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Dieu et nous seuls pouvons est le premier roman de Michel Folco, paru en 1991. Divisé en deux parties, il narre l’histoire d’une famille de bourreaux dans la bourgade fictive de Bellerocaille dans l’Aveyron d’abord en 1683, puis en 1906. La première partie connaîtra une adaptation très libre en film sous le titre Justinien Trouvé ou le Bâtard de Dieu en 1993 par Christian Fechner.

Quelle est l’histoire ?

Couverture

En 1683, Justinien Trouvé est arrêté et condamné à vingt ans de galère. Suite à un concours de circonstances, il devient bourreau de la bourgade de Bellerocaille sous l’identité de Justinien Pibrac. En 1906, Hippolyte Pibrac est le patriarche et septième bourreau de la famille, mis au chômage par le décret Crémieux qui confie toutes les exécutions au bourreau de Paris. Nous suivons alors le conflit entre ce dernier et son fils Léon qui renie son héritage familial.

 

 

Et les archives dans tout ça ??

En préambule, il faut rappeler que les bourreaux étaient rejetés par la population et disposaient d’une réglementation particulière.

Après un énième esclandre d’Hippolyte Pibrac, Léon son fils, boulanger, souhaite changer de nom car il ne supporte plus l’opprobre et le rejet. Sa demande refusée, il contacte un avocat, Nicolas Malzac dans le but de faire aboutir sa demande.

Nicolas Malzac accepte et étudie le dossier de Léon : pour cela il fouille dans les archives judiciaires à la recherche de précédent, mais aussi pour enrichir sa connaissance des Pibrac, les croquemitaines locaux. Faisant chou blanc, il se rend à Bellerocaille et sous le prétexte de rédiger un ouvrage historique sur les bourreaux, rend visite à Hippolyte. Il apprend que depuis sept générations, les Pibrac rédigent un journal, composant ainsi une chronique familiale transmise de générations en générations. Ces archives familiales sont essentielles dans la construction de l’identité des Pibrac, qui les conservent religieusement et avec attention.

Découvrant que le premier Pibrac s’appelait Trouvé, il se rend dans sa ville natale de Roumégoux pour trouver son acte de naissance daté de 1663. Le maire le laisse consulter les archives car « la loi » l’autorise « à consulter les registres antérieurs à cent ans ». On sent que l’auteur connaît la loi de 1979, mais je ne sais pas si les règles de communicabilité étaient identiques en 1906. Les archives sont dans un « réduit mal éclairé ». Ce qui n’est pas illogique pour un local archives d’une petite commune. Mais l’archiviste lui n’échappe pas au cliché, décrit comme un « fonctionnaire en lustrines et bésicles ». Ce dernier connaît bien son fonds car il retrace son histoire à l’avocat. Finalement Nicolas Malzac trouve l’acte de naissance, gagne son procès et Léon Pibrac devient Léon Trouvé.

Plus tard, Léon menace son père de raser la demeure familiale lorsqu’Hippolyte sera décédé. Ce dernier fait tout pour faire classer le monument. Il demande l’aide du notaire, indiquant que leurs familles avaient déjà collaboré.  Ce qui offusque le notaire : sa famille travailler avec celle du bourreau ? Jamais ! Hippolyte ne se gêne pas pour lui rappeler le contraire en citant un mémoire de frais de 1683. Il est même capable de citer la cote et la localisation de ce mémoire se trouvant « aux Archives municipales, deuxième section, file 326A45 », ce qui mouche le notaire. La connaissance des archives impactant l’histoire de sa famille est un élément de pouvoir pour Hippolyte Pibrac face à une population a minima méprisante voire hostile.

Les archives jouent donc un rôle essentiel : symbole de l’identité, elles permettent aux protagonistes de prouver leurs droits et de rappeler la vérité historique à ceux qui aimeraient bien l’oublier.

Marc Scaglione

Avec Ma mère, cette inconnue, paru en 2017, le journaliste Philippe Labro revient sur le passé tumultueux de sa mère originaire de Pologne. Devant cette femme mutique sur ses origines, l’écrivain va devoir faire ses propres recherches, établir ses hypothèses afin de connaître l’histoire complexe de sa famille maternelle. C’est aussi l’occasion d’explorer l’histoire d’une Europe marquée par les guerres et les révolutions à travers cette histoire familiale.

