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Voici cette fois un comic-book qui ne contient aucun super-héros et qui renvoie aux plus classiques films ou romans d’espionnage. Velvet est l’œuvre d’Ed Brubaker, scénariste de comics bien connu pour son run sur Captain America mais qui a travaillé entre autres sur Catwoman, Daredevil ou les X.Men. Il est accompagné sur Velvet par le dessinateur Steve Epting.

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Velvet démarre sur les chapeaux de roue avec le meurtre à Paris de l’espion Jefferson Keller, connu sous le matricule d’agent X-14. L’agence très secrète Arc 7, à laquelle appartient cet espion, est sous le choc : Jefferson Keller est un des meilleurs agents au monde : comment a-t-il pu se faire descendre aussi facilement ?

C’est alors qu’entre en scène Velvet Templeton, en apparence simple assistante du directeur de l’Agence mais qui se révèle être un agent X redoutable qui avait raccroché quelques années auparavant. Alors que l’enquête semble accuser un ancien de la maison, Franck Lancaster. Velvet se rend chez lui et le trouve baignant dans son sang… Seule dans la pièce avec un cadavre, toutes les preuves semblent jouer contre Velvet qui se trouve à son tour soupçonnée d’être un agent double.

Forcée de fuir, Velvet Templeton est désormais traquée par sa propre Agence et condamnée à mener sa propre quête dans un milieu hostile devenant un agent solitaire désormais poursuivie par son propre employeur.

L’enquête se déroule en 1973, en pleine guerre froide. Velvet est un bon comics où les personnages sont typiques des films d’espionnage. On peut y croiser des sosies de Sean Connery ou Roger Moore. L’affaire se passe d’ailleurs au sein d’une agence londonienne de services secrets. Tous les codes du genre se retrouvent dans Velvet : le grand banditisme, les espions soviétiques, les belles voitures, les palaces et les casinos.

Seule différence majeure : l’héroïne est une femme. Elle est tout aussi douée que James Bond et sans plus de scrupule que son alter-ego masculin. Il ne s’agit pas d’une midinette juste jeune et jolie mais d’une femme d’une quarantaine d’années, très élégante et aguerrie à toutes les techniques de combat. Cette inversion des rôles – la femme est au centre de l’action et ne se contente pas d’être un objet sexuel – est à saluer. Une série de flash-back éclaire le personnage et ses expériences passées tout en conservant une part de mystère qui donne furieusement envie de lire la suite. Le dessin très classique et précis conforte une ambiance un peu rétro qu’on a plaisir à retrouver.

Il convient enfin de saluer le beau travail des éditions Delcourt et de Thierry Mornet qui offrent un superbe volume, une réalisation très soignée qui met l’œuvre en valeur.

Et les Archives dans tout ça ??

Comme tout système bien organisé, l’Agence Arc 7 a des archives. Ces archives sont évidemment invisibles au commun des mortels, seuls les agents peuvent y avoir accès. Le nom des agents morts en mission est inscrit sur le mur des archives secrètes, conservant ainsi, la mémoire de ceux qui sont tombés au combat.

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Il existe apparemment à l’agence une salle d’archives puisqu’une archiviste jeune et pourvue de lunettes apparaît au détour d’une case. On aperçoit derrière elle des rayonnages et des boîtes d’archives. C’est elle qui donne les documents aux agents qui souhaitent les consulter. Ces documents sont les rapports de mission des agents. Sur les documents apparaissent les tampons « confidentiel » et « top secret ». Un seul souci, Velvet s’amuse à passer du marqueur fluo sur les rapports, dont on espère qu’il s’agit d’une simple copie de travail.

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Sonia Dollinger

Malgré le titre, ce n’est pas de Batman que nous parlerons dans ce billet. Gotham Central est bien une série de comics publiés par DC Comics et en France par l’éditeur Urban Comics, mais il y est très peu question du justicier masqué, que l’on ne voit que par accident et de loin.

Si vous n’aimez pas les super-héros, rien ne vous empêche donc de vous ruer sur Gotham Central dont vous ne pourrez pour l’instant apprécier que les deux premiers tomes en français en attendant deux autres volumes à venir. La série, scénarisée par Ed Brubaker et Greg Rucka est centrée sur le quotidien des policiers de Gotham aux prises avec la violence quotidienne et la corruption.

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Certes, les flics de Gotham croisent la cape de Batman et surtout ont affaire à ceux que l’on appelle les « super-vilains » mais ici, pas de super pouvoirs éblouissants, juste de la violence ordinaire alimentée par des pervers narcissiques ou des malades mentaux. On y croise évidemment la main de la Mafia, des policiers véreux, d’autres qui perdent les pédales. Certains d’entre eux sont horripilants, d’autres profondément attachants mais les personnages sont loin d’être manichéens. On pourrait vraiment apparenter ces ouvrages à une bonne série policière avec les thématiques bien connues du genre : des agents à la vie compliquée qui délaissent leur famille pour un boulot ingrat au cours duquel certains se font descendre, des unités qui font face au manque de moyens récurrent, puisque les cordons de la bourse sont aux mains de politiciens calculateurs, des troupes déprimées et fatiguées mais qui croient en leur mission.

