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Silent Hill est un film d’horreur franco-canadien sorti en 2006. Il est réalisé par Christophe Gans (Crying Freeman, Le Pacte des Loups, la Belle et la Bête). Il s’agit d’une adaptation de la célèbre franchise de jeux-vidéos survival horror éditée par Konami : Silent Hill, qui comprend huit jeux en 2020.

Quelle est l’histoire ?

Silent_Hill_1Sharon, une petite fille adoptée de 10 ans, parle durant ses crises de somnambulisme d’un endroit nommé Silent Hill (qui se trouve en Virginie-Occidentale de même que l’orphelinat où Sharon fut adoptée). Après avoir découvert qu’il s’agit d’une ville fantôme, sa mère, Rose, décide contre l’avis de son mari Christopher, d’emmener sa fille à Silent Hill dans l’espoir de comprendre ce dont elle souffre et de la soigner. Rose, Sharon ainsi que Cybil Bennett, une motarde de la police qui les avait suivies par suspicion, se retrouvent toutes trois, après un accident de voiture causé par l’apparition sur la route d’une petite fille, dans la ville fantôme de Silent Hill.

 

 

Et les archives dans tout ça ??

Le film suit deux trames scénaristiques différentes : celle de Rose Da Silva en quête de sa fille dans Silent Hill et celle de Christopher en quête de sa femme et de sa fille disparues. Si l’on en croit l’excellente chronique de Karim Debbache sur ce film, dans le cadre de sa série Crossed qui parle des films adaptés ou parlant de jeux vidéo, les séquences avec Christopher Da Silva ont été rajoutées par la production, car ils trouvaient que le film manquait de « rôle masculin fort » ….

 

Les archives apparaissent dans la trame de Christopher Da Silva. Ce dernier recherche donc sa femme. Silent Hill est une ville fantôme depuis un incendie gigantesque qui a consumé la ville dans les années 1970. Après avoir fouillé les ruines toxiques de la ville avec un policier, sans succès hélas, il se trouve isolé et désemparé. Il se dit qu’en consultant ce qu’il reste des archives de police de la ville de Silent Hill, il trouvera peut-être des réponses sur l’origine de sa fille. Il appelle alors les archives du Comté de Toluca

Chistopher Da Silva (CDS) : « Vous avez les dossiers concernant Silent Hill ?

Archiviste (A) : Quels dossiers Monsieur ?

CDS : Enfin les rapports de police !

A : Désolé c’est confidentiel. »

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Pas bien le téléphone au volant Christopher

S’ensuit diverses suppliques pour obtenir le droit de consulter les archives qui essuieront toutes un refus. Christopher décide d’attendre que le dernier employé quitte les archives pour rentrer par effraction.

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Bonjour, c’est pour une consultation non autorisée

Après une fouille rapide, il tombe sur un local qui ressemble à une zone tampon où les archives sont entassées en attente de traitement. On aperçoit des archives datant de 2001 et de 2004, ce qui indique que ce sont des archives de Toluca non traitées. Les archives de Silent Hill sont, elles, facilement identifiables, ce sont celles avec des traces de roussi ! En fouillant les dossiers, il trouve une photo qui l’oriente dans ses recherches.

Alors nous sommes ici dans l’aspect classique de l’utilisation des archives dans une enquête. Mais nous pouvons pousser l’analyse un peu plus loin. Pour rappel, le film se déroule en 2005-2006. Silent Hill a été détruite en 1974. La récupération des archives est logique : il faut assurer la continuité des droits et des savoirs, pour les habitants survivants. Alors pourquoi trouve-t-on encore les archives en zone tampon ? N’auraient-elles pas dû être retraitées depuis les trente dernières années ?

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Les archives en zone tampon

Cela montre les affres de la gouvernance des archives, assujettie à deux règles nominales : la priorisation des traitements et la gestion des ressources. Ainsi il semble que les archives de Silent Hill pour le Comté de Toluca ne soient pas la priorité, et cela paraît logique. Les cartons sont plus ou moins identifiés, ils sont peu nombreux et concernent peu de personnes. Mais vu leur état, cela nécessiterait un reconditionnement important, si ce n’est dans certains cas de la restauration. Donc de l’argent, des humains et du temps ! Donc il faudra s’en occuper sine die.

