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Mammuth_1Mammuth est un film sorti en 2010. Au scénario et à la réalisation, le duo créatif Gustave Kervern et Benoît Délépine connus pour leurs films (Saint-Amour, Le Grand Soir, Louise Michel) mais aussi leurs participations en tant qu’auteurs et acteurs de l’émission Groland. Le casting fait la part belle à leurs collaborateurs réguliers : Yolande Moreau, Gérard Depardieu, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde, etc.

Quelle est l’histoire ?

Serge Pilardosse, surnommé Mammuth à cause de sa carrure mais aussi de sa moto, part en retraite. Il s’avère qu’il lui manque des documents justificatifs pour obtenir la pension à taux plein. Il enfourche sa moto et part donc en quête de ses « papelards ».

Et les archives dans tout ça ??

La quête du personnage se présente initialement comme étant la quête des archives nécessaires à son taux plein. Il ne s’agit là que d’un prétexte au voyage intérieur et extérieur du personnage. Néanmoins, il nous offre un panorama rapide et survolé des situations d’archives des petites et moyennes entreprises françaises.

Ainsi Serge rencontre plusieurs cas : des ex-employeurs qui refusent de lui faire un justificatif, des sociétés qui ont disparu laissant des locaux vidés et abandonnés de tout (même d’archives), des entreprises disparues dont les locaux sont occupés par d’autres et enfin des archives conservées bon an mal an par leurs producteurs. Ce sont sur ces deux derniers cas intéressants que nous allons nous arrêter.

Serge Pilardosse retourne dans un bar-discothèque dans lequel il a été videur 30 ans plus tôt en 1978. Le patron est absent et il est jeté dehors sans ménagement par le vigile. Il s’introduit subrepticement dans les bureaux et fouille les placards en quête de ses papiers. Finalement, il découvre une alcôve remplie de grands cartons avec pour seules mentions des fourchettes de dates. Il fouille dans celui qui l’intéresse et ne découvre qu’un grand vrac. Il décide d’embarquer le carton pour le dépouiller méthodiquement plus tard.

L'alcôve aux archives

L’alcôve aux archives

Toujours dans sa quête, Serge retourne à la minoterie où il a travaillé trois ans au début des années 1970. S’engage alors un dialogue de sourds avec une hôtesse/secrétaire via l’interphone. Serge ne comprend pas que la minoterie n’est plus et qu’une autre société occupe les locaux. La secrétaire, clairement ignorante de l’histoire des lieux (en même temps qui connaît l’histoire d’un site industriel à part les historiens amateurs et l’archiviste du cru ?) ne comprend pas la démarche de Serge. Celui-ci finit par lui dire « il doit bien vous rester des papiers, allez voir au silo ou à la cave, c’est là où ils étaient à l’époque » et la secrétaire de répondre « nous n’avons pas de papier, tout est informatisé ». Clichés et méconnaissances sont les reflets d’une réalité que les archivistes connaissent bien.

Dialogue de sourds à la minoterie

Dialogue de sourds à la minoterie

Ainsi si les archives sont essentielles pour prouver ses droits et exister aux yeux de l’administration, le panorama qu’en fait Mammuth en montre toute la fragilité. Abandonnées, délaissées dans un coin, disparues, les archives ne sont que le reflet de leur producteur, des petites structures fragiles et fugaces.

Marc Scaglione

Un film français sur ce blog : oui, c’est possible ! Sur la suggestion d’Emilie, c’est donc des Anges gardiens, film de Jean-Marie Poiré, qu’il sera question cette fois-ci.

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Sortie en 1995, cette comédie a pour tête d’affiche Gérard Depardieu et Christian Clavier qui jouent des personnages burlesques que tout oppose à première vue. Ils seront rejoints dans la seconde partie du film par leurs « anges gardiens » respectifs, d’où le titre du film. Si cette comédie sans prétention est parfois conspuée par les tenants d’un cinéma sérieux et cérébral, elle reste culte pour beaucoup de spectateurs qui en connaissent par cœur la moindre des répliques. Le moins que l’on puisse dire est qu’on passe un bon moment de détente, ce qui est bien l’essentiel pour un film de ce genre.

