Articles Tagués ‘généalogie’

Les miroirs truqués est un roman de Françoise Dorin paru en 1982. Françoise Dorin, décédée en ce début d’année 2018, était entre autres parolière (le succès N’avoue jamais de Guy Mardel en 1965), comédienne, dramaturge, scénariste et romancière.

Quelle est l’histoire ?

Maître Adrien Theix est un avocat de renom du monde du spectacle. Un matin, il découvre avec horreur dans le journal un fait divers impliquant sa meilleure amie, Eva Devnarick alias Simone Trinquet de son vrai nom. Cette dernière est accusée du meurtre de son jeune amant, de trente ans son cadet. Maître Theix en informe sa filleule, Isabelle, aussi fille de Simone qu’elle ne connaît pas pour en avoir été séparée à l’âge de cinq ans. Il va donc lui raconter l’histoire de sa mère, des origines jusqu’au drame.

Et les archives dans tout ça ??

Miroirs_truquésAdrien Theix souhaite qu’Isabelle qui n’est que rancœur envers sa mère, qu’elle nomme avec dédain « Eva », fasse connaissance avec elle, avec son histoire. Il y a un problème : il faut démêler le vrai du faux. Isabelle se rappelle des histoires familiales racontées par ses grand-mères paternelle et maternelle. Légendes dont il faut se méfier. D’autant que Simone Trinquet de jeune fille menteuse est devenue une femme mythomane. Une quête de vérité que connaissent toutes les personnes aux histoires familiales compliquées mais aussi les généalogistes.

Adrien a assemblé au cours des années une documentation conséquente sur la vie de son amie Simone. Quand Isabelle lui demande pourquoi, il répond « D’abord parce que j’ai toujours été du genre qui ne jette rien. Ensuite parce que je pressentais plus ou moins confusément que ces archives pourraient m’être un jour utiles. » De vrais archives dignes d’un chercheur composées de sa correspondance, de photographies, d’articles de presse, de brochures. A l’aide de ces documents, il éclaire d’un jour nouveau la vie de Simone Trinquet, en démêlant la légende du réel : son père mort en déportation ? Un collabo notoire mort en Allemagne pendant sa tournée de danse. Elle-même grande actrice ? Concubine d’un réalisateur de renom qui la fait tourner dans un seul film, préférant la conserver dans son rôle de maîtresse. Et ainsi de suite. Isabelle est souvent incrédule, parfois même se révolte pensant que son parrain déforme la réalité à son profit. Il lui montre alors tel ou tel document pour alléguer ses propos.

Travail classique de croisement des sources, minimum syndical pour tout journaliste, historien et généalogiste qui se respecte. Il existe donc des archives fausses, contraires à la réalité. Adrien présente ainsi une lettre écrite par le troisième époux de Simone, Etienne Billoux. Soi-disant écrite car en réalité elle était de Simone. Mais sans la connaissance du contexte et de la personne, il est impossible de distinguer le vrai du faux.

Cela démontre que les archives partielles et partiales par nature sont toujours à prendre avec parcimonie et nécessite un vrai travail d’études tout à la fois historique et diplomatique. La connaissance du contexte, grâce aux témoignages et à la documentation est indispensable. Mais tout bonnement parfois impossible, ne permettant pas de démêler la légende de la réalité, le vrai du faux.

Marc Scaglione

 

Actes-SudOù as-tu passé la nuit ? est un récit autobiographique de Danzy Senna, écrivaine américaine. Le titre est paru aux Etats-Unis en 2009 et en France chez Actes Sud en 2011. Dans cet ouvrage, Danzy Senna explore ses origines et nous offre ainsi une plongée dans l’histoire et la sociologie américaines. Ses parents se marient en 1968, sa mère est une jeune femme blanche issue d’une grande dynastie de Boston apparentée au président John Quincy Adams et dont le nom jalonne l’histoire des Etats-Unis. Le père de Danzy Senna est un jeune étudiant noir, sans le sou et à la généalogie compliquée.

