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Game of Thrones Le Trône de fer dans sa version française -, est avant tout une série de romans de type medieval-fantasy, écrits par Georges R.R. Martin depuis 1996. La saga est reconnue pour ses nombreuses références à des événements, lieux et personnages historiques réels ; elle témoigne également d’un certain réalisme, en particulier en ce qui concerne les pratiques guerrières, les intrigues politiques et le fonctionnement des institutions, alliées à une mythologie solide, une historiographie du monde élaborée, à de nombreuses créatures imaginaires et à des formes de magies diverses ; de fait, Game of Thrones est une œuvre fantastique très cohérente et complète. En ce qui concerne plus particulièrement la série télévisée adaptée de ces romans, créée par David Benioff et Daniel Brett Weiss, elle est diffusée pour la première fois en avril 2011 sur HBO (Home Box Office) et connait un très grand succès.

GOT_2L’histoire principale de la série Game of Thrones se déroule essentiellement sur le continent de Westeros, associé dans quelques intrigues à celui d’Essos plus à l’Est. Westeros correspond au Royaume des Sept Couronnes, soit sept royaumes indépendants gouvernés en théorie par un seul souverain, occupant le Trône de fer. La plupart des intrigues de la série sont liées à des guerres de pouvoir, à des stratégies et manipulations politiques et guerrières afin d’occuper le Trône de fer et de gouverner l’ensemble des royaumes du continent. Ces enjeux de pouvoir sont légitimés par les personnages comme une quête de puissance, une volonté d’union et de paix, ou une revendication légitime d’héritage. Les conflits entre royaumes et surtout entre les différentes maisons nobles constituent l’histoire de la série. On note également, au-delà de ces tensions politiques, un récit plus global et ancien, apparenté surtout aux régions du nord du continent, celui du combat des vivants contre l’armée des morts. Cet espace au Nord de Westeros, appelé le Mur, est une zone frontière entre le monde des hommes et celui de ceux appelés les Marcheurs Blancs, armée des morts qui vise à la destruction du monde connu et habité.

Et les archives dans tout ça ??

C’est principalement autour de cette problématique de guerre entre les morts et les vivants que s’illustre l’importance des archives dans l’univers de Game of Thrones. Tous les royaumes possèdent en effet leurs propres archives : dans les lieux et cités éminentes de chaque royaume se trouvent les archives concernant l’histoire de la famille régnante et les principaux événements liés à l’histoire du royaume, aux guerres et aux personnages remarquables. Néanmoins, il existe un lieu exclusivement consacré aux archives du monde, servant à la fois de bibliothèque et d’université : la Citadelle.

La Citadelle se trouve à Villevieille, une cité située au sud-ouest de Westeros, siège ancestral de la Maison Hightower, vassale de la Maison Tyrell, qui gouverne cette partie du royaume. La Citadelle est un lieu très ancien, il est fondé dans le but d’accumuler les connaissances scientifiques et de favoriser l’enseignement de divers disciplines à ceux qui peuvent y accéder. Elle est gérée et administrée par le Conclave, un conseil composé d’Archimestres, maîtres de la Citadelle ; elle est également le siège de l’Ordre des Mestres, des savants et érudits qui sont chargés de former les étudiants à la Citadelle, ou alors de conseiller les seigneurs des Sept Couronnes dans différents domaines (science, médecine, histoire et stratégies diplomatiques) en séjournant à leur cour.

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L’arrivée de Samwell à la Citadelle avec Vère et Petit Sam : la découverte d’un monument éclairant l’ensemble du monde

La Citadelle est en elle-même le lieu de l’Archive, elle représente à la fois un centre d’archives très important, regroupant la quasi-totalité des ouvrages existants dans le monde de Game of Thrones. C’est également une université, un lieu de formation réservé aux étudiants souhaitant devenir mestre – les mestres s’apparentent ici à la fois des archivistes et à des figures scientifiques d’érudits selon la tradition cléricale et renaissante, ils connaissent les sciences de la médecine, l’histoire, la géographie et toutes autres sciences humaines ; certaines scènes de la série font également référence à l’univers des moines copistes de l’époque médiévale -. Ces savants forment un corps enseignant composé exclusivement d’hommes –souvent très âgés-, vivants à l’écart du monde selon un mode de vie particulier, en ermite, et sont entièrement consacrés à l’étude et à la préservation des fonds d’archives. Enfin, la Citadelle est présentée comme une sorte de Grande Bibliothèque, sous la forme d’un Grand Phare, rappelant immédiatement deux monuments très symboliques d’Alexandrie. Ce lieu de conservation de la mémoire écrite est donc un symbole de l’éclairage, de l’illumination du monde entier, rayonnant de connaissances et de savoirs. La Citadelle traite tout autant des archives historiques que des informations très contemporaines, elle est reliée au reste du monde et à l’ensemble des royaumes par une correspondance permanente établie par corbeaux-blancs – spécifiques de la Citadelle-, communiquant avec les mestres éparpillés dans les cours seigneuriales.

