Articles Tagués ‘fantasy’

Shadow and Bone : La Saga Grisha est une série télévisée de fantasy américaine diffusée en 2021 sur la plateforme Netflix. Créée et produite par Eric Heisserer, connu pour les films Bird Box et Premier Contact, elle est une libre adaptation d’une série littéraire pour jeunes adulteq, publiée depuis 2013 et écrite par Leigh Bardugo.

Quelle est l’histoire ?

Le royaume de Ravka est divisé depuis plusieurs siècles par le Fold, une brume ténébreuse emplie de monstres, érigée par l’Héritier des Ténèbres. Nous suivons Alina Starkov, une orpheline métisse, cartographe dans l’armée, qui va se découvrir le pouvoir d’invocation de lumière, un pouvoir légendaire qui permettrait de faire disparaître le Fold, faisant d’elle une Grisha, une sorcière. Alina va se retrouver alors au milieu d’une guerre d’influence et de pouvoir, dont elle ne sortira pas indemne.

Et les archives dans tout ça ??

Alors qu’Alina se trouve au Little Palace, le palais annexe de la capitale du royaume, réservé aux Grishas (les sorciers), un dirigeant de casino, Kaz, grâce à l’aide de deux comparses projette de l’enlever dans le cadre d’un contrat. Leur première solution pour pénétrer dans le Little Palace n’étant plus viable, Kaz doit trouver un second plan. La situation se corse d’autant plus qu’une fête gigantesque « la Fête des neiges » doit s’y dérouler, sous haute surveillance. Kaz trouve néanmoins une alternative. Il suffit de voler les plans du palais, conservés aux archives de Kribirsk pour trouver un moyen d’entrer et de sortir. Ils décident donc de mener un casse aux archives royales.

Le bazar des Archives

Kaz se fait passer pour M. Ivanovski, un sculpteur mandaté pour des réalisations exposés lors de la Fête des Neiges. Il argue avoir besoin des tailles des portes du Little Palace, pour éviter que les statues ne passent pas l’encadrement. L’archiviste, un quadra peu enthousiaste aux petites lunettes et au costume élimé, se plaint de cette Fête qui lui vaut de sortir les plans chaque jour.

l’archiviste circonspect face à l’accoutrement de Kaz

Mais l’objectif n’est pas de récupérer le plan lors de sa communication. En insérant discrètement un dispositif de traçage au phosphore sur l’archiviste, Kaz souhaite localiser le lieu exact de conservation des plans. Le soir venu, Inej, l’acolyte de Kaz, doit se faufiler pour localiser et copier les plans. Pourquoi ne pas simplement les voler ? Les plans étant utilisés quotidiennement, leur disparition serait remarquée et lancerait une alerte de sécurité. Le casse, malgré une petite frayeur, se déroule bien, déjouant les dispositifs de sécurité mis en place.

Un peu plus tard dans la série, on découvre les quelques heures qui ont précédé la création du Fold. L’Héritier Noir est alors traqué, ainsi que tous les Grishas. Ce dernier, cherchant un moyen d’augmenter sa puissance pour défendre les Grishas, souhaite créer une armée magique grâce aux invocations du premier des Grishas. Sachant que les journaux de ce puissant sorcier sont aux archives, l’Héritier fouille les lieux afin de les trouver. Il est difficile d’appeler ça « archives », contrairement aux archives royales vues précédemment, il s’agit ici d’un lieu de stockage en vrac, où les caisses ouvertes occupent les tables. L’Héritier après une longue fouille finira cependant par trouver ce qu’il cherche au fond d’une caisse.

Le mystique journal du premier des Grishas

Malgré un personnage d’archiviste assez cliché, renvoyant l’mage d’un tâcheron blasé, les archives sont valorisées. Elles sont, comme souvent, le lieu de dénouement des situations, lieu de savoir et donc lieu de pouvoir, mais lieu mystique à l’accès difficile, bien gardé ou bordélique.

Marc Scaglione

GreedFall est un jeu vidéo sorti en 2019 sur PC, Xbox One et PS4. De type Action RPG, il est développé par le studio français Spiders (Le Testament de Sherlock Holmes, of Orcs and Men, The Technomancer) et édité par Focus Home Interactive.

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Quelle est l’histoire ?

L’intrigue prend place dans un monde de fantasy semblable à l’Europe du XVIIe siècle. Les nations continentales ont découvert un nouveau monde : une île gigantesque et pleine de nouvelles promesses nommée Teer Fradee. Vous incarnez De Sardet, légat de la neutre Congrégation marchande (un équivalent de la Hanse), envoyé à la colonie de Nouvelle-Sérène pour assister votre cousin, Constantin d’Orsay, le nouveau gouverneur. Vous débarquez dans une situation tendue et vous devrez faire œuvre de diplomatie avec les natifs, qui ne voient pas les colons d’un bon œil, et les colonies de vos nations alliées mais néanmoins antagonistes entre elles : la théocratique Thélème et la scientifique Alliance du Pont. En plus de cela, vous partez en quête d’un remède à la malichor, une maladie qui fait des ravages sur tout le continent. Bienvenue sur Teer Fradee, légat !