Cet ouvrage est donc l’histoire de Netka, Henriette Carisey, fille naturelle d’un aristocrate polonais et d’une institutrice française. La jeune femme n’est pas reconnue par son père, déjà marié par ailleurs, et est abandonnée par sa mère. Elle se construit donc une nouvelle vie avec son frère pour seul point d’ancrage. Ces traumatismes successifs poussent Netka à occulter ce passé et à se concentrer sur la famille qu’elle a créée avec Jean-François Labro. Toutefois, la quête de son fils va pousser Netka à parler de ses origines.

Cet ouvrage est à la fois très émouvant puisqu’il s’agit d’une très belle déclaration d’amour d’un fils à sa mère et passionnant grâce à l’enquête menée par l’auteur qui nous conduit dans la Pologne aristocratique du début du XXe siècle ou dans la France occupée des années 1940.

Et les archives dans tout ça ??

labroMa mère, cette inconnue est une véritable enquête qui conduit Philippe Labro à consulter des archives de toute nature dans une démarche généalogique. Il commence, comme tout un chacun, par questionner sa mère qui peine à lui donner le véritable nom de son père qu’elle semble avoir du mal à se rappeler. L’écrivain part sur une fausse piste puis, grâce à la consultation d’une « fiche étudiante », il découvre le vrai nom de son grand-père. Il fait ensuite des recherches sur google et s’adjoint les services d’une généalogiste professionnelle. Les archives mettent donc pour la première fois l’auteur sur une piste sérieuse.

C’est aussi grâce à ses recherches dans l’état-civil qu’il apprend ce qu’est devenue sa grand-mère maternelle avec laquelle sa mère a rompu. Les mentions marginales inscrites sur l’acte de naissance de sa grand-mère se sont donc avérées bien utiles.

Philippe Labro fouille aussi dans ses propres documents familiaux, apprenant ainsi que sa mère avait gagné des concours de poésie : « j’ai retrouvé le diplôme, dans les archives, une immense boîte en carton beige, dans laquelle j’ai amassé tout ce que je pouvais (…)« . Philippe Labro retrouvera également dans les archives maternelles les carnets dans lesquels Netka a écrit ses poèmes. On constate ainsi l’importance des archives privées et leur complémentarité avec les documents publics qui n’offrent qu’une vue partielle de la vie des individus. Philippe Labro évoque aussi la douloureuse épreuve qui consiste à vider l’appartement du parent défunt et la lourde responsabilité qui pèse sur chacun : que faire des photographies et des archives en général lors d’une succession ? Comment permettre à nos disparus de continuer à vivre à travers leurs documents ?

Ces archives publiques et familiales permettent à Philippe Labro de retrouver les pièces du puzzle familial et de satisfaire sa quête, malgré les silences de sa mère et la complexité de l’histoire familiale. Labro complète sa connaissance de l’histoire familiale avec la lecture de la correspondance de son père qui montre sa personnalité sous un jour nouveau. Ce sont aussi les archives qui éclaire l’auteur sur le rôle de ses parents dans le sauvetage des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ou sur le parcours militaire de son oncle Henri tué à la bataille de Monte Cassino.

La lecture de cet ouvrage montre bien toute la méthodologie qui s’attache à la recherche généalogique et combien la conservation et l’étude des archives familiales sont indispensables à la connaissance de l’histoire familiale. Philippe Labro démontre aussi l’importance des archives publiques – ici, en particulier l’état-civil – dans la quête des origines. L’étude des archives permet de préciser sa propre histoire, de détruire des fausses pistes et de préciser des parcours individuels parfois pourtant délicats à retracer.

Encore une démonstration du caractère essentiel des archives y compris pour appréhender sa propre identité.

Sonia Dollinger

 

 

 

Les miroirs truqués est un roman de Françoise Dorin paru en 1982. Françoise Dorin, décédée en ce début d’année 2018, était entre autres parolière (le succès N’avoue jamais de Guy Mardel en 1965), comédienne, dramaturge, scénariste et romancière.

Quelle est l’histoire ?

