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La série de jeux « Dark Souls » est née en 2011 des mains du studio FromSoftware et de son président, Hidetaka Miyazaki. Elle a connu un second opus en 2014 puis une troisième itération en 2016. Miyazaki, est lui-même à l’origine de l’histoire et celle-ci se distingue de beaucoup d’autres productions par sa dimension très cryptique, plongeant le joueur dans un univers gothique-médiéval sans aucune tendresse pour qui que ce soit, à l’image des univers de ceux qui l’ont inspiré : les écrits horrifiques d’H(oward) P(hillips) Lovecraft et le manga de Kentarõ Miura, Berserk. Autre particularité de l’œuvre de Miyazaki, le joueur se retrouvé livré à lui-même dans un univers dont il ne détient aucune clef et c’est à lui de reconstruire la trame scénaristique au fil de ses aventures et découvertes. Miyazaki accorde une grande place à la recherche de la connaissance et plus le joueur en apprendra sur le monde dans lequel il est plongé, plus il découvrira un monde torturé et malsain. La connaissance est dangereuse dans Dark Souls et la folie guette ceux qui s’instruisent.

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Quelle est l’histoire ?

Au commencement était l’Âge des Anciens où d’immortels dragons régnaient sur un monde terne et rocailleux. Vint alors l’avènement du Feu qui apporta avec lui des forces naturelles mais opposées telles que la Lumière et les Ténèbres. De celles-ci naquirent quatre Seigneurs, des divinités qui donnèrent consistance au monde mais se retrouvèrent vite opposées aux dragons. L’un d’entre eux, Seath l’Écorché, jalousant leur immortalité, choisit de trahir ses frères ce qui scella leur destin. Se mit alors en place l’Âge du Feu, celui des Seigneurs mais il ne dura pas et la Flamme s’éteignit, laissant place aux Ténèbres. Le joueur incarne une âme damnée revenant sans cesse d’entre les morts afin de raviver la Flamme du monde et chasser les Ténèbres.

Et les archives dans tout ça ??

Dans le premier opus de la série nous étions amenés à rencontrer Seath l’Ecorché dans les « Archives du Duc ». Celles-ci se trouvaient dans la cité royale d’Anor Londo et conservaient le fruit de ses recherches et expériences sur l’immortalité. Petit à petit ce savoir lui fit perdre la raison et il les fit garder par des monstres afin d’être le seul à pouvoir accéder à ce savoir. Si le temps est une donnée difficilement quantifiable dans cet univers, il est certain que Dark Souls 3 se passe longtemps après car, lorsque le joueur est amené à aller à Anor Londo, il retrouve des vestiges de ce qu’il a pu rencontrer dans le premier volet. Tout l’intérêt ici réside dans le fait que le joueur passe une nouvelle fois par les archives mais celles-ci sont bien différentes. Elles portent désormais le nom de « Grandes Archives » et semblent avoir été construites sur celles de Seath. Dans ces archives il y a une véritable notion d’héritage et de transmission puisqu’une bonne partie des documents des Grandes Archives est constituée des travaux du dragon qui ont traversés les siècles car on apprend que, peu avant l’ère du troisième opus, ces mêmes archives ont servi au roi Oceiros à mener des expériences similaires à celles de Seath, sur sa propre descendance. Il est également dit de ces Grandes Archives qu’elles conservent la mémoire des souverains d’Anor Londo et qu’elles concentrent tout le savoir du monde.

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Bienvenue dans les Grandes Archives

En accord avec le postulat de Miyazaki selon lequel la connaissance est dangereuse dans cet univers, les archives attaquent le joueur qui s’en approcherait trop : des mains fantomatiques sortent des livres le maudissant petit à petit.

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Les risques du métier

Il faut noter deux choses sur la représentation des archives :

 – La première c’est que comme dans beaucoup d’œuvres de fiction, elles ressemblent à une bibliothèque. Ici elle est luxueuse et contient un nombre incalculable de livres placés sur des dizaines de rayonnages et empilés un peu partout sur le sol. Les livres constituent d’ailleurs le seul type d’archives que l’on peut trouver. On retrouve également dans le jeu la problématique de l’espace de stockage qui n’arrive plus à suivre la somme d’archives accumulées.

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Des archives et… du feu !

Deuxièmement ces archives sont situées au sommet du château, juste avant la salle du trône. Cela retranscrit la place que certains monarques ont pu accorder à la préservation du savoir collecté au fil des siècles, conscients de l’importance qu’il y a à ne pas laisser se perdre cela.

Quid de la représentation du producteur et de l’archiviste maintenant ?

Le producteur serait Seath, auteur des recherches qui constituent la totalité des archives du premier jeu et sans doute une très grosse majorité de celles du troisième. A l’époque où il était vivant et maître des Archives du Duc, on pouvait également l’associer à un archiviste puisqu’il était le seul à détenir leur connaissance et à les ordonner. Les monstres qui faisaient offices de gardes n’étaient là que pour défendre les archives de la convoitise que la connaissance pouvait susciter chez certaines personnes. Au-delà d’une question de game design de mettre des ennemis sur la route du joueur, on peut voir une certaine réalité dans ce besoin de protection car les services d’archives sont aujourd’hui obligés d’apposer des tampons sur les archives afin de lutter contre le vol et le recel.

