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L’Eveil du Vif-Argent est le premier volume de la trilogie du Vif-Argent, œuvre de genre fantasy. Signé par l’écrivain britannique Stan Nicholls, célèbre pour sa série Orcs, ce tome est publié en version française par Bragelonne en 2004. En avril 2010, paraît l’intégrale incluant, L’Eveil du Vif-Argent, le Zenith du Vif-Argent et le Crépuscule du Vif-Argent.

Quelle est l’histoire ?

Nous suivons Reeth Caldason, hors-la-loi célèbre et survivant du génocide des Qaldochiens, dans sa quête. Victime d’une malédiction qui le met parfois dans un état de rage incontrôlable, il erre à la recherche d’un mage qui pourra le guérir. Son chemin au travers du royaume de Bhealfa, état satellite fantoche de l’Empire de Gath Tampoor, le fera rencontrer Kutch Pirathon apprenti magicien et le poussera dans les bras de la Résistance.

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Et les archives dans tout ça ??

Reeth Caldason atterrit dans la capitale administrative de Bhealfa, la cité de Valdarr. Il y rencontre Phénix, mage puissant engagé dans la Résistance. Ce dernier lui indique que la solution à son problème est un artefact magique qui est dans le viseur de son organisation. Il propose à Reeth de participer à l’expédition en échange de son engagement dans la Résistance à l’oppresseur : Gath Tampoor. On lui donne alors pour mission d’entraîner une unité de combat.

Quelques mois plus tard, le Conseil de la Résistance décide de donner un objectif à cette unité de combat. Karr le patricien, membre du Conseil, dévoile son point de vue : « Ce que nous oublions au sujet de Gath Tampoor et de Rintarah [empire rival de Gath Tampoor ndlr], c’est que malgré leur puissance militaire et économique, à la base, ce sont des bureaucraties » avant de renchérir « Tous les Etats existant sont construits sur des montagnes de papier ». Reeth se demande l’intérêt d’attaquer les « gratte-papier ». « Tout dépend du genre de papier qu’ils grattent » répond un membre du Conseil. La Résistance vise les archives secrètes qui regroupent notamment les dossiers sur les dissidents et décide d’intervenir le jour de la Fête de la Libération, jour férié durant lequel les archives seront vides de tout personnel. L’attaque est audacieuse mais extrêmement risquée. Par conséquent, les résistants ne voleront pas les archives, ils les détruiront.

La mission s’avère en effet risquée. L’équipe réussit à éviter les pièges, tout en tuant la bête sauvage qui gardait les lieux. Arrivés dans la salle de conservation des archives, ils sont subjugués « l’immensité de la salle les frappa de plein fouet. Les étagères et leur contenu les cernaient de toutes parts, si hautes que par un effet de perspective, elles semblaient presque se rejoindre au-dessus de leur tête. » Reeth en dispersant l’huile inflammable sur les dossiers, découvre le sien. Mais les pages sont arrachées.

Pendant ce temps, les autorités arrêtent par hasard l’employé des archives qui a vendu les informations à la Résistance. Pour s’assurer de la « sécurité nationale » « étant donné l’importance du département secret des archives », les paladins envoient une équipe sur le champ mais arrivent trop tard pour empêcher le feu de se déclarer et d’embraser le bâtiment. La mission est une réussite.

Pouvoir des archives, archives du pouvoir, ce récit est symptomatique des enjeux de l’information entre un Etat et un mouvement clandestin.

Marc Scaglione

 

Gagner la guerre est le premier roman de l’auteur Jean-Philippe Jaworski qui s’est auparavant illustré dans les jeux de rôle et les nouvelles de fantasy. Cet ouvrage, sorti en 2009 chez Les Moutons Électriques, est récompensé par le Prix Imaginales du roman francophone au Festival d’Epinal. Gagner la guerre est également disponible en édition folio. Je profite de l’occasion qui m’est donnée pour remercier Justine, libraire chez Decitre Confluences qui m’a conseillé cette lecture passionnante.

