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Candyman est un film d’horreur américain, sorti en 2021.  Il s’agit d’une suite-remake (concept à la mode et tout à fait boiteux, le film le prouve hélas s’il en était besoin) du film Candyman de Bernard Rose de 1992. Il est réalisé par Nia DaCosta, dont c’est le premier film et produit et co-scénarisé par Jordan Peele (Get Out, Us).

Quelle est l’histoire ?

Anthony McCoy est un artiste en panne d’inspiration.  Troy, son beau-frère, lui raconte l’histoire d’Helen Lyle (héroïne de Candyman de 1992) et du quartier de Cabrini-Green en cours de réhabilitation.  Il va alors être fasciné par cette histoire, et, en effectuant des recherches, découvrir la légende urbaine du Candyman.

Et les archives dans tout ça ? ?

Après que Troy lui a raconté l’histoire d’Helen Lyle, Anthony effectue des recherches sur Internet. Il découvre alors que cette histoire n’est pas une creepypasta (légende urbaine diffusée sur Internet), mais bien une histoire vraie. Fascinée par elle et sa découverte du quartier de Cabrini-Green, Anthony veut creuser encore plus.

Apprenant qu’Helen était une universitaire, il se rend à la bibliothèque de l’Université où elle exerçait. Nous ignorons la demande exacte qu’il formule auprès de la bibliothécaire, car la scène s’ouvre par une phrase de cette dernière « Je ne sais pas ce que c’est, ni comment vous savez que ça existe, mais c’est tout ce que nous avons sur Helen Lyle » en sortant le contenu de la boîte : un dossier et dictaphone incluant la cassette d’enregistrement. On peut s’étonner de trouver le dictaphone et la cassette dans la boîte, c’est certes une facilité scénaristique, mais on s’étonne parfois du contenu des boîtes en vrai.

C’est plutôt la suite qui étonne. La bibliothécaire transmet le contenu du dossier à Anthony, fait tomber un objet au sol, se baisse pour le ramasser et se relève en lui demandant s’il est étudiant. Evidemment Anthony a profité de ce moment pour tout prendre et partir. Un vol d’archives sans aucun remords. Un vol d’archives dont on se demandera l’intérêt car on voit Anthony écouter le contenu du dictaphone sur le chemin de la sortie de la bibliothèque, puis plus rien. Qu’est devenu le dossier ? Que contenait-il ? Nous ne le saurons pas.

le contenu de la boîte archives

Outre le fait que les archives représentent encore un passage obligé dans une enquête, c’est surtout la légèreté de la communication de la boîte qui interpelle. En France, entre la situation sanitaire et les volontés gouvernementales, l’accès aux archives n’est pas aisé. De principe, les archives publiques sont accessibles à tous. Je dis de principe, il faut en effet compter sur l’éparpillement des services conservateurs ne facilitant, sans parler des services publics qui demandent à justifier les recherches ou des recommandations. Mais de principe, les archives sont publiques, pour leur accès, il faut s’inscrire. Et lorsque l’on se rend en service, on doit d’abord justifier de son identité, et de son inscription avant de consulter un dossier d’archives. Ici c’est tout le contraire, une personne demande ce qui est conservé sur Helen Lyle, on lui sort et on lui donne le dossier, avant de lui demander s’il est étudiant. Conséquence : vol des archives.

Cet instant très court rappelle donc le difficile équilibre de l’accès aux archives : si ces dernières doivent être accessibles, des protocoles de communication et de sécurité doivent être mis en place pour éviter les pertes et les vols.

Marc Scaglione

The Void est un film d’horreur canadien sorti en 2016. Il a été financé à hauteur de 80 000 dollars sur le site Indiegogo. Il est réalisé par Steven Kostanski et Jeremy Gillespie, membre du collectif Astron-6 et artistes maquilleurs spécialisés dans les effets (notamment sur Crimson PeakSuicide Squad et la série Star Trek : Discovery, dont nous vous parlions ici). Le film se veut un hommage aux films d’horreur des années 1980, influencés par Lovecraft, John Carpenter et Clive Barker. 

Quelle est l’histoire ? 

Après une petite sieste durant sa patrouille, le policier Daniel Carter découvre un homme blessé et ensanglanté sur le bord de la route. Il l’emmène alors aux urgences de l’hôpital en urgence. Ce dernier ayant subi un incendie, seules les urgences sont encore ouvertes avec un personnel très réduit. Bientôt l’hôpital est assiégé par une secte, tandis qu’une infirmière semble perdre la raison. 