Donc au-delà des règles de communication, des organisations tentaculaires qui compliquent l’accès aux archives, il faut aussi prendre en compte que le traitement des archives est aussi une question de choix, d’organisation, de budget, bref une question politique !

Marc Scaglione

Les habitués du blog ont déjà noté ma forte propension à regarder n’importe quel film d’horreur me passant sous le nez. Par une après-midi pluvieuse, pourquoi ne pas en tester un ? Allez, c’est parti pour Mama, un film hispano-canadien sorti en 2013 co-scénarisé par Neil Cross, Andrés et Barbara Muschietti. C’est également Andrés Muschietti qui assure la réalisation de ce long métrage. Le film a été primé au festival de Gérardmer.

Mama_1Le début du scénario n’est pas très clair : un homme tue sa femme et s’enfuit de la maison familiale avec ses deux filles Victoria, trois ans et Lili, un an. Le père de famille conduit trop vite et évidemment, il a un accident, erre dans la forêt, trouve une cabane déserte un peu étrange. Au moment où il décide de tuer ses filles – mais alors pourquoi ne pas le faire dans la maison au lieu de s’enfuir….mystère – une entité l’en empêche en le déchiquetant.

Les petites filles retournées à un état semi-sauvage sont retrouvées dans la cabane cinq ans plus tard et sont confiées à leur oncle Lucas et sa compagne Annabel sous l’égide d’un psychiatre, le docteur Dreyfuss. Des événements étranges se multiplient, les fillettes étant en fait accompagnées par l’entité qui les a sauvées et qu’elles appellent Mama. Autant vous dire que ce fantôme n’est pas hyper sympa…

Et les archives dans tout ça ??

C’est le psychiatre des deux fillettes, le docteur Dreyfuss qui a recours aux archives à deux reprises. En effet, lors des séances d’hypnose avec Victoria, la plus grande des deux enfants, le docteur apprend l’existence de « Mama », une entité mystérieuse qui est en réalité le fantôme d’une femme qui s’est suicidée avec son bébé d’après les dires de Victoria.

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Voici donc notre brave médecin se rendant aux archives de Clifton Forge où il rencontre Louise, l’archiviste, une femme d’un âge mûr affublée d’un pull over…un peu passé de mode il faut bien le reconnaître. Pour autant, Louise échappe à la plupart des clichés : elle est accueillante avec son usager, se plie en quatre pour le renseigner et connaît plutôt bien ses fonds. Elle pousse même la conscience professionnelle en rappelant l’usager chez lui en soirée pour lui demander de repasser aux archives car elle a pu faire une trouvaille intéressante.

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La salle de lecture des archives est assez petite mais il y a peu de lumière naturelle et les tables sont équipées de petites lampes pour permettre aux lecteurs de compulser les documents sans s’arracher les yeux. La salle de lecture jouxte les magasins qu’on aperçoit en arrière-plan et il ne semble pas y avoir de porte séparant les deux ce qui montre une petite faille dans la sécurité puisque les lecteurs pourraient être tentés d’y faire un tour sans la présence de l’archiviste.

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Lors de son second passage aux archives, le docteur Dreyfuss pénètre dans ces fameux magasins et je dois dire que je tombe des nues : la ville où se trouvent les archives ne semblent pas très grande mais les dépôts sont immenses : on voit des archives s’étaler du sol au plafond, on se demande d’ailleurs au passage comment les archivistes font pour aller chercher les dossiers qui se trouvent tout au dessus, en tous les cas, ce serait sans moi, j’ai le vertige !

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Plus étrange, Louise, notre archiviste au pull décoré par une tête de loup, semble trouver cela normal en disant que toutes les archives ont des salles comme celles-ci « remplies d’objets oubliés », en l’occurrence de morceaux de corps humains qui ont été récupérés dans un ancien cimetière. Alors, rétablissons tout de suite les choses : non, toutes les archives ne sont pas dotées d’un immense magasin rempli d’ossements des cimetières disparus et même si dans une série Obj, il nous arrive de retrouver quelques reliques, nous n’abritons pas, à ma connaissance, tous les ossements des habitants de la ville.