Hélas, peu à peu, le couple vole en éclats et se déchire sous les yeux de leurs trois enfants. Devenue écrivaine, Danzy, l’aînée, cherche à comprendre cette histoire complexe, à recoller les morceaux du puzzle et à reconstituer les chapitres manquants de l’histoire de son père avec lequel elle entretient des relations difficiles. Ses recherches s’avèrent pénibles, les fausses pistes se multiplient mais c’est l’occasion pour Danzy de faire un voyage initiatique vers ses propres racines et de parcourir ainsi l’histoire tumultueuse d’une Amérique métissée qui l’emmène des confins du Mexique à la Nouvelle-Orléans en passant par Boston.

L’auteure se plonge ainsi avec lucidité dans sa généalogie aux multiples facettes et redécouvre ainsi ses parents autrement. Cet ouvrage est d’une grande sensibilité et montre combien la quête de ses origines peut s’avérer réparatrice et permet de comprendre non seulement sa propre histoire mais celle de son pays.

Et les archives dans tout ça ??

Danzy Senna évoque tout d’abord la famille de sa mère, les DeWolf dont le lignage remonte au Mayflower et leur « véritable obsession du pedigree », leur généalogie est ainsi facile à établir puisqu’on la retrouve publiée dans de nombreux ouvrages. L’auteur ajoute que dans cette famille, « on accumule un nombre incalculable d’archives de façon presque compulsive », elle fait alors le parallèle avec sa famille paternelle qui ne dispose d’aucun document voire d’aucun souvenir. Senna met le doigt sur une problématique bien connue des généalogistes et des chercheurs en général : l’inégalité archivistique, certains laissant si peu de traces qu’il est bien difficile de faire l’histoire de certaines familles et individus tandis que d’autres marquent les archives de leur empreinte à de multiples reprises. Danzy Senna est d’ailleurs consciente de l’originalité de la famille de sa mère :  » L’anomalie (…) est à chercher du côté de la famille de ma mère. La plupart des gens ne disposent pas d’archives publiques ou d’ouvrages présents en bibliothèques pour y puiser des informations sur leurs ancêtres. » En effet, même si secrètement certains généalogistes aimeraient se doter d’une ascendance prestigieuse, ce n’est pas toujours le cas et il faut souvent se contenter de recherches lentes et fastidieuses pour remonter son lignage.

Cette constatation ne décourage pourtant ni Danzy ni son père qui entreprennent malgré tout de retrouver les traces ténues du passé de ce dernier et de ses ascendants. Ils font donc appel aux archives disponibles comme celles de l’orphelinat catholique où fut placé le père de Danzy. Pour retrouver les traces de sa grand-mère, Danzy procède méthodiquement en compulsant les registres de recensement et d’état-civil, l’auteure se livre à une véritable leçon de recherche en généalogie. Elle apprend que sa grand-mère a étudié à Alabama State University, la première université destinée aux Noirs et, après avoir pris la précaution de contacter le département des archives pour savoir si elle pouvait consulter le dossier de sa mère, Danzy se rend sur place, toutes les démarches préalables ayant été effectuées.

Tout se gâte lorsqu’elle rencontre Ruby Wooding, l’archiviste dont l’auteure nous donne une description précise : « femme à la peau claire, coiffée d’un casque de cheveux défrisés, avec des lunettes et la bouche maquillée de rouge, Mme Wooding n’esquissa pas le moindre sourire (…) ». Danzy Senna ressent même de l’hostilité… encore une archiviste qui n’échappe pas aux clichés habituels. En outre, l’archiviste refuse de communiquer le dossier de sa grand-mère à Danzy malgré son accord préalable par écrit. En effet, l’archiviste est garant de la confidentialité des données et, au vu de la peau trop claire de Danzy, elle refuse de croire que cette dernière est la petite-fille d’une femme noire. Jugeant sur l’apparence et non sur les faits, l’archiviste refuse la communication du dossier : « on ne peut pas laisser n’importe qui consulter les dossiers. » Ce qui part d’une intention louable de protéger la vie privée de l’individu se transforme en cauchemar tissé de préjugés. Danzy cherche à savoir si quelqu’un d’autre peut l’aider, Ruby lui répond sèchement : « je suis la responsable des archives, vous êtes dans mon bureau. » Manque de discernement, manque d’humanité, tout y est dans ce portrait cruel, j’avoue m’être presque sentie coupable à la lecture de ce passage tant cette professionnelle est l’antithèse de ce que je crois être un archiviste. Après des milliers de kilomètres, Danzy Senna repart bredouille, terrible passage !

