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En 2018 au temps où l’on pouvait encore se rendre au cinéma, on pouvait aller voir le film de Spielberg Ready player one d’après le livre paru en 2011 d’Ernest Cline. 2045. Le monde est au bord du chaos et les êtres humains fuient la morosité de l’existence en se réfugiant dans l’OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de mourir, Halliday a décidé de léguer son immense fortune et sa création à quiconque découvrira l’œuf de Pâques numérique qu’il a pris soin de dissimuler dans l’OASIS. Ce scénario n’est pas sans nous rappeler le monde merveilleux de Charlie et la chocolaterie, dont la référence est d’ailleurs présente dans la bande son. Ainsi l’appât du gain provoque une compétition planétaire à laquelle un jeune garçon, Wade Watts qui n’a pourtant pas le profil d’un héros, décide de prendre part. C’est donc au milieu d’un monde virtuel où les références à la pop culture sont omniprésentes que le personnage principal se lance dans une chasse au trésor extravagante, dont la clef repose dans les journaux de Halliday.

Bâtiment ultra-moderne, spacieux, lumineux et géré par le conservateur. Le conservateur présente les journaux ainsi : « Chaque article des journaux de Halliday a été méticuleusement assemblé à partir de photos et de vidéos personnelles, d’images de caméra de surveillance et de caméras cachées. Le tout traité pour offrir une expérience virtuelle tridimensionnelle. De plus Halliday a archivé tous les films, jeux, livres et émissions de télé qu’il a vus, disponibles à la mezzanine. Aucune arme, aucun avatar pornographique ne sont permis à l’intérieur des journaux. Profitez bien de votre visite parmi nous et bonne chasse à l’œuf ! »

Ces archives de la vie de James Halliday revêtent différents aspects intéressants, premièrement c’est qu’on y trouve tous les supports possibles. Deuxièmement ils concernent tous James Halliday. Troisièmement, on a la présence d’un règlement intérieur, laconique mais présent. Enfin, ces archives ont été complétées en recréant les souvenirs de Halliday puisque « chaque article (…) a été méticuleusement assemblé à partir de photos etc ».

En ce qui concerne le conservateur, gardien des archives, il les gère seul et c’est sa vocation, il est le lien entre les journaux et le public. L’aspect le plus intéressant de ce personnage est sa représentation. Si on n’y prête pas attention on se dit qu’il correspond parfaitement à l’archétype du conservateur, c’est un homme guindé, vêtu d’un costume trois pièces avec des gants blancs, il a un accent précieux dans sa voix (style VGE) et il semblerait même qu’il porte des guêtres. Le personnage du conservateur est assimilé au sérieux et à la bienséance mais il est suranné, c’est d’ailleurs l’un de ses ressorts humoristiques. Il est en décalage avec les personnages principaux qui, eux, sont jeunes et cool et il refuse par exemple de « checker » avec eux.

Si on regarde de plus près sa tenue vestimentaire, on remarque au premier abord un costume trois pièces qui est la caractéristique irréfragable de l’élégance et du raffinement. Mais en prêtant attention aux détails, on remarque que ce costume correspond plutôt à un autre imaginaire. Le col cassé, la queue de pie, les guêtres et même les gants blancs, ajoutés à sa posture, droit comme un « i » et les mains dans le dos et à sa fonction de servir le public, cela renvoie plus à l’image du majordome ou du maître d’hôtel qu’à celui du conservateur.

Ces archives correspondent à un idéal axé vers le public, le bâtiment est ouvert, lumineux, accessible, et le conservateur est totalement perçu comme étant dévoué à ses usagers. Notons d’autre part que ses archives sont déjà parfaitement classées, il se concentre donc à faire le lien entre les documents et le public. Ainsi est-il plus dévoué à satisfaire les usagers qu’il n’est investi dans ses archives, la preuve est qu’il perd un pari contre le héros qui met en évidence un hapax dans les journaux de Halliday que le conservateur n’avait même pas remarqué. En réalité ce dernier point est à nuancer mais pour éviter le divulgâchage il faudra en laisser juger l’archiviste spectateur par lui même.

Léo Garnier