Antoine Carco – Gérard Depardieu – patron de cabaret bien connu du monde de la nuit et homme d’affaire sans scrupule, est appelé au secours par son meilleur ami qui a quelques ennuis à cause de ses multiples magouilles à Hong Kong…La Pince, incarné par Yves Rénier, ne fait pas long feu puisqu’il est exterminé par des mafieux chinois lancés à ses trousses. Avant de mourir, il confie son fils, le petit Bao, nanti de 15 millions de dollars à son pote Carco qui doit ramener l’enfant à sa mère, Lili Wang, laquelle se trouve en Europe. Pas très intéressé par le gamin mais beaucoup plus par l’argent, Cargo tente de se débarrasser du petit tout en conservant les millions…

Poursuivi par la mafia chinoise, Carco croise alors la route du Père Hervé Tarain campé par Christian Clavier (« ain comme Pain ») en vacances à Hong-Kong avec une bande de jeunes défavorisés. Il lui confie le petit Bao en le faisant passer pour son propre fils et glisse en douce les 15 millions dans la valise du curé avec la ferme intention une fois à Paris de lui laisser le gamin et de faire main basse sur l’argent de l’enfant. Evidemment, rien ne se passe comme prévu, Cargo s’emmêle dans ses explications et abandonne sans scrupule le petit Bao au père Tarain qui voue alors l’homme d’affaires aux gémonies, lui promettant les pires tourments.

Parti avec le pécule, Carco prévoit un avenir radieux de fêtes et d’orgies…mais il entend alors une voix doucereuse, se retourne et aperçoit son double angélique à l’arrière de la voiture. Carco est désormais nanti de sa conscience qui le suit partout avec un air niais, lui rappelant sans cesse le forfait dont il est l’auteur.

De son côté, le père Tarain, passablement énervé, expédie une confession et se retrouve dans sa sacristie aux prises avec son propre double maléfique, surexcité et obsédé sexuel. Il comprend alors qu’il ne pourra se défaire de cet encombrant ami qu’après avoir fait la paix avec Carco. Le prêtre se met donc en quête de l’homme d’affaires qu’il retrouve dans son dancing au milieu de femmes dénudées dans une revue de music-hall…Par-dessus le marché, la triade chinoise ennemie débarque et anéantit l’établissement puis la maison de Carco où les deux comparses retrouvent la maitresse hystérique du patron de cabaret.

Sans toit désormais, Carco, sa maitresse et le petit Bao se réfugient dans l’étonnante famille du Père Tarain ce qui ne suffit pas à protéger l’enfant : Bao est enlevé ainsi que le frère du curé. Une seule solution : retrouver Lili Wang, la mère de l’enfant qui n’est autre que la fille du grand patron de la mafia chinoise ! Voilà les deux compères embarqués en Belgique avec leurs doubles respectifs, livrant une scène d’anthologie dans un restaurant avec un Paris-Brest resté fameux pour ceux qui ont vu le film !

A la fin, évidemment, tout rentre dans l’ordre ; Lili Wang récupère son fils, Antoine Carco révèle l’homme de cœur sous sa carapace du monstre froid et le Père Tarain reste l’homme colérique mais serviable qu’il a toujours été, ils partent en devenant les meilleurs amis du monde et leurs anges respectifs s’éloignent tout en gardant un œil sur eux malgré tout.

Morale simple : personne n’est jamais vraiment mauvais et tout le monde peut s’amender, c’est aussi faux que rassurant mais, pendant le temps du film, on rit en voulant y croire.

Et les archives dans tout ça ??

Une des scènes d’anthologie du film a pour sujet les archives. Cette scène se situe en première partie du film et signe la première apparition du Père Hervé Tarain. Le prêtre vient faire ses adieux à mère Angélina, la supérieure du couvent dans lequel le curé et ses ouailles logeaient à Hong Kong.

La mère Angélina rentre de suite dans le vif du sujet : « j’ai un gros service à vous demander. Vous rentrez toujours à Paris demain ? Vous savez que je prends ma retraite l’année prochaine ? Ca fait quarante années d’archives à rapporter ». Elle sollicite alors le père Tarain : « si vous acceptiez de rapporter le quart de ces archives… ». Tout de suite serviable et enthousiaste, le curé accepte : « sans problème, nous sommes neuf, on va se répartir allégrement la charge. »

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Mère Angélina entraine alors le prêtre dans une salle remplie de malle, du sol au plafond. La tête du père Tarain commence à changer : « Ah, c’est le quart de ça qu’il faut ramener ? » ce à quoi la religieuse réplique : « ah non, non, non, c’est tout ça ! Les trois quarts qui restent sont dans la pièce d’à côté. » Elle conduit le curé dans la pièce voisine, elle aussi débordante de malles énormes : « en plus, je dois vous demander de vous charger de ces deux bonnes malles pour l’archevêché, c’est la comptabilité de la mission de ces vingt dernières années. »

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On ne revoit plus ces malles par la suite, on apprend seulement que ces archives volumineuses ont entrainé un fort surcoût à cause du poids des bagages…

Amusante évocation des archives religieuses et de la gestion du rapatriement des archives de l’étranger. La foi soulève des montagnes dit-on mais qu’en est-il des archives ?

Sonia Dollinger