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The White Vault est une saga d’horreur MP3 de Fool and Scholar Productions. Initié en 2017, ce podcast entre en 2020 dans sa quatrième saison. Les épisodes de cette saga sont librement accessibles sur le site https://whitevault.libsyn.com/ ; une série dérivée, Artifacts, n’est disponible qu’aux contributeurs.

Quelle est l’histoire ?

Une expédition se rend dans une base arctique afin de réparer une balise qui a cessé d’émettre. Les réparations se font sans encombre mais les membres de l’expédition sont bloqués par un blizzard. Afin de tuer le temps, ils explorent la base et trouve un bunker, qui mène à des sous-terrains. Cependant, le groupe note des phénomènes étranges. Des messages inquiétants à la radio, des ombres, des découvertes macabres… Lorsque l’une des leurs est victime d’un grave accident, les membres de l’expédition réalisent peu à peu qu’un prédateur joue avec leurs nerfs.

Et les archives dans tout ça ??

L’auditeur ne suit pas en direct les aventures du groupe. Celles-ci sont reconstituées à partir des notes, des rapports, des lettres personnelles, des enregistrement audios ou vidéos des membres du groupe. Ce podcast s’apparente ainsi au genre cinématique du found footage, en vogue depuis le Projet Blair Witch ou Paranormal Activity, et à celui du roman épistolaire qui a notamment donné au genre horrifique le Dracula de Bram Stoker. En l’absence d’images, cette saga MP3 utilise les témoignages des protagonistes pour illustrer les sentiments d’oppression et de paranoïa grandissants, et utilise le réalisme (pas de musique en dehors du générique) pour mieux transmettre le sentiment d’angoisse.

Ces documents sont recueillis et organisés par la narratrice, qui reste anonyme. Elle se livre alors à un travail archivistique afin d’ordonner ces sources éparses afin de remettre en contexte ce qui est arrivé à l’expédition perdue. Fil rouge de la série, cette documentaliste introduit chaque document en précisant quel est son auteur, la date présumée de rédaction et le type d’information : lettre, enregistrement. Elle spécifie même le propriétaire de l’appareil dont vient le fichier si celui-ci diffère de son auteur ou autrice. La narratrice précise également l’état du document : fichier en partie corrompu, écriture altérée par des blessures ou par l’agitation de l’auteur, pages arrachée, etc. Narratrice non omnisciente, elle indique la chronologie incertaine de son classement.

Les archives recueillies doivent faire l’objet d’un traitement rigoureux. Outre la mise en contexte systématique et d’un classement chronologique, la documentaliste doit se livrer à un travail d’édition. En effet, les souterrains de la base semblent générer des ondes qui corrompent les enregistrements. De plus, plusieurs fichiers audios durent plusieurs heures, ou comprennent des passages inutiles ou répétitifs. La narratrice coupe ces longueurs, ou présente les fichiers en plusieurs parties afin de mieux recouper les différents témoignages. Les lettres ou enregistrements des membres de l’expédition, souvent dans la langue d’origine de leur auteur, sont partiellement présentés dans cette langue avant d’être traduits.

Tous ces éléments sont au service de l’atmosphère oppressante du feuilleton audio. Le simple fait que ces documents doivent être ordonnés sans l’aide de leurs auteurs laisse entendre qu’aucun ne survit aux événements. L’un des membres de l’expédition enregistre un message sur un appareil qui ne lui appartient pas ? Cela veut souvent dire que le propriétaire est blessé ou a disparu. Les différences de langues sont notamment utilisées lorsque les personnages paniquent et se replient sur eux-même. A l’opposé, la voix sans passion, analytique de la narratrice pose une distance entre les personnages de plus en plus désespérés et l’archiviste. Cependant, le final de la seconde saison dévoile l’implication personnelle de ce personnage.

L’accès à l’archive semble initialement limité à la narratrice, qui reconstitue le fil des événements au profit des auditeurs. Seule responsable des ressources qu’elle a collectées, elle choisit les éléments à mettre en avant sans que d’autres aient un accès direct à l’archive. La saison 3 casse quelque peu ce procédé. Dès le premier épisode, elle soumet les documents d’une autre expédition à un personnage présent mais silencieux, qui semble être lié à la première expédition. De plus, un nouveau personnage, une universitaire mentionnée à la fin de la seconde saison, semble avoir pris connaissance des témoignages de l’expédition perdue. Elle le montre notamment en reconnaissant les signes et les menaces auxquels ont fait face les disparus ! Le ton de la série passe d’un sentiment d’inéluctabilité dans les 2 premières saisons à l’incertitude : est-il possible de lutter contre le destin ? Au fil de cette saison, l’archiviste devient elle-même productrice des documents collectés, montrant son implication grandissante.

Jean-Baptiste Vu Van