Dans Dark Souls 3 il n’y a pas de figure gardienne telle que Seath. Les archives sont héritées de l’histoire et donc le producteur n’est plus vraiment une donnée très présente bien que le roi Oceiros puisse être considéré comme tel puisqu’il a poursuivi les recherches de Seath. Néanmoins, au moment de Dark Souls 3, tout ce que nous en trouvons est un être difforme, privé de la vue et de la raison. Le même raisonnement s’applique à l’archiviste puisque personne ne semble s’occuper des Grandes Archives à ce moment-là. Parmi les monstres des archives nous trouvons néanmoins des choses intéressantes : des érudits déambulant dans les rayons afin d’apprendre la sombre magie de Seath et s’attaquant au joueur. Difficile de voir en eux des producteurs ou des archivistes car ils ne font, à priori, que s’instruire. Ces savants se rapprochent peut-être plus de visiteurs ou de chercheurs assoiffés de connaissances ce qui, dans le monde tordu de Dark Souls, leur a fait perdre la raison.

Dans l’œuvre de Miyazaki les archives représentent donc un lieu de conservation de la mémoire où l’archive est non seulement importante mais est potentiellement la seule chose à survivre à l’effondrement d’un âge, ce qui semble être le cas entre Dark Souls 1 et 3. La conception de Miyazaki selon laquelle la connaissance fait sombrer dans la folie quiconque la côtoie trop semble abusive mais, qui sait ce qui attend les archivistes ?

Sébastien DEPESSEVILLE

Cette semaine, Marc nous présente à nouveau un jeu vidéo dans lequel les archives sont bien mises en valeur.

Dark Souls est un jeu développé par le studio tokyoïte From Software et édité par Namco Bandai Games. Sorti en 2011 sur PC, PS3 et Xbox 360, ce jeu de rôle est vite reconnu pour sa grande difficulté et son univers sombre de dark fantasy. Le scénario ne se dévoile pas aisément et laisse une grande part à l’interprétation, conformément au souhait du développeur en chef, Hidetaka Miyazaki. Ce dernier lisait souvent, plus jeune, des « livres dont vous êtes le héros » en anglais, et lorsqu’il ne comprenait pas, imaginait l’histoire. Miyazaki souhaitait donc offrir une expérience de ce type au joueur. Et en effet, ce dernier est plongé dans l’univers sans rien en connaître et devra chercher des réponses par lui-même. Dark Souls connaît un succès critique et un public de niche, qui lui valut deux suites.

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Quelle est l’histoire ?

Au début était l’Âge des Anciens, dirigé par les dragons. Puis naquit la Première Flamme, et avec elle, la Vie, la Mort, le Temps, la Lumière et les Ténèbres. Quatre êtres trouvèrent dans la flamme des Âmes de Seigneurs : Nito, le Premier des morts ; la Sorcière d’Izalith ; Gwen, le Seigneur de la Lumière ; et le Pygmée, père des hommes.

Les Seigneurs abattirent les Dragons grâce à Seath l’Écorché (Seath the Scaleless en vo), un dragon albinos jaloux, qui révéla le secret de l’immortalité de ses frères.

Seath

Seath

Débuta alors l’Âge du Feu, dirigé par les Seigneurs. Mais il advint que la Première Flamme commença à faiblir et en même temps apparut la Marque Sombre sur certains humains. Les porteurs devenaient des morts vivants, ressuscitant à chaque décès avec le risque de devenir des carcasses (i.e. des zombies) s’ils perdaient buts et espoirs. Les Morts-Vivants furent traités comme des parias et enfermés loin au Nord.

Vous incarnez un Mort-Vivant Élu, s’échappant de prison pour se rendre à Anor Londo, la capitale des Dieux.

Et les archives dans tout ça ?

Lors de sa visite d’Anor Londo, le héros doit traverser les « Archives du Duc », aussi appelées « Archives Royales ».

Le Duc n’est autre que Seath l’Écorché. En récompense de sa trahison, Gwen lui octroya ce titre ainsi que le droit d’effectuer ses recherches. Seath s’installa et créa les archives, fruit de ses recherches pour acquérir l’immortalité. Mais petit à petit, Seath finit par devenir fou, s’enferma dans les archives et les fit garder par des monstres. Le joueur doit parcourir ses niveaux, rencontrer Seath et le tuer.

Des archives partout

Des archives partout !

Les recherches de Seath donnèrent naissance à la sorcellerie, et les quelques bribes de savoir qui fuitèrent des archives permirent aux humains de fonder leurs propres écoles de sorciers. Lors de l’aventure, le héros croise Logan le Galurin (Big Hat Logan en vo), le plus grand sorcier humain, en quête de la source de la sorcellerie et donc des archives du Duc.

Logan dans les geôles des archives

Logan dans les geôles des archives

Finalement capturé par les créatures de Seath et jeté dans les geôles des archives, dans le but de servir de cobaye, le héros est libéré et étudie alors les archives, « puits de savoir ». Mais petit à petit, lui aussi perd la raison.

La quête de Logan

la quête de Logan

Les archives sont généralement polarisées autour de 3 grandes figures : le producteur d’archives, le conservateur d’archives (l’archiviste), le consultant d’archives (le lecteur ou chercheur). Le jeu offre deux portraits : Seath, le chercheur-créateur d’archives, jaloux de son savoir et prêt à tout pour conserver les documents ; Logan, le chercheur-lecteur d’archives, obsédé par sa quête de savoir en faisant fi du reste. Des portraits que les archivistes ont l’occasion de croiser lors de la collecte ou de la communication des documents, avec plus ou moins de gravité (moins généralement et tant mieux !).

Les archives ici rendent fou. Mais est-ce la vérité ? Existe-t-il des savoirs trop dangereux pour être être connus ? Ou les archives ne sont-elles que l’incarnation de la démesure de l’obsession de ces chercheurs, démesure qui les amène à la folie ?

Au joueur de se faire une idée sur la question !

Marc Scaglione