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Bonjour, on est les gentils colons…

Et les archives dans tout ça ??

Les archives apparaissent aux détours de quelques missions du jeu.

Lors de vos différents échanges avec les Natifs, vous découvrez des ruines de ville, des ruines trop anciennes pour avoir été construites par une des nations alliées depuis la découverte de l’île quinze ans plus tôt. Les Natifs ont un système d’écriture réservé aux sages et non accessible aux étrangers. Vous ne pouvez que faire appel à la mémoire orale et aux fresques dessinées sur les ruines. Vous décidez néanmoins de fouiller plus avant les ruines, qui sont taboues pour les locaux. Vous trouvez finalement les restes abîmés d’un journal intime qui raconte la peur alors que la colonie est en train de tomber sous les assauts des Gardiens, des créatures protégeant l’île. Il reste un sceau visible et vous reconnaissez après étude, le sceau de la Congrégation marchande, sous sa forme vieille de deux siècles. Honteux d’avoir perdu, la Congrégation a gardé l’existence de l’île secrète des siècles durant. Ecrits du for privé et sigillographie sont donc primordiaux pour mieux comprendre l’histoire de ce monde.

Lors d’une mission annexe, un de vos compagnons, le capitaine Vasco vous demande de l’aide. Vasco est en effet membre de la corporation des Nautes. Cette corporation de marins détient le monopole quasi exclusif de la navigation grâce à des techniques avancées. Ses membres sont soit des engagés volontaires (ce qui reste rare), soit des enfants nés à bord des bateaux ou encore des enfants donnés pour résoudre des conflits : on dit alors qu’ils sont mer-donnés. Vasco est un de ceux-là et n’a jamais connu ses parents. Il souhaitait consulter son dossier personnel qui comporte le nom de ses parents biologiques mais il lui faut pour ça atteindre le grade d’amiral. Vu ses derniers échanges houleux avec sa hiérarchie, il doute de jamais atteindre ce grade et vous demande de l’aide pour voler son dossier. Archives et quête d’identité sont des concepts souvent liés et qui trouve ici une nouvelle illustration.

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Capitaine Vasco en quête de son dossier

Enfin, vous êtes appelé à résoudre un conflit entre un clan de natifs et la Congrégation marchande. L’enjeu est une concession de terrain faite pour une exploitation forestière qui s’est transformée en mine, ce qui va à l’encontre de la volonté des natifs. Vous exigez des explications du marchand concessionnaire qui vous envoie poliment voir ailleurs, vous disant que tout est en ordre. Vous allez donc fouiller dans les archives du Gouvernorat de Nouvelle-Sérène, puisque tous les actes de ce genre doivent être approuvés par le Gouverneur. Vous descendez dans le sous-sol du Palais et vous découvrez la salle des archives. Un bureau, des jolis rayonnages de bois, mais pas de personnel, et des archives jonchant le sol. On peut se dire que la colonie étant encore jeune et en développement, ils n’ont pas encore de personnel compétent. Ou que le studio n’a tout simplement pas voulu s’embêter à coder un archiviste. Qu’importe De Sardet trouve, grâce à la magie des jeux vidéos, le contrat mais étranger au charabia juridique, doit faire appel au précédent gouverneur, Mme de Morange pour comprendre l’acte.

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Les archives du gouvernorat

Pas d’administration sans archives, pas de droit sans archives, mais des archives qui nécessitent toujours un petit décryptage !

GreedFall offre donc un panel intéressant mais discret du monde des archives et de leur intérêt.

Marc Scaglione

L’Eveil du Vif-Argent est le premier volume de la trilogie du Vif-Argent, œuvre de genre fantasy. Signé par l’écrivain britannique Stan Nicholls, célèbre pour sa série Orcs, ce tome est publié en version française par Bragelonne en 2004. En avril 2010, paraît l’intégrale incluant, L’Eveil du Vif-Argent, le Zenith du Vif-Argent et le Crépuscule du Vif-Argent.

Quelle est l’histoire ?

Nous suivons Reeth Caldason, hors-la-loi célèbre et survivant du génocide des Qaldochiens, dans sa quête. Victime d’une malédiction qui le met parfois dans un état de rage incontrôlable, il erre à la recherche d’un mage qui pourra le guérir. Son chemin au travers du royaume de Bhealfa, état satellite fantoche de l’Empire de Gath Tampoor, le fera rencontrer Kutch Pirathon apprenti magicien et le poussera dans les bras de la Résistance.