Quelle est l’histoire ?

Gagner_la_guerreGagner la guerre est le récit du parcours de Don Benvenuto Gesufal, un spadassin aux ordres du podestat Leonide Ducatore qui dirige la République à coup d’intrigues et d’assassinats. Lorsque Benvenuto tue le fils d’un des rivaux de Ducatore, la guerre est déclarée entre les familles et Benvenuto n’a d’autre choix que de s’exiler loin de Ciudalia, la capitale de la République, pour faire oublier ses méfaits. Jaworski présente un univers proche du nôtre, la République de Ciudalia rappelant les intrigues vénitiennes mais le Vieux Royaume ressemble également au monde de Tolkien par moments puisqu’il est peuplé d’Elfes et de magiciens plus ou moins bienveillants. Le récit est à la première personne puisqu’il s’agit du point de vue de Don Benvenuto.

Et les archives dans tout ça ??

La notion d’archives est présente à deux reprises au moins et transparaît tout au long du texte à travers le souci de Benvenuto Gesufal de laisser son témoignage sur ses agissements et sur ces temps troublés que vit la République. Lorsque Benvenuto est en exil à Bourg-Preux, l’une de ses préoccupations est de continuer à coucher son récit sur parchemin et donc de s’en procurer sans trop attirer l’attention. Sachant combien la République est faite de faux-semblants et de mensonges d’Etat, Gesufal tient à ce que sa vision des choses soit consignée et mesure en même temps le danger de sa démarche car son texte viendra sans nul doute contredire les versions officielles de l’Histoire. L’auteur montre ainsi combien croiser les sources est important et combien la préservation des archives du for privé l’est également tant il est vrai qu’elles complètent utilement les archives administratives, quitte à les contredire.

La deuxième mention des archives est le fait du magicien Sassanos qui est, comme Benvenuto Gesufal au service du Podestat. Il a pour ennemie jurée une magicienne de grand talent qui évolue, pour sa part, au sein du clan rival des Mastiggia. Pour mieux comprendre à quel adversaire il se frotte, Sassanos se rend dans « les archives du Palais curial » pour consulter les documents rédigés par un certain Don Lusinga. Intrigué, il note que l’homme utilise des formules désuètes qui dénote de son appartenance à une époque ancienne. Sassanos, sans le savoir, pratique donc la diplomatique, qui lui permet de dater les documents et de comprendre à quelle époque ils se rattachent grâce aux formules utilisées ainsi qu’en étudiant la graphie du rédacteur. Enfin, Sassanos évoque la richesse incommensurable de la Grande Bibliothèque d’Elyssa qui contient non seulement tous les ouvrages des peuples disparus mais aussi « les archives du duc de Bromael », mélangeant ainsi ouvrages et documents d’archives dans un même lieu.

Gagner la Guerre montre donc combien les archives et notamment les témoignages issus du for privé, sont importantes pour une connaissance approfondie d’une époque et des faits marquants qui s’y sont déroulés. L’auteur offre aussi un bel exercice de critique des sources.

Sonia Dollinger

Tout d’abord, quelques mots sur Pierre Bordage, auteur vendéen prolifique d’œuvres de science fiction et fantasy. Je l’ai découvert en lisant Les Fables de L’Humpur (1999).

Une sacrée claque, et son empreinte restera, pour ma part, plus forte encore que celle laissée par Une Planète des singes de Pierre Boulle, ce monstre sacré du genre né en 1963. Ce qui m’a conquise, ce sont à la fois son style d’écriture, son souffle humaniste, et ses inspirations et références mythologiques.

Les Chroniques des Ombres constituent une œuvre multimédia, dotée d’une double date de naissance.

