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Iznogoud est un personnage crée par René Goscinny et Jean Tabary. Il apparaît pour la première fois en 1962 dans le magazine Record. Le vizir Iznogoud est connu pour la célèbre formule : « je veux être calife à la place du calife » et pour être parmi les premiers personnages principaux à être un méchant. En effet, le but de sa vie est de prendre la place de son maître, le Calife de Bagdad, Haroun El Poussah. Après avoir été publiées dans plusieurs revues comme Pilote ou Pif, les aventures d’Iznogoud sortent en album.

Iznogoud, Enfin Calife ! est le vingtième album de la série et paraît en 1989 pour la première fois avant de connaître plusieurs rééditions.

Quelle est l’histoire ?

Devant son manque de réussite évident à détrôner son maître, Iznogoud craque et déclare en hurlant qu’il ne veut plus être calife à la place du calife. Tout le palais bruisse de la nouvelle et s’en réjouit, certains utilisent même des perroquets enregistreurs pour garder trace de ce moment. Cependant, la nouvelle arrive aux oreilles du Calife qui est fort mécontent puisqu’il a renié ses trois frères pour faire d’Iznogoud son seul successeur. Le Calife décide donc de retrouver ses trois frères et de mettre à mort Iznogoud avant de se raviser et de lui donner une chance. Le Calife met Iznogoud et ses trois frères en compétition : celui qui aura accompli une bonne action qui profite à tous sera le successeur officiel du Calife.

Et les archives dans tout ça ??

Les premières archives que le lecteur croise sont des… perroquets ! En effet, pour conserver trace des propos d’Iznogoud – son refus du califat – certains membres du Palais se sont servis d’un perroquet enregistreur qui répète à l’envi la phrase du Vizir. Iznogoud est évidemment tenté de faire disparaître les archives gênantes en se débarrassant du perroquet. Pas de chance, il n’y pas qu’un seul perroquet enregistreur, l’enregistrement a été dupliqué, permettant ainsi la sauvegarde de l’information au cas où l’enregistrement original disparaisse. Un laboratoire d’enregistrement voit même le jour au sein du Palais. C’est un peu comme lorsqu’on recopiait les chartes d’affranchissement du Moyen Age de peur d’égarer l’original. On voit donc un vrai souci de pérenniser une information essentielle.

Lorsque le Calife décide de mettre en compétition ses trois frères et Iznogoud, ce dernier se doit de retrouver les trois frangins en question et leur faire la peau pour éliminer ses concurrents. Mais où trouver des informations sur ces trois personnages qui ont été bannis du Califat sinon aux Archives ? On voit alors notre vizir descendre avec une bougie dans un endroit obscur et pénétrer – toujours avec sa bougie, grrr – dans une pièce sombre et encombrée de documents entassés ou posés à même le sol. Niveau conservation, on n’est pas au top : sur les rayonnages les registres souffrent et les plans posés à même le sol plient sous leur propre poids. On aperçoit même un poêle assez anachronique et plutôt dangereux pour les documents.

On y trouve aussi une caisse avec un reliquat de repas, l’endroit est donc habité. Un être un peu décalé émerge alors : Archie Whist, l’archiviste. Le garçon est un peu à l’ouest et en guenilles. Iznogoud désespère alors de retrouver les dossiers des trois frères du Calife dans tout ce capharnaüm et tourne déjà les talons quand Archie lui rétorque : « que je meurs de honte si je mets plus de dix secondes à les retrouver ! »

Nous avons donc là un des topoi de l’archiviste dans la culture pop : l’archiviste bordélique qui se retrouve quand même dans son foutoir mais dont il seul à maîtriser la connaissance. Au contraire du Père Blaise de Kaamelott toutefois, Archie Whist tient parole et ramène les dossiers des trois frères. Mais, malheur, il met douze secondes au lieu de dix et s’écroule aussitôt, mort, foudroyé par la honte. La réputation de l’archiviste, fragile au demeurant au sein d’une organisation quelle qu’elle soit, tient à son efficacité. On voit d’ailleurs le cynisme absolu de son lecteur, Iznogoud qui, au lieu de le féliciter pour sa célérité, pointe les deux secondes de retard du malheureux archiviste. Déshonoré, il ne lui reste plus qu’à mourir sans susciter la moindre compassion chez le vizir qui embarque alors les dossiers hors des archives.

Pourtant, c’est bien grâce aux dossiers trouvés aux Archives et donc à l’efficacité de l’archiviste qu’Iznogoud parvient à ses fins. Un archiviste, aussi efficace soit-il, ne l’est-il encore pas assez au regard de ses usagers ?

Sonia Dollinger