Fort heureusement, les archives des orphelinats et des hôpitaux sont moins hostiles et Danzy peut ainsi retrouver quelques bribes du passé de sa famille. La tante de Danzy, Carla, s’adjoint d’ailleurs les services d’une enquêtrice spécialisée dans les recherches liées aux enfants trouvés, s’aidant des rares archives dont les familles disposent. Il est également question de tests adn dans ce récit, ce qui nous permet de faire le tour complet des possibilités de recherches généalogiques.

Si cet ouvrage est à la fois beau et intéressant dans ce qu’il décrit de la quête des origines d’une femme américaine aux ascendances diverses, il n’en reste pas moins qu’on le referme avec un sentiment d’amertume envers cette archiviste qui tenait entre ses mains une clef essentielle et qui, par rigorisme ou préjugé, n’a pas voulu faire son métier : servir l’autre.

Sonia Dollinger

 

What remains of Edith Finch (Ce qui reste d’Edith Finch) est un jeu développé par Giant Sparrow et publié par Annapurna Interactive. Le jeu est sorti en 2017 sur Xbox-One, PS4 et PC. Il s’agit d’un jeu narratif à la première personne, le gameplay est au service d’un scénario et d’une narration immersive. Un jeu court, mais un vrai chef d’œuvre dans son domaine, une pépite douce-amère à découvrir.

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Quelle est l’histoire ?

Vous incarnez un personnage inconnu lisant le carnet d’Edith Finch. Vous visitez la maison de la famille Finch qui n’est plus habitée depuis des années, visite menée au gré de la narration d’Edith sur son histoire et sa famille. Vous allez alors visiter les chambres scellées, laissées en l’état suite au décès de leurs occupants. Vous découvrirez durant votre balade le destin tragique des membres de la famille Finch.

Et les archives dans tout ça ??

What remains of Edith Finch est un jeu narratif dont le fil rouge est le carnet de la dite Edith, carnet écrit à destination du joueur. Le but du jeu est d’apprendre l’histoire de la Famille Finch. Enfin plutôt les histoires.

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la maison fantasmagorique des Finch

Quand on découvre les pièces de la maison, chargées en tableaux, bibelots, objets (bouteille d’oxygène à côté du lit médicalisé de la grand-mère par exemple), on atterrit dans un lieu vivant. Enfin qui fut vivant. La maison se raconte et raconte au travers de ses objets et de sa décoration. Mais aussi des archives familiales : photographies, coupures de presse encadrées, etc.

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L’arbre généalogique de la famille Finch

Depuis quelques années, le jeu vidéo exploite beaucoup les archives comme un moyen d’enrichissement de l’univers ou encore de narration (magnétophone, notes, etc.). Dans le cas présent, la mécanique va un peu plus loin. Dans chaque pièce scellée, un autel est dressé en mémoire de son occupant et devant, comme une offrande, des archives de formes variées (lettre, dessins, photographies, carnet). Ces dernières narrent la manière dont sont décédés les différents membres de la famille Finch. Mais bien au-delà d’une simple description de leur mort, il s’agit de parler de leur vie.

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L’autel dressé en mémoire de Calvin

Et cela ne se résume pas à un bout de papier déposé là par les développeurs. Car, au moment où le joueur s’en saisit, il est projeté dans le souvenir pour le jouer. Cette manière de narrer, avec le gameplay, montre, ô combien, que le passé n’est pas qu’un bout de papier mort en 2D mais fut un présent bel et bien vivant.

La place des archives, sous ces différentes formes, permet de mettre en lumière les différentes relations entre l’individu, son histoire, la famille et son histoire.

Ainsi la décoration, ensemble incluant les archives, dévoile comment les êtres se pensent et se racontent, se représentent auprès des autres. A plusieurs reprises, la narratrice s’arrête sur des coupures de journaux ou des bandes VHS et interrogent alors sa mémoire. Plus qu’une interrogation épisodique et factuelle, les archives sont un moyen de questionner sa relation à la mémoire et de la remettre en cause.