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Et les archives dans tout ça ??

Reeth Caldason atterrit dans la capitale administrative de Bhealfa, la cité de Valdarr. Il y rencontre Phénix, mage puissant engagé dans la Résistance. Ce dernier lui indique que la solution à son problème est un artefact magique qui est dans le viseur de son organisation. Il propose à Reeth de participer à l’expédition en échange de son engagement dans la Résistance à l’oppresseur : Gath Tampoor. On lui donne alors pour mission d’entraîner une unité de combat.

Quelques mois plus tard, le Conseil de la Résistance décide de donner un objectif à cette unité de combat. Karr le patricien, membre du Conseil, dévoile son point de vue : « Ce que nous oublions au sujet de Gath Tampoor et de Rintarah [empire rival de Gath Tampoor ndlr], c’est que malgré leur puissance militaire et économique, à la base, ce sont des bureaucraties » avant de renchérir « Tous les Etats existant sont construits sur des montagnes de papier ». Reeth se demande l’intérêt d’attaquer les « gratte-papier ». « Tout dépend du genre de papier qu’ils grattent » répond un membre du Conseil. La Résistance vise les archives secrètes qui regroupent notamment les dossiers sur les dissidents et décide d’intervenir le jour de la Fête de la Libération, jour férié durant lequel les archives seront vides de tout personnel. L’attaque est audacieuse mais extrêmement risquée. Par conséquent, les résistants ne voleront pas les archives, ils les détruiront.

La mission s’avère en effet risquée. L’équipe réussit à éviter les pièges, tout en tuant la bête sauvage qui gardait les lieux. Arrivés dans la salle de conservation des archives, ils sont subjugués « l’immensité de la salle les frappa de plein fouet. Les étagères et leur contenu les cernaient de toutes parts, si hautes que par un effet de perspective, elles semblaient presque se rejoindre au-dessus de leur tête. » Reeth en dispersant l’huile inflammable sur les dossiers, découvre le sien. Mais les pages sont arrachées.

Pendant ce temps, les autorités arrêtent par hasard l’employé des archives qui a vendu les informations à la Résistance. Pour s’assurer de la « sécurité nationale » « étant donné l’importance du département secret des archives », les paladins envoient une équipe sur le champ mais arrivent trop tard pour empêcher le feu de se déclarer et d’embraser le bâtiment. La mission est une réussite.

Pouvoir des archives, archives du pouvoir, ce récit est symptomatique des enjeux de l’information entre un Etat et un mouvement clandestin.

Marc Scaglione

 

Gagner la guerre est le premier roman de l’auteur Jean-Philippe Jaworski qui s’est auparavant illustré dans les jeux de rôle et les nouvelles de fantasy. Cet ouvrage, sorti en 2009 chez Les Moutons Électriques, est récompensé par le Prix Imaginales du roman francophone au Festival d’Epinal. Gagner la guerre est également disponible en édition folio. Je profite de l’occasion qui m’est donnée pour remercier Justine, libraire chez Decitre Confluences qui m’a conseillé cette lecture passionnante.

Quelle est l’histoire ?

Gagner_la_guerreGagner la guerre est le récit du parcours de Don Benvenuto Gesufal, un spadassin aux ordres du podestat Leonide Ducatore qui dirige la République à coup d’intrigues et d’assassinats. Lorsque Benvenuto tue le fils d’un des rivaux de Ducatore, la guerre est déclarée entre les familles et Benvenuto n’a d’autre choix que de s’exiler loin de Ciudalia, la capitale de la République, pour faire oublier ses méfaits. Jaworski présente un univers proche du nôtre, la République de Ciudalia rappelant les intrigues vénitiennes mais le Vieux Royaume ressemble également au monde de Tolkien par moments puisqu’il est peuplé d’Elfes et de magiciens plus ou moins bienveillants. Le récit est à la première personne puisqu’il s’agit du point de vue de Don Benvenuto.

Et les archives dans tout ça ??

La notion d’archives est présente à deux reprises au moins et transparaît tout au long du texte à travers le souci de Benvenuto Gesufal de laisser son témoignage sur ses agissements et sur ces temps troublés que vit la République. Lorsque Benvenuto est en exil à Bourg-Preux, l’une de ses préoccupations est de continuer à coucher son récit sur parchemin et donc de s’en procurer sans trop attirer l’attention. Sachant combien la République est faite de faux-semblants et de mensonges d’Etat, Gesufal tient à ce que sa vision des choses soit consignée et mesure en même temps le danger de sa démarche car son texte viendra sans nul doute contredire les versions officielles de l’Histoire. L’auteur montre ainsi combien croiser les sources est important et combien la préservation des archives du for privé l’est également tant il est vrai qu’elles complètent utilement les archives administratives, quitte à les contredire.