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Enfin, dernière étrangeté, Louise embarque une petite boîte qui se trouve donc dans ce fameux dépôt et la donne au docteur Dreyfuss qui l’embarque chez lui. Ok Louise, ce sont des ossements dont tu es pressée de te débarrasser mais les archives publiques ne sont-elles pas inaliénables ?

Allez, on lui pardonne à notre archiviste : grâce à elle, tout se passe un peu moins mal que prévu dans ce film mais pour en juger, il vous faudra le visionner.

Sonia Dollinger

C’est encore à la vigilance d’Emilie Rouilly que vous devez ce billet puisqu’elle m’a signalé l’existence du film qui fait l’objet de ce post, qu’elle en soit donc remerciée.

The Canal est un film d’épouvante irlandais réalisé par Ivan Kavanagh, sorti en 2014 et disponible sur Netflix depuis début octobre 2015. Le rôle titre est tenu par Rupert Evans. Ce film reprend les grands principes du film d’horreur s’inspirant aussi bien de The Ring que de Sinister ou American Horror story. On y trouve des évocations de démons, une maison hantée, d’éventuelles possessions et des meurtres, bref, de quoi réjouir les amateurs de genre.

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L’ambiance est angoissante et poisseuse et le rythme parfois assez lent peut exaspérer les amateurs de thrillers allant à fond à l’heure. Ce rythme permet d’installer l’angoisse, l’attente fébrile étant un élément essentiel dans ce type de film.

L’histoire est celle de David Williams, un archiviste qui travaille aux Archives nationales du Cinéma. Il emménage avec sa femme Alice dans une vieille maison proche d’un canal dont ils tombent amoureux. Cinq ans plus tard, ils mènent une vie en apparence tranquille avec leur petit garçon Billy, né peu après leur installation. Alice semble mener une vie brillante, bien plus excitante que celle de son mari qui est complexé et soupçonneux.

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Au boulot, David apprend que sa maison fut témoin de meurtres horribles au début du XXe siècle. Il se sent de plus en plus mal à l’aise. En parallèle, il entend des bruits étranges dans la maison. Sa femme, Alice, semble mener une double-vie. En dire davantage serait vous gâcher la suite, je vous invite donc à regarder par vous-même ce film angoissant si vous n’êtes pas trop sensibles.

Et les Archives dans tout ça ??

(suite…)

Le maitre de l’horreur est à l’honneur pour ce billet puisqu’il s’agit d’évoquer Shining (The Shining en version originale) de Stephen King. Si Shining n’est pas le premier ouvrage de l’auteur originaire du Maine, ce livre le pose comme une figure emblématique du genre fantastique voire du roman d’horreur.

L’ouvrage est publié en 1977. Pour la première fois, Stephen King n’évoque pas son Maine natal dans un de ses romans. La légende veut qu’il ait pointé son doigt au hasard sur une carte des États-Unis et le hasard l’entraine à Boulder au Colorado où King passe un an à écrire, ce qui deviendra l’un de ses best-sellers. C’est apparemment assailli par des visions fantasmatiques dans un hôtel où il séjournait que King a l’idée d’écrire ce huis-clos oppressant dont l’hôtel Overlook est l’un des personnages principaux.

On trouve dans cette œuvre des thématiques qui sont chères à Stephen King : la prescience dont sont capables les enfants qui perçoivent des choses que les adultes ne voient pas ou plus, la folie qui s’empare peu à peu d’un personnage et qui transforme un être sain d’esprit en véritable monstre, les liens entre notre monde et l’univers paranormal qui nous côtoie, nous frôle ou veut nous entrainer à lui.

