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Mille femmes blanchesMille femmes blanches, les carnets de May Dodd, est le premier roman de Jim Fergus. il sort aux Etats-Unis en 1998 et en France deux ans plus tard aux Editions du Cherche-Midi. Pour cet ouvrage, Jim Fergus obtient le prix du premier roman étranger en 2000. L’ouvrage a fait l’objet d’une suite sortie en 2016 sous le titre La Vengeance des Mères. Les deux livres sont disponibles en poche en édition Pocket. Mille femmes blanches connaît un succès retentissant en France où le titre se vend à plus de 400 000 exemplaires.

Mille femmes blanches se déroule aux Etats-Unis dans les années 1870 et  dénonce la politique du gouvernement américain et notamment du président Grant vis à vis des tribus indiennes. Jim Fergus met en scène Little Wolf, chef des Cheyennes du Nord, qui a réellement existé et qui est considéré comme un des plus grands chefs indiens de cette période. L’ouvrage met en scène le peuple cheyenne aux prises avec l’armée américaine pour la conservation de ses terres ancestrales.

La fiction est racontée à travers le journal et les lettres de May Dodd, une des femmes livrées aux Indiens par le gouvernement américain pour devenir leurs épouses et tenter d’acculturer les Cheyennes afin de les assimiler peu à peu à la culture blanche. Ce journal fictif est l’occasion pour l’auteur d’évoquer la ou les cultures indiennes, les tensions entre les tribus, la vie simple mais rude des Indiens nomades, leurs traditions et le traitement inhumain que leur ont réservé les nouveaux occupants de leurs territoires.

Et les archives dans tout ça ??

May Dodd est une jeune femme de la bourgeoisie de Chicago, enfermée dans un asile par sa famille parce qu’elle a décidé de mener une vie non conventionnelle avec un ouvrier. Pour échapper à son internement, May accepte de faire partie d’un convoi de femmes livrées aux Cheyennes. Elle devient l’épouse du chef Little Wolf et sa vie est transformée à jamais.

Le destin de May Dodd intrigue J. Will Dodd, l’un de ses descendants qui a entendu des légendes familiales se propager au sujet de son aïeule qu’on disait un peu dérangée. Chacun sait combien les secrets de famille peuvent être pesants s’ils ne sont pas résolus. J. Will Dodd, comme un bon généalogiste, part donc en quête du peu d’informations disponibles : « Je me mis alors à fouiller dans les archives familiales, sans trop de sérieux d’abord, mais peu à peu mû par un intérêt que certains pourraient qualifier d’obsessionnel. » Voilà notre personnage piqué par le virus de la recherche : il trouve une lettre de son ancêtre évoquant son départ pour les territoires indiens. La lettre n’avait pas été détruite malgré son caractère sulfureux pour la famille et avait été conservée dans un coffre-fort. De ce fragile document presque effacé, le descendant de May tire assez d’informations pour poursuivre sa quête.

Evidemment, J. Will Dodd se rend à l’asile où avait été enfermée May mais il ne s’y trouve plus aucun dossier concernant les patients des années 1870. Ces documents, sans doute jugés encombrants et non essentiels, ont été détruits, condamnant les descendants des internés à la spéculation et à l’ignorance.

Méthodiquement et muni de la lettre de May, J. Will Dodd effectue ses recherches qui le mènent à la réserve indienne de Tongue River où il déniche, dans les archives indiennes, les journaux écrits par May Dodd qui font l’objet de la publication. Ces archives sont considérées par les Cheyennes comme un trésor sacré. Ces carnets racontent la fourberie du gouvernement américain et sont un témoignage de la vie d’une tribu indienne confrontée aux mensonges, aux rudesses des climats, à la mort ou à la captivité.

Si Mille femmes blanches est bien une fiction, l’ouvrage montre combien un secret familial peut être lourd à porter, combien la moindre petite pièce d’archives peut permettre de reconstituer un destin individuel ou une histoire collective.

Alors, qui doit décider si un document d’archives est essentiel ou non et pour qui ?

Sonia Dollinger

 

Les élections américaines venant de livrer leurs résultats, nous avons choisi d’évoquer cette thématique à travers le prisme des comics qui, à plusieurs reprises, ont imaginé l’hypothèse d’un président américain super-vilain.

