbre « Camp Kilmer » d’où les troupe US s’embarquaient pour combattre en Afrique du Nord et en Europe.

En pénétrant dans ce qui semble être un silo à munitions, ils tombent en fait au sein des premiers bureaux du S.H.I.E.L.D, et enfin dans une salle immense, pourvue de bandes magnétiques et de meubles à dossiers ainsi que d’une unité centrale pourvue de plusieurs écrans. Natasha pense qu’il s’agit de technologie ne pouvant être en état de fonctionner, car trop ancienne.

Elle a la surprise de voir devant elle une sorte d’adaptateurs pour plusieurs clefs USB. Elle enclenche alors la fameuse clef, ce qui provoque la mise en marche de tout l’ensemble de la salle.

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Nos deux héros face à la conscience archivée du savant Arnim Zola, dans une ancienne base de l’Armée Américaine. À la droite de Natascha Romanoff, le petit adaptateur pour clef USB.

Et les archives dans tout ça ??

C’est là une des scènes les plus intéressantes du film, et sûrement l’élément central qui permet de comprendre l’action des adversaires de nos héros.

La mise en marche des machines dans la salle nous fait découvrir avec stupéfaction qu’il ne s’agit rien de moins que le cerveau d’un des ennemis du Captain, le scientifique suisse Arnim Zola.

Ce dernier, visible à travers une vieille image de synthèse, explique qu’après la guerre il a été invité par le S.H.I.E.L.D lors de l’opération Paperclip, qui consista à recruter plusieurs centaines de scientifiques allemands arrachés du nazisme à se mettre au service des États-Unis, au sein du S.H.I.E.L.D.

S’ensuit une longue série d’images et de courts extraits tirés de vraies images d’archives. Arnim Zola explique qu’en ayant été invité, il a remis en place un Hydra bien plus dangereux, car invisible et bien infiltré. Le S.H.I.E.L.D a ainsi été infecté tel un animal sauvage par un parasite qu’il peut diriger selon son bon vouloir. Il a mis en place une stratégie visant à s’emparer du S.H.I.E.L.D, puis des États-Unis et enfin du monde, grâce au chaos ambiant, et au programme Insight. Zola a visiblement préparé ce montage spécialement pour le Captain et est connecté au Web, car il a intégré l’acte de décès de Nick Fury.

Les images sont très rapides mais on peut apercevoir, à coté d’images faites pour le film, notamment lorsque elles montrent le Captain, des faits historiques marquant l’Histoire mondiale et les hommes qui ont vécu ces moments.

On peut voir en plus des scènes de guerres, de violences urbaines ou de crise économique des hommes ayant marqué l’Histoire à un moment précis.

Ainsi, si le spectateur est attentif, il pourra voir :

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Le maréchal Wilhem Keitel, principal représentant de la délégation Allemande pour la signature de l’armistice le 8 mai 1945. Il était le chef de « l’Oberkommando der Wehrmacht », l’organe de commandement suprême des forces Allemandes entre 1938 et 1945. Il sera condamné  pour crimes de guerre et crimes contre l’Humanité au procès de Nuremberg, et pendu en 1946.

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Le Colonel Kadhafi, probablement dans les années 2000. On aperçoit sur la droite la tête d’une des « Amazones » de Kadhafi, présentée à l’époque comme des gardes du corps d’élite de l’ex dirigeant libyen. Kadhafi a été renversé et tué de façon sommaire lors de la première guerre civile libyenne, en octobre 2011.

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Julian Assange, de nationalité australienne, informaticien de métier, est fondateur et rédacteur en chef de WikiLeaks, organisme qui a permis l’instauration des lanceurs d’alerte des opinions publiques depuis décembre 2006. Il est, sur l’image, réfugié au sein de l’ambassade d’Équateur à Londres depuis juin 2012.

De plus, on peut aussi apercevoir Khrouchtchev, et dans une image fixe les trois chefs d’État qui décidèrent du sort de l’Allemagne et de l’Europe avant la fin des combat à Yalta en Crimée en 1945 à savoir Churchill, Roosevelt, et Staline.

Après cette séquence assez sombre, un missile est tiré depuis une base du S.H.I.E.L.D, détruisant toute l’installation et le cerveau « archivé » d’Arnim Zola. Captain et Romanoff s’enfuient indemnes, protégés par le bouclier du Captain.

Intéressons-nous maintenant à la façon dont le cerveau du scientifique a été construit.

En regardant les images au ralenti, il semble que les machines utilisées sont des appareils de bandes magnétiques de la marque IBM, des modèles de type 729 et 7330 notamment. Ces appareils pouvaient mettre en marche des bandes magnétiques dont la longueur pouvait varier. En général, le modèle de bande magnétique, sous la forme de roues mesurant un demi pouce soit 12,7 millimètres de large, que l’on aperçoit, avait approximativement une bande dont la taille était de 2400 pieds au maximum- un pied est équivalent à 0,30 mètre-, c’est à dire un peu plus de 731 mètres de long au total pour une seule bande magnétique.

Arnim Zola déclare à nos héros que son cerveau est contenu dans 200 000 pieds de surface de mémoire.

Si on divise ce chiffre de surface de 200 000 pieds par 2400 pieds pour une seule bande magnétique -soit environ 7000 mètres carrés de surface pour 731,52 mètres de bande- nous obtenons 84 bandes magnétiques servant à la conservation du cerveau de Zola. Une seule de ces bandes magnétiques pouvait, à l’époque, conserver environ 140 MB (megabytes) d’informations.

En faisant un petit calcul rapide, on peut donc estimer à 11,7 GB le cerveau ou la conscience de Zola. Soit l’équivalent d’une fraction minuscule d’une petite clef USB contemporaine ! Cela nous démontre que nous avons, en l’espace de cinquante ans, considérablement réduit le volume pour stocker, emmagasiner, archiver nos données.

Mais en revanche, nous avons aussi accru de façon exponentielle nos demandes pour conserver dans le temps toutes sortes d’informations très diverses : photos, films, documents de travail nativement numériques, documents manuscrits scannés… Or tous ces documents requièrent énormément d’espace. Saurons-nous un jour nous y retrouver dans nos masses informatiques archivées sur des serveurs, des « Clouds », des ordinateurs vieux de dix ans ?

Finalement, cette séquence pleine d’images extraites d’archives nous démontre bien l’importance du poids de chaque image, de leur usage et de l’impact moral que celle-ci peut avoir.

Bien entendu, Zola utilise les images à mauvais escient, annonçant sa victoire déjà évidente, et provoque d’ailleurs le seul moment de franche colère du Captain dans le film, qui fracasse un des écrans de rage.

Au delà de l’aspect très «complotiste» de la scène, cher à une certaine frange de la culture américaine, on se rend malgré tout bien compte que l’être humain estompe très vite les événements passés, même récents à l’échelle du temps. Il est donc important de rappeler de façon régulière, que telle image, produite dans un contexte donné, a eu un sens, un début et une fin, avec des protagonistes – ici dans notre cas écrite par les vainqueurs – à qui on impose des choix. Il faut les expliquer. Ces images et notamment celle du maréchal Keitel ou de Kadhafi nous montre à tous que rien n’est figé ou prédéterminé dans l’histoire et la vie de chaque homme, et qu’il arrive que nous soyons jugés pour nos actes. Même de la plus cruelle des façons.

Andrea Innocenzi