Les équipes décrites ici sont celles de la section des « crimes majeurs » de la police de Gotham, section jusque-là dirigée par le commissaire Gordon, l’ami de Batman. L’intérêt de ce comic book est donc de mélanger les enquêtes, qui pourraient sembler banales, à des faits extraordinaires précédant en général l’apparition d’un des maitres du crime de la ville, comme Mr Freeze, qui tue un policier, Double Face qui tente de détruire la vie d’une inspectrice en lui faisant subir un outing et en la faisant passer pour une criminelle. Le deuxième tome fait place au Joker qui transforme la ville en terrain de jeu sanglant, et au Chapelier fou qui s’allie à une vieille folle pour exterminer une équipe de jeunes joueurs de base-ball.

L’apparition des vilains donne un aspect paroxystique aux violences urbaines, et amène une tension dans l’histoire. Mais, comme dans toutes les séries de ce style, c’est la vie des héros ordinaires qui nous entraine à pousser la lecture : qui n’a pas pitié de l’ex-inspecteur Bullock, devenu alcoolique et obsédé par une affaire non résolue ? Qui ne pleure pas son équipier avec l’inspectrice Chandler, et qui ne retient pas son souffle quand l’inspectrice Montoya fait part de sa vie privée à ses parents qui la rejettent ?

Frustrations, ambitions, échecs, corruption mais au bout quelques réussites et le sentiment du devoir accompli malgré le prix à payer. Qui est bon, qui est mauvais ? Comment ne pas perdre son âme dans une cité où règne le mal ordinaire ? Gotham Central nous renvoie à un univers poisseux où rien n’est simple, pas même de survivre. Et pourtant, c’est cette humanité (« humain, trop humain » aurait dit Nietzche) qui nous fascine et nous guide dans cette lecture. Les dessins de Michael Lark puis de Brian Hurtt, Stefano Gaudiano et Greg Scott renforcent l’aspect sombre et réaliste de la série.

Hélas, aux Etats-Unis, la série Gotham Central a pris fin à cause de son manque d’audience. Encore une démonstration qu’un bon ouvrage ne rencontre pas forcément le succès…A vous de donner une seconde chance à ce titre.

Et les archives dans tout ça ??

Pas d’archives dans le tome 1, mais que ce ne soit pas une excuse pour ne pas le lire ! C’est donc dans le deuxième tome que nous retrouvons une scène dans les archives de la police. Alors qu’ils s’accordent une pause déjeuner, les inspecteurs Driver et Mc Donald entendent un SOS à la radio de la police. Un preneur d’otage réclame expressément la présence de Driver. Le forcené est en fait Kenny Booker, un ancien camarade du frère de Driver. Kenny Booker se fait sauter la cervelle après avoir révélé à Marcus Driver qu’il était responsable du massacre de l’équipe de base-ball des Hawks bien des années auparavant. Il aurait agi sous l’impulsion d’une voix impérieuse qui résonnait à l’intérieur de sa tête. Cette histoire intrigue l’inspecteur Driver et le pousse à se replonger dans le meurtre sordide des jeunes sportifs.

Driver et Mc Donald se retrouvent donc aux archives de la police à se plaindre de leur pseudo allergie à la poussière devant des rayonnages de boîtes qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à celles de la série Cold Case. Au bout d’une heure, les deux inspecteurs se rendent à l’évidence, le dossier est vide. Une autre solution se présente à eux : examiner les pièces à conviction, puisque le dossier papier ne donne rien et qu’en plus, l’endroit ayant fait l’objet de plusieurs réaménagements, tout a du soit disparaitre soit être mal rangé.

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Ils se retrouvent dans une pièce extrêmement mal organisée avec un policier qui leur explique que le dossier qu’il cherche ne peut être ici. Mc Donald montre une pile de cartons en demandant ce qu’il y a à l’intérieur. Le policier répond : « laisse tomber, c’est le mur de la honte. Des pièces à conviction mal rangées, mal étiquetées ». Il s’empresse de préciser que ce n’est pas « son bazar » mais celui de son prédécesseur. Les deux inspecteurs sont dans l’impasse, ils ont seulement les vêtements carbonisés des victimes et une casquette avec une étrange étiquette. Le dossier papier et les photographies de la scène du crime ont bel et bien disparu.

Les inspecteurs évoquent alors une pratique apparemment courante : lorsque les policiers partent en retraite, ils emmènent parfois les dossiers qui leur ont posé le plus de souci avec eux, des dossiers qui les hantent littéralement. Driver demande donc qui a consulté le dossier en dernier et les deux policiers se retrouvent chez un de leur ancien collègue alcoolique qui leur montre en effet les documents.

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Les suites de l’affaire verront les inspecteurs confrontés au Chapelier fou et au Pingouin, le dénouement de l’affaire étant plus dramatique et surprenant qu’ils ne le soupçonnaient au départ.

Moralité : des archives bien rangées font quand même gagner un temps précieux et les policiers de Gotham ont finalement les mêmes problèmes que nous.

Sonia Dollinger