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Hex est un roman fantastique de l’écrivain néerlandais Thomas Olde Heuvelt. Il s’agit de son premier livre sorti en France, traduit par Benoît Domis à partir de la traduction anglaise. Le livre existe en deux éditions : le grand format chez Bragelonne en 2017 et la version poche chez Le livre de Poche en 2019.

Quelle est l’histoire ?

Black Spring semble à première venue une petite ville américaine simple de l’Hudson. Mais cette bourgade, à l’apparence calme, a un secret : elle est hantée par une sorcière dont les yeux et la bouche ont été cousus. Elle rôde dans les rues et entre à sa guise chez les gens. Gare à ceux qui la touchent ou écoutent ses chuchotements. En outre, toute personne dormant à Black Spring devient un de ses habitants : il ne peut plus désormais quitter la ville plus de quelques jours, sous peine d’être assailli de violentes pulsions suicidaires. Pour conserver le secret absolu, des règles strictes sont observées. Mais un groupe d’adolescents cherche à lever la malédiction qui pèse sur eux, non sans conséquences…

Et les archives dans tout ça ?

Hex est le nom de la brigade chargée de la surveillance de la sorcière et de la dissimulation de sa présence au monde extérieur, sous la responsabilité de Robert Grim. Toutes les mentions d’archives, multiples dans le roman, sont du fait de l’Hex.

Lorsqu’un nouveau couple s’installe à Black Spring, malgré les avertissements et les contre-propositions de l’Hex, celui-ci finit par rencontrer la sorcière. Elle se tenait au pied de leur lit durant un instant intime. Horrifiés, ils quittent précipitamment leur maison et sont repérés par le réseau de caméra de surveillance de l’Hex, qui les prend en charge. C’est à ce moment que le lecteur découvre avec, ce couple, l’histoire de la sorcière. Mais il ne s’agit pas d’un mythe ou d’une légende, il s’agit d’une histoire reconstruite grâce aux sources, le narrateur se réfère systématiquement aux sources, indiquant que ces faits ci ou ces faits là se trouvent « dans les archives ».

Archives que l’Hex conservent. Outre toute la documentation sur l’histoire de la sorcière, cette unité créée à la fin du XIXe siècle, possède une salle dédiée dans son quartier général « où ils gardaient soigneusement vidéos et microfilms ». Et des vidéos, ils en ont un certain nombre. En effet, toute la ville est sous vidéosurveillance. Lorsque le nouveau couple met en doute la véracité des propos tenus par l’Hex, leur demandant s’ils ont une vidéo pour le prouver, Robert Grim répond ceci « nos archives numériques contiennent plus de quarante mille heures de prises de vue (…) Nous gardons les images dix ans, avant de les jeter. Cela devient vite ennuyeux. » Ces images sont conservées sur une longue durée mais pas éternellement, permettant de faire des recherches au cas où. Ces vidéos ont parfois un but didactique. Ainsi en 1967, des chercheurs ont tenté d’ouvrir la bouche et les yeux de la sorcière. Une fois le premier fil de la bouche coupée, l’expérience tourne au drame, les scientifiques se suicidant devant la caméra. Cette vidéo est utilisée pour instruire et traumatiser les enfants afin de leur apprendre les règles à observer dans la communauté de Black Spring et au dehors.

Enfin, outre les documents et les images, l’Hex conserve les échantillons de tout événement suspecté d’être lié à la sorcière. Ainsi lorsque John Blanchard, un éleveur, apporte à l’Hex le cadavre d’un agneau à deux têtes. Robert Grim demande à ce qu’il soit examiné par le médecin avant d’être mis au formol et placé « aux archives avec le reste des spécimens ».

Ainsi l’Hex chargé de surveiller et d’endiguer autant que possible la sorcière doit connaître la menace. Les archives sont la logique trace de ce travail, la bonne information étant la base d’une bonne stratégie.

Marc Scaglione

Le maitre de l’horreur est à l’honneur pour ce billet puisqu’il s’agit d’évoquer Shining (The Shining en version originale) de Stephen King. Si Shining n’est pas le premier ouvrage de l’auteur originaire du Maine, ce livre le pose comme une figure emblématique du genre fantastique voire du roman d’horreur.

L’ouvrage est publié en 1977. Pour la première fois, Stephen King n’évoque pas son Maine natal dans un de ses romans. La légende veut qu’il ait pointé son doigt au hasard sur une carte des États-Unis et le hasard l’entraine à Boulder au Colorado où King passe un an à écrire, ce qui deviendra l’un de ses best-sellers. C’est apparemment assailli par des visions fantasmatiques dans un hôtel où il séjournait que King a l’idée d’écrire ce huis-clos oppressant dont l’hôtel Overlook est l’un des personnages principaux.

On trouve dans cette œuvre des thématiques qui sont chères à Stephen King : la prescience dont sont capables les enfants qui perçoivent des choses que les adultes ne voient pas ou plus, la folie qui s’empare peu à peu d’un personnage et qui transforme un être sain d’esprit en véritable monstre, les liens entre notre monde et l’univers paranormal qui nous côtoie, nous frôle ou veut nous entrainer à lui.

