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Si vous lisez ce blog régulièrement, vous avez déjà entendu parler de Dan Waddell, l’auteur de Code 1879 auquel j’ai consacré un billet précédent (c’est par ici )

Dans la foulée de ce premier roman policier, Dan Waddell continue sur sa lancée et publie en 2009 – en France en 2012 – la suite des aventures du trio formé par le généalogiste Nigel Barnes et les policiers Grant Foster et Heather Jenkins. Le deuxième roman a pour titre Depuis le temps de vos pères et se déroule quelques mois après les premières aventures de nos trois héros.

L’inspecteur Grant Foster se remet doucement de ses mésaventures et se sent mis à l’écart part sa hiérarchie qui souhaite le ménager après le traumatisme subi par l’inspecteur de la Criminelle. Toutefois, le repos ne sera que de courte durée : une comédienne sur le déclin, Katie Drake, est trouvée sauvagement assassinée dans son jardin londonien. Pour corser le tout, Naomi, adolescente de 14 ans, la fille de la victime a disparu. Alors que l’enquête piétine et laisse à penser qu’il s’agit d’un crime « ordinaire » assorti d’un enlèvement d’enfant, la découverte d’un cheveu du tueur et l’analyse ADN qui s’en suit bouleverse les certitudes des inspecteurs Foster et Jenkins : le meurtrier est apparenté à sa victime.

C’est dans ce contexte que la police criminelle fait de nouveau appel au généalogiste Nigel Barnes qui se débat de son côté avec sa récente célébrité en tentant d’animer une émission de télé consacrée à la généalogie. La notoriété ne semble pas être du goût de Nigel qui regrette ses longues recherches dans les cartons d’archives. Lorsque les inspecteurs viennent le trouver, Barnes, soulagé se remet au travail. Cette enquête mêle généalogie traditionnelle, peuplée de longues heures passées aux archives et généalogie « scientifique » basée sur des tests génétiques, que certains présentent comme l’avenir de la généalogie.

L’enquête amène nos trois personnages sur la piste des Mormons et permet finalement de mieux comprendre le discours des adeptes de cette religion sur leurs ancêtres. Tout en faisant progresser l’intrigue, l’auteur nous explique pourquoi les Mormons s’intéressent tant à la généalogie et constituent des bases recueillant les états civils du monde entier, précieusement conservés à Salt Lake City. Nigel Barnes et Heather Jenkins ne peuvent d’ailleurs s’exonérer d’un voyage dans la capitale des Mormons, découvrant ainsi les méandres de cette société complexe, traversées de courants divers opposant comme dans toutes les religions, les progressistes aux fondamentalistes.

Sur le fond, Depuis le temps de vos pères est intéressant autant du point de vue de l’intrigue que du développement des personnages qui prennent de la consistance et auxquels on s’attache après un premier tome qui posait les caractères de chacun. Grant Foster, ours mal léché, se révèle être un personnage sensible. Heather Jenkins et Nigel Barnes, en froid au début du volume, réapprennent à se connaitre au cours de leur périple américain. La généalogie et l’Histoire sont toujours au cœur d’une intrigue bien menée et rythmée qui donne envie de lire le livre d’une seule traite. Les trois personnages principaux bien que répondant à des types bien connus – le flic célibataire bougon au grand cœur, la belle policière consciencieuse et le généalogiste rêveur – sont vraiment attachants et on a hâte de pouvoir lire leurs nouvelles aventures.

Difficile d’en dire plus sans spoiler ce thriller, sachez donc que si vous cherchez un polar qui mêle enquête policière, road movie à l’américaine, avec une bonne dose de recherches généalogiques, agrémenté d’une réflexion sur le poids des origines et des traditions ou des excès du fondamentalisme religieux, n’hésitez pas, vous passerez un bon moment et aurez hâte de suivre les prochaines aventures de nos trois héros.

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Et les Archives dans tout ça ??