La figure du mestre est elle aussi très liée au stéréotype de l’archiviste ; à la fois ermite et érudit, le mestre a pour fonction première de conserver les connaissances du monde, de copier et préserver les documents produits par l’ensemble des Sept Royaumes et au-delà, dans d’autres régions plus éloignés. Ce n’est qu’en fonction secondaire qu’ils rejoignent les cours et capitales afin d’assister les seigneurs dans la bonne gestion de leur royaume et d’apporter les connaissances suffisantes en matière de sciences diverses. On remarque cependant que l’enseignement dispensé à la Citadelle est réservé à une petite minorité de privilégiés, d’abord des hommes – les femmes et les enfants en sont exclus – décidant de se consacrer entièrement à leur tâche d’archiviste ; et des lettrés, des hommes capables de manipuler des documents de tous types et d’en faire bon usage. Comme pour les lieux mentionnés, il est nécessaire de consulter la liste des mestres nommés par l’auteur et la série, ainsi que leurs histoires individuelles qui parfois servent l’intrigue principale.

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Le mestre : stéréotype de l’archiviste ?

On ne peut pas évoquer le lieu de la Citadelle et l’Ordre des Mestres sans parler de Samwell Tarly, l’un des personnages principaux de la saga, qui accompagne l’un des héros les plus suivis de l’histoire, Jon Snow. Samwell Tarly apparaît comme un personnage fondamental de l’histoire dès la première saison de la série, il est l’archétype de l’anti-héros, le Sam Gamgie de l’histoire en tant que meilleur ami du héros «sponsorisé » par le récit ; fils du seigneur de la Maison Tarly, vassale des Tyrell, il est déshérité par son père, étant victime d’embonpoint et incapable de se battre, il est chassé du domaine de son père et envoyé au Nord de Westeros, au Mur, afin de rejoindre l’Ordre de la Garde de Nuit, exil réservé aux criminels, orphelins, fils bâtards et reclus de la société. Le parcours de ce jeune homme est assez singulier, incapable de se battre comme ses compagnons, il assiste le mestre de Château- Noir, forteresse principale du Mur, Mestre Aemon. Il se lie d’une sincère amitié avec Jon Snow, et lorsque ce dernier devient Lord Commandant à la tête de la Garde de Nuit, il lui permet de quitter l’Ordre et de rejoindre la Citadelle. Samwell se bat de fait par d’autres moyens, avec d’autres armes inhabituelles pour un jeune homme dans un monde guerrier : les livres et la connaissance. Son rôle dans l’histoire, et principalement dans le conflit entre l’armée des morts et celle des vivants, s’avère essentiel et crucial. Samwell réalise son rêve d’enfant en rejoignant la Citadelle, où il doit accomplir sa mission en tant qu’ancien membre de la Garde de Nuit et comme être humain qui défend son monde : il est chargé de découvrir, en parcourant les archives de la Citadelle, par quel moyen les vivants peuvent combattre et vaincre les Marcheurs Blancs – entre autres, par l’exploitation du verre-dragon, soit une sorte d’obsidienne, dont il doit trouver les sources de minerai, rechercher les cartes et informations qui permettraient son utilisation en masse-. Samwell Tarly incarne l’archiviste en devenir, qui est confronté à la fois au lieu, aux acteurs de la conservation des documents, et aux événements qui lui sont contemporains, nécessitant un recours aux archives pour faire face aux difficultés et aux guerres du présent – ce qui en fait, à mon sens, l’un des personnages les plus courageux de la série.