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Mais tout au long du jeu, les archives ne cessent de montrer quelles ont été les liens entre les histoires familiales, les mémoires et chaque individu la composant. Entre adhésion et rejet, héritage assumé ou entrave à la liberté.

En outre, les archives n’incarnent pas une vérité monolithique de l’histoire familiale. Il s’agit plutôt d’un assemblage protéiforme de mémoires différentes, de formes différentes qui racontent des histoires. Et c’est là un point important, il ne s’agit ici nullement de vérité mais d’histoires. Car à la fin, que reste-t-il de chacun de nous ? Des traces, des pièces, des documents et les histoires qui les accompagnent. Et là est le cœur de ce jeu : devons-nous continuer à vivre avec les histoires des autres ? Devons-nous en conserver la trace ? Comment les histoires nous influencent-elles ?

Alors n’hésitez à plonger dans les histoires des Finch et qui sait, si vous ne réfléchirez pas sur vos histoires par la même occasion.

Marc Scaglione

C’est sur les conseils de notre fin limier Christelle que j’ai ouvert le livre de Lydia Flem intitulé Comment j’ai vidé la maison de mes parents. J’avoue ma réticence à lire des ouvrages traitant du deuil mais il faut parfois affronter ses peurs et je me suis lancée.

Lydia Flem est une psychanalyste, photographe et écrivaine belge native de Bruxelles qui fut assistante de Ménie Grégoire sur RTL. Elle connait un grand succès avec La vie quotidienne de Freud et de ses patients, ouvrage pour lequel elle est invitée à Apostrophes par Bernard Pivot. Elle est connue pour ses romans et ses autofictions. La Reine Alice, paru au Seuil en 2011, connaît un très grand succès et est salué de manière unanime par les critiques littéraires.

lydiaflemComment j’ai vidé la maison de mes parents est un ouvrage sorti en 2004 aux Editions du Seuil. Le livre évoque la mort des parents de l’auteure et ses conséquences matérielles. Au delà du deuil, de la perte des parents qui fait de nous des orphelins, Lydia Flem raconte par le menu comment elle a du faire le tri dans les affaires de ses parents et aborde la difficulté à se séparer de ce qui témoigne de la vie des êtres qui nous ont donné le jour. Meubles, objets anecdotiques, vêtements, photographies ou documents, que faire de tout ce qui nous rappelle nos parents et la perte que nous venons d’éprouver ? L’auteur fait part, avec délicatesse et humour, de la relation complexe qui nous unit aux disparus mais également de la culpabilité qui peut nous envahir lorsqu’on est contraint de se séparer de ce qui leur appartenait.

Dans ce petit livre, Lydia Flem évoque aussi son histoire familiale, la déportation de sa famille, la disparition d’une partie de ses proches durant cette période qui marqua à jamais la jeunesse et la vie entière de ses parents mais aussi la sienne en tant qu’héritière de cette histoire particulière emplie de douleurs et de non-dits.

Et les archives dans tout ça ??

Alors qu’elle range la maison parentale, Lydia Flem se trouve confrontée à des classeurs remplis de documents à caractère généalogique rassemblés par sa mère férue de recherches. Cette histoire familiale semble peser sur l’auteure qui ne sait pas comment se comporter face à un tel héritage : « devais-je devenir l’archiviste de leurs vie ? faire de ma maison un musée de leur passé ? Un autel des ancêtres ? » Loin d’être envahie par un sentiment de curiosité positif, l’auteure ressent un sentiment d’étouffement, comme si le poids de ces archives était trop lourd pour elle. Ne pas avoir d’histoire familiale peut être infiniment douloureux mais dans le cas présent, c’est la surabondance d’archives qui semble peser sur Lydia Flem. Elle le dit plus loin lorsqu’elle écrit : « j’avais très peu d’être engloutie sous le flot des meubles, objets et archives (…)« .