La deuxième mention des archives est le fait du magicien Sassanos qui est, comme Benvenuto Gesufal au service du Podestat. Il a pour ennemie jurée une magicienne de grand talent qui évolue, pour sa part, au sein du clan rival des Mastiggia. Pour mieux comprendre à quel adversaire il se frotte, Sassanos se rend dans « les archives du Palais curial » pour consulter les documents rédigés par un certain Don Lusinga. Intrigué, il note que l’homme utilise des formules désuètes qui dénote de son appartenance à une époque ancienne. Sassanos, sans le savoir, pratique donc la diplomatique, qui lui permet de dater les documents et de comprendre à quelle époque ils se rattachent grâce aux formules utilisées ainsi qu’en étudiant la graphie du rédacteur. Enfin, Sassanos évoque la richesse incommensurable de la Grande Bibliothèque d’Elyssa qui contient non seulement tous les ouvrages des peuples disparus mais aussi « les archives du duc de Bromael », mélangeant ainsi ouvrages et documents d’archives dans un même lieu.

Gagner la Guerre montre donc combien les archives et notamment les témoignages issus du for privé, sont importantes pour une connaissance approfondie d’une époque et des faits marquants qui s’y sont déroulés. L’auteur offre aussi un bel exercice de critique des sources.

Sonia Dollinger

Tout d’abord, quelques mots sur Pierre Bordage, auteur vendéen prolifique d’œuvres de science fiction et fantasy. Je l’ai découvert en lisant Les Fables de L’Humpur (1999).

Une sacrée claque, et son empreinte restera, pour ma part, plus forte encore que celle laissée par Une Planète des singes de Pierre Boulle, ce monstre sacré du genre né en 1963. Ce qui m’a conquise, ce sont à la fois son style d’écriture, son souffle humaniste, et ses inspirations et références mythologiques.

Les Chroniques des Ombres constituent une œuvre multimédia, dotée d’une double date de naissance.

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2008 : en tant que série audiovisuelle – une « B.D.-vidéo » sous format mp3 – en 36 épisodes.
Malheureusement, les sites de l’éditeur et de la série sont morts ; la bande – annonce (épisode 1 ?) est disponible ici .
2013 : en tant que roman sous format papier, aux éditions Au Diable Vauvert, sur laquelle je me base pour cet article (réédition chez J’ai lu en 2015)

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Il est grand temps d’en aborder le contenu narratif – et archivistique, bien sûr !Une guerre nucléaire a ravagé la planète, et créé un monde à deux vitesses. Une frange de la population, les happy few, vivent en vase clos dans des mégalopoles high-tech, les Cités Unifiées, et ne manquent de rien. La plus importante de ces havres d’abondance et de technologie est NyLoPa (New-York-Londres-Paris). Ses citoyens sont tous munis de puces renseignant leur identité et permettant de se connecter à un réseau de télécommunication et d’informations. Parmi eux figurent les Fouineurs, un corps d’élite de militaires-enquêteurs redouté et bien souvent détesté par la plupart des autres habitants. Le reste de l’humanité, les « horcites », est plus ou moins revenu à un état primal, où la violence fait loi. Des clans se disputent le contrôle du peu de ressources et de connaissances qui ont réchappé au désastre climatique et génétique engendré par les impacts des bombes.

Et les archives, dans tout ça ??

Revenons-en à nos Superflics 2.0. Ceux-ci disposent d’armements sophistiqués, et surtout
bénéficient d’améliorations cognitives et physiques et d’accès spéciaux à des canaux et données sensibles via leurs biopuces. Ils interrogent les bases de données et leurs statistiques, qui les renseignent sur l’ensemble des 114 millions habitants de NyLoPa : identité(s), fréquentations, affiliations politiques et religieuses, dossiers médicaux…

Les Archivistes 2.0, quant à eux, sont des « ordinateurs équipés de processeurs hyper puissants capable de décrypter des domaines protégés, et de classer les résultats obtenus par taux de probabilités« . Ces machines sont dotés d’une Intelligence Artificielle limitée, comparable à celles que nous connaissons, et n’impressionnent que par leurs capacités de stockage et de traitement des données et requêtes.

Non, l’artefact ultime reste « incarné » par le prototype de biopuce portée par l’un des héros de ce roman. Même la « Batechnology » issue des laboratoires de développement secrets de Wayne Industries, fait pâle figure auprès de ces engins miniaturisés conçus pour le dopage (sur)humain et le craquage de données à caractère personnel !

Duna.