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2008 : en tant que série audiovisuelle – une « B.D.-vidéo » sous format mp3 – en 36 épisodes.
Malheureusement, les sites de l’éditeur et de la série sont morts ; la bande – annonce (épisode 1 ?) est disponible ici .
2013 : en tant que roman sous format papier, aux éditions Au Diable Vauvert, sur laquelle je me base pour cet article (réédition chez J’ai lu en 2015)

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Il est grand temps d’en aborder le contenu narratif – et archivistique, bien sûr !Une guerre nucléaire a ravagé la planète, et créé un monde à deux vitesses. Une frange de la population, les happy few, vivent en vase clos dans des mégalopoles high-tech, les Cités Unifiées, et ne manquent de rien. La plus importante de ces havres d’abondance et de technologie est NyLoPa (New-York-Londres-Paris). Ses citoyens sont tous munis de puces renseignant leur identité et permettant de se connecter à un réseau de télécommunication et d’informations. Parmi eux figurent les Fouineurs, un corps d’élite de militaires-enquêteurs redouté et bien souvent détesté par la plupart des autres habitants. Le reste de l’humanité, les « horcites », est plus ou moins revenu à un état primal, où la violence fait loi. Des clans se disputent le contrôle du peu de ressources et de connaissances qui ont réchappé au désastre climatique et génétique engendré par les impacts des bombes.

Et les archives, dans tout ça ??

Revenons-en à nos Superflics 2.0. Ceux-ci disposent d’armements sophistiqués, et surtout
bénéficient d’améliorations cognitives et physiques et d’accès spéciaux à des canaux et données sensibles via leurs biopuces. Ils interrogent les bases de données et leurs statistiques, qui les renseignent sur l’ensemble des 114 millions habitants de NyLoPa : identité(s), fréquentations, affiliations politiques et religieuses, dossiers médicaux…

Les Archivistes 2.0, quant à eux, sont des « ordinateurs équipés de processeurs hyper puissants capable de décrypter des domaines protégés, et de classer les résultats obtenus par taux de probabilités« . Ces machines sont dotés d’une Intelligence Artificielle limitée, comparable à celles que nous connaissons, et n’impressionnent que par leurs capacités de stockage et de traitement des données et requêtes.

Non, l’artefact ultime reste « incarné » par le prototype de biopuce portée par l’un des héros de ce roman. Même la « Batechnology » issue des laboratoires de développement secrets de Wayne Industries, fait pâle figure auprès de ces engins miniaturisés conçus pour le dopage (sur)humain et le craquage de données à caractère personnel !

Duna.

Les Cités des Anciens est une oeuvre de Robin Hobb qui se situe dans un univers bien connu de ses lecteurs puisque plusieurs de ses récits s’y déroulent, notamment l’Assassin Royal ou encore Les Aventuriers de la mer.

Le récit commence avec l’éclosion des dragons avec l’aide des les Marchands des pluies en échange de la protection de Tintaglia qui pourrait bien être la dernière des grands Dragons des temps anciens. Cependant, au moment de leur éclosion, les dragons ont un gros souci : ils sont tous difformes, aucun ne peut voler, certains meurent et les autres ne parviennent pas à subvenir à leurs besoins sans la protection des humains. Excédés par ces dragons chétifs mais acariâtres, les Marchands décident de les éloigner et de payer des jeunes gardiens pour les escorter jusqu’à l’antique cité de Kelsingra. Les gardiens ont bien du mal à canaliser les dragons et sont escortés par une jeune femme mal mariée, Alise Kincarron Finbok. Cette dernière est passionnée par les dragons, elle décide donc d’utiliser la fortune de son irascible conjoint pour étudier ces créatures à travers les archives et en se rendant au milieu d’elles.

Et les archives dans tout ça ??