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Samwell Tarly : l’archiviste en devenir ou le héros de la sauvegarde du monde des vivants

Son rôle est en effet fondamental, et après avoir intégré l’Ordre des apprentis mestres, il espère pouvoir consulter librement les archives de la Citadelle. C’est aussi l’espérance du spectateur à la fin de la saison 6, qui voit enfin Samwell atteindre la Citadelle en compagnie de Vère, sa compagne et de son fils adoptif Petit Sam. Malheureusement, le premier épisode de la saison 7 montre les tâches ingrates réservées aux apprentis, à savoir s’occuper exclusivement des vieux mestres, présentant la Citadelle non plus comme un lieu rayonnant et plein de promesses, mais comme un hospice. C’est finalement au cours de l’épisode 5 de la saison 7 que Samwell, frustré de l’inaction des mestres et des multiples interdictions quant à la lecture de certaines archives, qu’il décide de quitter la Citadelle clandestinement et de retourner au Nord auprès de Jon Snow. Il part de nuit, emportant avec lui les précieuses archives interdites, qui contiennent des révélations fondamentales quant à la généalogie de certains personnages, qui, ainsi légitimés, peuvent influencer l’issue de la guerre des Sept Royaumes et aider ceux qui, au Mur, sont les premiers confrontés aux Marcheurs Blancs et à l’armée des morts. Il est également le jeune homme qui symbolise l’espoir, par sa désobéissance aux deux Ordres qu’il rejoint, sa décision de garder Vère et Petit Sam auprès de lui, comme une promesse d’avenir. Il est l’archiviste dans le présent et l’action, disant qu’il quitte la Citadelle pour pouvoir lui aussi agir et accomplir de grandes choses ; « je suis fatigué de lire les exploits d’hommes meilleurs que moi. », saison 7 épisode 5.

L’exemple de Samwell Tarly permet de montrer tous les aspects de ce type de lieu d’archives, évoquant à la fois l’attrait pour la Citadelle, monument unique au monde, très renommé et spectaculaire sur le principe et de l’extérieur ; tout en apportant un avis critique sur le fonctionnement interne de cette institution d’archives tournée et centrée sur elle-même, au sein de laquelle certains documents sensibles, pouvant orienter ou décider du sort de la guerre et des manœuvres politiques ne sont pas accessibles –certainement pas au public, ni aux souverains ou aux apprentis mestres- et gardés sous scellés, littéralement fermés par des chaînes dans une réserve. Les chaînes accompagnent également l’habit du mestre, symbole de sa dévotion au savoir et à la science pratiquée à la Citadelle –dont certains se font exclure- et  à leur goût du secret. Les mestres sont à l’écart, en retrait du monde et adoptent une position neutre face aux événements, ayant pourtant toutes les connaissances, savoirs et preuves à leur disposition, ils décident de garder le silence, selon une sorte de devoir de réserve vis-à-vis de leurs contemporains. Leurs conseils et les informations issues des archives sont réservés à une minorité, dans un entre soi qui refuse l’action. Samwell Tarly, qui décide de quitter les mestres, symbolise le jeune homme qui, lui, souhaite mettre à disposition les archives de la Citadelle, au service de l’action, de la sauvegarde du monde, de la vie et de l’humanité.

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« Il y a tant de livres à la Citadelle qu’aucun homme ne peut espérer tous les lire de son vivant. »

Jon Snow à Sam, après leur rencontre au sein de la Garde de Nuit, Mur au Nord de Westeros.

Mathilde Lorilliard

 

 

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Le challenge du jour est de réunir dans un même billet les fans de Game of Thrones, les archivistes et les fans de super-héros. Nous ne parlerons donc pas ici de la série événement de George R.R Martin mais d’un ouvrage à la fois uchronique et fantastique dirigé par l’auteur du Trône de Fer.

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Wild Cards est en effet un recueil de nouvelles paru en 1987 où George R.R Martin rassemble seize nouvelles entrecoupées par des interludes marquant le passage à une époque différente. L’ouvrage est donc écrit par une série d’auteurs qui reprennent la trame générale et développent chacun l’histoire d’un personnage ou d’un groupe. Ce premier tome de Wild Cards se déroule de 1946 aux années 1970, un second volume prenant la suite évoque les années 1980.

La version française de l’ouvrage est parue seulement en 2014 dans la collection Nouveaux Millénaire, la nouvelle notoriété de l’auteur permet donc aux lecteurs français de pouvoir lire ce recueil qui rassemble de grandes plumes de la science-fiction nord-américaine comme Roger Zelazny, Lewis Shiner ou Walter Jon Williams

L’histoire commence en 1946 aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Le monde à peine remis de ce traumatisme fait face à une nouvelle menace. Deux vaisseaux extra-terrestres entrent dans l’atmosphère : l’un contient un virus extrêmement dangereux et l’autre un habitant de la planète Takis tentant de sauver la Terre et de prévenir ses habitants de la menace qui arrive. Malgré le sacrifice du jeune aviateur héros de guerre Jetboy, le virus parvient à se répandre.