Maître Adrien Theix est un avocat de renom du monde du spectacle. Un matin, il découvre avec horreur dans le journal un fait divers impliquant sa meilleure amie, Eva Devnarick alias Simone Trinquet de son vrai nom. Cette dernière est accusée du meurtre de son jeune amant, de trente ans son cadet. Maître Theix en informe sa filleule, Isabelle, aussi fille de Simone qu’elle ne connaît pas pour en avoir été séparée à l’âge de cinq ans. Il va donc lui raconter l’histoire de sa mère, des origines jusqu’au drame.

Et les archives dans tout ça ??

Miroirs_truquésAdrien Theix souhaite qu’Isabelle qui n’est que rancœur envers sa mère, qu’elle nomme avec dédain « Eva », fasse connaissance avec elle, avec son histoire. Il y a un problème : il faut démêler le vrai du faux. Isabelle se rappelle des histoires familiales racontées par ses grand-mères paternelle et maternelle. Légendes dont il faut se méfier. D’autant que Simone Trinquet de jeune fille menteuse est devenue une femme mythomane. Une quête de vérité que connaissent toutes les personnes aux histoires familiales compliquées mais aussi les généalogistes.

Adrien a assemblé au cours des années une documentation conséquente sur la vie de son amie Simone. Quand Isabelle lui demande pourquoi, il répond « D’abord parce que j’ai toujours été du genre qui ne jette rien. Ensuite parce que je pressentais plus ou moins confusément que ces archives pourraient m’être un jour utiles. » De vrais archives dignes d’un chercheur composées de sa correspondance, de photographies, d’articles de presse, de brochures. A l’aide de ces documents, il éclaire d’un jour nouveau la vie de Simone Trinquet, en démêlant la légende du réel : son père mort en déportation ? Un collabo notoire mort en Allemagne pendant sa tournée de danse. Elle-même grande actrice ? Concubine d’un réalisateur de renom qui la fait tourner dans un seul film, préférant la conserver dans son rôle de maîtresse. Et ainsi de suite. Isabelle est souvent incrédule, parfois même se révolte pensant que son parrain déforme la réalité à son profit. Il lui montre alors tel ou tel document pour alléguer ses propos.

Travail classique de croisement des sources, minimum syndical pour tout journaliste, historien et généalogiste qui se respecte. Il existe donc des archives fausses, contraires à la réalité. Adrien présente ainsi une lettre écrite par le troisième époux de Simone, Etienne Billoux. Soi-disant écrite car en réalité elle était de Simone. Mais sans la connaissance du contexte et de la personne, il est impossible de distinguer le vrai du faux.

Cela démontre que les archives partielles et partiales par nature sont toujours à prendre avec parcimonie et nécessite un vrai travail d’études tout à la fois historique et diplomatique. La connaissance du contexte, grâce aux témoignages et à la documentation est indispensable. Mais tout bonnement parfois impossible, ne permettant pas de démêler la légende de la réalité, le vrai du faux.

Marc Scaglione

 

Actes-SudOù as-tu passé la nuit ? est un récit autobiographique de Danzy Senna, écrivaine américaine. Le titre est paru aux Etats-Unis en 2009 et en France chez Actes Sud en 2011. Dans cet ouvrage, Danzy Senna explore ses origines et nous offre ainsi une plongée dans l’histoire et la sociologie américaines. Ses parents se marient en 1968, sa mère est une jeune femme blanche issue d’une grande dynastie de Boston apparentée au président John Quincy Adams et dont le nom jalonne l’histoire des Etats-Unis. Le père de Danzy Senna est un jeune étudiant noir, sans le sou et à la généalogie compliquée.

Hélas, peu à peu, le couple vole en éclats et se déchire sous les yeux de leurs trois enfants. Devenue écrivaine, Danzy, l’aînée, cherche à comprendre cette histoire complexe, à recoller les morceaux du puzzle et à reconstituer les chapitres manquants de l’histoire de son père avec lequel elle entretient des relations difficiles. Ses recherches s’avèrent pénibles, les fausses pistes se multiplient mais c’est l’occasion pour Danzy de faire un voyage initiatique vers ses propres racines et de parcourir ainsi l’histoire tumultueuse d’une Amérique métissée qui l’emmène des confins du Mexique à la Nouvelle-Orléans en passant par Boston.

L’auteure se plonge ainsi avec lucidité dans sa généalogie aux multiples facettes et redécouvre ainsi ses parents autrement. Cet ouvrage est d’une grande sensibilité et montre combien la quête de ses origines peut s’avérer réparatrice et permet de comprendre non seulement sa propre histoire mais celle de son pays.

