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C’est devenu un réflexe : quand je choisis un thriller, je regarde instinctivement si j’aperçois le mot « archives » dans le résumé, me voici définitivement contaminée par ce métier, y compris dans mes lectures quotidiennes. Il n’en fallait pas plus pour que le sous-titre de l’ouvrage de Laurent Whale, Goodbye Billy, m’interpelle. Le sous-titre : les rats de poussière, avec un tel énoncé, nous aurions fatalement –hélas, oui, poussière et archives sont fatalement associées – une mention soit des documents liés à l’affaire, soit du métier.

Mais qui est Laurent Whale ?

Cet auteur franco-britannique né en Angleterre en 1960 a déjà publié plusieurs romans et nouvelles avec une prédilection pour la science-fiction. Avec Goodbye Billy, Laurent Whale s’attaque au thriller avec bonheur et met en scène une équipe dont les archives sont la préoccupation première.

Le personnage principal de Goodbye Billy est un ex-agent du FBI, Dick Benton, divorcé et mal dans sa peau. On comprend rapidement qu’il a été écarté de son boulot et mis sur la touche. Il hérite donc d’un poste qu’il n’avait surtout pas demandé : la direction du Service des Archives Tronquées – le SAT – de la Bibliothèque du Congrès à Washington. On trouve au sein de ce groupe hétéroclite Andrew Kerouac, archiviste en chef, qui est évidemment le plus âgé du groupe, Antonia Horowitz, responsable informatique et des nouvelles technologies, Maureen Mc Cornwall, réincarnation de Nina Hagen.

Le groupe est le gardien des secrets des Etats-Unis et est souvent chargé d’enquêter sur des dossiers brûlants à la demande de parlementaires de tous bords. Lorsque Dick Benton arrive à la tête du service, celui-ci doit traiter une demande d’enquête sur l’origine de la fortune d’un sénateur, candidat à l’investiture républicaine pour la Présidentielle.

Quel est le rapport avec Billy The Kid dont l’histoire se déroule en parallèle et avec une série de meurtres qui parsèment le parcours de nos Rats de poussière ? A vous de le découvrir avec ce thriller haletant qui se lit avec plaisir malgré une intrigue secondaire dont on ne comprend pas toujours le rapport avec l’histoire principale – mais peut-être ouvre-t-elle vers un second tome ?

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Et les Archives dans tout ça ??

Vous l’aurez compris, le rapport aux archives est plus qu’évident. Dick Benton est sanctionné par sa hiérarchie, il est donc inévitablement envoyé vers ce qu’on considère dans son milieu comme un placard : le service des Archives. Notons d’ailleurs qu’il devient le chef de service sans être issu de la profession et que l’archiviste, bien qu’affublé du titre d’archiviste en chef, n’est que son subalterne et un des membres de l’équipe au même titre que les autres.

Evidemment, Benton vit sa mutation comme un cauchemar : « une nouvelle vie, tu parles ! Chef du service des Archives tronquées » et il compare sa situation à celle de Mulder et Scully dans X-Files. Voilà Benton nommé à la tête des « Rats de poussière » comme se qualifient eux-mêmes par autodérision les personnes composant le service. Plus loin, Benton se décore du titre « d’amiral du placard à balais. », autant dire que la fonction d’archiviste n’est pas perçue comme reluisante, loin de là (rappelez-vous le billet de Téléchat, l’archiviste est un balai, on y est presque ici ! ) Toutefois, pour l’ex agent du FBI, la sanction est préférable à une mutation au service comptabilité, il existe donc une hiérarchie dans les placards et, par bonheur, les archives ne sont pas en bout de chaîne ce qui n’empêche pas Benton de comparer son nouveau service à un sarcophage…et quand il parle de son nouveau boulot à ses amis, il a plutôt un peu honte. Même ses adversaires le plaignent : « Archiviste ! Bon sang de bois, il doit s’y ennuyer à mourir. »

Lorsque l’archiviste Andrew Kerouac – étonnant clin d’œil à la Beat Generation –  apparaît dans le récit, il est présenté comme « un bonhomme presque aussi ancien que les bâtiments eux-mêmes », il n’échappe donc pas aux clichés habituels. Un peu plus loin, on évoque « son allure d’historien », ces derniers apprécieront la comparaison. Sa demeure, présentée plus tard dans l’ouvrage confirme la première impression : « l’archiviste, logeait dans un immeuble à son image », c’est-à-dire un immeuble ancien, datant des années 1930. Son intérieur est envahi de livres et documents qui colonisent le moindre espace disponible.

C’est Kerouac qui fait visiter les lieux à son nouveau chef qui l’écoute d’une oreille distraite : « possédé par son sujet, l’ancien, cheveux argentés, longs et en broussaille, lui faisait les honneurs du vénérable édifice. Dates, ancêtres et heures de gloire, la totale. » Les deux hommes traversent des salles de lectures désertes et des murs à étagères remplis d’ouvrages. L’archiviste connait les lieux par cœur et se révèle être « un guide précieux » dans les dédales.

Le service est semble-t-il uniquement à usage interne puisqu’il est bien précisé qu’il était « chargé de mener à bien les enquêtes diligentées par les sénateurs ». Toutefois, avec stupeur, Benton apprend que son équipe a résolu le mystère de l’assassinat de JFK tout en se gardant bien de le clamer au grand jour. Ainsi, ces rats de poussière savaient finalement beaucoup plus de choses que le commun des mortels.