Pourtant, ce premier sentiment d’invasion archivistique passé, l’auteure sent « un besoin vital de lire leurs archives« . Ainsi comble-t-elle le mutisme dans lequel ses parents se sont murés après l’expérience indicible de la vie concentrationnaire. Les archives parlent à leur place et transmettent la connaissance, la vie, les sentiments que les mots n’ont pas su dire. Lire les archives permet l’apaisement, la compréhension et parfois la guérison ainsi que l’appropriation d’une histoire familiale aussi douloureuse soit-elle. L’auteure regrette d’ailleurs l’absence d’archives familiales pour sa branche paternelle originaire de Russie et dont il ne reste aucune trace.

La liste que Lydia Flem dresse des archives trouvées chez ses parents est exhaustive et donne une idée assez précise de ce que peuvent receler les archives d’une famille : carnets de santé aux faire-part en passant par les plans de la maison ou la correspondance familiale, elle passe en revue les nombreux documents qui permettent de rentrer dans l’intimité d’une lignée montrant ainsi à son lecteur combien ces traces de vie sont précieuses pour reconstituer l’histoire familiale.

Devant le traumatisme de la perte de ses parents, il est bien difficile de se résoudre à se séparer de ses archives. Certaines sont jugées trop intimes pour être livrées aux regards étrangers mais d’autres éclairent des tranches de vie et s’en séparer au profit d’un service d’archives qui en aurait la garde, c’est encore faire vivre ceux qui les ont constituées. C’est cette belle mission de gardien des mémoires individuelles et collectives qui donnent une responsabilité et un sens particulier à notre beau métier d’archiviste.

Sonia Dollinger

Si vous lisez ce blog régulièrement, vous avez déjà entendu parler de Dan Waddell, l’auteur de Code 1879 auquel j’ai consacré un billet précédent (c’est par ici )

Dans la foulée de ce premier roman policier, Dan Waddell continue sur sa lancée et publie en 2009 – en France en 2012 – la suite des aventures du trio formé par le généalogiste Nigel Barnes et les policiers Grant Foster et Heather Jenkins. Le deuxième roman a pour titre Depuis le temps de vos pères et se déroule quelques mois après les premières aventures de nos trois héros.

L’inspecteur Grant Foster se remet doucement de ses mésaventures et se sent mis à l’écart part sa hiérarchie qui souhaite le ménager après le traumatisme subi par l’inspecteur de la Criminelle. Toutefois, le repos ne sera que de courte durée : une comédienne sur le déclin, Katie Drake, est trouvée sauvagement assassinée dans son jardin londonien. Pour corser le tout, Naomi, adolescente de 14 ans, la fille de la victime a disparu. Alors que l’enquête piétine et laisse à penser qu’il s’agit d’un crime « ordinaire » assorti d’un enlèvement d’enfant, la découverte d’un cheveu du tueur et l’analyse ADN qui s’en suit bouleverse les certitudes des inspecteurs Foster et Jenkins : le meurtrier est apparenté à sa victime.

C’est dans ce contexte que la police criminelle fait de nouveau appel au généalogiste Nigel Barnes qui se débat de son côté avec sa récente célébrité en tentant d’animer une émission de télé consacrée à la généalogie. La notoriété ne semble pas être du goût de Nigel qui regrette ses longues recherches dans les cartons d’archives. Lorsque les inspecteurs viennent le trouver, Barnes, soulagé se remet au travail. Cette enquête mêle généalogie traditionnelle, peuplée de longues heures passées aux archives et généalogie « scientifique » basée sur des tests génétiques, que certains présentent comme l’avenir de la généalogie.

L’enquête amène nos trois personnages sur la piste des Mormons et permet finalement de mieux comprendre le discours des adeptes de cette religion sur leurs ancêtres. Tout en faisant progresser l’intrigue, l’auteur nous explique pourquoi les Mormons s’intéressent tant à la généalogie et constituent des bases recueillant les états civils du monde entier, précieusement conservés à Salt Lake City. Nigel Barnes et Heather Jenkins ne peuvent d’ailleurs s’exonérer d’un voyage dans la capitale des Mormons, découvrant ainsi les méandres de cette société complexe, traversées de courants divers opposant comme dans toutes les religions, les progressistes aux fondamentalistes.