Comme dans le premier volume, Nigel Barnes, notre généalogiste, a pour mission de retracer l’ascendance de la victime Katie Drake. Depuis sa dernière aventure, Barnes ne se rend plus au Family Record Center qui a fermé. L’ensemble des archives qu’il doit compulser est désormais regroupé aux Archives nationales ce qui est bien plus confortable pour un chercheur plutôt que de courir dans toute la ville. Si les archives, notamment l’état-civil, sont bien présentes dans le livre de Dan Waddell, il n’en est pas de même des archivistes dont il n’est fait aucunement mention. Au moins, les archives sont-elles indispensables à l’enquête et sa résolution, elles en sont une des clefs.

Si les recherches aux archives sont couplées avec les recherches génétiques – mais finalement, l’ADN est une forme d’archives non ? Il n’en reste pas moins que nos bonnes vieilles archives papier permettent en grande partie la résolution de l’énigme. Toutefois, le travail du généalogiste est semé d’embûches et l’ouvrage montre bien à quelles difficultés le chercheur peut se heurter quand les gens se cachent, mentent sur leurs origines pour changer de vie et se protéger…les archives classiques restent muettes. C’est donc grâce à de nombreux recoupements de sources et une bonne connaissance du contexte historique dans lequel évoluent les personnes recherchées. Un constat : les archives ne disent pas tout comme l’explique Nigel Barnes : « le recensement était très impopulaire chez certaines personnes ; l’équivalent victorien des classes moyennes considéraient qu’il s’agissait d’une violation de leur vie privée ». Outre les inévitables état-civil et recensement, Nigel explore les archives notariales et les archives ecclésiastiques. Subtilement, l’auteur dévoile les arcanes de l’exploration des archives et de leur gestion : certains documents issus des archives paroissiales sont déposés aux Archives municipales, d’autres non. L’absence de classement des archives paroissiales est bien mentionné puisque le généalogiste se voit obligé de fouiller et de trier les documents des pasteurs avant de pouvoir les exploiter. L’état calamiteux de certaines archives abîmées par des ficelles. Nigel parcourt aussi des dossiers médicaux confidentiels.

Enfin, le généalogiste se rend au centre généalogique de Hyde Park tenu par les Mormons, ce qui lui permet un accès à leur base de données extrêmement bien fournie et de parcourir le recensement fédéral des Etats-Unis de 1860 et de fouiller dans les archives de la presse américaine. Tout ceci n’étant pas suffisant, Barnes et Jenkins se voient contraints de faire le voyage jusqu’à Salt Lake City, fief des Mormons et paradis des généalogistes.

Le processus de recherches en archives et les différents dépôts londoniens sont vraiment décrits avec précision, sans que cela nuise aucunement au rythme de l’histoire. Saluons donc ce roman qui met en valeur les archives comme ressource policière et historique avec brio et vivement la suite !

Sonia Dollinger

Il semble que la généalogie soit à la mode en ce moment comme en témoigne en France le lancement de la série Origines. Pourtant, bien avant cette série, en 2008, Dan Waddell, auteur anglais, avait pris un généalogiste pour personnage central de ses thrillers.

Dan Waddell est né en 1972 à Pudsey au Royaume-Uni. Waddell est journaliste pour plusieurs titres de presse britanniques. La petite histoire veut qu’à la naissance de son fils en 2003, Waddell s’intéresse à ses origines et donc à sa généalogie. Il découvre alors un secret de famille qui le fait réfléchir sur l’influence du passé dans sa propre vie et ses attitudes. Les romans de Waddell sont donc très influencés par la psychogénéalogie et la psychogéographie, deux théories qui prétendent que les actes de nos ancêtres ou les événements ayant marqué un lieu influencent nos comportements…voilà de quoi flipper !

Nous allons évoquer ici le premier roman de Waddell. Code 1879 se déroule à Londres dont l’auteur maitrise parfaitement la géographie et l’histoire. Il met en scène un généalogiste professionnel, Nigel Barnes, qui s’est fait virer de l’Université pour avoir eu une aventure avec une étudiante. Alors qu’il retrouve son premier métier de généalogiste, il est sollicité par l’inspectrice Heather Jenkins et l’inspecteur principal Grant Foster de la police londonienne qui se trouvent confrontés à des crimes étranges. Le criminel grave sur les cadavres des références d’anciens registres de naissance…datant de 1879. Qui mieux qu’un généalogiste professionnel pourrait épauler la Police dans une recherche au sein des archives londoniennes ?