Ce virus surnommé « wild cards » a des effets très inattendus et très divers : chaque individu infecté réagit différemment. La majorité meurt immédiatement, ne supportant pas les changements induits dans son métabolisme. Le virus tue donc quatre-vingt-dix pour cent des personnes touchées. Les survivants subissent des mutations génétiques plus ou moins heureuses. Certains sont transformés en véritables monstres et voient pousser des écailles sur leur peau, une trompe d’éléphant en guise de nez, parfois des tentacules remplacent leurs mains. Ces humains devenus difformes sont surnommés les Jokers et sont peu à peu repoussés dans des Ghettos au sein d’une partie de New York désormais surnommée Jokertown.

Un petit groupe a plus de chance puisque le virus leur accorde des pouvoirs qui les transforment en As, capables de voler, de soulever des montagnes, de lire dans les esprits voire de les manipuler. Ces As conservent une apparence humaine au contraire des Jokers. Evidemment, certains préfèrent utiliser leurs capacités pour voler et s’enrichir, d’autres servent d’instrument au gouvernement américain qui les utilisent dans l’armée.

Cette société uchronique où les super-héros voisinent avec les Freaks et les « norms » ou « nats » (normaux ou naturels, les humains qui n’ont subi aucun mutation et continuent à évoluer dans une société dont ils restent les maitres) ressemble pourtant beaucoup à la nôtre. Le sénateur Mac Carthy existe aussi dans ce monde parallèle où tous les As sont soupçonnés d’être des communistes infiltrés, les Jokers et les As s’étourdissent dans le mouvement hippie sur fond de guerre froide. La dernière partie de l’ouvrage se déroulant dans les années 1970 reprend les thèmes de la ségrégation en dénonçant le ghetto de Jokertown et la lutte des Jokers pour la reconnaissance de leurs droits.

Des personnages récurrents comme le docteur Tachyon, extra-terrestre installé sur notre planète en 1946 au moment où ses semblables envoient le virus sur terre. On croise des As lâches ou héroïques, des Jokers monstrueux au grand cœur ou des terroristes. Si la discontinuité des auteurs donne une interprétation ou un style différent à chaque nouvelle, elle ne nuit pas à l’ensemble. Wild Cards est une belle surprise qui marie avec brio la science-fiction et l’uchronie.

Et les Archives dans tout ça ??

Oui parce que si je vous parle de Wild Cards, vous vous doutez bien que ce n’est pas juste pour le plaisir d’évoquer George R.R.Martin et de faire une audience un peu moins ridicule que d’habitude en évoquant le papa de Game of Thrones !

Evidemment, on trouve une mention des archives dans ce volume et ce, presque dès le début, dans la nouvelle intitulée Trente minutes sur Broadway ! œuvre d’Howard Waldrop qui introduit le personnage de Bobby Tomlin dit Jetboy, un gamin fou d’avion devenu le meilleur pilote nord-américain durant la Seconde Guerre mondiale. Jetboy sera si populaire qu’un comic-book reprenant ses aventures verra le jour. En 1946, la guerre étant finie, Jetboy est démobilisé par une note du chef d’état-major qui écrit que « les archives vous concernant, vos recommandations et vos décorations vous seront transmises par voie séparée. ». La note précise également que les archives montrent que Jetboy n’a jamais obtenu son brevet de pilote. Cette dernière information étonne le journaliste Scoop Swanson venu enquêter : « Jamais obtenu son brevet de pilote ? C’est quoi cette histoire ? J’ai vu son dossier dans nos archives : trente centimètres d’épaisseur ! Il a du voler plus vite, plus loin et abattre plus d’appareils que n’importe qui… »

Hé oui, les archives permettent à coup sûr, quand elles ne sont ni détruites ni falsifiées de recouper ses informations et d’avoir une vision nouvelle d’un personnage ou d’un événement. Elles ne portent pas de jugement – le fait de ne pas avoir son brevet ne fait pas de Jetboy un mauvais pilote – mais éclairent un contexte et donnent ici encore plus de relief aux exploits du jeune homme.

Tirerez-vous un As ou un Joker en explorant les archives ? A vous de voir !

Sonia Dollinger