Au sein de l’équipe, les tâches sont visiblement bien réparties entre l’informaticienne et l’archiviste : « les archives papier non numérisées restaient la chasse gardée du vieux Kerouac » et le monde numérique lui est étranger. Toutefois, malgré la différence d’âge et de pratique, les agents sont complémentaires et s’entendent plutôt bien.

Toutefois, la direction des archives tronquées n’est pas de tout repos et l’équipe se trouve entraînée dans une enquête délicate qui met en péril la vie des Rats de Poussière. Tous solidaires, ils mènent alors un combat contre un ennemi déterminé. L’archiviste joue un rôle prépondérant dans l’histoire et ses connaissances permettent de progresser. Il lâche d’ailleurs nonchalamment une petite phrase : « c’est fou ce que l’on trouve quand on sait où chercher » et il se lance dans la description des archives de l’administration fiscale.

A son flair, l’archiviste ajoute une bonne maîtrise de la diplomatique et sait dater et comparer des écritures grâce à sa « grande pratique des documents manuscrits ». Il évoque le vieillissement des encres et se montre donc d’une grande aide pour expertiser des documents essentiels : « peu de choses échappaient à l’œil de l’archiviste » finit par écrire l’auteur.

En conclusion et malgré quelques clichés attachés à l’âge canonique de l’archiviste, Laurent Whale accentue l’aspect sanction et poussiéreux des archives pour finalement renverser complètement son regard et montrer un service vivant, soudé, un archiviste indispensable à la résolution de l’enquête.

Je ne vous ai pas parlé de Billy The Kid ? Certes, alors, lisez le livre !!

Sonia Dollinger

Continuons sur notre lancée avec un nouveau thriller aux accents complotistes. Il s’agit cette fois d’un ouvrage de l’auteur américain Robert Ludlum, connu en particulier des fans de cinéma par les adaptations de certains de ses romans consacrés à Jason Bourne. Ce spécialiste des romans d’espionnage est natif du New Jersey où il voit le jour en 1927. Ludlum fait la Seconde Guerre mondiale dans les marines. Tour à tour comédien puis metteur en scène, c’est finalement l’écriture romanesque qui le séduit. Son premier livre d’espionnage, L’Héritage Scarlatti publié en 1971, le consacre immédiatement comme un des maîtres du genre. On lui connait 26 romans d’espionnage avant son décès à Naples en 2001.

L’ouvrage qui nous intéresse ici, Le Manuscrit Chancellor, est publié en 1977 et  pour la première fois en France en 1978 sous le titre L’Homme qui fait trembler l’Amérique. L’action se situe en effet à Washington en 1973 en plein scandale du Watergate. L’homme le plus puissant des Etats-Unis, J. Edgar Hoover meurt d’une apparente crise cardiaque. Le maître du FBI, celui qui faisait trembler les Américains de tous bords grâce aux dossiers qu’il a patiemment constitués sur les personnages les plus puissants du pays, n’est plus. Pourtant, rien n’est résolu, plus de 3000 dossiers Hoover ont disparu et peuvent être exploités à tout moment par un obscur maître chanteur dont les desseins restent mystérieux.

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A cette intrigue complexe, il faut ajouter la mystérieuse organisation qu’est Inver Brass qui semble tirer les ficelles de cette affaire et vouloir récupérer les sulfureux dossiers du défunt Hoover. La mort du directeur du FBI intéresse également l’écrivain à succès Peter Chancellor qui publie régulièrement des best-sellers consacrés à différentes périodes historiques et qui prétend débusquer des complots sous les dessous de l’Histoire. Chancellor, dépressif après la mort accidentelle de sa femme, est très vite aiguillé par une de ses connaissances sur les circonstances de la mort de J. Edgar Hoover qui n’est peut-être finalement pas si naturelle qu’il y parait.

Chancellor est vite pris dans un engrenage infernal et risque sa vie à chaque page. Un roman d’espionnage à l’intrigue touffue et aux rebondissements parfois un tantinet invraisemblables mais qui ne laisse aucun moment de répit au lecteur.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives sont omniprésentes, à commencer par les fameux dossiers secrets de Hoover qui ont en partie disparu. Certains espions se cachent sous de fausses identités comme aux funérailles d’Hoover où l’un d’entre eux est doté d’une carte d’accréditation d’un « imaginaire département des Archives ». Les archives du FBI sont régulièrement convoquées pour vérifier des affirmations ou les identités de certains protagonistes. La mention d’un service de destruction des documents au sein du FBI laisse à penser que tous les dossiers ne parviennent pas jusqu’aux archives et qu’une épuration sévère est pratiquée. D’autres archives ont évidemment été falsifiées pour effacer de l’Histoire des manœuvres qui ne sont pas à la gloire des Etats-Unis. C’est le cas des archives militaires et des archives de certains hôpitaux. Le héros, Peter Chancellor se rend même dans un immense centre d’archives en Virginie où l’on ne pénètre que muni d’une accréditation. De nombreux dossiers sont microfilmés et en théorie non empruntables mais les règles ne sont évidemment pas toujours respectées, ce qui occasionne la disparition de données sensibles.

Pourtant, la simple disparition des archives est déjà l’indice que quelque chose cloche et donne bien sûr aux protagonistes l’envie d’en savoir davantage.

Quand on peut consulter les archives, on soulève parfois les dessous des cartes mais quand elles manquent à l’appel de manière trop flagrante, c’est encore plus intrigant. A vous de voir si vous voulez vous emparer de ce complot.

Sonia Dollinger