C’est le cas avec Président Luthor dont Urban comics a publié les récits en 2014 en France.

luthor_1Lex Luthor est un personnage crée en 1940 par Jerry Siegel et Joe Shuster. Adversaire éternellement malheureux de Superman, Luthor est, à ses débuts assez pathétique. On apprend peu à peu que Lex était ami avec le jeune Clark Kent lorsqu’ils étaient enfants et que les choses se sont gâtées ultérieurement faisant des anciens complices des adversaires irréconciliables. Superman entravant sans cesse les projets de Luthor, ce dernier conçoit pour l’homme d’acier une véritable haine qui devient le moteur de son existence. Luthor est un inventeur de génie qui met toute son énergie à nuire à Superman. Son ambition démesurée le conduit également à briguer carrément la présidence des États-Unis. C’est cette marche vers le pouvoir et la victoire finale du candidat Luthor que ce volume évoque.

Errant dans les rues, Lex Luthor est constamment environné de l’image de Superman, héros adulé de Métropolis. Exaspéré, il décide un beau matin de déposer sa candidature à la présidentielle. Luthor est riche, influent et met toute son énergie dans la bataille. Aquaman et les forces d’Atlantis s’en prennent aux plateformes pétrolières de Luthor accusé de polluer les océans….Que va faire Superman ? Peut-il laisser Luthor aux mains d’Atlantis? Malgré sa répugnance vis-à-vis de Lex, Superman défend le droit humain et Métropolis face aux ravages des forces sous-marines. Quel paradoxe que de voir l’Homme d’acier défendre son pire ennemi! Luthor fait son mea culpa et en profite pour montrer sa bonne volonté en dépolluant Atlantis et en montrant à quel point il est devenu meilleur…en apparence car tout cela est finalement bon pour sa campagne! Il échappe également à un attentat, ce qui le rend encore plus populaire

luthor_3-600x913Vous devinez la suite : Luthor devient président des Etats-Unis…que ressent Superman ? Comment va-t-il se comporter ? Comme d’habitude, comme le boy-scout qu’il est! Alors que Batman tente d’empêcher l’accession de Luthor au pouvoir, Superman estime qu’il convient de faire confiance au peuple américain et, lorsque Luthor est élu, il sert le couplet de la fidélité au système avec un “je crois au système américain”. Il sauve même Luthor lors de sa prestation de serment, bref, c’est la déprime totale. Morale de l’histoire : la démocratie est soluble dans le pouvoir économique et le mensonge qui permettent de prendre le pouvoir par la voie légale, rappelez-vous, d’autres l’ont fait en 1933…

Et les archives dans tout ça ??

Président Luthor peut et doit figurer dans Archives et culture pop’, tout d’abord, parce que les archives sont bien présentes dans ce tome.

Et pas n’importe quelles archives : celle de Lex Luthor en personne ! C’est lors d’un reportage de la journaliste Catherine Grant pour la chaîne WGBS qu’une biographie de Luthor est diffusée. Il est bien précisé que tous les extraits et les informations sont rares et issues des “archives Luthor”. Ces archives permettent de connaitre l’origine de la famille Luthor, venue fonder Métropolis avec d’autres familles de colons hollandais. Les archives familiales présentent également une figure féminine forte, Edna Luthor qui a lutté aux côtés du prolétariat. Les archives révèlent aussi les revers de fortune de la famille qui, comme beaucoup d’Américains, perd tout pendant le krach boursier de 1929. Une référence assumée à Citizen Kane se glisse dans le récit.

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Inutile de dire que, comme il s’agit d’archives familiales, composées et fournies par Lex Luthor lui-même, on y trouve surtout des documents exaltant la gloire familiale et ne mettant en avant que ce qui est utile à la promotion du candidat à la Présidence. Enraciner sa famille dans l’histoire américaine, lui faire subir les affres des crises économiques et les aléas politiques inscrit pleinement la famille Luthor dans le rêve américain. Graphiquement, la séquence “archives” se détache du récit puisqu’elle est traitée en couleurs sépia pour bien montrer qu’il s’agit d’une évocation du passé.