Et les archives dans tout ça ??

 L’hôpital ayant déménagé la majorité de ses services, il reste un personnel limité aux urgences : le Docteur Powell, les infirmières Allison et Beverly et l’interne Kim. Cette dernière est présentée comme peu assidue, s’amusant avec un patient ou surfant sur son téléphone portable. Mais le déménagement à venir du service des urgences dans les locaux neufs de l’hôpital ne va pas se préparer tout seul.  L’infirmière Beverly ainsi se rapproche de Kim et lui déclare que bien que cet hôpital n’était pas son premier choix d’internat, elle doit ranger les dossiers dans les cartons.

Ce à quoi Kim répond « Cela ne sert à rien, tout a été numérisé » (en VF) ou «De nos jours il y a ce qu’on appelle les ordinateurs »  (en VO) . Rembarrée par Beverly, Kim se met au travail de mauvaise grâce en râlant « Méthode de dinosaure ». Le passage dure seulement quelques secondes et l’on ne reparlera pas de dossiers. 

Ce très court passage a avant tout un but descriptif : montrer le déménagement en cours ainsi que la nonchalance de Kim, peu apte à suivre les ordres en temps normal, cela n’augurant rien de bon en situation difficile. Il n’empêche, ce petit échange montre aussi l’attitude croisée au quotidien par les archivistes auprès des services versants. En effet, face aux personnes conscientes de la nécessité d’avoir des dossiers bien classés, par nécessité ou respect du règlement, il y a nombre de services pensant que la dématérialisation est la réponse à tout problème de gestion documentaire. « J’ai tout numérisé, pas besoin d’archiver » est une phrase très, voire trop, souvent entendue. Avec cette pensée magique, doublée d’un mépris pour ce qui semble passéiste « pas moderne » ou « dinosaures », c’est avant tout la paresse et la non-gestion qui se profile à l’horizon et donc du travail de reprise ou des regrets dans les années qui suivront. 

Marc Scaglione

The Medium est un jeu vidéo, exclusivité Microsoft, sorti le 28 janvier 2021. Il s’agit d’un jeu d’horreur psychologique développé et édité par le studio polonais Bloober Team (Layers of Fear, Observer, Blair Witch). La direction artistique s’inspire du travail du peintre Zdzislaw Beksinski.

Quelle est l’histoire ?

Pologne, de nos jours. Marianne est une medium qui apaise les esprits. Après avoir enterré son beau-père, elle reçoit un appel mystérieux d’un certain Thomas. Celui-ci lui propose de lui expliquer l’origine de ses pouvoirs, mais à une condition : se rendre au centre de vacances à l’abandon à Niwa. Le voyage ne sera pas vain !

Et les archives dans tout ça ??

En avançant dans l’aventure, le joueur pourra incarner, outre Marianne, le fameux Thomas. Ce dernier s’avère être aussi un puissant medium. Mais ces pouvoirs divergent de celui de l’héroïne. Il peut en effet entrer dans l’esprit des gens. Dans le passé, à une date indéterminée, Thomas est capturé par un agent de la police secrète polonaise, Henry, qui cherche à s’accaparer son pouvoir. Thomas pénètre alors dans l’esprit de son geôlier.

La représentation de ce dernier est l’objet de ce présent billet. Elle baigne dans une ambiance sombre, éclairée par une lumière rouge, couleur évoquant toutes à la fois le sang, la violence et l’oppression, et symbolisant aussi la lumière des labos photos, montrant ainsi qu’Henry est un spécialiste de l’espionnage et de la traque. Son esprit est rempli de meubles à fiche et de dossiers épars, qui n’est pas sans rappeler le gentillet chaos des archives de Freaks Squeele.

Des informations partout

En avançant dans ce chaos bureaucratique, Thomas fait une double découverte en fouillant les dossiers à sa portée. Il apprend d’abord à connaître Henry, son passé et ses actions. Les archives sont la mémoire, et ici donc la mémoire d’un homme. Mais surtout il en apprend plus sur son propre parcours. Enfin sur les connaissances qu’Henry, en tant que policier, a de lui. Cette représentation de dossiers pléthoriques n’est que le reflet du statut d’Henry, celui d’un enquêteur de la police secrète d’un état dictatorial, état pour lequel la surveillance de masse. Il faut donc réunir, contrôler et étudier une masse d’informations. La représentation d’Henry, lui-même, celle d’un chien de l’Enfer, est l’écho à la fois de son rôle de bête dédiée à la traque, mais aussi celui d’un gardien sacré d’un monde fermé aux profanes.