Les personnages principaux sont attachants, aussi bien le bougon inspecteur Grant Foster que la perspicace inspectrice Jenkins ou le méticuleux généalogiste Nigel Barnes. Le trio entame une course contre la montre et contre le passé face à un tueur psychopathe qui semble hanté par une histoire vieille de plus d’un siècle. Les meurtres contemporains font en effet écho à d’anciens crimes ayant secoué les quartiers londoniens de Kensington et Notting Hill en particulier. L’auteur truffe l’ouvrage de références historiques et d’anecdotes sur le passé londonien sans que ces allusions ne deviennent indigestes malgré quelques inévitables facilités et raccourcis qui parfois grossissent un peu le trait.

Le métier de généalogiste professionnel est assez bien décrit et surtout sans caricature. Nigel Barnes est un généalogiste jeune, certes un peu fantasque, mais plutôt séduisant, même si l’inspectrice Jenkins le compare à un « rat de bibliothèque ébouriffé » et érudit sans être pédant. Ce polar démontre que l’Histoire n’est pas une matière inerte et que si l’on veut bien se pencher sur les archives, on y trouve des bribes d’existences, des lignes de vie, des traces du passé qui parfois ne passe pas. Faire d’un généalogiste un enquêteur au service de la police londonienne n’était pas évident et Dan Waddell nous offre avec Nigel Barnes un héros sympathique dont le métier est certes minutieux mais passionnant.

Et les archives dans tout ça ??

Évidemment, les archives sont omniprésentes dans Code 1879. Elles permettent la compréhension et la résolution de l’énigme posée par le tueur en série ainsi que l’arrestation de ce dernier. Le généalogiste Nigel Barnes en maitrise l’utilisation avec brio. Ce qui est également intéressant, ce sont les différents types d’archives et les institutions qui les abritent, habilement présentés par l’auteur dont on se doute qu’il a du lui-même les fréquenter et s’imprégner de leur spécificité. Barnes se rend en effet en premier lieu au Family Record Centre que l’auteur qualifie de « Mecque des généalogistes et des historiens de la famille ». On trouve dans ce centre les copies des registres de naissances, mariages et décès de l’Angleterre et du Pays de Galles depuis 1837 et des recensements entre 1841 et 1901. Quand Nigel Barnes effectue ses recherches dans les archives, il éprouve un réel plaisir et une fébrilité que connaissent tous les amateurs de chasse aux ancêtres. L’atmosphère de recherche et les lieux sont décrits avec minutie, la généalogie et la quête au cœur des archives est, tout au long du roman, décrite comme une enquête policière ou une chasse au trésor. Les archives sont décrites comme le réceptacle de la mémoire collective : « il faut bien quelqu’un pour soutenir la mémoire des femmes et des hommes ordinaires, des anonymes qui font tourner le monde. » Dan Waddell explique tout le processus de recherches familiales à travers les registres et les recensements sans aucune lourdeur et de manière plaisante. Il évoque également d’autres types de sources comme la presse, que notre généalogiste épluche avec minutie et de manière presque compulsive, et qui révèlent des affaires de meurtres datant de 1879. L’auteur évoque de manière touchante les archives photographiques, montrant parfois des familles presqu’anonymes, abandonnées par leurs descendants sur un vide-grenier. Pour compléter ses recherches, Nigel Barnes s’aide également d’Internet où il trouve des archives en ligne. Après un détour par le Collège royal de chirurgie où il peut admirer un type d’archive tout particulier – les restes conservés d’un meurtrier du XIXe siècle – Barnes clôt son marathon archivistique par une visite aux Archives nationales pour consulter des archives judiciaires. Le bâtiment, la salle de lecture et le circuit du document sont fort bien décrits.

Toutes ces recherches parviennent à offrir la solution des meurtres en série et on ne peut que se louer de la description des différents types de documents d’archives et des institutions qui les conservent. Ajoutons à cela un bon polar dans une atmosphère proche de celle où Jack l’Eventreur évoluait et le lecteur passe un bon moment avec une envie en refermant Code 1879 : partir explorer les archives !

waddell-code-1879Sonia Dollinger