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La manipulation des esprits passe également par celle des archives qui sont, ici, un instrument de propagande fort utile à un candidat prêt à tous les accommodements. Moralité, attention aux archives, ce qui est écrit n’a pas toujours force de vérité !

Sonia Dollinger

Continuons sur notre lancée avec un nouveau thriller aux accents complotistes. Il s’agit cette fois d’un ouvrage de l’auteur américain Robert Ludlum, connu en particulier des fans de cinéma par les adaptations de certains de ses romans consacrés à Jason Bourne. Ce spécialiste des romans d’espionnage est natif du New Jersey où il voit le jour en 1927. Ludlum fait la Seconde Guerre mondiale dans les marines. Tour à tour comédien puis metteur en scène, c’est finalement l’écriture romanesque qui le séduit. Son premier livre d’espionnage, L’Héritage Scarlatti publié en 1971, le consacre immédiatement comme un des maîtres du genre. On lui connait 26 romans d’espionnage avant son décès à Naples en 2001.

L’ouvrage qui nous intéresse ici, Le Manuscrit Chancellor, est publié en 1977 et  pour la première fois en France en 1978 sous le titre L’Homme qui fait trembler l’Amérique. L’action se situe en effet à Washington en 1973 en plein scandale du Watergate. L’homme le plus puissant des Etats-Unis, J. Edgar Hoover meurt d’une apparente crise cardiaque. Le maître du FBI, celui qui faisait trembler les Américains de tous bords grâce aux dossiers qu’il a patiemment constitués sur les personnages les plus puissants du pays, n’est plus. Pourtant, rien n’est résolu, plus de 3000 dossiers Hoover ont disparu et peuvent être exploités à tout moment par un obscur maître chanteur dont les desseins restent mystérieux.

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A cette intrigue complexe, il faut ajouter la mystérieuse organisation qu’est Inver Brass qui semble tirer les ficelles de cette affaire et vouloir récupérer les sulfureux dossiers du défunt Hoover. La mort du directeur du FBI intéresse également l’écrivain à succès Peter Chancellor qui publie régulièrement des best-sellers consacrés à différentes périodes historiques et qui prétend débusquer des complots sous les dessous de l’Histoire. Chancellor, dépressif après la mort accidentelle de sa femme, est très vite aiguillé par une de ses connaissances sur les circonstances de la mort de J. Edgar Hoover qui n’est peut-être finalement pas si naturelle qu’il y parait.

Chancellor est vite pris dans un engrenage infernal et risque sa vie à chaque page. Un roman d’espionnage à l’intrigue touffue et aux rebondissements parfois un tantinet invraisemblables mais qui ne laisse aucun moment de répit au lecteur.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives sont omniprésentes, à commencer par les fameux dossiers secrets de Hoover qui ont en partie disparu. Certains espions se cachent sous de fausses identités comme aux funérailles d’Hoover où l’un d’entre eux est doté d’une carte d’accréditation d’un « imaginaire département des Archives ». Les archives du FBI sont régulièrement convoquées pour vérifier des affirmations ou les identités de certains protagonistes. La mention d’un service de destruction des documents au sein du FBI laisse à penser que tous les dossiers ne parviennent pas jusqu’aux archives et qu’une épuration sévère est pratiquée. D’autres archives ont évidemment été falsifiées pour effacer de l’Histoire des manœuvres qui ne sont pas à la gloire des Etats-Unis. C’est le cas des archives militaires et des archives de certains hôpitaux. Le héros, Peter Chancellor se rend même dans un immense centre d’archives en Virginie où l’on ne pénètre que muni d’une accréditation. De nombreux dossiers sont microfilmés et en théorie non empruntables mais les règles ne sont évidemment pas toujours respectées, ce qui occasionne la disparition de données sensibles.

Pourtant, la simple disparition des archives est déjà l’indice que quelque chose cloche et donne bien sûr aux protagonistes l’envie d’en savoir davantage.

Quand on peut consulter les archives, on soulève parfois les dessous des cartes mais quand elles manquent à l’appel de manière trop flagrante, c’est encore plus intrigant. A vous de voir si vous voulez vous emparer de ce complot.

Sonia Dollinger