Sur le fond, Depuis le temps de vos pères est intéressant autant du point de vue de l’intrigue que du développement des personnages qui prennent de la consistance et auxquels on s’attache après un premier tome qui posait les caractères de chacun. Grant Foster, ours mal léché, se révèle être un personnage sensible. Heather Jenkins et Nigel Barnes, en froid au début du volume, réapprennent à se connaitre au cours de leur périple américain. La généalogie et l’Histoire sont toujours au cœur d’une intrigue bien menée et rythmée qui donne envie de lire le livre d’une seule traite. Les trois personnages principaux bien que répondant à des types bien connus – le flic célibataire bougon au grand cœur, la belle policière consciencieuse et le généalogiste rêveur – sont vraiment attachants et on a hâte de pouvoir lire leurs nouvelles aventures.

Difficile d’en dire plus sans spoiler ce thriller, sachez donc que si vous cherchez un polar qui mêle enquête policière, road movie à l’américaine, avec une bonne dose de recherches généalogiques, agrémenté d’une réflexion sur le poids des origines et des traditions ou des excès du fondamentalisme religieux, n’hésitez pas, vous passerez un bon moment et aurez hâte de suivre les prochaines aventures de nos trois héros.

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Et les Archives dans tout ça ??

Comme dans le premier volume, Nigel Barnes, notre généalogiste, a pour mission de retracer l’ascendance de la victime Katie Drake. Depuis sa dernière aventure, Barnes ne se rend plus au Family Record Center qui a fermé. L’ensemble des archives qu’il doit compulser est désormais regroupé aux Archives nationales ce qui est bien plus confortable pour un chercheur plutôt que de courir dans toute la ville. Si les archives, notamment l’état-civil, sont bien présentes dans le livre de Dan Waddell, il n’en est pas de même des archivistes dont il n’est fait aucunement mention. Au moins, les archives sont-elles indispensables à l’enquête et sa résolution, elles en sont une des clefs.

Si les recherches aux archives sont couplées avec les recherches génétiques – mais finalement, l’ADN est une forme d’archives non ? Il n’en reste pas moins que nos bonnes vieilles archives papier permettent en grande partie la résolution de l’énigme. Toutefois, le travail du généalogiste est semé d’embûches et l’ouvrage montre bien à quelles difficultés le chercheur peut se heurter quand les gens se cachent, mentent sur leurs origines pour changer de vie et se protéger…les archives classiques restent muettes. C’est donc grâce à de nombreux recoupements de sources et une bonne connaissance du contexte historique dans lequel évoluent les personnes recherchées. Un constat : les archives ne disent pas tout comme l’explique Nigel Barnes : « le recensement était très impopulaire chez certaines personnes ; l’équivalent victorien des classes moyennes considéraient qu’il s’agissait d’une violation de leur vie privée ». Outre les inévitables état-civil et recensement, Nigel explore les archives notariales et les archives ecclésiastiques. Subtilement, l’auteur dévoile les arcanes de l’exploration des archives et de leur gestion : certains documents issus des archives paroissiales sont déposés aux Archives municipales, d’autres non. L’absence de classement des archives paroissiales est bien mentionné puisque le généalogiste se voit obligé de fouiller et de trier les documents des pasteurs avant de pouvoir les exploiter. L’état calamiteux de certaines archives abîmées par des ficelles. Nigel parcourt aussi des dossiers médicaux confidentiels.

Enfin, le généalogiste se rend au centre généalogique de Hyde Park tenu par les Mormons, ce qui lui permet un accès à leur base de données extrêmement bien fournie et de parcourir le recensement fédéral des Etats-Unis de 1860 et de fouiller dans les archives de la presse américaine. Tout ceci n’étant pas suffisant, Barnes et Jenkins se voient contraints de faire le voyage jusqu’à Salt Lake City, fief des Mormons et paradis des généalogistes.

Le processus de recherches en archives et les différents dépôts londoniens sont vraiment décrits avec précision, sans que cela nuise aucunement au rythme de l’histoire. Saluons donc ce roman qui met en valeur les archives comme ressource policière et historique avec brio et vivement la suite !

Sonia Dollinger