L’histoire est celle d’un américain moyen, Jack Torrance, professeur de lettres qui se rêve auteur reconnu. Alcoolique repenti, Torrance se fait virer de son lycée pour avoir tabassé un élève qui tentait de crever les pneus de sa voiture…Au chômage, voyant son couple au bord de l’explosion, Jack Torrance accepte un boulot de gardien dans un hôtel de luxe niché au cœur des Rocheuses. La mission est particulière puisqu’elle consiste à garder pendant tout un hiver l’Overlook, un hôtel entièrement vide, à veiller à la maintenance de la chaudière (surtout) et à la bonne tenue de l’établissement en attendant le retour de la belle saison et des touristes. L’endroit est coupé du monde, aucune route n’est accessible en cas de tempête de neige, inutile de dire qu’en cas de problème…on est vraiment très seul…

Jack Torrance entraine donc sa femme Wendy et son fils Danny dans cette aventure, espérant repartir à zéro, sauver son couple et avoir le temps d’écrire la pièce de théâtre qui fera de lui une célébrité. Wendy accepte de suivre son mari avec difficulté, la perspective de rester enfermée plusieurs mois dans un hôtel fut-il de luxe ne l’enchantant guère. Quant au petit Danny, il possède des dons médiumniques qui lui permettent de percevoir à l’avance certains événements et de savoir ce que pensent ses parents. Danny semble redouter encore plus que sa mère le séjour à l’Overlook.

En arrivant, l’accueil du manager de l’hôtel est plutôt froid et méprisant. Par contre, Danny rencontre un cuisinier, Dick Hallorann qui semble doté du même don que lui – le shining – et qui cherche à le protéger. Pourtant, dès le lendemain, la famille Torrance se retrouve seule, face à elle-même et face à un hôtel moins vide qu’il n’y parait. Les phénomènes étranges, d’abord anecdotiques, s’enchainent ensuite à grande vitesse prenant pour cible principale le petit Danny alors que s’insinuent insidieusement des idées saugrenues dans la tête de son père déjà bien fragile.

Le lecteur assiste peu à peu à la transformation d’un Jack Torrance volontaire, sobre, plein d’envie de bien faire au début du roman mais qui mue peu à peu en un être faible, colérique et dangereux. L’hôtel qui a déjà connu bien des drames et des vicissitudes semble vouloir s’emparer de ses hôtes en exerçant sur eux une influence néfaste et en se manifestant de manière surnaturelle.

Le parcours de la famille Torrance perdue au milieu de cet hôtel immense empli de bruits et de craquements, où les esprits ne sont jamais bien loin a de quoi faire perdre le sommeil…et c’est avec soulagement qu’on referme ce livre angoissant mais si bien construit.

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Et les archives dans tout ça ??

A vrai dire, mis à part quelques incidents mineurs, tout semble aller à peu près bien jusqu’à ce que Jack Torrance ait l’idée d’aller fouiller au sous-sol – car, évidemment, les archives sont au sous-sol à côté de la plomberie derrière un passage voûté qui semble humide. Il est question une première fois de ce local où s’entassent les archives lorsque le mécanicien Watson fait le tour de l’hôtel avec Jack pour lui montrer le fonctionnement de la chaudière et lui passer les consignes. La description du local archives est rapide mais explicite : « Des cartons s’entassaient dans tous les coins. Certains contenaient des journaux, d’autres portaient des étiquettes indiquant Archives ou Factures et Reçus – A CONSERVER ! Tous sentaient le moisi et certains étaient crevés déversant sur le sol des papiers jaunis qui avaient l’air d’être là depuis vingt ans. »

Les archives n’apparaissent plus avant un long moment, jusqu’au chapitre intitulé « L’Album » où Jack Torrance se penche d’un peu plus près sur ces cartons moisis au milieu desquels il découvre des piles de vieux journaux qu’il se met à parcourir. Poussant plus avant ses investigations, Torrance trouve un album qui évoque la réouverture de l’hôtel après la guerre, en 1947 et la personnalité de son propriétaire Horace Derwent. Peu à peu, ce sont des pans entiers de l’histoire trouble de l’Overlook que Jack découvre en parcourant ces liasses humides et ces journaux jaunis. Sournoisement, au fur et à mesure que Torrance lit les archives, l’âme de l’hôtel s’empare de lui : plus il s’imprègne de l’histoire de l’hôtel, plus Jack Torrance est fasciné et hypnotisé par elle.

C’est parce qu’il veut absolument faire partie intégrante de l’histoire de l’hôtel, découverte à travers ces documents que Torrance sombre dans la démence. S’il fallait une preuve que la lecture des archives peut être dangereuse, Stephen King nous l’offre de manière magistrale…méfiez-vous des archives qui dorment au sein desquelles un monstre sommeille…

Sonia Dollinger