Et les archives dans tout ça ??

Danzy Senna évoque tout d’abord la famille de sa mère, les DeWolf dont le lignage remonte au Mayflower et leur « véritable obsession du pedigree », leur généalogie est ainsi facile à établir puisqu’on la retrouve publiée dans de nombreux ouvrages. L’auteur ajoute que dans cette famille, « on accumule un nombre incalculable d’archives de façon presque compulsive », elle fait alors le parallèle avec sa famille paternelle qui ne dispose d’aucun document voire d’aucun souvenir. Senna met le doigt sur une problématique bien connue des généalogistes et des chercheurs en général : l’inégalité archivistique, certains laissant si peu de traces qu’il est bien difficile de faire l’histoire de certaines familles et individus tandis que d’autres marquent les archives de leur empreinte à de multiples reprises. Danzy Senna est d’ailleurs consciente de l’originalité de la famille de sa mère :  » L’anomalie (…) est à chercher du côté de la famille de ma mère. La plupart des gens ne disposent pas d’archives publiques ou d’ouvrages présents en bibliothèques pour y puiser des informations sur leurs ancêtres. » En effet, même si secrètement certains généalogistes aimeraient se doter d’une ascendance prestigieuse, ce n’est pas toujours le cas et il faut souvent se contenter de recherches lentes et fastidieuses pour remonter son lignage.

Cette constatation ne décourage pourtant ni Danzy ni son père qui entreprennent malgré tout de retrouver les traces ténues du passé de ce dernier et de ses ascendants. Ils font donc appel aux archives disponibles comme celles de l’orphelinat catholique où fut placé le père de Danzy. Pour retrouver les traces de sa grand-mère, Danzy procède méthodiquement en compulsant les registres de recensement et d’état-civil, l’auteure se livre à une véritable leçon de recherche en généalogie. Elle apprend que sa grand-mère a étudié à Alabama State University, la première université destinée aux Noirs et, après avoir pris la précaution de contacter le département des archives pour savoir si elle pouvait consulter le dossier de sa mère, Danzy se rend sur place, toutes les démarches préalables ayant été effectuées.

Tout se gâte lorsqu’elle rencontre Ruby Wooding, l’archiviste dont l’auteure nous donne une description précise : « femme à la peau claire, coiffée d’un casque de cheveux défrisés, avec des lunettes et la bouche maquillée de rouge, Mme Wooding n’esquissa pas le moindre sourire (…) ». Danzy Senna ressent même de l’hostilité… encore une archiviste qui n’échappe pas aux clichés habituels. En outre, l’archiviste refuse de communiquer le dossier de sa grand-mère à Danzy malgré son accord préalable par écrit. En effet, l’archiviste est garant de la confidentialité des données et, au vu de la peau trop claire de Danzy, elle refuse de croire que cette dernière est la petite-fille d’une femme noire. Jugeant sur l’apparence et non sur les faits, l’archiviste refuse la communication du dossier : « on ne peut pas laisser n’importe qui consulter les dossiers. » Ce qui part d’une intention louable de protéger la vie privée de l’individu se transforme en cauchemar tissé de préjugés. Danzy cherche à savoir si quelqu’un d’autre peut l’aider, Ruby lui répond sèchement : « je suis la responsable des archives, vous êtes dans mon bureau. » Manque de discernement, manque d’humanité, tout y est dans ce portrait cruel, j’avoue m’être presque sentie coupable à la lecture de ce passage tant cette professionnelle est l’antithèse de ce que je crois être un archiviste. Après des milliers de kilomètres, Danzy Senna repart bredouille, terrible passage !

Fort heureusement, les archives des orphelinats et des hôpitaux sont moins hostiles et Danzy peut ainsi retrouver quelques bribes du passé de sa famille. La tante de Danzy, Carla, s’adjoint d’ailleurs les services d’une enquêtrice spécialisée dans les recherches liées aux enfants trouvés, s’aidant des rares archives dont les familles disposent. Il est également question de tests adn dans ce récit, ce qui nous permet de faire le tour complet des possibilités de recherches généalogiques.

Si cet ouvrage est à la fois beau et intéressant dans ce qu’il décrit de la quête des origines d’une femme américaine aux ascendances diverses, il n’en reste pas moins qu’on le referme avec un sentiment d’amertume envers cette archiviste qui tenait entre ses mains une clef essentielle et qui, par rigorisme ou préjugé, n’a pas voulu faire son métier : servir l’autre.