L’histoire est celle d’un américain moyen, Jack Torrance, professeur de lettres qui se rêve auteur reconnu. Alcoolique repenti, Torrance se fait virer de son lycée pour avoir tabassé un élève qui tentait de crever les pneus de sa voiture…Au chômage, voyant son couple au bord de l’explosion, Jack Torrance accepte un boulot de gardien dans un hôtel de luxe niché au cœur des Rocheuses. La mission est particulière puisqu’elle consiste à garder pendant tout un hiver l’Overlook, un hôtel entièrement vide, à veiller à la maintenance de la chaudière (surtout) et à la bonne tenue de l’établissement en attendant le retour de la belle saison et des touristes. L’endroit est coupé du monde, aucune route n’est accessible en cas de tempête de neige, inutile de dire qu’en cas de problème…on est vraiment très seul…

Jack Torrance entraine donc sa femme Wendy et son fils Danny dans cette aventure, espérant repartir à zéro, sauver son couple et avoir le temps d’écrire la pièce de théâtre qui fera de lui une célébrité. Wendy accepte de suivre son mari avec difficulté, la perspective de rester enfermée plusieurs mois dans un hôtel fut-il de luxe ne l’enchantant guère. Quant au petit Danny, il possède des dons médiumniques qui lui permettent de percevoir à l’avance certains événements et de savoir ce que pensent ses parents. Danny semble redouter encore plus que sa mère le séjour à l’Overlook.

En arrivant, l’accueil du manager de l’hôtel est plutôt froid et méprisant. Par contre, Danny rencontre un cuisinier, Dick Hallorann qui semble doté du même don que lui – le shining – et qui cherche à le protéger. Pourtant, dès le lendemain, la famille Torrance se retrouve seule, face à elle-même et face à un hôtel moins vide qu’il n’y parait. Les phénomènes étranges, d’abord anecdotiques, s’enchainent ensuite à grande vitesse prenant pour cible principale le petit Danny alors que s’insinuent insidieusement des idées saugrenues dans la tête de son père déjà bien fragile.

Le lecteur assiste peu à peu à la transformation d’un Jack Torrance volontaire, sobre, plein d’envie de bien faire au début du roman mais qui mue peu à peu en un être faible, colérique et dangereux. L’hôtel qui a déjà connu bien des drames et des vicissitudes semble vouloir s’emparer de ses hôtes en exerçant sur eux une influence néfaste et en se manifestant de manière surnaturelle.

Le parcours de la famille Torrance perdue au milieu de cet hôtel immense empli de bruits et de craquements, où les esprits ne sont jamais bien loin a de quoi faire perdre le sommeil…et c’est avec soulagement qu’on referme ce livre angoissant mais si bien construit.

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Et les archives dans tout ça ??

A vrai dire, mis à part quelques incidents mineurs, tout semble aller à peu près bien jusqu’à ce que Jack Torrance ait l’idée d’aller fouiller au sous-sol – car, évidemment, les archives sont au sous-sol à côté de la plomberie derrière un passage voûté qui semble humide. Il est question une première fois de ce local où s’entassent les archives lorsque le mécanicien Watson fait le tour de l’hôtel avec Jack pour lui montrer le fonctionnement de la chaudière et lui passer les consignes. La description du local archives est rapide mais explicite : « Des cartons s’entassaient dans tous les coins. Certains contenaient des journaux, d’autres portaient des étiquettes indiquant Archives ou Factures et Reçus – A CONSERVER ! Tous sentaient le moisi et certains étaient crevés déversant sur le sol des papiers jaunis qui avaient l’air d’être là depuis vingt ans. »

Les archives n’apparaissent plus avant un long moment, jusqu’au chapitre intitulé « L’Album » où Jack Torrance se penche d’un peu plus près sur ces cartons moisis au milieu desquels il découvre des piles de vieux journaux qu’il se met à parcourir. Poussant plus avant ses investigations, Torrance trouve un album qui évoque la réouverture de l’hôtel après la guerre, en 1947 et la personnalité de son propriétaire Horace Derwent. Peu à peu, ce sont des pans entiers de l’histoire trouble de l’Overlook que Jack découvre en parcourant ces liasses humides et ces journaux jaunis. Sournoisement, au fur et à mesure que Torrance lit les archives, l’âme de l’hôtel s’empare de lui : plus il s’imprègne de l’histoire de l’hôtel, plus Jack Torrance est fasciné et hypnotisé par elle.

C’est parce qu’il veut absolument faire partie intégrante de l’histoire de l’hôtel, découverte à travers ces documents que Torrance sombre dans la démence. S’il fallait une preuve que la lecture des archives peut être dangereuse, Stephen King nous l’offre de manière magistrale…méfiez-vous des archives qui dorment au sein desquelles un monstre sommeille…

Sonia Dollinger