Par ce passage court et rapide, tout en représentation, The Medium rappelle le rôle central des archives dans les gouvernements d’oppression.

Marc Scaglione

Silent Hill est un film d’horreur franco-canadien sorti en 2006. Il est réalisé par Christophe Gans (Crying Freeman, Le Pacte des Loups, la Belle et la Bête). Il s’agit d’une adaptation de la célèbre franchise de jeux-vidéos survival horror éditée par Konami : Silent Hill, qui comprend huit jeux en 2020.

Quelle est l’histoire ?

Silent_Hill_1Sharon, une petite fille adoptée de 10 ans, parle durant ses crises de somnambulisme d’un endroit nommé Silent Hill (qui se trouve en Virginie-Occidentale de même que l’orphelinat où Sharon fut adoptée). Après avoir découvert qu’il s’agit d’une ville fantôme, sa mère, Rose, décide contre l’avis de son mari Christopher, d’emmener sa fille à Silent Hill dans l’espoir de comprendre ce dont elle souffre et de la soigner. Rose, Sharon ainsi que Cybil Bennett, une motarde de la police qui les avait suivies par suspicion, se retrouvent toutes trois, après un accident de voiture causé par l’apparition sur la route d’une petite fille, dans la ville fantôme de Silent Hill.

 

 

Et les archives dans tout ça ??

Le film suit deux trames scénaristiques différentes : celle de Rose Da Silva en quête de sa fille dans Silent Hill et celle de Christopher en quête de sa femme et de sa fille disparues. Si l’on en croit l’excellente chronique de Karim Debbache sur ce film, dans le cadre de sa série Crossed qui parle des films adaptés ou parlant de jeux vidéo, les séquences avec Christopher Da Silva ont été rajoutées par la production, car ils trouvaient que le film manquait de « rôle masculin fort » ….

 

Les archives apparaissent dans la trame de Christopher Da Silva. Ce dernier recherche donc sa femme. Silent Hill est une ville fantôme depuis un incendie gigantesque qui a consumé la ville dans les années 1970. Après avoir fouillé les ruines toxiques de la ville avec un policier, sans succès hélas, il se trouve isolé et désemparé. Il se dit qu’en consultant ce qu’il reste des archives de police de la ville de Silent Hill, il trouvera peut-être des réponses sur l’origine de sa fille. Il appelle alors les archives du Comté de Toluca

Chistopher Da Silva (CDS) : « Vous avez les dossiers concernant Silent Hill ?

Archiviste (A) : Quels dossiers Monsieur ?

CDS : Enfin les rapports de police !

A : Désolé c’est confidentiel. »

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Pas bien le téléphone au volant Christopher

S’ensuit diverses suppliques pour obtenir le droit de consulter les archives qui essuieront toutes un refus. Christopher décide d’attendre que le dernier employé quitte les archives pour rentrer par effraction.

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Bonjour, c’est pour une consultation non autorisée

Après une fouille rapide, il tombe sur un local qui ressemble à une zone tampon où les archives sont entassées en attente de traitement. On aperçoit des archives datant de 2001 et de 2004, ce qui indique que ce sont des archives de Toluca non traitées. Les archives de Silent Hill sont, elles, facilement identifiables, ce sont celles avec des traces de roussi ! En fouillant les dossiers, il trouve une photo qui l’oriente dans ses recherches.

Alors nous sommes ici dans l’aspect classique de l’utilisation des archives dans une enquête. Mais nous pouvons pousser l’analyse un peu plus loin. Pour rappel, le film se déroule en 2005-2006. Silent Hill a été détruite en 1974. La récupération des archives est logique : il faut assurer la continuité des droits et des savoirs, pour les habitants survivants. Alors pourquoi trouve-t-on encore les archives en zone tampon ? N’auraient-elles pas dû être retraitées depuis les trente dernières années ?

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Les archives en zone tampon

Cela montre les affres de la gouvernance des archives, assujettie à deux règles nominales : la priorisation des traitements et la gestion des ressources. Ainsi il semble que les archives de Silent Hill pour le Comté de Toluca ne soient pas la priorité, et cela paraît logique. Les cartons sont plus ou moins identifiés, ils sont peu nombreux et concernent peu de personnes. Mais vu leur état, cela nécessiterait un reconditionnement important, si ce n’est dans certains cas de la restauration. Donc de l’argent, des humains et du temps ! Donc il faudra s’en occuper sine die.