Sonia Dollinger

 

What remains of Edith Finch (Ce qui reste d’Edith Finch) est un jeu développé par Giant Sparrow et publié par Annapurna Interactive. Le jeu est sorti en 2017 sur Xbox-One, PS4 et PC. Il s’agit d’un jeu narratif à la première personne, le gameplay est au service d’un scénario et d’une narration immersive. Un jeu court, mais un vrai chef d’œuvre dans son domaine, une pépite douce-amère à découvrir.

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Quelle est l’histoire ?

Vous incarnez un personnage inconnu lisant le carnet d’Edith Finch. Vous visitez la maison de la famille Finch qui n’est plus habitée depuis des années, visite menée au gré de la narration d’Edith sur son histoire et sa famille. Vous allez alors visiter les chambres scellées, laissées en l’état suite au décès de leurs occupants. Vous découvrirez durant votre balade le destin tragique des membres de la famille Finch.

Et les archives dans tout ça ??

What remains of Edith Finch est un jeu narratif dont le fil rouge est le carnet de la dite Edith, carnet écrit à destination du joueur. Le but du jeu est d’apprendre l’histoire de la Famille Finch. Enfin plutôt les histoires.

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la maison fantasmagorique des Finch

Quand on découvre les pièces de la maison, chargées en tableaux, bibelots, objets (bouteille d’oxygène à côté du lit médicalisé de la grand-mère par exemple), on atterrit dans un lieu vivant. Enfin qui fut vivant. La maison se raconte et raconte au travers de ses objets et de sa décoration. Mais aussi des archives familiales : photographies, coupures de presse encadrées, etc.

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L’arbre généalogique de la famille Finch

Depuis quelques années, le jeu vidéo exploite beaucoup les archives comme un moyen d’enrichissement de l’univers ou encore de narration (magnétophone, notes, etc.). Dans le cas présent, la mécanique va un peu plus loin. Dans chaque pièce scellée, un autel est dressé en mémoire de son occupant et devant, comme une offrande, des archives de formes variées (lettre, dessins, photographies, carnet). Ces dernières narrent la manière dont sont décédés les différents membres de la famille Finch. Mais bien au-delà d’une simple description de leur mort, il s’agit de parler de leur vie.

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L’autel dressé en mémoire de Calvin

Et cela ne se résume pas à un bout de papier déposé là par les développeurs. Car, au moment où le joueur s’en saisit, il est projeté dans le souvenir pour le jouer. Cette manière de narrer, avec le gameplay, montre, ô combien, que le passé n’est pas qu’un bout de papier mort en 2D mais fut un présent bel et bien vivant.

La place des archives, sous ces différentes formes, permet de mettre en lumière les différentes relations entre l’individu, son histoire, la famille et son histoire.

Ainsi la décoration, ensemble incluant les archives, dévoile comment les êtres se pensent et se racontent, se représentent auprès des autres. A plusieurs reprises, la narratrice s’arrête sur des coupures de journaux ou des bandes VHS et interrogent alors sa mémoire. Plus qu’une interrogation épisodique et factuelle, les archives sont un moyen de questionner sa relation à la mémoire et de la remettre en cause.

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Mais tout au long du jeu, les archives ne cessent de montrer quelles ont été les liens entre les histoires familiales, les mémoires et chaque individu la composant. Entre adhésion et rejet, héritage assumé ou entrave à la liberté.

En outre, les archives n’incarnent pas une vérité monolithique de l’histoire familiale. Il s’agit plutôt d’un assemblage protéiforme de mémoires différentes, de formes différentes qui racontent des histoires. Et c’est là un point important, il ne s’agit ici nullement de vérité mais d’histoires. Car à la fin, que reste-t-il de chacun de nous ? Des traces, des pièces, des documents et les histoires qui les accompagnent. Et là est le cœur de ce jeu : devons-nous continuer à vivre avec les histoires des autres ? Devons-nous en conserver la trace ? Comment les histoires nous influencent-elles ?

Alors n’hésitez à plonger dans les histoires des Finch et qui sait, si vous ne réfléchirez pas sur vos histoires par la même occasion.

Marc Scaglione