Cités_des_anciens_Robin_HobbPour étudier les dragons, Alise Kincarron cherche à glaner tous les documents possibles qui pourraient lui permettre d’en savoir davantage sur ces créatures dont on sait finalement peu de choses. En effet, « les manuscrits les plus anciens étaient des antiquités découvertes dans ces cités, rédigées dans un alphabet et une langue que nul ne lisait ni ne parlait ; nombre des parchemins les plus récents renfermaient des tentatives de traductions hasardeuses et les pires ne donnaient à lire que des spéculations échevelées. » Ces quelques lignes montrent bien que détenir un document n’est pas forcément avoir accès à son contenu. Une traduction erronée ou une transcription partielle peut conduire à de fausses pistes et emmener le chercheur sur des hypothèses totalement fausses. Les seules possibilités d’y remédier sont de revenir à la source originelle et de détenir les clefs qui permettent de déchiffrer des textes. Sans cela, tout n’est que spéculation comme l’écrit Robin Hobb. Alise, en bonne historienne, sait d’ailleurs utiliser la méthode comparative et progresser ainsi dans la connaissance de ces manuscrits abscons. Alise est une passionnée et son mari la séduit d’ailleurs en lui offrant des archives, une méthode peu banale !

Toutefois, Alise est parfois victime de spéculateurs qui lui vendent des documents à prix d’or ou des manuscrits falsifiés qui sont bien moins anciens qu’il n’y paraît. Outre qu’on peut déplorer le morcellement des fonds concernant les dragons, cela nous permet de nous souvenir de l’utilité de la diplomatique et de la nécessité de questionner la forme et le fond d’un document pour tenter de savoir s’il est authentique ou si nous sommes au devant d’un faux, certains d’entre eux, comme tout archiviste le sait, ayant changé la face de l’histoire comme la pseudo-donation de Constantin.

L’auteur fait ensuite une description peu réjouissante de l’état des documents : « ceux qui contenaient des illustrations étaient souvent tachés ou déchirés, ou bien les insectes et les champignons avaient dévoré les encres et le vélin. » En une phrase, Robin Hobb décrit les fléaux dont sont victimes les archives, qu’ils soient nés de la négligence des humains ou de l’action animale. Laisser les documents se dégrader est nous condamner à en perdre le contenu et donc se priver d’une part de savoir. Hélas, souvent, le public en a conscience quand il est déjà bien tard. Plus loin dans le récit, Hobb insiste sur les précautions employées par Alise pour éviter de trop manipuler un manuscrit ancien et fragile qu’elle garde « dans un écrin en bois de rose, fermé par une plaque en verre et garni de soie dans lequel elle exposait le manuscrit, à l’abri de tout contact. Elle évitait de le manipuler autant que possible (…) quand elle devait le consulter, elle se référait à la copie scrupuleuse qu’elle avait faite du précieux document.« On voit combien Alise est sensible à la bonne conservation de ses archives.

Les connaissances d’Alise lui permettent d’ailleurs d’évoquer la cité des Anciens, celle de Kelsingra que les dragons cherchent à rejoindre. Dans cette cité, Alise mentionne une tour et un édifice de première importance : la citadelle des Archives qui « accueillait en ses murs des Anciens et des dragons ». C’est grâce à ses manuscrits qu’Alise peut déterminer à peu près l’emplacement de cette ancienne cité.

Les archives administratives sont également mentionnées dans ce récit, à l’occasion de la signature des contrats présidant au mariage d’Alise et Hest, destinés à être « roulés et remisés dans les archives de la Salle » – mais bon sang, par pitié, arrêtez de rouler vos parchemins ! Robin Hobb évoque ici l’utilité première des archives : elles servent de preuve en cas de litige entre les époux ou les familles. Tous les contrats sont précieusement conservés dans des archives, quelle que soit la cité où l’on se trouve, comme celui qui lie Alise aux Marchands, déposé aux Archives du conseil du désert des Pluies. L’aspect juridique des archives apparaît donc primordial dans l’oeuvre de Robin Hobb.

Ainsi, dans ce récit, les finalités des archives sont particulièrement bien définies par Robin Hobb : les archives sont conservées dans un but juridique dans les administrations des différents lieux évoquées mais elles sont aussi rassemblées et étudiées dans un but historique et utilitaire puisque leur étude doit mener les dragons à leur ancienne cité. Vous avez dit archives essentielles ?

Sonia Dollinger