Donc au-delà des règles de communication, des organisations tentaculaires qui compliquent l’accès aux archives, il faut aussi prendre en compte que le traitement des archives est aussi une question de choix, d’organisation, de budget, bref une question politique !

Marc Scaglione

Les habitués du blog ont déjà noté ma forte propension à regarder n’importe quel film d’horreur me passant sous le nez. Par une après-midi pluvieuse, pourquoi ne pas en tester un ? Allez, c’est parti pour Mama, un film hispano-canadien sorti en 2013 co-scénarisé par Neil Cross, Andrés et Barbara Muschietti. C’est également Andrés Muschietti qui assure la réalisation de ce long métrage. Le film a été primé au festival de Gérardmer.

Mama_1Le début du scénario n’est pas très clair : un homme tue sa femme et s’enfuit de la maison familiale avec ses deux filles Victoria, trois ans et Lili, un an. Le père de famille conduit trop vite et évidemment, il a un accident, erre dans la forêt, trouve une cabane déserte un peu étrange. Au moment où il décide de tuer ses filles – mais alors pourquoi ne pas le faire dans la maison au lieu de s’enfuir….mystère – une entité l’en empêche en le déchiquetant.

Les petites filles retournées à un état semi-sauvage sont retrouvées dans la cabane cinq ans plus tard et sont confiées à leur oncle Lucas et sa compagne Annabel sous l’égide d’un psychiatre, le docteur Dreyfuss. Des événements étranges se multiplient, les fillettes étant en fait accompagnées par l’entité qui les a sauvées et qu’elles appellent Mama. Autant vous dire que ce fantôme n’est pas hyper sympa…

Et les archives dans tout ça ??

C’est le psychiatre des deux fillettes, le docteur Dreyfuss qui a recours aux archives à deux reprises. En effet, lors des séances d’hypnose avec Victoria, la plus grande des deux enfants, le docteur apprend l’existence de « Mama », une entité mystérieuse qui est en réalité le fantôme d’une femme qui s’est suicidée avec son bébé d’après les dires de Victoria.

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Voici donc notre brave médecin se rendant aux archives de Clifton Forge où il rencontre Louise, l’archiviste, une femme d’un âge mûr affublée d’un pull over…un peu passé de mode il faut bien le reconnaître. Pour autant, Louise échappe à la plupart des clichés : elle est accueillante avec son usager, se plie en quatre pour le renseigner et connaît plutôt bien ses fonds. Elle pousse même la conscience professionnelle en rappelant l’usager chez lui en soirée pour lui demander de repasser aux archives car elle a pu faire une trouvaille intéressante.

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La salle de lecture des archives est assez petite mais il y a peu de lumière naturelle et les tables sont équipées de petites lampes pour permettre aux lecteurs de compulser les documents sans s’arracher les yeux. La salle de lecture jouxte les magasins qu’on aperçoit en arrière-plan et il ne semble pas y avoir de porte séparant les deux ce qui montre une petite faille dans la sécurité puisque les lecteurs pourraient être tentés d’y faire un tour sans la présence de l’archiviste.

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Lors de son second passage aux archives, le docteur Dreyfuss pénètre dans ces fameux magasins et je dois dire que je tombe des nues : la ville où se trouvent les archives ne semblent pas très grande mais les dépôts sont immenses : on voit des archives s’étaler du sol au plafond, on se demande d’ailleurs au passage comment les archivistes font pour aller chercher les dossiers qui se trouvent tout au dessus, en tous les cas, ce serait sans moi, j’ai le vertige !

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Plus étrange, Louise, notre archiviste au pull décoré par une tête de loup, semble trouver cela normal en disant que toutes les archives ont des salles comme celles-ci « remplies d’objets oubliés », en l’occurrence de morceaux de corps humains qui ont été récupérés dans un ancien cimetière. Alors, rétablissons tout de suite les choses : non, toutes les archives ne sont pas dotées d’un immense magasin rempli d’ossements des cimetières disparus et même si dans une série Obj, il nous arrive de retrouver quelques reliques, nous n’abritons pas, à ma connaissance, tous les ossements des habitants de la ville.

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Enfin, dernière étrangeté, Louise embarque une petite boîte qui se trouve donc dans ce fameux dépôt et la donne au docteur Dreyfuss qui l’embarque chez lui. Ok Louise, ce sont des ossements dont tu es pressée de te débarrasser mais les archives publiques ne sont-elles pas inaliénables ?

Allez, on lui pardonne à notre archiviste : grâce à elle, tout se passe un peu moins mal que prévu dans ce film mais pour en juger, il vous faudra le visionner.

Sonia Dollinger